‹ Biographie de Sir Charles TupperChapitre 6 sur 12 · Depuis la Confédéral ion · texte numérisé non relu

Depuis la Confédéral ion

Nouvelle-Ecosse $11634,025

Ile du Prince-Eiouard 935,667

NouveauBrunswicl: 14,609,111

Québec 22.373;72:i

Ontario 32,441,313

ManiLoba C 352.913

Territoires du Nord-Ouest 3.061,532

Colombie Britannique i, 919, 022

Divers travaux communs 125,230

Total $96,'i53,7i5

" La plus grande partie de cette somme a été employée, sur les chemins de fer, par le gouvernement même, savoir $69,o72,532, tandis

que 21, y.jT, 130 autres piastres ont été accordées, sous forme de subsides, à divers autres chemins.

Les canaux ont absorbé $42,245,- 478, desquelles, plus de 23 millions ont été dépensés, depuis la Confédération ; les bâtisses publiques ont pris $16,540,334 de plus, depuis la même date, les havres et briselames $'6,046,952 ; les phares, les lumières et les bouées §2,677,738.

Ceux qui trouvent à redir(^ à notre dette feront bien d'examiner les raisons de son existence."

La construction du Pacifique fut la condition dnc qiia nOffde l'entrée de la Colombie Britannique dans la Confédération. Le gouvernement «'y était engagée ; en honneur, le pays devait le construire. Du reste, si dous devons former un pays distinct des autres en Amérique, il convient que Ton ait un accès facile dans toutes les parties du Territoire, et cela, sur notre territoire même. Tout le monde s'accorde à ce sujet, en principe.

Le Pacifique, jointe rintercolonial, est le trait d'union de toutes les provinces. Cette ligne, qui s'étendra d'un océan à l'autre, traversera 4,500 milles de pays fertiles, en général, et capables de nourrir une population aussi nombreuse que celle des Etats-Unis. Quel immense projet bien propre à enthousiasmer un homme moins ardent et moins patriotique que Sir Charles Tupper !

Entrant parfaitement dans les vues de ses collègues, l'IIon. ministre des chemins de fer se mit à l'œuvre, avec son ardeur ordinaire. Il n'a rien perdir de son activité accoutumée. En chambre, sur les trétaux, dans les clubs, à son bureau, partout, il traite le grand sujet du Pacifique avec clarté, précision et méthode. Il convainc tout le monde de la possibilité d'exécuter ce travail de géants. Il entrevoit là un grand avenir ; il ouvre de vastes zones à l'émigration et aux progrès. Le Canada, à ses yeux, devient un grand pays. Le 12

Mai loT'.'.coiicluaiit Tuu de ses discours, par un magnifique panégyrique de notre pays. Il disait :

^' Que 10,000 des meilleurs " hommes du Canada se précipi- " taient, de ce temps-ci, vers le *' Nord-Ouest pour y ouvrir un " pays fertile, grand et prospère.

" J'ai parlé des obligations addi- '• tionnelles que le gouvernement " sera obligé de donner et des " moyens de les rencontrer. Il n'y " a pas un Canadien, ayant une '' étincelle de patriotisme au cœur, " qui ne s'.enorgueuillit point de " notre Canada, en songeant que " notre pays arrosé, par deux grands " océans, est aussi grand que l'Eu- " rope entière, à part l'Italie et " l'Espagne. Non-seulement, nous " possédons ce grand pays, mais " aussi tous les avantages naturels • que la nature y a mis à profusion ; ' avantages bien propres à faire df *' notre beau Canada un Etat grand " et prospère. Nous y possédons '• 200.000,000 d'acres de terres des

" plus fertiles du monde, et habitées " par un peiiple, qui, bien que " ne comptant encore que 4,000,000 " est bien l'un des peuples les plus " industiieux, les plus entrepre- / " nants et les plus intelligents du " monde entier.

" Dans ces circonstances, ne " serait-ce pas trahison de la part ' *' d'un homme d'Etat canadien de j " ne pas faire tout en son pouvoir ; " pour construire cette longue ( " chaîne de voie ferrée, qui devra " être un moyen d'union, d'un " bout à l'autre de cos vastes terri- " toires ?

" Nous ne devrions pas faire un " vain appel au patriotisme des " Messieurs de la gauche ; et au / " lieu de pousser le vieux cri " d'opposition, au lieu d'exciter un " seul sentiment capable de nuir à " nos efforts, c'est du devoir de *' tout bon patrioie de s'unir en " faveur de cette grande entreprise ; " de mettre de côté ses préjugés " ses rancunes, ses animosités pour

• contribuer à paracliever la grande " œuvre du Pacifique, qui sera " comme le couronnement du '• ^^and édifice de la Confédération '• Canadienne, en Amérique. Du

• reste, tous les partis politiques se

• sont engagés en honneur, à la " construction de cette grande voie

• ferrée, et je ne doute pas que chacun tienne à accomplir sa

•' promesse; à faire respecter sa • parole donnée."

Le Nord-Ouest et le Pacifique.

Vers 1G70, le Prince Eu])ert s'était fait céder un privilège exclusif de chasse et de commerce sur toutes les terres, s'étendant entre la Baie dlludson et les Montagnes-Iiocheuses. Et cela, pour un castor — les cMstors ont toujours été si /récieux — et deux peaux d'ours que l'on devait donner, au Souverain d'Angleterre, en signe d'homnage. Que c'est commode d'être

lU

cousiji de rois ! La compagnie de la Baie d'Hudson fut formée. C'est cette puissante compagnie qui occupa ce vaste territoire jusqu'à son achat par le gouvernement canadien, en 1809. Elle y exerça un monopole exclusif de commerce jusqu'en 1849, époque à laquelle le père de Louis Riel la força d'accorder un peu plus de libertés commerciales aux gens du pays.

Lord Selkirk est le premier qui ait fondé un établissement permanent au Manitoba. 11 n'y avait jusque là que des postes de commerce.

Cet essai de la colonisation sur les bords de la Rivière-Rouge, à la Pointe Douglas, au commencement de ce siècle, ne fut guère heureux.

Cette colonie fut dévastée, souvent par des lieaux divers et surtout, par les employés de la compagnie du Nord-Ouest, dont le siège principal était au Fort William, à li tête du Lac Supérieur. Cette compagnie était en guerre continuelle avec celle de la Baie dlludson.—

lloiiw komi/iis lupus. L'homme est un loup pour .son frère, est toujours vrai, — au fond des plaines sauvages de l'Amérique comme sur les théâtres civilisés du vieux monde.

Ce ne fut qu'en 1816, après toutes sortes de vicissitudes, que Lord Selkirk, dont l'énergie indomptable semblait grandir ave<' les difficultés, réussit à faire produire le blé nécessaire à sa colonie.

11 avait dû importer sou blé de semence de Dubuque, lowa, sur le Mississipi, d'une distance de plus de sept cent milles ! La réunion des deux compagnies rivales, vers 1840, ramena lapaix dans la colonie.

Les anciens coureurs de bois, trappeurs, chasseurs et facteurs de la compagnie, s'étant mariés dans ce pays, avec des femmes sauvages, s'y fixèrent diffinitivpni«nt et y créèrent cette forte race de Métis, qui participent de leur double origine, si amis de la liberté, si fières de leur indépendance. L'on acheta leur pays sans les consulter ni leur

donner de garanties î Ils s'insurgèrent et obtinrent tontes les prérogatives des hommes libres et des provinces sœurs plus avancées. Ce résultat est dû à l'énergie des Métis d'origine française, surtout.

Après la construction des barricades, en simple clôture en pieux, élevées sur le bord de la Itivière Salée, à St-Norbert ; barricades qui prévinrent l'entrée au Fort G-arry des émissaires du gouvernement, — le jour de Noël 1869, le Major Cameron, gendre du Dr Tupper, d'une grande bravoure et d'un grand sangfroid, avait essaye de franchir cette barrière. " Take away that fence ", avait-il dit aux Métis qui étaient de garde. Pour toute réponse, ceux-ci tournèrent la bride de son cheval et forcèrent le Major à rebrousser chemin. L'on ne rit pas avec des Métis en guerre ! Les bagages de madame Cameron, fille de Sir Charles, ayant été saisis par le gouvernement provisoire, celuilà se rendit au Manitoba et pénétra

'Jl

même jusqu'au cœur du pays assiégé î II devint Phôte des Religieuses de St-Norbert. La plupart de ces femmes dévouées étaient des Métisses. Le Dr Tupper fut des plus surpris de rencontrer tant de délicatesse, tant de dévouement, tant d'amabilité et tant de vertu chez une nation que Ton disait si peu civilisée ! C'est que la religion, cette grande civilisatrice des peuples, avait déjà semé ses nombreux bienfaits, dès longtemps, dans ces régions lointaines et à demi barbares. Mgrs Provencher, Grr ndin, Laflèchc et Taché et leurs zélés compagnons, s'étaient sacrifiés pour ces pays. Les Protestants y avaient aussi nombre de missionnaires.

Sir Charles eut alors une entrevue avec ]^ autorités de Fort riarry ; entrevue qui aida beaucoup à ramoner la paix et l'harmonie dans la Province. La <;ause des Métis, vue d'un œil impartial, est bien différente de ce qu'elle paraissait alors, au milieu de la sureici-

liéfw

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Ittitcïilib

tmàn nxv^ î'oncf r(^.^'e'onTO La paix fut rétablie à la si; compromis effecté entre le nemeiit fédéral et l'abbé et M. Scott, délégués de 1 boia. Celte colonie qui ]i tait, en 1831, que 2,390 a avait environ 12, 228 lors} »-llr!lPf f entrée dans la Confédération |,| j

"Winnipeg, l'ancien Fort i(îiijh|r capitale de "la Province dii Maiii toba, n'était alors qu'unpetJjt J:^Di.i de 450 âmes. Cette ville eil près de 20.000, aujourd'hui

La construction du che»

Pacifique a été cause immense progrès, qui n'a eii i dans aucun pays du monde

Après la pacification dti l'émigration se mit, bien affluer dans le Nor^-Ou^ Manitoba se colonisa rapi<l^'iiû Le Pacifique causait de gn barras au ministère. Celui-ci, après avoir constaté l'impossibilité de construire cette grande voie ferrée avec les ressources delà Puissance,

ni.

crut devoir, en 1880, former une compagnie qui se cliarg'erait de cette œuvre grandiose. En conséquence, un syndicat fut formé, composé d'hommes énergiques et habiles. Cette puissante compagnie pousse, avec une activité sans exemple, les travaux de construction du chemin. Déjà, toutes les plaines, longues de 900 milles, entre AYinnipeg et les Montagnes- Eocheuses, sont traversées par le chemin de fer.

Le pays a abandonné le chemin au syndicat et lui donne, en outre, §25,000,000 en argent et 25,000,000 d'acres de terres, pour le parachèvement de ce chemin.

Ce chemin sera le couronnement de le Confédération, le trait d'union entre toutes les parties de son vaste territoire. C'est à cette oeuvre immense que furent vouées les dernières années de Sir Charles. Il y a mis toute son indomptable énergie, toute son activité et toute son habilité. Attaqué .souvent, et

dans la presse et dans les chambres, il s'est défendu avec vigueur, habileté et talent. Ses discours en parlement, sur ce sujet, sont marqués au coin de la science et du patriotisme. Ils formeront une page importante de notre histoire. Que réserve l'avenir à la Confédération ?

nul ne le sait. Mais il est raisonnable d'espérer, — si l'harmonie continue, si les droits des minorités sont respectés, si l'es^irit centralisateur ne s'accentue pas trop, — de beaux jours pour le peuple canadien.

L'indépendance, qui est le but de toutes les nations, semble venir au devant de nous, s'il faut en croire les paroles du marquis de Lorne, en réponse à l'adresse du Parlement, lors de la prorogation des chambres, à la dernière session.

Yoici ce qu'en dit le Star, de Montréal :

" Un grand contentement se manifeste aujourdihui parmi ceux qui sont favorables à l'indépendance

du Canada, a ioceabioa do la réplique du marquis de Loriie, à l'adresse des Chambres. Dans sa réponse, Son Excellence admet qne le Canada a le pouvoir de taire des traités, sur sa propre responsabilisé, avec les nations ♦'trangères et que notre Haut Commissaire est nommé pour favoriser nos négociations avec le Foreign Office.

Ceci est considéré, par les avocats de l'indépendance, comme important et significatif à cause de la correspondance qui a été publiée dernièrement, entre le Canada et le Foreign Office, laquelle niait positivement aux Canadiens le droit de modifier leur tarif en faveur de la Jamaïque, en considération de la même faveur accordée, par cette dernière, à notre Puissance — En d'autres termes, Ton nons niait le droit d<* négocier nos traités de commerce.

Ce qui tend à adm^'ttre les ])rétentions de Sir.Tohn, de MM. Blake

et Mackenzie, et c'est certainement une grande concession qui nous est faite par le gouvernement Impérial ; car, il est de toute évidence, que le Marquis de Lorne a été autorisé, par le Bureau Colonial, à faire cotte importante déclaration."

XAVIII

Progrès du Canada dans le commerce, la fiavigation et la science politique, etc.

8ir Charles Tupper a laisse notre pays, dans des circonstances favorables. Partout il y a progrès, dans les sciences, dans les arts, dans l'industrie, dans l'agriculture, dans le commerce. Le progrès moral se tient aussi au niveau des progrès matériels :— nos statistiques criminelles en font foi. —

De fait, le succès a si bien couronné les efîbrts dti peuple canadien que, le 2 juin dernier (1883,) au banquet donné à Sir Francis lïincks, à Montréal, M. Cxeorge

:iagi;..% ger;iii[ (i>i ia Banque des i^Iarchauds et Mr T. W. lîcnsliaw, rr»}sident de la chnmhiv lo.>ale de commerce purent àiïc : i^-. premier :

• Le capital payé des banques, en juin 1858, était de $17,688,000 ; en avril 1883, il était élevé à 154,700,008. La circulation qui, en juillet 1838, n'était que de .^7,850,000 attpigiiîiiî, en 1883, en y comprenant le-^ biH-ns de la Puissance, $45,500,000 1

Les dé pots de toutes sortes, en juin 1858. étaient de $0,100 nos, et ^^n 1883, de $133,000,000.

L'es«;ompte, en 1858, s^^ montait à $30,000,000 et A ^ 1^0,000,000, en

Le oommen c, < .. ro50, était de $40,000,000, en 1808, de $130,000,- 000 et en 1882, de $221,000,000.

Le commerce du Canada, «»n 1881, a été plus considérable, proportion gardée, eu égard à la population respective des deux pays, que celui des Etats-Unis ; notre marijie. en 'gardant la même

proponioii, a fait qiiaiie lois plu:< d'afi'aires que celle des Américains.

Ces faits démontrent .que nous avons fait des progrès plus rapides qu'aucune autre nation, dans le même espace de temps. "

M. Ilenshaw confirmait les données de Mr Hague et répétait que les importations, dans le port de Montréal, étaient, en 1835, de $3,543,600 et les exportations de $1,150,270 ; En 1840, les importations étaient de $5,428,262 et les exportations de $1,593,711. La progression continua toujours en augmentant. Ainsi, en 1872, nos importations s'élevaient à $35,106,948 et nos exportations étaient de $10,935,228. En 1880, nos importations étaient de $42,412,648 et nos exportations de $32,246,041 ; Enfin, en 1882, les importations de Montréal s'élevaient à $50,527,497 et les exportations à $36,503,001, démontrant ainsi une augmentatation de quinze par cent^ dans nos exportations, pendant la période

'•couifo, enire ib^-j et ibb-. La même augmentation est constatée dans le tonna g*e des vaisseaux — de toutes sortes qui fréquentent le port de Montréal. — Le tonnage qui n'était qu»» de 152,143, en 1835, s'est élevé à 1,000,000, en 1882 !

Le tableau suivant du commerce est la meilleure preuve des progrh commerciaux du Canada depuis quinze ans.

-r^T-y^i f.t-c pvr.op.

TOTAL DES IMPOR- TATIONS

S57.ÔG7,88N

70,41ôJG5

7i,l73,Gl8

sO,789,922

:7,>sf;/«7')

'.ii;

Le Canada est représenté, au Sénat et aux Commnues, par un bon nombre d'hommes de talent qui lui font le plus grand honneur.

Sir John MacDonald conserve toujours son énergie, sa vigeur de corps et d'esprit, son tact et sa souplesse. Sir Hector, possédant les nombreuses qualités de Sir G-eorge Cartier, peut ' administrer n'importe lequel des départements publics ; Et même, au besoin, il peut les administrer tous à la fois !

Tant il a l'habitude du travail, et l'esprit méthodique.

De fait : Sir John A. MacDonald, Sir Hector L. Langevin, Sir Léonard Tilley, Sir A. Campbell, les Hons.

D. L, Macpherson, A. W. McLelan, M Bowell,P. A. Caron,Pope,Carling, Castigan, Chapleau, Blake, Mac- Kenzie, Laurier, Cameron, Dalton McCarth y, Joseph Royal, A. Ouimet, P. A. Landry, J. G-. Bossé, Abbott, Amiot, Baker, Beaty, Bergeron, Bergin, Bossé, Burns, Cameron, Charlton, Colbv, Casgrain, Coursol.

Curran, Davis, Dawson, Do St- Georges, Desjardins, Dupout, .T.

Farguson,Fortin,GJgault,Giroriard, Houde, Ives, Skirkpatrick A. G. P.

II. Landn',P. A. Landry,MacMaster* Mackintosh, McCarthy, Mitcliell, Orton, Ouimet, Paterson, Rinfret, Royal, Ilykert,Tafisé,Yanasse,'\Vood, Alonzo AVright, etc , et Thomas White.doiit l'éloquence et la science politique sont bien connues, pour ne parler que de la Chambre des Communes, sont des hommes qui feraient honneur à n'importe quel pays. Et, plusieurs d'entr'eux n'ont certainement pas de supérieurs sur le continent Américaiii, comme éloquence, comme science, comme patriotisme et dévouement.

Sir C/if/r/es Tupper, IIiu/l Cammi,^saire rnfiridicn h Londres.- D/sropys de Sir Char/es à hi rh ambre de rnnnnfri f de Derhi/.

Lii \iv. poitique us«' en peu de temps les plus fortes constitutions;

Sir Charles a subi la loi commune.

Depuis quelques années déjà, il soufire des maux de gorge qui nécessitent un repos. La résignation de Sir A. T. G-alt, comme Haut commissaire canadien à Londres, ouvrait une nouvelle carrière h l'hon. ministre des chemin de fer.

Sa nomination, à ce poste important, a été publiée dans la Gazette Officielle du seize juin dernier(1883).

Avant son départ pour l'Angleterre, les amis du nouveau Commissaire Canadien à Londres, lui donnèrent un grand Banquet, à Halifax. Celui-ci eut lieu le 14 Juin dernier (1883). Des personnes, de tous rangs et de toutes conditions, se pressaient autour de la salle de ce Banquet ; ce fut une fête générale dans la Nouvelle- Ecosse. Sir Charles, en réponse à sa santé, y fit un grand et éloquent discours qui fut applaudi, avec un indescriptible enthousiasme. L'éloquent orateur passa en revue toute sa carrière et ce qui avait été fait,

dans le pays, depuis son entré m politique, tant dans sa provint e natale que dans la puissance du Canada. Ce brillant rés^^wé servira à l'histoire canadienne.

Malheureusement, le peu d'espace nous empêchera de reproduiro ici cette éloquente revue des principaux événements. La plupart des journaux l'ont, du reste, reproduite dans leurs colonnes.

Sir Charles laisse pour rappeler son nom et sa mémoire, d'une manière plus vivante, dans noLrf Chambre des Communes, l'un de ses fils Mr C. H. Tupper, M. l\ pour le comté de Pictou. C'est < e jeune député qui a eu l'honneur d;^ proposer l'adresse en réponse au discours du Trône, au commencement de la session de 1883. Il s'en est acquis avec grand succès et grande satisfaction pour son honorable père, qui siégeait encore alors sur les banquettes de la droite, en qualité de ministre des chemins de fer ^t (h's Canaux du Canada.

Les Provinces maritimes soutiennent leur réputation. M. J. Wood.

le nouveau député de Wcstmorland K B. le vainqueur de 8ir Albert Smith, fut appelé à seconder cette adresse,— Son discours tut aussi un très grand succès : — C'était de la belle littérature, des pensées nobles, bien exprimées, et des sentiments justes parfaitement touchés. La Chambre entière félicita unanimement les deux nouveaux députés, au sujet de leurs remarquables discours.

Il est de notoriété publique que Sir Charles a déjà rendu de grands services à notre pays, depuis qu'il occupe sa nouvelle position, en Angleterre. Toujours actif, très bien renseigné, exprimant ses idées avec une facilité et une lucidité étonnantes, animé d'un patriotisme éprouvé, Sir Charles est bien l'homme qui convenait à ce postr distingué. " The right nv.m in the right pin ce. "

iuUL deriiieieinL'iiL le Cauud/t/i r'azeite, du 11 octobre 1883, résumant le discours que Sir Charles enait de prononcer au diner de la chambre de commerce de Derby, lisait :

' Le Haut Commissaire, appelé à

épondre au toast porté aux Colo-

?iies Britanniques, par M. Wills,

A. P. saisit cette occasion pour

'aire connaître, à cette assemblée

es principaux marchands du pays,

•î Canada et ses ressources : Son

liscours a été accueilli avec très

Tande faveur. "

Au cours de ses observations, Sir Charles fit remarquer tous les progrès accomplis depuis la coni'édéation ; de plus, il expliqua la raion des changements apportés dans otr<î tarif. Les Etats-Unis, avec cquels nous vivonî> en parfaite larmonie, nous en avaient donné "exemple. La gaern» de sécession lous fut avantageuse ; ce fut une ==pèce de protection accordé©^ nos inanufacturcs. Mais, depuis la fin

de ia guerre, lindiistrie américaine, ayant repris son assiette, refoula la notre et lui ferma môme Tentrét' des Etats-Unis. Ainsi les circonstances, où se trouvaient alors nos manufactures, furent tout à fait modifiées, dans un sens défavorable.

Le commerce diminuant ; les dificits, dans le revenu, nous mettaient dans l'impossibilité de faire face aux exigences croissantes de notre nouveau pays et ruinaient notre crédit. Yoilà ce qui engagea le gouvernement à établir un système de protection. L'elfet en fut considérable ; ^Ic résultat des plus lieureux : Ce qui nous mit (Mi état de développer nos ressources, notre commerce, nos industries. Ainsi, la prospérité revint et avec elle l'immigration, le travail et le bonlieur.

De ce moment là, il a été possible de continuer la grande œuvre de la construction du Pijciiique et celle, non moins patriotique, de i. coloniilation du Nord-Ouest. L avantaLfes v î-ont si coiisidéiablt-

que les immigrants vuuu de préférence, dans notre pays maintenant.

Le Pacifique se fait avec une telle rapidité qu'à la fin de Tannée 1885, Ton espère pouvoir transporter, dans un char Pullman et sans changement, les passagers d'Halifax, sur l'Atlantic, à Port Moody, sur le Pacifinuo. distaiicf de 4000 milles '

Tout c»*ti ^ L'.><L lail MiUîs, pour cela, diminuer notre commerce d'importation d'Europe. Le développement de nos voies ferrées de rOuest aura un effet avantageux pour l'Angleterre, qui pourra faire venir, parla Colombie britannique, le grain et la viande du Canada.

Du reste, chaque émigrant qui va au Canada y consume quatre fois plus de ]>roduits anglais que s'il allait aux liltats-Unis ; l'Angleterre est doue intér«'ssé<î à cette question du développement et de la colonisation de nos terres de rOuest.

Cette faible an:ilyse,dc.s judi<*ieuseB TPmnrqu*»s do Sir Chnrles- Tuppcr,

est suffisante pour en démontrer toute l'importance,

De fait, ce discours est de nature à faire apprécier davantage le Canada, aux yeux de l'Europe. Sir Charles continue donc, en Angleterre, sa vie de travail et de dévouement à son pays.

C'est par les œuvres que l'on reconnaît le bon citoyen. Sir Charles Tupper a fait tout ce qu'il a été en son pouvoir pour promouvoir les grands intérêts publics. Il a pu se tromper, comme tout homme, sur les moyens à adopter ; »on but a toujours paru louable.

Personne, — même ceux qu'il a combattu à outrance, — ne lui contestera jamais sa grande énergie, son amour du travail, son activité, sa lucidité, son coup d'œil profond et sa grande éloquence.

S'il a commis des fautes, elles lui seront pardonné es, car il a beaucoup aimé son pays, et surtout sa chère province natale. Et il peut dire, partout où il sera :

Quelque suii mon Ueatin, ô ma Nuuvelle-Kcoase, — Doux nid que le devoir, dans ea rigueur atroce. M'ordonna de quitter, — jusqu'au dernier soupir Je promets de garder ton tendro souvenir !

A tes mont? que l'étC couronne de verdure, A ton sol généreux qui donne sans mesure. Aux c<ltei de granit qui te font un rempart, J'accorde roloatiers de mon coeur une part !

Dans tes vieilles furets, grandw c«>mmo un rojaume,

Tjc sapin résineux répand son doux ar<)me :

Et, défiant toujours l'ouragan furieux,

I^ chêne V drwse aussi ion front m^je^tueux I

Puis dans les champs rayonne, à travers la rosée. L'ne fleur que ma main a souvent caressée ; Sen nom est : Mo;i jîounr ! l'orgueil de l'Ecossais, Témoin de ses malheurs et de touf ?"« succi^s...

Je n'aurai plus i»cut-étre, un jour, l'heureuse chance De |>ouToir t'admirer, lieu cher de ma naissance I Maifl du moins quand mes yeux verront la MaijJioi>'«v, II* la contempleront longtemps avec bonheur.

Adieu, Nouvelle- Kcosse, (S ma hclle patrie ! Qaoiqa'éloigné de toi, je t'aime à la folio ! Si lei ans entre nous passent comme les yot«. Mon amour gmndirîi nourri pnr mes sanglot*.

Sir Charles Tupper et fios nouvelles relations avec la France. — Remarques a ce sujet.

La plus sûre condition d'un peuple, est celle de l'agriculture.

Le commerçant, le banquier, l'homme de profession, le mécanicien, ne sauraient jamais compter sur un lendemain assuré. Un revers de fortune, une perte imprévue, une baisse de valeurs, une crise monétaire, une grève forcée viennent, en un jour, détruire le fruit Ndu travail de plusieurs années, et jeter dans la miëère des familles entières.

L'agriculture, au contraire, offre un avenir assuré, certain et paisible à ceux qui s'y livrent. Quel noble état que celui de l'agriculture ! quelle indépendance ! quelle vie heureuse ! La terre est l'une des sources les plus fécondes de la richesse d'un peuple. Mais, quand

elle produit au-delà do ses besoins, , naturellement,celui-ci doit s'efforcer d'échanger ses produits pour d'autres de nature différente, que son pays ne pourrait produire.

De là, l'échange et le commerce.

Jusqu'ici, l'Angleterre, jalouse de ses droits, ne voulut jamais nous donner le privilège de traiter librement, avec les autre^fe nations, relativement au commerce. Mais, placés comme nous le sommes, le cabinet de St-James, sentant trop bien qu'il ne pourrait, sans de graves froissements, nous retenir plus longtemps, sous le coup de sa dépendance commerciale absolue, semble avoir enfin consenti à notre émancipation commerciale, la seule que nous désirions, pour le moment, de la part de la mère-patrie.

En conséquence, il devenait nt'cessaire de nous affirmer comme nation libre et de déléguer, vers les pays étrangers, un homme capable de nous représenter dignement et habilomeiit. Sir Charles Tupper fut

l:.js

choisi pour ce poste honorable et important. Il a fait beaucoup pour le pays durant les six mois qu'il vient de passer en Europe. Et, si le télégraphe dit vrai, il aurait réussi à jeter, tout dernièrement, les bases de nouvelles relations commerciales avec la France : ce qui aura un très bon effet, sur les deux pays. Après notre abandon, la France ne s'occupa plus de nous ; mais l'enfant peut-il jamais oublier sa mère ! les canadiens l'ont toujours aimée et ce sera l'un de leurs jours heureux, celui où, librement et sans entrave, ils renoueront des rapports d'affaires et d'amitié avec leur ancienne Mère - Patrie. Le Canadien-français est loyal à l'Angleterre ; il lui a promis sa foi politique, et sa parole, une fois donnée, c'est pour toujours ; mais son cœur et sa sympathie il on est resté le seul maître.

L'Angleterre le sait bien et nous respecter aujourd'hui d'avantage.

La France aura tout

abaisser ses bai-rière.s devant nos produits ; car,enécliauge5ellepourra nous envoyer ses Tins-, ses fruits, ses soies et l'excédant de ses objets manufacturés, les plas perfectionnés du monde. Le gouvernement fédéral aura fait un acte des plus importants, quand un pareil traité sera accompli. Il n'y a pas longtemps que la France, se voyant enserrée en Europe, a commencé à tourner ses yeux vers ses anciennes colonies. Sous le premier empire, elle n'eut pas môme le temps de songer à ses propres affaires ; sous le deuxième, sa croissante prospérité matérielle lui fit aussi perdre de vue ses relations extérieures. Ses tarifs prohibitifs éloignaient d'elle, du reste, tous les commerçants du monde. Le résultat en sera encore plus avantageux pour elle que pour les Canadiens. Klle apprendra à notre contact à devenir plus pratiqua. Qu'elle nous envoie ses honnf'tes commerçants, ils seront reçus il cœur ouvert. Qu'elle cesse de

professer les dangereuses théories qui la ruinent et la placent aux yeux de l'univers, bien à tort, sans doute, comme une nation de visionnaires et d'exaltés ; qu'elle reprennent ses vieilles traditions, qu'elle rentre dans sa véritable assiette, et nul doute, qu'elle continuera la belle mission que la Providence lui avait assignée, au milieu des anciennes nations, sur le continent européen.

Les Canadiens, eux abandonnés, seuls, à la merci de leurs vainqueurs ont lutté avec constance et énergie, et aujourd'hui, ils sont récompensés par la victoire complète. Respectés, par l'Angleterre, ils jouissent, en Amérique, de tous les privilèges d'hommes libres ; se gouvernant eux-mêmes, ils marchent à grands pas, vers leur brillante destinée. Ils aiment toujours la France, mais s'il fallait que celle-ci viendrait pour leur inculquer les mauvais principes qui ont cours chez elle, jamais ils ne consentiraient à ouvrir de

iiauvelles relations avec elle. Voilà le sentiment vrai de tous les honnêtes Canadiens-français du Canada, à ce sujet.

Ces remarques faites, afin qu'il n'y ait pas de méprise sur nos intentions, nous dirons, au point de vue des affaires, que Sir Charles Tupper aura eu la bonne fortune de contribuer puissamment à faire rapprocher la mère et la fille— depuis si longtemps séparées. Ce sera là l'un de ses nouveaux titres, à l'estime et î\ la reconnaissance du pays.

Espérons que le ciel rendra au Haut Commissaire Canadien, une santé parfaite, alin qu'il puisse continuer, loni^temps encore, sa belle œuvre, en Europe, surtout ; laquelL* contribuera puissamment à la richesse, à la prospérité et au contentement des peuples d«* lu Puissance du Canada.

1867 à 1883. — Développement du Canada sous le nouveau ré g-ime. — La Constitution. — Bytown.

D. F. McCarthy écrivait naguère dans la langue des dieux :

'^ The Past sliines cloar and pleasant,

" There is £i;lory in tlie Présent^

'' And the Future, liko a cj-escent,

'' Ligliti» the deepening sky of time ;

'' And that sky will yet grow brighter

" Tftho TFor/ier and the Wrlter,

" And tho Spectre and the Mitre,

'' Join in sacred bond^ sublime !

*' With two glories shining o'cr them

'• IJp the coming yeai'8 fhey'll elimb

" Earth'B great evening at its prime. '

Savoir : que le passé se montrait agréable, le présent glorieux et V avenir brillant ; et que le ciel s'illuminerait encore davantage, si l'union de toutes les classes se consolidait. Oui, il nous faut l'harmonie, l'entente, la bonne volonté. La Confédération a modifié la situation politique des habitants

(les anciennes provinces. Trop- Jeune encore pour être appréciée par l'histoire, la nouvelle constitution ne pourra être jugée que dans l'avenir. Cependant, tous l'avouent, le Canada a fait d'immenses progrès depuis une quinzaine d'années. Nos sommes réellement sortis de l'état d'enfance. Les grandes luttes constitutionnelles étant finies lorsque la Confédération fut établie, le peuple, satisfait, se mit sérieusement à l'œuvre ; la nouvelle constitution ouvrait un horizon immense à ses industries, à son activité, à son commerce.

Les uns ont vu dans l'acte de la Confédération le salut des Canadiens : les autres, moins enthousiastes, l'ont accepté comme un acheminement vers l'indépendance : plusieurs ont cru y trouver une alliance plus durable avec l'Angleterre.

Mr B. A. T. De Montigny, auteur de V Histoire du Droit Canadien,

'^^^'^^.^^^^^'\^^^\ ReCOrd^T '"ï " ]•> <itéde

Montréal, homme de talent, qui a embelli notre littérature canadienne de fort belles pages, et qui écrivit un " Catéchiame politique " très utile et renfermant les informations les plus précieuses, dit, en parlant de la 30-31 Vie , ch. 8, ou Acte de l'Amérique Britannique du Nord, 186Y :

" Par cet acte pouvaient se réunir l'ile de Terreneuve, égale en étendue au royaume du Portugal, et qui commande l'embouchure du fleuve St-Laurent, dont le cours traverse notre continent dans une grande partie de sa largeur ; la Nouvelle-Ecosse aussi grande que la Grrèce ; le Nouveau-Brunswick, égal en étendue au Danemark et la Suisse réunis ; le Bas- Canada, pays aussi considérable que la France ; le Haut-Canada, mesurant 20,000 milles carrés de plus que la (Irande- Bretagne et l'Irlande réunies ; les immenses territoires du Nord- Ouest dépassant en étendue l'empire de Russie, et la Colombie

iJiiLajLiiKjUt* au^.">i i;,'raude que TAutriche.

'• Le monde a été témoin d'un des plus beaux spectacles auxquels il ne lui a jamais été donné d'assister: Celui do voir différentes nations, d'extraction, de mœurs et de religion dilférentes, averties par leurs législateurs, que les rouages du gouvernement s'arrêtent, se soumettre volontairement au remède indiqué, sans qu'il en routât une 'Ule goutte de sang à l'humanité.

Hommage à l'esprit public des provinces qui ont prouvé au monde qu'elles sont dignes de constituer une Puissance."

Pour en revenir à l'idée exprimée par McCarthy, nous nous demanderons : quel est le ytdnisé ^ sinon cette espaces écoulée depuis la création jusqu'à nos jours. Et le présont V Cet instant fugitif qui n'existe jamais et qui semble exister toujours. Et le futur ? Cet espace incommensurable qui s'étend, de ce moment, aux «'ycles sans lin de Téternité.

Pour nous, laissant de côté les termes abstraits, nous appellerons le passé, le temps écoulé jusqu'à l'avènement de la Confédération et le présent, l'époque commencée le 1er juillet 1867 ; le futur ou l'avenir cache encore, sous ses voiles mystérieux, ce que la Providence nous réserve de joies ou de chagrins, ■de succès ou de revers, d'espérances et de déceptions.

Le Canada a marché à pas do géant dans la voie du progrès ; ses entreprises, ses découvertes, ses succès commerciaux, le placent à la iète de la plupart des pays des deux mondes.

Le 29 mars 1867, la reine Victoria, appuyée sur une carte du Canada, mit le sceau de la royauté sur le petit bourg de By. L'origine de ce village avait été rien moins que noble ; elle rappelait une fraude inique exécutée, par un chevalier d'industrie, contre un ancien ingénieur canadien de Québec, M. Baildargé. N'importe, la faveur royale

venait ennoblir Ottawa et l'élever au rang de capitale d'une Puissance qui semble avoir une grande et glorieuse destinée, si ses habitants sont fidèles à leurs voies, à leur but, à l'appel de la Providence.

Car, le ciel a beaucoup plus à faire dans les affaires politiques de ce monde, dans la prospérité ou dans la décadence des empires, dans l'élévation ou l'abaissement d'une nation, que l'on semble parfois le croire. Tout pouvoir vient d'en Haut, et aux nations fidèles sont dues la paix, la gloire, la prospérité et le bonheur. Voilà ce que les canadiens ne devraient jamais oublier. La prévarication individuelle se pardonne autant de fois, qu'il y a repentir ; la faute d'un peuple ne s'efface jamais î Pourquoi ? Sinon, parceque l'individu pourra être puni dans l'éternité, tandis que la nation ne saurait l'être, comme telle, que dans le temps. Hypothèse qui explique nombre de catastrophes nationales

Depuis lor- Puissance n'a-t numération en il faut nécessai un énoncé 2>''

suffiraient, à peine, pour contenir les statistiques relatives à ces vastes étendues de terres développées ; aux richesses minérales découvertes ; aux zones forestières défrichées ; à cette immense chaine de voies ferrées reliant les deux Océans, sur un parcours de plus de 4000 milles, à travers ce pays ; aux institutions d'éducation établies et développées :

aux lois amendées, revisées et codifiées ; à nos canaux ouverts, améliorés et agrandis ; à notre commerce établi avec la plupart des nations, etc. Voilà les grands changements qui démontrent, avec quelle rapidité, nous marchons, depuis 1867. Voilà ce que peut faire l'union d'un peuple, qui dévoue toutes ses énergies et qui concentre toutes ses forces vitaiei vers un but commun.

Notre constitution, calquée sur celle d'Angleterre, est l'une des plus belles et des plus favorables de l'univers. L'Angleterre l'avait prise, toute entière, dans un couvent d»'

Moines catholiques. C'est l'autorité dans toute sa majesté, mais tempérée par l'élection populaire.

Le Souverain, ou plutôt le Gouverneur^règne mais ne gouverne pas ; le peuple a le contrôle exclusif de ses affaires ; les ministres lui sont responsables de leur conduite, de leurs actes, de leur administration.

C'est le vrai gouvernement démocratique, à l'abri des écarts, à cause du frin supérieur qui arrête, à un moment donné, les exubérances ou les passions désordo]inées des masses, surexcitées par la démagogie et entraînées vers la pente des révolutions.

Dans ce système admirable tout est parfaitement agencé, de manière à ce qu'aucun droit ne soit lésé, à ce qu'aucune injustice ne soit perpétrée.

Au-dessus des Communes est le Sénat ; là, les échos des passions populaires n'arrivent point ; les Sénateurs étant nommés, par le Gouverneur en Conseil, ne doivent

que la justice aux peuples ; ils ne sont pas soumis aux caprices de l'élection. Notre constitution assure à chacune des provinces confédérées leur goiivernement particulier, dont le pouvoir législatif s'étend à tout ce qui touche aux matières d'un intérêt purement local : les lois qui intéressent toute la Puissance sont du ressort du gouvernement fédéral. Ainsi, les pouvoirs des divers gouvernements étant parfaitement délimités, leurs attributions respectives exactement comprises, il ne saurait exister de dangereux froissements, qui puissent mettre en danger l'existence d'aucun de ces gouvernements. Voilà l'une des raisons qui expliquent la cause de nos progrès. Le peuple est content ; sa sécurité est parfaite ; son existence, sa liberté, ses biens lui sont assurés : Il jouit de la plus grande liberté de tester.

Aucune entrave n'est mise à sa foi ou «i la pratique de sa religion ; le fanatisme, se trouve parfois ici.

comme ailleurs, mais encore a-t-ii honte de lui-même, et est-il obligé de prêcher les idées de tolérance et de liberté, extérieurement du moins.

Voici la situation du Canada, tels que les mœurs, les habitudes, les croyances, l'industrie et l'esprit d'entreprises de ses habitants l'ont fait.

Nos Missionnaires. — Asile ouvert aux étrangers. — Manufactures et Colonisation.— La barbarie détruite dans V Ouest.

Il est admis que nos progrès ont été extraordinaires dans l'Ouest, et à qui les devons-nous ? en grande partie, du moins, sinon à nos missionnaires. Pourquoi le farouche indien nous est-il si soumis ?

pourquoi ne lève-t-il jamais plus sa hache de guerre contre nous ?

Quelle est donc la bienfaisante influence qui s'est répandue autour de lui ? Pénétrez au fond des

déserts de l'Oaest, au pied des Cordillières k la tête des grands lacs, à rembouchure des fleuves les plus lointains, sur les rives les plus inhospitalières et vous y trouverez nos missionnaires catholiques. Oui, ce sont aux Provencher, aux Laflèche, aux Taché, aux Blanchet, aux Klut, aux Fareaud, aux Grandin, aux RR. PP. Lacombe, Thibault.

Brouillet, et à leurs héroïques c'ompagnons,que nous devons l'état de paix qui règne dans les immenses régions sauvages, qui s'étendent de la ]5aie d'Hudson à l'océan Arctique, des frontières des Etats-Unis au fleuve McKenzie.

Non seulement nos apôtres catholiques ont tracé les voies à la civilisation, à travers les sentiers les plus reculés, sous les latitudes les plus rigoureuses, au milieu des nations les plus cruelles, mais ils y furent suivis par des armées de femmes admirables qui voulurent aussi aller y consommer leur vie, offrir le plus pur des holocaustes en

faveur de pauvres âmes,environnées° de ténèbres. Gai, honneur et gloire à nos sœurs de charité,qui sont allées répandre des consolations sur ceux qui n'en connaissaient pas même le nom, qui sont allées sécher des larmes, penser des cicatrices, nourrir des affamés, vêtir la nudité, éclairer les âmes. Voilà à quels apôtres le Nord-Ouest doit aujourd'hui sa paix, sa prospérité et ses espérances d'avenir.

Faits que tous reconnaissent ; car, l'esprit de justice commence à s'infiltrer dans toutes les intelligences ; Il y a ici espace pour toutes les libertés : il n'y a plus de place pour l'intolérance. L'étranger qui ignore ces faits regarde, avec étonnement, le développement de notre grand Ouest : il est surpris des progrès qui s'y sont accomplis, dans le court espace de dix années ! Lors de son acquisition, nous connaissions à peine, que par les récits des voyageurs et la légende, ces immenses contrées, à travers des-

partis qui aient gouverné, quelle^ qu'ait été l'intensité des crises commerciales qui sont venues fondre sur nous, toujours le Canada a marché de ravant,a étendu ses raminifications commerciales dans les autres pays, a continué son ascention, parfois liérisée de difficultés insurmontables, vers les hauteurs de ses destinées.

Avec nos idées hirges et généreuses, nous avons banni du milieu de nous ces craintes d'envahissement de. la part des nations étrangères, et nous avons ouvert un asile à tous les infortunés et à tous les malheureux du vieux monde.

Le mélange des races est un grand avantage pour un jeune pays.

L'émigrant, en général, qui laisse sa i^atrie pour améliorer son sort et assurer une existence plus heureuse à sa famille, est ce qu'il y a de mieux en son pays, puisqu'il sait sortir de sa sphère pour monter plus haut, pour conquérir une plus grande somme de biens. Ainsi,

d'ordinaire, les étrangers qui nous arrivent, nous ibnt-ils honneur et nous apportent-ils des connaissances nouvelles, des idées pratiques, des ressources précieuses pour une jeune nation. comraG la nôtre.

Quand l'Angleterre elle-même appesantit, depuis sept siècles, sa main de fer sur cet infortuné peule Irlandais, qu'elle détruit sans pitié, i ar le fer, la faim et le feu, nous lui accordons la plus large comme la plus généreuse hospitalité ; bien plus, nous le nourissons H notre foyer, nous le traitons omme un frère. Des sommets de .es montî^gnes l'écossais nous arrive ; nous allons au-devant de lui ; car nous reconnaissons, à sa ténacité X)ersévérante, à son énergie indomptable, à ses connaissances pratiques Tun de nos maîtres en agriculture, l'art le plus utile dont le ciel ait fait présent à l'homme.

L'anglais s'embarque sur Kes nombreux vaisseaux qui font, de cet insulainv ]»^ nlim nrtif ("jinrfj^Tcant

du monde. Il jette l'ancre dans n'importe quel port de la Puissance ; son drapeau marchand est salué comme celui d'un véritable ami. Il vient nous enseigner l'échange ; il vient encourager nos industries ; il vient jeter ici ses nombreux capitaux. Partout il se fera comprendre ; les canadiens, au besoin, parleraient toutes les langues, pour faciliter leurs relations avec toutes les nations.

Nous n'ayons pas non plus négligé les sphères plus relevées de la science. Nos écoles, nos académie^, nos lycées, nos cou vents,nos collèges sont à la hauteur de ceux de n'importe quel pays. Et à la dernière grande exposition de Philadelphie, notre système d'éducation ne recevait-il pas la palme sur ses compétiteur ? Les disciples du Vénérable ^de la Salle, seuls, enseignent gratuitement à pas moins de 8000 élèves ; et leur manière est partout x^réconisée comme la plus avantageuse, la meilleure et la moins coûteuse.

Le Canada possède des artistes, des

-avants, des musiciens, des spéciaistes dans toutes les branches des ' onnaissances humnin<»s. S«s littérateurs, ses poètes, aci oratvairs, ses tribuns, ses légistes, ses politiques, ^es journalistes, ses historiens ne le èdent à ceux d'aucun autre pays.

La terre produisant plus que les besoins nécessaires à la consommaion de ses habitants, il devint irgent de con\'ertir ses produits -gricoles en objeis niauufactu- 'îs. — De là la création de nos manufactures. La matière première abonde : les mines de charbon de la Nouvelle-Ecosse et du Cap Breton sont inépuisables, i'or et ie ier se trouvent aussi en maints ♦ ndroits, ainsi que les phosphates.

Le Nouveau-Bruns wick, Québec, ' )ntario et la Colombie fournissent 0 gros bois de charpente ; nous -ommes partant en mesure de nous ufFire à nous-mêmes pour nombre, i objets, que nous importions auparavant d(î l'Etranger.

En moins de cinq ans, vingt lanufacturcs de coton se sont

élevées, dans nos grands contres de population ! — et y font vivre un nombre considérable d'ouvriers.

D'immenses travaux publics s'exécutent de ton tes i:>arts ; la navigation s'améliore, la colonisation, grâce, à l'énergie du Eév. Père Labelle, curé de St. Jérôme surtout, s'avance dans les forêts les plus profondes du Nord. Le Lac 8t. Jean, dans la Province.de Québec, ainsi cj^ue la vallée ^Çî^J'Ottawa, se peuplent de nombreux habitants ; Partout l'on remarque une grande activité et une généreuse émulation.

Jetez un regard sur ce qu'était la ville de Winnipeg, il y a quinze ans, et comparez la avec la nouvelle cité. Ses sauvages habitants ont pris la route du d' sert ; la fatalité semble les attirer veis le soleil couchant. Leurs carquois sont brisés, leurs ilèches émoussées, leurs wigwams sont en poussière.

Les rives de la Rivière Rouge ne résonnent plus de leurs chants de mort ; leurs dances guerrières n'offraient plus les visages paies.

La civilisation a chassé la race rouge, comme Touragan poursuit le nuage.

Le Bison a suivi les traces effacées de ses anciens maîtres. La dernière tente sauvage, qui s'est dressée dans les solitudes du Manitoba, a vu les derniers vestiges des pas du buffle, fuyant vers Touest ! L'on dirait que sa destinée est liée à celle du farouche chasseur qui l'a si longtemps et si impitoyablement poursuivi. De magnifiques demeures ont remplacé la hutte antique ; la charrue déchire le sein d'une terre que l'antilope seule avait auparavant parcourue.

La vapeur a tout modifié, tout transformé, tout amélioré. La prairie perd ses fleurs naturelles mais se couvre de moissons luxuriantes. Un nouvel Eden semble transporter en Amérique ! Une trompette retentissante s^est fait entendre ! et à sa voix, le peuple canadien a marché vers ses destinées qui sont la grandeur, la magnificence, Tordre, la prospérité

ilS2

«t la paix. C'est que Dieu a besoin de 09 peuple, puisque les vieilles nations de rEuroi)e lui manquent.

Aussi lui faut-il, à tout prix, répondre à cet appel du ciel.

Et avpc un jeune barde canadien, M. J. B. Caouette, en terminant qu'il nous soit permis de dire à ceux qui tiennent, entre leurs mains, les clefs d'or de nos destinées :

" 0 défenseurs de nos droits politique?, " Fiers rejetons d'un peui>le valeureux, " Vgusqui dictez des lois patriotiques, •' Soyez bénis ici-bas comme aux cicux !

" Votre travail reste sans récompense :

" Le monde, hélas ! est composé d'ingrat?...

" Mais la patrie un bon jour récompense

*' Les nobles cœurs qui lui prêtent leurs hv.n.

*' Faites la guerre au sombre fanatisme — " Cever hideux qui ronge tant de cœurs ; " Luttez aussi contre le népotisme '•■Uni donne au lâche un titre et des Ijonneuri !

*',Dé SOS deroirs instruisez la jeunesse ^ 4*!?^® Dieu destine aux luttes à venir, , /''Afia'qu'eIle ait pour flambeau la sagense,

<' Et|>our seul rêve, un honnête avenir.

'' De vos aïeux pratiquez la devise :

" '• Vivre en héros et mourir en chrétien. "

" Unissez-Tous, et que votre âme vise

" A rendra heureux le peuple Canadien... "

Décembre 188.'^.

TABLt: DES MATIKIŒS.

Pkcnt

Biographie de Sir Charles Tupper — Inlroduciion 5

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