COU
lap 'rt<|
Mm
sujet dans Ja mere-pai
fit voir que l'iTiiion pouvait seule
nous sauver contre les dangers d'un
'up de main ou d'une invasion rangère, et que nous devions agir »us ce rapport, en coopération iective avec le gouvernement nglais. Car nous y étions encore lus intéressés. L'Hon. Secrétairerovincial de la Nouvelle-Ecosse x: prima sa satisfaction, en termiiiint, de voir réiinis, en cette méiiorable circonstance, les chefs de )us les partis qui se disputaient le ouvoir dans les diverses sections a pays et termina son habile dismrs, en réitérant l'espoir que le peuple se joindrait, d'un commun iccord, pour jeter les bases de la grande œuvre que la délégation avait en vue. MM. Tilley, Gray, Taché et Galt s'exprimèrent aussi dans le même sens. L'on pardonnera ici l'analyse et les longues citations de ce discours. Car il fut comme le cannevas et le thème de toutes les luttes et de toutes les discutions qui s'en suivirent dans les Provinces maritimes durant les trois annécF -^ '* - précédant
immédiatement la passation de l'Acte de l'Amérique britannique du Nord.
l§t)5-1866. Retour de la législature à Vancien projet d'union entre les Provinces Maritimes.
Le Dr Tupper, devenu premier ministre 'de sa province depuis que Johnston avait été promu à la charge de juge de la Cour Suprême et d'Equité, en 1864, ne resta pas inactif. De retour à la Nouvelle- Ecosse, il y commença une puissante agitation en laveur de la Confédération. L'Assemblée législative, réunie en session dès le 9 février 1865, était saisie de la ques-j tion, dans le discours du trôni même. Une grande assemblée pu blique avait eu lieu à Halifax après le retour des délégués de Québec ; MM. Tupper, McCully et Archibald y avaient exposé leurs vues sur la confédération. MM.
W. Stairs, A. Gr. Jones, W. Annaiid, \V. Miller, P. Power y tinrent mssi une contre-assemblée. De part et d'autre, le combat allait devenir très-vif. Lord Monck s'était hâté de communiquer à l'office olonial les résolutions de laconfér«'nce de Québec. M. Cardwell répondit que l'Angleterre y était lavorable. En février 1865, le parlement canadien votait la confédé ration à une majorité de cinquantehuit voix — 91 contre 33 — après la plus célèbre lutte oratoire dont nos législateurs avaient jamais encore été témoins. Mais le Nouveau- Brunswick, venant de passer par une élection, avait envoyé en parlement une majorité adverse au projet ; force fut donr à la Nouvelle-Ecosse de modifier encore ses vues et d'en revenir à l'ancien projet d'uno union entre les provinces maritimes seulement. En conséquence, le 10 avril, l'Hon.
Sec. Provincial proposait une motion à cet effet. Il l'appuya
rer daus les annales de la confédération. Ce fut lin plaidoyer calme sincère, mais puissant en faveur du changement projeté. Le Dr Tupper s' y montra digne et beaucoup moins acerbe que d'ordinaire.
Il sentait que l'avenir de sa province pouvait en dépandre. Aussi, ' <'élèbre discours eut-il un reten- - sèment immense, non-seulement la Nouvelle-Ecosse, mais dans >utes les autres colonies anglaises.
Les journaux le reproduisirent, le ^uple le commenta : ce fut le and événement de la session. M.
! chibald avait secondé la propotion dC union.
M. Annand, s'opposant à cette 1 'Sure, fit aussi un discours remar- ^.lable par le fonds, la forme et l'habileté. C'était aussi un homme capable et excessivement bien renseigné. M. Miller appuya ce dernier. Enfin, le 17 avril, M. Killam, résume le débat et la chambre approuve ce projet, sans division, après que MM. McLelan, LeVes-
conte, Shannon, Bourinot, McFarlane et Locke se fussent aussi prononcés pour ou contre la mesure.
Cette discussion, qui occupe une large place dans les débats x^arlementaires de l'époque, fut l'une des plus belles et des plus instructives. Elle révèle les talents, les connaissances, les aptitudes et la science de nombre d'hommes qui ont depuis joué un rôle important dans les diverses sphères politiques, élargies par notre confédération.
Quoiqu'un grand nombre de lois importantes fussent aussi passées et sanctionnées pendant le cours de cette session, la question vitale, qui prime toutes les autres, fut celle de la proposition d'Union. À l'occasion de l'horrible assassinat du Président des Etats-Unis, Abraham Lincoln, par J. AY. Booth, le 14 avril 1865, la législature s'ajourna en signe de respect pour ce grand ami de l'émancipation des noirs en Amérique. C'est aussi en cette même année là que se passait à Montréal,
passé ? MM. Tilley, Mitchell et Wilmot araient-ils charmé la chambre au point de lui faire perdre son libre arbitre ?
Après la défaite des confédérés au Nouveau-Brunswick, défaite qui avait étonné tous les chefs politiques de ce pays, Tilley, Wilmot, Fisher, etc., le gouverneur Grordon, qui ne s'accordait pas toujours avec les membres de son cabinet, ayant reçu d'Angleterre l'ordre de forcer le parlement et de faire passer la confédération, s'aboucha avec l'hon. Toter Mitchell, alors membre du Conseil Législatif Ce dernier consentit à aider le projet. Aussi, malgré que l'hon. chef du gouvernement, M.
Smith, fut adverse à ce projet, il avait consenti à la proposition de la mesure dans le discours du trône.
Cependant, quarante jours de la session s'étaient passés sans que le Premier eut encore abordé la question ! Le gouverneur le força à résigner, et l'administration Mitchell- Tilley-AYilmot fut formée. Des
élections se firent et le peuple élut les confédérés à une majorité écrasante î Ainsi ces voteurs, qui, un lin auparavant, rejetaient le projet de confédération, l'adoptaient quelques mois seulement après ! Le peuple gouverne ! 0 heureuse illu-
sion
La politique a quelque fois de
ces retours soudains, de ces boites
le Pandore, de ces surprises que
rien n'explique, que rien ne jus-
ifie î Pourtant, comme on exalte
!♦' gouvernement responsable ! Le
]>euple en est la source directe du
»ouvoir î 11 croit réellement gou-
.emer ! Laissons le dans cette
louce erreur : l'imagination joue
m si grand rôle.
La vérité vraie, c*est que quelques hommes seulement gouveriient : les autres marchent à la lile. fl ne faut pas suivre longtemps les '" )ts de nos parlements pour s'en cevoir. Heureusement que les lecteurs n'y assistent jamais !
Ainsi don<' le pivot de la confé-
dération dans les Pro\ànces maritimes, le Nouveau-BrnnswickjYenait d'enlever tout obstacle à la mesure.
Ce fut la seule province où le peuple fut appelé à se prononcer sur la question.
Cette circonstance mettait le Premier Ministre de la Nouvelle- Ecosse, dans la position de revenir à son ancien projet favori. Aussi, dès le 10 avril 1866, mettait-il devant la chambre la résolution à l'eifet suivant : " Attendu que dans " l'opinion de cette chambre, il est " désirable qii'une confédération " des Provinces Britanniques de " l'Amérique du Nord soit efFec- " tuée ; qu'il soit résolu que Son " Excellence,le G-ouverneur en Con- " seil, soit autorisé d'envoyer des " délégués en Angleterre pour s'en- " tendre avec le gouvernement " Impérial sur un projet d'union " devant sauvegarder les intérêts " et les droits de chaque province."
Il s'ensuivit un autre débat des plus intéressants, des plus habiles et des plus animés.
L'inlatigable adversaire de l'honorable Premier, ne s'étant pas contenté d'opposer le projet de la Confédération devant le parlement et dans les g-randes assemblées populaires de la Nouvelle-Ecosse.
où sa parole vive, sou débit chaleureux, sa manière heureuse laissaient toujours les plus vivaces impressions, il avait fait pénétrer ses vues au-delà de l'Océan. Combattant à outrance le projet d'union, il avait réussi à jeter des doutes sur l'opportunité de la mesure dans un bon nombre d'esprits. De grands journaux favorisant l'agitateur, celui-ci gagnait du terrain. Sa brochure contre le projet de confédération lui assurait de nombreux suffrages Mais il avait compté sans l'activité et les ressources de son ancien concurrent. En effet, malgré les travaux du gouvernement, le Dr Tupper se hâta de passer en Angleterre, où il est obligé de se livrer à un travail ardu pour y refaire l'opinion publique, entrai-
née en partie par M. Howe, et surtout pour convaincre les autorités de l'avantage de la grande mesure en perspective. Sir John Macdonald, Sir Greorge Cartier, MM.
Brown et Gralt s'y étaient aussi rendus en 1865, pour y jeter les bases de la nouvelle Confédération et s'occuper du chemin de fer întercolonial, de la cession du Territoire du Nord-Ouest et de la défense du pays, etc.
Peu après leur retour, le 20 juillet, la mort enlevait au Canada en la personne de Sir Pascal E. Taché, l'un de ses plus honnêtes x)olitiques. Le juge Morin le suivait de près, Sir Louis H. LaFontaine les avait précédés d'une annnée dans la tombe.
Sir Narcisse Belleau remplaça Sir Pascal E. Taché comme premier-ministre, M. Brown ne voulant pas servir sous ses collègues, Sir John et Sir George. Ce fut sous le règne de Sir Narcisse que les chambres s'assemblaient, le 8
août, pour la deuxième fois, eu 1865, afin de recevoir le rapport des délégués et voter les subsides.
Le voyage de ces hommes d'Etat en Angleterre et les menaces d'invasion du Canada par les Féniens, qui s'étant concentrés au nombre de quinze cents, sous le commendement du colonel O'Neil, sur les frontières de New- York, venaient de tenter une descente sur le Haut- Canada, avaient dessillé les yeux du Colonial office ! les circonstances favorisèrent le Dr Tupper. Celui-ci juge vite d'une situation : Il embrasse tout d'un coup d'oeil. Le meilleur moyen de ruiner M. Howe dans l'esprit calme et réfléchi dos Anglais, était de le mettre en contradiction avec lui-même ; de démontrer sa versatilité et ses inconséquences. C'est ce qu'entreprit l'honorable délégué de la N. E.
Dans ce but, en octobre 186G, il 'crivit sa fameuse lettre au Comti»
le Carnarvon. C'est un des plus érieux plaidoyers en laveur de la
mesure qu'il se soit encore fait.
L'argumentation en est serrée, le style sobre et clair, la pensée vigoureuse. M. Ilowe y est totalement démoli, sans pitié, comme sans haine. Cet écrit célèbre place son auteur dans une nouvelle lumière ; il s'y révèle écrivain solide, polémiste habile et historien iflstruit. Cette lettre est nou seulement un résumé historique du projet de Confédération, mais elle en décrit tous les avantages.
Elle eut un grand retentissement en Angleterre ; les journaux la commentèrent très favorablement ; son auteur acquit dès lors un nouveau degré de confiance qui lui aida à conduire à bonne fin la grande entreprise à laquelle, avec tant d'ardeur, il travaillait depuis si longtemps, de concert avec les hommes d'Etat Canadiens. Le Dr ïupper finissait son écrasante réplique à M. lîowe, en exprimant l'espoir :
'' Que cette politique réclamée
• par les meilleurs intérêts des provinces et de la mère-patrie serait
• sanctionnée par les ministres de
• Sa Majesté et ratifiée par le Parlement Impérial, et qu'une Amé-
• rique Britannique puisse, sous l'égide de la Grande-Bretagne,
• s'avancer rapidement, à cause de
• ses grandes ressources et de l'éner- *' gie indomptable de ses habitants, " — vers la position quelle a droit " d'occuper parmi les nations de la •' terre. "
M. Howe, dans le but de parvenir à fanatiser les lecteurs de sa brochure contre la Confédération, jetait à la face des Canadiens les plus lâches injures, en les représentant comme arriérés, divisés, déloyaux, factieux et insoumis aux lois ! L'auteur de la lettre au comte de Camarvon fait bonne justice de ces mensongères accusations : les Canadiens y sont habilement défendus. ** Que certains partis au ** Canada, dit le Dr Tupper, aient " combattu jusqu'au bout pour y
' obtenir des privilèges qui lei ' furent franchement concédés de- ' puis, cela est admis. Mais l'accu- ' sation de déloyauté est repoussée ' par toute l'histoire canadienne, ' (française.) Dès 1776, quand les ' Etats révoltés de la Nouvelle ' Angleterre envoyaient Franklin, ' Chase et Carroll pour détourner ' les Canadiens de leur allégeance, ' l'histoire afhrme l'attachement ' des Canadiens à la Couronne ' anglaise. Ces efforts diplomati- ' ques sont suivis* d'armées hos- ' tiles conduites par les Grénéraux ' les plus habiles, Arnauld et ' Montgomery. Les Canadiens,aidés ' de quelques soldats Anglais seu- ' lement, les mettent en déroute, ' leur font lever le siège de Québec ' et reprennent Montréal ! En 1812, ' 1813 et 1814, ce fut encore l'in- ' domptable énergie des Canadiens ' qui sauva l'empire en Amérique, ' tandis que l'Angleterre était rete- ' nue en Europe par de nombreu- ' ses "'uerres, comme Sa Grrâce le
• Duc de "Wellington l'a si honora- •' blement proclamé.
• Un coup d'œil sur ce qu'ont ■' lait les Canadiens, mettra Votre
• Excellence à même de mieux " apprécier le mépris de M Howe
• à leur adresse. Ils ont accompli
• de grandes réformes parlemen-
• taires, ont doté leur pays d'un *' système très parfait d'institu- " tions municipales : Leur éduca- " tion est très avancée ; les réBerves " du Clergé ont été réglées et la " tenure Seigneuriale abolie, tandis " que par la codification de leurs " lois ils ont atteint un degré de " perfectionnement dont tout pays •' aurait droit d'être fier. Leur popu- '' lation s'est élevée de 1,842,265 en " 1841 îi 2,r,()6,0ô6en 1801 " î
L'espace oblige de s'arrêter ici.
C'est d'autant plus regrettable qu'il est plus rare de trouver des défenseurs aussi compétents pour repousser les attaques sans cesse dirigées contre nous, en Europe surtout. T. ■ Dr Tupper a acquis.
par cette judicieuse et savante défense, un nouveau titre au respect et à la reconnaissance des Canadiens.
Les succès du Dr Tupper avaient été complets en Angleterre. Forcé de revenir dans son pays pour conduire les travaux de la session de 1867, l'hon. Premier ne perdit pas un seul instant. Dès l'ouverture des Chambres, le projet de la Confédération y était de nouveau discuté. Le débat fut très long, souvent éloquent, parfois acerbe, mais toujours habile. Le chef du Cabinet, en préposant cette mesure, développa ses vues d'une manière très lucide et réfuta victorieusement toutes les objections à ce projet. Il concluait son beau discours par une péroraison entraînante et quasi prophétique.
' ' Je demande, disait-il, aux Mes- " sieurs de l'opposition de peser '' soigneusement les opinions expri- " mées par les hommes d'Etat amé- " ricains et ce que ceux-ci ont dit à
• propos du projet de notre Confé-
• dération ; et qu'ils se demandent
• s'ils sont justifiables de suivre
• une politique antagoniste à l'éta- •' blissement d'institutions,qui,non
• seulement, devront nous rendre " prospères, mais qui nous place- •' ront dans une position propre à '' exciter l'envie de l'une des plus " grandes nations du monde. "
G-râce à l'adhésion de M. Wm Miller, homme habile et alors l'un des chefs du parti catholique de la Nouvelle-Ecosse, le projet d'Union fut voté par une grande majorité, dans la Chambre. La lutte ainsi finie dans le Parlement de la Province, allait se transporter sur un nouveau terrain et obliger le Dr Tupper à continuer ses grandes et victorieuses batailles sur un plus vaste théâtre. Avant de so séparer, la législature de la N. E. vota sa
Historique de la Confédération.
Ce projet, qui fut définitivement mis à exécution le 1er juillet 1867, n'était pas nouveau. Placées comme les Colonies Anglaises de l'Amérique du Nord le sont, à côté d'une puissante République, il était bien naturel pour elles de chercher le moyen de réunir toutes leurs forces pour le moment du danger. Une circonstance imprévue pouvait entraîner les américains à mettre leur doctrine Monroë à exécution. Alors rien n'eut été plus facile qu'un coup de main sur les provinces divisées et n'ayant, pendant l'hiver surtout, que dos moyens de communication très difficiles entre elles.
Du reste, en Amérique, où l'on aime tant la liberté, l'état des colonies devenait intolérable. Le négoce y était restreint par toutes sortes d'entraves, mises par l'Angleterre, dont l'intérêt était de nous laisser dans sa dépendance manufacturière et
commerciale, et par les tarifs difierentiels établis par les provinces elles-mêmes, à chacune de leurs frontières respectives. C'était une cause d'embarras et de faiblesse.
Pour obvier à tous ces inconvénients, compris par les hommes d'Etat, l'on avait songé, depuis longtemps, à un changement de constitution. Dès 1688, François Nicholson, alors gouverneur de la Nouvelle- Angleterre,avocassait une confédération de toutes les provinces de l'Amérique Britannique du Nord, en vue d'une défense commune.
Le juge en chef Sewell, en 1814, adressait au Duc de Kent une lettre, dans laquelle il proposait UEe union fédérale de nos provinces. En 1839, Lord Durham, dans son fameux rapport où il dit que les '' Canadiens doivent ûtte subnergés" reprenait, en sous ordre, l'idée du juge Sewell, avec certaines modifications. Une union législatiTe lui aurait d'autant plus souri
qu'elle mettait les Canadiens dans un plus grand danger. Comme si ce que Dieu garde n'était pas bien gardé ! Déjà, en 1849, à Toronto, la Ligue britannique américaine avait aussi discuté cette mesure. Dans le législature de la NouYelle-Ecosse même, en 1854, M. .Tolinston avait proposé un projet d'Union des Provinces Maritimes, en l'appuyant d'un discours éloquent, bien nourri et propre à préparer l'opinion publique à ce grand cbangement. Les hommes d'Etat Canadiens n'étaient pas encore favorables à ce projet, et ils ne se rangèrent à l'idée de la Confédération que quand ils furent convaincus de l'impossibilité de sortir de l'impasse où le dead-lock de 1862-63 et 61 avait jeté les Canadas-Unis. Des écrivains sérieux avaient bien aussi jeté, ça tt là, quelques idées d'un changement devenu nécessaire, dans la forme de notre gouvernement. L'Union de 1841 avait fait son temps. Les
ultra loyaux craignaient cependant lin changement qui aurait pu desserrer davantage les liens qui nous retenaient à la mère-patrie et. nous conduire vers l'indépendance ! Yers 1855 ou 1856, M. P. S. Hamilton, commissaire des mines à la Nouvelle-Ecosse, avait écrit deux brohures remarquables en faveur de i'Union, et en 1860 il avait adressé, sur ce sujet, une lettre importante i: Sa Grâce le Duc de Newcastle.
En 1857, le gouvernement de la Nouvelle - Ecosse déléguait MM.
Johnston et Archibald, en Angleterre, pour s'entendre avec les autorités au sujet d'une Union coloniale.
L'année suivante, à la requête de Sir A. T. Galt, MM. Cartier, Koss et Galt furent envoyés en Angle- : «Tre pour y discuter le projet d'une l'édération coloniale. Le Dr Tupper avait donné, durant l'automne de 1860, devant l'Institut des Artisans (le St-Jean, N. B.. une lecture importante sur la môme question.
Mr Howe lui-mérn»v ^ Ui fin r].. la
session de 1861, avait aussi fait passer une résolution pour la même fin ; Le Duc de Newcastle s'en déclara satisfait. Jusque là, à quelques exceptions près, Ton s'était tenu dans le domaine de la théorie ; mais cette idée avait déjà fait un chemin si considérable, que les Canadiens crurent devoir se rendre à la conférence de Charlottetown en septembre 1864.
Un écrivain, célèbre par sa science profonde, sa grande sûreté de doctrine, son patriotisme éclairé, son style vif et brillant, son génie inventif, a fait plus que tous les autres ensemble pour faire éclore l'idée de notre confédération, et surtout pour la rendre claire, facile et compréhensible. Dès 185 1, dix ans auparavant la mise à effet de son projet, dans une série d'articles remarquables et par le fonds et x)ar la forme, publiés dans le Courrier du Canada, dont il était alors le rédacteur en chef, le Dr J. C. Taché, député ministre actuel de l'Agri-
culture et des Statistiques, avait jeté les assises de notre confédération î Ces articles furent réédités en volume en 1858, sous le titre " Dtii Provinces de rAmérù/ue du Nord et dune Union Fédérale. " Cette œuvre, comme tout ce qu'écrit M. Taché, mérite d'être lue et relue.
La constitution qui nous régit actuellement, s'y trouve toute entière et dans tous ses détails !
C'est mieux qu'une inspiration, c'est une prophétie. Les Pères de notre confédération ont dû être pénétrés bien profondément de ridée du livre de M. Taché pour en avoir saisi si bien toutes les parties, qui ont ^{^\\\ de base à 1 Acte de l'Amérique britannique du nord. Alors M. Cauchon était le plus redoutable adversaire de l'idée du Dr Taché. Rédacteur du Journal de (Québec à cette époque, il s'opposa fortement au projet, si savamment élaboré, par l'écrivain du Courrier, L'on sait que M. Cauchon parlait pour ses amis du temps. Plus tard,
quand Tinévitable arriva, on retrouva M. Cauchon brûlant ce qu'il avait autrefois adoré, et écrivant une magnifique brochure pour démolir ses anciens articles ! Avant tout M. Cauchon aimait à manger les truffes partout où il les trouvait. Pour lui, la confédération devait en être remplie..., jusqu'au Manitoba ! Afin de démontrer que le changement de notre constitution était presque devenu une nécessité de moyens, il suffit de mettre devant les yeux du lecteur le peu de durée de chaque administration sous l'Union : Un ministère s'usait en un an ! L'Union, qui n'a duré que vingtsix ans, a vu couler les dix-huit administrations suivantes ! savoir :
13 fév. 1841 — Drapeu-Ogden ;
16 sept. 42 — Baldwin-Lafontaine :
12 déc. 43— Dhaper-Viger ;
18 Juin 46— Draper-Papineat: ;
29 mai 47 — Sherwood-Papineau ;
8 déc. 47— Sherwood ;
'jl inars 48— Lafontaine-Baldwin ;
28 oct.
1 1 sept.
27 Jav.
24 mai
20 nov.
2 août
6 août
24 mai
16 mai
29 mars
7 août
■HiNCKs-Moiux ; -McNab-Morin ; -McNab-Taché ; -Tac.-Macdonald |.I. A.j ; -MacD. [J. A.]-Cartier ; -Brown-Dorion ; • -Cartier-MacD. [J. a.] ; -MacD. [J. S-J-Sigotte ; -MacD. [J. S.J-Dorion ; -Tac-Mac Donald [J. A.] ; -Belleau-MacD. f j. A.l :
Cet état de choses modifiant les vues de nos hommes publics, ils s'occupèrent à chercher un moyen de tirer le Canada de sa fausse position. LTîeuredela Confédération approchait. MM. Macdonald, Cartier, Lange vin, Howland, McDougall et Galt allèrent rejoindre MM. Tupper, Tilley, Archibald et Mitchell à Londres ; Lord Monck s'y rendit aussi. C'était en 1866. Sir John fut choisi comme président de la délégation. Le projet de notre confédération, tel nue voté par les chambres des diverses pro^nnces, à peu d'excep-
tions près, y fut déiinitivement arrêté et sanctionné par le gouvernement impérial. Une tentative fut faite auprès des délégués pour leur faire accepter une union législative, au lieu d'une confédération. L'on essaya même de corrompre les chefs canadiens au moyen de grands diners. Tout fut inutile ; SirG-eorge Cartier se déclara prêt à boucler ses malles et à revenir au Canada si on n'acceptait pas ses vues. Il était hommc^ à faire ce qu'il disait.
Force fut donc au parti de l'union législative de baisser pavillon. En conséquence, le 20 mars 1867, cette mesure reçue la sanction royale.
La garantie impériale pour l'Intercolonial nous était aussi donnée, dans le même temps. Enfin le 22 mai, une proclamation fut publiée mettant fin à la constitution de 1841 et fixant le 1er juillet pour l'inauguration de la confédération des quatre provinces d'Ontario, de Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse.
Telle esi. «'n peu cle mots, l'historique de la Confédération canadienne. Quoique très imparfaite, Ton nous saura gré de l'avoir consignée ici. Elle est, du reste, si intimement liée an Dr Tupper, que sa biographie eût été incomplète sans ce chapitre.
Election de ISGl. Le Dr Tupper échappe seul au massacre fies confédérés dans fa Nouvelle-Ecosse.
La grande idée était enfin adoptée. Il fallait ' mettre cette nouvelle machine en opération.
Des élections générales eurent lieu ; elles furent chaleureusement contestées dans toutes les provinces < on fédérées, mais particulièrement dans la Nouvelle-Ecosse, où, de tous les candidats «onfédérés, un seul échap[)a au désastre : ce fut le Dr Tupper. A. la suite d'un orage dévasteur, dont la violence a près-
que tout emporté sur son passage, l'on voit quelque fois, resté debout, un arbre isolé au milievi des débris amoncelés autour de lui. La tempête politique venait de servir avec une violence extraordinaire dans la Nouvelle-Ecosse ; les épaves conservatrices gisaient de toutes parts.
La grande voix de Télectorat venait de parler ; le peuple était dans une grande surexcitation, entretenue par le puissant tribun, dont tous les efforts étaient concentrés en faveur du rappel de l'acte de confédération : La lutte électorale s'était faite exclusivement sur ce terrain.
Sir Charles Tupper s'était multiplié pour tenir tête à cette formidable opposition, si habilement conduite par l'Hon. Joseph Howe ! La lutte fut grandiose, acharnée, mémorable.
Le Dr Tupper est un jouteur remarquable : c'est surtout en présence des masses qu'il est fort, convainquant, habile. C'est alors qu'il déploie, avec une admirable
facilité, toutes les ressources de l'art. Sous une apparence un peu indifférente, il cache un cœur chaud et une âme sympathique.
D'un aspect quelque peu froid, il se transforme devant les multitudes ; il s'échauffe, il enserre son adversaire, l'empoigne et le recule jusque dans ses derniers retranchements. Que de péripéties dans les luttes de hustingfi, telles que faites en Canada! Il faut être toujours prêt, sur toutes les questions. Les connaissances de l'histoire, de la géographie, de l'économie politique, de la statistique, des princi pes qui divisent les partis, du commerce, de la finance etc , sont nécessaires a ceux qui se livrent aux luttes de la politique. L'étude du cœur humain ne doit pas, non plus, être négligée ; c'est souvent la source • ù l'orateur va puiser ses plus irrands succès Le Dr Tupper ne négligeait rien pour faire triompher sa cause. Bien que sérieux, il » avait rire î Le rire fait partie de
la science ; si peu d'hommes savent rire. Le rire, qui est un trait du génie, est trop haut pour les âmes vulgaires ; ses sommets sont trop élevés pour la plupart des hommes, même réputés instruits. Mais le peuple, qui a l'instinct du vrai et du sublime, comprend le rire : Un mot, un irait, un geste, une pensée suffisent. Les adversaires pardonnent tout excepté le rire. Pour
ne pas vous faire d'envieux restez bonasse, plat et sans originalité, comme le commun des parleurs.
Vous êtes à Tabri de l'envie, cette maladie honteuse des cœurs, bas, mais vous n'avez fait aucun bien à la cause que vous vouliez servir.
Le Dr Tupper agissait différemment : Le feu jaillissait de sa parole ; il remuait les fibres du cœur ; l'auditoire ne savait plus être indifférent. On embrassait les idées de l'oratt ur avec enthousiasme, ou on les rei^oussait avec colère : Personne ne restait indécis. Voilà comment doit se faire hi lutte de hustings ;
L'on parle pour la cause que l'on défend et non pour servir ses intérêts personnels.
Un théâtre plus vaste allait s'ouvrir devant le Dr Tupper ; la confédération élargissait les horisons d^ la politique. Les hommes de talents semblent è l'étroit dans les limites restreintes des petites provinces : leur patriotisme y semble mal à l'aise : Il est bien naturel qu'ils cherchent à agrandir leur pays. De nouvelles destinées s'ouvraient devant nous. Une révolution pacifique, préparée au milieu des festins et des fleurs, allait rendre aux Canadiens ces territoires enchanteurs de la vieille Acadie que l'injustice des armes, ou mieux, le lâche abandon de la France, leur avait fait perdre. Les intérêts des Provinces se confondaient : une ère nouvelle se levait pour nous.
Les uns arceptèrent, avec défiance, < ♦♦ nouvel état de choses, comme devant mettre en danger les intérêts des minorités : les autres, au
contraire, y virent la consolidation de toutes nos institutions et le gage de notre prospérité à venir. En seize ans, une œuvre comme celle-là, ne se juge pas ; mais les progrès accomplis, ont été si considérables, qu'il dépassent même les espérances des auteurs de la confédération et de ses partisans les plus avancés.
Notre commerce total, qui n'était, en 1868, que de $131,027,532.00, était monté au chiffre énorme de $214,786,130.00 en 1882 ! L'on constate la même progression dans toutes les branches d'industrie. Les sciences ont aussi pris leur essor.
Il y a partout activité, travail, progrès, développement et espérance.
ISQl-Mmislère Macdonald. Tupper en Angleterre. Titres et décorations anglaises.
Sir John A. Macdonald, appelé par Lord Monk, alors gouverneur.
à former la première administration sons la confédération, s'était entouré des hommes les plus capables, et spécialement de ceux qui avaient pris une part active pour arriver au nouvel état de choses. Sir G-eorge Cartier, Sir Hector L. Langevin, Thon, sénateur Chapais, Sir A. T.
G-alt, Sir Léonard Tilley, lesHons.
Peter Mitchell, Howland, ^Y. Mc- Dougall, Sir Edward Kenney, Sir John Koso et l'Hon A. Cr. Archibald firent partie du cabinet. Le Dr Tupper, par un motif honorable, refusa 'd'entrer dans le cabinet, à cause de la position particulière que sa province veuAit de lui faire, en envoyant aux communes du Canada, une députation exclusivement composée d'adversaires de la < onfédération. Jje député deCumberland, afin de rendre justice à la minorité catholique, s'était effacé en faveur de Sir Edward Kennj-, représentant alors cette minorité, ♦•n parlement. En effet, le Dr Tupper était h* seul unioniste élu ! ÎVn-
dant les débats de la première session, M. Ilowe, essayant de tourner en ridicule la position isolée du chef confédéré de la Nouyelle- Ecosse, dans la chambre des communes, le Dr Tupper ht une très heureuse réplique à ses cuisantes remarques ; et, il prédit au vieux tribun, qu'à la première occasion favorable, le peuple, revenu à luimême, après mûre délibération, se rangerait sous la bannière confédérée et que dans un avenir très prochain, une majorité des délégués de la Nouvelle-Ecosse, se 'verrait dans cette chambre, rangé autour de lui ; ce qui arriva en effet, peu d'années après. En 1878, le Dr Tupper revint triomphant de l'épreuve électorale, appuyé d'une grande majorité des représentants de sa province. Et chose plus invraisemblable encore, c'est que M. Howe lui-même, le 30 janvier 1869, acceptait la position de Président de conseil privé, dans l'administration MacDonald î Tant i]
ost vrai, qu'en politique, les adversaires d'hier sont les alliés de demain. Du reste, les circonstances modifient les opinions des hommes ; il n'y a que les idiots et les fous qui aient des idées absolument fixes.
Cependant, M. Howe ne s'était pas rangé tout de suite, sous l'étendard confédéré. Froissé et humilié de ce que d'autres avait réussi à mener à bonne fin une mesure qu'il avait avocassé lui-même, et qu'il n'avait pas poursuivie à cause de sa versatilité de caractère, M. Howe avait continué, après 1867, son agitation, en faveur du rappel de l'acte fédératif, pour sa province.
Dans ce dessein, il avait même traversé l'océan et était allé soulever un fort parti, en Angleterre, en faveur de ses prétentions. Le gouvernement canadien, sachant l'in- " ] nce légitime dont le Dr Tupper V ssait auprès du cabinet de St.
James, le chargeait d'aller défendre la confédération, contre les attaques de M. lîowe ; — Les deux
vieux adversaires se retrouvaient en présence à Londres. Sir Charles lit une visite amicale à M. Ilowe.
Ces deux hommes, toujours en opposition l'un à l'autre, s'attiraient mutuellement, s'aimaient peut-être, sans s'en expliquer la cause ; il y a entre certaines natures des analogies mystérieuses, des sympathies secrètes ; Le talent provoque l'admiration ; de l'admiration à l'amité, la transition est naturelle. D'ailleurs, M. Howe rendait souvent justice à ses adversaires. Après sa défaite, en 1855, il répondait à un ami d'Halifax qui lui demandait quel était ce Docteur Tupper qui venait de le vaincre dans Cumberland ? " Qu'il le connaîtrait assez vite et que ce Dr Tupper serait bientôt le chef du parti conservateur de la Nouvelle- Ecosse." Howe, cette fois, voyait juste. La mission du Dr Tupper eut encore, en cette circonstance un plein succès. M. Howe dut revenir découragé et presque converti à l'idée de confédération ! ce fut la
iin de ragitation aiiti-coniédérée.
Depuis lors, il n'y eut plus d'opposition sérieuse au nouvel état politique, inauguré en 1867.
Une circonstance particulière Iburnit au Dr Tupper l'occasion de manifester ses sentiments de loyauté et de justice envers les Canadiens.
Pour récompenser les grands mérites de Sir John et de Sir George Etienne Cartier, le gouvernement leur avait octroyé des titres et des décorations. Malheureusement l'on avait offert à Sir George un titre moins élevé qu'à son ami et collèirue Sir John ! Ce qui avait blessé profondement le chef des Canadiens français. Sous l'empire de cette humiliation, avec cette franchise qui le caractérisait, Sir George écrivit au cabinet de St-James une lettre vive, concise, franche et digne, pour motiver son refus d'accepter le titre de C. B. dont on voulait dédaigneusement le gratifier. L'Angleterre, bien que fidèlement service par les canadiens-
ISO
français, c'eat souvent montrée partiale à leur égard. Le temps, qui est un maître unique, lui enseignera un peu plus de justice ; du moins espérons le. Sir John et Sir George étaient non-seulement les chefs d'un grand parti, des hommes de génie supérieur, mais encore les plus fidèles sujets de l'Angleterre.
Côte à côte, vingt ans durant, ils avaient livré des combats gigantesques en faveur du maintien des institutions Britanniques en Canada, pendant laquelle période un nombreux parti se prononçait en faveur de l'annexion avec la république voisine, surtout en 1848.
L'on était tellement habitué à voir ensemble ces deux hommes célèbres qu'on les avait babtisé du nom de " Frères Siamois.''^ Dans ces circonstances, le Dr Tupper étant alors à Londres et jouissant d'une grande considération auprès du comte de Carnarvon, suggéra à ce dernier, un moyen de réparer l'injure que l'on avait faite aux
isi
Canadiens dans la personne de leur chef aimé : C'était de lui décerner le titre de Baronet, supérieur même à celui de C. C. B. accepta par son collègue.
L'on accorde ce titre qu'avec une grande prudence, car le premier enfant mâle du baronet hérite de son titre ; or, il convient pour cela, de posséder une certaine fortune et de tenir un certain rang dans la société. Ainsi, comme les grandes fortunes sont rares, en ce pays, il y a très peu de baronets. Dans le cas de Sir Greorge, il n' y avait pas d'obstacle, car il n'avait pas de iils pour lui succéder. C'est ce que Sir Charles avait fait valoir auprès de son ami, le comte de Carnarvon ; En conséquence, Sir George fut crée Baronet.
Ainsi, le Dr Tupper continuait ses traditions d'amitié et de justice envers la minorité. Il acquit, par là, un nouveau titrr à la reconnaissance de tous les Canadiens ; il est si rar*» d" Ips v<^)ir r»'""^oif I'mi!-
part légitime de faveurs, de droits ou de pré vilèges ! Il est si rare, surtout, de leur trouver des défenseurs à l'étranger ! Pour ne plus revenir sur cette question de titre, disons tout de suite, que Sir Charles, déjà crée compagnon du Bain, en 1867, fut fait chevalier commandeur de St Michel et de St George, le 24 mai 1879, en même temps que MM.
Tilley, A. Campbell, W. P. Howland, E. Cartwright et Sir Narcisse F. Belleau, homme distingué, patriote éprouvé, qui a eu l'honneur d'être le premier Lieutenant-Gouverneur de sa province, depuis la cession de cette dernière à l'Angleterre. Etant donné que ces décorations sont octroyées au talent et au mérite, l'on admettra que Sir Charles les avait surabondamment gagnées.
Sir Charles Tupper et Mgr Hannan.
Les partis politiques dans Ontario, au Nouveau-Brunswick et à la
Nouvelle-Ecosse ne sont pas exactement divisés comme ils le sont dans la Province de Québec ; les questions en jeu n'y étant pas les mêmes. Aussi, le clergé qui, en général, est favora])le au uouvernement libéral-conservateur d'Ottawa dans toutes les parties de la Puissance, est-il neutre quand il s'agit des administrations locales. Quand un parti religieux possède la thèse, ou la vérité une et indivisible, il ne doit jamais l'abandonner pour la synthèse ou la vérité morcellée.
Mais la situation des catholiques est telle, dans les provinces où ils sont en minorité, qu'ils sont obligés d'y rechercher des alliances avec les partis qui les iavorisent davantage.
Mgr Hannan, successeur de feu Mgr Connolly, favorisait le parti opposé au ï)r Tupper, dans la Nouvelle-Ecosse. Sir Charles, par sa < onduite impartiale envers la minorité, avait conquis l'estime et l'admiration du nouvel Archevêque d'Halifax. Vit, à l'occasion de sa
IS.j
• questions de peu d'importance. •' Cependant, je puis, en toute sin- '* cérité, TOUS assurer que je me
• réjouis gi-andement de vos émi- " nents succès et des marques dis- " tinctives que la faveur royale *' vous décerne.
'' J'étais absent de cette province, '- ' depuis plusieurs jours, et ne *• savais rien de cette heureux évè- '* nement, autrement je vous aurais *' écris, depuis longtemps, pour vous •' en féliciter, tout en priant, le •' ciel qu'il vous accorde encore de •' longs jours, afin de régulariser
• toutes les affaires delà Puissance '• et d'y présider.
" Je dois dire, avec candeur, que
• depuis que j'eus l'honneur de ■' vous rencontrer, par affaires, en " 1860, en votre qualité d'homme
• public, je vous ai toujours trouvé, •' en chaque circonstance, désireux
• d'accomplir les vœux raisonnables de mon prédécesseur, de
' moi-même et des catholiques, en
• général.
Et à cause de cela aussi, je suis content que vous ayez été choisi pour la réception d'honneurs et de distinctions dont j'espère vous jouirez longtemps
" Vous offrant de nouveau mes "plus chaleureuses félicitations,"
' ' Je demeure " yotre plus dévoué serviteur
" M. L. Hannan
" Arch. d'Halifax."
Hon. 8ir Charles Tupper ) ministre des Travaux > Publics, Ottawa, Ont. )
Le Dr Tupper aux Communes du Canada.
La réputation, très souvent, grandit les hommes à distance. Quand vous les approchez, il vous paraissent petits. Yotre imagination
Is'
vous 10& litisaiL .^1 grands ! Tel ne fut pas le cas pour Sir Cliarles ; il répondit parfaitement à ce qu'on attendait de lui. Prenant sa place au sein d'un parlement qui comptait nombre d'hommes célèbres, par leur science, leur travaux et leurs services, Sir Charles ne leur fut pas inférieur î Dès la 1ère session, ouverte le 7 novembre 1867, il eut à tépondre, le lendemain, a son ancien concurrent, M. Ilowe, qui venait de faire un long discours contre la confédération, à propos de l'adresse en réponse au discours du trône. Sir Charles lui fit une réplique vigoureuse et à l'emportepièce. C'est toujours la même fougue, le même entrain, la même éloquence. La chambre, encore sous le charme de la parole de M.
Howe, se laisse entraîner par son adversaire qui, une fois de plus, reste maître du terrain Rien n'est étranner au député de Cumberland ; et pcmdant la première session, il parla sur divers sujets rb'
tarifs, de linances, cV annexion des territoires du Nord-Ouest etc., avec la même facilité, la même abondance et la même connaissance de tous les faits. Le 30 janvier 1869, M. Howe assumait les fonctions de Président du Conseil ! Sir Charles lui avait encore cédé le pas ! Bien plus, il alla l'aider à se faire réélire et il était prêt à résigner, en sa faveur, son mandat de Cumberland, s'il eut été nécessaire ! Voilà un bel exemple de désinterressement personnel au profit d'un principe et d'une idée. Le Dr Tupper, convaincu que l'entrée de M. Howe mettrait fin aux divisions intestines de sa Province, n'hésita pas un seul instant à se sacrifier dans l'intérêt de la paix et de l'union. Les événements prouvèrent qu'il avait raison. La fusion s'opéra dans la Nouvelle-Ecosse ; et, à la guerre politique succéda une trêve heureuse qui permit la réconciliation, la concorde et la paix.
C e.si aussi dans le même but que, sur la suggestion de Sir Charles, le 1er mai 1878, THon.
Joseph Ilowe était nommé Lieutenant-Gouverneur de sa Province.
C'est là que la mort venait, peu de temps après, fermer à jamais l'une des bouches les plus éloquentes qu'ait encore produites notre continent.
La session de 186î> retrouva le Dr Tupper avec son activité habituelle. Il porta la parole, très souvent, en chambre, sur des sujets de haute importance, tels que ceux de rintercolonial, de l'acquisition des territoires du Nord-Ouest et de l'entrée de Terreneuve dans hi confédération. 1870 le retrouve à son poste ; seize fois durant la session, Sir Charles a l'occasion de traiter les sujets les plus ardus : il le l'ail toujours avec un rare bonh<'Ui.
C'est à cette époque qu»* lut passé, dans notre parlement, lacté relatif à l'acquisition de la Terre de Kupert et des territoires du
Nord-Ouest. L'Angleterre avait déjà, l'année auparavant, sur les instances de Sir G-eorge et de l'Hon.
W. McDougall, passé un acte à cette fin, moyennant une somme de .€300,000 sterling, que le Canada devait payer à la compagnie de la baie d'IIudson. Cette compagnie, qui jouissait d'un monopole exclusif sur tout ce territoire, depuis 1670, se reservait, en sus, 50,000 acres de terres autour de ses postes de commerce et un vingtième de toutes les terres de kk^zono fertile, au Sud de la brandie Nord de la Rivière Saskatchewan : Son injuste monopole cessait. Ainsi, pour un sixième de centin par arpent, le Canada acquérait 1,800,000 milles (^arrés de terre, dont, près de la moitié vaut au moins deux piastres l'acre aujourd'hui. Cette acquisition, ai]isi que l'entrée de la Colombie dans la confédération, deve naient nécessaires au perfectionnement et à la consolidation de celleci. Toutes les Provinces Britanni-
ques de lAmérique du Nord, à l'exception de Terreneuve, se trouvaient aussi réunies et possédaient des zones diverses, des produits multiples et des' ports de mer, avantageusement situés, sur les Océans Pacifique et Attlantique, à 4500 milles de distance ! ces questions d'agrandissement et d'annexion de territoires, aussi vastes que le reste de ce continent, soulevèrent de magnifiques débats aux communes, dans lesquels figurèrent nos principaux hommes appartenant aux deux grands partis politiques, qui se disputent le pouvoir, au Canada.
Parmi ceux-ci le Dr Tupper prit une part très proéminente dans ses mémorables et interressants débats.
1870-1873. Sir Charles Tupper membre du Cabinet MarDonald.
IjQ 21 juin 1870, le Dr Tupper ♦ ntrait. pour la première lois, dans
le ministère canadien, en qualité de Président du Conseil ; charge qu'il occupa jusqu'au 1er juillet 1872, époque à laquelle, il prit la direction du miliistère du Revenu de l'Intérieur, — qu'il conserva jusqu'à son entrée dans celui des Douanes, le 2 Février 1878. Il n<^ conserva ce poste que jusqu'au G novembre de la même année, jour où l'administration Macdonald donnait sa résignation, à la suite des défections de plusieurs de ses partisans, à l'occasion des accusations au sujet du contrat Allen.
Le ministère MacDonald comptait des hommes célèbres, des chefs habiles, des politiques adroits et des financiers experts. vSir John présidait à la justice, Sir George à la Milice, Sir Léonard aux Finances, Peter Mitchell à la Marine, Wm. McDougall aux Travaux Publics, Sir A. Campbell aux Postes, l'hon. J. H. Pope à l'Agriculture ; à Sir Hector Lange vin était dévolu, d'abord le Secrétariat d'Etat, et en
1869, le département des Travaux Publics. A cette époque, le département des chemins de ier en faisait partie ; ce qui donnait une besogne considérable au ministre. Sir Hector s'étant fait remarquer, des longtemps, par son esprit méthodique, son assiduité au travail, ses aptitudes aux aflfaires, sa régularité en tout, ses connaissances politiques et par le fidèle accomplissement de sa parole donnée, devait, tout naturellement, succéder, en peu de U'mps, comm«' chef de parti, au très regretté Sir George, que la mort enlevait à Londres, le 20 mai 18Y3. Sir John est tro]:) connu pour qu'il soit néc^saire de faire ressortir ses grandes qualités administratives, et ses profondes connaissances de l'art du gouvernement des hommes et des choses.
MM. Tilly et Mitch«^ll avaient joué un rôle brillant dans leur petite Province. Ontario était représenté par MM. McDougall, Howland, Mon-is et O'Coniior ; c'est-à-dire
l)ar des politiques de renom, de science et d'autorité. Tel était la composition du ministère lorsque l'Hon. Pt Tupper fut appelé à en faire x^artie. Par son travail énergique, sa science des affaires, son coup d'œil rapide et profond, il eut bientôt conquis un rang enviable parmi ses distingués collègues. La session de 1871 fut très remarquable ; Elle requit, de la part des membres du Ministère, une somme énorme de travail. Sir Charles s'y montra infatigable : il prît part aux discutions, en chambre, pas moins de vingt deux fois, sur les sujets les plus importants !
L'élargissement des canaux occupa sérieusement son attention. Le canal Américain de l'Erié, dont l'embouchure se trouve à l'extrémité Est du Lac de ce nom, menaçait de faire une ruineuse concurrence à notre canal Welland, dont l'objet est de relier les eaux de l' Erié à celles du Lac Ontario, et de faire éviter, à la navigation, les chûtes du Niagara.
Il fallait donc faire élargir ce canal, de manière à permettre aux gros vaisseux, chargés des produits de l'Ouest, de descendre par la voie du St Laurent. Les pêcheries, dont l'importance est immense pour nous, ne furent pas non plus négligées, mais le sujet qui prima tous les autres, fut, sans contredit, celui de l'admission de la Colombie Britannique dans la confédération.
Sir Charles prit une part très active •dans les discussions nombreuses qui se firent à l'occasion de ces grandes mesures. L'opposition, conduite alors par l'Hon. Alex.
MacKenzie, député de Lambton, renfermait des hommes capables, savants et habiles ; ainsi la parti(^ était serrée ; le ministère surveillé de très près, était obligé de se tenir sur ses gardes.
Cette même année là, (1871), la Colombie Anglaise entrait dans la confédération, à la condition expresse, que le Canada construirait, dans l'espace de dix ans, le chemin de
fer du Pacilique. La promesse pouvait être difficile à tenir dans les conditions de nos finances. Ce sera là la cause de la résignation du ministère, deux ans après.
Dans un pays neuf et sous un régime nouA'eau qui av^it créé de nombreux besoins et de grandes aspirations, tout était à faire. Les ministres travaillèrent, avec un zèle infatigable, pour faire face à toutes les exigences de la situation Aidés puissamment par MM. T. Trudeau, C. F. BaiUarg-é, J. 0 Taché et autres chefs de départements, les ministres se montrèrent à la hauteur de leur situation. De nombreuses lois lurent élaborées, confectionnées et sanctionnés, touchant le service civil, les travaux publics, le service des malles, le tarif et la faillite. C'est en 1871 que fut signé le Traité de Washington, en vertu duquel les américains durent nous ï^ayer $4,500,000 d'indemnité pour l'usage de nos pêcheries, durant les 12 dernières années passées, et en
oiiLic >,1,000,000, a nie de Terivnenve. Li^ Yankee, qui est très pratique, a renoncé, depuis, dit-on.
à la consommation du poisson — même ^e vendredi 1 ça lui coûte trop cher. B'ici à ce qu'on ait oublié ce traité, les chances de Sir John à la lirésidence de la République américaine sout très minimes. Il vaut mieux, pour lui, s'en tenir à sa position de premier de ce côté-ci de la ligne 4ô ; Un tien caut mienx que deux tu l^ au ras.
Sir Ciarles, ayant pris la direction du ministère du revenu de rintérieur, le 1er juillet 1872, à la nomination de l'Hon. Alex. Morris comme juge en chef du Banc de la Reine an Manitoba, se mit à l' œuvre, avec son activité ordinaire. Il y op''rA nombre de réformes, fit rappeler les anciennes dispositions concernant les poids et rausures, et gratiAa le pays d'une loi générale à ce sajet, laquelle a donné satisfaction depuis. L'acte de faillite eut.
ai:ssi toute son attention. En
chambre, c'était l'un des porte* drapeaux de la parole au noKi du parti. Bien qu'un peu ferrailleur, la chambre entend toujours Sir Charles avec une grande déférence et une attention soutenue, ^s amis l'écoutent de plaisir, ses adversaires de rage x>arfois.
Il leur porte des coups si brusques et si fatals ! Sir John charme son adversaire, Sir Hector le convainc, Sir Léonard l'amadoue, Blake l'exalte, Chapleau l'émerve'lle. Pope l'enlace, Caron le cajole, Laurier l'enlève. Sir Charles le cloue, l'assomme. L'on dirait qu'il tient dans sa main une masse solide c pesante avec laquelle il frappe son ennemi sans pitié. Il suspend ai-dessus de sa tête î'épée liamboyante de Dansocl^s. C'est une espèce de Danton conservateur, qui marche, à pas rapides, vers son but, avec une audace croissante, encouragé par des succès constants La galerie jubile aux accents de Sir -Charles ; la galerie n'aime pas les plats tièd'^s ;
il Im laut du neuf! du vif! du nerf \ do l'imprévu ! Et quand Sir Charles doit prononcer une harangue, l'on est sûr qu'il y aura foule.
Et mieux que pour les acteurs Romains, qui à la fin d'une représentation, donnée devant un peuple ennuyé, étaient obligés de solliciter des appi-obations, Sir Charles, à la fm de son discours, n'a pas besoin de dire : Plaudite cives ! les applaudissements viennent spontanément et toujours.
WII
0 Nov : [187-î. Resif^nation du minis- I lf}re MacDonald.
Deux ans s'étaient écoulés déjà depuis l'entrée de la Colombie Anglaise dans la confédération, et 1(- chemin de IVr du Pacifique n'avançait guère. La Colombie menaçait de rompre le pacte fédéral. Le gouvernement fit de grands efibrts pour se procurer les moyens de faire ce grand chemin de fer, à
travers les plaines du grand Ouest.
C'était une des plus gigantesques entreprises qu'un peujile de 4,000,000 eut jamais essayées. Mais la Colombie étant le clef de Yoûte de l'édifice de la confédéradon, il fallait, à tout prix, la retenir dans son sein ; car, la confédération ne peut avoir de libres accès aux i:>orts du Pacifique que par cette Province. Le commerce de l'Inde, dr la Chine et du Japon, un jour, devra passer par là, pour se rendre en Europe — cette voie, étant de cinq cents milles plus courte que toute autre. La confédération ayant dû assumer une dette considérable pour le parachèvement de Tintercolonial, l'agrandissement des canaux, les travaux publics de toutes natures, etc., ne se trouvait pas en mesure de faire face et aux exigences de la situation et au coût du chemin de fer du Pacifique, à la fois. Le Nord-Ouest n'étant pas encore colonisé, ne donnait aucim revenu. Dans ces circonstances, le
ministère crut devoir s'aboucher avec de grands capitalistes étrangers : mais ceux-ci refusèrent leur coopération à l'entreprise du Paci- ^[ue. Alors le syndicat Allen fut formé. Le pays donnait $30,000,000, en argent et 50,000,000 d'acres de terres, pour la construction du chemin ; ce dernier devait être terminé dans les délais réglés avec la Colombie Anglaise. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes : Montréal Jubilait.
L'on ne demandait qu'à " voir le contrat."' JjQ terminus du pacifique devait être dans les inurs de la îprande cité. Hélas î chaque beau jour à son lendemain : chaque médaille, son revers ! Le peuple est instable ; aujourd'hui il chante ses grands liommes ; demain il chasse ses héros ! Un point noir se cachait à l'horison. Les élections se faisai'-ni alors, sous l'empire d'anciennes lois, dont la morale était passablement relâchée. L'on jouait gros je^ ; c'était la//oc//equi l'emportait.
Les deux partis durent dépenser beaucoup pour les élections ; Le ministère, peut-être moins que l'opposition. Mais ce qui est crime pour le gouvernant est vertu pour le gouverné ! Le pur, le délicat Yaukee Licius Seth Huntington, à la vertu farouche, s'indignant de ce que le ministère avait pu dépenser, quelques milliers de dollars, lui dont l'élection de Sheiford ne lui avait coûté que $32,000.00, parvint à obtenir, d'un M. Norris, clerc de l'Hon. M. Abbott, certains papiers d'une nature confidentielle ! Ces papiers établissaient que certaines sommes d'argent avaient du être dépensées, par le ministère, durant les élections. L'électeur se laisse corrompre mais n'aime pas qu'on le lui prouve ! une grande indignation s'ensuivit d'un bout à l'autre du pays. L'opposition la propagea au moyen de ses journaux, de ses clubs et de ses assemblées d indignation. Le ministère vit qu'il lui serait difficile de tenir tête à l'orale,
tant que cette surexcitation subsisterait. Le malade, atteint par certaines fièvres, ne peut prendre toutes sortes d'aliments. Il faut qne le temps de Tincubation s'écoule. Il en est ainsi des épidémis politiques ; le temps seul corrige les en'eurs, rétablit les faits, porte la lumière, et guérit les blessures. Le ministère résigna. C'était peut-être le plus mauvais tour qu'il pouvait jouer à ses adversaires; ceux-ci se trouvaient à prendre les rênes du pouvoir au moment où les difficultés, concernant la construction du Pacifique, étaient très considérables. D'ailleurs, les conservateurs avaient été si longtemps au timon des afî^aires, de si nombreux griefs leur étaient reprochés, par l'opposition, que le peuple paraissait croire, que cette dernière seule, pouvait ramener l'âge d'or dans notre pays. Règle générale, dans les pays représentatifs, dont les intérêts des différentes sections sont divers et souvent en
antagonisme, il n'est pas mauvais que les administrations changent parfois. Cela produit une généreuse émulation pour le bien et vers un bon régime de gouvernement' ; Le ilux et le reflux des mers assainissent l'atmosphère : une mer toujours calme engendrerait la corruption et la mort. Les temps demandent des modifications ; les générations trop vieilles sont routinières et ennemis des cliangements nécessités par les circonstances, les besoins et les époques nouvelles. Savoir se rendre à temps est en grand art : savoir se replier sur soi-même pour reprendre d(^s forces, à fin de monter plus haut, est une science utile.
8ir John connaît les ressorts de la souplesse ; il a étudié tous les recoins du cœur humain.— Le peuple, surpris dans sa bonne foi, revient à lui-même. Le ministère abandonna le pouvoir.
Sir Charles et presque tous les autres collègues de Sir John se resserrèrent d'avantage autour de
lui, l'encouragèrent et lui donnèrent un banquet dans la ville d'Ottawa même presqu'au lendemain de sa chute! L'on recommençait déjà la réorganisation du parti.
Ainsi, après une bataille perdue, un général habile et courageux, ne se croisse pas les bras ; mais, réorganisant les débris de ses phalanges décimées, il se prépare à de nouveaux combats. Etudiant, avec plus de soin le jeu, le nombre, les marches, les plans et les armes de ses ennemis, il remonte à l'assaut, et reprend la place perdue : Ainsi doit-il en être en politique ; cette guerre constante de jeu <!• -])ns(nle,
1878 // 1878— i'»;. MnrKenzie au
pouvoir.
Les rôles étaient complètement renversés. îSir John et son parti passaient à la gauche ; l'ancienne opposilicn prenait la droite, ayant à ga tète le vieux chef réiormistf» du Haut-Canada, l'IIon.
Alexander MacKenzie. Ceiiii-ci croyant devoir en appeler au peuple, sortit victorieux de la lutte de 18^4 : Il revint avec une immense majorité. La session se passa sans trop d'escarmouches ; lopposition conservatrice voulant donner au gouvernement une certaine latitude, qui lui permit de développer ses vues politiques et d'appliquer ses principes économiques. Mais Sir Charles ne semble vivre que de combats ; aussi est-il le plus ardent à l'attaque ? il harcèle, souvent, le ministère ; il est surtout la terreur du nouveau Ministre des Finances, Sir Richard J. Cartwright ; c'est fjur ce dernier qu'il se rabbat sans pitié. Il suit ses agissements, surveille ses rapports, analyse ses discours, relève ses arguments avec une force de logique impitoyable et une verve d'élocution extraordinaire. Le Pacifique, surtout, fut la cause de longues discussions.
Le gouvernement MacKenzie avait adopté un mode différent
pour la coastructioii de cette voie ferrée ; son but étant d'utiliser les lacs et les rivières, (water stretches), afin de diminuer la construction du nombre de miles de chemin, et de parfaire la roiïte en moins de temps.
Ce plan prêtait le flanc à la critique : nos hivers sibériens de rOuest fermant la navigation durant six mois de Tannée. La situa* lion du ministère était déjà difficile. Lea^capitalistes avaient refusé d'accepter ses oifres de .^10,000 et 20,000 acres de terres, par raille pour les 2,629 milles de voie ferrées t parfaire ; bien que le gouvernement offrait, en sus, quatre pour «^ent d'intérêt, pendant vingt-cinq ms, sur toute comme d'argent spé- ' ifiée au contrat. Cette offre équi- .-alait,en totalité, à ^20,290.00 en ar- Lj^ent et à 52,580,000 acres de terres, t part la garantie des quatre pour cent d'intérêt. L'on doutait alors de la possibilité du succès de l'enrise. M. MacKenzie, doué d'un , it tenace, marcha en dépit de
tout, au grand mécontement du peuple, chez lequel la réaction s'opérait déjà en faveur de l'ancien parti.
Un grand nombre d'élections ayant été annulées par les tribunaux, l'opposition remporta la plupart des divisions électorales, ainsi ouvertes par les jugements des cours. Dès Février 1875, M. Wilfrid Provost, avocat, d'un remarquable talent, était défait dans le comté des Deux-Montagnes. En Octobre 1877, l' Ho n. M. Laurier, nommé ministre du Eevenu de l'IntéTieur, subissait aussi le même sort, daiib la forteresse du libéralisme, les comtés unis de Drummond et Arthabaska. Mr D. O.
Bourbeau, conservateur, homme d'un grand mérite mais alors inconnu en politique, le remplaçait.
En Janvier 1878, l'Hon. 'Mr Yail, ministre de la Milice, perdait son élection dans le comté de Digby.
Dans Ontario, le gouvernement
-t importantes. Le Dr Tupper se multiplia pour porter secours à ses amis politiques. On le vit à North Renfrew, à Toronto, à Soutli Ontario et à Essex, où la victoire couronna ses efforts. Ce qui décourageait l'administration et faisait renaître la confiance et l'enthousiasme dans le parti conservateur.
Le rôle de l'oppositiou est comparativement facile ; la critique ^•tant plus aisée que l'art. Les années passées sur les banquettes de la gauche furent très agréables à Sir John et à son parti. Tout ce qui arrivait de mal était mis sur les épaules de M. MacKenzie.
Les mauvaises récoltes lui étaient imputées. C'était le point noir, le bouc émissaire, chargé de toutes les malédictions du pays. Les grands journaux et les orateurs conservateurs ne laissaient aucun répit au gouvernement. La lutte était vive partout. La grande^ crise commerciale .de ce temps-là
:io
vint encore aggravor la situation. M. Cartwright, ne roulant rieii entendre, refusa, sous lo prétexte que Ton ne ramène pas la prospérité d'un pays par un trait de plume, de modifier le tarif, bien que le pays réclamât un changement, à grands cris. Placés comme nous sommes à côté de la Képublique Américaine, nous sommes obligés de lui faire face et de tenir nos tarifs aussi élevés que les siens, afin de n'être pas ruinés par sa concurrence. En principe, tout le monde est libre-échangiste : dans la pratique, il convient quelquefois de se protéger. C'est ce qu'affecta de ne pas comprendre le ministère MacKenzie ; de là son impopularité croisante et sa courte durée. De fait, comme nous le disions alors dans une circonstance mémorable :
" Cette question implique celle du libre-échange et de la protection.
Les principes qui régissent ces questions, en tant qu'appliquiez à
différents paye, ne sont pas absolus. Au contraire, ils s'adaptent aux exigences des revenus, des besoins, des ressources et des relations de ces pays. L'on ne doit évidemment se protéger que sur des objets que nous ne produisons pas nous-mêmes. Le libre-échange convient aux nations riches, dont les différentes industries ont atteint un haut degré de perfectionnement. Les peuples nouveaux ont besoin de protection pour créer leurs manufactures et développer leurs ressources naturelles. •
** L'industrie française a pris son »'SSor sous Louis XIV ; elle est due lU système douanier du Grand Colbert. Amédée Gabourd s'exprime ainsi à ce. sujet : " Colbert imposa des règles sévères au travail, mais il s'attacha, en même temps, à fui assurer le marché national. Les produits de Vindifstrie étrangère furent frappés de droits répuhifi qui en rendirent V importation en France fort onéreuse.''
" Frappé do l'infériorité des manufactures françaises, le. grand ministre fit de prodigieux efforts pour les développer, en les protégeant contre la concurrence étrangère. Il poursuivit, ayec rigueur, les contrebandiers, afin d'empêcher les objets étrangers d'arriver en France. Cette protection assura le développement des industries françaises. Cette protection doit diminuer, naturellement, à mesure que l'industrie nationale peut soutenir la concurrence étrangère.
L'Angleterre a bien compris ce principe, et tandis qu'elle réclame ardemment de toutes les autres nations, l'abaissement des tarifs, elle s'obstine à maintenir les siens assez élevés pour empêcher les autres d'arriver chez elle ; voilà l'un des grands secrets de son omnipotence commerciale.
" La nation anglaise, séduite par les avantages du libre-change, a abaissé ses barrières, depuis peu.
L'effet en fut désastreux pour elle.
Le fer belge y arrive à si bas prix que ses opérations minières sont arrêtées et que les grèves y sont à Tordre du jour. Les théories libérales de Griadstone ont nui considérablement à l'Angleterre, depuis quelques années.
" Napoléon III, entraîné par les séduisantes théories libres-échangistes de Cobden, voulut les faire essayer à la France, en dépit des protestations de l'industrie nationale. Les désastres financiers en furent la conséquence.
" De fortes récriminations se produisirent au Corps Législatif.
Thiers qui connaissait le prix du travail et Pouyer-Quartier firent des discours, restés célèbres, pour h" rappel du traité, avec l'Angleterre. Jje peuple, aussitôt après »Sédan, s'empresse de récompenser ses défenseurs : Thiers est appelé à la présidence et Pouyer-Quartier est nommé ministre du commerce.
Si l'Angleterre est arrivé à un irr^ hmif rlporé do prospérité, elle
le doit à la protection. Ainsi en est-il des Etats-Unis. Dès après 1790, les questions économiques y furent fortement agitées. Washington, Hamiltoii, Jeflerson, etc., virent que le secret de la prospérité du peuple et de son indépendance reposaient dans la protection. Aussi dès 1812, Hamilton, secrétaired'état, fait un i-apport au Congrès en faveur de l'imposition de droits élevés sur les objets de iabrique étrangère. L'Angleterre s'émeut, et à Manchester seulement, l'on souscrit un demi-million pour l'achat de marchandises, au rabais, destinées aux Etats-Unis, afin de les inonder et d'y empêcher l'établissement des manufactures. Henry Clay vengea les Américains quelques années après, en 1824." Pour avoir négligé l'adoption de ces vues, avoir crée la cour suprême, etc., le gouvernement MacKenzie fut entraîné à sa perte.
8ir Charles Tupper discuta, en maints endroits, devant le peuple
lô
. i dans la chambre, ces graves questions ; partout ses vues semblaient se populariser dans les Provinces Maritimes : Ce qu'il opérait là se reproduisait dans Québec et Ontario. L'IIon. John Costigan obtenait les mêmes succès dans le Xouveau-Brunswick. Sir John était reçu en triomphateur à Montréal, à Québec et dans tout le Haut- Canada, où sa parole enlevait tous les sufirages, où sa présence réveillait de nombreuses sympathies.
D'immenses pique-niques politiques avait lieu partout. La <'onfîance renaissait chez les conservateurs, tandis que les libéraux semblaient, au contraire, découragés. Ce fut dans ces circonstance's, qu'eurent lieu les élections générales du 17 septembre 1878. Le parti libéral, décimé, revint tout mutilé de la lutte ; la plupart de ses chefs mêmes, étaioiit v*'<it'n sur le carreau.
18^8 — Les conservateurs reprennei le pouvoir.
Sir John, avec cette rare perspicacité politique qui le distingue, avait compris qu'il serait bientôt appelé à reprendre les rênes de l'Etat. Le peuple, en général, est avec Sir John ; on lui i^ar donne toujours beaucoup parce qu'il a beaucoup aimé son pays, s'entend. Sir John sait à fond le cœur humain ; on dirait qu'il en palpe tous les ressorts les yAus intimes, qii'il en connaît tous les instincts les plus secrets. On l'a dit un grand fascinateur. Non-seulemant, il fascine, mais il palpe, il dissèque ; il fait de l'anatomie. Le cœur est un viscère qui met en mouvement la plus belle invention du Créateur.
En effet, l'homme se meut, s'enthousiasme, se passionne, s'élève par le cœur. Apprenez le cœur humain, étudiez-le et vous gouvernerez le monde. Voilà bien l'un
des secrets de la popularité de Sir John.
Le gouvernement MacKenzie passait par un série de difficultés insurmontables : Un économiste manquait à ce ministère. Les théories libres-échangistes de Sir Hichard Cartwrig-ht mettaient le gouvernement dans l'impossibilité de faire face aux exigences croissantes du pays, i^à création de la cour suprême était aussi une faute, dans un temps où les finances ne suffisaient plus. Sir John surveillait avec son œil exercé les agissements du pouvoir. Mais, d'une natur»' chevaleiesque, il ne voulait pas créer trop d'embarras à ses adversaires, en chambre. Le Dr Tapper plus bouillant, plus batailleur, plus ardent, se jetait dans la mêlée et admistrait à ce pauvr*' Sir Itichard des coups dont ce dernier rn^ put jamais se relever.
Sir Léonard Tilley, ayant appris, de bonne heure, l'art du maniement ch^ri chiflV' s et dts {iriaiices. s'ét.uii,
retiré de Tarêne politique, en 18t3, pour occuper la position de Lieutenant-gouverneur de sa province, avait laissé à Sir Charles Tupper le soin de surveiller le financier de l'opposition, Sir Eichard. C'était le laisser en mauvaises mains. Le Dr Tupper connait très-bien les mathématiques et les ressources que l'on peut en retirer, contre un ministre des finances. La lutte qu'il fit à Sir Eichard est restée célèbre dans nos annales parlementaires.
L'opposition avait été très active pendant les années du règne Mac- Kenzie. Les assemblées politiques avaient succédé aux assemblées politiques dans les p: ovinces ; Sir John était reçu princièrement à Montréal, à Québec, à Sherbrooke, dans GlengaTry. à Toronto, et dans les Provinces Maritimes. Sir Charles se multipliait pour faire face à ses adversaires. Le Haut-Canada le vit souvent y livrer des batailles mémorables, dans l'intérêt de son
parti. Halifax le vit luttant en faveur de ses principes ; Digby fut aussi témoin de sa valeur. La lutte avait été portée dans tous les coins du pays ; l'opinion publique était profondément agitée Une crise commerciale, d'une gravité sans exemple, dans notre pays, venait d'y passer, comme un ouragan destructeur, emportant les fortunes devant lui, rasant les manufactures trop peu protégées, démolissant nos institutions monétaires, etc. Le comte Dufferin, habile, mais dangereux politique, précipita le dénouement. Il conseilla à l'Hon. Mac- Kenzie de faire ses élections dans l'automne de 1878, avant son départ. Les gouverneurs n'ont pas sur le peuple l' influence qu'ils croient avoir. I^s électeurs se déliaient de I^rd .Duiïerin : Sa conduite dans le Liban était connue.
Son immigration mennonite et islandai-s^, :ui Manitoba, avait considérablement mécontenté le pays.
Co> ÏTn ini"-::!])! ^ fOMlniciit trop
cher. Le plan adopté pour la construction du Pacifique parut impraticable. L'Hon sénateur Mac- Pherson avait démontré, dans une série d'articles remarquables, écrit avec une logique impitoyable et une grande clarté, l'inanité de la iDolitique fiscale de M. Cartwright. La presse conservatrice s'agitait aussi :
Le pays désirait un changement ; Les élections allaient lui offrir une occasion favorable. Elles eurent lieu le lY septembre 1878. Ce fut un coup de foudre pour le ministère. La plupart de ses membres a^^aient été défaits. C'était plus qu'une catastrophe ; c'était une ruine. Le triomphe de l'opposition était complet sur toute la ligne.
Sir John revenait avec une majorité plus forte que celle que M. Mac- Kenzie commandait auparavant.
O constance politique tu n'es qu'un mot ! Chose étrange ! c'est que les chefs et les hommes les plus habiles des deux partis furent défaits. Sir John lui-même avait
perdu son élection dans sa vieille et fidèle circonscription de Kingston ! Sir Hector était aussi défait à Rimouski ! L'électeur est si niveleur ! il voudrait n'élire que ses égaux ; il semble redouter le talent, parfois. L'éducation politique fera disparaître ce préjugé si funeste. Les hommes de talent ont plus de difficultés à parvenir, très souvent, que d'autres qui en sont dépourvus î C'est que les Minus habens flattent le peuple et se servent de moyens que repoussent les hommes supérieurs, les natures d'élite, les cœurs haitt placés." Le ministère résigne. Sir John fat rappelé. S'entourant de sa vieille garde, de ses fidèles amis, de ceux qui avaient lutté plus courageusement, aux jours mauvais, il forma une administration nou~ velle qui eut le plein assentiment de la chambre et du pays.
Le nouveau ministère. — Le marqtw de Lomé.
L'ingratitude est le pire des crimes politiques. Un chef qui s'en rendrait coupable tomberait bientôt dans le discrédit général.
Rien n'est plus odieux que l'ingratitude. Quand un homme a combattu, a sacrifié son temps, son repos, sa fortune, au triomphe d'une cause ou d'un parti, il a droit à l'honneur et aux récompenses. Sir John n'oublia point ses anciens amis. La chambre se composait de plusieurs hommes de grands talents. Ontario était représentée par des avocats habiles : MacDougalL Plumb, Hector Cameron, Dalton McCarthy, Kirkpatrick, Eykert etc., le chef n'avait que l'embaras du choix. L'administration fat formé comme suit :
Sir John A. Macdonai.d, Premirr n
Ministre de l'Intérieur.
Hon. James "MAfiDONvr,!). Minhtrr ^.^ i,,
justice.
lion. Chas Tl'I'pei;, Ministre fJ^s Travaux
Publics lion. H. L. Lani.i:
des Postes.
Hon. L. R. Masson, Ministre de Id
Milice.
Hon. L'. S. TiLLEV, Ministre des Finances. Hon. Alex. Gampoell, Receveur Général.
Hoii. J. H. Poi'E, ilinistir de r Agriculture.
Hon. M. Bo\s Ei.L, Ministre d^s Douanes. Hon. J. G. PorE, Ministre de lu Mariw*
et des Pêcheries.
Hon. J. AiKENs, Secrétaire d'Eiai.
Hon. L. F. G. Babv, Ministre du ftcvenu
de T Intérieur.
ffon. John O^Convoiï, /v-/-> //'•./ /^
Conseil
En Cela. Sir John s'étaii laoutrt' reconnaissant. Le nouveau conseil se composait do ceux qui, a peu d'exception, entre les premiers, avaient lutté, dans chaque province, pour le triomphe du parti libéral- «onservateur. C'était un ministère composé d'hommes énergiques, éprouvés, habiles et dévoués à leur chef. Six de ces ministres ne le sont plus depuis déjà long-
temi)s ; les géuéiations politiques liassent si vite. Dos questions importantes agitaient alors la province de Québec. Le coup d'Etat de Letellier avait causé une profonde commotion. Le nouveau gouverneur, le marquis de Lorne, arrivait, dans ces circonstances, pour remplacer le diplomate Lord Dulierin. Ce dernier l'avait mis sous une fausse impression, relativement à la question Letellier : Il faillit se perdre, Letellier avait des adversaires très actifs ; La Maison bleue, à Ottawa, était le foyer où se chauffaient à blanc les boulets que Ton dirigeait contre le Lieutenant- Ci ouverneur de Québec. Le marquis de Lorne, inspiré adroitement, renvoya la décision de cette épineuse question à l'Angleterre.
Cette décision ne satisfit personne.
La popularité du jeune gouverneur en reçut un tel coup qu'elle ne s'en releva, depuis, qu'avec difficulté.
Sir Hector, en compagnie de Fhon. M. Abbott, traversa l'Océan,
cause des adversaires de l'Hon.
M. Letellier, au Colonial Office.
Ils revinrent victorieux. L'Angleterre sanctionnant une fois de pins la vieille doctrine : " que le roi rèirne. mais ne gouverne pas..,.'" en apparence du moins.
Le marquis de Lorne, qui est un ami de la littérature, a fondé une Académie royale, calquée sur celle de Londres. Son administration restera célèbre à cause de la construction du Pacifique et du développement du Nord-Ouest canadien.
Mais son départ laissera le Canada assez indifférent, bien que personnellement il y soit estimé, à cause de son attachement sincère pour les Canadiens. Il n'a laissé aucune fondation qui le rappellera, si ce n'est l'Académie royale... et encore est-elle née viable, composée comme elle l'est ?
Le Pacifique Canadien.
Le Dr Tupper, voulant se livrer plus exclusivement à la grande œuvre du Pacifique, fat forcé de laisser diviser, en 18Ï9, son département, en deux branches :
celle des chemins de fer et des canaux, qu'il garda pour luimême, et celle des travaux publics qui fut coniiée a Sir Hector L.
Langevin. Ce dernier, par son esprit méthodique, ses connaissances variées et approfondies de toutes les branches administratives, son habileté aux affaires, est apte à remplir n'importe quel x)0ste, à présider à n'importe quel département. Aussi, au ministère des Travaux Publics, Sir Hector donnat-il satisfaction générale. De grandes améliorations se sont faites, dans toutes les parties de la Confédération, sous sa gouverne. Le Montréal Gazette, du 9 juin dernier, donnait un état concf-riiant les
UuVaUX publics. y^^:i viiit. UI«- du
rapport préi>aré, sous la direction de «Sir Hector, doîiue des détails très intéressants que le lecteur verra avec plaisir.
Le voici tel que donné par la ' azelte :
'• Travaux Publics de la Puissance. — Sir Hector X.angevin a fait préparer un sommaire très bien fait et des plus utiles, de tous les rapports des Travaux Publics, depuis l'époque de la Confédération, à nos jours. Lr^ montant dépensé pour travaux publics est de §264,575,- 507, somme beaucoup plus élevée que notre dette ; de cette somme $96,458,745 ont été dépensées depuis le lerjuillet lS'n7. .tLi 1);i]ai)(e avant cette date.
" L'état suivajit a*-i:iuiiLr»^ m proportion des dépenses dans chaque province :