BÔ
Len. # 811 non* a été donné par nn des derniers cénobites de Saint-Bertin ; on Toit qu'il s'est trouvé en la posseasion d'un bourgeois de Saint-Oiner.
Ces trois manuscrits sont sur vélin , commencent à Tannée 590 et se terminent en 1294.
Le n.' 741 comprend la même chronologie; il est sur papier.
Le n.° 745, qui est aussi sur papier et qui provient de Thérouanne, (1) étend la narration jusqu'à la fin de ta transcription dans le monastère de Saint-Bertin , le 22 octobre 1590. Les gestes du dernier abbé sont ceux d'Antoine de Berghes, Cet appendice est une copie du travail de Marc Levasseur.
Le n.° 818 , sur papier , donné d'abord au moine Parfa- &OM, se prolonge également jusqu'à la fin du 16.' siècle. C'est encore une copie de Marc Levasseur.
Le n.°* 742 — 3 renferme un supplément à Ipérius depuis 1294 jusqu'en 1450 , imprimé en partie par Dom Martenne (Nova ret. mon. collectio). Ce supplément , dans le n.° 744, est de 1294 à 1471.
Ces deux manuscrits, sur papier, sont des 16. • et 17.« siècle*.
Un commentaire sur les annales d'Ipérius, par Guillaume Dewhitte , archiviste de Saint -Ber tin , au 17." siècle, figure en outre sous le n.° 805.
Marc Levasseur était un chapelain de Thérouanne, qui, en 1522 , avait quitté cette ville pour se retirer à Saint- Omer , à cause des guerres. Il trouva chez son frère , médecin de l'abbaye de Saint-Bertin , l'original de la chronique d'Ipérius et le copia aussitôt. Il avait déjà écrit en latin la chronique des Marins , signalée par Malbrancq ; (2) il poursuivit celle de Saint-Bertin jusque* ver* l'an 1606.
Si . ' - mi.
(0 Hûtoire de ThérouaDne, page «o.
(a) H U loue de Thérouanne , page xot.
« m Donnez- nous donc aussi une histoire complète de Saint- « Orner , ou tout au moins une traduction des annales • d'Ipérius , et des mémoires de Malbraocq ! » Ces avis sont charitables sans doute; mais nous répondrons à ces plaisants conseillers avec le critique déjà cité : « la nature « humaine est ainsi faite : chacun mesure- le temps à 6a « propre existence ; alors il nous faut bien borner nos vues, 51 -il faut mesurer notre tâche à la courte durée de la m vie. » (1)
. La ville de Saint-Omer a eu de nombreux rapports avec la ville d 'Ypres ; toutes deux faisaient partie du vaste diocèse de Thérouanne; la paix de 4678 les avait réunies toutes deux sous la domination française ; Ypres a procuré divers abbés à Saint-Bertin ; son premier évèque a terminé ses jours à Saint-Omer , précisément deux siècles après Ipérius ; Ducygne , fameux rhéteur audomarois , est mort à Ypres, en 1669; le dernier maire de Saint-Omer, avant la révolution , y a succombé avec héroïsme dans une journée de saturnales , le 28 juin 4794 ; (2) et c'est au savant archiviste d'Ypres (3) que la société des antiquaires de la Mon nie a décerné , à Samt-Oiner , le premier prix de ses
concours littéraires.
{0 Charles Le normand.
(a) Pierre-François-Louis de La nr et an , chevalier, né i Saint-Omer , inaire de celle viHe le a© décembre 1787, ensuite président du district en 1790, avait embrassé la cause de la révolution av*%c modération. S'étant soustrait par l'émigration au régime homicide de la terreur, il se trouvait à Ypres à l'époque de la retraite de ses compagnons d'infortune ; il était sorti de celle place dans un chariot couvert, en vertu da la capitulation , mais y étant imprudemment rentré i cause de l'oubli d'un papier important , il fut dénoncé et condamné à mort immédiatement. Il commanda lui-mén* le fou avec intrépidité. Le capitaine Valeur, wn digne frère d'armes , partagea non moins bravement cette funests destinée. .c ' f
(3) Bd. Lambin, A . • . , ; • ^
. Valcntin de Pardi eu , seigneur 4e Linotte, si célèbre^ dans les guerres de Flandre , issu de la branche cadetto des barons de Bouteville et d'Escotigny qui était venue s'établir en Flandre , était fils de Jean de Panuen et d'Antoinette Duprey. On voyait, avant la révolution, l'épitaphé 4e son père, dans l'église des dominicains à Saint-Omer. C'est à une des épitaphes de Simon Ogier , son contempo* rain ( Lib. I. Epitaph. XII. ) , que je dois la connaissance de son lieu natal t, q«i n'avait pas encore été indiqué. Ce; fameux capitaine , dit-il , est né dans la ville de Saint- Omer:, honetto apud Audomaropolita$ loco nmtus... La date de sa naissance peut être fixée à Tan 4629. i Valentin de Pardieu avait une vingtaine d'années , à la joyeuse entrée à Saiut-Oiner de Charles-Quint et de son fils, le 31 juillet 4$40. Il ne vit pas sans émotion le vieil empereur, souffrant et mélancolique , ae dépouiller alora d'une partie de sa souveraineté ; il aasista à la prestation de serment du nouveau comte d'Artois , mais se méfiant déjà du sombre Philippe II , il s'attacha au service de Perles-Quint , pendant les dernière* années du régne dé ce prince. Il commença sa carrière militaire dans les guerres étrangères ; pendant les troubles de la réforme dans lea Pays-Bas , il montra constamment à l'égard des protestante une baîne implacable. Après La mort du reclus de Saint» Jusi , il refusa d'appuyer le despotisme sanglant de son imuitovable successeur et embrassa momentanément la cause
des états-généraux. On connaît généralement les longues
querelles qui agitèrent les dix-sept provinces et les désastres occasionnés par les partis qui s'y disputèrent la prépoodé,.ace.vecta n td«charne ra e„t. ,
Yalentin de Pardieu parut flotter incertain au milieu de ces dissentions sans cesse renaissantes ; il était loyalement dévoué à son souverain, pénétré d'un respect inaltérable envers sa religion , ennemi de l'étranger et défenseur sincère de la liberté publique ; les hommes pervers et médiocres qui ne peuvent pas apprécier cette noble et rare spécialité de caractère , ne manquèrent pas de lui reprocher son inconstance et sa légèreté.
• Le nom de Valentin de Pardieu figure avec éclat dans les divers manuscrits ou chroniques qui concernent l'histoire de la fin du 16.' siècle. Ce brave Audomarois est au nombre de ceux qui se distinguèrent dans ces tems orageux.
Il combattit avec vaillance , le 31 janvier lo78 , à la journée de Gemblours , en sa qualité de grand-maitre do l'artillerie dans l'année flamande dont il ne put empêcher la défaite. A la suite* de cette malheureuse affaire, il se retira à Gravelines ; il en avait la direction militaire depuis cinq ans. Il ne tarda pas à faire secrètement sa paix avec Philippe 11 ; ce monarque , par l'entrémise de dora Juan d'Autriche et du duc de Parme , lui témoigna uns confiance sans bornes et lui accorda les pouvoirs nécessaires pour opérer la réconciliation des cités mécontentes. Il se rendit dans ce but à Saint-Omer dont il prit le commandement , s'aboucha avec les principaux bourgeois et les détermina à accéder à l'important traité de pacification du 12 septembre 1579. ' 1 . ■
Elisabeth , reine d'Angleterre, en voulut particulièrement au seigneur de Lamotte du raccommodement de Philippe II avec les provinces wallonnes , où notre compatriote jouissait effectivement de la plus grande considération. Cette princesse «ruelle chargea YaUingham de l'assassiner dans le tumulte,
J «1 I1A ftétn/ttl A y> fini - - A v« * . v-k .1 1 uni n.) MJ1 ImmSImAA j )'l ' „ A
a une auaque nocturne que plusieurs traîtres meaitaieni
contre Gravelines ; mais Alexandre Farnèse déjoua ce complot perfide et chassa de cette place les Anglais suspects.
Y al en tin de Pardieu fut comblé d'honneurs et de dignités par le roi d'Espagne; il venait d'être créé comte d'Eskelbeke, lorsque, le 8 juillet 1595 , il eut la tète fracassée d'un coup d'arquebusade , au siège de Douions , où il guidait l'artillerie espagnole. Déjà , à l'attaque de l'Ecluse , en 1587, il avait eu le bras droit emporté de la même manière. *
C'était • un des plus vieil» et subtils capitaines de son m temps ; » — « un des meilleurs et des plus expérimentés « commandants des troupes espagnoles. » Il était en outre recomraandable par sa bonne foi, son amour de la justice et sa bienfaisance. t
Les religieuses de Sain te- Catherine , du faubourg du Haut- Pont , eurent infiniment à se louer de ses pieuse» Li lie ra u i es .
Sa dépouille mortelle , transportée d'abord à Arras , fut déposée provisoirement dans l'église de Notre-Dame de Saint- Orner , et enterrée ensuite avec une pompe solennelle dans l'église de Saint-Willebrod , à Gravelines. Oubli érigea dans l'une des nefc de cette église un monument en marbre, au-dessus duquel on aperçoit encore sa statue,' décorée d'une inscription. Il avait exercé pendant 22 ans le gouvernement de cette ville , et lui avait été extrêmement favorable. Sa mémoire honorable y est toujours justement vénérée , et le voyageur contemple avec attendrissement cet hommage reconnaissant au guerrier , mort fidèle à sa patrie , tombé glorieusement à son poste.
Dans le 16. e siècle , la poésie latine était cultivée avee succès dans là ville dé Saint -Orner ; jusqu'à cette époque , l'abbaye de Saiât- Berlin seule avait eu en quelque sorte le privilège flatteur de fournir des chroniqueurs au monde savant ; mais la cité s'ornait insensiblement de communautés et de fondations nouvelles, le goût des sciences: et ri* lettres s'y trouvait également encouragé , et une noble émulation ne devait point tarder à se révéler parmi cé peuple de cénobites de différent s ordres. Saint-Omer avait tru maintenir d'ailleurs la réputation de bonnes études dont il jouissait avec éclat au temps de l'illustre Alcuin ; oé n'a qu'à dérouler les annales de ses nombreux contenté et l'on pourra se convaincre que son histoire littéraire , entravée par les guerres qui se succédaient continuellement sous la Maison de Bourgogne , commence à prendre un essor infiniment plus étendu sous la domination espagnole , surtout après le renversement des trois importantes forteresses , Saint-Pol , Thérouanne et Hesdin , dont les garnisons aventureuses compromettaient sans cesse son repos et ses intérêts. Prenez, patience , le siéole ne s'écoulera point sans que les sociétés dés jésuites wallons et anglais ne produisent à leur tour des sujets éminents à la province attentive ; des évèques éclairés dirigeront les esprits vers d'utiles e* sociales méditations; de sages directeurs entretiendront l'habitude salutaire du travail dans l'enceinte solitaire des cloitres, et le Biographe joyeux.
jwurra offrir au respect de la postérité plus d'un nom
recominandable jusque* au refour de sa patrie à la monarchie française. Après donc une longue application aux investigations historiques , une vive propension se déclara momentanément pour la versification latine , et du fond des cellules, elle échauffa même quelques paisibles bourgeois. Il faut observer cependant qu'à la fin du 42.' siècle, Pierre Pictor , chanoine de la cathédrale de Saint-Omer; s'était déjà essayé avec succès daus co genre agréable. [ V ers us di sacratnento ni taris. J (1)
Simon Ogicr naquit à Saint-Omer , le 3 mai 1549, sur la paroisse de Saint-Sépulcre. Il était fils d' Allant Ogier* argentier ou receveur de la cité , et de Casine Harlevoix. Où fit-il ses premières études? probablement à Saint Orner. Au mois de juillet 1674 il partit pour l'Italie, où il demeura dix. ans , tant .à Rome qu'à Venise et à Vérone: Accueilli et protégé par les familles puissantes et amies des muses des cardinaux Nicolas Gaétan et Augustia Va* lérius, il s'y livra avec ardeur à l'examen approfondi des ehefs-d'œuvre de la langue latine et reparut transporté d'admiration pour Virgile et Horace, pour Tibullo et Cicéron. Il se rendit alors dans le Brabant et la Flandre ; là , il apprit -l'allemand et les mathématiques et obtint le grade de docteur en droit civil et en droit canon. Revenu à Saint- Omer , il s'adonna entièrement à sa passion dominante pour l'art divin qui avait immortalisé ses auteurs favoris , et la science aride et grave de la jurisprudence que par état peut-être , il lui était interdit de négliger, ne put en aucune manière le détourner de ce doux penchant. Le public ne tarda pas à profiter de ses aimables productions. L'imprimerie n'étant pas encore établie en cette ville, ce fut à Douai chei Bogard et Boscard , et à Arras chez Guillaume Rivière , que Simon Ogier fit imprimer tous ses ouvrages 1 depuia 1588 jusqu'en 1608, dans l'ordre suivant:
(*/ E'ibliotheca bclgica. Page i«oa.
Irène et Ares. — Ombrontherinon , lihri III. — Odarum , libri III. — Syharum , libri XII. Duaci 1588. — » Ekgiarum chi iatianarum , libri III. — Galatea. — Calliopesachea. — Thenodion. — Eeldora. Parœneees. Rigiaci Atrebatium. 1594—96. — CaUtum. — Bruya. — Alpe*.
— Lutctia. +~ Euchon, libri III. — Peristcra. — Melon, libri III. — Ca mer arum. — Arteaia. — Tibulius. — JVitoleocrenc. — Epitaphia. Duaci 1597. — Chnrieteria. — Albertus et Isabcllu. Duaci 1600. — Summicton , liber I.
— Encomorium, libri III. Duaci 1597—4601. — Symboh. — Etymoloaiœ. — Dorka casira. Duaci 1001. — Vervinum. Duaci J608.
Ces différente* publications comprennent une période de •vingt années. Les unes sont dignes de fixer l'attention des amateurs classiques qui daignent trouver encore quelques charmes à la poésie latine , les autres respirent profondément le caractère religieux et le dévouement au pays natal. Elles furent très en vogue parmi les contemporains de Fauteur ; les Audomarois eu parleront constamment avec satisfaction , car u le souvenir des actions de valeur ne m dure qu'un temps , celui des écrits pour la patrie est • éternel. »
Plusieurs odes etsilves, d'une délicatesse exquise, exhalent un parfum champêtre. C'est ad nymphat Audomarena* , c'est ad Aam y qu'il s'adresse sur un ton pathétique, pour que son retour d'Italie soit favorable , pour que les rives chéries du fleuve paternel n'offrent à ses yeux attendris que des images pacifiques et riantes. C'est Tibur , c'est le Soracte , c'est l'Eridan qu'il chante , conjointement ayec notre délicieux Blendecques , où il voudrait finir ses jours , la romantique vallée de l'Âa , la voluptueuse garenne d'Arqués , l'altière colline de Watten , Saint-Martin-au-Laërt , tendre séjour des rossignols , les canaux innombrables , les riches pâturages et l'antique forêt de Clairmarais , le tempè de la contrée. Ses épitres ad Artesiam, ad Audomaropo-
Uni , ad Aam fluvium , sont de petits poème* tout empreint* du génie pastoral. Il s'extasie sur l'incomparable archipélage des îles flottantes et sur les cygnes qui promènent fièrement leurs grâces autour de nos fortifications.
Ses prières , ses élégies sont infiniment touchantes ; toujours il a soin d'attribuer à la Providence les circonstanceé heureuses de sa vie ; toujours il invoque saint Orner et saint Bertin comme ses anges gardiens, comme ses plus fidèles protecteurs ; sa vertu a pu prévaloir contre les délices de Capoue , c'est an chaste fondateur de sa cité bienaimée qu'il en témoigne sa vive reconnaissance ; sa femme et ses enfants échappent à une peste cruelle à Douai , c'est à saint Amé et à saint Morant, patrons de cette ville, qu'il offre ses affectueux remerciments ; il tombe avec une 4 partie de sa famille au milieu d'une bande d'affreux brigands , dans une promenade récréative à Clairroarais , le site enchanté de sa prédilection , une main invisible le tire de cette rencontre dangereuse ; c'est celle qui donna son nom à cette belle tour qui plane encore majestueusement sur tons nos environs, imposante et magnifique sentinelle qui a survécu à nos calamités diverses et que nos dernier* neveux verront encore debout !
Le Dorica castra a été composé spécialement en l'honneur de Virgile et de Cicéron ; lo Tihullus , par sympathie pour l'amant de Délie ; ses symboles reproduisent une multitude de souvenirs moraux de l'antiquité et rappellent avec agrément l'Iliade et L'Enéide, les monuments et le beau ciel de l'Italie. On y rencontre , il faut en convenir , ainsi que dans ses éloges et ses panégyriques, un mélange par fois bizarre de héros grecs et romains et de notables artésiens ; mais les amusements littéraires du poète audomarois n'occupaient qu'une place secondaire dans sa généreuse pensée ; avant tout , il voulut consacrer la mémoire de ses estimables amis , de ses supérieurs renommés , de sa famille adorée ; ee soin scrupuleux et réitéré forme même le
cachet de «on talent et caractérise «on existence. Quanti tes illustrations guerrières , il n'était que l'éloquent écho <]c l'assentiment unanime de ses compatriotes -, le cardinal Albert et Isabelle, Alexandre Farnèse et le seigneur de Noir* carme, le comte d'Egraont et Valentinde Pardieu, Bugnicourt , le destracteur de Tl ié t on a u n e , c'étaient certes des personnage» dignes encore d'»n sourire flatteuMe l'histoire ! , Ce n'était pas seulement avec la plume que Simon Qgîet se plaisait à prouver son attachement à la ville qui l'avait vu naitre ; lors de la tentative nocturne du 24 novembre 4594 , (1) il fut un des bourgeois les plus déterminés à faire échouer cette attaque et à repousser les Français; il se battit alors en véritable brave, et sans espoir de rér compense, selon sa loyale expression. Il a décrit avec énwv gie et sensibilité dans son Af te*** les nombreux désastres que notre malheureux pays eut à supporter pendant cette période belligérante ; aussi avec quels transports de joie célébra - t-il la paix de Vftyimê ! Il n'aime pas à la vérité le vaillant Béarnais ; violent ennemi de Calvin et de ses jeetateurs , il partageait les préventions injustes de son temps çontre notre paeipaïr jroi Bourbe*. ; ,../ . . f ] B?
« L'honneur des trépassés 1 , c'est la louange. » Telle est l'épigraphe de son livre des Epitaphes. Toute sa famille, qu'il avait placée sous l'influence tutélaire de la sainte Vierge, avait été inhumée dans l'église ue Saint- Sépulcre , alors « fort ornée et honorée , » dit-il. Ce temple n'en devint que pins respectable à ses yeux , et il n'oublia dans ne pieux opuscule aucun de ses parents et bienfaiteurs. Au reste, c'est un devoir à l'écrivain « de rappeler avec «■ reconnaissance les noms de ceux qui ont bien voulu nous m secourir pendant le pélérkiage de la vie , soit dans notre « enfance , soit dans notre vieillesse. » Qui oserait blâmer de tels sentiments ? nn?tj
(i) Eulrepriies de Ueon IV «pr l'Artois, brochure
La lecture de se» étymologiet doit paraître très-pîquante à un antiquaire. Ce sont de courtes histoires pleines d'érudition sur la plupart des communes qui nous avoisinent et sur quelques villes de la Flandre avec lesquelles nous avons encore des rapports habituels ; ce traité renferme sans contredit des documents très-curieux sur notre histoire locale. Antiquaires de la Morinie , nous nous efforçons avec raison de rallumer dans le cœur de nos contemporains le noble goût de l'amour de la contrée originaire et des choses intimea' du lieu sacré , tombe de nos aveux et berceau de notre •nfence ; mais que nous sommes loin d'approcher encore du dévouement sans bornes et du xèle à toute épreuve que manifestait sans cesse cet auteur pour la prospérité et l'instruction de sa chère ville de Saint- Orner. C'était une honte, selon lui , d'ignorer les particularités toujours intéressante* de* annales de son pays et de leur préférer la connaissance des régions étrangères. En effet , que de Grecs et de Romains ne distinguons-nous pas au milieu de Français qui ne le sont encore que de nom ! Combien continnent à négliger d'apprendre les notions les plds indispensables sur noB monuments , nos institutions , le fleuve de la cité , le» boi» et les collines qui avaient tant d'attraits dans leura jeunes années ! Ce n'est pas Malbrancq qui , le premier, a gratifié avec partialité sa patrie du portas Itius ; déjà Simon Ogier avait adopté opiniâtrement cette opinion. Il aa fâchait sérieusement de ce qu'on avait pu l'attribuer à Calais ou à Boulogne ; c'est à Sithieu et non ailleurs , parmi les belliqueux extremi hominum Morini , que César s'est embarqué pour la conquête d'un nouveau monde. 11 indique les antiquités marines récemment découvertes et pousse même l'affectation jusqu'à dater ses lettres et plusieurs de ses pages de ce lieu feroeox, dont il semble vouloir **er irrévocablement la position. Dana le résumé (i) qué
(i) Variétés historiques sur Saiut-Ower , page 0.
rçons ayons fait de cette interminable contestation , nous avons déclaré que l'histoire avait fini en quelque sorte par déterminer l'emplacement de ce port célèbre à Wissant, d'après la dissertation approfondie de Henry; M. r J. A. G. Boucher, d'Abbeville, tout en rendant justice à ce travail et aux recherches du savant Boulonnais , regarde cependant comme un fait avéré que Boulogne est le port us Itius (1), Plusieurs Anglais très-instruits qui ont visité la bibliothèque de Saint-Omer partagent entièrement ce sentiment.
, Simon Ogier entreprit des investigations historiques & Cambrai, à Valenciennes , à Douai, à Arras, à Aire et dans toute l'ancienne Morinie. Les événements majeurs de la fin du 16. ■ siècle sont presque tous consigués dans ses écrits. Intime ami de Jean Hendricq , il visita avec ce bon et naïf chroniqueur, Calais et Ardres , après la prise de ces villes par le cardinal Albert , en 1596. Il fit paraître même , à cette occasion , une élégie sur la patrie d'Eustache de St. -Pierre.
La narration de son voyage pittoresque de Saint-Omer à Bruges est réellement amusante et en rappelle plusieurs du même genre, surtout celui de Calais à Saint-Omer, par le spirituel Debacq , l'émule de Dezoteux : l'itinéraire de Saint-Omer à Bruges avec retour par une voie différente est rimé d'une manière minutieuse , mais fleurie ; il se termine à la maison de l'auteur: Leblanàq ram maison paternelle en la Tenne-rue.
, Simon Ogier est le premier Audoraarois qui ait livré set œuvres à l'impression ; il s'étonnait de la pénurie des écrivains dans une ville dont les souvenirs antiques et honorables offrent tant d'aliments à l'imagination du poète et de documents variés aux recherches de l'érudit ! ; Il voyait avec amertume ses concitoyens privés de ce genre de célébrité , et il exhortait vivement le magistrat à faire cesser cette lacune humiliante en prêtant un appui
<«) Société leyato d'emuliuou d'Abbeville. i$3* 4
efficace au* amis des sciences et des lettres ; « favorise*-
« donc les Muses , s'écriait-il avec enthousiasme , et mon- « trei envers ces généreuses immortelles des dispositions m vraiment libérales ! Du sein de votre commune, il séle- « vera peut-être -aussi quelque plume qui coopérera* à la « tirer d'un injuste oubli ! - Il pressentait déjà celle de Malbrancq. Que de fois depuis lors , ce cri d'inappréciable encouragement n'a-t-il pas retenti dans nos murs : les notables du I9. # siècle sont-ils enfin en voie de progrès sur ceux du 16. e ?
Les n.°* 2597 et 2621 de la bibliothèque de Saint-Omer contiennent presque toutes les œuvres de l'auteur.
L'honnête Simon Ogier aimait passionnément sa femme et ses enfants ; sa piété, comme on l'a vu , brillait en tourtes circonstances; sa ville natale et ses jolis alentours faisaient ses délices ordinaires ; il déclamait à toute outrauce contre les hérétiques et ne trouvait la liberté que dans la vertu; il connaissait scrupuleusement les diverses antiquités de son canton et savait déchiffrer les épitaphes les plus embrouillées de nos églises. Il s'occupait habituellement , sur des rh y thmes différents, d'un Artois poétique , parlant de lui-même avec indifférence et modestie, exaltant les merveilles de la nature , vantant le bonheur de la vie privée et «'abandonnant volontiers à chanter aux délicieu\ repas des noces. Il avait pris pour devise : solor olor. C'était le type parfait du bourgeois de Saint-Omer dans l'ancien régime ; notre bourgeois moderne a-t-il gagné au change ?
Simon Ogier se préparait à donner au public un ouvrage qui aurait sans doute augmenté considérablement sa réputation littéraire. Il méditait une vaste composition sur le modèle de l'Iliade qu'il devait intituler F tarins , et dont les éléments devaient être puisés dans les faits et gestes des comtes de Flandre. La mort le surprit dans ce courageux projet. Le lieu et la date de son décès ne sont pas connue. « Moréri a fait l'éloge de Simon Ogier. • t
SALIUS PAXAGE.
La date de la naissance de Salius Panage n'est pas certaine ; il était de Saint-Omer , contemporain de Simon Ogier , mais plus jeune de quelques années. Ses Discoun ont été imprimés à Paris, en 1589, ainsi que ses mélanges de poésie ; sa Vêdastiade , à Douai , en 1591. Ces ouvrages sont inscrits dans notre catalogue sous les n." 2402 (1) et 2564 , et portent en tête , selon l'usage du temps , les pièces de vers adressées comme éloges ou critiques.
Salius Panage ayîtnt quitté l'humble toit de ses pères, passa sa jeunesse à Amiens et à Angers et se rendit ensuite dans la capitale de la France. Il entra dans le collège de Boncourt , fondé plus de deux siècles auparavant par le Cfavalifr de Thé rouanne , (2) dans le noble but de contribuer aux progrès des lettres dans son pays , et de favoriser les écoliers du diocèse de la Morinic. Il y fit la connaissance particulière du célèbre Buchanam , précepteur de Jacques I. er f roi d'Angleterre , de Denis Lambin , de Montreuil , et du neveu du savant Pierre Galland , de la ville d'Aire. Ses Vrationes ne sont à proprement parler que des exercices scholaires. Il publia ensuite un commentaire sur le troisième livre de l'Enéide , quatre livres d'Elégies , dont le troisième est la conversion en distiques des sept psaumes
: (t) La réd*sii*é* est un don de l'auteur , enrichi de aoa portraits à l'âge de trente ans.
(a) Histoire de Tliérouaone. Page 58.
de la pénitence, un poème en vers héroïque* touchant la
fin de l'homme , appelé la Telsntrophie , contenant deu* livres , un de silves , une tragédie en cinq actes et avec des chœurs sur le prince d'Orange, et une parodie sur l'épithalaroe de Catulle. Une des élégies de Salins Panage mérite surtout d'être signalée , c'est celle relative à la mort violente de Marie Stuart \ dont le sort tragique arrache encore des vers attendrissants aux troubadours et provoque les éclaircissements de l'antiquaire; (1) l'indignation du Poète audomarois est énergique , incisive ; il trouve la farouche et jalouse Elisabeth plus féroce que les tigresset d'Hircanie; il déplore en outre, dans l'intérêt social, cet attentat inouï qui a fait indignement tomber , par une in* fraction inexcusable envers le droit des gens, cette belle tête , plus d'une fois couronnée ; trop fatal exemple donné aux siècles suivants!
Ponage termina sa carrière littéraire par la Fédattiade, Ou W Gaule chrétienne , poème en cinq livres , à la louange de saint Vaast , apôtre d'Arras. Cette publication importante l'éleva justement au-dessus du commun des poètes de son temps, et Simon Ogier, dans plusieurs épitres, vanta avec loyauté son talent supérieur.
On remarque dans la Vèdastiade, la marche des premiers siècles de notre histoire générale ; on y admire les efforts inouïs des premiers ouvriers évangéliques dans cette contrée pour amener à des lois pacifiques et à un système d'humanité , les chefs encore sauvages qui guidaient nos braves ancêtres avec la victorieuse oriflamme ; car , les évoques et les abbés, chefs des cités gauloises , « ces prêtres « à foi profonde , qoi sentaient en eux l'instinct de la re- • construction , » ont été , comme l'a parfaitement observé Gibbon , les vrais fondateurs de la monarchie française. On •'arrête encore avec complaisance aux souvenirs patriotiques
(i) Revus SDglo- française , n.« 5.
du fidèle Contins , de la* pieuse Clotilde , de la glorieuse journée de Tolbiac; puis c'est l'indication des richesses agricoles de l'Artois , l'un des greniers de la France , et une description très-curieuse de l'ancienne ville d'Arras ; c'est ensuite une récapitulation honorable des abbés do Saint-Vaast.
Salins Panage avait le génie excellent , et le jugement sain et solide , mais il ne s'était pas donné la peine de revoir «es ouvrages et d'y repasser la lime. Ses discours •ont estimés. Ses poésies qui , au moment de leur apparition , ne jetèrent pas un vif éclat, n'ont point encore reçu du public l'accueil reconnaissant qu'elles méritent ; mais il y a un certain temps de maturité pour la réputation des auteurs qu'il faut attendre sans impatience. (1) Toutefois , la ville d'Arras le combla d'éloges et son poème est encore cité aujourd'hui avec considération. Il est du petit nombre des poètes latins de l'Artois dont on lit assez volontiers les ouvrages. Nous lui reprochons seulement de n'avoir point préféré , pour son sujet , l'éloge de saint Bertin.
Il est vrai que dans le même siècle , Pierre Dupont , de Bruges, littérateur alors fort connu, avait déjà fait paraître , à Paris, en 1510, un poème en vers latins, en quatre livres , intitulé Bertinias, ou la vie de saint Bertin. Dans cet ouvrage où le profane est mêlé avec le sacré à chaque page, on voit rénumération des importants travaux de saint Oiueret de saint Bertin , lors de la conversion des Morins ; Bertinias est tont-à-fait inférieur à la Vèdastiade ; cepeudant l'auteur célèbre avec enthousiasme et quelquefois avec talent son héros : Artesiœ Bertinus honos etgloria gentis. La Vèdastiade se trouve en triple manuscrite à la bibliothèque de la capitale de l'Artois. ♦
Salius Panage, dont le véritable nom est Toussaint* du Sel, est mort le 28 jauv.ier 1395. , i
(r) Baille». . . . . - «»...•}
Charles-Quint régna un demi-siècle 8ur l'Artois ; il appesantit son sceptre avec gloire et quelquefois avec prospérité sur cette belle province; la ville de Saint-Oraer, en général , n'eut pas , sauf les résultats fâcheux d'un© guerre presque continuelle , à se plaindre précisément de ton administration ; l'influence propice de ce prince se fit sentir au contraire jusques sous le despotisme de son successeur , avant toutefois les troubles advenus à l'occasion des persécutions religieuses. Aussi cette seconde partie dn 46.' siècle , a-t-elle été productive pour les lettres et pour les arts ; consultez les biographies des cités limitrophes , et vous vous convaincre* que la plupart des hommes savants , dont elles se font avec raison un titre de gloire, ont pris naissance dans cette remarquable période.
Claude Dausque vint au monde à Saint-Omer, le 3 décembre 1566. Il fit ses études au collège des jésuites de cette ville, et fut bientôt reçu licencié en théologie. En 46J0, il était membre du chapitre de Saint-Thomas de Douai , et en 1626 , chanoine de Notre-Dame de Tournai. Cet ecclésiastique éminent avait alors la réputation d'être profondément versé dans la connaissance de la langue grecque , et des mœurs et des usages de l'antiquité , de posséder une entente fidèle de l'histoire, la science exacte des régies de la grammaire , et l'appréciation délicate des beautés de la poésie , enfin , d'être l'oracle de la littérature de son temps ; car l'assemblage de tant de talents était considéré comme un prodige, :
Claude Dauaque a laisse plusieurs ouvrages , tant maints»
erits qu'imprimés; il publia : 1. une traduction en latin des harangues de saint Basile avec des notes , Heildebert, 1604 , in 8.° ; elle se trouve dans les œuvres de saint Thomas-le- Thaumaturge ; le dominicain Combefitf fit une critique assez vive de cette traduction ; 2.° un commentaire sur Quintus Calaber; Francfort , 1614 » in-8.'\ réimprimé à Lahaye en 1734; 3.° un commentaire sur Silius Italiens, son poète favori; Paris, 4618, in-4.° ( 11 parait que le titre seul a été réimprimé en 1618 ; Pepitre dédieatoire est de 1614 , et Pimpression de 16lo ). C'est dans cet ouvrage qu'est placé le portrait du laborieux chanoine, à Page de soixante ans. On trouve de très-bonnes choses daus ce commentaire fort étendu , mais pour P interprétation plus que pour la correctiou du texte ; 4.° Antiqui noviqtte set* monUlatii Orthographiai Tournai, 1632, deux volumes* jii-f.°, avec une belle estampe où sont gravés dix peraon* ©âges auteurs de la latinité. » Daus le premier tome, U « donne les régies certaiues et assurées pour connaître les
• manières différentes de Pécriture el de la prononciation,
• ancienne et moderne ; dans le second , il traite des an*
• ciens et des nouveaux caractères , et expliquant sur cha-» st cune des lettres toutes les manières différentes dont les 9 anciens Latins s en servaient, il donne une grande ou-» « verture pour entendre et pour expliquer tous les aucuns « ouvrages écrits en cette langue. » Sauderus, Philippe Meyer, Juste Lip^e, et les plus célèbres glossateurs de cette époque, rendirent un hommage éclatant à la science immense que Pauteur a su répandre agréablement dans cette importante composition. Saumaise et Vossius en faisaient une estime toute particulière. Le titre de ce traité a été seul réimprimé à Paris en 1677 ; 5.° Terra et aqua, seu terres flutantes ; Tournai , 1633 , in-4.° , réimprimé , au moins aussi pour le titre , à Paris , en 1677. C'est un des écrits les plus intéressants do Dausque -, il est pleiu u'inv,e«iif»Uou»
singulières et tris- recherché des curieux $ il concerne en partie ces fameuses îles flottantes qui apparaissaient jadis Comme une merveille de la nature , dans les marais pittoresques qui s'étendent au-delà des faubourgs de Saint- Orner , mentionnées avec emphase dans la plupart des géographies , sur lesquelles ont posé un pied assuré , Charles- Quint et Philippe 11, Louis XIV et Louis XV, et dont celle qui reste, seul débris de cette nouvelle Déloa, seryit naguère encore de plateau joyeux à la mère du dernier descendant du grand roi. L'auteur y parle en outre do toutes les lies semblables dont il a pu avoir connaissance, ainsi que des autres objets extraordinaires qui ont rapport à la mer et aux rivières. Les trois dernières de ces productions , les principales de Fauteur , sont à la bibliothèque de Saint-Omer, sous les n." 1013, 2113, 2393.
Claude Dausque a en outre mis au jour plusieurs autres traités de polémique et divers opuscules qui prouvent qu'il était versé dans les langues anciennes , la théologie v l'histoire naturelle et l'antiquité profane ; il combattit l'opinion de quelques cordéliers de Saint-Omer , qui soutenaient que saint Paul et saint Joseph avaient été sanctifiés dès) )e ventre de leurs mères. 11 ridiculisa la crédulité puérilo du célèbre Juste Lipse à l'égard des prétendus miracles d'une madone du village de Sicheim , près de Louvain. t - Robert Dausque, son père, 4. e fils d'Antoine Dausque, bailli de Saint-Omer, fut tué au service du roi d'Espagne pendant la guerre que le duc d'Alençon excita dans les Pays-Bas. Cet Antoine Dausque était le beau-frère de Simon Ogier.
. Claude Dausque était encore aux jésuites de Saint-Omer, lorsque le père Scribaohis publia son Jmphitkeatrum honoris , l'an 1607. Il y fut loué comme l'un des plus savante hommes de son siècle, Valère André dit en outre qu'il était bon prédicateur.
i, P enW5 . W •«tour, malgré ses Yastes connais*
iO.
tances i n'écri va it pas bien ; que son style est trop affecté , trop obscur et trop rempH de vieilles phrases. La décision plus ou moins véridique de ce critique a été ensuite répétée sans modification» par les biographes qui lui ont succédé. D'autres censeurs ont aussi allégué que son savoir avait plus d'étendue que son jugement de solidité , et qu'il te plaisait à se servir de termes peu usités qui rendaient ses ouvrages presqu' inintelligibles. Au reste, il est certain que ce célèbre Audomarois avait une érudition peu commune , beaucoup de lecture , et que ses commentaires peuvent encore être médités avec quelque utilité ; à la vérité , on lui a reproché , non pas à tort , d'écrire d'une manière dure , et d'affecter l'emploi des termes les plus surannés de la vieille latinité , mais les défauts de sa diction ^empêchent pas que l'on ne. profite à le lire. Toutefois , en général , il a peu réussi dans cette partie de la critique qui •'occupe de la restitution des passages altérés. , Claude Dausque ordonna par son testament du 9 janvier 1643 que sa bibliothèque et ses livres reliés et imprimés Appartiendraient à la commune bibliothèque du chapitre de Tournai , à la charge de trois messes par semaine ; il estimait ses richesses littéraires à une valeur de 7000 fiV rins ; cette clause fut par la suite acceptée et exécutée.
.Claude Dausque mourut à Tournai , le 17 janvier 1644. 11 signait de cette manière : d'Ausque. Plusieurs erreurs de chronologie , relatives à sa naissance et à son décès ont été rectifiées dans cet article. Moréri et Ladvocat ont placé légèrement sa patrie à Tournai ; e'est un des avantages des biographies locales que le redressement de sem* blables inadvertances. Il est constaté que cet habile chanoine est né dans la ville de Saint-Omer , et son ouvrage sur les lies flottantes a tait croire avec vraisemblance qu'il avait vu le jour dans le faubourg du Haut-Pont ou parmi les ilôts de Lysel. * - Il passa une grande partie de sa vie à. Tournai dans
la même ville <jue son compatriote Malbraucq; au même ordre , ils durent se voir fréquemment et tra> \ailler même sou-vent ensemble ; tous deux y finirent leurs jours à quelques années de distance , et cependant , dans leurs ouvrages , ils ont gardé respectivement, à l'égard Vvua de l'autre ,. un silence absolu. ,
Scribanitis. — Àlegambc. — Swertiiu. — Henislerlmvs. — Bibliothèque belgique. — - Ba>le. — Moréri. — Raillel. — L'Encyclopédie. — Délices cks Pays-Bai. — LadvocaU — Btiissouadc 1
Jean Hendrieq, bourgeois de Saint-Omer, est né en cette ville vers la fin du 16. e siècle. Hous croyons devoir fixer sa naissance à Tannée £570 , sans preuve certaine toutes fois . Il a laissé un recueil historique , en trois volumes , in folio , très-intéressant par la conservation de détails peu connus sur sa patrie, et la variété amusante de ses anec n dotes. Ce nom de Hendrieq est populaire dans ee canton t parmi tous les amateurs de l'histoire locale. Il st retenti effectivement dans nos annales , et son autorité est invoquée encore chaque jour par les antiquaires. Indiquons tous les Hendrieq qui nous sont connus.
M. DeneufvUle, dans les additions à son tome premier, page 10 , donne un extrait d'un ancien manuscrit de Jean, Hendrieq ue qui vivait à Saint- Orner, dit-il, au commencement du 15. e siècle et qui a réuni divers faits historié ques dans son premier tome. H indique encore fréquemment le manuscrit de Jean Hendricque , à partir du 14.* siècle» époque où se termine le troisième tome de Malbraoeq ^ qui n'en parle pas. A la fin du siècle , il est question
In enie d un tome huitième de cet Hendriecjue. C*e9t pro-* bablement une continuation. Hennebert et Dom Devienne • appuient souvent aussi de l'autorité de Hendricq. *•• Plusieurs notices du sieur Hendricq, de Saint-Omer , se rencontrent dans les manuscrits de Turpin sur l'histoire de Saint-Pol. • - • «
Dans le Chronicon Bcrtianum , n.° 745, manuscrit protenant de la bibliothèque de Thérouanne , on voit un reçu de cet ouvrage daté d'Ypres, le 8 juillet 1708 , et portant la signature : P. J. Hcinderycx. M. r Vigrcux , de Punies , possédait un manuscrit connu sous le nom de Mémoires d Hendrick. Le nom d'Ilcndricq était mentionné avec distinction parmi les plus éloquents dominicains du couvent de Bergues-Saint-Winoc. Le père François Hendricq , de Tordre des frères mineurs , â écrit la vie de saints Claire , fondatrice des pauvres Clarisses. ( Saint-Omer. Veuve Boficart. 4631. in -12. ) M. r Voisin , professeur à l'Athenée de Gand , un des savants rédacteurs du Messager des sciences et des arts de la Belgique , a découvert récemment dans le Boulonnais un petit manuscrit ainsi intitulé : Recueil de plusieurs choses mémorables arrivées principalement au west-quartier de Flandre, tirées des mémoires manuscrits de feu Jean Hendricq , en son vivant bourgeois marchand de la ville de Saint-Omer. A Saint-Omer. 1640. Cet in-8.° de 304 feuillets, divisé en deux parties, est une série chronologique de neuf siècles environ , 640 à 1516, qui présente quelques faits nouveaux et des renseignements puisés à de bonnes sources. 11 est probable qu'il est du même Jean Hendricq , objet principal de cet article. Cependant il appartenait à Jacques Michiels , en 1G40 , et l'auteur alors n'aurait eu , selon nous , que 70 ans . A cettte époque , le carme Ange Hendricq , qui est réputé Fauteur d'une dissertation sur le portas Itius , était connu par sa relation du siège de Saint-Omer , en 1638. 1 1 En 1659, il y avait un Laurent Hendericq, premier
élu des dix jurés. — Pierre-François Heudrique était chanoine de la prébende de Thérouanne , le 5 juillet 4088. — Le nom de Heiidricq ou Hendrick est retracé encore sur une pierre tumulaire , dans la chapelle de la Vierge , à Saint-Denis, et sur une médaille du musée.
Notre Jean Hendricq, dont le précieux manuscrit inscrit dans la bibliothèque publique, sous le n.° 808, est probablement le fils du chroniqueur dont le témoignage est invoqué par M. Deneufville. Son style et son caractère sont en rapport avec le Voyage de Jérusalem , entrepris et écrit en 1615 par Jean Delattre, ermite à la chapelle de Notre- Dame-du- Bois , près Arras.
Le tome premier renferme la série des faits advenus à Saint- Orner, depuis 1594 jusqu'à 1605.
Hendricq commence par dédier son œuvre à ses enfants ; A\ l'a composé dans les instants « qu'il a dérobés les fètet « et les dimanches après l'office , nu lieu d'aller pourme- « ner. » Sa rédaction a aussi la sincérité du langage de Jacques le Saige , de Douai.
Ce volume contient Une description extrêmement curieuse de la prise des villes de Calais et d'Ardre* par le cardinal AUnrt, en 1596.
Le tome deuxième se termine à l'année 1615. Dans un avertissement % Jean Hendricq déclare qu'il a bien encore voulu dérober quelques heures de loisir pour parachever cet ouvrage, pour sa récréation et l'instruction de ses enfants jusque» à la fin d'une seconde dixaine d'années, protestant que ses plus grands plaisirs et délices ont été U lecture des bons livres , principalement des histoires , pour en retirer quelque chose de bon , et qu'étant pensif et contraint de son naturel , son contentement est de se retirer en quelque lieu solitaire pour refeuilleter ses livres.
Vers la fin de cette seconde partie, est consigné un aperçu chronologique très-important pour l'histoire de Saint-
, depuis l'arrivée de son fondateur.
le tome troisième s'arrête en décembre 4625..
Hendrioq ne s'est pas toujours borné aux faits spéciaux à 8a ville natale ; iî a raconté tout ce qu'il apprenait ou qu'il voyait lui-même dans les communes du voisinage ; sa narration même est entremêlée de faits relatifs à l'histoire générale de l'Europe, et souvent il se contente d'indiquer en divers endroits de son ouvrage » qu'ici soot rapportées • plusieurs choses arrivées en France , Allemagne, Italie ; * c'est la paix de Vervins , ou l'élection d'un pape et du» doge , ou Ta prise de Juîiers ; e*est le couronnement do Louis XIII , le mariage de ce roi , ou le récit des troubles de Bohême et l'enterrement de l'épouse de Jacques l. 9t f roi d'Angleterre. Cette espèce de renvois en marge fait supposer que ce manuscrit n'est qu'un abrégé d'une composition plus étendue; mais ees lacunes ne sont signalées par l'auteur que comme des désignations du Mercure dê France dont il ne fait , pour ainsi dire , que noter les pages dans ses mémoires ; aussi croyons-nous fortement que c'est le véritable autographe de l'audomarois Jean Hendricq , ou au moins une copie mise au net , du vivant et avet l'approbation de l'auteur.
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juraom* 2>i auiutsrQircisi.
Antoine de Balinghem est né à Saint-Omer en 4572. A l'âge de 16 ans , il entra dans rétablissement naissant des jésuites de cette ville , y fit d'excellentes études , et contribua à augmenter la réputation littéraire de cette société. Après avoir professé la philosophie , il s'exerça habituellement avec un succès marqué à l'art oratoire. Profondément versé dans les langues grecque et latine , il possédai*
au plu» haut degré îe talent de la conversation savante et choisie. Il avait un génie heureux et facile , et l'élocution convenable à un panégyriste. Simon Ogier en a fait le plus grand éloge dans la préface d'un de «es opuscule! poétiques. 11 céda ensuite aux plus vives instances en faisant imprimer ses nombreux discours et ses observation! pleines de perspicacité. Il publia quelques livres en français et en traduisit plusieurs autres en latin. Cet ancien idiome était encore employé exclusivement pour les livre» de piété. Voici la liste de ses œuvres :
Japonicas et chineuses epistolas. — Vitam Jloysii Gonzagœ. Duaci. 1008. — Punvtum honoris. — Scriptura sa* cra in locos communes morum diyesla. Duaci. 4621. — Morum à Brûlis institut la. Antuerpiœ. 1621. — De o ratio nibus jaculaloriis. Antuerpiœ. 1618. ( Publié en fiançai» à Douai. )
Il composa en outre diverses méditations et paraphrases de textes sacrés , la plupart traduites de l'italien et do l'espagnol ; mais l'ouvrage suivant le fit principalement connaître :
Les après -dinées et propos de table contre V excès au boire , et au manger , pour vivre longuement , sainement et sainctement, diaîogisès entre un prince et sept savants personnages, Lille. 1645. în-douze.
Ce traité , encore consulté , est empreint d'une philosophie toujours agréable et indulgente , et quelquefois facétieuse ; il est dirigé spécialement contre l'ivrognerie ; l'auteur y signale ordinairement avec esprit et érudition le» conséquences funestes et les effets pernicieux de ce vice, Lé théologien et le canonistc, le jurisconsulte, le politique, le médecin , ainsi que le philosophe et l'historien % 'en prouvent à Tenvi le danger par des raisons et des arguments tirés de leurs professions , de leur expérience et do leurs études. Ce n'est pas que ces docteurs tonnent inconsidérément contre le Falerne et les autres ambroisies , mai»
partisans d'Hippocrate , dans des moralités qui n'ont rien d'acerbe , ils invitent les amateurs à prendre toujours la raison et la prudence pour auxiliaires de cette jouissance attrayante. ?
Ou se demandera peut-être quelle espèce de vin Ton pouvait boire à Saint Orner , vers la fin du seizième siècle? Depuis plus de quatre siècles , la vigne n'était plus cultivée dans l'Artois ; cependant Legrand d'Aussy allègue que Je» Artésiens étaient enclins à l'ivrognerie ; ils pensaient sans doute aussi que le vin est la plus aimable des boissons et que les maux de la vie pèsent trop sur un buveur d'eau. L'empereur Probus avait fait planter la vigne dan.» les Gaules , vers la fin du 3.' siècle. Cette plantation obtint un succès prodigieux , et depuis lors, les Gaules produisirent des vins exquis et en abondance. Folcart et Ipérius attribuent un vignoble à la terre de Sitbieu ; mais la Mot finie , contrée trop froide et trop bumide pour la vigne , né put réussir à la cultiver. Les essais tentés à diverses époques furent toujours infructueux. Dans le moyen-âge, on renouvela , mais inutilement , quelques expériences dans la Flandre et dans l'Artois ; les résultats furent inférieurs au vin même de Surenne.
Nos ancêtres buvaient, dit-on, du vin de Champagne, dans le 14.' siècle. Le 7 septembre 1414, le parlement de Paris, sur complainte des magistrats d'Arras , ordonna la réduction du nombre des cabarets dans l'Artois.
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Ce qu'il y a de certain , c'est qu'il n'y a guère plus de 150 ans que l'on boit régulièrement du vin dans cette citéj on n'en faisait usage qu'aux fêtes solennelles, aux noces et dans des circonstances tout-à-fait particulières, et comme l'on prend aujourd'hui des liqueurs.
Au temps brillant de la fortune de la maison de Bourgogne et pendant les deux siècles environ de la domination espagnole , la coutume dans les cités de l'Artois était (T offrir des vins d'honneur à tous hauts et puissants seigneurs
qui gratifiaient leur» sujets de leur gracieuse présence ,* aux
évêques et aux gouverneurs , lors de leurs premières entrées , ce qui arrivait alors assez souvent. Le clergé présentait ordinairement du vin de Beau no. Cette mode qui n'était au reste qu'une continuation modeste du don gratuit fut employée ensuite par nos magistrats à titre de remerçiments envers les gens de lettres qui venaient leur faire hommage de leurs écrits ; telles furent à deux reprises, comme on le verra , les distributions de cannes au père Malbrancq et au recteur de sa société. Maintenant les auteurs ne doivent plus songer au vin rénumérateur ; il doit être tout trouvé pour eux dans l'indépendance respectée de leur caractère, et dans la satisfaction intérieure d'avoir tenté des efforts généreux pour l'avantage public.
Le vin était rare en 1082 , puisque l'un des plus riches Audomarois fut obligé pour le baptême de son fils, d'en- Toyer chercher chez le marchand un cruchon ( trois pintes ) pour la Dardalêe.
En 1317, d'après les archives de cette ville , la pinte de vin rouge ne valait que dix deniers, et celle de via .blanc, six deniers. C'était l'époque où les Flamands, pour s'exciter mutuellement à s'emparer de notre cité, s'écriaient avec transport: a Hâtez-vous, compagnons, uous boiront r« encore aujourd'hui de ces bens vins de Saint-Omer! •
Au reste , on a bu et chanté le vin pendant bien des siècles ; n'en déplaise à notre compatriote, c'est une assertion incontestable qui fera sans doute excuser cette digression.
Les après- dinées et propos de table furent toutefois parfaitement accueillis dans la Morinie ; réimprimés à Saint-Omer en 1624, ils ont été souvent cités avec estime. Malbrancq en fit une traduction latine, ce qui prouve la considération dont" jouissait cette composition , la première en langue française qu'un AudomaxQis ait soumise à l'impression,
. L'auteur avait fait déjà paraître à Douai , en 4610, tins traduction française du Traité des vertus du prince chrétien ; rédigé en espagnol par le père Ribadeneyra\ il dédia cette traduction qui obtint aussi un grand succès aux jésuites de Tournai , théâtre de la gloire littéraire de plusieurs de •es compatriotes.
• Antoine de Balinghexn a fait , dans son punctum honoris , «ne dissertation historique sur le duel qui mérite d'être signalée , au moment de la publication désirée d'une histoir» des duels anciens et modernes , par l'un de nos recomittandables magistrats. (4) Il soutenait que ce combat illicite lie devait être ni offert ni accepté.
Cet Audoraarois est inort à Lille , le 24 janvier 1630 , âgé seulement de 58 ans.
MiîD^ti ©asm
« On remarque que les Artésiens , pensait Hennebert , « te sont plus distingués dans les sciences qui supposent « beaucoup de nerfe dans l'esprit , qui exigent une forte o contention , que dans les belles-lettres et les arts dont le « «uccès dépend d'une vive et riche imagination. *> Nous appelons sérieusement l'attention des Antiquaires de la Moriniô sur cette grave observation qui certes vaut bien la peine d'être discutée dans son concours annuel. « L'Artois , « à dater depuis plusieurs siècles jusqu'à nos jours , ajoute « l'historien de cette province, peut vanter des.... méde- * cins. » Antoine Obert fut effectivement célèbre dans la ville de Saint-Omer , vers la fin de la domination espagnole. 11 y naquit , selon toute apparence , de 157o à 1580.
(i) M. Fougeroux de CampigaetiUesj - * i
- -Par acte du 31 mai 139* , Willaume Bourgeois , licencié
an médecine , s'obligea de rester six ans à Saint-Oraer polit exercer son art , aux gages de quarante livres par année; ^ cet acte se trouve jointe une petite note des cantons indiqués à différents médecins pour visiter les pauvres. C'est Je document le plus ancien que nous possédions concernant l'histoire de la docte Faculté dans cette commune. Jean Malpée , Audomarois i publia à Paris , en 1563 , Tabula* in Hippocratù libellât III. De prognosticis.
Antoine Obert fit imprimer à Saint-Omer, en 4629, 1W vrage suivant : de Vence Section* in pleur itide pareenetit Endoxa , in-4.°, qui excita nne assez vive controverse parmi les Esculapes de cette contrée.
Ce livret fut attaqué sérieusement par Louis Dugardin , médecin à Douai ; Obert prit la défense de ses opinion* et fit paraître aussi à Saint Orner , en 1631 , cette seconde production: AnasHchiosis Apologetica pro Parmneei , in-4.- Ces deux opuscules sont réunis et se trouvent à la biblio^ ihèque publique, au n.° 166Û. On y remarque, au titre et à la fin , des empreintes et devises religieuses. Ses autres écrits, qui jouirent aussi de quelque considération , ne sent que des dissertations sur des points eontestés de son art.
Le n.° 4687 de notre catalogue mentionne en outre, dans cette division des sciences et art», ce recueil précieux pour l'humanité et qui obtient encore un respect légitime : Pharmacopceia Audomaremi* cerrecta , nobilissimi atqu* «quissimi ejusdem urbis sénat us jussu édita. 1689. In-4.° Une chose intéressante à remarquer dans ce titre , c'est la «ollieitude des magistrats de ce siècle à propager et à étendre les moyens intellectuels ou les ressources matérielle* qui servent au bien-être général de leurs administrés. Le frontispice de cette Pharmacopée est orné des anciennes armoiries des Audomarois, respectable signe qui brillait jadis de toutes parts dans cette cité , et que le temps fait disparaître chaque année. > •
Pendant les -vingt-huit mois de la cruelle peste de 1635 et 1637, le docteur Obert est cité , avec l'estime due à son caractère et à ses talents, dans les mémoires historiques de l'époque. C'est à l'occasion de cet affreux fléau» qui rappela la maladie contagieuse de 1426, où il était défendu de sortir emhrungniê , sauf aux enterrements, sans la permission du magistrat , que le sieur Pelet , médecin , se faisait précéder d'une clochette qui annonçait sou passage ; ce qui le fit surnommer le médecin à la peste. 11 fut ennobli pour récompense de son zèle infatigable envers ses malheureux concitoyens.
Claude Dausque a fait le plus grand éloge d'Antoine Obert, et lui a dédié la seizième partie de son traité d'orthographe. t Lors de notre soumission aux armes victorieuses de Louis XIV, il y avait peu de médecins dans la ville de Saint Orner. En 1681 , le magistrat fit tous ses efforts pour en posséder au moins un bon, au rapport de nos archives, et à cet effet , il établit en leur faveur des avantages attrayants. Depuis lors , nous avons eu des médecins et des chirurgiens qui ont fait honneur au premier des arts , celui qui parvient à adoucir les maux de lhumauité souffrante. '
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Successeur d'Ipérius et de Locre, Jacques Malbrancq est encore considéré depuis deux sièeles comme le principal historien de cette contrée ; admis aux jésuites- wallons de Saint-Omer, à l'âge de 19 ans, et chargé d'y enseigner les humanités, « il s'y appliqua à la prédication et passa « successivement par les différente emplois de sa provin- « ce. • Selon la bibliothèque belgique, il employa une
grande partie de sa vie à l'instruction de la jeunesse, avant d'acquérir la réputation d'un é ru dit du premier ordre. Il traduisit d'abord, du français en latin , la cojsëolaiion des malades , d'Etienne Binet , de Dijon , Cologne 4619, in -12, prcsqu'aussitôt après sa publication , et les après-dinèes d'Antoine de Balingbcm , Cologne , 1620 , in 8.* Ces traductions prouvent la faible sympathie que l'on montrait encore à cette époque , dans cette contrée , pour la langue française.
' Il voyagea ensuite dans toute l'étendue de l'ancienne Morinie, célèbre surtout par sa capitale, parcourut les diocèses de Thérouanne et de Tournai , visita Ostende et Cambrai , Calais et le pays reconquis , le Boulonnais , la Picardie en-deçà de la Somme, l'Artois en-deçà de la Lys et la Flandre en-deçà de l'Escaut , et , suivant d'illustres exemples , après avoir étudié sur les lieux mêmes les di-
vers éléments de l'ouvrage qui devait produire sa renommée , il quitta les bords de l'Océan , les rives de TAa et de la Candie , les ruines de Thérouanne , objet spécial de ses profondes méditations , et se rendit chez les jésuites de Tournai , où il rédigea , dans les loisirs du cloître , les annales curieuses de ces peuples morins , incontestablement appelés par Virgile ex t rem* kominum.
L'œuvre de Malbrancq , intitulée de Morinis et Morinorum rébus , est en trois volumes in-4.°, avec caries et portraits , imprimés à Tournai en 1639, 1617 et 16o4. Le premier volume contient la description du pays des Morins et de leurs mœurs , suivie de recherches sur leur histoire , depuis l'an 309 avant J.-C. jusqu'à l'an 751 de 1ère actuelle ; le second volume comprend depuis le règne de Pépin , roi de France , jusqu'à Godefroid de Bouillon , comte des Morins , en 1094 ; et le troisième s'étend de la mort de Godefroid à l'an 4313. Cet ouvrage, en onre livres accompagnés de notes fort instructives, représente encore , indépendamment des plans figuratifs de l'antique
territoire des Morins, qui occupaient ce que I on a appelé
le Boulonnais et les parties occidentales de la Flandre et de l'Artois, des effigies précieuses de Thérouanne et de Sithieu , ainsi que des saints législateurs de ce pays. Au premier volume se trouve en outre annexé un excelleut tableau chronologique concernant l'histoire de l'Eglise.
Ou voit dans les cartes , le système de l'auteur qui prétendait (ine la mer s'enfonçait autrefois jusqu'à Saint Omer. Il place le fameux Port Itius à l'entrée du golphe , qui s'étendait depuis le rocher à deux cornes , entre Sangatte et Wissant, jusques à la motte de Sithieu, opinion qui a été attribuée à sa partialité pour sa patrie.
Ou ne peut se procurer cette immense production de Malbraucq qu'à un prix élevé ; le troisième volume est infiniment plus rare que les deux autres. D'après Brunet, il est même difficile de le découvrir. Cependant les trois tomes réunis ont été vendus plusieurs fois dans ce département depuis quelques années , et les exemplaires complets y sont eucore surenchéris avec empressement. L'auteur avait composé un quatrième volume qui conduisait sa narration jusqu'à la destruction do Thérouanne en 1. >>.'>; il contenait 129 chapitres et attendait un Mécène généreux pour lui faire voir la lumière; le vœu formé pour sa pu j blieation n'a pas été exaucé. Maillait allègue que ce manuscrit était, en 1702, au noviciat des jésuites de Tournât qui avaient hérité des papiers de leur docte confrère. Un rédacteur de mémoires inédits sur l'histoire de Boulogne , Philippe Luto , l'y a fait demander en 1739, et il lui a été répondu que l'on n'y conservait que l'original des ouvrages imprimés. 11 parait certain qu'il se trouvait aux jésuites de Lille, en 4737, et l'on croit généralement qu'il a été brûlé dans l'incendie de cet établissement. Quelques bibliophiles distingués firent à ce sujet de vaines perquisitions, en 1827, tant à Lille qu'à Paris. L'infatigable Henry avait déjà fait dans le même but uue infinité de re-
cherches inutiles. On a dit toutefois qu'il en existait nné copie dans la Belgique ; sans contredit , celui qui en est l'heureux possesseur mériterait beaucoup des sciences historiques et des «rais des antiquités , s'il se décidait à la livrer à l'impression.
L'histoire des Morins est digne de la plus haute estime; l'auteur employa plus de quarante ans à écrire les annalea de sa patrie. Il pénétra dans toutes les archives et en fit le dépouillement. Il eut à se louer particulièrement de là complaisance des religieux de Saint- Bertin dont il se montra le zélé défenseur. Il fout observer aussi que la chronique d'Ipérius a été l'une des bases de son histoire. Il rassembla les faits qui étaient épars dans les chroniqueurs anciens et modernes. Il eut même connaissance de plusieurs manuscrits intéressants qu'on ne retrouve plus et dont il bous a conservé la substance. Le nombre de ses autorités et de ses traditions est réellement incroyable. Que sont devenus les monuments de Saint-Bertin , de Clairmarais, de l'Eglise de Saint- Orner, les archives et les chroniques de Tnérouanne et de Bergues-Saint-IVinoc , dont il invoque , à chaque livre, le puissant témoignage? Cependant l'ouvragé de Malbrancq n'est bon qu'à être consulté. On lui reproche avec raison des déclamations continuelles et une inclination trop prononcée à faire l'orateur , d'être systématique et si diffus qu'il pousse à bout la patience du lecteur. Il parait aussi trop candide partisan des fables merveilleuses du moyen-âge, en rapportant légèrement une infinité de faits incertains et équivoques ; mais il s'est rendu excellent critique dans les investigations curieuses et savamment rédigées concernant l'origine des choses et des usages de cette 'contrée , et le blâme à son égard n'a pas toujours été fondé. ' À l'occasion de son penchant pour les légendes, il faut convenir toutefois qu'il n'avait fait que suivre l'impulsion de graves historiens qui semblaient éprouver une secrète latisfaction à attester les aventures le* plus extraordinaires?
malgré cinq siècles de différence , nous répéterons à l'égard de Malbrancq le jugement porté sur Balderic par le docteur Leglay : « Quant aux miracles qu'il raconte avec une com- « plnisance si crédule, il est fâcheux qu'ils occupent tant
« de place dans ses récits ; mais on ne saurait en tirer des « conclusions trop défavorables à la véracité du narrateur « qui écrit sous l'influence des idées de son temps , et qui « d'ailleurs, le plus souvent, a soin de faire remarquer « que c'est d'après la tradition, ou sur des ouï-dire , qu'il m les livre au lecteur. » Malbrancq , comme Balderic , était un admirateur passionné des vies des saints , toute* parfumées , comme on sait , de la poésie de leurs siècles.
Au reste, tous les historiens connus ou inédits de notre province, ont tiré le plus avantageux profit de la lecture de son important recueil ; ils s'appuient de son autorité en ceut endroits divers et témoignent unanimement de son mérite et du besoin flatteur de le compulser souvent. Il est étonnant que jadis, dans les encouragements utiles que les administrations provinciales accordaient aux gens de lettres , aucun Artésien n'y ait répondu par la traduction des œuvres historiques de Malbrancq. A la vérité , son latin est mêlé de termes et de tournures difficiles à comprendre. Il faut d'abord y être familiarisé , observe Heunebert , afin de connailre la signification de certains termes, et les tours de son élocutiou. Devienne en porte un jugement plus sévère encore ; il le blâme surtout d'avoir écrit dans une langue étrangère et de s'être fait un jeu de se hérisser continuellement d'épines. Mais on en disait autant de Crcc/oirc de Tours qui orne aujourd'hui parfaitement la riche collection de M. Guizot relative à l'histoire de France. Espérons qu'une noble émulation fera connaître plus particulièrement le célèbre narrateur des faits et gestes des vieux Morins. 11 a droit de conserver dans ce département la haute considération que ses travaux étendus lui ont si légitimement acquise. ; .
** Ôn est d'accord sur l'époque du décès de Malbrancq: il mourut à Tournai, le 5 mai 1653. On était très-divise *ut le lieu de sa naissance. Quelques auteurs lui donnaient Àrras pour patrie , mais Aire et Saint-Omer surtout se discutaient l'honneur de lui avoir donné le jour. * Maillart prétend qu'il est né à Aire , et que Marie Ca~ Verel , sa taute , était fondatrice de l'église des jésuites de cette ville. On dit que la maison paternelle étant tombée 'dans son lot , le jeune Malbrancq la donna à la sociétç «es jésuites, ainsi que ses autres biens , pour y établir un collège dans cette petite cité. Il demeura momentanément 'dans cet endroit , puisque Tépitre dédicatoire de son premier volume en est datée du 3 décembre 1638.
- Dom Devienne fait naître Malbrancq à Aire, ëû 1578* Henry répète cette opinion. Lefebvre , historien de Calais j <ExpfHy, Malte-Brun, et Collet sont du même avis. « La Bibliothèque beigique et les Délices des Pays-Bas désirent Saint-Omer pour la patrie de Malbrancq. Alegamhe, tyeller , Chaudon et de Landine , Osmont , Weiss , Ladvoeat , 'Barbier soutiennent ce sentiment , qui est encore appuyîï par Aubin, Aboi de Bazinghem , Smyttère , le Conducteur -dans Saint-Omer, la Biographie de Bea avais , et divers 'annuaires. L'année de sa naissance , selon cette série d'autorités , est 1580 ou 1982.
11 ayait 72 ans , ' lorsqu'il rédigea , en 1651 , la dédicace •de son troisième volume au magistrat de Saint-Omer. On 'voit qu'il mourut à l'œuvre.
Deneufville et Hennebert gardent le silence sur cette di£- *ncelté biographique ; mais elle nous semble entièrement Têelaircie par les documents suivants, puisés dans les archives de cette ville.
J te 20 avril 1689, le prédicateur des jésuites , Corlax , ~fhit présenter au magistrat, de la part du recteur de cette •^eoiripagmé , ; le manuscrit de l'histoire des Morins , com- 'i^Ôè paa >e père Malbrancq ; an dé *és membres , avec
1a qualification : Audotnarensis , « lequel a été accepté de • bonne part. » Le magistrat fit présent dans cette circon*. tance audit Malbrancq et au recteur , de 24 cannes de vin à 44 sols la canne.
Dix ans après , MM. les maire et échevins de Saint-Omer, en récompense de la présentation faite par le recteur de la compagnie de Jésus de cette ville , à la réquisition du père Jacques Malbrancq , des tomes I et II de son histoire des Morins au magistrat , pour servir à cette cité, de laquelle ledit Malbrancq est natif, prirent la résolution de faire don au collège des jésuites , pour les considérations dues audit Malbrancq , de 24 cannes de vin , ordonnant à Antoine de Wittre, fournisseur, de livrer audit collège lesdites 24 cannes de vin au prix de 41 sols la canne. Cette délibération est du 21 septembre 1649.
Enfin , en 1654 , il fut arrêté à notre hôtel -de - ville que la commune contribuerait , pour la somme de 200 florins , aux frais de l'impression du troisième tome de Malbrancq, attendu que l'auteur était natif de Saiut-Omer, et qu'il avait manifesté l'intention de dédier son ouvrage au magistrat de sa ville natale.
Notre bibliothèque publique possède l'exemplaire offert du temps même de Malbrancq , n.° 4555, avec la donation écrite sur les deux premiers volumes par les jésuites do Saint-Omer , et sur le troisième , par ceux de Tournai.
Voici le texte de la dernière : « À messieurs de S. Au- « mer , etc. En mémoire perpétuelle de la dédicace et offre • de ce livre, fait par le P. I. Malbranc , pour être mis « et gardé en leur archive : la Maison de Probation de la « compagnie de Jésus en Tournay (en laquelle il le com- « posa et mourut) , l'an 1654. >»
Le témoignage irrécusable de l'historien des Morins luimême vient en outre à l'appui de ces preuves respectables. Dans l'épître dédicatoire de son dernier volume , il commence par se déclarer Audomarensù ; il promulgue
lit© «a joie et 8a reconnaissance de ce que ce volume tu paraître quasi jure debito, «ous les auspices du magistrat de la cité qui l'a vu naître , noatram Audomaropolim , dont
il espère un accueil favorable.
tfous ne concevons pas que ce point de biographie ait pu fournir matière à la plus légère discussion ; cette expression caractéristique VAudomaremia , qui vous frapp* dans Simon Ogier , Daueque, et presque tous les autres écrivains de cette cité , ne devait-elle donc pas convaincre les regards les moins exercés ; c'est une étrange aberration de l'esprit humain que cette contestation inexplicable.
Nous nous flattons donc d'avoir démontré d'un manière irréfragable, que Jacques Malbraucq , un des plus laborieux écrivains de cette savante société qui comptait parmi ses habiles professeurs, l'ami de Voltaire, le père Porêe \ que l'auteur de de Morinis et Morinorum relus , doué d'une imagination brillante , plein d'érudition , animé par un goût inébranlable des recherches , « dont certainement l'étude «« est indispensable à tout historien d'Artois , « est né dans la ville de Saint -Orner.
Martin du Cygne est né à Saint-Omer en 1619. Il entra à dix-neuf ans dans la société des jésuites, et après avoir enseigné les basses classes pendant cinq ans , professa la rhétorique pendant quatorze ans. Il fut ensuite préfet du collège de Saint-Omer , et ses supérieurs lui firent de nouveau régenter tes humanités. II s'occupa avec passion de la rhétorique presque toute sa vie, et eut la réputation d'être le plus habile rhéteur de son temps. Il se livrait encore à ce noble et fatigant exercice , lorsqu'il mourut dans
la Tille d*Ynres. v le- $9 mars 4669. ( Selon- la bibliothèque jbelgique c'eut à Saint-Omer qu'il est décédé. )
Il brilla dans le* chambre* (le rhétorique , à la fois dér ▼otes et poétiques , dont l'art joyeux et plaisant était alor# spécialement protégé par le magistrat. Il avait été élevé au milieu des débats littéraires et des tragédies pieuses qui formaient alors les amusements des élèves des jésuites de Saint-Omer.
Martin du Cygne a laissé les ouvrages suivants : 1.° Est glanatio rhetoricœ , imprime à diverses reprises , d'abord a Liège en 1659, et ensuite à Saint-Omer en 1666, in- 12, sous le titre d'Ars rhetoriça , puis à Douai en 4740. Gibert trouve cette rhétorique excellente et très-méthodique^ Elle est inscrite dans notre catalogue sous le n.° 4575 ; 2 ° Anahjsis omnium M. T. Ciceronis Orationutn, Douai, 1661 , in-42 , réimprimé ensuite en plusieurs autres villes, Ars metrica, Liège, 4664, in 1*2, éditions diverses;
4. ° Ars poetica , Lille, 4734, in-12, revu par Charles Wastelain , souvent réimprime avec plusieurs additions;
5. ° Ara historié* , Saint-Omer, 4669, iu-12; 6.° Fous elo* quentiœ , ske M. T. Ciceronis Orationcs , Liège, 4675, 4 in- 4 2. Le 4.* volume renferme une analyse savante et raisonnée des fameuses harangues du grand orateur de Rome;
elle est considérée même comme la meilleure dissertation
en ce genre. M. Dcsjardins , dans son édition de* oraisons de Cicéron , Paris , 4738 , in-4.°, s'attache au plan de notre compatriote dont il vante l'ordre et la sagesse; i.° Fons eloquentiœ, sive M. T. Ciceronis Orationes XV 1H selcctissimœ , Augsbourg , 1729 , in-12 ; c'est un extrait des trois premiers volumes du traité précédent. Il se trouve à la bibliothèque publique , n.° 2670 ; 8.° Comediœ XH phrasi tum Plautind  tum Terentiand Continuâtes , 4679 f 2 in-12, éditions multipliées a Prague , en 1760. Les rè^ gîes du théâtre ne sont pas gardées à la vérité dans ce itc composition ^ mais l'auteur y a déployé les ressources rl uuw,
imagination brillante et d'un style élégant; il a retranché des œuvres des comiques latins les expressions obscènes qui malheureusement les déparent , et destinant son ou
yrage aux. jeunes gens des collèges , il a eu un soin extrême de n'employer dans ses pièces que les phrases choisies de ces deux auteurs ; un grand éloge est à faire de Martin du Cygne pour le profond respect qu'il a témoigne pour les mœurs et la décence. 11 paraît , observe M. Beuchot, qu'il ne connaissait pas le Terentias christianus de Schonœus , qui avait paru dès 159o.
Le public accueillit favorablement les productions de Martin du Cygne. On ne les connaît presque plus actuellement , et c'est un oubli coupable , surtout de la part de ceux qui s'appliquent à l'art oratoire.
Bibliothèque Belgique. — Délices des Pays Bas. — ChauJon. — Lad- Tocat. — Biographie universelle.
Arnouïd de Vnez naquit au Haut-Pont (1) , faubourg de Saint-Omer, le 10 mars \ (Vl2. Son porc, l'un des plus habiles tourneurs en métaux de Vérone, en Italie, avait été contraint , par dérangement de fortune, de s'engager comme soldat. C'est en suivant son régiment qu'il s'était arrêté momentanément dans notre cité. S'a percevant qu'Arnould , l'aîné de ses dix enfants , montrait des dispositions précoces pour le dessin , il le plaea à Saint Orner chez un juif, assez bon peintre ; celui-ci découvrant aussi , au bout de quelques mois, un talent remarquable chez son jeune élève,
(i) Oppeuheim. — Haul-l'oul. Le registre des naissances de x64a est indéchiffrable.
âgé alors de treize ans , le recommanda tout particnlièreineat aa frère Luc , récollet , qui tenait en 4657, à Paris , une école de peinture fort en vogue ; au bout de trois an», Arnould de Vuez, à force d'études et de constance/ livré d'ailleurs avec enthousiasme à ses inspirations, avait déjà jeté les germes de sa réputation étendue. Il éprouva à cet instant le désir de parcourir l'Italie , et s'arrêta à Venise, chez son oncle, chanoine de la cathédrale. Là, il fit pour cet excellent parent, quelques tableaux qui lui valurent son agrément favorable. Enchanté ensuite des merveilles incomparables de la capitale du monde chrétien, il s'adonna , jour et nuit , au travail avec une opiniâtreté soutenue et une facilité inouie ; bientôt il s'appliqua spécialement et avec passion à imiter la manière gracieuse du grand Raphaël , et les principaux Romains ne tardèrent pas à admirer ses estimables compositions ; il obtînt le premier prix de peinture en 1661. Cité comme un rare exemple de patience et comme un modèle distingué aux autres artistes , ses succès et ses récompenses excitèrent une jalousie insensée parmi ses rivaux; ceux-ci résolurent de s'en défaire par le duel ou par l'assassinat. Dieu le tira heureusement, pour la gloire de notre pays , de leurs mains criminelles. Le puissant Lebrun l'attira alors à Paris , lui fit décerner une pension par Louis XIV , et se montra à son égard un protecteur efficace dans plusieurs autres incidents pénibles de sa vie. Protégé de la mère du prince Eugène , qui lui procura un mariage avantageux , et attaché à Louvois , ce ministre l'envoya à Lille pour y faire un tableau de la Présentation de la Vierge au temple , composition d'une couleur vigoureuse et d'un bel effet , dont il fit présent à l'église de l'hôpital. C'est daus cette belle ville où il fixa sa résidence, préférant briller au second rang, qu'il oonféetionna pour la plupart de ses paroisses , ces nombreux tableaux qui l'ont élevé à juste titre au rang des meilleurs peintres de l'école flamande.
Pendant la première partie du 18.« siècle , tout se faisait encore pour les églises , par les soins éclairés de quelque! princes pleins de piété ; c'est que , suivant la poétique observation de notre premier écrivain , « le christianisme « a fait naître pour le peintre une partie dramatique trèa- « supérieure à celle de la mythologie. » Vainement , quelques années plus tard, les Chorèges gréco-romains essayèrent d'orner les nefr dépouillées des temples de la Raison de scènes prétend uement héroïques de la Convention , et de représentations belliqueuses ; la population , tremblante à ces démonstrations inconnues , ne pouvait oublier set sensations accoutumées, et regrettait les graves histoires de l'ancien testament, ainsi que les sujet* attendrissants de l'Evangile. Au reste, que d'artistes du premier ordre s'occupent aujourd'hui d'intérieurs d'églises et d'images de dévotion ! Le chef-d'œuvre de la peinture moderne , a-t-on dit , est peut-être le portrait d'un pape !
Les œuvres d'Arnould de Vues forent donc placées avec distinction dans une infinité de paroisses de la Flandre. Ses douze principaux ouvrages sont :
4 . Les V ieillards prosternés devant V Agneau ; sujet tiré de l'apocalypse. 2. La Résurrection de Jésus Christ. 3. Le Martyre de saint André. ( Ces trois tableaux étaient dans l'église de Saint- André , à Lille. ). 4. La Manne dam le Désert ; tableau appartenant à l'abbaye d'Annon , près de Lille, ô. La Multiplication des pains. 6. L'Offrande de Melchisedech. Ces deux tableaux se voyaient à l'hôpital de Lille : ont-ils échappé au déplorable incendie de cette année? 7. Le Jugement de Salomon. S. Daniel dans la fosse mm lions. Ces deux tableaux décoraient l'hôtel-de-ville de Lille. 9. Une Descente de Croix , que l'on contemplait avec satisfaction aux Jacobins de Lille. 10. Le Frappement du rocher , qui se trouvait à l'abbaye de Marchiennes , près de liilc. 14. La Découverte de la Terre promise, propriété de l'abbaye d'Annon. 12. La rie de saint Bruno, en huit grande
tableaux, en la' possession jadis des chartreux de Douai.
La nomenclature raisonnée des tableaux d'Arnould de fVuez, est insérée dans le Voyage pittoresque delà Flandre
et du Brabant , par Descamps , de Dunkerque, en 1708. Voici ceux qui enrichissent actuellement le musée de Lille*: Saint François recevant les stigmates. — Saint Bonaventure écrivant devant un crucifix. — Saint Augustin guérissant des malades. <— Sainte Cécile. — Une Vierge. — Saint Augustin distribuant des aumônes aux pauvres. — Saint 'François prêchant. — Un saint récollet guérissant la jambe d un jeune homme. — Une femme peinte à mi-corps. — 1s Jugement dernier , esquisse. — Quatre esquisses. — Seize tableaux , sous le même numéro , représentant des comtes -et des comtesses de Flandre. Le catalogue de ce musée est à notre bibliothèque sous le n.° 4862; nous invitons les amateurs audomarois à v°nir faire une légère connaissance avec les dessins de leur célèbre compatriote. Le Guide des ^Etrangers dans Lille constate encore l'existence de quelques bons tableaux de Vuez à Saint-André et à Y Hôpital- Corn* tesse. La France pittoresque signale en outre, dans la vaste chapelle de cet hôpital , plusieurs beaux tableaux de cet •artiste , surtout un Christ préchant sur la montagne , et les Israélites recueillant la manne. Nous redirons avec anxiété : ont-ils été préservés des flammes du dernier incendie?
Descamps remarqua dans notre cathédrale un saint Paul -disputant , « tableau bien composé , dit-il , drapé comme » de Lesueur , mais un peu froid de couleur, peint par •<* Arnould de Vuez. » Ce saint Paul est suspendu maintenant dans la troisième chapelle de la nef gauche , à partir de la sacristie. Il est surmonté de cette inscription : •Filioli diligite invicem. « Le saint Jean au milieu de ses « disciples, dans la chapelle de Wissoc , tableau fortes- « timé , est aussi attribué à Arnould de Vues, » ]>ar Tatt- 'teur de Notre-Dame de Saint-Omer , qui sans doute a voulu •désigner le saint Paul, -< i
A Saint- Bertin , dan» la petite nef à gauche , il y avait «ne Flagellation , Tune de» plus belle» œuvres du même peintre ; cet ouvrage a été acquis pour la somme de cent francs et transporté en Angleterre, au commencement de ce siècle ; par M. Ruissen, fondateur du pensionnat placé sur le mont des Cattes, et qui s'est fait un renom brillant dans la peinture. Le seul bon tableau de notre ancienne église de Sainte- Aldegonde, d'un excellent effet et dessiné avec correction , était d'Amould de Vuez.
Descamps a indiqué en outre une belle Descente de croix de cet habile artiste dans le chœur de l'église du Saint- Sépulcre, déjà ornée par Talion , son estimable compatriote. Cette production lui est cependant contestée par quelques connaisseurs qui prétendent qu'elle lui est antérieure , et Qu'elle ne reflète ni son style, ni sa couleur. Cambrai, Douai , Bruges , Bruxelles , Rome et Paris conservent encore plusieurs bons tableaux sortis de son pinceau. ' Il paraît que divers tableaux d'Arnould de Vuei furent lavés et repeints à Lille par un amateur maladroit.
Toutes les compositions de ce peintre flamand marquent du génie et de l'esprit ; il y a de l'abondance et de la variété dans ses figures , et son dessin est ferme et correct. Il n'aimait que la peinture historique , et rejetait avec une espèce de mépris celle du portrait. Piqué cependant d'entendre dire qu'il ne refusait d'en peindre que par incapacité , il en fit quelques-uns, et força la critique au silence en prouvant que , s'il avait voulu cultiver ce genre, il n'y eût pas obtenu moius de succès. Son étude favorite de Raphaël û'ôta rien à l'originalité de son talent. Il ne faisait rieu sani consulter la nature; il dessinait toutes ses figures nues, Ct les drapait ensuite. Ses fonds d'architecture sont d'une grande richesse ; ses groupes sont parfaitement distribués. Sa partie faible est la couleur ; ses chairs sont ou rouge de brique ou gris de cendre , mais il rachète ce défaut par de • rares qualités. Il a peint des bas-reliefc imitant le marbre
à. tromper, et a produit de l'illusion en faisant quelques figures de ronde-bosse , aussi en marbre (1).
Arnould de Vuez , rétribué convenablement de ses nombreuses veilles , soutint dignement un rang glorieux dans la Flandre française. Il avait équipage et recevait dans sa maison opulente les premières familles de Lille. Admis dans le corps des échcvins par L'unanimité des suffrages, nommé marguillier dans sa paroisse, distinction considérable à cette époque , il mourut le 3 avril 172'* , à l'âge de 82 ans, et fut enterre à Saint- André où il avait fait construire quelque temps auparavant un petit tombeau pour lui et sa famille.
Hcnnebert a cité Arnould de Vuez comme Vun des artistes renommés de l'Artois , et le Mémorial artésien , eu faisant connaître sa vie tout originale et tout aventureuse, a rendu un éloquent hommage au pinceau facile et hardi de l'Audomarois qui a fait honneur à la peinture , et qui a su en même temps, par sa conduite et par son esprit, s'attirer l'estime et l'amitié de ceux, qui ont vécu avec lui.
mvixmmmtuiU
Charles-François Deneufville , né en 1673 , à Esta ires, diocèse de Saint-Omer , fut d'abord bachelier en théologie à l'université de Douai , et vicaire de la paroisse de Saint- Venant , ensuite vice-curé de la paroisse du Saint- Sépulcre à Saint-Omer , puis coadjuteur dans l'église de Notre-Dame, à Aire, enfin curé de Sainte- Aldegonde , à Saint-Omer , le 24 novembre 1700.
Deneufville , d'après un manuscrit du chapitre de la ca-
(i) Desctmpi. Biographie universelle , articles signés Auguu et Périèfi
thédrale, n. # 828, travailla avec un zèle assidu, de nuit plus que de jour , jusqu'à la fin de sa vie , soit à l'histoire et aux antiquités de ce canton , soit à feuilleter divers manuscrits particuliers pour dresser certaines généalogies dont le besoin se faisait sentir. II était d'un caractère affable et d'une extrême facilité à se prêter à tout ce qui pouvait faire plaisir. Recomroandable surtout par sa vaste érudition et ses rares connaissances en théologie , il occupa une place honorable dans nos synodes. Il a composé les Annale* de la ville de Saint- Orner , précieux manuscrit autographe, orné de plusieurs cartes et plans enluminés faits à la main.
Ce riche travail a été sur îe point d'être imprimé et le sera peut-être un jour comme sa vie de sainte Frétille.
Il est à observer que cet écrivain ne put tirer presqu'aucun renseignement des mémoires de la ville, delà cathédrale et de l'évêché , non plus que de Saint-Bertin et des autres communautés II cite souvent des chartes et le journal de Hendricq.
Lorsqu'en 1815 , la commune sollicita du gouvernement le droit de reprendre ses anciennes armoiries , un extrait du livre de Deneufville fut joint à la demande de l'autorité locale.
11 est étonnant que le docte Hennebert n T ait pofnt eu connaissance de ces favorables documents , lors de la composition de son histoire générale de la province d'Artois t pour laquelle il avait été assisté cependant des principaux bibliophiles de ta contrée ; comme il exprime noblement sa gratitude envers tous ceux qui l'ont soutenu dans son entreprise patriotique , il est bien à présumer qu'iî n'aurait pas fait une étrange exception à l'égard de Deneufville.
Dom Devienne garde aussi le même silence envers cet estimable annaliste.
Deneufville établit dans son êgîise paroissiale la confrérie du Saint-Sacrement et la société du Viatique, en 1714.
Il mourut le 20 mai 4731 , à l'âge de 58 ans , épuisé de Teilles et de travaux , (1) très-regretté des Audomarois. Il fut inhumé dans la chapelle de Saint-Nicolas , à Sainte- Aldegonde. Sa patrie adoptive y érigea un monument à sa mémoire et lui donna, dans une épitaphe flatteuse, le surnom de Illuminât or antiquitatum. Il avait d'abord rédigé son histoire de Saint - Orner en un seul volume in-folio qui se termine à Tau 1700. Ayant donné ensuite plus de développements à cette œuvre , il la recomposa en trois volumes du même format. Le premier tome , décoré du portrait de l'auteur, appartient à la bibliothèque publique , manuscrit n.° 809 ; il provient de la vente de la bibliothèque de C. Dewitte , ancien religieux de Saint- Bertin , où il fut adjugé le 16 mai 1809 , par erreur sans doute , au lieu du volume unique de la première édition. Il ne s'étend pas au-delà de la destruction de Thérouanne.
« Ces annales renferment tous les avantages qui peuvent « accompagner une histoire particulière et la rendre utile « et intéressante. L'auteur y a rassemblé toutes les richesses « historiques sur la ville de Saint - ( ) mer qui se trouvent « répandues dans quantité de livres que peu de personnes « sont à portée de se procurer. On y traite de l'origine de « cette ville , de ses accroissements et des événements re- • marquables qui y sont arrivés. Ou parcourt les différentes «i dominations sous lesquelles elle a passé et ce qu'elle a « fait de mémorable et d'intéressant. On y décrit tout ce « que l'histoire offre d'important sur cette cité. ; on re- « trace avec exactitude les différentes révolutions que les « guerres ont produites dans son territoire et tous les siè- « ges qu'elle a soufferts. On donne le détail historique de « tout ce qui regarde les magistrats ; on remonte jusqu'à
(i) Le baron Deslyons , né à Béthune, membre de l'académie d'Ai;raa, auteur de plusieurs mémoires fort recherchés sur l'histoire d'Artois , est mort delà même manière, travaillant eucore sur ce sujet, en x8i3.
« leur institution , et l'on touche succinteraent l'histoire « de leur autorité , do leurs prérogatives et de leur juri- •r dictiou. On traite aussi de tous les privilèges dont la « ville a été décorée , de rétablissement des maisons ro « ligieuses et autres lieux de piété. On donne une suite « assez complète des prélats qui ont rempli le siège de « cette ville , un abrégé historique des évéques de Thé- « rouanne et des abbés de Saint- Berlin. Pour achever d'en- « richir cet ouvrage de tous les ornements dont il peut « être susceptible, l'auteur donne d'abord la vue de la m ville de Saint-Omer , ensuite l'ancienne carte du pays « des Morins, la carte du port Itius, le plan de l'ancienne « ville de Thérouanne dans le 8. e siècle , l'ancienne ville « d'Aire , celui de l'ancien Sithieu dans l'état que saint « Orner et saint Bertiu le laissèrent à leur mort, et enfin » celui- de l'ancienne ville de Boulogne , du temps de
* saint Orner, troisième évèque de Thérouanne. Comme « toutes les histoires demandent des preuves et des ga- « rants, on ne se contente pas , en celle-ci, de produire « les citations des auteurs originaux , on rapporte de plus « les principaux titres qui lui ont servi de base et de ton* « dément. On trouve à la suite les statuts de la ville de « Saint-Omer dounés par Philippe , duc de Bourgogue ,
* et la table des matières contenues dans cet ouvrage. • ( Catalogue de M. Aubin. )
Le deuxième tome commence au règne de Philippe II, comme comte d'Artois , et continue la narration des faits jusqu'au 15 juillet 1728. On y remarque un beau dessin colorié de la ville de Saint-Omer.
Le troisième tome est consacré presque spécialement aux. annales ecclésiastiques de cette cité ; cependant on y retrouve encore les généalogies et les armoiries de nos anciens magistrats et grands-baillis , ainsi que celles de plusieurs ta m il les nobles de la province. Les noms de Sainte-
Aldegonde et de Beaufort brillent d'un éclat tout parliculier dans ces intéressantes légendes.
L'opinion émise sur le tome premier s'applique avec fa tnérae justesse aux tomes suivants.
Deneufville est aussi un historien indispensable à consulter pou? une infinité de détails relatifs au clergé , et à l'administration du pays; on dit qu'un dominicain nommé Hasard demanda vainement en communication son recueil à Tévéque qui le gardait pour le faire reviser.
Plusieurs villes reclament avec raison l'insigne bonnenr de la mer vei lieu ee invention de l'imprimerie. Cette découverte, la plus grande que le monde ait reçue depuis lés signes de l'alphabet, est effectivement l'un des événements les plus remarquable3 du 15.' siècle, puisqu'en fa ci Fi ta ht les progrèa des lettres , et reproduisant à l'infini la pensée des écrivains renommés , elle a sauvé à jamais les lumières ravages des temps et du naufrage de la barbarie ; ce fut un ministère grave et honorable ayant à Ta fois des devoirs à remplir et dea droits à défendre , « une tribune f élevée au milieu de l'Europe , du haut de laquelle les « peuples furent appelés à la liberté et à la civilisation. » Peut-on fixer actuellement la véritable origine de ce bel artP La dispute eat ancienne dans la république des lettres; la difficulté des preuves est presque insurmontable, et l'on en est probablement encore réduit à la triste nécessité des traditions populaires, souvent trompeuses. Peu nous importe donc que l'imprimerie ait eu une action presque immémoriale à la Chine, le premier de tous les livres qni porte une date certaine n'eu est pas moius le fameux
psautier de Mayence de 1467, et la reconnaissance publique a consacré à jamais la mémoire vénérée de Guttemberg , de Fust et de Schoeffer.
Incontestablement, la bibliographie mérite d'occuper aujourd'hui , on ne saurait trop lo répéter, une place distinguée parmi les connaissances humaines ; aussi , cette précieuse partie de l'histoire , si digne de considération , est-elle maintenant cultivée avec un prodigieux succès ; le congrès
de Gaen a cru devoir également la recommander tout spé-
cialement aux sociétés savantes des provinces. Déjà , nos érudits voisins , les archivistes du nord , se sont livrés à des investigations multipliées sur l'introduction de l'imprimerie dans leur pays ; il existe une bibliographie de la ville de Cambrai , et Valencicnnes possédera bientôt la sienne. V cette dernière ville , d'après les découvertes de Brunet , appartient le droit de citer l'œuvre la plus ancienne de typographie, à la fin du 45.* siècle, par Jean de Liège; auparavant on ne connaissait guère , dans le département du Nord, d'éditions antérieures à 1524, 1526 et 1356 , sauf le rare et piquant voyage de Jacques Lesaige t imprimé à Cambrai, de 151$ à 1523.
Le docteur Leglay , dans son excellent programme des principales recherches à faire sur l'histoire et les antiquités de cette contrée , a préconisé justement l'importance de» éclaircissements bibliographiques ; après avoir décrit une bible, dite Mazarine , n.° 7 de notre catalogue, dont la date semble être de 1456 , et signalé la première impression de Cologne , petit livret de 1466, inscrit sous le n." 4807, (1) nous avons voulu savoir à quelle époque la ville de Saint-Omer avait commencé à se ressentir de la propagation miraculeuse de l'imprimerie , et quels résultats cette ère d'intelligence avait produits sur la marche de sa cWilisation. Sur ce dernier point , l'histoire seule peut so
OJÎ-JÎ.: si'" "*»" .
(0 Variétés hâtoriques sur Saint-Omer. Pages rop—
charger de la réponse ; cette cité n'a point eu d'imprimeur* avant le 16." siècle. Àrras a possédé cet avantage environ un siècle plus tôt. Jean Pice imprima , en 15! 7, un missale alrebatense , in-f.° Dans la même aimée , Bouldrin-Verquin exerçait cette profession à Hesdin. Guillaume Rivière, né à Arras , avait la réputation d'être profondément versé dans l'art typographique; Simon Ogier lui confia , en 1594, comme on Ta vu , l'impression d'une partie de ses ouvrages. Jean Crespin , habile imprimeur de Genève , était aussi natif d'Arras. Jacques de Senlecque , célèbre fondeur de caractères d'imprimerie , et le premier qui ait gravé lé caractère de musique, portant ses règles, était né en 1558, à Clenleu , dans le Haut-Boulonnais. En 1594, le magistrat de Saint-Omer, stimulé probablement par les ardentes exhortations de Simon Ogier , songea sérieusement à procurer à cette commune l'inestimable ressource d'un établissement d'imprimerie. Il y appela François Bochari , imprimeur à Douai , en lui offrant cinquaute livres pour son voyage , et l'exemption du guet et de la garde. Cette offre ne put satisfaire François Bochart qui se fixa à Ypres. Après quelques autres tentatives infructueuses, François Bellet, élève du célèbre Christophe Plantin, fut nommé imprimeur à Saint-Omer , par lettres d'Albert et d'Isa* belle , du 4 décembre 1601 , et reçut la somme de cent florins. Dès le mois d'août précédent , il avait fixé sa demeure en la Tenne-rue , près le blanc chapon. Huit ans après, cet imprimeur, « non content de la faveur et du « magistrat et du commun, et du bon gaignage qu'il y a avait fait jusques alors, » rapporte Ilendricq, se retira aussi à Ypres. En février 1610 , Charles Boscart , imprimeur à Douai , vint prendre sa place h Saint-Omer ; on lui accorda de même cent florins , l'exemption de garde et de logement , et celle de l'impôt sur son vin et sur sa bière , à la condition expresse de rester au moins trois ans dans cette Tille. Des privilèges semblables furent accordés à sa veuve ,
•n 1626; il y eut un autre imprimeur titré en 1646 , et eu 1669, on accorda aussi plusieurs exemptions et cent livres à un second typograghe.
. .Le Traité de l'Amour de Dieu, in- 12 , 1603, sans nom d'auteur , semble être le premier ouvrage sorti des presses
de François Bellet. On cite ensuite, imprimés par le même, la Comète , de Georges l'Apostre , petit in-8.° de huit pages t à la fin de 1607 ou au commencement de Tannée suivante , et le Traité de Michel H'alpole , en 160S. Georges l'Apostra fit encore imprimer en 1G15, probablement à Saint-Omer, Calais , port fveien et ses antiquités , petit in-12 de quarantehuit page* , aujourd'hui très-rare. Nous avons lu dans Sanderu» , que Jean Winibroot , moine de Clairmarais , avait fait imprimer en deux, volumes, à Saiol-Omer, en 1606 et 16J5 , des œuvres spirituelles pour les dames de Wostine. Ces diverses impressions ne nous sont pas connues.
Selon quelques traditions, en 1489, après l'expulsion des Français de la ville de Saint-Omer , de petits livret» imprimés , au prix de deux sols , contenant une complainte moqueuse sur cet événement, auraient circulé dans la canton.
Le n. 9 580 du catalogue de nos manuscrits contient un opuscule ayant pour titre : Statu ta sinodalia ad usum Mo-» TMiensem , in-4.° de seiie feuillets , imprimé en 1495 sons l'épiscopat d' Antoine de Croy ; cette impression a-t-elle eu\ lieu à Thérouanne, à Arras , à Douai ou à Valenciennes ?
Le frontispice des Estât», Empires et Principautés dm monde, par Davity , fut imprimé par Charles Boscart, en 1614, et les deux tomes de texte , seulement en 1621 et 1622. Ducanda a confié au même imprimeur, en 1615 » la Vie de saint Thomas de Cantorbéry. C'est la composition française la plus ancienne d'un Audomarois , sortie des presses audomaroises. Notre bibliothèque publique ne posséda pas d'éditions plus reculées de Saint-Omer que ces ouvr*e de Davity et de Ducandft. t
'La Veuve Boscart imprimait en 1629 les traités d'Obert ët les aphorismes de Thomas Sanchez , et en 1633 , Georges Scutin faisait paraître le curieux opuscule de Guillaume de Lenort sur l'origine de la villa de Sainct-Àumer et du fort Icius.
. Vers la fin du 17.* siècle , le collège des jésuites anglais à Saint -Orner , possédait une très -belle imprimerie. — Lsf "veuve Boscart imprima encore , en 1638 , le narré du siégé de Saint-Omer. — Joachim Carlier était imprimeur en cette ville en 1677 ; son fils , Bernard , fut l'éditeur des Annales de Calais en 1715. — En 1724 , un arrêt du conseil- d'étal fixa le nombre des imprimeurs dans le royanme. Saint-Omer était désigné pour deux , mais ils devaient être catholiques.
Le 30 octobre 1713 , Martin-Dominique Fertel avait été reçu imprimeur en cette ville. Sous des maîtres bienveillants , pour lesquels il conserva toute sa vie une entière reconnaissance , il s'était livré avec une constance admirable à la connaissance approfondie de cette noble profession , et n'avait négligé aucune recherche , ni transigé devant aucun sacrifice pour se procurer les documens relatifs à son art et s'instruire des procédés et des usages particuliers à chaque pays sur cette importante matière. Il voyagea à cet effet , pendant plus de dix ans , dans les principales villes de l'Italie, de la Savoie, de la France et des Pays-Bas, et retourna enfin à Saint-Omer. Il ne tarda pas à augmenter la gloire de la typographie, et publia, en 1723, dans la rue des Epéers , à Y image de Saint - Bat m , la Science pratique de l'Imprimerie , in-4.° , avec gravures , ouvrage Irarieux , le premier qui avait paru sur cette partie , écrit d'un style simple , convenable au sujet , maintenant encore l'objet d'un empressement mérité , et qui se trouve dans presque toutes les bibliothèques publiques de la capitale, r « Le changement dans les signes pour les signatures, * la suppression des réclames , des vignettes , fleurons et > culs de lampe , de quelques lettres doubles dans le carae*
« tère romain, des ligatures dans le caractère grec, des
* lettres grises, passe-partout et autres ornements , ne sont «. qu'objets de goût : les chapitres ou passage» que Fertel «. leur consacre sont aujourd'hui inutiles ; mais pour tout
* ce qui tient au matériel et à la pratique , l'ouvrage de m Fertel est clair , méthodique , élémentaire , et , quant à
* ce qui tient à la science et à l'économie typographique , « n'est pas moins instructif que ceux de Fournier , S. Bon - « lard, Momoro et Bertrand - Quinquet. Claude - François
* Simon , imprimeur à Paris , né en 1717, avait projeté
* une nouvelle édition refondue de la Science pratique d» r Imprimerie , mais il est mort en 1767, avant d'avoir exé*-
« euté son entreprise. » Telle est l'opinion de Beuchot sur Fertel , notre compatriote, car on le suppose généralement de Saiot-Omer.
Ce n'est pas à tort : il y naquit du 2 au ajuillet 1684, sur la paroisse de Saint-Denis, et y mourut le 16 juillet 4752; son père, Martin Fertel, né en 1612, s'établit à Saint-Omer en 1670 , s'y maria en 1677 > et y décéda le 85 juillet 1700. Martin-Dominique Fertel avait étééchevm et l'un des dix jurés de la communauté. Parmi les manus* crits qu'il a laissés , on remarque un abrégé des principes été la grammaire française, et une relation de ses voyages. 41 imprima à Saint-Omer, en 1739, divers ouvrages «ur l'histoire locale. Lors de la présentation au magistrat de la Science pratique de l'Imprimerie, i\ en avait reçu une gratification de trois cents livres et l'exemption de logement. En s'applaudissant des dispositions généreuses de l'autorité municipale, cet auteur déclarait hautement que l'imprimerie pouvait contribuer à rendre la ville florissante; déjà Charles Boscart , à l'occasion du livre de Davity, avait loué les membres du conseil d'Artois de leur utile propension à «vouloir tout cognoistre et scavoir. » Ces souvenirs doivent être constatés, car ils peuvent servir à l'histoire littéraire «de la province. • 1
: la réputation typographique de Fertel se maintint fa* vorablement dans cette cité. Son fils , François-Dominique-, se maria à Lille, le 7 avril 1755, et le libraire Van Costeooble lui consacra un épithalame , dont voici un échantillon infiniment flatteur , s'il n'est poétique :
Illustre en sa famille , où les savantes plume* Eternisent son nom dan.s de riches volume», Dont l'érudition fit briller tout l'état , Dans l'église et les arts, et dans le magistrat.
Les Boubers obtinrent ensuite à leur tour un crédit honorable , après 1740. Le 30 octobre 1767 , Henri- François Boubers de Corbeville , et Charles , son fils , furent arrêv tés , et leur magasin de librairie placé sous le séquestre. Dans ce siècle , tous les imprimeurs étaient libraires. Quelques troubles avaient éclaté à Saint-Omer , à l'occasion des élections municipales ; on imputa à Boubers , père t d'avoir tenu des propos offensants contre les échevins , et on le traita vraiment en criminel d'état. C'est alors que aon courageux défenseur, révolté de cet acte arbitraire^ rappela , dans l'intérêt de la liberté de la presse , cette belle déclaration de Louis XII : « L'imprimerie est une m invention plus divine qu'humaine. ■
La persécution de cet imprimeur auquel on reprochait ta qualité de notable, comme si l'art très-excellent de l'imprimerie n'ennoblissait pas quiconque s'y adonne , dura plus d'une année; il fut cependant l'éditeur, en 4772, de la grammaire artésienne, par Merlin , avocat, et en 1789, flu troisième volume de l'histoire d'Artois , par Hennebert.
« De nos jours enfin nous voyons les imprimeurs faire « tous leurs efforts pour rendre son ancienue splendeur • à l'imprimerie ; négligée dans notre province pendant « nombre d'années...... » Cette observation, écrite pouÊ
la Normandie , n'est pas étrangère toutefois à l'antique Honnie. Sans contredit , les œuvres typographiques de Lesne-Daloin , à Cambrai, et de Leleui , à. Calais > pettveA*
contenir la comparaison avec les pl as belles éditions de U capitale ; « La presse provinciale a acquis de nos jours
• un beau et rapide développement , allègue justement
• l'éditeur du magnifique allas de l'ancien Bourbonnais;
• appliquée aux intérêts matériels des localités , à eetto « discussion journalière de faits et de doctrines , puissance « formidable de notre siècle. » Oui, l'élan de l'émancipation littéraire et artistique est franchement donné ; il ne manqué plus de courageux champions à la vieille France , pour là réédification, à la jeune France, pour la conservation et le progrès; cependant, il ne faut pas trop faire dépendre l'immortalité de la qualité du vieux chiffon , car le premier mérite d'un ouvrage doit toujours être son utilité.
Quelque temps avant la révolution de 1789, le goût de l'étude et un désir plus vif de s'instruire, s'étaient généralement répandus même dans les provinces les moins avancées dans le mouvement favorable de la civilisation, et commençaient à y produire d'excellents effets. Dans aucun lieu du rovaume , la connaissance des lettres n'était plus réputée honteuse pour un gentilhomme. Des mémoires , des projets d'histoire générale des provinces , surgissaient de toutes parts; car, ce goût ardent , cette propension exclusive, que plusieurs d'entre nous témoignent courageusement pour la publication des annales ignorées de leurs localités , animaient , dans la génération qui nous à précédés, les derniers de ces prêtres savants que le souffle barbare d'une démagogie ignorante devait arracher à leur* importants travaux. Ouvres la bibliothèque historique de la France , et vous lirez que la plupart des his-