DEUX DATES
Le héros immortel d’une grande épopée, Montcalm, était tomb: cevant les ennemis ; Et les regards fixés sur sa vaillante épée
IT avait dit : je meurs vaincu mais insoumis !
Dans les plis glorieux du drapeau de la France Il avait endormi sa suprême douleur.
Notre patrie, hélas ! n’avait plus d’espérance, Tout était bien perdu, tout, excepté l'honneur !
Les chevaliers'français qui, l’âme endolorie, Semblaient humiliés de survivre aux combats, Repartaient en pleuran‘ pour la mère-patrie, Plutôt que de subir un joug qu’ils n’aimaient pas.
Jour de deuil où l’on vit sous les couleurs anglaises, S'éloigner le dernier des Gouverneurs français, Où, mornes spectateurs au sommet des falaises, * Nos pères soupiraient : reviendront-ils jamais ?
ee vrE LE RP ET PT NS AE er ni
Oh ! qu’ils devaient souffrir dans leurs âmes si fières, Quand leurs yeux désolés contemplaient l’avenir !
Quelques milliers épars, vivant dans des chaumières, | Délaissés, sans secours, qu’allaient-ils devenir ?
Ces généreux enfants d’une race superbe
Seraient-ils absorbés par le peuple vainqueur ?
—On le disait. Mais Dieu qui prend soin du brin d'herbe Laissait luire sur eux un rayon de son cœur !
L'univers à vieilli d’un siècle, et la conquête Qui devait de ma race entr’ouvrir le tombeau, Selon les pronostics d’une haine inquiète, Paraît être plutôt devenu un berceau !
Un nouveau peuple est né sur les bords du grand fleuve, Il a beaucoup souffert, il a langui longtemps,
Mais enfin il grandit, et pour vaincre l’épreuve
Il a dans sa vertu la sève du printemps.
Afin que ses enfants ne fussent pas esclaves Que de vaillants combats il a dû soutenir !
Malgré tout il progresse et brise ses entrave: Il vient de faire encore un pas vers l’avenir.
Tout Québec est en fête et ses flèches altières Laissent flotter au vent leurs pavillons joyeux ; La voix du canon gronde, et les salves guerrières Semblent nous annoncer un jour plus glorieux.
Que se passe-t-il donc, et quelle est cette fête ? Quelle ère a donc brillé dans notre firmament ? Et quel est ce héros dont la foule s'apprête
A saluer l'entrée au seuil du parlement ?