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Biographie de Gérin-Lajoie [microforme]

. On n’a pas oublié le système absurde des capitales alternatives imposé en 1855 par la législature des Canadas unis. Conformément à ce régime, le siège du gouvernement fut de nouveau transféré à Québec en 1859. Cette ville et le Bas-Canada en tirèrent cependant plus d’un avantage.

La présence de la classe d'hommes intelligents, actifs et instruits, qui gravite autour du gouvernement, communiqua à la capitale une impulsion qui s’est accentuée surtout en littérature.

Parmi la population canadienne-française les esprits étaient préparés à ce mouvement. Le haut enseignement qui s'était donné sur divers points, depuis le commencement du siècle, avait répandu le goût des lettres. Il ne fallait que la rencontre de quelques-uns des meilleurs esprits pour créer une révolution intellectuelle. La présence du gouvernement à Québec en devint l’occasion. C’est alors que furent fondées deux revues qui ont fait époque dans nos annales littéraires: les Soirées canadiennes et le Foyer canadien. Plusieurs des hommes de lettres qui prirent part à la création de ces deux revues étaient attachés au gouvernement.

Aucune idée ne pouvait sourire davantage à Gérin-Lajoie. 11 se rappelait l'émulation qu'avait fait naître, au collège de Nicolet, la fondation d’une société littéraire, dont il avait été le principal organisateur, et celle de l'Znstitut canadien de Montréal, à laquelle il avait pris une part si active. Il y voyait le raffermissement de notre nationalité par l’attachement plus ferme à la langue française, et peut-être la naissance d’une littérature canadienne, dont l’idée faisait alors sourire les sceptiques. Dans les discussions assez vives qui se livraient à ce sujet, il répétait souvent avec son vieil amiet son collaborateur, l'abbé Ferland : “ Si nous ne pouvons fonder une littérature, nous aurons toujours ce que nous pourrons. N'est-ce pas assez pour donner de l’émulation à tous les vrais Canadiens ? ”

Sans doute qu'il ne prévoyait pas, et surtout qu’il n’osait espérer l'immense progrès qui s’est fait depuis, et dont il a été témoin avant de mourir. Il ne prévoyait pas que vingt ans plus tard notre littérature serait un fait accompli, que les auteurs ne se compteraient plus parmi nous, que nos compatriotes d'origine anglaise reconnaîtraient hautement notre supériorité sur <e point, que la France accueillerait cette jeune littérature comme un fleuron de sa couronne intellectuelle, que l’Académie la couronnerait dans la personne du plus français, si ce n’est du plus canadien de nos poètes. Sans voir de si loin, Gérin-Lajoie avait foi dans l’avenir ; et il ne se trompait pas.

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