‹ Biographie de Mme Anna de La Grange [microforme]Chapitre 11 sur 20 · EN, PEU · texte numérisé non relu

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naire, qu’une bonne chanteuse, honnête et sans protection.

Anna ne pensa même pas à perdre courage.

Elle s’arma de patience ; et, bravement, accepta la coupe de misère que, par son déveuement, elle s’était préparée. Nous la voyons dans une petite chambre, travaillant de grand matin à un ouvrage d’aiguille. C’est cette tapisserie ou cette broderie qui donnera le pain quotidien à la mère et à l’enfant. À dix heures la jeune fille quitte le modeste réduit ; elle est simplement vêtue, mais avec ce luxe de propreté qui séduit les regards. Anna maintenant court à travers les plus somptueux quartiers de Milan. Elle entre dans un hôtel, pour en sortir une heure après , rentrer dans un autre , y rester le même espace de temps, et ainsi de suite jusqu’à 4 ou 5 heures de l’après-midi. La jeune fille alors gagne, en donnant cinq ou six leçons, le prix que lui coûtera la leçon de musique qu’elle-même préndra dans la soirée. Et, après cette leçon, dont elle achète les fruits par tant d’efforts et de résignation, la pieuse enfant reprend le che-

min de l’humble mansarde où l’attend sa mère.

Anna se remet au métier. Mme de la Grange lui fait une lecture, non une de ces lectures légé-

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res qui corrompent le cœur et faussent l’imagination, mais une lecture sérieuse, qui tend à développer l’esprit de sa fille et à lui élever l’âme.

À minuit, les deux femmes font leur prière à Dieu et s’endorment confiantes dans l’avenir.

Deux années s’écoulent de la sorte. Les progrès d'Anna ont si fort surpris son maître de musique qu’il en parle au marquis de Médicis. Le marquis, vieillard à cheveux blancs, qui, toujours, s’est montré l’appui des véritables artistes, veut qu’Anna lui soit présentée. Il la fait chanter, il est émerveillé, et, deux jours après, il annonce qu'il lui a trouvé un théâtre.

La veille, Mile de la Grange avait souffert une des plus rudes humiliations qui puissent atteindre un cœur sensible et délicat.

Depuis une semaine, le travail lui avait subitement manqué et elle avait été contrainte de demander crédit à son hôtelier.

Ce à quoi Pautre avait répondu en haussant les épaules :

—E che ! perche per la superba, quando non ci da mangiar fat come gli altri ; non siete brutta !

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Et la pauvre enfant indignée n'avait pu que dévorer cet affront avec ses larmes!

Oh ! de combien d’épines brisées se compose ce diadème de gloire qui brille au front de Mme de la Grange. Quand on se souvient de ses labeurs ; quand on compte ses déceptions, quand on la suit pas à pas au calvaire de Ja douleur morale, on sent grandir l’admiration qu’elle nous a inspirée et on lui accorde cette haute estime qu’habituellement le public refuse aux artistes dont il est le plus enthousiaste.

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