‹ Biographie de la ville de SaintOmerChapitre 1 sur 19 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La Biographie , cette partie essentielle et si intéressante de l'histoire , a été en général très-négligée dans la plupart des annales de nos provinces ; aussi ne possède-t-on que des données inexactes et incomplètes sur les personnages remarquables que chaque cité du royaume a produits en divers siècles. « Faire revivre le sou- « venir des hommes qui ont honoré l'humanité, illustré « leur pays, c'est offrir a leurs descendants des modè- « les à suivre , et le tableau des talents et des vertus « dont l'imitation fait la gloire et le bonheur des peu- « pies! » Cette observation patriotique et religieuse concerne naturellement sans doute des illustrations du premier ordre et incontestables , telles que les Godefroid de Bouillon , les Suger , les Vincent de Paule , les Fénélon ; mais le biographe n'en doit pas moins songer aux notabilités de la petite ville , voire du hameau obscur, car il manquerait à une partie essentielle de ses devoirs , s'il passait sous silence les noms inconnus , dignes néanmoins d'une estimable publicité. Dans son investigation scrupuleuse , après avoir raconté les exploits du vaillant chevalier, soutien de sa patrie, exalté les vertus paternelles du bienfaiteur du peuple , vanté les monuments de l'artiste habile , et applaudi aux productions du génie, pourquoi négligerait- il le chroniqueur

naïf , l'annaliste modeste qui a consume* sa rie à relater les événements contemporains de la cité , et dont les mémoriaux pleins de véracité et empreints de ia couleur respectable des âges écoulés , n'obtiennent encorevque trop souvent le dédain inepte de jeunes étourdis et de vieux égoïstes qui , n'écoutant ordinairement que la voix d'une futile ostentation , croiraient humilier leur capacité tristement rétrécie , s'ils jetaient un regard distrait sur les archives peu fastueuses de leur ville natale., Comme si « le mouvement intellectuel allant toujours croissant « dans les masses pendant que l'inertie régnerait dans « les régions élevées, il n'en devait pas résulter tôt on « tard une dangereuse perturbation ? »

« L'éducation che* les Perses , les Grecs et les Rot- « mains , était persane , grecque et romaine ; je veux « dire ( ainsi le déclare le profond auteur des Etudes hisiorioûes ) , qu'on enseignait aux enfants ce qui re- « garde la patrie ; on ne les instruisait que des lois , des «mœurs, de l'histoire et de la langue de leurs aveux. » Rien n'est plus propre à encourager lès ames généreuses , a dit éloquemment l'un des historiens de l'Artois, que de savoir que si leurs belles actions restent quelquefois pendant leur vie ensevelies dans l'oubli, il vient un temps où la postérité leur rend la justice qu'elles méritent. < . j , ;.

L'opinion des historiens est que les lettres ont brillé avec un éclat beaucoup plus faible en Artois qne dans les provinces du centre et du midi. Ge sentiment , peutêtre hasardé , laisse néanmoins une teinte de mépris sur notre beau département , si recommandable d'ailleurs sous tant d'autres aspects ; la Biographie garde , dit- on , sur la littérature, un cruel silence envers les Artésien*.

et U est plus que temps de détruire la prévention humiliante qui pèse encore sur eux ; cependant plusieurs ouvrages importants ont été publiés à différentes époques sur riiistoire des principales villes de ce département ; mais malgré l'érudition déployée dans quelques* unes de ces productions, la Biographie Artésienne est encore loin d'être terminée ; nous en appelons donc pour ce complément indispensable au patriotisme éclairé des amis indépendants de la muse de l'histoire.

Excité par uue émulation désintéressée, et trop confiant peut-être dans cette indulgence qui manque rarement toutefois à celui qui essaie de rendre hommage à son pays, nous désirons surtout dans celte Biographie de la ville de Saint- O mer , de ne commettre aucune omission dans la légende chronologique des Àudomanois {décèdes avant et depuis le 19.' siècle) qui ont procuré un lustre quelconque à cette cité chérie , car nous donnerons une approbation égale , sans distinction d'état ou de rang , au pieux bénédictin , au brave guerrier, au laborieux écrivain, au député courageux et au bon bourgeois. < ..»>,.',..:

Le penchant décidé de notre jeunesse littéraire l'entraîne aujourd'hui aux études graves et à la recherche des choses positives; « hommes et maisons, nous som- « mes tons empreints des âges passés , » s'écrie le pathétique Michelet! Nous voulons tous apporter au moins uue pierre au grand monument que , dans chaque province , l'on érige à leur mémoire ! « Tous , tant que

« nous sommes , nous faisons de l'histoire » Mais

sachons au moins la montrer chrétienne et véridique au pauvre peuple , pour lequel , selon l'exclamation de notre grand poète , il n'y aura bientôt plus de salut que

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dans to parole et dans l'enseignement ! Quels précîeu* avantages n'avons-nous pas d'ailleurs sur les siècles précédents , pour remplir la noble et délicate mission d instruire la population? Des cours gratuits de dessin, de peinture, d'architecture et de musique ; un collège communal avantageusement réputé ; des écoles primaires fréquentées et entretenues avec zèle ; des expositions annuelles des produits de l'industrie avec distribution de médailles; des sociétés savantes & Agriculture et des ✓ Antiquaires de la Morinie ( i ) dont les concours expriment une incitation salutaire pour les sciences et pour les arts ; une bibliothèque publique , bienfait inconnu à l'ancien régime , moyen infaillible et généreux de propager l'instruction dans toutes les classes de la société, sans privilèges et sans ridicules restrictions ; un musée d'antiquités, de peinture et d'histoire naturelle, qui s'enrichit chaque jour des bustes vénérés des grands hommes du siècle. Que cette heureuse jeunesse se livre donc paisiblement, avec ardeur et loyauté, à ses vastes travaux, et au sage développement de l'intelligence humaine î Aujourd'hui , « de tous côtés on secoue le joug « de l'antiquité pour. puiser dans les sources locales ; « l'ère d'avenir se prépare dans les entrailles du sol , « et déjà vous sentez la chaleur d'une société qui se « forme et d'un nouveau monde qui remue. »

(I) La Société des Antiquaires de la Morinie, installée solennellement le 5 avril 4832 , a été reconnue par ordonaauce royale du 21 avril 1833.

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