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Biographie de Stanislas Drapeau, auteur des "etudes sur les developpments de la colonisation du Bas-Canada"

Sommaire. — Sa naissance. — Parrain et Marraine. — Ecoles et Séminaire.— Apprentissage. — Servant à dîner aux Prisonniers politiques — Anecdote historique à ce propos. — Porteur du Canadien.

1821— Le 28 juillet 1821 naquit à Saint-Eoeh de Québec, rue Saint-Val lier, résidence voisine de celle du vénérable Frère Louis, récollet, un enfant, premier né du mariage de Jean-Baptiste Drapeau, de Charlebourg, et de Marie-Angèle Bourbeau, de Beauport, alors résidant à Québec. L'enfant fut baptisé à l'Hôpital Général (Notre Dame des Anges), par le révérend Messire

Laurent-Thomas Bedard, chapelain de la Communauté, et il reçut au baptême les prénoms de Jean-Baptiste Stanislas.

Au moment d'aviser aux préparatifs du baptême et aux invitations qui s'en suivent, la jeune femme, ainsi que sa mère, voulurent déroger à la règle ordinairement suivie de prendre les grands parents de chaque côté, pour parrain et marraine du premier né ; puis, désirant pardessus tout manifester leur affection particulière à une jeune et pieuse religieuse du cloître des Ursulines de Québec, la révérende Mère Saint-Stanislas, sœur de la mère du nouveau né, on alla l'inviter pour en être la marraine? mission qu'elle accepta avec empressement, après en avoir obtenue préalablement la permission de la Communauté ; puis, désirant faire ajouter aux prénoms du père de l'enfant celui qu'elle portait elle-même en religion, on donna au nouveau baptisé les prénoms que nous venons de mentionner. Mais comme la marraine ne pouvait agir en dehors du cloître, elle se fit représenter aux fonts-baptismaux par sa mère, la grandmère de l'enfant, et le parrain fut Sieur Pierre Drapeau, frère de Jean-Baptiste, oncle de l'enfant.

La fortune des jeunes époux était modeste; cependant rien ne fut négligé pour donner à leurs enfants, par la suite, l'instruction nécessaire, en rapport avec leurs aptitudes et conditions. Ce fut Stanislas qui profita le plus largement de l'instruction donnée par ses premiers maîtres d'écoles, MM. Légaré et Dion, dont l'amour pour la jeunesse grandissait chez eux avec l'ardeur qu'ils apportaient dans l'exercice de leur apostolat.

1835 — Après avoir fréquenté simultanément les écoles de ces deux vertueux instituteurs, et celle de 1 Ecole Britannique, établie à Saint Eoch, le jeune élève, alors âgé de quatorze ans, fut envoyé au Séminaire de Québec, ayant pour compagnons intimes d'études Louis Bonamy, petit neveu du frère Louis; Louis Falardeau, Joseph Cardinal, Eusèbe Lemieux, tous résidant au faubourg Saint-Vallier ; pour précepteur de la première année, le vénérable abbé Baillargé, et pour gardien de discipline interne, en classe, le jeune ecclésiastique Auclair qui, plus tard, deviendra Curé d'office à la Basilique de Québec.

De tous ces condisciples de Stanislas, il n'y a plus de vivant que le .Dr. Charîes-Eusèbe Lemieux.

Notre but est d'esquisser, dans ces pages rapides, quelques traits caractéristiques de ce jeune homme au cœur large et patriotique, et en même temps de rappeler certains événements de l'histoire contemporaine, propres, — croyonsnous, — à intéresser les esprits sérieux et réfléchis. Nous sommes en 183T.

1837 — Après s'être appliqué quelques mois à l'étude d'un métier qu'il n'aimait pas, et pour d'autres raisons, il se décida pour la typographie, ayant une prédilection toute particulière pour cet art. Il entra donc à l'imprimerie du Fantasque, où il fut employé jusqu'à l'époque de la saisie de cet établissement, laquelle fut enlevée et transportée dans les voûtes du Palais de Justice de Québec, le 2 janvier 1838, tandis que ses éditeurs-propriétaires étaient emprisonnés.

1838 — A cette époque néfaste de notre histoire, en effet, on vit se produire à Québec de

nombreuses arrestations vexatoires contre certains citoyens loyaux et paisibles, entr'autres celles de

MM. Etienne Parent et Jean-Baptiste Fréchette, du Canadien ;

MM. A. Jacquies et Napoléon Aubin, du Fantasque ;

MM. Dr. Edouard Eousseau, Barthélemi Lachance et Pierre Chasseur^ tous accusés de haute trahison.

Un poète à dit:

Mourir pour la patrie, C'est le sort le plus beau, Le plus digne d'envie !

On peut bien dire, ici, que l'emprisonnement^ pour cause politique, à cette époque, était un honneur !

Toutes ces arrestations sentaient le despotisme le plus révoltant; elles étaient ordonnées avec une puissance d'orgueil et de perfidie telles, que toujours, dans nos annales, elles seront la honte de ceux qui régnaient alors à la tête de l'oligarchie britannique.

Le Fantasque avait été pillé, mais heureusement il restait encore le Canadien sur la brê-

€he, pour défendre les opprimés et les intérêts généraux du peuple.

Pendant que ces braves Canadiens gémissaient sous les verrous, on vit notre jeune apprenti typographe, l'actif Stanislas, porter aux prisonniers politiques, le midi, les mets succulants que les mains habiles de Madame Jacquies préparaient pour les sept illustres victimes de l'oligarchie anglaise de l'époque. Il avait été convenu, paraît-il, qu'à tour de rôle, chaque semaine? •ce procédé de nourrir les prisonniers politiques s'accomplirait par les familles ainsi séparées de leurs chefs respectifs.

Empressons-nous de dire qu'après la saisie de l'imprimerie du Fantasque, le jeune Stanislas -était entré au Canadien, afin de continuer son ■apprentissage de typographe, et que là, encore, il se rendit utile.

Durant la deuxième semaine d'incarcération des prisonniers politiques, ce fut le tour de Madame Fréchette à pourvoir aux dîners des prisonniers. Inutile d'ajouter que la plume des écrivains internés ne restait pas oisive, et qu'ils

savaient confier à l'intelligent et prudent apprenti les articles politiques destinés à paraître dans le Canadien, nonobstant l'absence de son rédacteur-en-chef. Voici comment on avait imaginé 1er stratagème mis en usage pour cette fin.

Parmi les mets renfermés dans le panier voyageur se trouvait permanemment une grosse tartine, sous la croûte de laquelle l'on mettait un article de rédaction, une épreuve à lire, une communication intime, etc., etc., que l'apprenti portait ou rapportait selon le besoin. Par ce moyen, les fureurs du Canadien ne se ralentissaient aucunement. Il faut avouer que le porteur de cette historique Croûte, qui était alors un garçonnet très éveillé et suffisamment hardi, a dû en voir bien d'autres espiègleries depuis ce temps-là !

Malgré la rareté de l'ouvrage dans les imprimeries de la cité de Québec, à cette époque agitée, et la modicité des salaires accordés aux apprentis typographes, le loyal Mr. Fréchette, propriétaire du Canadien, s'empressa d'accorder

au jeune Drapeau un salaire généreux en considération de ses services, et lui désigna le quartier Saint-Roch, pour faire, trois fois par semaine, les lundi, mercredi et vendredi, la distribution du Canadien aux abonnés de cette localité qui, alors, ne s'étendait pas au delà de la rue de l'Eglise, du côté de l'ouest, à part la double rangée de maisons situées sur la rue Saint- Vallier, depuis le pied de la côte d'Abraham jusqu'à la côte Sauvageau. Tous les terrains situés en arrière de la rue Saint- Vallier, depuis la colline élevée du faubourg St. Jean jusqu'à la petite rivière Saint-Charles, étaient en friche.

Il n'est pas sans intérêt d'ajouter que le nouveau porteur du Canadien remplaçait un confrère, apprenti comme lui, le jeune Honoré Simard quiT plus tard, deviendra co-assoeié de la célèbre maison Méthot et Chinic, et l'un des membres de l'Assemblée législative pour la cité de Québec.

1840— La vengeance des vainqueurs, tant du Haut que du Bas-Canada, ayant été satisfaite par l'échafaud ou l'exil, on crut sceller le sort du

pays par l'Union des deux Provinces. Dès ce moment, chaque nationalité s'efforça de tirer le meilleur parti possible des avantages offerts par la nouvelle Charte, imposée malgré nous. Quant aux sept prisonniers politiques de Québec, ils avaient été relâchés quelques six mois plus tardf après leur arrestation, et sans procès !

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