‹ Biographie de Mme Anna de La Grange [microforme]Chapitre 8 sur 20 · ÉPREUVES · texte numérisé non relu

ÉPREUVES

& L'art c'est l'art, et puis voilà tout." athique :

1de entier !

harmonie.

Iques mois p étouflés

L'abbé Constant a écrit quelque. part : “ La douleur, e’est la fatigue de l’humanité en progrès.’ Ce mot peut s’appliquer à l’art. Laissez Mile de La Grauge vivre, tranquille, dans

vous traous serez M labondance, à sa gentille maison du boulevard. ous serez Mes Capucines ; et, pour toujours, vous serez e vous le privé de. cette prima dcnna qui vous enchante vous, pauvre, comme vous riche, et qui ajoute, eur? de. M France, un si beau fleuron à votre diadème

de gloire !

La Providence a des décrets aussi incon-

répliqua testahles aiimprescriptibles,

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Dans sa sagesse, elle avait résolu qu’Anna, aurait le globe pour domicile, ses habitants pour famille, ses langues pour penégyristes; et, comme elle a coutume de faire pour ses enfants chéris, la Providence prépara une série d’épreuves à notre héroïne. N'est-ce pas au creuset de l’infortune que s’épurent les qualités de l’esprit comme les qualités du cœur ; la-

mour de l’art, comme l’amour de l’humanité ?

Le vent de l’adversité souffle sur la maison, de La Grange. Des banqueroutes successives assaillent le père d'Anna. Quelques spéculations essayées dans le but de relever sa fortune achèvent de le jeter aux griffes des créanciers.

M. de La Grange est ruiné. Son front se courbe ; ses cheveux blanchissent ; il voudrait que sa fille ignorât la triste position où il se trouve réduit. La vue de cette enfant délicate, et qu’il aime tant, le navre maintenant.

Il s'efforce pourtant de lui dérober l’état de ses affaires. Que ne donnerait-il pas poür qu’elle ne le connût jamais? Ses joies à lui, sa vie, avec quel plaisir, il les sacriferait à la seule condition que son Anna jouira du bien-être où elle a passé son premier âge! Mais cela est impossible, Alors qu’il tente des efforts ixouis

qu’Anna, Ditants pour ristes ; et, ses enfants série d’ée pas au es qualités œur ; |’amanité ?

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pour paraître encore dans l’aisance, un officieux avertit la jeune fille du dénûment qui heurte à sa porte. Anna a plus de vertus que de talents. Elle va trouver son père et lui dit:

— Vous m'avez tout donné jusqu’à ce jour, permettez que je ire montre digne de vos bienfaits !

M. de la Grange joue l’étonnement.

—Mon père, dit encore la jeune fille : dans sa munificence, Dieu a daigné m’accorder quelques capacités. Souffrez que je les consacre à relever notre maison.

Mais, artiste ! est-ce concevable? Le baron de ia Grange mourrait plutôt que de voir son en-

fant, gagaant leur vie, sur un théâtre public.

Anna tient ferme. Elle fait des représentations respectueuses, Ce n’est, d’ailleurs, point pour elle qu’elle ira conquérir richesse et réputation ; que lui imnortent ces choses, à elle ! Est-ce qu’elle ne saurait pas se contenter d’une existence modeste et ignorée! Mais son vieux père avant tout. Il est habitué au confort, sinon au luxe, lui. La jeune fille le sait bien. Qu'elle aille se perfectionner en Italie, et par l’auréole dont elle entourera son propre nom,

« elle éclipsera jusqu’au blason de ses aîfeux,

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ITeureux peut-être de ce coup de la fatalité qui leur promet une sœur, Pasta, Donizetti, tous les apôtres de l’art musical, encouragent Anna, pressent M. de la Grange. |

À. ce dernier, on arracha un consentement ; et, vers la fin de 1842, Anna quitte le foyer domestique pour se rendre à Milan.

Mais, avant de s’éloigner de Paris, Mlle de la Grange, secondée par quelques élèves du Conservatoire, avait donné un concert à la salle

Hertz. La recette s’était élevée à 6,000 francs. |

destinés aux frais du voyage.

Ensuite, comme César, après avoir traversé le Rubicon, elle prit s’écrier :—Le sort en est

jeté !

Anna monte en diligence, elle est accoinpa- * gnée de Mme sa mère. Le bagage des deux dames est mince ; mais leurs espèrances sont grandes, aussi grandes que leurs craintes. Par malheur, un ami, assez peu avisé, avait conseillé à notre héroïne de donner quelques concerts dans les grandes villes sur la route de Paris à Marseilles. Anna adopta l’idée, et perdit son temps et son argent. La province; en France, préfère généralement les réputations faites aux réputations à faire.

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Vers la fin de novembre, Mlle de la Grange et sa mère arrivent, enfin, à Milan, avec la très modique somme de 75 francs dans leur bourse.

Anna est alors, au physique, une jeune personne extrêmement séduisante. La noblesse de ses traits, le feu de son regard et l’élégance irréprochable de sa taille, ont déjà attiré sur elle les critiques amères des femmes, et les madrigaux musqués des hommes. Mais autre passion que coquetterie brûle en son cœur. L’art à qui elle s’est fiancée est un maître despotique qui ne souffre ni inconstance, ni rivalité. Mlle de la Grange était fermement résolue au travail. Elle s’empressa de remettre à leurs destinataires les lettres de recommandation qu’elle avait emportées de France, et puis elle se livra, avec ardeur, à l’étude de l'italien et de la musique, sous la direction de M. Lamperti.

Cependant les faibles ressources de Mme de la Grange et de sa fille s’epuisèrent vite. Les pauvres femmes durent subir la dure nécessité d’engager leurs bijoux pour vivre ; car à débuter sur un théâtre on n’y pouvait songer ou plutôt Anna n’y voulait pas de Voici pour quel'e raison :

Milan a, je ne sais trop pourquoi, été appelé

cms À ‘mien

le berceau du chant. Quiconque n’a point pris de leçons dans cette ville ne 5era jamais admis sur la scène d’un théâtre italien ; parce que tous directeurs de ces théâtres forment une coterie et leurs agents sont, pour la plupart, des maîtres de chant qui résident à Milan. C’est là que se contractent les engagements, entre ies pauvres artistes et ces usuriers d’une nouvelle espèce. L'affaire se bâcle de la façon suivante: Un élève arrive à Milan, l'esprit léger la bourse plus légère encore. Il vient preadre des leçons. Mais les professeurs sont chers, et notre éléve, dont l’estomac est fréquemment en peine de nourriture, est bientôt réduit à aller trouver ce qu’un nomme un #pressario (entrepreneur). Les impressarii, sauf de rares exceptions, sont de vieux choristes usés jusqu’au larynx, ou des danseurs réformés, ayant amassé quelque sous et les ayant fait fructifier à l’aide de la numération qui a pour principe fondamental : Je pose quatre et retiens dix. Mais, pas de médisance. L’élève est reçu, toujours avec une dignité froide, rarement polie, comme un jeune auteur par un éditeur. Après quelques pour

parlers, l'élève est, par son patron, conduit chez

un maître de musique qui doit essayer sa voix. La voix est-elle bonne, l’impressario se méta-

massé laide imen- » pas avec e un pour chez 'OÏx.

éta-

ou ET ‘us

|: morphose. Il est doux, patelin. Sa bouche

est tout emmiellée. Il consent à proteger le novice, paiera ses leçons, le nourrira et le logera (un grenier et quelques livres de macaroni gâté) à la seule condition qu’en retour de tant de bienfaits le dit élève acceptera un contrat ainsi conçu : |

‘6 Moi, soussigné — m'engage avec D.

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