‹ Biographie de la ville de SaintOmerChapitre 3 sur 19 · SI · texte numérisé non relu

SI

Bans les siècles du moyen-Age f si dans la classe M*, servie , il naissait un homme de génie ou d'un caractère élevé , T éducation monastique seule le tirait de son ont-.

(i) Treneuii. Tombeaux de Saiat-Deais,

curité , cl Après avoir acquis la réputation d'un nomme éloquent ou savant , il sortait souvent de l'enclos d'un monastère pour monter sur un siège épiscopal ou pour entrer dans le conseil des princes (4). Cette vérité historique renferme toute l'histoire de l'abbé Suger.

Selon l'usage du temps , Suger fut consacré à Dieu , dans l'église de Saint-Denis. Il ne tarda pas à y obtenir les plus brillants succès dans toutes ses études. C'est dans cette fameuse abbaye qu'il forma avec le fils unique du roi de France , une de ces amitiés généreuses dont les liens sont indestructibles , et qui représentent les dignes unions de l'antiquité. Choisi bientôt pour remplir les charges les plus importantes de la communauté , le clairvoyant Suger bannit de ses prévôtés l'oisiveté et l'ignc ►rance ; formé wt la vraie piété , ainsi qu'à l'amour des bel les -lettres , « il é ne prenait pas l'hypocrisie pour la foi , l'ardeur de la Jr calomnie pour le zèle de la charité , et l'abus que l'on * fait des choses saiutes pour les choses saintes elles- « mêmes (2).

La Providence fit connaître particulièrement à Suger ^ dans sa miraculeuse carrière, comme il l'appela lui-même, les principaux personnages qu'elle s'était plu à mettre à Ta tète des destinées de son siècle. Trois rois de France et quatre Papes , ainsi qne plusieurs princes étrangers qui le prirent souvent pour arbitre , révérèrent son vaste savoir , ses haute» et fortes pensées et ses intentions conciliatrice^. Il prépara Philippe 4 .* r à mourir et présida à ses obsèques. Son ami étant ensuite monté sur le trône , Suger ne devint pas le souple courtisan , mais le prévoyant conseiller de Louis VI. Il le suivit dans les combats , et loin àè déserter le poste de l'honneur, il contribua, au péril de sa vie , à la défaite des ennemis de son coi. Lia

(1) Mémoires de la société académique de Cherbourg, p. i3 #

(2) Chateaubriand» 1. •.. ■«- , 5

onne voix unanime , en 1122 , abbé du monastère de

Saint-Denis , ce fui en sa présence que, pour se rendre ce saint propice , le roi des Français prit pour la première ibis l'oriflamme, redoutable bannière de nos ayeux. Bevêtu des emplois les plus distingués du royaume , il n'y a point *>n France de provinces , de villes , de bourgs , et même de villages, qui ne retracent aujourd'hui ses immense* services. Ce grand citoyen , dont la vie peut être pro- ■frosée pour modèle à tous les conseillers du pouvoir , fit entendre le premier en Europe le cri sacré de liberté»; sou a-me généreuse palpitait à ce beau nom et à celui plus saint encore de patrie. Les communes lui doivent leur établissement , et les serfe leur affranchissement. Facilitant avec habileté par ce moyen la levée des gens de guerre dans les villes , sans la participation des seigneurs , il pensait avec raison que « les citadelles de la monarchie

• sont les corporations de eitoyens fidèles et dévoués. * Il est avéré qu'il changea totalement la face de la France , en faisant faire un pas immense à la puissance royale» sous le règne glorieux de Louis VI. Songeant uniquement à la prospérité de l'Etat , et prenant pour guides la mo» dération et réeoneraie , il introduisit dans les finances une gestion prudente et paternelle ; après avoir donné lui-même l'exemple dangereux d'une existence trop somptueuse pour un moine, il réforma également son abbaye avec un soin scrupuleux. À son décès , ce vieux et puissant ministre n'avait pour salle de réception qu'une cellule large de dix pieds sur quinze de longueur !

Lorsque l'héritier du trône fut enlevé à l'amour de la France par une mort affreuse, Suger consola le père in* fortuné ; il lui répéta que son antique race ne s'éteindrait pas , et (pie la couronne se maintiendrait dans son auguste famille. Sa loyale attente ne fut point trompée. • L'his- « toire lui était si femilière que, quelque roi ou prince

• des Français qu'on lui nommât il en pju^ourtt| }ee

Hkx actions avec ime rapidité que rien n'arrêtait »'(!). Oui, tout ce qui sortit de sa plume eut incontestablement une utilité marquée ; aussi , ses écrits valaient des soldats, son éloquence entraînait les suffrages , et ses conseils passaient pour des oracles. Il est vrai qu'il prédit en son temps beaucoup de choses arrivées , et on le regarda à juste titre comme le Salomon de son siècle.

C'est eo 1140, qu'il Et avec pompe la dédicace de la merveilleuse église de Saint-Denis ; on lui en attribua Fordonnance générale , parce qu'il avait aussi la réputation d'être l'un des hommes de son siècle le plus versé dans l'architecture.

Quelques année! auparavant, Suger avait reçu les derniers soupirs de Louis VI ; ce prince en quittant cette misérable terre , se plaignit , malgré les fastes de son règne, du malheur de la condition humaine qui réunit rarement le savoir et le pouvoir; regardant pleurer amèrement Fè pieux abbé , il lui dit : « Beau cher ami , ne pleure mio « de moi ainsi , faites joie de ce que la miséricorde me « signe et prévoir de moi appeler » (2) Il lui recommanda ensuite particulièrement son fils , se fiant s sa fidélité plus qu'à tout autre Heureux les rois , heureux

surtout les peuples qui voient entrer dans les conseils de leurs souverains de semblables favoris !

Quelques années plus tard, la sagesse de Suger brilla vie nouveau dans une discussion majeure. 11 combattit aveo véhémence le projet de croisade prèchée par l'impétueux moine de Glairvnux. Eu travaillant à la politique , Suger n'avait pas négligé les affaires de la religion ; mais en voulant l'avantage bien entendu de la religion , il cherchait en même-temps celui de l'Ktat. Cependant , malgré les maximes les plus pures , on ne goûtait pas toujours son

1 (i) Vie de Sogfr , par Guillaume , rnoiat.

(a) MaDUH-rit s a.' 707.

— as

opinion sur le droit divin , et dans cette grave circonstance, il ne fut malheureusement pas cru. La croisade fut désastreuse. « O mon père Suger ! s'écrie Odon de Deuil , le a Roi ne parvint à An hoche qu'à travers d'immenses pé- « rilt et après de grandes pertes: mais vous deveï vous « consoler en pensant que du moins il est sauvé. » - Avant son départ pour la terre-sainte, en 1147, Louis VII avait eu la prudence de désigner Suger comme régent du royaume ; ce choix d'un homme aussi consommé dans les «flaires , et dont la politique transcendante était adorée de la nation , avait obtenu l'approbation générale.

La France fut en partie dédommagée du tort infini que lui causait cette expédition lointaine par le gouvernement fructueux et tutélaire de Suger. Bienveillant et équitable envers tous les Français , il n'était formidable qu'aux oppresseurs de son pays, plaignant néanmoins la condition des rois qui souvent ne peuvent remédier à tous les maux, qu'ils connaissent. Une occasion extraordinaire se présenta bientôt pour manifester plus ostensiblement encore son entier dévouement à son souverain : le comte de Dreux, frère de Louis VII , avait précédé le retour de o© prince de la Palestine, et s apercevant de l'extrême mécontentement du peuple , avait accrédité les idées d'incapacité qui ne pesaient que trop sur le monarque , dans la vue de s'emparer des rênes de l'état, et peut-être de la couronne. Suger avait blanchi au service de ses maîtres , qui les avait soutenus de son bras , de ses écrits , de ses conseils , se montra de rechef dans cette circonstance critique le héros de la fidélité ; profondément versé , comme on vient de l'observer , dans la connaissance de l'histoire , il n'ignorait pas que l'ombre du dernier Mérovingien , mort dépossédé tous le froc à Saint-Omer , sa patrie , avait souvent fait trembler le grand Charlemagne lui-même , et il savait aussi que les droits des descendants de ce prince déchu avaient quelquefois inquiété les premiers Capétiens. Les troubles

qui bu i virent l'avènement du chef de cette dynastie étaient encore présent* à sa pensée ; il se hâta donc d'assembler le» représentants de la nation , et là , dans cette

mais sans que rien fût capable de lui faire abandonner le parti de la vérité et de la justice , pour lesquelles il eût volontiers sacrifié sa vie, car il était également élevé audessus des espérances et de» crainte» du siècle , il employa des exhortation» si fermes et si entraînantes qu'il fit les divers factieux dan» le devoir, et tous les rent contraints d'exalter ses talents et d'admirer caractère. La France put se consoler de la défaite de ses armées et ressentit alors pour sa félicité l'influence salutaire d'une voix de plus dans la balance, -q Cependant Louis Y 11 , abandonnant le théâtre honteux d'une guerre funeste , revenait prendre possession de cette France dont Suger avait été l ame pendant sou absence et qu'il devait retrouver si florissante malgré ses revers nombreux ; mais «« héLas , à quoi les rois sont-ils exposés' qu'ils « sont malheureux d'être livres aux artifices des méchants, a et des hommes artificieux et intéressés qui les environ* « nent ! » — « A la vérité , la reconnaissance est rarement « leur vertu. •» Suger fut accusé de trahison auprès de son faible et imprudent souverain. « Il éprouva l'injustice « qui d'ordinaire frappe tous les gens de bien ; » comme il n'expliquait point l'évangile à l'avantage du despotisme , mais au profit du malheur , c'eu était asses pour le faire détester par quelques docteurs ultrà-montains qui ne pouvaient lui pardonner son opposition à la croisade et la substitution de la douce et bienfaisante morale du Sauveur des hommes aux anathèmes , aux excommunications , aux pénitences qui se rachetaient au poids de l'or ; Suger avait aussi imploré de tous ses vœux , pour le bonheur de sa patrie, l'alliance conservatrice de la monarchie héréditaire et des liberté* publiques, mais les castes privilégiées ne

pouvaient se résoudre à lui foire la rémission de ce crime politique. Il eût vainement aussi répété dans notre siècle: « pour toute science et pour tout secret de succès , étudier

« et favorisez le génie des peuple» ; »> cette dangereuse hérésie n'aurait point été approuvée; il ne tirait princi-. paiement son génie que d'une conscience sans reproche et animée de l'espoir religieux d'être utile aux hommes; puU saut sa force daus l'estime publique qu'il mérita toujours, a ne vantait pas l'indépendance avec un cœur d'esclave^ ne criant pas avec hypocrisie : liberté ! liberté ! pour la détruire ensuite par ses œuvres. ( Car de quoi la corruption n'abuse-t-elle pas ? ) Il souleva doue contre lui tous les hommes de mauvaise foi ainsi que la masse de toutes les médiocrités rampantes et envieuses qui supportent au surplus difficilement le véritable génie, n'importe dans quelle ère ; les vieux chevaliers du siècle précédent ne pouvaient tolérer ses idées libérales , et ne craignircut pas de le comparer momentanément au génie du mal ou du chaos; les jeunes novateurs, dans leur ardeur insensée, dénaturaient sa conduite prudente et appréhendaient surtout son éloquente énergie contre leurs visions révolutionnaires.

Le roi écouta d'abord un peu trop facilement les rapports insidieux qu'on lui fit sur son premier ministre qui n'en resta pas moins dévoué au trône , car « l'ingratitude^ « est à l'aise avec la fidélité ; » mais les soupçons injustes ne prévalurent pas long- temps, les bonnes intentions et la droiture de Suger furent hautement proclamées , et malgré les vociférations de ses adversaires , au milieu des acclamations d'amour et d'estime des Français, Louis VII, mûri par le malheur , ce grand enseigtutur de vérité , lui décerna publiquement, au. nom de la nation reconnaissante la récompense; la plus digne du meilleur citoyen , le titre de père de la patrie , honneur qui né fut jamais accordé à aucun autre ministre , surnom flatteur , ratifié

parla voir solennelle du peuple , appelée la voix de Dieu , quand iL eut calme , parce qu'alors son instinct est admirable pour deviner le vrai mérite. (1)

i Suger , plein de désintéressement , ne se vengea de ses' ennemis qu'en faisant à la France tout le bien possible.

* La politique ne lui fit point oublier les préceptes de « l'évangile. » (2) Louis VII qui n'eut pas toujours le bon esprit d'adopter ses excellents avis et son extrême prévoyance s'en vit privé trop tôt pour son avantage et pour celui de son royaume. 1

Au moment où il allait exécuter l'héroïque résolution' de conduire lui-même, en Palestine, uue armée soudoyée à ses frais , et après avoir déjà fait passer a Jérusalem les fruits de ses économies , par l'entremise des chevaliers du Temple , ordre fondé récemment par un enfant de Saint- Omer, (3) entreprise dont le but était de sauver la cité sainte et d'empêcher Louis VII de faire une seconde croisade , Suger mourut au retour d'une visite pieuse au tombeau de saint Martin. « Inutiles apprêts ! ce dernier coup « manquait à sa gloire : la mort le surprend à la plus belle « époque de sa vie ; il expire , la patrie et l'héroïsme « dans le cœur. » (4) Il fut long-temps regretté par ld peuple , non oublieux de ses bienfaits , et pleuré amèrement par son roi qui resta comme un homme qui a perdu son guide dans un pays désert et inconnu. Sa fin fut annoncée à la chrétienté comme une calamité publique.

La mémoire de cet homme d'état supérieur , amant sincèré et passionné de toutes les vraies gloires , sera certainement immortelle , car , pensant comme Ba yard , parlant

* (O Le Chroniqueur de la jeunesse , par M. Daniclo. (i) Michaud. Histoire fies Croisades.

(3) Histoire de l'abbaye de Saiul-Dsou , p. 1 8*. — Variétés historique-, sur Saiut-Omer»

comme Bossuet , il eût été Sully sous ïtenri tV et Colbert sous Louis XIV. La liberté et l'honneur de son pays ne faillirent jamais entro ses mains constamment pures. Il s'opposa vivement au divorce impolitique qui démembra la monarchie à la fin du règne de Louis VU; il fit voir, au faite de la puissance , ce que peut quelquefois un seul homme sur la fortune d'un Etat , car sa disgrâce aurait été aussi un déplorable événement pour tous les Français, et long-temps ils en auraient ressenti les fatales conséquences. 11 tenait pour principe qu'il est pernicieux pour un roi de violer la loi , parce que la loi et le roi n'ayant qu'une seule et même autorité , ébranler celle de l'une , c'est mettre en danger celle de l'autre. (1) Toutefois, il n'aurait jamais applaudi à ce qu'on affectait naguère encore do proelainer le plus saint des devoirs. On l'accusa d'avoir seiné l'or avec profusion , mais « c'était cultiver la vigne m du Seigneur, disait-il, qne de prodiguer aux demeures • des solitaires l'or, l'argent et les pierres précieuses. •

Louis XIV, qui réglait souvent ses choix sur la renommée, n'aurait eu garde de dédaigner un si précieux soutien, et il est connu que Louis XVIII , dans les inquiétudes et les embarras de son régne , s'écriait souvent : « Que n'ai-je « pour me seconder un abbé Suger!.... (2)

L'éloge de Suger a été justement renouvelé de siècle en siècle ; on le récita publiquement à l'anniversaire de son décès , pendant une longue série d'abbés recommandables , dans le chœur magnifique de l'abbaye de Saint-Denis; et quelques années se sont à peine écoulées depuis , qu'à lu présentation d'un projet de loi concernant les communes, cet éloge , toujours jeune , se reproduisit naturellement sur les lèvres du brillant orateur qui échoua, hélas! dans sa tentative officieuse de satisfaire les exigences de» partis

., (i) Remontrants du pariemeut de Dijon. i 7 88. (») Dicùonuaire de la conversation. .

qui divisaient alors la France. (I) Enfin, je redirai les paroles d'enthousiasme du moine Guillaume : « Excellent « Suger , que pourrait-on dire qui ne fût au-dessous de « tes mérites? tout ton éloge sera renfermé dans ce peu de « mots : le ciel même t'applaudit pour ta vertu , l'Univers « et la Gaule entière célèbrent tes louanges »

§ il

D'après l'esquisse biographique qui précède, il est incontestable que la patrie de l'abbé Suger a des droite acquis à la gratitude éternelle de la France. D'ailleurs, « l'inté- « rêt le plus vif se rattache toujours à un grand homme , « et l'éclat que sa renommée fait jaillir sur sa patrie exerce m une si noble influence que pendant des siècles , ainsi « que cela est arrivé pour Homère , on a vu des villes « rivaliser de xèle et de travaux pour acquérir le droit « de se dire le berceau du génie. » (2) J'ai sigualé déjà plusieurs fois la ville de Saint-Omer, dans la province d'Artois , comme ayant des droits plausibles à se déclarer le lieu de naissance de l'illustre Snger ; (3) cette prétentention n'est pas nouvelle parmi mes compatriotes, et les historiens de cette contrée. Hennebert n'en fait pas mention , à la vérité , mais peut-être l'avait-il réservée pour sa biographie artésienne dont la révolution a empêché la publication. Dom Devienue l'a consignée dans son histoire d'Artois. En 1811 , l'administration municipale de Saint- Omer répondit aux rédacteurs de l'annuaire statistique du Pas-de-Calais , que Suger était né dans cette cité. (4) En

(i) M. de Martignac, séance du 9 février 1829. (a) Hédouin. France Utléraire.

(3) Variété» historiques sur Saint-Omer. — Histoire de Thérooanne, elc;

(4) Archives de Saiut-Omer,

1820, M. Desmarquoy (1) fit hommage d'un recueil de recherches sur cette question de localité à M.' Siraéoit, préfet du Pas-de-Calais, qui les soumit, dit-on, à l'examen de l'académie des inscriptions et belles-lettres ; et en* Tertu de l'approbation de ce corps savant, et stimulé par le ïèle vigilant du directeur des beaux-arts , le gouvernement fit frapper une médaille qui d'un côté représente l'effigie de l'abbé Suger , et de l'autre cette inscription : né à Saint-Omer en 1082, mort en 1152. Cette médaille a été déposée au musée de cette ville. (2) Un article biographique conforme à cette opioion fut inséré dans le Propagateur du Pas - de - Calait , le 16 septembre 1829; 1» Mémorial artésien réclama aussi cette éclatante distinction pour notre cité , le 22 avril 183G ; Collet exprima le désir que ce fait put être prouvé d'une manière péremptoire ,

• alors, la ville de Saint-Omer, dit- il , pourrait, ajusta « titre , revendiquer la gloire d'avoir donné le jour à cet « homme célèbre qui fit l'admiration de saint Bernard et « de toutes les personnes illustres de son temps , lui éri-

• ger ensuite une statue sur une des places publiques de « cette ville. » (3) L'Indicateur de Calais du 18 mars 1832, déclara que « Saint-Omer s'honorait de le compter au nom- « bre de ses enfants. • L'antiquaire de la Morinie s'en empara à son tour: « nous citerons avec une sorte de fierté, « dit M. Derheims , dans son article sur Y importance des « recherches archéologiques , le vertueux Suger , ministre-

• modèle L » Récapitulons donc les rapports historiques de Suger avec la ville de Saint-Omer et faisons la revue des diverses autorités sur lesquelles on peut équitablement s'appuyer pour chercher à résoudre cette curieuse difficulté t

Selon une notice inédite d'un ancien bénédictin de la

(i) Né à Aire, ancien médecin en chef à l'année français (a) Archives de la Société des Antiquaires de la Morinit. (3) Notice historique d«- Saint-Omer , p. iô3v

congrégation de Soint-Mnur , (1) qui , comme on le sait, « a donné ces hommes dont le savoir est devenu prover- « bial et qui ont retrouvé , avec des peines infinies , les « manuscrit* antiques , ensevelis dans la poudre des rao- « «astères , » 1 abbé Suger vit le jour à Saint-Omer, sur la paroisse de Saint- Denis , Tan 1082. Cette cité , où s'élevaient déjà plusieurs communautés , faisait alors partie du comté de Flandre. Les parents de Suger étaient pauvres et inconnus, mais bourgeois libres et honnête». La tradition rapporte qu'il reçut sa première éducation dans l'abbaye de Saint-Bertin dont l'école littéraire était déjà favorablement connue dans la Belgique dn temps de Charlemagne , et où les enfants indigents étaient recueillis par la charité des religieux qui les formaient de bonne heure aux sciences ainsi qu'aux vertus chrétiennes. C'est pourquoi j'ai allégué avec vraisemblance que le chétiF lutrin de la paroisse de Saint-Denis , à Saint-Omer , avait retent! des premiers accents du vertueux Suger et du sensible auteur de Félix..., (2) Quoi qu'il en soit, c'est en 4092 qu'il fut déposé par son père dans l'abbaye de Saint-Denis ; celui-ci g'appelait Elimand (3) , Hélinand (4) , ou Etienne Suger , homme du peuple , recommandable par sa probité , et sa

mm '

(i) L'abbé Aubin. Catalogua raisonné des manuscrits de la bibliothèque de Saint-Omer.

Jean-Charles-Joseph Aubin, né à Saint-Omer, le ai février 1747 » sons-prieur et bibliothécaire à Rouen, daus la congrégation deSt.-Maur, qu'il défendit avec éloqueuce à l'époque de la révolution , fut nommé le 5 juillet 1799, conservateur de la bibliothèque de Saint-Omer qu'il administra avec laleut jusqu'au 3i janvier 1827; il a laissé comme un souvenir honorable et digue d'être respecté, la partie des manuscrits da son catalogue. Cet érudtt bénédictin est décédé le 5 septembre 1829.

(a) Histoire de Tliérouanne; article Monsigny.

(3) Histoire de Suger, par Gervaise.

(/,) Nâcrolugc de l'abbaye de, Sautl-Denis.

mère, Catherine Legrand. (4) Il s'était trouvé, dans son enfance, à Saint-Bertin avec Alvise , son frère aîné , religieux de ce monastère , depuis évoque d'Arras , et Milon l.* r , évôque de Thérouanne; et il prit toujours un soin tout particulier de l'église des Atrebates, et il montra constamment une considération étonnante au diocèse des Morias, ainsi qu'un attachement flatteur et délicat envers son respectable chef, son camarade d'études. (2) Ce dernier avait été choisi , conjointement avec Suger et Hugues d'Auxerre , pour présenter à Eugène III et aux cardinaux la confession de foi des prélats de France qu'avait dressée saint Bernard , à l'occasion des hérésies de 1'évèque de Poitiers 1 . (3) Alvise présida à la dédicace de la cathédrale de Thérouanne , en 1133; (4) c'était peut-être pour représenter Suger, son frère, auprès de Milon, son cher condisciple. Suger avait aussi contracté une liaison intime avec Charles-le-Bon. Lorsqu'on 1422, Eustache, advoué de Thérouanne , voulut vexer le clergé de cette ville , par la construction d'une forteresse dans le cimetière de Notre 1 - Dame, Suger, sollicité par son ami Milon, engagea le comte de Flandre à en ordonner la démolition.

Isaac, le dernier survivant des assassins de Charles-le- Bon , fut surpris caché dans un cloitre de Thérouanne et livré à la justice du roi de France. (5)

Suger voulut que Milon signât son testament, en 1137, et qu'il assistât à la consécration de son église abbatiale , à l'édification de laquelle il avait contribué. Cet évêque cependant était modeste et fuyait les honneurs du monde,

(i) Legrand de Castelle, ancien avocat à Saiot-Omer. — Remontrance do clergé de Saint-Denis , à Saint-Omer, à l'éyèque de cette ville. 1779. (a) Histoire de Thérouanne , page 67.

(3) Histoire de l'abbaye de Saint-Denis.

(4) Manuscrit n.° 8o5, de la bibliothèque de Saint Orner.

(5) Histoire de Thérouanne, p. ai et te. — Dom Gervaise, t. H.

Inait il était du même pays que Suger; il s'était adonné aux mêmes études , avait embrassé le même état ; leurs familles étaient peut-être unies par les liens de la parenté pu de l'amitié ; ils conservèrent jusqu'à la mort cette sympathie de jeunesse. En outre , Suger sut profiter de quelques circonstances particulières pour attirer chez lui sou ancien ami. (1) Milon était , dit-on , un des six évêques qui assistèrent à ses funérailles. Après le meurtre affreux de Charles- le -Bon, Louis VI vint faire reconnaître à Saint- Omer , Guillaume de Normandie , en qualité de comte de Flandre ; il y signa la femeuse charte de 1127 ; le nom de Suger ne figurant pas au bas de cet acte remarquable, on ne peut donc prétendre raisonnablement qu'il ait accompagné son roi dans ce voyage à la terre natale ; mais Saint-Omer est au nombre des cités qui, pour se soustraire au joug odieux de la féodalité, obéirent à Louis VI; c'est ce qui résulte des médailles de son règne , et de l'écuason de France qui se trouvait jadis sur les robes et manteaux de MM. du magistrat de Saint-Omer , avec l'inscription du mot de loyauté; (2) c'était Guillaume II, de la vaillante Maison de Saint-Omer , qui , applaudissant vivement à la mesure tutélaire qu'avait suggérée son généreux compatriote au roi de France , s'était rangé avec empressement à la tête des Àudomarois, sous les lois de ce monarque intelligent. Plusieurs auteurs prétendent que Iloston , de Saint-Omer, grand-maître du Temple, assista aux funérailles de Suger, avec plusieurs chevaliers de son ordre: digne hommage rendu à son impérissable souvenir ! (3) on a observé , et cela par précision chronologique , que les années de la naissance et de la mort de Suger avaient

(i) Vieux registre de Thérouanne, cilé par Dom Lit un. (a) Legrand de Castelle.

(3) Variétés historiques sur Saint-Omer, p. 36. - Histoire de l'ab* baye de Saint Denis , p. 190. — Vie de Suger, par GuiiUumt. ,

été tristement mémorables à Saint-Omer par deux incen*

dies épouTantables.

Après la narration des rapporté qui ne sont étayés que

sur une tradition plus ou moins avérée, car, « quelle est « la tradition historique un peu ancienne qui puisse être a complètement prouvée et à l'abri de toute contestation? »

abordons l'examen des autorités sur le fait même de la

naissance.

Les auteurs déterminent en général la naissance de l'abbé Suger , en 1081 ou 1082 , et son décès au 13 janvier 1151 (1) ou 4152. La biographie s'est arrêtée aux dates suivantes : 1082 et 1152, qui comprennent une carrière de 70 ans. (2) Ceux qui ont rédigé la vie de Suger ne s'expliquent point sur son lieu natal et déclarent tous qu'il était d'une origine obscure. A cet égard , ils ont imité sa discrétion , et répété son aveu modeste qui n'ajoute qu'un nouveau lustre à sa renommée. « Quis enim ego sum , aut quœ domus . . . me pauperem de stercore... plcbe humili... » (3)

Les opinions des biographes et des annalistes ont flotté indécises sur la désignation de sa patrie : Saint-Omer , Toury-en-Beauce et Saint- Denis ont été spécialement indiqués. On peut choisir sans doute , mais apprécions attentivement la valeur des hypothèses des uns et des autres.

Au commencement du 18.* siècle, Dom Liron , bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, composa une dissertation où il est prouvé que l'abbé Suger , régent du royaume de France , est né dans l'Artois. (4) Elle est dédiée à l'évêquede Saint-Omer, François de Valbelle; elU a été retrouvée manuscrite dans les papiers de cet évéque,

(i) Dom Bouquet, t. XV, p. 5So.

(i) Dom Bouquet, t. XII, p. xi 3. — Gervaise , t. L — Mémoires

des iuscriptious.

(3) Ecrits de Suger.

(4) Histoire littéraire de U congrégation de Saiut Maur , p. 67 f«

ayant au bat cette date: à la Flèche» le 15 décembre 4726, imprimée à 8a mort arrivée en 1727 et répandue immédiatement après dans l'Artois. Elle a été réimprimée en 1738 dans les singularités historiques ; c'est ainsi que cette prétention a retenti , pour la première fois, dans le monde littéraire. Elle ne tarda pas à obtenir de respectables approbations ; « la patrie de l'illustre Suger est un « problème sur lequel on propose diverses conjectures, j» dont aucune , à notre avis , ne produit une entière conte viction. Celle qui nous paraît le plus approcher de U « vérité , le fait naître dans le territoire de Saint-Omer. » Ainsi s'exprime V Histoire littéraire de la France, en 1763. Le recueil des historiens de la France relate aussi les arguments de Dom Liroo. (1) On les retrouve encore dans le Gallia christiana. (2) La dissertation de ce bénédictin est intitulée : la Gloire do l'Artois. Le fait dont il s'agit , im* portant à l'histoire de cette province , nouveau et si difficile qu'il a été inconnu jusqu'à ce jour à tous les savants , regarde particulièrement Saint-Omer ; (3) « c'est assurément «• une chose digne d'étonnemeut, observe d'abord l'auteur , « que jusqu'à ce jour aucun lieu proprement ne s'est fait '« honneur de la naissance du grand Suger; » sans autre vue que de servir la vérité , il lui parait certain qu'il est né dans la Belgique , en particulier dans l'Artois , et très -probablement dans la ville de Saint-Omer ou dans son voisinage. Cette assertion est fondée sur le fait unique que Suger était frère d'Alvise, connu particulièrement depuis l'élévation de Suger qui procura celle de cet évêque. Cet Alvise était , lelon les expressions de Locre , vir magnanimus , génère Flandôr ; or , on disait généralement dans les 11. 9 et 12.* siècles: Saint-Omer en Flandre. Malbrancq déclare qu'il

(i) T. XII , p. io3, année i;8r.

(a) T. VII, p. 36g, année 1744,

(3) Epltre dédicatoirs. ......

était originaire de la Flandre en Morinie et religieux de

Saint -Bertin ; Ipérius et le grand cartulaire de cette abbaye; justifient sans aucun doute sa résidence et sa prééminence dans ce monastère ; il y obtint même la dignité de prieur qui n'était autre peut-être que celle de prieur claustral de Saint-Vaast. (1) Cet estimable prélat étant mort à la croisade, le 6 septembre 1147, l'abbé de Saint - Bertin , qui l avait accompagné dans cette expédition, ne laissa à aucun autre le soin de lui rendre les devoirs funéraires. Se sentant défaillir à l'époque de la fête de saint Bertin , » dont il avait été moine , il pria ceux qui l'entouraient de lui chanter solennellement tous les offices de ce jour (2).

Alvise jouissait d'une réputation étendue ; il la devait à sa piété régulière, à sa vie laborieuse, à son mérite (3). U était très-lié avec saint Bernard et il brilla au premier rang parmi les ardents adversaires d'Abailard. (Suger força Héloïse à quitter le monastère d'Argenteuil dont elle était prieure ). Alvise avait été élu, en H 12, au ministère abbatial de l'église à'Anchin, avec l'agrément de l'évéque de Thérouanne , parce qu'il était né dans son diocèse , et promu , en 1131 , à l'évèché d'Arras. A l'occasion de cet avènement épiscopal , il reçut les vives félicitations d 'Innocent 11, ami.de Suger, auprès duquel ce pontife venait de passer les fêtes de Pâques , ainsi que de Louis VI qui recommanda en outre nou-seulement au clergé et au peuple d'Arras , mais encore à Thierry , comte de Flandre , d'aimer et d'honorer le nouvel évêque. L'archevêque de Reims ne donna pas à ce choix un acquiescement moins solennel. Pourquoi donc ce contentement si prononcé du pape, du roi et du métropolitain? « C'est qu'Ai vise était m frère de Suger ; cela dit tout.... - En 1140, Alvise avait

, (i) Manuscrit n.° 8i5. KiMiothèque de Saiul-Omer. . (a) Odon de Deuil.

. (3) Manuscrit n.« 7*5. Bibliothèque de Saiul-Omer.

«•listé aussi à* la dédicace de l'église de Saint-Denis et y avait consacré l'autel de saint Cucaphas ; « on marque «r encore d'autres solennités de cette église où il s'est » trouvé. Ce sont des rapprochements de plus avec l'abbé Siiger,

; L'an 1147, Alvise donna à Suger son église d'Anchin; quel motif avait-il de faire ce présent au puissant abbé de Saint- Denis, infiniment plus riche que lui? C'est qu'en partant pour l'Orient , il voulut offrir ce tribut de son amitié* et de sa reconnaissance , et comme pour ajouter quelque chose au luminaire de l'église de Saint- Denis, à son trè$cher frère, selon son expression , que peut-être , pressentiment trop réel , il ne devait plus revoir.

. Pendant l'épiscopat d'Alvise , le chapitre d'Arras était eu confraternité avec l'abbaye de Saint-Denis ; cette disposition avait été arrêtée par l'évèque pour témoigner sans doute à son frère la haute considération qu'il portait à tout ce qui l'intéressait ; et n'est-ce pas aussi par égard pour l'attachement et la mémoire d'Alvise , que de son côté, Suger , même après la mort de son frère , soutint et protégea l'église d'Arras , capitale de l'Artois , sa patrie , plus que toutes les antres du royaume ?

« Alvise étant décédé à la croisade, l'un des principaux aumôniers de Louis VII, ce prince annonça lui-même, cette douloureuse nouvelle , à Suger ; les termes de sa lettre offrent une similitude frappante avec ceux de la donation faite par Alvise de l'abbaye d'Anchin ; ce dernier , comme je viens de le dire , appelle Suger dilectissime frater ; Louis VII en lui parlant d'Alvise, écrit cet i»ots : venerabilis frater tester.... Ces suscriptions sont-elles purement et simplement conformes au style mystique et au spiritualisme de ce temps? car, c'est encore dilectus filius , quand il s'agit à'Odon de Deuil , ou patri Sugerio , dans une lettre de Thierry , évéque d'Amiens , ou la formule usitée de venerabUi domino abbati , même des wàa-

pies moines qui commencent ainsi tenrs missives : frater

.Hugo, frater Balduinus.. »... sjslutem , etc. (!) ; mais les archevêques et les évoques traitaient seulement Suger de Seigneur et de Père. On écrivait à Suger sous les titres les plus relevés, tels qu'AUeue , Majesté , Grondeur.... Toutefois deux étrangers se Servirent à son égard , en 1149, de

ces expressions : carissimo fratri et amico Venerabili

fratri et amico. [ Epietola 87 Hugonis cardinal» tituli in Lucina... Epistol* 101 Henrici , U'intoniensis episcopi] (2). liais nul autre prélat français qu'Alvise ne lui a doané la qualité de frère on de très-cher frère. Alvise est le seul é vaque dont Louis VII ait dit en écrivant à Suger : Votre frère l'évéque; il était extrêmement convenable d'ailleurs au roi de France de consoler Suger de la perte d'Alvise ; le mot de frère qu'il emploie , loin d'être familier , n'était que naturel dans cette circonstance; ea erat optimi régis dU fnati*. (3) « Suger était donc véritablement le frère d'Al- • vise. »> Voilà toute l'argumentation de Dom Liron. Le Gallia chrpstiana ne trouve pas sa conclusion téméraire. (4) . * Si ce concours de vraisemblance pesé mûrement ne per- « suade pas l'esprit absolument , du moins doit-il , ce sera- « ble , l'ébranler. » (ô) * A la rigueur toutes ces preuves .• pourraient être chicanées ; mais elles ont du moins une .« vraisemblance qui paraît suffire pour rétablissement d'un « point purement historique. » (6) Je pense aussi avec Dom Liron , que l'on n'a rien à dire de meilleur en fa«veur d'une autre ville ou d'une autre province. L'éloge d'Alvise, son origine flamande, son titre de moine dans l'abbaye de Saint-Bertin , se trouvent en outre consigné»

, (i) Dom fcoufjuet t tome XV. .

(a) Dom Bouquet, tome XV. »

(3) Aniudtt bentdicLini, tome VI.

(4) Tome VII, page 3Ôq. .

(5) Histoire lu braire , tome XII , page 36a.

(6) Le nota it lt coatrs, étUOoft iar*a, t IX. 174* }

•dirai plusieurs antres sources historiques. (1) « Robert', « évêque d'Arras , fut remplacé par Al vise , frère de Su- .« ger; » a écrit Dom Devienne. (T)

On a vu que les assertions du bénédictin Dom Liron •avaient été répétées et sanctionnées par presque tous les autres bénédictins, depuis la France littéraire, le (rallia christiana , le recueil do Dom Bouquet , jusques à l'abbé Prévost, Dom Devienne et l'abbé Aubin ; les quatre principaux .auteurs de l'histoire de France , antérieurs au 19.* siècle, Sri pi. m Dupleix , Mézerai , Velly et Daniel , ont gardé un -silence complet sur le lieu de naissance de Suger.

Quelles sont donc les raisons que l'on pourrait invoquer en faveur de Toury ou de Saint-Denis?

Suger , fort jeune encore , avait été fait prévost de t Toury ; c'était une terre seigneuriale des plus considérables de l'abbaye de Saint-Denis , pour laquelle il conserva toujours une vive inclination et qu'il protégea efficacement-; « ceux de Toury parlent encore à présent de l'abbé Su- « ger comme d'un homme à qui leurs pères ont eu les « dernières obligations : peut-être même que leur véné- « ration pour sa mémoire les a portés insensiblement à m croire qu'il avait pris naissance dans leur pays , ce qui '« ne se trouve autorisé d'aucune preuve. » (3) « Ce mi- « nistre, selon lapins commune opinion, était de Toury- « en- Beauce et d'une naissance obscure.... » (4) Ceux qni ont donné par erreur à Suger un écusson chargé de tours , et c'est ainsi que ses armoiries sont exposées dans le recueil des portraits des hommes illustres à la bibliothèque royale, ont pu aussi contribuer à entretenir le préjugé

(i) Gazet. — Spicileg. D'Ach. — Thcsaur. no*. Anecdot. — Notice de l'Etat d' Artois.

(*) Tome II, pages 69 et 106.

(3) Histoire de l'abbaye de Saint-Denis. 1706.

(4) Dictionnaire historique des mœurs , usages et coutumes des Fraaçais. Paris. 1^7. — Tableau de la France. Paris. 1769.

des habitants de Toury. Suger cependant avait fait la guerre dans ce riche et fertile domaine, « le château de Toury • fut démantelé en même-temps que celui du Puiset par « ordre de l'abbé Suger ; mai* comme il était beaucoup « moins fort et beaucoup moins redoutable, Suger se con> « tenta d'en faire raser les remparts; le donjon fut épargné « et subsista ainsi jusqu'à nos jours. » (1) . î

L'auteur de Yhistoire de T abbaye de Saint Denis ( p. 477 ) croit que cette dernière ville a plus de droit de s'attribuer cet honneur que pas un autre lieu du royaume; du moins paraît-il qu'il avait des parents établis à Saint- Denis. 11 est question de Girard, un de ses neveux, dont la maison faisait une redevance à l'abbaye. L'autre, nommé Jean , mourut en mission auprès du pape. Suger fut long- temps inconsolable de sa fin prématurée. Après tout il vaut mieux , observe Dom Félibien , avouer simplement ce que l'on ne sait pas que de prétendre savoir ce que Ton ignore véritablement. L'auteur de la Gloire de l'Artois loue •on confrère de son extrême franchise dans la réfutation de sa propre conjecture j effectivement , Suger pouvait, sans violer aucune loi , procurer quelque établissement à son neveu Girard. .,

Le père Longueval (1734) a reproduit l'allégation de Dom Félibien : « Il était natif, à ce qu'on croit, de Saint- « Denis même.... « (2) Dom Ceillier (1758) a redit aussi : « Né , comme on le croit, dans la ville de Saint-Denis.... » On a écrit encore que Suger , dont la renommée planera à jamais sur les siècles, était « un berger de Saint-De- « nis. » Il est vrai qu'il vécut daus cette abbaye , où il avait regardé comme une faveur d'être admis au nombre des novices et qui ne fut jamais plus fortunée que sous

(i) Vie de Louis le-Gros. — Mémoire des antiquaires de France , t. IV. (a) Histoire de l'Eglise gallicane, tome VIIL 17 34. (Lm Gloire d* fJrcis n'était pu encore répandue.) .

•a direction , depuis ton enfance jusqu'à sa vieillesse ; qu'il en a suivi la règle dès se» plus tendres années et qu'il a déclaré , dans l'exposé des actes de son administration , quu c'était ce qu'il aimait le mieux au monde; (1) appliquant enfin le nom de Colonneê d'Hercule aux croix mutilées on colonnes qui se voyaient sur le chemin de Saint-Denis à Paris , contre lesquelles devaient échouer toutes les tentatives des ennemis de ce monastère. (2)

On sait aussi qu'il affranchit de la servitude tous les habitants de Saint-Denis.

Toutes ces suppositions, il faut en convenir, ne sont d'aucun poids solide contre les arguments de Dom Liron. Ce Celtique désintéressé a done raison de s'applaudir de ▼oir les Artésiens « se faire honneur d'avoir procuré la « naissance au grand Suger, » et de souhaiter « que les « autres peuples des Gaules les félicitent d'un avantage

• qui fait la plus noble partie de la véritable gloire des

• provinces. »

Citons encore quelques autres ouvrages où le sentiment de Dom Liron a été pleinement adopté:

« Suger , abbé de Saint-Denis, était natif de Saint-Omer. « Si l'église ne l'a pas écrit dans son martyrologe, l'histoire « l'a conservé dans ses fastes. » (3) — « Sa patrie est assex « ignorée; les uns ont dit qu'il était natif de Saint-Denis, « les autres de Saint-Omer. » (4) — » Plusieurs prétendent

• que Suger a pris naissance à Saint-Omer. » (5) — « Il « ne semblait pas né pour de si grandes choses ; Hélinand , n son père, n'était qu'un homme du peuple , établi , d'après « l'opinion la plus probable, dans le territoire de Saint-

(i) Annales beneJicùni. Mahilion , tome V. 17 13. (a) Dom Bouquet , tome XIX , page x ij.

(3) L'Encyclopédie, tome XI, page 469. 1765.

*• (4) Abrégé chronologique , par le président Héaault. i;6§, (5; Devienne, tome II, page, 69. 17SJ. I '

t Orner où Suger naquit eu 1084. » (!) — . Suger, abbé de

• Saint Denis , reçut le jour à Saint-Omer. » (2) — « Suger

• était né probablement aux environs de Saint-Omer, ea « 1081 , d'un homme du peuple nommé Hélinand. » (3) •

. Moréri et la plupart des biographes se taisent sur la patrie de Suger. Cependant les suppositions suivantes sont à constater :

3 « Suger , né à Toury-en-Beauce , en 1087 , ou à Saint- « Denis, suivant FéKbien , ou dans la province d' Artois, « à Saint-Omer , qui était alors une ville nouvelle et sana

• considération, de parents peu distingués.... » (4)

« Suger naquit Van 1081 , de parents pauvres et ineonm nus. La ville de Saint-Denis et celle de Toury-en-Beauce m se disputent l'honneur de l'avoir vu naître; d'autres veu- « lent qu'il ait vu le jour à Saint-Omer , dans l'Artois , ville « alors nouvellement fondée et sans considération » (5),« r- « Suger, abbé de Saint-Denis, naquit en 1087, défi parents pauvres , à Saint- Denis , suivant Félibien ; à ft Toury-en-Beauce , suivant quelques-uns , ou à Saint-

• Orner , suivant d'autres. » (6)

« Il ne nous est parvenu de Suger que lui-même. On t dispute s'il naquit en 1081 ou en 1082; on doute si « c'est à Saint-Denis, à Saint-Omer, à Toury? Dupki lui «j donne une naissance illustre , et est démenti par Suger «lui-même. Un nommé Elimand le consacra au cloîtres s qu'était cet Elimand ? » (7)

j (i) Notice sur Suger , par M. Guizot. i8a5. (a) Malle- Brun. Précis de géographie. 1829.

(3) M ichelet. Histoire de France. 1 833.

(4) Dictionnaire historique dit de Chatidon et Delandioe, t. XVI. 181 a:- (5) Biographie des jeunes gens, par Alphonse Beauchamp. 181 3.

}) Biographie universelle , article de Suger , par Fiévée et Michaud. S. Mêmes documents dans la biographie dile de Béarnais. (7) Discours sur l'abbé Suger et sur sou siècle, par de Laussat* Genève. 1780. iu-8.\ ».. v ->

n Celte citation n'est pas exacte positivement : ï)upin dit seulement que Suger était « aussi recommandable par sa « «cience et par son xèle pour le bien de l'église qœ par « sa naissance. » (1)

i C'est à propos du manuscrit qui a échappé aux recherches du père Lelotig , l'histoire de Sigiers , abbé de Saint- Denis, qui n'est autre que les grandes chroniques, que l'abbé Aubin a rédigé sa notice sur Suger ; mais c'est par erreur qu'il a été allégué que ce respectable bénédictin avait communiqué un manuscrit du 12. e siècle, de la bibliothèque de Saint- Omcr, mentionnant la naissance du digne ministre dans cette ville.

Quant à la remontrance du clergé de Saint-Denis à Saint- Omer , à son évèque diocésain , en 4779 , je crois qu'elle a pu servir de texte à l'abbé Aubin , dans son catalogue ; elle a été formulée par M. Legrand de Caste Ile , l'un des antiquaires les plus érudits de cette contrée, au siècle dernier ; mais je ne sais où il a découvert que le père de Suger se nommait Etienne et sa mère Catherine Legrand,

En général , les chroniqueurs et même ses principaux biographes , Guillaume et Gervaise , voire ceux qui depuis Ont composé son éloge , s'accordent à redire que Suger était d'une condition médiocre et d'un endroit obscur, te nui or tus loco ; aussi, faut-il observer qu'à la fin du M. 9 siècle, Saint-Omer, qui n'avait pas deux siècles d'existence, contenait à peine huit mille habitants , et ne pouvait avoir encore qu'une considération fort restreinte ; il en était certes tout autrement du bourg de Saint-Denis , à cause de l'abbaye.

Chaque département s'énorgucillit maintenant plus que jamais de ses illustrations ; Suger est sans contredit l'un des hommes les plus extraordinaires de la France ; j'ai démontré , autant qu'il était possible, qu'il avait vu le jour *

(i) Elie Dupin. x».* siècle; . ■

Saint- Orner , ou si on l'aime mieux , que toutes les' prtA habilités se réunissaient eu faveur de cette cité; j'ai prouvé déjà que Malbrancq était né à Saint- Orner , et que Fauquembeigues était la patrie de Mousigny, (1) mais cette dissertation concernant Suger , dont la longueur me sera pardonnée à cause de sou but patriotique, car « notre « curiosité est insatiable , lorsqu'il «agit de nos pères, (*2) • aura-t-elle le succès de l'excellent article de M. Hédouin après lequel la ville de Boulogne a pu se glorifier d'avoir produit le magnanime héros du Tasse? (3) Le Pas-de- Calais pourra-t-il placer désormais Suger à côté de Godefroid de Bouillou? J'avais communiqué une partie de cet opuscule à « l'Elu de la France historique au 49. • siècle, « à celui qui tenant aux doigts une plume d'or pouvait « seul écrire notre histoire, » (4) dans l'espoir de le déterminer à fixer dans une page de son monument historique , le lieu de naissance de l'immortel Suger dans la ville de Saint-Omer ; il daigna me répondre que mes recherches à ce sujet étaient extrêmement intéressantes ; (5) si je me suis laissé imprudemment aveugler par ce trop flatteur encouragement , que la muse de l'histoire locale veuille bien m absoudre !

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