MAISON
Parmi les nobles familles qui illustrèrent en Europe la généreuse institution de la chevalerie, nous signalerons avec un juste orgueil la Maison de Saint- Orner , dont l'origine remonte au moins au milieu du ouzième siècle. Ses premiers chefs qui descendaient de Lydéric de Ilarlebecq , grand forestier, et auxquels on attribuait une pare- té avec Charlemagne , étalent châtelains ou gouverneurs héréditaires de Sithieu , devenu une ville importante par les soins du comte Baudouin II ; leur châtcllenie était si considérable qu'elle n'était pas renfermée dans la cité et sa banlieue , mais qu'elle s'étendait dans toute la contrée aux environs sur les deux rives ^fitt l'Aa jusqu'à la mer , et se prolongeait èn grande partie dans la Flandre. Ces seigneurs possédaient une forteresse , rendaient la justice et avaient l'autorité du principal représentant du comte souverain. Ils devaient leur institution aux premiers comtes de Flandre ; ils prirent bientôt le nom de Saint- Orner , et l'histoire ne tarda pas à vanter leurs faits mémorables.
Philippe de FEspinoy , dans ses recherches sur les anti* quités de la Flandre , leur rend ce beau témoignage : , « Les chastelains ou viscontes de Sainct-Omer ont de « tout temps esté tenus et comptés entre les anciens ba- « rou* de Flandres, et ont été pour tels recognus pat
• plusieurs Chartres des comtes de Flandre , et cette très- « noble famille ont été produicts plusieurs sages , hardis
* • et valeureux chevaliers , et grands personnages , reçoit gnus par les histoires et annales de Flandres , de France, «• et d'autres pays ; qui par leurs grands sens et valeur
• ont acquis des grands honneurs , tiltres , dignités et pro- « fessions , tant outre mer , qu'en France , Angleterre , et « en ces pays pardeça.... »
On les voit d'abord briller dans la liste des conquérants de l'Angleterre. A la vois éloquente de Pierre tHermite^ Guillaume J.' r , châtelain de St. -Orner , s'empresse avec ses frères , Hugues et Geoffroi , de se ranger sous la respectable bannière de Godefroid de Bouillon ; Guillaume assiste utilement Robert II , dit de Jérusalem , dans ses principales entreprises ; Hugues et Geoffroi immortalisent le nom de Saint Orne r dans la Palestine; ils contribuent fortement à la prise de la Cité sainte ; Hugues reçoit en récompense de ses exploits la principauté de Galilée et la seigneurie de Tibériade, concédées avec déférence par Tancréde ;
Geoffroi fonde, en 1118, le fameux ordre du Temple; dix. ans après , il obtient du concile de Troyes un règlement et des statuts pour ses braves compagnons , la sécurité des voyageurs , l'effroi des brigands , et jette eu Èurope les bases de la prodigieuse puissance de cette milice héroïque , trop riche et trop altière pour être longtemps à l'abri des attentats de la méchanceté et des coups âe la fortune (1). Hoston, fils de Guillaume, devient grand-
(i) Tous les biographes conviennent que Geoffroi de Saint-Omer, s'étaot joint à Hugues de Pagauis et à sept autres chevaliers français, a été >e fondateur de l'ordre des Templiers , en cette année tn8. Geoffroi fut même celui qui se distingua le plus dans cette célèbre institution. Ces neuf guerriers prononcèrent des voeux de chasteté et de pauvreté, et se chargèrent de la sùrelé des chemins pour les pélérins. Baudouin II f roi de Jérusalem, les logea provisoirement dans une maison près du lemple de Salomon d'où ils portèrent le nom de Templiers.
maître du Temple; Gautier, son frère, aide saint Bernard à faire sortir des eaux l'abbaye de Clairroarais ; Guillaume II, leurainé, électrisé parle grand nom de Sugeri •On compatriote , engage les Audoroarois à reconnaître les lois favorables de Louis VI. Guillaume III, son fils, est désigné comme le bienfaiteur des monastères de la contrée j e*est à ses instances auprès du comte Thierry que noa
• Hugues de Paganis et Geofroi de Saint Orner, nobles chevaliers, en
• furent les premiers profès. Ils étaient si pauvres , dit Matthieu de Paris r m qu'ils n'avaient qu'un cheval commun eutr'eux ; et c'est la raison pour ■ laquelle le sceau de l'ordre représente deux chevaliers moulés sur un
- seul cheval. » (Nouveau traité de diplomatique. T. IV.)
Ce Sigillum des soldats du christ , monument d'une indigence toucha h te et d'une respectable humilité, représente l'effigie d'un enfant dé Saint-Omer! En 1117, Geoffroi et plusieurs de ses compagnons avaient encore rondé dans le faubourg d'Yprcs un temple sur le territoire nom* tné Vpstal.
' Où sait quelle fut la fin tragique des derniers chevaliers de Geoffrot de Saint-Omer, de ce généreux compagnon d'Eustache de Boulogne , qui S'écria peut-être aussi avec ce jeune héros sous les murs de Solyme, au sujet de la séduisante Armtde 1 - Que dira t on i la cour de France quand
• on saura que nous avons refusé notre bras à la beauté? » Le bras des nobles chevaliers du Temple ne manqua jamais à la faiblesse opprimée r à la foi menacée, à la patrie attaquée; l'infidèle en ressentit souvent' là puissance ; il n'était point de gentilhomme qui ne voulût servir sous les bannières de cet ordre courageux qui avait pris l'honneur pour devise , et les princes et les rois s'honoraient de lui appartenir. De tous côtés sur leur glorieux passage éclatait ce cri répété : « Hommage aux i 61s des preux. • Bieotôt leur nombre s'accrut d'une façon étonnante; il en fut de même de leurs riehesses et de leur pouvoir. Peut-être avec' trop de prospérité, leurs vertus s'obscurcirent; leur vanité, il est vrai f passa môme en proverbe ; accusés de crimes infâmes , méconnus de cette belle cour de France qui , dans sou intérêt bien entendu , n'aurait jamais* dû les abandonner , le petit tils de saint Louis , oubliant les services" signalés qu'ils avaient rendus à son généreux ayeul, à la journée delà* Massoure , les supprima , confisqua leurs immenses propriétés et les fit presque tous périr dans de cruels supplices.
àyeux sont redevables de V édifice des Halles , ci- devant l'Hôtel -de-ville ; puis, il lève la dîme saladitie dans la \ ille de Saint-Omer , et tuccombe avec fermeté dans les plaines •anglantes de Ptoléinaïs; Guillaume IV, ami intime de Phi* lippe-Auguste et de Baudouin IX, au milieu des dissensions de ces princes, sait accorder loyalement les devoirs de l'amitié, et la fidélité à la patrie, avec la foi due au souverain ; il défend vaillamment Sainl-Omer assiégé par le comte de Flandre ; montrant lo même zèle pour ce der-
L'abolition de» Templier», »elon M. Matai, fut l'acte d'uue politique profonde et prévoyante, mais leur» supplices fui eut l'ouvrage du temps et du ressentiment d'un prince implacable daus &es vengeances. Quoi qu'il en soit, l'intolérant Phi'ippe-le-Uel qui brûla le» Templier* et qui fit pourtant enlever et souffleter le» papes, comparut avec t'iuhuinain pontife à l'ajournement suprême ûxé par s* s victimes; et, s'il tant es partie attribuer ce grand événement à l'ouvrage du temps , la valeur des choies varie souvent aussi avec les siècles , et il nous semble encore en* tendre retentir l'éloquent éloge de notre muse tragique qui avait enfin vengé l'honneur de ces preux chevaliers des outrages de l'histoire. ,
La tradition , rapporte Henuehert , comptait 36 de ces chevaliers en
'.Artois, a Haute-Avesnes, lors de la destruction de l'ordre; des soldat» de la garnison d'A rra» s'y étant transportés , les assemblèrent dans uue salle , eurent la barbarie d'eu égorger une partie et conduisirent le reste dans les prisons de cette ville. Pierre de Eoulogue et Raoul de Thérouanne furent impliqués dan» le fatal procès. Il y avait plusieurs maisons de Templiers dans l'Artois , et surtout à Saint-Omer , et leur souvenir y s long-temps subsisté.
On peut voir des fragment» instructifs sur ces vaillants chevaliers dans las ouvrages de Chateaubriand , Capcfigue et Mazas. Pasquier déclare naïve» ment à l'égard de leur condamnation que puisqu'elle a été prononcée par uu roucile général , « je veux croire que ce ne fut sans juste suji t. » Wali ; Scott , qui ne les aimait pas , a mis cette exclamation exagérée dans le chapitre XXXV de son Ivanhoë : « Les ames de nos saints fon-
• dateur», les esprits d'Hugues de Payen, de Ceoffroi de Saint Orner r « et de* sept bienheureux qui s'unirent les premiers pour consacrer
• leur vie au service du Temple, ne peuvent plus jouir tau» troubls - Je leur béaUtude éternelle ! •
nier, il détruit ensuite les Bleumontins, aide plus tard Louis VIII à ceiudre son front victorieux, de la couronne d'Albion , contribue âpre* à la prise de Damiette et meurt avec la réputation de u'avoir cherché la gloire que dans la vertu , et , par son mépris de tout ce qui était incompatible avec la dignité de son pays, d'avoir fait honneur À fi ju siècle qui lui donne le surnom de héros de la fidélité. Robert I. •« \ comte d'Artois , admire alors l'étendue de la chûlellenie de Saînt-Omer, dout la juridiction se continuait à cette époque jusqu'au territoire de Guisnes et bien avant dans l'Artois vers Hesdin. Guillaume V, châtelain , combat à la Massoure , non loin de Robert II, dont il ne peut sauver les jours , et partage la captivité du roi de France. Dans ce siècle fertile en belles actions , les traces de l'honneur a uilomarois apparaissent encore dans la véritable terre de la gloire et dans le pays d'un peuple qui fut si bon juge de la valeur: Nicolas de Saint-Omer, compagnon de Ville-Hardouin , bâtit un petit château dans le canton du Magne, aiusi que la forteresse de Navarin >, et bientôt le château de Saint-Omer s'élève à Thèbes et à Athènes , et la ville de Santomer , dans le Péloponèse Pendant uu siècle d'un pouvoir fastueux , ses descendants jouissent dans la patrie d'Aristide et d'Epaminondas de la considération la plus flatteuse. Cependant les croisades ruinent leurs plus chauds partisans , le démembrement de l'antique Maison de Saint-Omer commence ; une partie de ses privilèges et de ses belles propriétés est aliénée pour rétablir des finances délabrées au service de la France ; let héritiers de nos châtelains, partagés en plus îeurs branches , prennent alors quelquefois des blasons différent» ; mais ils se glorifient constamment du nom de Saint- O?nor qu'ils transmettent dignement à la postérité ; Henri de Saini- Omer vole à la défense de Rlanche de Castille, sur les traces infatigables de Duguesclin ; les de Fienne , les de Beaumont, les de Noircarm» figurent ensuite avec un lustre
remarquable dans les archives de cette châtellenîe , qui •e morcèle de plus en plus et qui finit par s'incorporer dans les vaste» possessions du duc de Bourgogne ; mais sa renommée subsiste , et retentit toujours dans le monde ; Déni* de Morbecquê , seigneur de la Maison de Saint- Orner, reçoit à Poitiers le gant de l'infortuné roi Jean ; cent soixante neuf ans plus tard , un allié de cette famille accepte répée de François I. tr , à Pavîe ; circonstance historique la plus digne d'attention : deux rois de France demeurent caplift aur le champ de bataille , et ce sont deux seigneurs wallons .dont les races se confondent ensuite , qui se saisissent de ces importants prisonniers au milieu du carnage ! Un autre Denis de Morbecquê remplit, du temps de Maxi-t rottien et de Louis XII, la Flandre et l'Artois du bruit de ses exploits et de sa sagesse ; mais Dieu dispose enfin «le eetts maison qui compte tant de siècles de célébrité; Robert de Saint- Orner décède sans enfant mâle le t. 81 décembre 1617, terminant chrétiennement, par d'immenses libéralités à douze mille pauvres , la représentation d'une race vraiment chevaleresque.
• Le 12 dudit mois , se firent les enterrement et obsèques « dudit comte de Morbecquê où assistèrent plusieurs sei- « gneurs et gentilshommes ; le corps, après les cérémonies ■ m achevées, fut mis enterre en l'église dudit Morbecquê; « et d'autant qu'il était en lui finit le nom et les armes de « ladite maison , le peintre représentant ; le hérault d'armes « après aucunes cérémonies et après avoir fait une brève « harangue de louanges d'icelle maison, et combien elle « avait été florissante , et qu'enfin étant venue à son période « n'y ayant -plus nul pour la relever , cassa lesdites armes', « puis les jeta dans le tombeau pour y demeurer en oubli ; « avec défenses de les relever. » ( Hendricq. )
Les annales de la Flandre ne témoignent pas seules de l'éclat du nom de Saint-Omer ; nous avons déjà vu qu'il avait fait en quelque sorte Je tour de l'ancien monde , et
non» le retrouvons en outre dans les iailleê de la capitale
du royaume français pendant les 44. - et 45." siècles. Gui et Etienne de Saint-Omer , orfèvres, y demeuraient, rua aux Lavandières ; Jehan de Saint-Omer était l'un des plut riches changeurs de Paris; Un Saint-Omer y signa le traité de paix et d'union du 19 septembre 1418.
Ce uom de Saint-Omer a encore un relief estimable dans le clergé , l'état militaire et les beaux-arts. T ho mat de Saint-Omer était un des disciples chéris de saint Bernard ; divers membres de cette famille sont inscrits avec • vénération dans la légende des prévosts de la collégiale et sur la liste des abbés de Clairraarais ; d'autres exercent l'emploi de gouverneur dans plusieurs places du Cambréais ; un Saint-Omer était capitaine de vaisseau , en Angleterre , dans l'année 1405. Hue de Tabarié , châtelain de Saint- Omer y déjà préconisé dans la Palestine pour sa valeur, est mentionné parmi les Trouvères de l'Artois ; les jolis tableaux de Vellêda et de Cymodocée , dus au pinceau délicat de mademoiselle de Saint-Omer , ornent encore l'une des galeries du musée du Luxembourg; le plus habile peutêtre des calligraphes français s'appelait Saint-Omer, et l'aimable Bouilly nous a révélé récemment les destinées d'un « grand spéculateur de terrains, Saint-Omer devenu ban- • quier très-renommé.... »
Les alliances de la Maiton de Saint-Omer ont été opulentes et des plus honorables : il suffit de citer les famille* recomroandables de Thienne , Crêqui, F resain , Aire, Fauquembergues , Guis ne s , Flandrë , Matsiet , Piènes , Gaure , Bailleuh d'Hétèque, Crox, de Floo*, d'Oigniet, Lannoi f Jlallewyn, Fienne, Wallon-Capelle , Beaulaincourt , Ives % d'Halenne, Menin, Dampmartin, Montmorency , Labatèquo 0 Baërt
Pendant six siècles , les dénominations de châtelain , de bailli , de gouverneur , ont été attachées aux plus éminentt de ces chevaliers. Leur chàtellenie, issue de domaines
royaux , rentra au pouvoir d'un prince souverain , et la branche même qui en dériva finit par se confondre ainsi que nous venons de le dire t avec les noms les plus éclatants du royaume.
Les descendants de Hvgues de Saint-Omer qui brillait à la fin du 11.' siècle , subsistent encore dans la Bretagne eù ils se sont établis et portent des gueules à deux épées d'argent mises en sautoir.
Les armoiries de la Maison de Saint Orner étaient placées sur un écusson d'azur , à la face d'or , surmonté d'une couronne de comte. On voit divers sceaux des derniers membres de cette famille dans le grand Cartulaire de Sainthertin. L'hotel de cette noble maison existait, dit-on, dans des temps reculés , dans la rue des Six- Fontaines.
L'époque où vivaient les valeureux enfants de Saint-Omer était toute militaire; on ne peut y creuser sans y découvrir la sublime alliance de la gloire et de la piété, de l'enthousiasme religieux et de l'ardeur des combats; la vie de ces chevaliers audomarois, favorable aux élans de la poésie , pourrait offrir aussi sans contredit des tableaux admirables aux récits dramatiques de l'annaliste fidèle ; nous croyons toutefois avoir suffisamment démontré que les fbn* déments de leur haute réputation reposaient solidement , ni sur la richesse , ni sur un vain nom , mais sur la vertu et sur une longue succession d'hommes vertueux ; et nous espérons que le tableau rapide des faits et gestes de la Maison de Saint-Omer , dans ce siècle civilisé où le souvenir des choses honorables de la patrie ne doit plus perdre son bienfaisant empire , se reproduira toujours avec un attrait tout spécial à l'esprit des Audomarois satisfaits et reconnaissants.
«i m» maure*, i^c;
Dans les siècles du moyen-Age i * L dans la classe as* servie . il naissait un homme de cerne ou d'un caractère élevé, l'éducation monastique seule le tirait de son obs-.
(i) Treneuil. Tombeau» de Saiitt-Deuis,
IB 2* lit
La capitale de la France se glorifie avec raison d'emprunter ses notabilités principales aux localités les plu» modestes des départements , et l'Artois, berceau de la monarchie , n'est point celle de nos anciennes provinces qui ait le moins contribué à rehausser l'éclat de notre belle patrie; je doute même qu'aucun enfant de la Garonne Fait jamais autant satisfaite que ce célèbre abbé de Saint- Denis , qui , né de lui-même, parvint aux postes les plué éminents , non par faveur de cour et de naissance , mais par ses nombreuses vertus , sa profonde sagesse , son rare mérite et son inaltérable probité. Nommer Suger , n'est-ce pas rappeler à la fois l'un des plus grands ministres , el Une partie des plus grandes choses de l'Europe moderne,
i enfant du cloître , et qui , né sans nnm , gouverner en père et la France et ses maîtres, (i)