CÉLÉBRITÉS CONTEMPORAINES
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DE
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Un écrivain français très célèbre a dit:
&, Au nombre des premiers nautonniers aériens que l’Europe ait produits, depuis les frères Mongolfier et Pilatre des Rosiers, l’histoire moderne cite MM. Godard, père et fils, et, comme le
premier de cette famille de hardis argonautes,
elle mentionne Eugène Godard.”
Eugène Godard naquit aux Batignolles-Monceaux, près Paris, le 27 août 1827. Il appartient aux classes ouvrières, qu'il aime autanf qu’elles l’aiment. Son père était maître-maçou, homme entreprenant, laborieux, actif et devenu,
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lui aussi, un des plus habiles aéronautes de l’6poque.
L'enfance d'Eugène Godard fut rude. De bonne heure il fit son apprentissage au foyer des privations. La destinée se montre sévère pour ceux qui doivent primer un jour. Elle se plaît à les éprouver. Pour s’en convaincre, il ne faut qu’ouvrir la Biographie des hommes illustres. Chacune de ses pages, quand sur sof
verso, elle nous parle de gloire, de fortune et
d’honneurs, sur son 7ecto, nous raconte une douloureuse histoire. Eugène Godard a bien assurément droit à une haute place dans les annales de la renommée. Il marche avec les pionniers de la civilisation moderne. Chaque pas qu’il fait dans les airs est un encouragement pour eeux qui ont foi dans la perfectibilité humaine, Ses débuts dans la carrière que nous parcourons doivent donc intéresser. C’est pourquoi, peut-être, nous nous complaisons à le voir opposer l’énergie d’une volonté ferme, la témérité d’une idée fixe, aux innombrables obstacles qui se dressent autour de son berceau.
Ge fut à l'Ecole Mutuelle, qu'Eugène dinitia
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aux rudiments de l’instruction. Tout, d’abord, il se fit remarquer par un goût prononcé pour les mathématiques et le dessin. Dans ces branches, on le citait comme un modèle. En même temps, la. franchise de son caractère, la promptitude et la sureté de ses résolutions, son penchant pour toutes les entreprises périlleuses, faisaient l’admiration de ceux qui le connaissaient. Si, parmi ses condisciples, il comptait des jaloux, il comptait plus d’amis encore.
L’honnêteté, jointe à la sincérité et à l’indépendance, commande toujours l’estime, en captivant l'affection.
À douze ans, le jeune Godard quitte Îles bancs de l’école. Ses parents le placent chez M. Rivière, architecte-voyer, pour qu’il apprenne l’art de la construction. Mais, peu de mois après son entrée chez ce patron, Eugène sort afin de passer chez un autre architecte bien connu, M. Barthomieu, de Paris. Là, notre jeune garçon, dirigé par un bon maître, conseillé par des élèves assidus et intelligente, se livre avec ardeur à sa passion pour le dessin. Il ne tarde guere À être distingué parmi
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tous les employés de M. Barthomieu. Ses plans, ses avis attirent l'attention spéciale du professeur, qui le vante déjà comme son meilleur disciple, et songe, peut-être, qu’il sera quelque jour, pour lui, un digne successeur, lorsqu’un incident, simple en apparence, vient brusquement changer les dispositions d’Eugène et lui révéler sa vocation. Quand nous sommes au printemps de ha vie, le plus léger évènement que nous coudoyons est souvent celui qui décide de notre
* avenir entier.
C'était pendant l’été de 1845. Par une après-midi, les éièves de M. Barthomieu travaillaient sileneieusement. Soudain, un commis pénètre dans les ateliers, en s’écriant :
—Savez-vous la grande nouvelle, messieurs ?
—Quoi ? qu'est-ce ? qu’y a-t-il ? interroge-ton de toutes parts.
—Devinez !
—Mais encore ?
—Eh bien, demain, il y aura une grande ascension, en ballon, au Champ-de-Mars.
Une ascension, en ballon! ce n’était pas chose très-commune, alors. On parle, on glose, on engage des paris, on ergote. Tête de jeune homme est bien vite échauffée. Voilà que Pun se pose en aéronaute et fait un, cours complet de navigation à travers les airs, tandis que l’autre, jouant au physicien sceptique, cherche à démontrer l’absurdité du système émis par son camarade. Les discutants pérorent à qui mieux mieux. Tel ne comprend pas et rit trèshaut; tel hausse les épaules et se penche de nouveau sur son ouvrage. Néanmoins, il y a révolution complète, dans les bureaux de M. Barthomieu. S’il est vrai que du choc des ténèbres jaillit la lumière, il est vrai aussi que de ce choc jaillit la perturbation.
Cependant parmi la foule d’adolescents de tout âge, qui discouraient ainsi sur un thème à peu près inconnu à la plupart, il ÿ en avait un qui écoutait avec recueillement ce flux de paroles au milieu desquelles parfois un raisonnement juste éclairait de sa lumière les assertions les plus erronées.
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Dans la chaléur de la polémique un des avo-
cats de l’aéronautique laisse tomber l’axiôme suivant, lequel frappe étrangement notre audi-
teur attentif: “ Dans une sphère, s’écrie-t-il, “ avec feu, /a surface croît comme le carré du “ rayon et le volume comme le cube de ce ra- ‘6 yon”?
4 De telle sorte qu’en augmentant de plus en plus le rayon il arrive un moment où le ‘ cube croît si vite par rapport au carré que la ‘ surface s’annule pour ainsi dire devant le vo- ‘6 Jume.
“Si vous considérez maintenant d’une part 4 que dans l’air, milieu ambiant dans lequel doit ‘ s’exercer la locomotion, dont ilest question, ‘ et par rapport aux appareils qu’elle doit em- “ ployer, surface équivaut à résistance, et volu- ‘ me ou.capacité à force ascensionnelle ou puis- ‘6, sance ; et d’autre part, que, par une autre Joi, le calcul apprend encore au: ‘our u 2 “ surface sphérique mue dans L'air, la résis- “ tance est proportionnelle, 1o au carré du rayon 20 au carré de la vitesse,suivant la loi de # Ïewtun, vous comprendrez que la force as- ‘ ceustonnelle pourra, elle, comme étant pro-
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‘€ portionnelle au cube de ce rayon, être ame- “ née à une intensité relative telle qu’elle mettra à même de vaincre toute résistance, cons- ‘ tante ou variable, en lui adjoignant au besoin 4 ]es forces motrices auxiliaires, vapeur ou uu- 4 tre dont elle permettra de munir les appa- ‘6 reils de direction.
‘ De plus, ajoutait le jeune savant, que cha- “ que capacité, volume ou ballon soit une sphè- ‘ re, un ellipsoïde de révolution ou un cylindr ‘ terminé par deux cônes et les relations éta- & blies entre la croissance de la surface et celle ‘ du volume seront analogues.”
Toutes spécieuses que fussent ces théories, elles n’en impressionnaient pas moins vivement le petit curieux (il avait à peine treize ans) que nous ayons mis en scène. Son imagination et son intelligence conclurent aussitôt une sorte de traité, la première pour l’exciter à construire des ballons, la seconde pour lui enseigner Part de le faire.
Le dimanchè suivant, nous le trouvons fort affairé, dans la maison de son père aux Bati-
gnolles-Monceaux. Sur le plancher de la chambre occupée par l’enfant on remarque les lignes, à la craie, d’une vaste figure géométrique, et tout autour de lui gisent, pêle-mêle, des feuilles de papier, grandes et courtes, blanches et coloriées ; des pinceaux, des vases, la plupart des objets nécessaires aux colleurs de profession.
L'activité du jeune Godard est infatigable.
Il travaille, travaille du matin au soir, oubliant le boire et le manger, répondant qu’il n’a pas faim, quand sa mère vient le chercher pour dîner ; opposant une patience froide et inaltérable aux quolibets dont l’assaillent ses frères et les compagnons ordinaires de ses jeux.
Vous le voyez tailler, découper, assembler.
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Les morceaux de papiers épars, s’unissent, ils
prennent, insensiblement une forme conique,
puis sphéroïdale ; et, vers huit heures du soir,
après des labeurs indescriptibles, notre ouvrier
s’écrie :
— Enfn !
du même ton qu’Archiméde dut s’écrier autrefois.
— Eureka!
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Quand il eut trouvé le secret du mélange du cuivre avec l’or.
Notre adulte avait une migraine eflroyable.
Mais Eugène Godard achevait de confectionner son premier ballon ;