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Un homme passe un quart de siècle, un demisiècle à faire le bien, et personne n’en parle, Un avtre a-t-11 le malheur de succomber à une faiblesse inhérente à la nature humaine, immédiatement, son nom est traîné devant le public. Nous le demancons à nos confrères, quel bien produisons-nous, en agissant ainsi ? D'ailleurs, est-ce bien là se conduire d’après les préceptes de la sagesse divine? Nous ne le croyons pas, et, cependant, le journaliste est pour ainsi dire forcé de donner, sous le titre général de nouvelles, tous les scandales qui affligent l'humanité. Ainsi le veulent les lecteurs: c’est un mal devenu nécessaire, et tout journal qui voudrait le jeter pardessus bord signerait, par là même, sa condamnation
à mort.
Puisque le journalisme est ainsi fait qu’il faille repaître les lecteurs de toutes sortes de nouvelles, ci pourquoi ne pas leur mettre sous les yeux aussi les : actes des hommes de bien ? ‘“ La meilleure leçon, a » dit La Harpe, est celle des bons exemples.” Donnons-en donc de ces exemples à la jeunesse de notre pays. Faisons voir à ce jeune homme, qui débute dans la vie, ce que peuvent rapporter la bonne conduite, la persévérance et la sobriété unies. Disons bien haut à ces jeunes compatriotes, sans expérience encore : Dans les places les plus importantes, l’admiration et l’estime sont le partage des lumières et de la sagesse ; le blâme et le mépris, celui de l’ignorance et de la mauvaise conduite.”
Il n’y a pas de véritable bonheur sur la terre; mais le bonheur, aussi grand qu’il est possible de i l'avoir ici-bas, ne s’acquiert qu’en suivant les pré- : ceptes de la morale ; c’est pourquoi Jean Jacques Rousseau a dit avec beaucoup de vérité : “ S'il est
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CU { — un seul exemple de bonheur, s r la terre, il se trouve dans un homme de bien.”
S'il en est ainsi, pourquoi ne mettrions-nous pas sous les yeux de nos lecteurs les exemples des quelques hommes que nous avons au milieu de nous et qui, par leur énergie, leur sobriété, leur persévérance, ont pu se faire un nom respecté ?...de ces hommes qui, partis du bas de l'échelle sociale, sont parvenus jusqu'au haut; de ceux qui, issus de parents pauvres, se sont honnêtement acquis une aisance qui les met à l'abri de la misère, eux et leurs enfants ? de ces hommes, enfin, qui se sont fait une réputation qui restera, parce que cette réputation à
* été Hâtie sur les seules bases solides que donnent les vertus du véritable chrétien, du citoyen intècre et du père de famille aimant et dévoué ?
Qui pourrait done nous blâmer, si nous consacrons de longues heures (que nous devrions donner à un repos que demande la Nature,) à écrire la vie d'hommes exemplaires; pour le seul avantage des jeunes gens qui pourront nous lire? Nous n'attendons rien de plus de notre travail, et nous nous considèrerons comme amplement récompensé, si nous pouvons ouvrir les yeux d’un seul de nos jeunes compatriotes sur la nécessité qu’il y a, pour parvenir, de suivre la carrière honnête et vertuense de ceux que nous leur donnerons comme modèles à suivre.
C’est donc dans ce but unique que nous avons entrepris d’esquisser la vie d’un homme bien connu, dans le monde financier du pays: Monsieur François Vézina, caissier de la banque Nationale.
Nous devons ajouter que, pour faire cette esquisse aussi complète que nous la voulions, nous
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Avons grandement puisé dans une brochure intitulée : à Bioyraplie de Fra, Vézina, vaissier de la. banque Nationale,” écrite, croyons-nous, par M. J.-C. Lan. “olier,
Monsieur Vézina est le fils aîné de monsieur François Vézina, maître boulanger, et de dame Claire Moisan. IT naquit le 13 d'août, 1818, dans la maison située à l'encoignure des rues St.-Joachim et Ste.-Goneviève, dans le faubourg St-Jean.
Curieuse coïncidence ! dit la Biographie dont nous empruntons ces premiers détails, cette maison appartenait, jusqu'à ces dernier temps, à M. J.-$. Pâquet, banquier formé par M. Vézina.
M. Frs. Vézina aura done atteint sa 60e année, le 15 du mois d'août prochain, et vous ne lui en donneriez pas plus de 50. Sa figure est souriante, franche, ouverte, pleine de dignité et de cette bonhomie traditionnelle des anciens Canadiens; de sorte que l’on peut dire que la figure agréable de M. Vézina relève encore tous les talents dont la Mature l'a doué,
Il y a, dans les yeux et sur son large front, une expression bien prononcée de candeur unie à beaucoup de fermeté; et, si Buffon ne s’est pas trompé, lorsqu'il a écrit: ‘Le front est une des grandes parties de la face,” le physiognomiste peut lire aisément ces deux dernières qualités, en voyant M. Vézina.
Le premier colon, portant le nom de Vézina et établi dans ce pays, en 1650, venait de la paroisse de Reyrabul, pays d’Aunis, évêché de la Rochelle, en France, et c’est à la sixième génération de cette fsmille qu'appartient l'auteur de cette esquisse.
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Le plus bel écusson de M. Vézina se trouve dans ces quelques lignes : “ C'est que la famille dont il descend est une des plus respectables du pays et une dont les annales ne sont marquées d'aucune tache,” Certes! il a bien le droit d’être fier de ce blason, si supérieur à celui de la plupart des nobles à tête couronnée. Voltaire, dont l’écu n'était nm noble, ni pur, a cependant écrit :
“Vous mettez la grandeur Dans les blasons, je la veux dans le cœur.”
Et M. Voltaire avait raison, quand il a dit cela.
Par une conduite toujours digne et sans cesse honorable, le caissier de la banque Nationale n’a pas cessé de marcher sur les nobles traces de ces aïeuls et de ses aïeux : il avait reçu d'eux un nom sans tache, et il le remettra, dans le même état, à ses enfants.
Son père, respectable vieillard octogénaire, célébrait, le 30 d'avril, 1867, le cinquantième anniversaire de son mariage.
Ils vivent tous deux encore, aimés et respectés de tous ceux qui les connaissent.
M. Vézina a fait un cours classique au séminaire de Québec, et il le termina en 1840,
Quatre ans après sa sortie du séminaire, il épousa Mlle, Eléonore Rinfret dit Malouin, troisième fille de M. Remi Rinfret, maître maçon, citoyen respectable et intègre, qui fut un des plus grands amis de nos maisons d'éducation, ainsi que de l’Hôtel- Dieu et de l’'Hôpital-Général.
De son mariage, M. Vézina a eu 10 enfants, dont 7 sont vivants. Deux ont appris, sous leur excellent
père, l’économie financière, en même temps qu'ils
étudiaient l’économie morale. L'un est M. Adolphe Vézina, secrétaire et trésorier de la Caisse d’économie, et l’autre, M. Ludger Vézina, comptable de la même institution.
Ces deux messieurs sont les fils de leur père et c’est le plus bel éloge que l’on puisse faire d'eux.
C’est surtout dans ce qui suit que le jeune homme qui veut parvenir, dans le concours des luttes de tous genres, trouvera un bon exemple à imiter.
A sa sortie du collége, en 1840, M. Vézina, se sentant un goût prononcé pour les opérations du commerce et des finances, se plaça chez MM. Babineau et Gaudry, fournisseurs de la marine, pour le maigre salaire de £50 par année, cu $10 par rois. Voilà, bien certainement, un très-modeste début. Cependant, le jeune commis, parti d’un échelon aussi bas, ne cessa de monter, monter encore, monter toujours, sans jamais perdre un pouce du terrain acquis. Et quel est le grand secret de cette ascension rapide et jamais interrompue? Il se trouve dans l'aptitude, comme première fondition, puis dans l'énergie, la persévérance et la sobriété. C’està-dire que l’on ne saurait parvenir, même avec les plus grands talents, sans les trois dernières qualités, et surtout sans la sobriété. Quel est celui, en effet, qui n’a pas vu des hommes doués de tous les dons du génie, et qui sont, cependant, tombés au dernier degré de l'échelle sociale où ils avaient été forcément entraînés par leur intempérance ?
Après 18 mois passés au service de MM. Babineau et Gaudry, M. Vézina quitta cette maison dans des circonstances qui lui font le plus grand honneur.
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L'hon. M. Massue et M. le notaire Defoy obtinrent son congé bien difficilement de ses premiers patrons, afin de le faire entrer au bureau de la compagnie d’assurance du Cauada, alors sous la direction de M. Daniel MeCallum. M. Vézina obtint, par ce changement, un salaire de £100. Les deux grands incendies de 1845 ébranlèrent tellement cette compagnie que, en 1846, elle dut cesser ses opérations : . elle était ruinée.
Après cette sortie, amenée par des circonstances iuncontrôlables, M. Vézina ne fut pas longtemps sans emploi. Il passa, la même année, au bureau du surintendant des inspecteurs de bois, avec un salaire de £130.
A cette époque déjà, le mérite et les aptitudes de M. Vézina étaient connus et appréciés au dehors. Sa réputation d'administrateur et de financier était connue. C'est pourquoi, lorsque le Dr. Kimlin, secrétaire et trésorier de la société de construction de Québec, mourut, en 1848, plusieurs actionnaires de cette société, en autres MM. Eugène Chinic, Olivier Kobitaille et Alexandre Temoine, qui en étaient directeurs, insistèrent auprès du surintendant des inspecteurs de bois, M. Sharples, pour qu'il consentit à renorcer aux précieux services de M. Vézina, qu'ils voulaient faire nommer le successeur du Dr. Kimlin. M. Sharples consentit bien à regret au départ de son “ meilleur employé canadien.”
Les malheureux préjugés qui existaient, alors, contre notre race (préjugés qui n’ont pas encore tout disparu) firent que M. Vézina rencontra une vive opposition de la part des actionnaires d'origine anglaise, de cette race qui a trouvé les deux mots fair play, et quiles applique si mal, si injustement envers
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nous. Hn dépit de cette opposition honteuse et déloyale, M. Vézina fut nommé secrétaire et trésorier, avec un salaire de £400.
On voit, par ce qui précède, que le jeune Vézina marchait à grandes enjambées.
Commençant sa carrière, dans le monde, aux humbles émoluments de £30 par année, il arrivait, après 7 ans seulement de course, à augmenter son salaire de £370. M. Vézina avait comme 30 ans, lorsqu'il devint le secrétaire et trésorier de la société de construction de Québec. Son essor avait été rapide ; Mais il devait arriver plus haut. A son début, il avait compris le sic itur ad astra du poète latin, et il allait pouvoir se livrer à tous les élans de son âme. Nous allons le voir par la suite du récit.
En effet, M. Vézina ne turda pas à faire voir, dans sa nouvelle position, comme elle était injuste l'opposition acharnée que l’on avait faite À sa nomination, ou, disons le mot, comme est stupide l’idée entretenue qu’un nom puisse faire l’homme.
Les affaires de la société était dans un état pitoyable ; il n’y avait pas eu de bilan de fait depuis 3 ans; le Dr. Kimlin et son comptable, deux grandsz-héros anglais, avaient laissé derrière eux une vraie écurie d'Augias et il fallait un Hercule de la finance à la taille de M. Vézina, pour sortir de ce labyrinthe.
M. Vézina se mit résolûment à l’œuvre et il parvint, en peu de temps, à débrouiller les livres et les affaires de la société, qu'il résuma dans un bilan lucide et exact.
Tout en demeurant aux travaux qu’exigeait sa position, M. Vézina put trouver des loisirs suffisant à d’autres occupations.