L. Letellier
P.-S. — S'il vous était possible de passer à mon bureau, j'aurais le plaisir de savoir que vous consentez à entrer dans le cercle des Auteurs canadiens, dont je désire m'entourer intimement, de temps à autre, à Spencer- Wood.
Dès 1872, l'ingénieur Baillairgé suggérait l'idée de la " Terrace Dufferin ".
Ce projet n'étant pas mûr, il exécuta, entre temps, les dessins du pont de l'aqueduc qui passe sur la rivière Saint-Charles.
De 1848 à 1865, M. Baillairgé a donné, sous le patrouage de l'Institut canadien et d'autres sociétés savantes, une série de conférences dans l'ancien édifice du Parlement, sur : l'astronomie, la lumière, la vapeur et les machines à vapeur, la pneumatique, l'acoustique, l'atmosphère, la géométrie et d'autres sujets de même nature .
En 1872, il faisait, dans la salle et sous les auspices de la Société historique et littéraire de Québec, une conférence très élaborée sur la géométrie, le mesurage et le stéréométricon.
Ce procédé, par lequel on apprend, en une journée et même en une heure, à faire le cubage de tous les solides, au moyen d'une seule et même formule, — ce qui ne s'apprenait autrefois qu'en une année, — venait d'être trouvé par M. Baillairgé.
Cette découverte lui valut l'honneur d'être nommé membre honoraire et de recevoir treize médailles et dix-sept diplômes de sociétés savantes et de corps publics de France, de Belgique, d'Italie, de Russie, du Japon, etc.
La lettre suivante donne une idée des avantages du stëréométricon ou " tableau stéréométrique " :
Ministère de l'Instruction* publique — No 1823
Saint-Pétersbourg, le 14/20 février 1877. A Mon si ur Baillairgé, architecte à Québec,
Monsieur, — Le comité scientifique du ministère de l'Instruction publique, reconnaissant l'incontestable utilité de votre " tableau stéréométrique " pour l'enseignement de la géométrie en général, de même que pour son application pratique à d'autres sciences, éprouve un plaisir tout particulier à joindre aux suffrages des savants de l'Europe et de l'Amérique sa complète approbation et vous informe que le susdit tableau avec toutes ses applications, sera recommandé aux écoles primaires et moyennes, pour en compléter les cabinets et les collections mathématiques, et inscrit dans les catalogues des ouvrages approuvés par le ministère de l'Instruction publique.
On fera, en outre, des dispositions pour faire venir de l'Amérique à Saint- Pétersbourg quelques exemplaires de vos éditions, et vous êtes prié instamment. Monsieur, d'avoir la bonté d'informer le comité s'il n'existe pas quelque part, en Europe, un dépôt de vos ouvrages mathématiques.
Agréez, Monsieur, etc.
Le chef du département au ministère de V Instruction publique,
E. de Bradker.
A propos d'une seconde lettre venant de la même source, le Mercury, de Québec, se livrait, le 10 juillet 1878, aux réflexions suivantes :
" Nos lecteurs se rappellent qu'en février 1877, M. Baillairgé recevait du ministère de l'Instruction publique de Russie une lettre officielle l'informant que son nouveau système de mesurage avait été adopté dans toutes les écoles primaires et secondaires de ce vaste empire.
" Après une épreuve de dix-huit mois, on s'est trouvé satisfait de ce système, et M. Baillairgé a reçu un nouveau témoignage du même ministère, sous forme d'une lettre, l'avisant que son système allait être adopté dans toutes les écoles polytechniques de l'empire russe
Depuis lors, de temps à autre, M. Baillairgé a donné des conférences en français et en anglais sur l'art et le dessin industriels et sur d'autres sujets instructifs.
Cet ouvrage ingénieux forme une arche de la même courbure que le conduit qu'il porte. Un incendie détruirait-il la boiserie qui le protège contre la gelée, que
te conduit tiendrait seul en place : Québec ne serait pas privée de son approvisionnement d'eau pendant la reconstruction de la carapace protectrice. La boiserie devenue vermoulue a été remplacée, en 1885, par un tube en fer.
Ce travail n'était que le prélude de celui plus merveilleux que nous avons indiqué plus haut.
En février 1874, M. Baillairgé visitait l'Europe. Pendant ce pèlerin ^e au pays de ses pères, le descendant des Français reçut, le 15 mars, ses premières palmes au Conservatoire national des Arts-et-Méticrs de Paris.
De retour à Québec, il fit enfin dresser la " Terrasse Dufferin ", balcon gran diose, long de 1,500 pieds et suspendu au flanc du rocher de la citadelle, à 182 pieds au-dessus du cours du fleuve Saint-Laurent.
L'inauguration de cette œuvre babylonienne fut faite eu 1879 par Leurs Excellences le marquis de Lorne et S. A. R. la princesse Louise qui en firent les plus grands éloges.
A cette époque — la vie est semée de plus d'épreuves que de joies — M. Baillairgé fut frappé dans son amour conjugal et paternel. Des onze enfants qui lui étatent nés, quatre seulement avaient survécu, et leur mère elle-même mourait en février 1878 : Sunt lacrymœ rerum . . .
Homme très occupé, notre ami veuf avait besoin de laisser une gardienne à son foyer. Il épousa en secondes noces mademoiselle Anne Wilson, fille du capitaine Benjamin Wilson, de la Marine d'Angleterre.
Cette nouvelle union lui donna quatre fils et quatre filles, dont trois fils et trois filles seulement &ui vivent.
Le 7 janvier 1880, M. L.-N. O'Brien, président de l'Académie royaie des Arts du Canada, informait M. Baillairgé que Son Excellence le gouverneur général l'avait nommé membre de la Nouvelle académie canadienne.
Le 7 mars 1882, M. F. Sterry Hunt, président de la section des mathématiques, de la physique et de la chimie, lui mandait, d'après le désir du gouverneur général, que Son Excellence espérait qu'il lui permettrait de le nommer l'un des vingt membres fondateurs de la section des mathématiques, de physique et de chimie, de la nouvelle Société littéraire et scientifique du Canada, dont la première réunion devait avoir lieu à Ottawa, le 25 mai suivant.
Le 12 avril, même année, le lieutenant-gouverneur de la province de Québec, écrivait en ces termes ;
Hôtel du Gouvernement A Monsieur le chevalier Baillairgé,
Mi cher Monsieur, — Je vous prie d'accepter mes sincères remerciements pour l envoi d'uue série complète de vos œuvres scientifiques, ainsi que du volume de " la Galerie ", où se trouve votre biographie et votre portrait.
J'ai été très sensible à cette attention de votre part. Vos travaux et votre réputation se sont fait jour même en Europe. Ils honorent, permettez-moi de le dire, notre patrie et la nationalité franco-canadienne. Notre jeune pays compte encore peu d'illustrations dans les sciences. Il doit être d'autant plus fier de ceux de ses enfants qui attirent sur eux l'attention des hommes dont l'opinion fait autorité.
Veuillez accepter ma photographie et agréer, Monsieur le chevalier, l'hommage de la parfaite considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être
Votre obéissant serviteur,
Théodore Robitajlle.
Eu juillet 1882, M. Baillairgé a été élu, à l'unanimité, président de la corporation (nouvellement constituée) des arpenteurs et ingénieurs civils de la province de Québec.
Comme preuve de la souplesse de son talent et de l'humour de son esprit, nous rappellerons que sa commédie : Le diable devenu cuisinier, écrite en langue française, fut jouée en 1873 par la troupe Maugard, d'abord au " Music Hall ", ensuite à la salle Jacques-Cartier, aux grands applaudissements d'un nombreux auditoire.
Au surplus, les membres du " Club des 21 ", recrutés parmi les lettrée savants et les artistes de Québec, sous la présidence du comte de Premio-Réal, consul-général d'Espagne, n'auront garde d'oublier l'essai que M. Baillairgé lut à une de leurs séances, en mars 1879, en face d'une table somptueusement servie, et dans lequel il traçait un spirituel croquis de chacun de ses confrères et du président lui-même, en rendant parfaitement justice aux qualités spéciales qui les distinguaient.
En politique, — si toutefois on peut dire qu'il ait une politique, — M. Baillairgé incline vers les idées libérales ; mais, trop indépendant de caractère pour s'attacher à un parti, il préfère envisager chaque question au point de vue intrinsèque sans
se soucier des personnalités,
Notre éminent maître-correspondant est un travailleur infatigable. Il consacre souvent quatorze heures par jour à ses occupations professionnelles, et dérobe ensuite au repos de la nuit de longues heures pour se livrer à se» travaux scientifiques et littéraires.
Je dis littéraires, car l'éminent ingénieur de la cité de Québec ne contente pas d'être homme de science ; il est aussi versé dans la linguistique. S« n acharnement au travail explique comment, au milieu de tant d'occupations diverses et absorbantes, il a pu mener à bien ce travail gigantesque : Le nouveau dictionnaire français " système éducationnel ", comprenant rimes, consonnances, homonymes, décomposition de mots, combinaisons variées de leurs éléments et équivalents, jeux de mots, etc.
Aussi V Académie des Palmiers a-t-elle joint ses félicitations aux nombreux éloges, tous signés de noms illustres, qui font le plus grand honneur au prestigieux lexico graphe, et a gratifié sou labeur de bénédictin de la récompense la plus recherchée , une médaille de première classe.
L'auteur du " Nouveau Dictionnaire français " a bien mérité du monde savant et de V Association Universelle, et nous lui devions, depuis longtemps, une place dans notre Galerie Biographique.
Edgar La Selve.
( Revue Exotique illustrée — Paris — du 1er octobre 1869).
Durant les sept années écoulées depuis que M. La Selve a écrit et publié à Paris, au 1er octobre 1889, cette biographie de M. Baillairgé ; ce dernier continuant, comme depuis son entrée au séminaire de Québec, dont il tient le degré honoraire de Maître ès Arts, à travailler 18 heures par jour — 14 données à ses travaux civiques, les autres quatre avec fêtes et dimanches à ses œuvres littéraires et techniques — a publié pas moins de 38 mémoires et opuscules (ensemble 89), voir sa bibliographie publiée par la Société Royale du Canada en 1894 avec 19 addenda depuis cette époque). Parmi ces œuvres sont ses vocabulaires pour les écoles, " Homonymes français et anglais " — Une étude (dans les deux langues), sur la " Ventilation des égouts, en rapport avec l'hygiène de l'habitation " — " Le seul système d'évasion simultanée et instantanée en cas de feu " mis en pratique dans la reconstruction du nouveau théâtre à Anvers, Flandre, et ailleurs en Europe, aux
Etats-Unis et au Canada — " La Baie d'Hudson (dans les deux langues), ses ressour ces de terre ît< mer, leur exploitation, une nouvelle colonie, un chemin de fer pour s'y sendr umés détaillés du coût de revient et des profits de cette exploitation ' ' — " Quel n 1894, son carnaval d'hiver " — " Effet sur le Saint-Laurent, du Canal Chicago qui va lui soutirer de 5 à 10 par cent de ses eaux d'alimentation lies grands lacs, Miehigan et autres, pour les diriger vers le Mississipi et le golfe du Mexique " — " Vitesse et pression de l'air dans les cyclones, enlèvement de la toiture en fer et en fonte d'un des kiosques de la terrasse Dufferin " — " Rapprochement technique entre notre éboulement du cap Diamant avec perte de plus de 50 vies en 1889, et l'écroulement, à Bouzcy, en France, d'une écluse ou mur de soutènement des eaux d'un réservoir, causant la mort de 130 personnes — les causes déterminantes de chacun de ces accidents " — " La chute du pont en fer et acier, à baies de 500 pieds, entre Louiseville et Jeffersonville, aux Etat^-Unis " — " Le procédé Allard pour tremper le cuivre et l'alluminium " — " Bribeiy and Boodling " — " The bearing and resisting slrength <>f structures " — enfin, l'an dernier, " Le Communisme et sa solution : élimination des dynamitards et autres désœuvrés en par une souscription nationale, leur fournissant un " homestead " et terrain pour retourner aux champs y gagner leur vie à la sueur de leur front, suivant la parole de l'Evangile ".
En octobre 1894, M. Baillairgé était élu pré>ident de l'Association des Architectes de la province de Québec. Ce fut aussi ce monsieur qui en mars 1895, résolut, contre toute l'Amérique qui y avait fait fausse route, le mystère, ainsi dénommé, le paradoxe de la boule qui poussée par un jet d'eau sortant d'une pipe à bouche évasée (pour en éparpiller l'eau en cas d'incendie) restait en position au fond de l'entonnoir au lieu de se voir expulsée par la pression en aval de la boule.
Les journaux scientifiques et autres de l'Europe, des Etats-Unis et du Canada, et notamment le " Surveyor " de Londres, V Engineering Record, de New-York, le Journal des Travaux Publics, de Chicago, le Canadian Architect, de Toronto, Ont., le Canadian Engineer, de Montréal, ont publié à diverses époques une foule d'autres écrits du même, sur des sujets techniques trop long à énumérer ici.
Ce sont aussi sur les données et esquisses préliminaires du biographie que MM. Tanguay & Vallée ont dû préparer les plans reproduits daus ce volume, de notre superbe nouvel hôtel de ville, que nous devons au maire et conseil de ville actuels qui, en adoptant à cet effet le terrain des Jésuites acheté du gouvernement
sous la mairie de l'honorable F. Langelier, ont donné gain de cause à M. Baillairgé, plaidant depuis dix ans dans ses rapports sur les affaires civiques que Québec muré est en réalité le centre de la ville, vu la certitude qu i! en a que la cité s'étendra, non pas du côté de Saint-Sauveur mais de celui de Limoilou.
Ajoutons enfin que le Canadian A>chitect and JJuHder a publié en >1 une biographie de M. Baillairgé, avec portrait — le Canadian Engirutr, en 1894 et cette année même (1896) le Canadian Album or Encydopedia of the progress of a nation en a fait autant.