‹ Biographie de Sir Charles TupperChapitre 1 sur 12 · QUEBEC · texte numérisé non relu

QUEBEC

iMPRIMEBir. LÉGER BBOLSSKAU

9, rue Buade, ** 18^3

HC.B T 5tZ

SIR CHUES TCPPER

Il en est de certains hommes coimne de certains arbres : plus la tempête s'acharne contre eux, plus ils enfoncent leurs racines au fond du sol. Violemment assaillis par les orages politiques, les hommes énergiquement trempés arrivent d'ordinaire, plus vite au terme de leur course. Un ciel toujours calme serait monotone ; une atmosphère politique toujours sereine deviendrait nuisible à celui qui en serait constamment environné. Il faut des vents violents pour assécher la terre et des rosées chaudes pour la féconder.

toujours les lois communes. L'agitation lui fait du bien. Pour que la célébrité empoigne un homme, il faut que celui-ci sorte des voies battues, des sentiers tracés ; qu'il monte avec le flot populaire ; qu'il domine les peuples de la hauteur de la tribune ou par la fascination de son génie.

La renommée vous prend quelquefois à l'improviste ; la réputation ne s'acquiert que par degrés.

Elle est placée sur un phare ; il faut monter la saisir pour la forcer ensuite à proclamer votre nom. La réputation est à la gloire ce que le paratonnerre est à la foudre.

La gloire ne s'improvise pas ; pas plus que la réputation qui est son escabeau.

L'homme n'y arrive que par un travail continu, des talents transcen* dants, une volonté inébranlable, des actions éclatantes, et un concours de circonstances qui mettent

toutes ses forces et toutes ses énergies en contact arec des résistances extérieures.

C'est à la lime la plus mordai;ite que se polit davantage l'acier le plus dur. Le diamant ne revêt tout son éclat que par la taille. L'homme politique a besoin de contradicteurs pour se manifester en plein soleil, pour se faire apprécier selon son vrai mérite. Hélas ! il n'est souvent jugé qu'à la lueur incertaine d'un jour faux ; n'est souvent apprécié que quAnd il jette bas les armes, et laisse à jamais l'arène, témoin de ses nombreux combats.

Car, le monde est très enclin à juger avec passion les hommes de luttes : surtout les vainqueurs dans la lutte ! Le succès est si souvent un crime aux yeux des multitudes envieuses !

La politique, avec ses batailles acrimonieuses, ses luttes stériles, ses revers désastreux, ses préjugés grossiers, ses haines féroces, ses retours soudains, ses succès passa-

gers, ses intrigues journalières, ses méfaits constants, ses mécomptes multiples, la politique est l'abîme où vont s'engloutir tant de si nobles cœurs ; où viennent sombrer tant de brillantes intelligences ; se ternir tant de belles réputations. Aussi, n'est-ce qu'en tremblant que le jeune homme devrait entrer dans cet antre tortueux où sifflent si souvent les serpents de l'égoïsme, de la fourberie et de l' intrigue. Ah ! oui ; pour ceux qui se préparent à cette carrière ingrate, il semblerait à propos de leur répéter cette parole effroyable du Dante : " Perdez toute espérance..." de paix ! de repos ! de fortune ! de santé ! et de reconnaissance ! Yous êtes sur la voie de toutes les ingratitudes et de toutes les ruines ! Cependant, s'il faut des holocaustes à la patrie, s'il lui faut des victimes, sacrifiezvous, mais sans arrière pensée, sans ambition, sans égoïsme.

Ne jouez jamais qu'à la hausse de la renommée de votre nation ;

ne travaillez jamais que poxki le bonheur et la gloire de votre peuple. Voilà le véritable apostolat politique. Tout autre vue ne serait qu'un leurre pour votre pays et une duperie pour vous-même.

L'homme politique ne s'appartient plus : toutes ses actions doivent n'avoir qu'un but ;— concourir au bien général.

Ainsi donc, faire servir à de louables fins les nobles facultés dont le ciel l'a doué ; forcer ses adversaires à reconnaître la noblesse de ses motifs, la largeur de ses vues, l'ampleur de ses idées ; imposer à la foule ses volontés politiques ; dominer tous les éléments de discorde qui s'agitent au sein d'un pays jeune, troublé, inquiet ; concilier les intérêts divers de peuples ennemis ; rendre justice aux faibles ; combattre les préjugés de religion et de race ; attaquer de front et frapper à visière découverte des chefs habiles, retords et savants, parfaitement en

harmonie avec les préjugés et les aspirations populaires ; enfin triompher de tous les obstacles est plus que d'un homme ; c'est d'un génie réel.

Tel a été la carrière ; tel fut le fait de Sir Charles Tupper.

L'histoire ne se fait pas seulement avec des documents épars ; il faut à ceux-ci un lien, de même qu'il faut une tissure à l'étoffe. De simples faits jettent bien quelque lumière sur la vie d'un homme :

leur ensemble seul, soudé aux événements contemporains, constitue sa biographie. Outre la véracité, il faut encore à celle-ci l'impartialité.

Or, l'impartialité est d'autant plus facile que le biographe est tout à fait indépendant de celui dont il veut retracer l'origine, les luttes, les travaux et les succès. Sir Charles Tupper s'en va, temporairement du moins ; la justice doit commencer pour lui. Il ne peut ni récompenser ni nuire ; voilà l'une des vraies conditions de l'impartialité. Du reste,

le pinceau qui flatte est aussi mensonger que le crayon qui caricature.

L'exagération est à la vérité ce que le maquillage est à la beauté :

Elle la difforme, elle ne lui apporte aucun charme.

Origine de la fumUle Tujr})er.

La famille Tupper, originaire de l'Electorat de Hesse-Cassel, l'un des trois Etats de l'ancienne confé dération germanique, après avoir choisi le G-uernesay pour y bâtir sa tente, avait peu après laissé cette petite île,poar aller chercher fortune et construire sa demeure en permanence, dans Ips forêts du Kouvoau- Monde.

A rette époque, tous ceux qui se sentaient animés du désir de la liberté ; tous ^eux qui aspiraient à quelque chose de mieux que leur état actuel, tous les déshérités du monde, grand nombre d'hommes

de talents et de génie, plusieurs commerçants cherchant la fortune, laissaient les rives de la vieille Europe pour celles de la jeune Amérique. La Virginie avait attiré bon nombre d'émigrés Anglais et Guernesais. Les uns y avaient transporté leur amour pour la liberté ; les autres, leur attachement à la mère-patrie.

Une circonstance particulière allait bientôt faire ressortir cette situation, établir un frappant contraste, éprouver la fidélité des uns et l'amour de l'indépendance des autres.

Un souffle révolutionnaire venait de passer sur les colonies Anglo- Américaines ! La forêt avec ses murmures, le sol avec ses produits, le climat avec ses charmes, le pays avec ses richesses ne satisfaisaient plus ! L'on veut encore goûter une plus grande somme de liberté !

Pour développer davantage les ressources naturelles qui abondent, l'on sent qu'il ne faut plus d'en-

traves étrangères à son commerce, à ses indus tires, plus de frein à son activité, plus d'impôts à son négoce.

Pour en arriver là, l'on s'insurge contre la mère patrie. Le colon américain s'arme pour conquérir les biens qu'il a rêv^ s en traversant les flots de l'Atlantique.

Pourtant l'Angleterre a su inculquer dans l'esprit de ses sujets un tel amour pour ses institutions, ses lois, ses coutumes que les Anglais, même en vivant loin de leur patrie, y restent généralement très attachés. Aussi beaucoup de colons virginiens avaient laissé leur cœur au pays natal. Fils dévoués à leur mère, ils veulent vivre de son souvenir, sous son protectorat, sous sa gouverne et sous ses lois. Quelle »^st la force qui retiendra l'enfantloin de celle qui lui a donné la vie ?

A travers les baïonnettes ennemies un fils courrait se jeter dans les bras de sa mère. Le parti loyaliste, persécuté par la faction révoltée, dépouillé de s^s })iens, jeté dans les

cachots, se vit forcer de tout abandonner pour rester fidèle à la vieille Angleterre ; la république naissante ayant rompu violemment les liens de son allégeance envers elle.

C'était mettre la loyauté de ces hommes à une très rude épreuve. — Il leur fallait tout sacrifier : biens, patrimoines, fortunes, demeures, souvenirs et espérances pour rester unis au vieux drapeau. Le sacrifice était immense : c'était la ruine.

Le sentiment de la fidélité l'emporta dans ce duel entre l'intérêt et l'honneur. Parmi ces victimes volontaires de l'amour national et du dévouement à l'Angleterre se trouvaient les ancêtres de Sir Charles Tupper.

Le sacrifice est rarement stérile ; tôt ou tard il trouve sa récompense.

Aussi un bon nombre des descendants de ces expatriés volontaires joueront-ils un rôle important dans la nouvelle Patrie, qu'ils se sont choisis. Les uns sur l'arène politique ; les autres, sur les champs

de bataille. Plusieurs de ces familles de réfugiés combattront au premier rang, donneront même leur vie pour le maintien de la suprématie anglaise en Amérique. Le sang étant le meilleur critère de l'amour. Le G-énéral Isaac Brock, allié à la famlile du Dr Tupper, sera de ce nombre. C'était en 1812. Sur le sommet de cet escarpement que forme la cataracte de Niagara, puis contournant un peu autour de l'extrémité Ouest du lac Ontario, constitue les hauteurs de Ste-Catherine et de Queenstovvn, se jouait un dramp sanglant, c'était le 13 octobre. Le général américain Van Rensallaer embarquait ses forces sur des bateaux plats et commençait bientôt l'attaque sur Queenstown.-Le Col. Dennisdu 49ème lui tint longtemps tête, mais son canon lui étant enlevé, il se vit obligé de retraiter, après avoir souffert de grandes pertes. Brock, entendant la canonnade de Niagara, s'élance avec ses aides de camp, le major

Glegg et le Col. McDonnell, pour en connaître la cause. Voyant la situation désespérée, il se jette à bas de son cheval et prend le commandement d'une des compagnies du 49e. Puis, brandissant son sabre, il marche au double pas à l'ennemi.

— Brock tombe pour ne plus se relever. A cette vue, ses soldats furieux se précipitent sur les Américains, bien que ceux-ci fussent quatre fois supérieurs en nombre, les culbutent, les chassent des hauteurs, les obligent à se rendre à SheafFe, qui prend le commandement après la chute de Brock, que la mort emportait ainsi à 42 ans — l'idole de ses troupes, et de toute la population de Toronto, dont il était alors le Gouverneur.

La Nonvelle-Ecosse

La Nouvelle -Ecosse, aujourd'hui l'une des provinces de la Puissance

lo

du Canada, est placée entre le G-olfe St-Laurent, la Baie de Fnndy, et l'Océan Atlantique, entre les 35 et 42ènie longitude W. et les 43 et 4>jème latitude N. du continent américain. Elle forme l'extrémité Est de la Confédération Canadienne.

A l'époque de sa découverte par la France, au 16® siècle, elle fit partie de la Nouvelle-France : sa grande fertilité lui avait fait donner le surnom d'Acadie. Là, s'étaient fixés définitivement, sur les bords de l'ancienne Baie française, autour de Port Eoyal, à Grand-Pré, à Beau-Bassin, au Bassin-des-Mines, après des luttes ^gantesques, des combats héroïques, des descendants de la vieille France : Leur seul souvenir évoque les pins sombres pages qu'ait encore enregistrées l'histoire !

A l'arrivée des Français en Acadie, les tribus Micma(is et Malécites, branches séparées de la grande famille Algonquine, se partageaient le territoire. Elles furent

bientôt ou détruites ou conquises :

la civilisation tue la race rouge !

Longtemps auparavant, dès le neuvième siècle, des manuscrits, aussi bien que des traditions icelandaises, attestent que de hardis Scandinaves s'étaient approchés, sur leurs barques grossières, des côtes de l'Icelande ! Le norvégien In golf s'y était même fixé dès 864 ! Au commencement du dixième siècle, le pirate Eric,-le Rouge, -n'y pouvant trouver asile dut continuer sa route vers l'Ouest. Après avoir atteint le G-roenland, Eric y fonde une colonie, avec les gens amenés de nie inhospitalière ; il s'y établit une royauté dont le souvenir fut bien vite effacé à travers les brumes de l'Attlante.

Lief, l'un de ses fils, apprenant que l'Islandais Biorne avait découvert d'autres terres, s'embarqua pour une expédition inconnue. Cet écumeur de mer longe bientôt, — porté par de bons veiits, — le Helluland, — la terre aux rochers nus. —

le Terreneuve de nos jours. De là, s'avançant encore plus à roccident il atteint, en peu de temps, les côtes du Markland, ou *de la Nouvelle- Ecosse actuelle. .L>n tirr

Près de cinq sièdles s'étaient écoulés depuis les aventures du fils d'Eric, lorsqu'au cadran du temps avait sonné une nouvelle ère pour l'Amérique. Colomb, Cabot, Cartier, Roberval, Gilbert, La Roche, De Monts, Poutrincourt, Champlain, Latour et Charnisé y avaient ou découvert ou fondé des colonies relativement prospères.

Hélas ! la France de Louis XV ne comprit pas l'importance de ces établissements lointains. L'Angleterre, plus pratique, y avait jeté à profusion, et ses soldats et son or.

Le sort lui fut favorable. Les Acadiens, bien que neutres et retirés sur leurs terres, portaient encore ombragea leurs ennemis, longtemps après que la France le» eut abandonnés !

Ceux-ci résolurent de fonder une

ville qui rivaliserait avec Port Royal. Cornwallis venait en conséquence, en 1149, jeter dans le port de Chibouctou, les bases de cet établissement nouveau, qu'il nomma Halifax, en l'honneur de Lord Halifax, son protecteur. Les émigrants anglais, favorisés de toutes manières,y affluèrent de toutes parts.

Les bannis de la république voisine y Tiendront plus tard chercher asile et protection.

Lawrence succédera à Cornwallis comme gouverneur de la Nouvelle Colonie. C'est sous son règne que fut perpétré, en 1755, l'un des actes les plus odieux et les plus ignobles qu'aient encore vus les peuples civilisés : — la dispersion et le martyre du peuple Acadien ! Mais Dieu est juste : — Cent mille acadiens rassemblés aujourd'hui dans les Provinces Maritimes attestent à l'univers que la force ne prime pas toujours impunément le droit ; que l'iniquité n'est pas la dernière expression de la justice humaine ; que les vaincus

d'hier sont souvent les vainqueurs de demain.

Naissance du Dr Tupper — Son amour

du travail — // étudie la médecine

— Réflexions sur cette étude.

Singulier retour des choses d'icibas ; moins d'un quart de siècle après ce lugubre événement qui ternit à jamais le blason anglais, la révolution américaine chassait à son tour, de son sein, les loyaux à l'Angleterre. Ceux-ci débarquèrent en 1783, sur la Baie de Fundy, en lace de Navy Island, près de l'emplacement du vieux Fort Latour, — venant ainsi chercher un asile sur ces mêmes terres dont leurs frères et alliés avaient dépouillé la nation acadienne ! Ces immigrés se répandirent par tout le pays. Le comté de Cumberland en reçut sa quotepart. Parmi oeux-ci était l'aïeul paternel de Sir Charles. C'est à

Amherst, en ce comté, que ce dernier naquit, le 2 juillet 1821.

L'on connaît peu son jeune âge- Sa mère n'était déjà plus quand il entrait en politique ! Et la mère cache si souyent dans les replis de son cœur les traditions inoubliées par elle seule ce que furent les premières années de ses enfants.

Craindrait^elle, en divulguant ses secrets, que son admiration ne serait trop partagée ? 0 saint égoïsme de la tendresse maternelle, trésors du cœur, pourquoi faut-il tous les enlever ? Non. Contentons-nous de dire que le jeune Tupper, après avoir suivi un brillant cours d'étude au collège Acadia, dans son pays natal, où tout jeune encore il parvint, avec distinction, au grade de maître-ès-arts, allait remporter de nouvelles palmes à l'Université Médicale d'Edingbourgh, en Ecosse.

Il y reçut ses degrés de docteur en médecine ainsi qu'un diplôme de chirurgien du Collège Éoyal de cette ville. Tous ces honneurs sur une tête de vingt-deux ans !

Ceci démontre à l'évideuce que Sir Charles, non seulement possédait déjà dps talents remarquablt^s, mais qu'il était aussi doué de ce grand amour du travail qui ne l'a jamais quitté un seul insta it. Il tut toujours un esprit vif, énergique, infatigable. Le travail n'est-il pas à l'homme ce que la rosét^ est à la fleur ? le soleil à la moisson ? le sel aux aliments ? Le plus beau génie sans travail ne projetterait qu'une lumière blafarde et sombre ; l'étincelle en serait absente. Le travail rend doux ce qui sans lui serait amer ; il chasse l'ennui, rassérène le <>'œur, vivifie Tâme, console dans la tristesse, ennoblit, élève et grandit : c'est la panacée universelle du monde. Loi de châtiment et de récompense : le bonheur ou le malheur de l'homme en dépendent.

Le Jeune maitre-ès-arts, avait compns cette vérité d'expérience journalière. Sa famille, du reste, lui donnait l'exemple des vertus sociales. Son père, docteur en divi-

nité, s'était acquis, dès lors, comme pasteur de l'église Baptiste, non seulement une belle renommée, mais de plus une enviable réputation.

C'était un esprit réfléchi, sincère et droit.

Sous des dehors un peu austères, le Rér. M. Charles Tupper cachait un excellent cœur, une droiture d'âme et un dévouemeiit inaltérable. Grand amant de la science.

il en inculqua, de bonne heure, la passion dans le cœur de ses enfants.

Il vécut à l'âge avancé de quatrevingt-cinq ans. Ainsi, il put contempler dans son orgueil légitime de père, les succès mérités de ses fils. Heureux celui qui peut cueillir, dans la joie d'une conscience honnête et le calme d'une vieillesse honorable, entouré du respect de tous, les fruits savoureux des bons exemples donnés aux siens !

La médecine est une science incertaine, difficile, ingrate :--Elle requiert de profondes études, des

recherches constantes, un jugement sur, un dévouement continuel, une activité journalière et un esprit de désintéressement dont assez peu d'hommes sont capables. Pour réussir en ce pays, le jeune médecin a besoin de prudence et d'études ; il doit posséder des qualités spéciales, des aptitudes particulières et une ^ande tendresse pour ceux qui placent en lui leur confiance. Il serait si cruel de négliger celui qui souffre î Maître de la santé et souvent de la vie de leurs malades, si par leur faute, les médecins sont cause de la mort du malheureux qui avait mis en eux toute leur confiance, ils t^ndossent une responsabilité terrible devant leur conscience, devant la société et devant Dieu. Ce n'est qu'en tremblant que le jeune homme devrait pénétrer dans le vestibule du temple de la médecine !

qu'avec un saint effroi qu'il devrait en approfondir les mystères !

IJi, sont les sources rafraichissantes de la vie, et les fontaines empoison-

nées de la mort ! Là, sont les secrets de la santé, — talismans de la vigueur et de la force, — et les principes morbides, causes de la faiblesse et de l'alanguissement !

Là, les hommes vont demander à la matière inerte le secret de guérir le corps humain, temple animé et vivant î Anomalie qui semble étrange et que l'on ne sanctionne que par nécessité.

Il faut au médecin digne de ce nom, en outre de la science, la bonté, la délicatesse, la sympathie et la foi : Il remplace auprès du malade les soins de la sœur et les tendresses de la mère. Le Dr Tupper se montra digne de sa noble profession.— Dès ses débuts, il conquit un rang élevé dans la hiérarchie de la faculté. En assez peu de temps, ses succès, dûs à ses études, à son activité et à son dévouement, lui avait acquis une nombreuse et lucrative clientèle.

Ce sera l'une des causes de sa constante popularité politique dans

son comté natal de Cumberland, qui depuis plus de vingt huit ans lui fut toujours fidèle , dans la maiiyaise comme dans la bonne fortune. Le Dr Tupper était hardi dans ses conceptions, prompt dans ses moyens, efficace dans ses opérations. Sa renommée le fit choisir comme président de l'association médicale du Canada, depuis sa fondation, en 186Y, jusqu'à 18t0, époque à laquelle ses nouveaux aevoirs l'obligèrent de refuser une nouvelle réélection.

Dans ses " Réflexions sur la Révolution Jrançaibe ", le célèbre Burke ridiculise l'idée de confier à des hommes de profession les affaires politiques d'un pays ; leurs idées circonscrites et comme incrustées dans le cercle restreint de leur fonction, les rendant incapables de 'occuper et d'embrasser tous les iiouvements de la machine gouverlemontale, dont l'Etat a besoin pour son fonctionnement parfait.

Ce que Burk<î pense du médecin

politique, Cormeiiiu, dans son beau livre " Des Orateurs " le proclame de l'avocat politique. ' L'avocat *' parle, dit-il, l'avocat guerroie, " l'avocat règne, l'avocat gouverne, " l'avocat fait tout ; mais aussi rien " ne se fait. Eien ne se fait de ce " qui serait à faire !" Ce trait n'a pas été à l'adresse de Sir Hector Langevin, chef des Canadiens français, à la Chambre des Communes du Canada et collègue de Sir Charles dans le gouvernement McDonald-Langevin. Car, Sir Hector se communique peu et agit beauôoup, promet beaucoup moins qu'il ne donne. Sa parole, incisive et claire, va droit au but ; il est maître de sa pensée ; il n'exprime que ce qu'il veut dire ; il ne dit que ce qu'il veut exprimer ; et à rencontre des avocats français de M. Cormenin, il travaille, il agit, il fait, il exécute.

Le Dr Tupper échappe aussi à la règle de fer de M. Burke. Par ses études variées, ses rares facultés de

« ompréhension, sa mémoire heureuse, sa dialecte serrée, et son esprit lucide et vif, il s'élève bien vite au dessus du cercle de sa pratique professionnelle, du terreà-terre des connaissances communes.

L'histoire du droit, la philosophie de l'histoire, les faits, l'économie politique, les devoirs sociaux, les obligations gouvernementales, les lois internationales, les aspirations et les besoins des peuples, semblent lui être familières ! Touti obstacle est un moyen ; toute diffi* culte facilite le but pour les natures énergiques. Les obstacles grandissent un homme capable de les écarter : Sir Charles n'en eut jamais peur. Il s'en créerait parfois pour avoir le plaisir de les détruire !'

Lllon. Joseph Hoîvei elles Réformesi,(

Les ciTConstances grandissent et font les hommes, souvent. Tandis

que le Dr Tupper se livrait activement à sa clientèle, des événements importants se succédaient au Ciaiada. Une nouvelle ère se levait devant nous : 183t était arrivée. L'agitation par laquelle les Canadas venaient de passer, les aspirations nouvelles de notre pays, le souffle de la liberté qui enflait nos voiles, les luttes de Papineau et de William Lyons McKenzie avaient eu leur contrecoup jusqu'au fond des provinces les plus reculées des possessions britanniques dans l'Amérique du Nord : — La Nouvelle- Ecosse en avait ressenti le choc. — Le Dr Tupper n'attendait plus qu'une occasion favorable pour se lancer dans l'arène : elle se présentera bientôt.

A l'exemple de nos tribuns Canadiens, Joseph Howe, alors éditeur d'un journal hebdomadaire, publié à Halifax, attaquait, avec violence, le " Famihj compact " et le gouvernement néo-écossais d'alors. 11 réclamait contre les abus du temps,

ivec cet esprit fin et railleur, cette iinesse de répartie, ce sel amer dont il possédait le secret. Au lieu de se rendre, le gouvernement: persécuta l'irascible journaliste : On lui fit même un procès ! L'issue de cette cause fut favorable à Joseph Howe ; sa défense av^it été si habile, ei savamment conçue, si brillamment exposée. De ce moment le parti de la réforme naissait :

Joseph Howe fit école. La perséution lui fit de nombreux partisans. Elu à l'assemblée législative, il porta dans son enceinte, ses instruments de destruction contre l'oligarchie hautaine de l'administration. Il tonna contre les abus, réclama des réformes, pétitionna le Bureau Colonial contre la conduite du gouverneur et le système de laisser aux juges, irresponsables au peuple, la gouverne des affaires.

L'Angleterre donna gain de cause à M. Howe. C'était un pas déoisif; une immense et importante vic- *oire. L'assemblée législative assu-

mait seule le contrôle exclusif des finances provinciales.

L'administration de Sir Colin Campbell ne fut guère heureuse.

8es nominations de nouveaux conseillers législatifs avaient offensé les Réformistes : Howe ne lui laissa ni trêve ni repos. Son journal le lacérait au dehors et sa parole le criblait au dedans de l'assemblée législative. Ignorant ou refusant de se conformer à l'ordre de Lord John Eussell, alors secrétaire des colonies, d'accorder virtuellement le gouvernement responsable au pays, Sir Colin est rappelé, sur pétition de la Chambre, à cet effet.

Le vicomte Falkland lui succède.

Libéral lui-même, il favorise son parti. Joseph Howe est appelé à la présidence de la Chambre, mais le gouverneur encourre le mauvais vouloir de ses amis.— Howe reprend sa plume et bat en brèche ce nouveau fonctionnaire. Le ^'Chronicle" publia le poëme " Lord of the Bedchamber " aux arrauds éclats de

rire du peuple. — Satire fine et mordante de Mr Howe contre ce pauvre vicomte.

Les élections de 1847 se font sous l'administration de Sir John Harvey. Le ministère Uniake-Howe est formé ; — première administration libérale dans la Nouvelle- Ecosse. C'est sous ce règne que se passait, à Washington, ce fameux traité Ashburton, dont nous avons eu si souvent depuis à i-egretter les dispositions. Ainsi, ce qu'avait fait Papineau dans le Bas-Canada et McKenzie dans le Haut-Canada, Joseph Howe venait de l'accomplir dans la Nouvelle-Ecosse. How^e avait sur ceux-ci un grand avantage ; il maniait aussi bien la plume que la parole. C'était un esprit satirique et un tribun redoutable.— Sous sa plume acérée, sous sa parole de feu, l'oligarchie était mise en pièce, ridiculisée, rendue odieuse. Ce fut une époque d'épouvante pour le " Familij compact " de ce pays. 11 fallut, là comme

ailleurs, que le tonnerre grondât, que la foudre éclatât pour faire sortir l'Angleterre de son mutisme habituel : — Elle ne voit clair qu'à travers les lueurs de l'incendie.

Les Canadiens français venaient de lui prouver qu'ils n'étaient point fait pour la servitude. L'Angleterre eut peur ! La république américaine est si près de nous ! La Nouvelle-Ecosse profita donc de nos luttes, de même que le Nonveau-Brunswick et l'Ile du Prince- Edouard.

La bataille populaire est gagnée dans les provinces Maritimes. A Joseph Howe revient la plus grande part de gloire. C'était un chef instruit, un polémiste rusé, un écrivain marquant : il était la grande puissance du temps ; il tenait dans sa main habile la fibre populaire. A peu près à cette époque, la France et l'Angleterre portaient la guerre en Crimée, et un traité de réciprocité était signé, entre la Mère-Patrie et les Etats- Unis, sans notre participation !

Cette mesure valut une motion de censure contre le gouvernement.

Ce fut M. J. W. Johnston, chef de l'opposition, qui la Biroposa. Elle fut défaite dans la chambre d'assemblée, mais il était évident que le sentiment populaire était blessé. — Ce fut sous ces circonstances qu'arrivèrent les élections de 1856.

Le Dr Tupper dans V Assemblée Législative.

Le pays était dans une grande agitation : — Tant de questions brûlantes avaient été discutées au sein de l'assemblée ! La presse naissante, les clubs, les associations politiques, les hommes de partis, les citoyens se faisaient l'écho de es querelles législatives. Il en st des petits pays comme des mers troites : leurs vagues sont plus :ourtes et plus dangereuses que celles des grands océans : Les pas-

sions politiques étant plus circonscrites semblent plus acerbes dans les petites provinces que dans les grands états. £lles gagnent en violence ce qu'elles perdent en étendue ! Il y a tant d'analogie entre la nature morale et la nature physique.

L' heure du Dr Tupper était arrivée. Agé alors de trente quatre ans, dans la plénitude de sa force et de ses facultés, il était peu fait pour la vie monotone, ennuyeuse et paisible de la pratique de la médecine. Son esprit actif exigeait une sphère d'action plus étendue ; ses études le portaient vers un but plus vaste, plus en harmonie avec son tempéramment, ses goûts, ses aptitudes. Le " trahit sua quemque voluptas'' l'agitait depuis longtemps.

L'ange, ou plutôt le démon de la politique, — allait le prendre par la main et souffler à son esprit d'autres désirs, mettre à son cœur d'autres ambitions. Dédaignant un adversaire faible, il s'attaqua au plus fort î

au chef même du parti dominant dans la Nouvelle-Ecosse ! Il se présenta contre l'Honorable Joseph Howe, dans le comté de Cumberland ! Nouveau Prométhée,il enlèvera à ce dernier et son feu sacré et sa flamme céleste ! Jamais lutte ne fut plus brillante ; jamais élection ne fut plus chaudement contestée ; jamais triomphe électoral ne fut plus glorieux. La victoire restait au Docteur, et à son allié M.

A. McFarlane qui triomphait, en même temp8,de l'honorable Stephen Fulton. De ce moment, le comté de Cumberland appartenait sans conteste au Dr Tupper : rare exem- |L pie d'attachement et de fidélité B politique ! Les peuples sont si W inconstants !

m Le comté de Cumberland, fier I de son jeune député, attendait beau- ■ coup de lui. La chambre, le pays I tout entier partageaient le même B sentiment : leur espoir ne fut B point trompé. L'élu de Cumber-

voies communes : Réputation oblige comme noblesse. — N'avait- il pas vaincu, dans sa lutte électorale, le plus habile politique et le plus célèbre orateur de la Nouvelle- Ecosse ? Ce coup d'audace l'avait revêtu d'un grand prestige ; sa parole chaude, éloquente, incisive, allait bientôt faire autorité. Ses débuts furent un succès. Il s'y révéla homme politique, aux vues larges, orateur parlementaire, diplomate habile. Sa nature l'entrainait vers le peuple auquel, après Dieu, il devait beaucoup. Il prit la défense de ses intérêts, réclama ses prérogatives, plaida en faveur d'une rénumération plus large dans l'intérêt des petits jurés.

Et à l'occasion de la démission arbitraire du député-shérif du Cap Breton, M. Richard Logue, le 14 février 1856, le Dr Tupper fit un grand et beau discours. C'était mieux qu'une harangue ; c'était un programme. Le député de Shelburne. ami du srouvernement, avait

émis cette doctrine yankee : " que le gouvernement devait gouverner par le parti et pour le parti. Cette doctrine fausse, qui est inique dans ses conséquences, voulait que Ton accordât les charges, les bénéfices, les honneurs qu'aux amis du parti et proclamait que les adversaires n'avaient droit à aucune faveur, ni justice î

Le député de Cumberland s'éleva avec force contre ces principes subversifs, inqualifiables, injustes !

^'adressant à la droite il disait aux ministres. " N'y a-t-il rien de plus

' dans le gouvernement responsa- " ble que ce que nous avons entendu " affirmer sans honte, par l'Hon.

•' député de Shelburne que " le " gouyernement doit gouverner par " le parti et pour son parti," que

' les revenus du pays ne doivent " être dépensés que pour récom- " penser des suppôts politiques. Si " l'expression extérieure des traits

' de l'homme est une indice de ce " que ressent le cœur humain, je

" me crois justifiable de dire qu'il "y a P^n d'hommes dans cette " chambre prêts à endosser ce i3rin- " cipe, on inclins à supporter un " gouvernement, indépendamment " du mérite des questions soumises " à leur considération."

La nature indépendante du jeune député se manifestait toute entière dans ce& paroles. Il resta toujours lui-même : sa bonne étoile ne lui fit jamais défaut. Le 26 février, seulement douze jours après qu'il eut ainsi censuré le gouvernement, le Dr Tupper propose de procéder en comité sur le bill du conseil législatif; le ministère eifrayé se croit perdu. Le moteur de cette proposition le rassure. " Si je voulais en faire une motion de non confiance, dit-il, " j'y mettrais " d'autres chefs d'accusation ; votre " heure viendra bientôt." Le débat qui s'en suivit fut long, animé, acerbe parfois, éloquent toujours.

On le nomma le *' Constitut tonal débute " : il dura dix jours !

l'avantage numérique resta au gouvernement ! Les sympathies publiques étaient avec l'opposition, conduite alors par Thon. W. J. Johnston, homme doué de grands talents, servi par une belle éloquence et une grande érudition.

Le ministère s'était laissé entraîné trop loin : La discussion prit des proportions trop vastes. Le gouvernement dut répondre de sa conduite et de sa doctrine " To the victors the spotls ", appliquée dans sa conduite journalière. C'était un terrain glissant : le Dr Tupper, qui portait déjà ombrage au gouvernement, montra en cette occasion sa grande supériorité. Ses réparties clouaient ses adversaires : ses arguments étaient irréfutables. Il lançait au ministère ce mot foudroyant de Rogers. — " Vous vouliez être meurtriers, vous n'êtes que suicides." — C'était vrai.

Puis il termine par ces paroles qu'il convient de citer ici, afin de faire voir quelle avait été, jusque là, la conduite du ministère.

" Le gonvernement devrait dé- '' finir sa politique. Autrement, " n'étant uni sur aucune question " publique, ne s'accordant sur au- " cune mesure, il devrait soumettre " la position anormale qu'il occupe " au verdict populaire : — position " d'un certain nombre d'individus " conjurés dans leur intérêt seul et ' distribuant les dépouilles, non " pas dans l'intérêt du pays, mais " dans le seul but de se maintenir " au pouvoir."

M. Tupper démasquait ainsi le ministère aux grands applaudissements de la galerie. Les trépignements de colère des ministres ne servaient qu'à gâter davantage leur cause. Ce grand et mémorable débat mit en pleine lumière le nouveau député de Cumberland.

Il s'était révélé ce qu'il fut toujours depuis : esprit plein de ressources, ériadit, brave jusqu'à la témérité, éloquent par diverses causes mais surtout par l'aplomb et le courage.

--Il combat à visière découverte.

Mais sa giberne est remplie de désastreux projectiles. Le combat est sa vie ; il s'étiolerait dans l'inaction : la flamme s'éteindrait faute de combustible.

Il y a en lui la manière, la verve, et l'impétuosité germaniques : il résonne comme un allemand, bataille comme un Uhlan, s'exprime avec la volubilité irlandaise et son attaque est toute à^ furia fraticesce.

Son génie est subtil ; mais son

œur est droit* Il blesse un enne-

;ii ; il ne lui garde jamais rancune.

on âme est ouverte à la pitié.

Cependant, comme tous les hommes de luttes actives, ses adversai-

es le méconnaissent. Il leur a porté tant de coups fatals. Le temps, en guérissant leurs blessures, effacera leur mauvaise impression. La iustice commence pour ceux qui

l'en ont plus besoin : Mieux vaut lard que jamais.

Mgr ConnoJly et le Dr Tnpper.

Il est en ce monde une vertu, tendre, efficace et salutaire. Plus douce que le miel de l'Hymette, elle guérit bien des blessures, — celles du cœur surtout ; elle fait réparer bien des injustices, corriger de nombreux écarts, ralentit les élans, console dans la tristesse, et encourage en toutes occasions.

Vertu fécondante qui dilate l'âme, se prodigue, s'use, s'anéantit pour le bonheur des autres : Yertu trop noble pour 'être commune, trop sublime pour être appréciée du vulgaire, trop haute pour être atteinte par les natures ordinaires.

L'on a compris la sainte et douce amitié.

Ah ! oui, l'antiquité avait bien raison de le proclamer : l'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux. Choisis ton serviteur entre cent ; ton ami entre mille, est le conseil dii sage.

Un auteur moderne a dit de fort belles choses au sujet de l'amitié — Dtom si commun et vertu si rare, " Heureux, dit-il, celui qui, après ;U'oir trouvé un ami, peut vivre toujours la main dans la sienne, toujours s'illuminer de son regard, toujours se réchauffer à son cœur, toujours se nourrir de sa parole et de ses conseils, toujours se fortifier de sa force."

L'homme qui s'appuie sur le bras de l'amitié ne chancellera pas :

C'est le lierre enlacé autour du chêne.

Ce que les hommes ont de trop ce sont des amis : ce qui manque à l'homme, c'est un véritable ami.

Le député de Cumberland a eu le rare bonheur d'en posséder un.

Et quel ami ? Vous l'avez nommé :

Mgr Connolly, archevêque d'Halifax. Ce lut le phare, l'étoile polaire, la boussole du nouveau chef que la Nouvelle Ecosse allait bientôt se donner. Ce perspicace évêque ne prodiguait pas son -unifié à la

légère. C'était un rare connaisseur d'hommes ; nne intelligence d'élite, sachant parfaitement distinguer le vrai mérite. Il était né politique :

Il en avait le goût, l'instinct et les aptitudes. Il jugea bientôt son nouvel ami, en faveur duquel ses vastes connaissances furent souvent mises à contribution. Cette alliance sincère, cette entente mutuelle, aidèrent efficacement à déblayer la voie, à écarter les obstacles placés sur la route du Dr Tupper :

Elles lui préparèrent plus d'une victoire ; lui ménagèrent plus d'un triomphe. Mais ce qui est mieux encore, cette union fera accomplir à l'élu de Cumberland des actes de justice, qui seront, non seulement, Tune des causes de son avancement politique, mais aussi l'occasion de sa prospérité et de sa popularité.

Les catholiques, bien que comptant 86,000 sur une population de 330,- 000, dispersés sur un territoire de 18,000, milles, luttaient encore, à cette époque, contre l'ignorance

des masses et les préjugés du fanatisme. Les Irlandais et les Acadiens (ceux-ci au nombre de 32,000 déjà,) bien que les appuis des Kéformistes ne recevaient pas leur part légitime d'influence ni de patronage. Ils avaient aidé leurs alliés à gravir les pentes escarpées du pouvoir :

Mais arrivés sur ces hauteurs que Ton cro5'ait à jamais inaccessibles à ses adversaires, l'on méconnut les droits de ses anciens amis ! C'était plus qu'un crime de noire ingratitude ; c'était une faute irréparable ; c'était un suicide politique certain Le Dr Tupper saisit les conséquences de cet acte injuste : il s'en fera un escabeau pour monter à l'assaut lu pouvoir ; — L'occasion favorable ^e présentera bientôt.

Une sanglante émeute avait eu lieu aux chantiers de Gourlay, parmi les travailleurs, sur le chemin de fer de Windsor, que l'on construisait alors. Du sang y fut répandu ! Un crime inique, injustifiable avait été perpétré par quel-

qnes ouvriers irlandais et catholiques î Le fanatisme monta à son paroxisme ! L'excitation fit perdre la tête ! L'on ne sut pas distinguer l'acte de quelques malheureux : on accusa les catholiques de ce crime !

Leur foi en était la cause ! L'honorable Joseph Howe lui-même ne sut pas cacher son ressentiment :

la colère aveugle l'emporta : la pente du fanatisme est glissante.

Une fois au fond de ce précipice, l'on ne s'en retire que difficilement. ' Le Morning Chronicle, du 27 .4^^cembre 1856, exhala sa fureur : c'était une diatribe mal inspirée contre la foi catholique et surtout contre la croyance à la présence réelle dans la Sainte Eucharistie. C'était le comble du délire. Dans un moment plus calme, M. Howe aurait désavoué sa lettre sur les " Railivay riots and Catholic Commentators. " Mais sa passion le rendait injuste. Une vive discussion s'engagea entre le Morning Chronicle et le Halifax

Catholict ridigé alors par M. Wm Compton, homme habile, versé dans la polémique, catholique croyant, chrétien sincère et écrivain distingué. La victoire resta à celui-ci : C'était bien naturel :

la bible, les fondateurs du protes-

autisme, la croyance générale

•taient du côté de M. Compton. Le Maître ne dit-il pas, au 6e chapitre de St Jean : Et le pain que je donnerai, c'est ma chair. " Et le soir de la scène : " ceci est mon corps j mangez-le ; Ceci est mon sang, buuez-le.^' Luther n'a-t-il pas affirmé en i'arlant de ce sacrement : " Les

exfes de VEvangile sont si clairs sur '■e point qu'il n'y a pas à se tromper ; ^ corps et le sang de Jésus- Christ ont réellement dans le pain et le vin

ans qu'ils changent dç substance.

Et Calvin ? /. C. est présent dans /'Eucharistie au moment où P. on reçoit l'hostie.

Henri VIII,Mélancthon, Grotius, Lord Fitzgerald, Leibnitz, etc, n'rffirment-ils pas la même doctrine ?

L'antiquité chrétienne n'est-elle pas là pour redire le même sentiment ? Malheureusement pour M.

Howe, la Nouvelle-Ecosse n'était déjà plus au temps d'Edouard VI, ni à celui d'Elisabeth, où mettre en doute sa suprématie spirituelle était s'exposer à une mort certaine et à la confiscation de ses biens !

Ils n'étaient déjà plus ces temps où, pour pratiquer sa foi, il fallait jeter son sarcasme à l'idole, son mépris aux tyrans et sa tète au bourreau. L'Angleterre était revenue à une politique plus conciliante. O'Connell lui avait déjà arraché son serment du test et l'avait forcée à une plus grande tolérance.

L'heure et le sujet étaient évidemment mal choisis par le vieil athlète réformiste. Le gant était lancé à la face des catholiques ; on le releva. Le Dr Tupper. avec cet œil sûr et ce flair politique qui le caractérisent, embrassa le parti des faibles. Jugeant de la situation, il

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ambitions, les mêmes projet», les mêmes espérances.

L'honorable M. Howe, dès 1854, avait accepté la position de président du bureau des chemins de fer.

S'étant fait élire, plus tard, dans le comté de Sidney, il continuait d'être en quelque sorte, le leader du gouvernement. Or, son attaque malheureuse du 2 Y décembre 1856 avait attiré sur la tête du ministère toutes les foudres de l'opposition. L'atmosphère politique était lourd et couvert de nuages sombres. L'orage éclatait. Le lieutenant - gouverneur. Sir G-aspard Le Marchand, ouvrait, le 5 février, la 2e session du 21e parlement de la Nouvelle-Ecosse. Le discours du trône contenait peu de projets nouveaux. L'on y parlait de voies ferrées et de relations commerciales, de prospérités et d'espérances futures. Le député d'Anhapolis, l'honorable J. AY. Johnston, propose immédiatement un vote de non-confiance : M. Marshal le se-

coude. L'honorable Premier accepte bravement le défi et se déclare prêt au combat. Honneur au courage malheureux.

L'honorable A. W. McLelan, ministre actuel de la marine et des pêcheries du Canada, s'était chargé de proposer l'adresse en réponse au discours du trône. Il le fit en affirmant la prospérité de la province et en se moquant de l'opposition !

Le député de Colchester n'avait encore que trente trois ans.

Le lendemain, le représentant d'Annapolis commença l'attaque.

Il fit un discours sobre, digne, modéré, dans lequel il exposa brièvement et clairement tous les griefs du pays contre le ministère. L'honorable M. Young y répondit avec calme et dignité.

La bataille finale était engagée ; mais les gros escadrons étaient restés inactifs ; les boulets rouges n'ayant pas encore attaqué lenrs carrés solides. Gare la bombe ! le bouillant Docteur, le jeune leader

de l'opposition, comme l'honorable M. Young se plaisait à l'appeler, entre en lice. Tout coup porte ; il fut éloquent, satirique, impitoyajble.

Passant en revue toutes les fautes du ministère, ses absences de principes, ses osoillations continuelles, ses incertitudes et ses faiblesses, il lui reprochait, avec cette vigueur impétueuse et ce genre d'argumentation, quelque peu provocante, qui lui sont particulières, tous ses actes, toutes ses injustices, toutes ses erreurs. Puis, passant sur le terrain brûlant des discordes religieuses, des querelles sectionnelles, il posa sur une base large et généreuse, les grands principes de tolérance que l'on se doit entre citoyens d'un même pays, pour les opinions, les vues, la foi et la religion d'un chacun. C'était élever le débat aune grande hauteur. C'était jeter les bases à' wne plateforme assez large pour y placer tout le monde, parfaitement à l'aise.

Le fanatisme et l'intolérance

avaient allumé le feu dans le pays ; la modération et l'esprit de conciliation devaient ramener la paix et l'harmonie. Après avoir cité le '' Eastern Chronicle,'' organe du parti libéral, qui prêchait l'union sur les questions matérielles de construction de chemin de fer, etc, le député de Cumberland fit voir que le pays était fatigué de ses luttes inefficaces, stériles, passionnées, qui ne servaient qu'à perpétuer un état de choses intolérable, désastreux et ruineux pour la nation. Puis il termina son éloquent réquisitoire par la déclaration suivante des principes qui l'ont toujours guidé depuis, dans sa conduite politique : justice figalepour tous. Il finit par ces paroles équitables et rassurantes :

'' Je ne désire pas m'iramiscer dans

* ce qu'une grande partie de la popu-

• lalion du pays regarde comme une

* querelle personnelle entre un indi-

• vidu (M. Howe) et ses anciens amis •• (les catholiques). Cependant, nous '• ne pouvons ignorer le fait qu'il

^* s'est récemment soulevé une ques- " tion excitante dans les discussions " acerbes de la presse au sujet du " principe de la liberté civile et reli- " gieuse. Sur le seuil môme de cette "•lutte, je n'éprouve aucune hésita- " tion à affirmer hardiment que, " comme libéral et Baptiste dissident, " je maintiendrai toujours le prin- " cipe cardinal de la liberté éivile et " religieuse : Justice à tous^ et à cha- " cun sans égard à sa secte ou à sa " croyance. Et si j'eusse été dans " cette chambre quand la lutte s'en- " gagea contre l'ascendant illégitime " de l'Eglise d'Angleterre, l'on m'au- " rait trouvé luttant côte à côte avec " ceux qui voulaient maintenir les " prérogatives et les droits des autres " dénomitations, à l'exercice d'une " aussi grande somme d'influence et " de considération que cette Eglise.

" Je considère qu'il est du devoir de " tout bon citoyen de combattre " contre tout ascendant indu d'un " homme ou d'une classe d'hommes, *' soient protestants, soient catholi- " ques. L'administration qui entre- '• tient d'autres vues ou agit contrai- " rement présupose que ses partisans

•• ignorent absolument le principe '' fondamental : de justice égale pour *• tous,'

C'était un programme clair, défini, rassurant ; une promesse à la minorité qu'elle serait traitée avec justice ; un défi au fanatisme de s'avancer plus loin. L'opposition promettait d'enterrer la hache de çuerre ; de ramener la paix troublée par les émeutes ; d'apaiser l'excitation causée par la lettre de M. Howe ; enfin de replacer le char de l'Etat, déraillé depuis longtemps, sur la véritable voie de l'harmonie, de l'entente, du progrès moral et matériel des peuples de la Nouvelle- Ecosse.

Ce discours rallia les sympathies de la majorité de la Chambre : il porta le calme au dehors. Le peuple, dont l'instinct est généralement sûr, voulait l'ordre, l'harmonie et la conciliation. L'hon.

Wm A. Henry, juge de la Cour Suprême, à Ottawa, alors solliciteur-général, vint à la rescousse du

premier-ministre. Il fut cauteleux et prudent ; c'est le plus sûr moyen d'arriver. Le bagage des principes étant toujours gênant, surtout quand changent les administrations. Ce fut M. Marshall qui lui répondit. Le renvoi du service de M. "William Condon offrit à ce dernier une bonne occasion d'accuser le gouvernement de partialité. Il finit par ces paroles écrasantes pour les ministres : " Yeulent-ils nous faire croire à leur tolérance et à leur honnêteté quand ils renvoient un catholique, et qu'ils gardent à leur service un protestant coupable de la même offense que celle reprochée à M. Condon. Bien plus, quand ils honorent l'un et qu'ils privent l'autre des moyens de gagner son pain ? "

L'on attendait la réplique de M.

Howe avec anxiété : le moment était grave ; la circonstance solennelle : le ministère paraissait avoir le dessous. C'était le 9 février, le troisième jour du grand débat.

L'hou. M Howe, malade, pâle, souffrant, se lève : sa position était pénible. Il était la cause principale de la situation fausse dans laquelle se trouvaient ses amis. Sa lettre provoquante avait semé les vents : les tempêtes éclataient. Son énergie ne semblait pas l'avoir abandonné, mais aux précautions oratoires dont il entoura sa défense, Ton sentait que le puissant ora^ teur comprenait que la vie 4u ministère ne dépendait plus que du prestige de sa personne, du charme de son langage et de l'autorité de sa parole II fut stoïque comme ces athlètes antiques condamnés d'avance : son discours fut une longue et brillante plaidoirie.

Demeurant sur la défensive, il tâcha de regagner en admiration ce qu'il avait perdu en sympathie.

"■ J'ai vu, M. rOrateur, s'écri/i-il, •* bien des jours sombres en ce .p3y^»| '^ mais j'y ai aussi compté g ra^idooi^r '• bre de jours ensoleillés ; des heures •' où je me trouvais avec lieauco-up

* n:oii)s de sympathies et d'amis que ^ j'en ai en ce moment. Si les nuages 'baissent, si la tempête éclate, je ■ ferai face à ces revers de la fortune, ' avec cette même énergie, cette ' même fermeté et cette même déter-

* mination avec lesquelles j'ai subi ' chaque vicissitude de ma carrière ' politique.

'' Trente ans durant j'ai été fidèle ' à mes amis et à mes principes. Mais ' une heure peut arriver où l'on

* m'abandonnera, alors si une nou- ' velle administration se forme, la ' situation de ^L Howe, sera à sa ' disposition. Il reprendra sa place ' indépendante en chambre, dira tou- ^ jours ce qu'il croit être la vérité ; ' fera ce qu'il croira toujours être ' juste. Les combinaisons qui se for- ' ment ne m'effraient point, confiant ' comme je le suis, que le cœur et ' l'âme de la Nouvelle-Ecosse seront ' toujours avec moi."

Ce discours était digne de n'importe quelle tribune. L'on en avait rarement entendu de plus éloquent.

Cette péroraison était grande, noble. C'était le gémissement d'un

cœtir blessé qui se replie sur luimême, c'était le cri d'une âme qui comptant sur sa force, espère encore en l'ayenir.

Hélas ! trop souvent la politique n'est qu'un misérable jeu de bascule. L'éloquence seule ne suffit pas pour en maintenir l'équilibre.

La tolérance, la justice, l'honorabilité, l'adresse, sont ses plus solides étais. Enlevez l'un de ses appuis, tout s'écroule. Le ministère Young allait bientôt n'être plus qu'une chose du passé. La lutte parlementaire durait depuis douze jours. Le lY, le vote est enfin pris. Le cabinet Young est renversé par une majorité de six voix, 22 à 28, six libéraux votant avec l'opposition.

Les grands hommes en font surgir d'autres comme les orateurs éloquents appellent d'autres tribuns. Quand tout est calme dans un Etat, les hommes supérieurs y sont ou rares ou méconnus. Il faut des luttes pour les faire sortir de

leur retraite et les faire apprécier.

Les jeunes pays qui naissent à la liberté, aux progrès, aux arts, à la tribune, à une vie nouvelle, comptent généralement plus d'hommes célèbres que ceux où il n'y a ni com.bat8, ni efforts, ni obstacles : — La persécution triple la valeur et l'activité d'un peuple : l'éloquence appelle l'éloquence ; HoTve créa Tupper.

Le Ministère Johnstori. — L'Honorahle Secrétaire Provincial.

L'Hon. M. Johnston fut appelé à former une administration nouvelle : celle-ci fut annoncée à la Chambre le 24 février. Elle se composait des Hons :

J. W. Johnston, Procureur Général ; Chas.. Tupper, Secrétaire Provincial ; John James Marshall, 5«Gre/ai^'^ Financier ; St.wlay Brown, Receveur Général ;

til

Martin J. Wilkins, Solliciteur Général ; et de MM. MicHAEL Tobin, John McKinnon,

JOHNG.AJtfPBELL,CHARLES J. GaMPBELL.

Les ministres se firent tons réélire, à de grandes majorités, dans leurs comtés respectifs. Mais la chambre, presqii'également divisée, ne devait pas permettre à la même administration de se maintenir longtemps, car il y avait des hommes également puissants, également habiles des deux côtés. Ce fut le temps des grandes luttes dans la chambre de la Nouvelle-Ecosse ; ce fut Tépoque des grands combats politiques. Johnston, Young, Tupper, nowe, Wilkins et Annand étaient les héros de ces brillants tournois de la science et de l'habileté politiques, servis par le désir légitime d'arri v^"- <*^ p'^- nno urande éloquence.

La nouvell»; opposiliuii ne laissa point de répit au nouveau ministèr<î. M. Howe surtout en voulait A Si'- r},',vî"< Ce fut contre colni-ci

qu'il dirigea toutes ses batteries.

Cependant le cabinet ne resta pas inactif. Dans un jeune pays tout est à créer : l'on se mit à l'œuvre.

Les routes publiques étaient insuffisantes ou mal entretenues ; l'on modifia les statuts à leur égard.

L'on vota des sommes considérables pour parachever les voies ferrées ; l'on révisa les lois ; des octrois furent accordés à des bateaux passeurs ; de grands travaux publics furent accomplis. L'agriculture fut encouragée. Un manifeste anonyme, publié dans les journaux du temps, et réclamant " des droits égaux pour tous, et la prépondérance indue pour personne,^' créa une vive sensation. La presse fut aussi le sujet de longues et acrimonieuses disputes dans lesquelles se distinguait entr'autres J. C. Wade, l'exdéputé de Digby, alors dans toute la vigueur de l'âge et la force du talent. Le sujet le plus important que l'on eut à régler fut, sans contredit, la question des mines. Une

grande et préjudiciable anomalie régnait alors dans la province. Les minéraux de toutes natures, les charbons de diverses qualités existaient partout, mais l'on n'y pouvait toucher ! En 182t>, G-eorge lY, en vertu du droit du plus fort, sans doute, avait accordé au duc d'York, son frère, toutes les mines non encore exploitées ni concédées dans le pays î ! C'était une cause de trouble continuel : c'était un monopole injuste, arbitraire, qui plaçait les plus précieuses ressources de la N'ouvelle Ecosse, entre les mains d'une puissante Compagnie étrangère. Cette mesure avait déjà soulevé bien des débats ; nombre de récriminations avaient été faites inutilement. L'association générale des mineurs n'ayant pas plus d'oreille que de sentiment, le ministère se décida de porter un grand coup et d'en finir avec cette compagnie. En 1849, en vertu du bill de la liste civile, la province avait été investie de tous les droits

de mine, sujets cependant aux privilèges existants. Les créanciers du Duk(^ d'York réclamèrent neuf deniers par tonne de droit régalien depuis 1844 à 1845, savoir i:55,418 >sterling en vertu de leur privilège ; mais plusieurs des associés étant morts, les héritiers ne pouvant plus s'entendre durent porter leurs différents devant les tribunaux.

Malheureusement le gouvernement anglais, sans égard aux prérogatives de l'Assemblée Législative de la Nouvelle-Ecosse, en juin 1845, confirma de nouveaux pouvoirs encore plus exhorbitants que les premiers à l'association minière ! C'était abuser de son pouvoir et compromettre les intérêts les plus précieux de la colonie.

Celle-ci perdit dei^4,000 sterling par ce nouvel acte. Il fallait en finir avec cet état anormal de choses ; la province perdant aussi les plus clairs de ses revenus. Le ministère propose donc d'envoyer une délégation en Angleterre, avec

tio

plein pouvoir de régler cette aifaire définitivement. La motion à cet effet souleva un long débat ; mais elle fut enfin adoptée à une immense majorité. En conséquence, l'honorable Pocureur - G-énéral Johnston et M. A. E. Archibald, membre distingué de l'opposition, partirent pour l'Angleterre, en juin

1857, comme commissaires et députés par l'assemblée législative afin de régler définitivement cette question vitale pour la province.

Puissamment secondés par M. Samuel Cimard, les commissaires réussirent, en Angleterre, à la régler à l'avantage de leur province et à reprendre les droits à l'exploitation des richesses territoriales que l'acte de George IV leur avait enlevées. Le 22 février

1858, par un vote de 30 contre 18, la chambre ratifia la conduite de sas délégués à Londres. Ainsi fut réglée, à l'avantage de la colonie, par le ministère Johnston, l'une des plus importantes questions qui

avait si longtemps auparavant agité le parlement et les populations. Ce fut le 5 août de cette même année que les communications télégraphiques furent ouvertes entre l'Europe et notre continent.

Dans le discours du trône, fait le 24 février 1858, vSir Gaspard Le Marchand annonçait son départ. Il était promu au poste de gouverneur de l'île de Malte. Le comte Mulgrave le remplaça. L'adresse en réponse au discours du trône ne fut votée qu'à une très faible majorité !

Avec une chambre ainsi composée, il était bien difficile, pour un ministère, de faire adopter de grandes mesures. La position du parlement des Canadas-Unis était la même.

G-eorge Brown et ses amis y régnèrent quarante-huit heure ! Les administrations se succédaient les unes aux autres sans pouv oir rien accomplir. De là naquit l'idée de la Confédération. L'on sait comment elle se dévelopi^a plus tard. Cette année s'écoula en luttes acrimonieuses,

passionnées, éloquentes, mais souvent stériles. L'honorable secrétaire provincial paya constamment de sa personne. Les interpellations de 1 '.opposition, les attaques de ses adversaises, les sarcasmes de M.

Howe, les réparties de M. Young, trouvaient toujours le Dr Tupper préparé pour de vigoureuses répliques. La session se passait en récriminations. Cependant, le sujet des mines y fut discuté sous toutes ses faces, au grand déplaisir des mânes du duc d'York. L'on s'occupa aussi de nouveaux chemins de fer, et iout particulièrement du projet de l'Intercolonial. L'on proposa de plus une mesure pour amender l'acte concernant le conseil électif de la province. La session finit par Tune des questions les plus irritantes qui puissent se produire au sein d'un parlement, composé de députés appartonant à différentes dénominations religieuses. " Lea résolutions Younfj; " en furent la cause. Elles blâmaient le gouver-

nement au sujet de destitutions et de nominations nouvelles. L'on y mêla la religion ! Le débat fut acrimonieux jusqu'à la haine ! L'honorable M. Howe s'y déshonora par ses yiolences de langage. Il y dénonça amèrement la lettre des évêques catholiques, réunis en concile provincial, au sujet de l'éducation ! C'était ouvrir une plaie déjà cicatrisée, rallumer un incendie presque éteint. Jos Howe, malgré son brillant esprit, ne posséda jamais un jugement très sain.

Sa bouillante nature lui fit bien des fois manquer le but proposé, frop souvent ses passions l'emportaient sur sa raison. L'honorable secrétaire provincial, plus maître de luimême, le terrassait chaque fois qu'il y avait une prise d'armes. Si lutter contre un homme puissant est un indice de courage, le vaincre est la preuve de sa supériorité.

Sir Charles possédait des avantages que son adversaire n'avait pas. Il était plus calme, aussi bien ren-

seigné, plus diplomate. Il gagnait par sa libéralité ce que M. Howe perdait par son intolérance. Aussi se fit-il des alliés dévoués et fidèles. Le peuple aime la franchise. Il lui pardonne beaucoup. Un homme sincère et vrai est toujours respecté, même quand l'on diffère d'avec lui :

Si on ne peut l'aimer, l'on compte sur sa parole.

Honte à ces hâbleurs politiques qui vous rencontrent le sourire aux lèvres, pleins d'égards et de promesses qu'ils savent ne pouvoir tenir î

Ce sont des trompeurs. Leurs yeux qui osent à peine vous regarder, vous mentent comme leur main qui presse la vôtre. Ils ne peuvent ni ne veulent rien faire pour vous.

Ils ont cru vous duper ; ils n'ont gagné que votre mépris. Un véritable homme politique agit différemment. Il ne promet pas à la légère, il ne vous flatte pas en votre présence, il ne vous donne pas de fausses espérances. Mais il vous rend

justice chaque fois que roccasion s'en présente. Ainsi il gagne votre confiance ; il commande votre admiration. Yous le considérez d'abord ; vous l'aimez ensuite.

Le voilà sur le chemin de la popularité, car il a suivi la voie de la justice. C'est ainsi que le député de Cumberland gagna les faveurs populaires. Sa conduite lui assura de nombreux amis. Le 20 mars, seulement trois jours avant l'ajournement de la Chambre (1858), l'hon. Dr Tupper eut l'occasion de faire un grand discours sur " les résolutions Young." Défendant les actes de l'administration, il porta le fer et le feu sur le terrain de l'opposition avec une grande vivacité et une inflexible logique. Il démolit bien vite tout l'échafaudage ma,l étayé de ses adversaires. Il leur porta d'audacieux défis que ceux-ci n'osèrent pas relever. A chaque accusation personnelle, il opposait une réplique vigoureuse, une répartie habile, accompagnées de preuves

écrasantes. Il ne voulait pas rester débiteur de la gaiiche pendant la vacance qui devait suivre : elle en eut pour son compte. Son discours est un modèle de défense, de savoir, d'éloquence. M. Howe y fit une réplique acerbe, caustique et habile.

En 1858, la lutte fut parfois magnifique. L'Hon. Joseph Howe n'ayant alors que 54 ans, et dans toute la plénitude de ses facultés, animé d'une grande animosité contre le député de Cumberland, l'auteur principal de sa chute, il ne lui ménageait guère ses coups : celuici soutint fort avantageusement l'épreuve ; tous les genres de combats lui étant familiers. S'il préfère la bataille ouverte, l'attaque de front et à visière baissée, il sait se tirer à mers'eille des embûches tendues sous ses pas : les guérillas ne le surprennent jamais ; ses adversaires le trouvent toujours la face tournée vers eui. Son front rougirait d'une faiblesse ; son cœur s'indignerait d'une lâcheté. Inaccessible à la

crainte, il ne connut jamais la peur.

Il frappe en parlant, il parle en frappant.

Loin de reculer, il avance

beaucoup trop loin, soutiennent ses

adversaires; où il veut aller ,

répliquent ses amis. De fait, si le député de Gumberland est impétueux, si sa parole jaillit claire, mordante, agressive, avec une volubilité presque sans égale, si ses aifirmations sont si hardies qu'elles passent parfois pour être téméraires, il n'en est pas moins vrai qu'il a souvent porté le défi à ses adversaires de négativer ses dires et que ceux-ci ne l'ont pas très souvent osé. Sir Charles a les qualités du tribun. Sa voix est sonore, sa parole est entraînante, son style est correct, sa phrase incisive, son geste expressif, son maintien fier.

Il attire l'attention : il ne charme pas, il persuade : il n'entraîne pas.

il convainct. Loin de ménager, il flagelle, il soutient le courage des siens ; il démolit ses adversaires.

Plus ceux-ci s'acharnent contre lui, plus ceux-là ladmirent. Autant ceux-ci paraissent avoir confiance Il lui, autant ceux-là le redoutent.

.Servi par une mémoire très fidèle et des études sérieuses, le Dr Tupper ne s'en laissait jamais imposer par ceux qui l'attaquaient à la tribune, ou sur les tréteaux. Il corrige ses opposants avec certitude ; il énonce avec autorité ; il rappelle les circonstances, les faits, les dates avec une telle exactitude que l'on est obligé de se rendre. L'on sait qu'il se souvient. Voilà le Dr ïupper, tel que l'histoire parlementaire de la Nouvelle-Ecosse nous le dépeint dans les premières années de sa carrière politique.

La vacance parlementaire aiTivait : l'honorable secrétaire provincial ne devait pas la passer inactive. L'oisiveté n'étant pas dans son rôle, il s'embarquait bientôt pour l'Angleterre, chargé d'y faire prévaloir, auprès du gouvernement de

la mère-patrie, les graves intérêts de sa province.

Les questions de l'union des trois iDrovinces maritimes et du che- j min de for Intercolonial furent ébauchées, à cette époque, par la délégation de la chambre et les officiers de la couronne, en Angleterre. L'on préparait déjà le terrain ; il était évident que l'ancien système ne donnait plus de résultats satisfaisants.

L'honorable Dr Tupper produisit une très bonne impression au bureau colonial ; il s'y montra homme d'affaires et diplomate habile. Il conquit bientôt l'admiration, puis la confiance des autorités ; ce qui contribua au succès de sa mission.

Le comte de Carnavon surtout le in*it en grand estime. Ils restèrent toujours amis depuis ; ce qui fut d'un grand avantage au Dr Tupper dans la suite.

La Seiision de 1859

Nous sommes an 3 février. En : rande tenne, le comte de Mnlgrave •uvrait la session annuelle. Le discours du Trône était une surprise. 11 y avait de l'imprévu ! du neuf! Des communications avaient eu lieu entre le Colonial Ojfire et le (iouverneur-Général au sujet d'une fanion Fédérale des Provinces Maitimes. La Reine avait aussi reçu ivorablement l'adresse de l'assem- )lée au sujet du chemin de fer ! utercolonial. Soixante milles de oie ferrée avaient été parachevés ; i'ruro et Windsor étaient reliées à i Capitale. L'on avait parachevé asile pour les alifénés. Le gouernement ne s'était pas croisé les .ras pendant la vacance : Dans un jeune pays il y a tant de choses à réer, à parfaire ou à consolider.

\ussit6t après les remarques de . I . Ruggles, en réponse au discours

du Trône, l'hoii. M. "Wilkins, Solliciteur-G-énéial, donnait sa démission. Bien que restant fidèle à son parti, il ne Youlaii pas sanctionner la nomination de M. Dickey, au Conseil Législatif, ni l'envoi d'une délégation en Angleterre sans l'avis préalable de la ckambre. C'était faire acte d'indépendance, mais c'était exposer le gouvernement, surtout au commencement d'une session. Il fut remplacé par l'hon.

W. A. Henry. Le chef de l'opposition, Thon. M. Young, proposa, séance tenante, une motion de nonconfiance. Au cours de ses remarques, il flagella surtout le nouveau Solliciteur-Général, " comme ayant violé toutes les règles de la moralité politique, en abandonnant son parti." Ainsi la^bataille s'engageait chaudement. Le Hégime parlementaire n'étant encore qu'à ses débuts, les discussions étaient beaucoup plus virulentes qu'elles ne le sont de nos jours. La presse se montrait très provoquante aussi.

Lhon. Dr ïupper, objet des attaques continuelles de ses adversaires, icquit dès lors cette manière vigouense de réplique qui le caractérise, ant il est vrai que le milieu où il vit, exerce une irrésistible influence sur l'homme. Son tempéramment se modifie, son caractère se trans- .orme, sa nature change. La nouvelle session allait fournir de nouvelles occasions à. l'hon. Secrétaire Provincial de se mesurer avec l'op- )Osition, de se rencontrer face à ace avec ses adversaires. Young, Eowe, Archibald, Hanand, Weir '•t Anderson n'étaient pas à dédaiîj^ner. A cette époque tourmentée de l'histoire, âge d'enfance politique et de transformation économique, la Nouvelle-Ecosse comptait bon nombre d'hommes de talents supérieurs. L'hon. M. Johnson il 'aurait déparé aucun parlement ; sa grande éloquence était faite pour n'importe quelle tribune. Le député de Cumberland étant le plus redouté des orateurs, c'est sur lui

que s'acharnait l'opposition. Il lui rendait ses coups durs et forts. La session de 1859 vit la répétition de la précédente.

L'on y dépensa son temps en discours interminables, souvent en pure perte. C'était beau, ce n'était guère proiitable. Cependant ce fut l'une des plus brillantes époques de la tribune Néo-Ecossaise. C'était un peuple qui prenait un nouvel essor, qui naissait à la liberté.

L'éloquence du Dr Tupper résume bien l'un des côtés de cette époque :

elle est téméraire, hardie, affirmative, quelquefois violente, mais toujours sûre de son but, toujours certaine d'elle-même. Elle a imprimé un cachet spécial sur les débats de 1855 à 1864. La lutte y fut plus vive, plus vivante. Johnson et Young, Tupper et Howe en firent les frais principaux. Malheureusement, les questions d'appointement ou de destitution d'employés, absorbant trop l'attention, faisaient trop perdre de temps à la

chambi\', passionnaient trop le peuple, les grands intérêts en souifraient. Le chef de l'opposition scrutait tout avec énergie, science et talent. Il blâma sévèrement la députation envoyée par le ministère, pour agiter, en Angleterre, la question d'une confédération des Provinces, ainsi que celle de Tlntercolonial. On aurait dû discuter auparavant ces projets au sein même de l'assemblée. L'hon. M.

Tobin lui répondit ainsi que l'hon.

Secrétaire-Provincial. Celui-ci lit une défense vigoureuse des vues et des actes de l'administration.

Rien n'échappa à son investigation. Passant en revue les mesures de l'ancien cabinet, il les compara avec celles du nouveau gouvernement, et fit voir comment la gauche avait changé ses vu«*s sur ses anciens projets favoris.

L'opposition était sans i)rin(ipes fixes, sans progiamme arrêté. Elle se bornait à critiquer ; elle ne proposait rien de pratique. Le Dr

Tupper ne se contcn^^^ait pas de rester dans les généralités, il précisait les cas, les circonstances, les faits, les dates et les tergiversations de la gauche avec une grande vigueur. Celle-ci, incapable de répondre, rugissait impuissante. Le scalpel de l'inflexible docteur s'enfonçait dans ses chairs vives. E-epoussant avec indignation l'attaque faite par l'hon. M. Young contre le ministère, à l'occasion de l'appui que les membres catholiques lui donnaient, il disait : " Monsieur '' l'Orateur, aucune secte chrétienne " de cette chambre ne saurait être •' proscrite avec succès, et ceux qui " essaient de susciter une guerre '' de préjugés religieux et d'incrus- " ter le nom odieux de Proscription *' sur leurs bannières, failliront mi- " sérablement. Si le protestantisme " des chefs de l'opposition n'était '' pas de formation si éphémère et " si récente, ne commençant que " depuis leur renvoi du pouvoir, *• ils connaîtraient un peu plus.

qu'ils ne le semblent, le génie dn protestantisme, dont le principe fondamental est la plus complète comme la i)lus large tolérance. Le nouveau protestantisme de MM. Young et Howe se rapproche plus de celui de la Suède que de calui de l'Angleterre. Tout dernièrement encore l'alliance protestante d'Angleterre reprochait emphatiquement au roi de Suède l'expatriation de ses sujets à cause de leur foi catholique, en lui rappelant que le protestantisme reposait tout entier sur le principe de la plus grande' liberté de conscience :

celle que tous les protestants réclament pour eux-mém<*s." Puis tant la proclamation de la reine . ictoria à ses sujets de l'Inde, Ihon. Dr Tupper démontra quelle ue l'on entretenait dans h\ Mère- ';itrie à propos des <royan< es diverses : " C'tst notr<' désir formel, ^ ' disait la Reine, qun nos sujets de

•• soient admis librement et impar- •' tialement aux charges de l'Etat, •' selon leur capacité et leur inté- -'- grité à les remplir."

" Ici même, continue l'hon. Se- " crétaire-Provincial, sous le sceau '' de la royauté, nous avons les •' fondations, solidement assises, de ■' la liberté civile et relii>"ieuse, et " ceux qui s'efforcent de les déra- " ciner et de les détruire sont traî- •' très à la loyauté et aux principes •' britanniques. L'on a osé affirmer " en cette chambre que les catho- " liques n'appuyaient le gouverne- " ment que pour en obtenir des •' situations et des charges. Je " sens en justice que je dois à la " vérité de déclarer que ceci est '• absolument contraire aux faits et " qu'il n'y a jamais eu de partisans " moins avides de positions ofii- ' ' cielles que nos amis les catholi- •• ques."

Voilà le Dr Tupper se montrant toujours le même, sans préjugés, sans faiblesse, défendant la vérité

avec énergie, sans craindre les con-

quences, sans partialité. Voilà

iiomme que des ennemis, peusou-

ienx de l'honneur ont voulu faire

isser pour un fanatique. Un

matique, Thon. Dr Tupper !

Toute sa vie politique et toute sa carrière publique sont là pour infirmer cette inculpation, pour repousser cette flétrissure. Ses premiers discours, dans la chambre de la Nouvelle- Ecosse, furent en faveur de la liberté de tous, ses dernières paroles furent contre la . rannie des consciences. Il porte 'ujours le respect des opinions ligieuses très loin. Il n'était que >nséquent quand on le croyait artial. Nous verrons bientôt ses »lides discours au sujet de la berté de l'Enseignement. Si les rotestants de la Nouvelle-Ecosse ;nt fiers de Thon. Dr Tupper, les itholiques reconnaissants, n'en -ont pas moins glorieux. Il fut •ur ami quand on voulait les percuter ; il les protégea par nature,

les conseilla et leur rendit justir' par honnêteté. Homme aux yui -larges, il ne sera complètement apprécié, comme tous les hommes de talents supérieurs, du reste, que quand il ne sera plus au fort de la mêlée. L'impartialité commence là où la critique n'a plus de prise.

Or, l'impartialité est l'aurore précurseur du jour de la justice.

Le discours de M. Howe, en réponse à celui du Dr Tupper, surpassa en violence et en fanatisme tout ce qui avait encore été dit dans la chambre. Ce fut une diatribe furieuse et sanglante contre les catholiques. Le grand orateur, feignant un profond ressentiment, blâmant le gouvernement d'avoir fait fermer les bureaux publics et de s'être servi du drapeau pour les funérailles de Mgr Walsh, ne rougit pas de susciter les discordes religieuses, de descendre bas, de jeter les plus odieuses insultes à ses anciens alliés. La rage perdait l'hon. Joseph Howe ; ou plutôt, sa

Tiise ruinait le gouvernement. Il ne croyait pas lui-même aux sentiments qu'il exprimait ; son seul désir était de battre en brèche le parti ministériel ; son unique but était de surexciter les protestants contre le gouvernement, dans les élections qui devaient avoir lieu cette année-là. Les événements montrèrent qu'il visait juste ! Le peuple est ainsi fait : Il se crée des maux réels pour en guérir d'imaginaires. Une population s'excite facilement, mais ne lui fait pas entendre raison qui veut. M Howe poussait à une guerre de religion !

La Nouvelle-Ecosse n'échappera à ce malheur que par l'Habileté, le travail et les efforts du Dr Tupper et de ses amis. L'adresse fut votée par une majorité de cinq voix, après quinze jours des plus acerbes débats possibles ; les discussions religieiTses étant toujours ])his «'nvenimées que les autres

M. Howe connaissait i»- imam.

1 disait aux ministres des diverses

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lonté, il est impossible qu'il ne tombe pas dans quelque acte de démence. Howe a terni sa réputation, on cette occasion. Il ne suffit pas à un chef de commander avec talent, il faut encore le faire avec la sagesse et la modération exigées pour les sentiments des autres. Le piédestal élevé audessus des iTiines fumantes de l'intolérance, s'écroulera bientôt.

Joseph Howe avait posé des principes de mort, et semé des causes de mines ; il n'a récolté que les fruits amers de ses perfides semences.

Brisé, anéanti, humilié, le vieil athlète, fatigué de ses luttes, sera obligé de reconnaître le triomphe de ses adversaires, de s'attacher au char de ses vainqueurs, de renier son passé, d'adorer le nouveau soleil et de se rallier au Dr Tupper, après l'avènement . de la confédération : Saturne détruisit ses enfants ; le fanatisme se suicide lui-même.

11 est toujours si dangereux de jouer avec 1" ^*^" ' Esprit vf^rsaiilc

et remuant, le vieux chef réformiste s'entendait bien mieux à saper les bases de l'ordre qu'à les reconstruire ou les consolider. Il avait peu d'idées pratiques d'administration. 8ir Charles Tupper était tout le contraire. Aussi resta-t-il vainqueur absolu à la fin de sa longue lutte contre l'hon.^M.

Howe.

Les estimés requis de la législature étaient de iîlô9,495.00 pour l'année fiscale. L'allocation au chemin de fer entraîna une autre discussion : Tembrapcliement de Truro à Pictou eut cet honneur.

La question McLean, shérif démis de Cumberland, fit aussi perdre un temps précieux à la chambre. Le gouvernement n'ayant point consenti à rouvrir l'enquête, ne fut soutenu que par une majorité de deux voix. Puis après avoir passé un bill pour la redistribution des sièges, afin d'assurer aux dix-huit comtés de la province une représentation plus égale et plus juste, la

chambre s'ajourna, le 21 mars 1851-».

après une session de sept semaines, passées en discussions irritantes et de nature à faire désespérer de réconcilier les partis, de ramener l'entente et de faire de nouveau régner la paix ! L'heure des élections générales était mal choisie, à «:ause de la surexcitation populaire. La majorité, séduite par les déclamations fanatiques de M.

Howe, allait renverser l'adminis- 1 ration Johnson pour la remplacer par une autre, prise dans le camp de ses adversaires. Le gouvernement responsable, avec la position respective des partis dans toutes les provinces du Nord de l'Amérique Britannique,devenait un leurre, une impossibilité. Un remède y "'^ra appliqué un peu plus tard.

Retour des Libéraux (1860-61). Visite du Prince de Gallei*

L'hon. M. Howe avait soui.vr k dessein la population. Les élec-

tions du printemps de 1859 ramenèrent les deux partis, également divisés en chambre. Les Eéformistes, prétendant avoir la majorité, anxieux de laisser les froides régions de l'Opposition, sollicitèrent le Grouverneur, dans un mémoire adressé à cet effet, de vouloir bien assembler la chambre au plus tôt.

En juillet de la même année, le Dr ïupper notifia les pétitionnaires au nom du Gouverneur, que celuici ne pouvait accepter d'autre avis que celui de ses aviseurs responsables. Le Gouverneur restait ainsi dans les strictes limites de la constitutionnalité. Il se maintint dans les bornes assignées aux représentants constitutionnels que l'Angleterre envoie dans ses colonies.

L'agitation était extrême dans tout le pays : la conduite du comte de Mulgrave fut diversement appréciée. Mais une connaissance plus approfondie des devoirs d'un représentant de la Reine aurait convaincu tout homme impartial, que

it' G-ouverneur n'avait fait que son devoir. L'opposition était impatiente : le ministère espérait encore.

L'on se réunit en janvier 1860.

Avant même de vaquer à la nomination d'un Orateur, Thon, premier ministre déclara que plusieurs députés, élus en fraude de la loi, n'avaient pas le droit de siéger en parlement. Il dénonça nommément tous ces députés ainsi élus, bien que tenant des charges sous le gouvernement, lesquels les rendaient inhabiles à siéger et invalidaient par là même leur élection.

L'on ne tint pas compte de ce protêt et ces représentants, inféodés à M. Young, encouragés et soutenus par M. Howe, persistèrent à prendre leurs sièges ! Ce fut encore une autre source de trouble pour la province. Le cas n'étant pas prévu par les Statuts, il fallu admettre ces députés, quitte à les faire disqualifier plus tard.

La gauche, forte de ces adhésions, élut M. Stewart Campbell, son

candidat, à la présidence de la chambre à une ma-jorité de trois Toix contre M. Wade, candidat du gouvernement. Il s'en suivit une lutte constitutionnelle dans laquelle, de part et d'autre, l'on montra une grande habileté ; le Dr Tupper fut infatigable. Le ministère demanda que l'on fit une enquête sur la légalité de six élections que l'on prétendait invalides, mais il fut encore défait par une majorité de deux voix. Le G-ouverneur, avisé de dissoudre le parlement, refusa de se rendre à l'avis de ses ministres ! Ceux-ci avaient auparavant dressé un mémoire qui fut envoyé en Angleterre, et dans lequel ils exposaient leurs vues au sujet de ces élections faites en fraude de la loi. La réponse du Procureur-Grénéral d'Angleterre fut que la chambre seule avait le droit de connaître de ces illégalités et que le remède résidait dans son sein. La fraude électorale était pourtant palpable !

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