‹ Biographie de Mme Anna de La Grange [microforme]Chapitre 10 sur 20 · EL · texte numérisé non relu

EL

De es

PRRRÉGER me ER

que les artistes sunt les gens les plus libres et ” les plus insouciauts de la terre! Ah! ceux qui ont franchi la rampe des théâtres et sont descendus dans les coulisses savent trop ce qu’un rire peut coûter de douleurs, quel poids de fer il faut souvent soulever pour lancer un d'indépendance ! Que j’en ai vu de désespoirs s’agiter et se tordre derrière cette ligne de feu qui semble séparer le monde réel du monde idéal! Bien des personnes ont connu, en 1852, un tenor qui faisait fureur à Londres.

C’était ce malheureux Galvani, qui disparut tout-à-coup. Son histoire est celle de bon nombre d’artistes, hélas ! Galvani était engagé pour cinq mois, et il ne touchait que cinq cents francs par.mois | encore, parce que le directeur avait exigé qu’il reçût cette somme de l’impressario qui le lui avait livré au prix de quarante maille francs pour les cinq mois !

On le fit chanter tous les soirs ; on le mit sur les dents ; il perdit sa voix, et, après avoir fait la fortune de son entrepreneur, il est destiné à mourir dans la misère !

Pour échapper aux serres d’un impressario, le célèbre baryton, Ronconi, fut obligé de payer 120,000 francs ; Gardoni dut débourser

ne 45

30,000 francs, et Bettini,qui eut taut de succès a New-Yo:k, Paris et Londres, donna 35,000 francs. ... On pourrait citer des milliers de faits du même genre. Mais j'aime mieux retourner à Mlle de la Grange, tout triste que soit le tableau que je vais avoir à peindre maintenant.

Les débuts de Mlle de la Grange, en Italie, furent entourés de difficultés de toute espèce. D'abord, au lieu de l’accueillir comme une sœur, les artistes, ses confrères, la regardèrent d’un œil envieux. Pour eux, elle avait le double tort de n’être pas Italienne et d’appartenir à uu monde qui n’est pas ordinairement le leur. De

plus , elle dut affronter les railleries et le dépit de ces prétendus Mécènes que vous rencontrez dans les avenues de tous les théâtres. Anna était belle, pure et douée d’un caractère ferme : elle eut le sort des grandes âmes. Ses camarades la dénigrèrent. À son nom, elles accolèrent l’épithète de {a superba ; et puis les impressarii ne voulurent point s’occuper d'elle, tout en lui reconnaissant des talents du premier ordre. C’est qu’à cette classe de marchands d'artistes, il faut plutôt une donzelle qui soit en faveur près d’un duc ou d’un million-

LJ

Page 1