L'ABBE CASGRAIN — BIOGRAPHIE DE GÉRIN-LAJOIE
aptitudes, tout cela m'a fait vieillir de plusieurs années. Je crois réellement que c'est ce qui fait en grande partie que mes cheveux commencent à grisonner.
“ I] faut dire aussi que j'ai eu dürant l’année plusieurs peines de cœur qu'il me sera difficile d'oublier d'ici à longtemps. J'ai perdu plusieurs des hommes qui m'avaient fait le plus de bien et auxquels j'étais le plus attaché, entre autres, l'abbé Ferland (dont j'ai écrit la biographie pour le Foyer canadien), l'honorable A. N: Morin et sir Etienne P. Taché, deux hommes ‘dont j'avais été le secrétaire intime pendant quelque temps, et qui m'avaient toujours montré un intérêt tout particulier.
“ Peut-être le temps n'est-il pas éloigné où j'irai rejoindre ces anciens amis.”
Gérin-Lajoie a toujours été sous l'impression qu'il ne vivrait pas jusque dans un âge avancé. Sans pouvoir s’en rendre compte, il s'attendait à être frappé un jour ou l'autre de paralysie. Atteint une première fois, environ deux ans avant sa mort, il y a succombé le 4 août 1882, jour anniversaire de sa naissance.
Lors de la création de la Société Royale, qui eut lieu peu de mois avant sa mort, on prétexta l’état de sa santé pour omettre son nom de la liste des membres qui fut soumise au marquis de Lorne.
Gérin-Lajoie fut très sensible à cette injustice, non qu'il tint pour lui-même à cet honneur auquel, du reste, aucun de nos écrivains n'avait plus de titre que lui; mais pour
sa famille qui y aurait vu un ju. mmwage offert à ses talents et aux services qu'il avait rendus aux lettres canadienne Cette ingratitude n’a __ur effet que de relever davantage Gérin-Lajoie dans l'es”
time publique. Son mérite était au-dessus de pareilles distinctions, et il aurait fait honneur à la nouvelle société plus qu'à lui-même en y entrant.
La vie de Gérin-Lajoie se résume tout entière dans la devise qu'il s'était choisie: Plus d'honneur que d'honneurs. Cette existence sans tache a été un enseignement autant que ses écrits, et son nom sera toujours associé à ceux des hommes qui parmi nous ont bien mérité de la patrie.