‹ Biographie de Stanislas Drapeau, auteur des "etudes sur les developpments de la colonisation du Bas-Canada"Chapitre 8 sur 11 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Sommaire. — Publication du Foyer Domestique, et plus tard de V Album des Familles, pour la diffusion de la saine littérature et des actions illustres de l'histoire du pays.— Dévouement au Chant de l'Eglise durant plus d'uu demi siècle. — Aspirations politiques.

1876 — Le dévouement extraordinaire de Mr, Drapeau devait encore s'exercer au profit de Tintelligence, par le ministère de la presse. Désireux de doter les familles canadiennes d'une publication mensuelle destinée à la diffusion de la bonne littérature, de l'histoire, des sciences et des actions illustres des temps passés, etc., il fonda, au mois d'Avril 1876, le Foyer Domestique. Cette publication, qui ne tarda pas à être placé au premier rang, par sa valeur et son importance, reçut la collaboration des meilleures plumes du Canada. Ce journal, très coûteux»

fut publié jusqu'au mois de décembre 1879, sous le titre ci-dessus mentionné, lequel fut remplacé par Y Album des Familles, le 1er Janvier 1880, se composant comme son devancier de matières choisies qui faisaient les délices des âmes sérieuses et amies du bien et de la morale. C'était, de fait, la même publication qui se continuait sauf le titre.

Cette entreprise, comme cela arrive presque toujours, coûta à Mr. Drapeau des sacrifices considérables d'argent et de travail, et il se vit contraint, après huit années de labeur constant et la perte de toutes ses épargnes amassées durant les vingt années passées dans le service civil, à cesser sa publication, au mois de Juillet

L'énergie, le zèle, le dévouement de cet homme d'acier, malgré son âge, ne faiblissent pas. Voilà plus de quarante ans que son esprit de foi religieuse l'a fait se joindre aux groupes des chanteurs de nos basiliques, pour contribuer au chant liturgique de l'Eglise.

A Québec, à Montréal, aujourd'hui à Ottawa, toujours on l'a vu au premier rang, par 1 assiduité, le désintéressement, etc., à rendre des services signalés avec une abnégation qui ne s'est jamais démentie. A Québec, on le voit fon-

der en 1849, lors de l'établissement de l'Archiconfrérie, et diriger durant dix années consécutives, le chœur de l'orgue de l'Eglise St. Jean.

Ce fut sous sa direction que se firent entendre les chants sacrés de la lugubre cérémonie de la translation des ossements des Braves miliciens et Soldats français de 1760, à la Basilique de Québec, il y a trente ans et plus. Cette cérémonie fut l'une des plus imposantes qui se soient vues en Canada.

A Ottawa, jusqu'à ces derniers temps, il fut le directeur du chœur de l'orgue de la Basilique; il s'y employa avec le même dévouement et le même zèle d'autrefois. On aime toujours à entendre retentir cette voix forte, éclatante et sonore, que la veillesse n'a nullement altérée— notons que Mr. Drapeau porte allègrement ses soixante-et-huit années !

1882 — Mr. Drapeau, sans prendre part aux luttes politiques depuis qu'il était entré dans la service civil, suivait des yeux, cependant, la marche des affaires, et ne dissimulait pas son

inquiétude de voir ses compatriotes se diviser si fatalement sur toutes les questions concernant le progrès et l'avenir du paj^s et de ses habitants.

Les élections fédérales devaient avoir lieu au mois de juin 1882, et les électeurs du comté de rislet, (P. Q.) fatigué de la situation faite au Comté par l'opposition constance du Député alors siégeant, contre le gouvernement; opposition nuisible d'après l'opinion des électeurs des deux partis politiques. — et qui avait eu pour effet de faire tarir la source officielle des octrois destinées à la colonisation et aux travaux publics du comté, — désiraient mettre fin à cet état de chose. Dans ce but, ils arrêtèrent le projet de s'adresser à Mr. Drapeau, ci-devant directeur de la colonisation du comté, afin de le solliciter à venir comme candidat fédéral. Une députation se rendit auprès de lui, et une réquisition le priant de se dévouer, comme autrefois, aux intérêts du comté, lui fut adressée, l'assurant que le parti conservateur, augmenté d'un grand nombre de libéraux, serait compacte pour faire la lutte et faire triompher sa candidature.

En vue de rendre service au comté, il résigna l'emploi qulil occupait dans le service civil, et se rendit au chef-lieu du comté, à St. Jean Port-

Joli, où il lui fut présenté une adresse de Bienvenue, remplie de beaux sentiments, et dans laquelle on lui renouvelait l'offre du mandat.

M. Drapeau, dans sa réponse à l'adresse de bienvenue, si agréable à son cœur, fit voir la responsabilité que cette dignité allait lui imposer, mais qu'avec l'appui des conseils des électeurs, il espérait pouvoir remplir sa mission, et aider au développement de l'agriculture et de la colonisation dans le pays, et surtout dans le comté de l'Islet, dont il connaissait parfaitement les besoins ; et il voulait que ces deux importantes questions fussent les deux principaux articles de son programme d'économie politique. Il accepta de nouveau, et cette fois publiquement. Se croyant bien assuré qu'il n'avait à lutter que contre le candidat siégeant, appartenant au parti libéral, il ne fut pas peu surpris do voir poindre à l'horizon une candidature bâtarde, qui n'avait aucunement été sollicitée, et qui se ré vêlait pour la circonstance, revêtu du manteau conservateur. Au fond, ■comme cela à été démontré plus tard, ce n'était rien moins qu'une ruse politique.

Sous ces circonstances, et par un incident inexplicable, Mr. Drapeau ne se présentât point le jour de la nomination, sachant que la lutte

devenait inutile, et il laissa à son opposant de la dernière heure et à ceux qui l'inspiraient, la responsabilité de cette téméraire et déloyale démarche, qui se termina par la plus humiliante défaite, tout pour le candidat déguisé que pour ceux qui lui avait préparé les voies.

Des lettres particulières nous font connaître que des groupes influents, dans trois ou quatre comtés, où les intérêts de la colonisation étaient négligés et en souffrances, se seraient addressés à notre actif compatriote, mais que celui-ci aurait décliné l'honneur qu'on lui offrait, pour des raisons particulières. On sait que sa prédilection était toute entière pour le comté de l'islet, où il avait longtemps résidé, et qu'il devait encore habiter, s'il eut été élu député du Comté.

Il est malheureux, — ajouterons-nous, — que cet actif ami des colons et de3 cultivateurs ne soit pas entré au Parlement, surtout à la Chambre Provinciale de Québec, car il aurait su convaincre le gouvernement et la législature sur la nécessité de faire progresser l'œuvre du défri-

chement des terres de la Couronne, et empêcher, par là, Je dépeuplement du pays au profit des Etats-Unis. Plus d'un comté aurait donc profité de son travail, et la législature aurait bénéficié de son expérience en fait de colonisation.

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