‹ Biographie de Mme Anna de La Grange [microforme]Chapitre 7 sur 20 · LES DÉBUTS · texte numérisé non relu

LES DÉBUTS

En 1839, M. de la Grange appela le célèbre Bordogni à donner des leçons de chant à sa fille. Bordogui avait entendu parler des merveilleuses dispositions d'Anna -pour les diverses branches de Part musical F1 consentit, et bientôt proclama que son élève égalerait, si elle ne dépasserait pas, Îles plus émineutes cantatrices du jour.

Il conjura son père de la laisser jouer quelquefois sur le théatre particulier de M. le comte de Castellane. AN. de la Grange se fit beaucoup prier. [l répugnait, ainsi que nous Pavons déjà dit, à exposer l'enfant aux applaudissements comine à la critique des étrangers. Mais on mit tant d’instances à lui demander une simple permission qu'il fallut bien Ja sonner |

Anna fut conduite, un soir, à l’hôtel du dilettante par excellence. M. de Castellane lui

fit un accueil charmant. La jeune file débuta 3 ;

par de grands morceaux pour pians. Haydn, Meyerbeer, Halevy furent les premiers maîtres qu’elle interprêta. La traduction de ces puis-

sants compositeurs exige, on le sait, une entente

profonde de la musique ; une oreille exercée et le génie de l’instrumentation. Anna possédait déjà tout cela. On la combla de bravos, de bouquets et de caresses. Dès lors, elle fut la souveraine du théâtre de M. de Castellane.

Et ce théâtre, c’était le théâtre de la mode

et de la fashion.

Il faisait ou défaisait, à son gré, les réputa-

tions des artistes de profession. Ses verdicts |

étaient sans appel.

Ayant admiré Mlle de la Grange comme pianiste, M. de Castellane et ses amis voulurent l’admirer comme chanteuse. Avec une grâce adorable, Anna acquiesça aux sollicitations qui lui étaient adressées : elit dit une romance; on la bisse; elle lance alors un solo d'opéra et voilà, qu'après lavoir écoutée, c’est une furie de battements de mains, de trépignements de pieds à faire crouler la salle.

Quelques jeunes gens s'élancèrent par dessus

la rampe gt portèrent la noble demoiselle en

triomphe iusqu’à sa voiture.

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Décidément, Anna était prédestinée.

Bientôt nous la retrouvons à la salle Ventadour. Dans un concert au bénéfice des pau-

Qures polonais, elle prélude à sa gloire future.

Elle sème les fleurs de la couronne qui doit ceindre son front.

A la fin de ce concert, cinquante proscrits polonais vinrent s’agenouiller devant elle, pour la

Lremercier au nom de toute une nation du ma-

gnifique résultat, que, grâce à elle, avait obtenue l’entreprise charitable de la princesse Tcharto-

ryska.

À partir de ce moment, Mlle de la Grange est l’idole de la société parisienne. Elle nage dans la haute atmosphère de l’enthousiasme. C’est à qui l’aura le soir, dans les palais, à l’heure ou les eamélias ourlent les escaliers de marbre blanc, où les lustres, —ces fleurs d’or aux pistils de bougies, —étincellent joyeusement ; où la foule radieuse de beauté et de parure encombre les salons. Oui, c’est à qui l’aura.

On la convie un mois d’avance, et sur sa liste d’invitations, elle n’a qu’à choisir parmi les noms les plus princiers, pour faire des heureux !

Nous avons ouï raconter qu’une gfois, Mile de la Grange, ayant chez la duchdléS de N*°+.

fé

ET, Sa

Joué avec ce sentiment exquis, cette émotion vibrante qui la caractérisent, un air de : Donizetti, et ayant été exaltée au plus haut, point par un auditoire fanatique, se retira dans un boudoir pour échapper au torrent d’admiration qui fondait sur elle. *

Fatiguée par les impressions de la soirée, Anna s'était laissé tomber sur un sofa, et abandonnée à un rêve qui lui parlait peut-être d’hommages, d’adorations, d’un trône d’or au sein des populations de la terre, ravies ! quand ces voix, parties de la porte d'ivoire des songes, furent interrompues par une autre voix.

Elle disait d’un ton doux et sympathique :

— Oui, vous êtes née pour le monde entier !

pour le conquérir et le dominer par l’harmonie. Laissez là Jes salons de Paris. Quelques mois encore, et ils seront trop étroits, trop étouflés pour vos accents. Croyez-moi: si vous travailiez la musique instrumentale, vous serez grande pianiste ; si vous chantez, vous serez l’étoile lumineuse des cantatrices. Je vous le prédis et suis sûr de ce que j’avance.

— Mais, qui êtes-vous donc; monsieur? demanda Adha encore à demi-assoupie.

| hs” onizetti, mademoiselle, répliqua

in jeune homme en saluant et disparaissant en ême temps.

Par malheur pour mademoiselle Anna de la range ; par bonheur pour le publie, la prophétie de la chiromancienne et celle du compositeur devait prochainement se réalbiser.

admiration

: la soirée, la, et abanpeut-être

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