IM
(a) Duchetae. — Don» Souque!. — The saur. nov. mnetd. — GmUim
shrittiana.
(3) Histoire littéraire de la Francs, tome XH. — Michel Baudief Paris. i645. In-4>*
(4) GuiioL
trois leçons , pour être lue chaque année à l'office dé la nuit , le jour de son anniversaire.
Suger mit avec confiance au grand jour le détail de son administration abbatiale ; de là , son livre : De rébus in sud administration* yestis. (1) Il voulut faire ensuite un traité particulier de la dédicace de la superbe abbaye de Saint- Denis , magnifique objet de toute son affection , n'ayant rien omis pour en faire le plus beau temple du royaume 1 . Il rédigea encore diverses chartes et constitutions et commença , dit-on , mais ce qui est fort équivoque , la viè do Louis Vil que la mort l'empêcha d'achever. (2)
Le principal biographe de Suger est le moine Guillaume , ton secrétaire , qui raccompagnait partout. La vie de Suger en trois livres , « bien qu'écrite avec l'emphase du pané- « gyrique , ne manque pas de vérité ; elle nous donne sur « le caractère et la manière de vivre de Suger , des rensei- « gnemeots qu'on ne trouve pas ailleurs, et porte l'èm- « preinte d'un sentiment profoud d'admiration et d'attaohe- « ment pour le héros. » (3) On signale principalement trois éditions de cette ancienne production , la première f en 1648 , par les soins de Duchesne , la seconde , à peu près à la même époque , par le baron d'Auteuil , dans ses éloges des ministres d'état ; la troisième se rencontre parroi les pièces qui sont à la suite de l'histoire de Saint- Denis. (4) i
Dora Gervaise fit paraître ensuite une histoire de Suger, en trois volumes in-12. (4721) Cet ouvrage est estimé (S).
(i) Duchesue en a donué une édiiiou iu-8.° Paris. 1648. (a) Histoire de Suger, par Gervaise, tome I. [ (...($ Guirot. , ...
(4) Dom Bouquet. — D'Auvigoy. ,
(5) Voir encore, peur la biographie de $uger: le père Lelong. — Histoire littéraire de la France. — Moréri. — Biographie universelle* — Blit Dupio. — Dom Ceillier. , ;
£a vie de Suger n'a pu manquer , on le conçoit facilement '\ d'être détaillée dans toutes les vies des hommes illustres de la France, et dans nos divers dictionnaires et biographies*.
Les mémoires de Suger ont été brûlés pendant les guerres civiles de Charles VI, à Bicêtre , château appartenait alors au duc de Berri , frère de Charles V. (1) *
L'Académie française désigna pour sujet des prix de l'an 1779 , l'éloge de Suger.
Le discours de M. Garât fut couronné. « Presque rien « autour de nous , dit cet orateur , ne rappelle aujourd'hui « les services qu'il a rendus à la France; » « tout eit m changé, nous ne pouvons plus recevoir aucune lumière « de l'exemple. » J'espère avoir démontré dans cette notice que les aperçus philosophiques de ce lauréat sont d'une complète fausseté. (2) Et puis peut-on jamais croire sérieusement que les principes conservateurs soient long temps perdus en France?
Gudin , l'un des concurrents pour le prix de 1770" , aurait pu dire de Suger , à l'imitation d'un souvenir poétique de Henri IV : « Seul miniêtre dont le peuple ait • gardé la mémoire. »
Un autre discours parut aussi en 1779 : il présente une satire ingénieuse, mais peu fondée de la vie et de l'administration de Suger. (3) "
11 faut mentionner également ici le discours sur l'abbé. Suger , par M. de Laussat, en 1780. Cet écrit qui contient quelques pages éloquentes , est empreint néanmoins d'un blâme fâcheux et d'une critique chagrine : persuadera-t-il que Suger ait été ardent à défendre ses avantages parti* ticuliers sous les apparences de l'utilité publique?
L'abbé d'Espagnac se mêla aussi de répandre une in-
(c) Muas. Vies des grands capitaines, tome I , page xxt.
(>) Réfutation de ce discours: année littéraire, 1779, lome Va*.
(3) Biographie universelle. ...... 1
ss -
digne censure sur le seul homme d'Etat dont la gloire toit restée intacte sous la plume des historiens ; mais cette diatribe (1 ) fut justement fustigée par le Suger vengé de l'abbé Roy ou , (2) et par le judicieux et prépondérant témoignage de la congrégation de Saint-Maur. (3) Quelques années •'écoulèrent, et ce frivole chanoine de Paris , exilé d'abord pour «a mauvaise conduite, tomba sous les coups de l'infâme tribunal révolutionnaire , avec Chabot et Bazirc î
Comment l'élégant Héraut de Séchelle* y après avoir manifesté son enthousiasme pour les vertus de Suger , (4) a-t-il pu tracer ces lignes atroces : « J'ai semé quelques
« guillotines sur ma route et je vois que cela produit déjà
« un excellent effet , » pour périr ensuite philosophiquement de ce supplice avec Danton , pour tomber dans les serres du farouche Robespierre, autre célébrité de l'Artois, fléau de la patrie !
Le baron De l\ons, de Béthune , a fait aussi un éloge
historique de Suger. (o)
Yelly , Rayual , Maiehangy, Michaud sont encore les
panégyristes de l'nbbé Suger , surtout dans son parallèle
avec saint Bernard.
« C'est cet enfant qui , s'élevant au-dessus de son siècle ,
• a le plus inDué sur l'empire de Cl.arlemagne Per-
« sonne n'a plus fait pour la postérité, son génie pèse en-
« core sur elle ! »
C'est ainsi que s'exprimait sur Suger , Manuel, en 1789 ,
l'audacieux Manuel (6) qui se repentit trop tard d'avoir
impudemment iusulté un autre restaurateur de la liberté
française !
(i) Réflexions sur Sug«r. 1780, ia-8.* (*) Année littéraire. 1780, l»me I.
(3) Doin Bouquet, tome X.II. 1781.
(4) Eloge de Suger. 1779.
(5) Liège. 1779. in-8.» de yo pagei.
(6) L'auuét française.
L'Académie «TA™ a été sur le point de réaliser plusieurs fois , dit-on , l'intention louable et reconnaissante de proposer l'éloge de Suger pour le prix de son concours littéraire: ce noble sujet pourrait fournir aux estimables concurrents des considérations profitables à la société sur les principes et les résultats de la vraie liberté; l'initiative de cet acte de justice , à l'égard de la plus grande illustration de l'Artois , appartient peut-être de droit à la société des Antiquaires de la Morinie?
ti«i.Il n'y a pas de meilleur exercice pour l'esprit que « d'étudier un grand homme : tout sert de leçon, l'intelli-
• gence de ses dons les plus brillants comme celle de set ■ faiblesses. » (1)
« Suger était petit de corps , petit de race , et atteint
• ainsi d'une double petitesse , dans sa petitesse , il ne vou- « lut pas demeurer petit. • (2) Son corps était effectivement chétif ; il avait peu de mine , selon l'expression vulgaire , car il était d'un tempérament faible et délicat. « Il « avait le visage naturellement maigre , et l'âge , les soins , « les veilles , les travaux et la pénitence de la réforme « qu'il avait embrassée depuis plusieurs années , l'avaient « encore atténué davantage. » (3) Vous découvrirez d'abord son portrait dans les grandee Chroniques de Franc* t à l'instant où il quitte le roi pour aller en message auprès du pape ; (4) puis , dans les annales bénédictines, agenouillé au pied de l'autel de la Vierge ; (5) puis encore dans Dom Bouquet , voyant prendre l'oriflamme à Louis VI. (6) Vous le retrouverez dans une jolie vignette
(i) Lerminier.
(a) Epitapue composée par Simon Chèvre d'ori . (3) Gertaue , tome 1TL
(4) Edition sans date. FeniUet CCXXIX.
(5) Annales benedictini , tome VI, page 4^
(6) Tome XXL
de l'histoire de l'abbaye de Saint-Denis , Ion des adieux 4e Louis VII partant pour la croisade , et lui remettant «on titre de régent du royaume. (1) « A Saint-Denis , le por- « trait de Suger dans un rond-point, était représenté avec S un habit monastique. Cette peinture du 42. 8 siècle est « un des plus anciens monuments qui nous restent de l'art « de peindre sur verre. » (2)
, « Les figures qui se voient aux vitres du chevet de Saint- • Denis , ont été faites par l'ordre de l'abbé Suger qui f s'y est fort peindre lui-même plusieurs fois avec son nom « écrit. » (3) On considérait principalement dans le vitrail de la chapelle du milieu la représentation de la première croisade, sur dix panneaux, avec l'image de Suger au baa. 14).
Au commencement du manuscrit latin du moine Gin/lattme , on distinguait le portrait de Suger.
M. de la Curne a remarqué dans une belle miniature d'un manuscrit du roi ( n.° 8,30o , Chroniqueê de Frmnce ) p qui avait appartenu au grand Goibert , un prélat crossé et niitré; « c'est peut-être Suger qui est représenté debout, « dit-il , dans l'attitude d'un supérieur au milieu de deux « religieux bénédictins qui agissent comme par «es or- « dres. » . (.5)
' Jues traits 4e Suger ont été reproduits en outre sur plu- Meurs médailles et miniatures de manuscrits, indépendamment des recueils de gravures.
"Les tombes célèbres ont aussi leurs révolutions: » on ignore , dit-on , le premier lieu de la sépulture de Suger*
(1) Félibien , page i5f,
(a) Antiquités nationales de Millin. Tome L
(3) Les monuments de la monarchie française, par Moulfaucon , tome l t
(4) Histoire littéraire» tome XII.
(5) Mémoires des inscriptions et belles-lettres, \
ion tombeau dût être mis naturellement dans son abbnye. Un monument simple , érigé dans un coin de cette basi-3 lique, était souvent le vénérable objet d'une infinité d'hommages respectueux; on sait qu'en 1269, l'abbé Mathieu de Vendôme fit transférer son corps dans l'épaisseur du mu* de la croisée de l'église du côté du midi , après avoir fait exhausser à trois pieds de terre au dessous , une pierre commune , sur laquelle on grava cette courte inscription Au dehors : Hicjacet Sttgêrius , abbtu.
Les bénédictins de Saint - Maur décorèrent , en 1654 , lé tombeau de Suger d une table de cuivre de trois pieds et demi de haut sur deux et demi de large , enchâssée dans un cadre de marbre, orné dans les quatre coins d'emblèmes par lesquels on a voulu exprimer les principales vertus de cet abbé. On lisait sur cette table une épitaphe trèsélégante. (1)
. Les os presque en poussière du père de la patrie furent dispersés le 22 octobre 1793 , par les soi-disant amis du peuple ; quel profond motif d'instruction pour une génération qui désormais ne peut plus volontairement se laisser éblouir par les fallacieuses paroles des charlatans politique.,! car « le véritable ami du peuple, c'est le sage! » (2)
Le buste de Suger était inscrit sous le n.° 520 des monuments français du moyen-âge. Il fermait la clef d'une des vo ut es de la partie de l'abbaye de Saint-Denis que d'affreux Vandales démolirent pendant la révolution ; (3) portrait d'autant plus précieux qu'il avait été exécuté par des sculpteurs contemporains ! (4)
Par quelle ténébreuse impulsion a-t-on dispersé ces ma-
jestueux et derniers débris de notre gloire nationale? quelle
(i) Histoire littéraire.
. (a) Charlea Nodier. ^ ' # -
(3) Chateaubriand.— Saint- Denis,
(4) ▲l.uodre U-Moir. .1 ■
inspiration ennemie des beaux-arts a pu entraîner l'arrêt gothique du démembrement d'un établissement unique et respecté de l'Europe entière? Qu'a-t-on fait du buste mo* jlèle de Suger? Est-il retourné au moins auprès de la tombe restaurée de nos rois , dans l'antique basilique où ses armes , ses devises , ses trophées et ses images se montraient de tous côtés? (1)
« Le calice de Suger formé de Sardoigne dans une mon- « ture de vermeil , avec un pied orné de médaillons en m relief , représentant des figures de saints , fût tiré de « l'abbaye de Saint-Denis , et porté dans le cabinet des f médailles de la bibliothèque impériale où il fut volé « en 1804. » (2)
, Sous le ministère réparateur du généreux Martignac , îa statue de Suger fut placée parmi celles des hommes illustres qui décorent encore aujourd'hui le pont de Louis XVI, à quelques pas seulement de la chambre des députés : cette leçon vivante ne fut pas comprise.
- La ville natale de Suger ne tardera plus sans doute à recevoir sa vénérable image de notre gouvernement éclairé. m Le nom de Suger ne sera plus oublié dans sa patrie; un « buste de ce grand homme vient d'être commandé par le « ministre des travaux publics à l'un de nos plus habiles « sculpteurs pour en être fait horomage à la ville de Saint- « Orner. » (3) Cette décision suprême , si flatteuse pour Saint- Orner , puisqu'elle consacre en quelque sorte sa légitime prétention à la naissance de Suger, est due principalement , je le répète avec justice et satisfaction , (4) au zèle persévérant , depuis 1820 , de M. Henri Lesergeant. Les Audoraarois savent d'ailleurs généralement que leur
(i) Dubreuil. Antiquités de Paris.
(a) Diction, historique , dit de Cbaudou et Delandine. — Mag. pittoresq.
(3) Mémorial Artésien , n.» du. 3o mai lS3J.
(4) Histoire de ïiiérouaune , page xx3.
ancien maire et député n>ût jamais rien de plat à cœu* pendant tout le cours de son administration communale, et la durée de son mandat législatif t que le succès des intérêts raisonnables et la considération méritée de leur cité. On lit encore ce qui suit dans le Mémorial Artésien : (1) « M. le préfet du Pas-de-Calais vient d'informer Padminis- « traction municipale que le ministre du commerce et des
* travaux publics vient , sur la demande de M. Lesergeant, « député, de commander un buste de Suger pour être donné « à la ville de Saint-Omer ; Pevécution de ce buste est
* confiée au ciseau de l'un de nos plus habiles sculpteurs;
* M. Elschoët , né à Dunkerque. « A la réception de cette agréable dépêche , notre Conseil municipal s'empressa de toter de justes remercimcnts à M. H. Lesergeant. La société des antiquaires de la Morinie joignit ses vives félicitations à cette équitable manifestation , sur la proposition de M. lé docteur Desmarquoy.
Un Roi de France % Louis XII , mérita aussi le titre glorieux de père de la patrie , observe Pigault- Lebrun , et on ne lui a pas élevé de statues. Cette ingrate indifférence envers ceux qui ont rehaussé le nom français , à quelque titre que ce soit , disparait insensiblement de la société , et fait place dans presque toutes nos provinces à des sentiments infiniment plus nobles et plus délicats. « Il manquait « aux habitants d'Aubagne un Dieu au milieu de leur place m publique. Ils Pont : Barthélémy / » «Les statues en marbre de Montaigne et de Montesquieu apparaissent à Bordeaux , celle de Corneille à Rouen ; Yalenciennes veut préconiser de même le nom du naïf Froissart ; Boulogne a consacré le souvenir du spirituel Lesage (2) et du sublime Gode froid de Bouillon; Calais a rendu ses justes hommages
, ijfi ... - ■ ity *• du U novembre i833. ...
(a) Lesage est mort à Boulogne , le 17 novembre 17^7. L'un de ses fils y possédait un caaonkat.
y . 1 Vroïque Eustachc de Saint-Pierre et au superbe duc de
Gujse ; Dunkerque a honoré la bravoure do Jean Bari ; Graveliues conserve le tombeau de Valentin de Pardieu} l'abbé Prévost charmera un jour la place d'Hesdin ; Abbe~ ville, accorde un mausolée à Millevoye ; en attendant que l'aspect de Malbrancq vivifie le sanctuaire des antiquaires de la Moriuie , un nouveau temple d'harmonie est dédié à Monsigny; mais où posera-t-on le buste de Suger « qui a * droit aussi à notre admiration et à notre respect? » (1) A bibliothèque publique , en face de Chateaubriand (2) , non loin des Chronique» de St. -Denis, à l'exemple d'Amiens qui a confié le buste de Gresset à son dépôt littéraire?.... £xaucera-t-on plutôt le vœu de ceux qui voudraient voir le nom de Suger décorer l'une de nos principales place*? Déjà le Journal des Progrès (3) aperçoit dans l'intérieur des murs des vieux Audomarois « ça et là quelques monuments «• publics élevés à la mémoire des grands hommes qui sont
« sortis de leur sein , tels que Suger et Momigny »
Quelle que soit la détermination de l'autorité , je me borne à réclamer que le nom de Doux Liron soit inscrit sous le buste officiel , car assurément ce savant bénédictin a grandement mérité de la ville de Saint-Omer.
lîii^fti^nÎMiTihriiiii ^**^swsq$&*ii*ws*\ ■
(i) France pittoresque. Pas-de-Calais.
(a) M. David, uo de nos meilleurs sculpteurs, rient défaire hommage à la ville de Saiol Orner du buste de Cuvier. de celui de Chateaubriand, et du beau médaillon de Casimir Perritr* {Journal des Débats , n.° du
•4 ifcûj s834;.)t . .i». u ; i ?.. . i ,-jt
(3) Le Temps, nS du n décembre xSJV • , .. , -y.X , t )
La biographie littéraire de l'abbaye de Saint-Bcrtin serait sans contredit une des subdivisions les plus intéressantes de l'histoire de la ville de Sainl-Omer ; le souvenir honorable des membres éclairés de cette célèbre communauté n'est pas éteint dans le inonde savant , parce que les recueils de faits qu'ils nous ont transmis sont encore utiles même à l'histoire générale de notre patrie.
En effet, la plupart des sujets distingués de Saint-Bertia ont écrit des chroniques que, dans ce siècle même, les amateurs des études historiques citent souvent comme autorités ou ne consultent pas sans fruit. Quelques noms respectables, attachés aux débris de leurs manuscrits échappés au vandalisme justifient suffisamment cette assertion.
Folquin et Simon , moines de Saint- Bertin , ont laissé des cartulaires précieux sur les commencements de la ville de Saint-Omer et ses environs. Celui de Folquin, que Mabillon jugeait être le plus ancien de la France , commence en 630 et se termine en 901. Simon l'a continué après lui jusqu'en 4145 ; puis d'autres religieux l'ont conduit jusqu'en 1229. Ces premiers et importants travaux servirait
«|e base à ta première partie de la fameuse chronique tU
Saint Bcrtin. (4)
Ipérius arrive ensuite , et deux siècles plus tard , Malbraucq écrira l'histoire complète de la Morinie.
« L'ordre de Saint-Benoit donne au monde ancien , usé
• par l'esclavage , le premier exemple du travail accompli
• par des mains libres. Cette grande innovation sera une « des bases de l'existence moderne. » (2)
Les bénédictins de Saint-Bertin à Saint-Oraer s'étaient montrés dignes de cet ordre fameux qui ralluma dans le sein de l'Europe l'amour brûlant des sciences. Ces solitaires n'avaient songé qu'à constituer leur établissement sur des fondements sages et honnêtes, ou à se livrer aux avantages inestimables de l'étude , s'appliquant à répandra des manuscrits évangéliques pour l'instruction du peuple ou recueillant les événements contemporains pour les méditations de la postérité. Ils avaient apporté de bonnes lois et des exemples édifiants aux Morins encore barbares , et les avaient gouvernés heureusement pendant plusieurs siècles. Les annales de Saint-Bertin sont liées à celles des premières races de nos rois , ainsi qu'aux faits éclatants des principaux successeurs de Hugues Capet. Que d'événements majeurs à décrire \ quelles belles pages pour les chroniqueurs faturs ! Par la suite , ce riche monastèré possédera les matériaux historiques les plus rares de tout le nord de la France ; en attendant ce temps prospère , sitôt suivi delà plus affreuse tourmente, voilà qu'un laborieux abbé , mettant à profit les nombreuses investigation» de ses devanciers, entreprend l'histoire de ce monastère des monastères dont la brillante existence comptait déjà sept siècles ! Il remonte à la naissance des saints fonda** teurs de la cité et termine à la fin du 13. c siècle sou ré-
(i) L'abbé Lebœuf. Mémoires des inscriptions.
MieheleL . . . K . ■ k *
«lt infiniment curieux pour l'histoire de France (3) et celle des Pays-Bas; car, à l'histoire de son monastère , il a sa joindre non-seulement celle des évêques de Thérouanne et des comtes de Flandre , mais encore les principaux traits de la vie des papes , des empereurs et de nos rois; « les ; « personnes qui ont étudié la France du moyen-âge , sam vent combien de notions contient souvent l'histoire d'un » cloître. » Il eut ensuite des continuateurs xélés et érudits , mais les siècles suivants ont seulement sanctionné ls réputation méritée du docte Ipérius.
Jean V, 58.* abbé de Saint-Bertin, dit Ipérius, parce qu'il était natif de la ville d'Yprcs , prit , malgré la fortune de ses parents , l'habit monastique à Saint- Berlin , en 4344, sous l'abbé Henri de Condescurc qui commença par lui taire transcrire de beaux manuscrits ; il fit rapidement de profondes études , et quelques années après fut envoyé deux fois à Paris pour y suivre les cours de philosophie et de droit. Il se fit remarquer à l'université par ses talents et •on application soutenue , et revint à Saint-Bertin avec le grade de bachelier ou de docteur en droit. On lui avait confié d'abord la commission des causes foraines qu'il avait remplie dignement ; il ne tarda pas ensuite à exercer une charge considérable dans l'administration du monastère ; ayant su , par sa bienveillance habituelle , captiver l'affection de tous ses confrères, il fut élu abbé d'une voix una-
ni me , le 24 mars 1365 , sept jours après le décès d'Aléaume Bois tel. Le 19 avril suivant , il fut béni solennellement, à Avignon , par le pape Urbain Y avec lequel il avait contracté une liaison intime pendant son séjour à Paris.
Ipérius répara par sa prudente gestion le délabrement des finances de l'abbaye , et la maintint dans une situation aussi prospère que possible , à une époque où les irruptions désastreuses des Anglais et des Flamands se succédaient
£3) Ulong. Bibliothèque luitorioee, tome il , page i03 1
avec rapidité ; il défendit en même temps avec énergie ses privilèges et immunités contre les prétentions de l'évèque diocésain et les actes arbitraires du magistrat de la coinmuue.
En 1382 , cet abbé , qui avait institué la confrérie d«
Saint-Bertin pour le perfectionnement de son culte , fut oblige de vendre plusieurs parties de biens pour pouvoir continuer la grande et magnifique construction de son église abbatiale , commencée seulement députa cinquantesix ans , et qui un siècle plus tard , devait être préconisée comme la merveille de la contrée.
Ipérius peut être regardé comme le premier édificateur de la belle église de Saint-Bertin , car avant son entré*© dans cette communauté , on ne s'était encore occupé pour Ainsi dire que des fondations et des autres travaux prélim maires ; il lui appartenait certainement plus qu'à tout autre d'en rédiger les mémoires. Àudomarois , vous possédez encore de riches copies de son manuscrit, mais là basilique élévée par ses soins infatigables pour consacrer à jamais la mémoire d'un de ces principaux bienfaiteurs i à qui vous devez en partie votre origine , à quelle métamorphose humiliante a-t-elle été réduite? la voilà donc telle que le génie de la destruction et des ruines successives vous l'ont faite ! et ces imposants et lugubres débris qui •semblent vous reprocher tant de sacrilèges dévastations, tue vous fatigueront-ils pas encore de leur éloquence importune ? Ne dédaignez pas toutefois les plaintes de l'ombre d' Ipérius ; sa chronique , malgré les prétendus barons barde* de fisr dont s'est amusé un habile critique (1) aura peutêtre un jour un nouveau continuateur !
1 Après un gouvernement régulier et favorable de dix-sept fcns, Jean V décéda le 2 janvier 1383.
à II laissa une chronique du pays et de son abbaye dë « Saint-Bertin , beaucoup louée des savants et connue par- « tout sous le nom de chronique d'ipérius. «♦ (i) ' Cet ouvrage , très-estiraé pour la multiplicité des docu-^ ments , que Fauteur, pieux et éfudit , ne put rassembler Qu'avec une diligence extrême et une patience inouïe, puisqu'il eut à compulser au moins mille chartes authentiques, est apprécié convenablement par Sanderus , la Bibliothèque helgique et le Gallia christiana.
J Les rivaux des bénédictins et surtout leà adversaires det moines de Saint-Bertin en portèrent, il est vrai, un jugement très-rigoureux. A leurs yeux , Ipérius devait nécessairement toujours être trop passionné pour le monacbisnie. Ils l'accusèrent surtout de n'avoir pas adopté les règles d'une saine et habile critique en sacrifiant trop légèrement à la superstitieuse crédulité de l'époque. En outre , ils taxèrent de fausseté tous les faits contraires aux prétentions outrées des chanoines de Saint-Omer.
Mais le témoignage de Dom Bouquet a jeté un poids immense dans la balance: « Jean n'a rien rapporté, dit-il t r qu'il ue l'ait tiré des meilleurs auteurs , ou vérifié sur r les monuments authentiques conservés de son temps dans é les archives de la Flandre. Aussi son ouvrage a cons- « tarament joui d'une telle réputation que tous ceux qui « ont écrit depuis lui sur les Pays-Bas, n'ont pas crudevoir prendre un guide plus sur. C'est une excellente « chronique qui peut fournir d'utiles éclaircissements sur é des points essentiels. » (2)
L'éloge d'Ipérius se trouve encore , mais modifié , en plusieurs autres endroits de ce vaste recueil des historien» de la France.; on y convient que pour l'abondance des matières il surpasse tous oeux qui ont écrit avant lui sur
(i) Grand Cartulaire de Saint- Berlin , tome T.
(i) Dom Bouquet, tome Xi. i
la Flandre, qu'il Ott d'une exactitude satisfaisante pour ce qui regarde le» affaires particulières de son monastère et de ceux de sa dépendance , et que la conservation de plusieurs monuments historiques est spécialement due à ses lectures immenses et à sa grande amplification. Néanmoins on le considère aussi comme dépourvu de critique et de discernement lorsqu'il traite des affaires générales; à cet égard , il ne fait pas même autorité sur les faits auciens, à moins que sa narration ne soit appuyée de la garantie de quelque bon historien contemporain , parce qu'il est assez sujet à commettre des erreurs (1).
Dora Martenne est le chaud partisan et le premier éditeur d'Ipérius (2). Son nom est fameux dans l'histoire, dit-il , Meyer et Locre en particulier ont puisé considérablement dans ses écrits. Le recueil de Dora Bouquet contient aussi divers extraits de cet auteur , mais rectifiés d'après une copie plus exacte (3).
Henuebert n'est pas l'admirateur d'Ipérius, qu'il trouve crédule , fabuleux , superstitieux et partial (4) ; Dom De- Tienne est infiniment moins sévère , il observe que, s'il eut les défauts de son siècle, s'il manqua surtout de ce discernement qui retranche de l'histoire les faits peu intéressants , et qui , par cette raison , ne méritent pas d'être transrais à la postérité , enfin , s'il rapporte beaucoup de prodiges qui pouvaient édifier les hommes de son temps, mais que le nôtre , ou plus éclairé ou plus difficile , ne peut voir du même œil , on s'aperçoit aussi que le zèle pour l'observance régulière animait singulièrement cet historien et que son amour pour la vérité doit lui attirer la plu» grande confiance (5). . . j
(i) Dom Bouquet, tomes Y II, IX, XI, XIII, XVHL ♦ (a) Thts. nw. aneed , tonie III. Col. 445 — 776. An 1717^
(3) Manuscrit n." 4385 de la bibliothèque royale.
(4) Henuebert, tome I, page st. \
(5) Devienne, tome H, page 108. Tome III , page 169 ■ ,
f L'abbé Butler ne lui est pas contraire ; it recommande seulement de le lire avec précaution à cause de ses méprises. Quoi qu'on en pense , sa chronique est généralement connue et souvent indiquée par les meilleurs historiens modernes.
' Ipérius est encore l'auteur d'une vie de saint Erkembode , dont le tombeau est une des antiquités les plus précieuses de Notre-Dame de Saint-Omer (f).
On Ut en outre dans la bibliothèque beîgique la note suivante , extraite d'un manuscrit de la bibliothèque du roi , B.° 838$ : « Itinéraire de la pérégrination et du voyage
• que fit un bon preudhomme des frères prêcheurs , qui
• ôt nom frère Rioul , sont en ce livre contenue par so-
• briété les royaumes et les gens , les provinces, le» loi»,
• les seetes , les hérésies , les monstres et les merveilles , « que ledit frère trouva ès parties d'Orient. Et fuciïs livres
• translaté de latin en françois par frère Jean de Ipres, m moine de Saint-Bertiu , en Saint-Omer, en Tan 1351 f
• accomplis. »
D'après une autre note manuscrite qui se trouve sur un Swertius de la bibliothèque de Saint-Omer , le dominicain s'appelait Rieulai ou Rioul de Monterraris , et la date d s 1354 y est constatée.
Ce preudhomme de frère Rioul eut environ deux siècles plus tard un digne imitateur dans le bon Jacques Lesaigo de Douai , dont le voyage a été révélé par M. Bottin et savamment analysé par M. Aimé Leroy (2).
L'opinion de l'érudit abbé Lebœuf sur Ipérius doit ici trouver sa place :
« La république des lettres connaissait Ipérius comme « auteur d'une chronique de l'abbaye de Saiot-Bertin ; mais
(i) Lelong. Bibliothèque historique. — Quenson. Mémeiro de la société de Douai.
(s) Annuaire du Nord. 1814. — Archivai du Xord , tome I, pege tl.
m. nous ignorions le vrai nom de cet écrivain et nous n» o gavions pas qu'il eût brillé au VL* siècle parmi les tra* « ducteurs encore plus que parmi les chronologistes ou les ■ historiens. Un manuscrit de la bibliothèque du roi four» « nit une ample matière sur cet écrivain. Ses traductions « sont historiques et conformes au goût qu'il avait pour . l'histoire tant de son pays que des pays éloignés. Le «. volume dont je parle (Cod. 7500) contient la relation de « quatre voyages de missionnaires en Asie et en Afrique , m. qui avaient d'abord été écrits eu latin et dont plusieurs « sont connus. L'écriture du manuscrit ne m'a paru être « que du 15.* siècle, mais ce qui est rapporté ne prouve «. pas moins l'ancienneté de la traduction : Traittié de l'Eâr « tat et des conditions de XIIII royaumes de Ayse.....*.
• et du passade d'oultre mer à la Terre- Sainte..... et fa
« ce traittié fait par..... Aycone , seigneur de Coursy,
« chevalier et nepveu du roi d'Arménie, le grant..... et « translaté du latin en françois par frère Jehan de Lono
• dit et né de Yppre , moine de l'abbaye de Saint-Berlin « en Saint Orner en l'an 1351. »
Au feuillet 54 de même manuscrit , est l'itinéraire de la pérégrination du bon frère prêcheur Rieult ( Rioul ). « Le traducteur est le même Jehan Lelonc , moine de
• Saint- Berlin. Au chapitre VIII, il parle des Français « sous l'an 1350. »
Au feuillet 95 est le voyage d'un frère mineur, envoyé par le pape oultrc mer, dont la relation composée en la(tin, Tan 133o , fut traduite en 1351 par Jean le Long.
Au feuillet 119 est un traictié de Testât de la Terre- Sainte , fait , en 1336, par Guillaume de Bourdeselle et translaté par frère Jehan le Long , en 1351.
Au feuillet 139 sont des lettres du grand Caan au pape Benoit XII, de l'an 1338, traduites par le même. >%! Enfin, au feuille* 142 est un ira. te de lestai et 4e, la
gouvernance d» grand Caan de Cathay, dont la tr.nl notion a été ta îtc également par ledit Jehan le Long. (1) 1
Quelques années auparavant, en 4342, l'Audomarois Godefroy le Coispelier , bénédictin dans un couvent d'Italie, avait composé en français son petit traité de morsle, intitulé la Violette. (2)
Ces deux bénédictins sont les premiers qui , à notre connaissance, aient écrit en français dans notre arrondissèment. »
i Jean V prêchait souvent les cénobites qui étaient sous sa direction. Son éloquence -est vantée en plusieurs endroits. Sa corpulence était si prononcée qu'à peine pou^ voit -il inarcher, d'après le témoignage de Thomas Diacre , son contemporain , et qu'il ne pouvait dormir qu'étant assis. On peut juger encore de sa puissance physique par ses portraits placés dans les manuscrits u." 739, 740 , 749 et 755 de la bibliothèque de Saint-Omer, peintures jàu 15. e siècle. Celle du n.? 739 parait approcher le plus de la vérité.
Ipérius avait été inhumé dans la chapelle de Saint Denis, qu'il avait fait bâtir, auprès de Jean III , son compatriote ; <sn 1753, Charles Gherborde, 81.* abbé de Saint-Bertin , fit revivre sa mémoire par une épitaphe flatteuse qu'il fit graver sur un mausolée en marbre blanc , dans cette même chapelle qui était alors sous le vocable de saint Bénoit (3).
L'action de Charles Gherborde était toute naturelle; «'était un religieux très-instruit qui s'adonnait avec plaisir aux études historiques; «'occupant , à cette époque, de l'histoire d'Artois, il voulait pieusement commencer ses i*.. ... • < • * •
(i) Mémoires des inscriptions et belles lettres. >
(a) Variétés historiques sur Saint-Omer, page axa. — Bibliothèque belgique, page 370.
. (3) G*nd cariulake de Saiftl-B^tio , ton* V. - Atlas de Saint-Mer, par Wallel. ' -*
travaux par un hommage reconnaissant à son laborieux
prédécesseur.
Aubert le Mire a indiqué , par erreur , Tannée 1303 comme celle du décès d'Ipérius, et n'a pas fait attention à la transcription exacte de son épitaphe rapportée par Simon Lcboucq , de Valencicnnes (1).
Qu'est devenu le manuscrit original d'Ipérius? Plusieurs copies ont été mises en usage lors de» fameuses querelles des moines et des chanoines dans le 18.* siècle , à Saint- Omer ; Tune avait été écrite par un bourgeois, nommé Alardin Mesemacre, l'autre provenait de 1" abbaye de Gemblours ; celle-ci , d'une antiquité vénérable, avait appartenu aux héritiers de M. André Hoy , professeur de la langue grecque en l'université de Douai , qui l'avait reçue des ermites de Saint-Guillaume , de Bruges ; eelle-là avait été* communiquée avec fruit à Malbrancq , par l'archiviste de Saint-Bertin , pour son histoire de la Morinie. Marc Levasseur avait continué d'abord cette chronique d'après un exemplaire abrégé. L'abbaye de Saint- Vaast (2) et la bibliothèque de la cathédrale d'Ypres possédaient aussi un manuscrit d'Ipérius. Bernard, bistorien de Calais, avait pu consulter un manuscrit de cette chronique dans l'importante collection de livres de M. Abot de Bourgoeuf , l'un des magistrats de cette ville. La bibliolbèque de Saint- Orner possède six copie» du manuscrit d'Ipérius , dont les quatre premières présentent les caractères du i5, e siècle.
Le n.° 739 a été écrit, en 1405, par Pierre Bourgois , moine de Saint-Bertin , et appartint à Alardin Mezemacre.
Le n.° 740 a eu pour copiste , en 1437, Jacques Avesart, moine de Saint-Bertin , et a été en possession des moines de Saint-Silvin.
(i) Swertius, page 44 s.
. (a) N.» i58. - N.» 3©$. Catalogue de la bibUothèqae d'Ami, par, Sir Thomas PhiUipps. ' I