Biographie de M. Eugène Godard [microforme]
Quoique l’œuvre à laquelle jé méts aujouré d’hui la main doive être ressérrée dans 18 câdré d’une simple notice biographique, je sis bieñ aise, avant tout, de donner à mes lecteurs un aperçu de Paérostation et de ses moyens.
L’art de s’élever dans les airs n’est pas nou: veau. En secouant la poussière que le temps # laissé tomber sur nos souvenirs de collége, nous retrouvons feu Dédale, son fils Icare, et leurs ailes de cire ; puis à l’autre plan, apparaissent Achytas et sa colombe artificielle, qui imitait si parfaitement le vol des colomhes naturelles, Le constructeur de cette machine était Pami de Platon et l’un des successeurs de Pythagore, dans la direction de sa secte. Il vivait, on le sait, quatre siècles environ avant notre ëré, Aulu-Gelle en parle dans ses JVuîts Aitiques. Après avoir, dit Bécherelle, cité plusieurs
DR
faits incroyables, et qu’il n’admet point, il ajoute : Mais, ce qu’on rapporte, que le philosophe Achytas a coneu et exécuté, ne semble pas devoir être rejeté, quoique ce soit surprenant, car la plupart des plus notables écrivains Grecs et Favorinus, philosophe très érudit, ont tous affirmé qu’il avait fait une figure de colombe en bois qui volait au moyen d’un artifice mécanique. Elle se soutenait, ainsi suspendue, par des vibrations, et elle était mue ou excitée par le souffle secret d’un air renfermé.??
… Cet air renfermé, qu’était-il, sinon l’air ser fé ou l’air inflammable ? Bécherelle n’est pas de cette opinion, mais beaucoup de savants l’ont conçue, et je me sens tout disposé à la partager
avec eux.
L’antiquité eut donc ses partisans de l’aéros-
tation ; car nous en passons, et des plus intrépides. Le moyen-âge n’échappa point au désir de voyager à travers les plaines éthérées. Les premières pages de l’histoire moderne nous ont conservé le nom de plusieurs apologistes de cette passion.C’était,entr’autres, Jean Baptiste Van Helmont et Frédéric Herman Fleyder, Ils fondérent école de vol (sans jeu de mot} le premier à Bruxelles, le second à Thuringe,
pu, me
Leurs dissertations étaient si persuasives, rapporte la chronique, qu’en sortant d’une séance, il semblait aux auditeurs qu’ils n’avaient plus qu’à s’ajuster des ailes aux mains et aux pieds, pour pouvoir s’élancer vers l’empyrée. Kleyder, qui discourait en 1627, sur ce sujet, après avoir fait de son mieux pour prouver que son siècle était destiné à voir l’homme s’élever dans l’atmosphère, terminait, très dévotement, en ajoutant ‘ que, d’ailleurs, nous avons les ailes de la foi par lesquelles nous pouvons voler au ciel.??
- Plus tard, en 1720, un moine portugais, Crusmao, confectionne, à Rio-Janeiro un ballon de toile, le gonfle et fait partir. Notre physieien au comble de la joie, veut exercer ses talents sur un plus vaste théâtre. 11 se rend à Lisbonne, renouvelle ses expériencesen grand; maus le succès ne répond pas à l’attente générale. On menace l’inventeur d’un auto-da-fe. Il en est
quitte pour la prison. | A ce moine, qu’on avait surnommé . Voador
(l’homme volant), quelques auteurs attribuent la gloire de la découverte aérostatique. (C’est à tort: cette découverte est française : elle appartient aux Montgolfier.
Les Montgolfiers étaient deux frères. En
1771 ils s’occupäieñt à améliorer lés procédés
d’une manüfacturé. Un livre traitant des propriêtés de Pair tonibé par hasard sous léurs yeux. Le livre était l’œuvre du célèbre théologien anglais Priestley. Il est lu et relu par ces jeunes gens qui bientôt rêvent de navigation aérienne. “ Ils conçurent dés lors Pidée hardie de former à l’aide d’une vaste enveloppe et d’uné vapeur légère un espèce de nuage factice que la seule pesanteur de Pair atmosphérique forcerait de s’élever jusqu’à la région où lés tempêtes etles orages prennent naissance.”
Je ne rapporterai pas teurs tentatives. Elles sont trop nombreuses. Mais enfin, ils parvinrént à fabriquer, en papier, une machine qui contenait au-delà de vingt mètres cubés d'air et qu’ils gonfièrent en brûlant de la paillé audéséous. a machine partit si brusquement qu’elle rompit ses attaches et monta à une hauteur de mille pieds environ.
. Le 5 juin 1783, les frères Montgolfer lancèrent, devant l'assemblée des états du Vivarais, le premier ballon parfait qui ait plané dans les airs.
L’Aérostation avait pris son essor, sous le süvffle du génie. Ilne lui restait plus qu'à
obéir aux tpstoné que lui. donnerait sx sœur aînée :—la Science.
Tañdis qu'Etienñe et Jôseph Montgolfier précédaient à leur expérience par le feu, en 1783, un professeur du conservatoire des Arts-ats Métiers, le physicien Charles travaillait à appliquer le gaz hydrogène au gonflement des
bâllons.
& Au XVIIIe siècle, dit M. Ch, dé Chaban-
nes, époque par cela même devenue féconde,-à
côté de l’invention de Joséph Montgolfier, six ans avant, l’histoire du monde aÿait déjà enregistré la découverté de Henry Caverdish, et laérostation trouvait un précieux et puissant auxiliaire dans l’hydrogèue dont la densité sans rivale, quatorze fois moir. grande que celle de l'air, dix fois moins grande que celle de la vapeur d’eau, équivaut presque au vide, et conséquemment est appelé à remplir dans Pavenir de l'aéronautique, glorieux complément de l’aérostation, un rôle immense.” |
L'application du gaz hydrogène à lPaéros-
tation est faite, au mois de septembre de cette même année 1783. Versailles est le théâtre d’une première ascension avec des animaux.
En octobre, nous voyons des hommes essayer la
navigation nouvelle. C’est Pilatre des Rosiers, le marquis d’Arlandes et M. Giroux de Vilette. Mais, d'abord, les ascensions n’ont lieu qu’au moyen d’un ballon captif, retenu par des cordes d’une hauteur de cent mètres. Un jour, Pilatre des Rosiers, homme d’ur esprit aventureux s’il en fut, s’irrite de cette contrainte. La cage le fatigue. Il veut une ascension libre. Le roi refuse son consentement. Des Rosiers insiste ; il emploie tous ses amis, et, enfin, Louis XVI accorde l’autorisation demandée. Le 21 décembre 1783, à une heure de l’après-midi, Pilatre des Rosiers et le marquis d’Arlandes opérèrent, dans les jardins dé la Muette, près Paris, le premier voyage aérien. L’ascension fut couronnée des plus beaux résultats. Parmi les personnages qui en avaient été témoin on remarquait Benjamin Franklin. ‘“ Il semblait, écrit un historiographe, que cet homme de génie eût été envoyé par le nouveau monde pour être iémoin de cette nouvelle conquête de l’homme sur la nature éthérée. (Comme quelqu’un demandait devant lui à quoi pourraient servir les ballons: %“ C’est l'enfant qui vient de naître, répondit le philosophe américain.
En 1800, fut exécutée, par Testu Brissy la
EN EE TR ER TERRE sd : > = ee es CN
ga
mis Tous
première ascension équestre. L’audacieux aéronaute monta un cheval qu'aucun lien, aucune attache ne retenait au plateau de la nacelle.
Après cela, de 1800 à 1830, et même jusqu’à l’heure où nous traçons ces lignes, on a fait des milliers de tentatives pour résoudre le problème de l’aéronautique. Grand nombre ont payé de leur vie un courage trop irréfléchi. Ce même Pilatre des Rosiers figure parmi les victimes. {l se tua à une lieue de Boulogne environ. Après sa mort, il devint un héros.
Pour lui les épitaphes abondèrent. En voici une citée par son biographe :
Ci-git un jeune téméraire Qui dans son généreux transport,
De l’'Olympe étonné franchissant la carrière, Ÿ trouva le premier et la gloire et la mort.
On se souvient aussi de la triste fin de Mosment, Olivari, Mme Blanchard, Harris, Gall, Cocking etc. Mais rien ne put intimider les partisans de l’idée nouvelle. Pour un qui périssait, il en naissait dix. Toutes les grandes découvertes ont er leurs martyrs.
La fureur de siller les airs enflamme des milliers de cerveaux. En 1816, Panly, de Genève, inventeur du fusil à piston, voulut
ts 12
établir, à Londres, dés transports aériens, Il
construisit un ballon olossäl, en forme de ba-
leine. Mais son entreprise échoua. Avant et.
après lui, on a annoncé des voitures volantes qui, toutes, sont restées plus ou moins terre à
terre. Il y a eu des ballons de papier et des
ballons de métal ; des essais de tous genres et de toutes formes; des naufrages sur des rochers et des noyades en pleine forêt ; on a prêché l’aéronautique et on l’a dénigrée. Le créateur de la géométrie descriptive, un des fondateurs de l’école polytechnique, Monge, a proposé, pour la direction des aérostats, toute une flotille de petits ballons sphériques, reliés l’un à l’autre, comme les grains d’un collier, formant un assemblage flexible dans tous les sens. Bernadotte fit usage des aérostats pour observer * lPennemi ; mais il refusa toujours d’y monter en . personne : “ Je préfère le chemin des ânes,” disait-il assez crüment. L’art militaire moderne les emploié fréquemment ; et, depuis 1840 enviroh, on recommence à songer positivement à la navigation âérienne. Pétin a été le chef d’école des novateurs. Doué de connaissances profondes, d’une imagination enthousiaste et d’une élocution séduisante, Pétin avait fait en France
| PSRRERCRESAREES 1 9
LV Re | 2 ES,
W s nr A
à SR AE ANRT >" ed ee eng FR a ni Leg | ne green — = Ph pere Les is
sis TR
de zélés néophytes, Son système avait con vaincu les plus sceptiques, jusqu’au moment dé Pexpérimentation. Mais, hélas! Pétin et son vaisseau aérien ne purent vaincre la résistance des courants. Le navire est coulé, l’inventeur a
repris ses études physiques et aérostatiques. Puisse ce dernier avoir plus de bonheur une autre fois, car Pétin est vraiment un grand
homme qui s’est immolé au culte de la science ! En attendant qu’il reparaisse sur la scène publique, des aéronautes distingués collaborent, directement ou indirectement, à la solution de cette question capitale. . En Angleterre, Green accomplit des prodiges ; en France, ce sont Poitevin et les frères Godard,
Le plus fameux et, sans contredit, le plus habile, est Eugène Godard. Nous allons, avec la permission des lecteurs, crayonner à grands traits les principales phases de son existence.