CHAPITRE VII
Sommaire. — Nouvelles considérations politiques et Conseils — Projet soumis à l'attention publique touchant la formation d'un parti vraiment national — Mutisme des Chefs politiques des deux partis, à ce sujet — Evénements du Nord-Ou38t et ses effets. — Publication de la Lyre d'Or. — Conclusion.
1883 — M. Drapeau, après les élections de 1882, se mit à étudier avec plus d'ardeur encore les questions politiques, mais découvrant l'hypocrisie, la lâcheté, et la cangrône qui rongent le cœur des parti-*, crut devoir soumettre, au mois de juin 1883, un projet touchant les destinées futures de la politique, au point de vue des intérêts franco- canadiens.
Dans un Manifeste imprimé, où il était question de fusionner ensemble les idées favorab'es aux intérêts du peuple avant ceux des partis
actuels, qui se disputent sans relâche le Pouvoir, M. Drapeau s'exprimait ainsi :
"Les hommes modérés des deux grands partis politiques qui divisent aujourd'hui les Canadiens-français, sont fatigués des luttes incessantes et regrettables qui existent ; luttes que l'on serait presque tenté, parfois, de qualifier d'anti-patriotique. tant les malheureux effets qu'elles produisent diminuent l'influence que les Canadiens pourraient exercer dans l'affirmation de leurs droits et privilèges.
"Pour faciliter cet important rapprochement des volontés agissantes, je soumets l'idée de fonder un journal politique de premier ordre, qui serait indépendant, suivant que le démontre le Prospectus ci-joint, lequel serait appelé l' Union Nationale. Il serait l'organe du nouveau parti, qui se recruterait parmi les hommes modérés et désireux de yoir rayonner la paix dans le pays."
Et le Prospectus^ dont il est fait mention plus haut, d'ajouter :
" Cette entreprise n'est pas une œuvre de parti mais de principe. Cette feuille ne sera aucunement liée aux hommes de parti ou de coterie; elle donnera son appui avec indépendance à ceux qui en seront dignes, comme elle combattra les mesures qui ne paraîtront pas favorables au peuple, de quelque parti qu'elles viennent.
"Eu union avec le Saint-Siège, nous défendrons avec persévérance les droits de l'Eglise, sous l'étendard de la religion catholique et de l'Episcopat de ce pays.
«Nous soutiendrons l'union étroite qui doit exister entre l'Eglise et l'Etat.
Dans l'ordre économique, l'Union Nationale s'efforcera :
« De combattre pour le soutient des idées politiques favorables à notre pays.
"Tout en reconnaissant en Canada l'utilitéd'une opposition loyale et honnête, nous ferons taire les mesquines ambitions qui pourront être contraires aux intérêts généraux du pays, et nous soutiendrons toute mesure favorable au peuple.
"Nous prônerons le respect dû aux hommes politiques bien pensants et bien disposés, de quelque parti qu'ils appartiennent, afin d'unir toutes les volontés pour promouvoir les intérêts du pays, et ceux de la Province de Québec en particulier, sans distinction de nationalité ou de croyance.
" Si nous voulons voir la province de Québec marcher dans la voie du progrès, il faut que tout le monde mette l'épaule à la roue, cette maxime est celle des vrais patriotes.
"De prêcher l'économie dans les dépenses administratives, mais soutenir les entreprises favorables au développement des ressources du pays, telles que la colonisation et l'ouverture des chemins, ainsi que les compagnies de chemins de fer établies au point de vue de l'agriculture, de la colonisation et du commerce.
"Il est inutile de cacher— ajoute le Prospectus, — que si nous voulons voir la province de Québec sortir du triste état où elle se trouve, il faut que la reconciliation se fasse parmi les hommes qui ont mission de législater et de servir plus étroitement le pays, autrement le système représentatif devient une véritable fiction, et les députés trop
•exclusifs ne représentent plus que leur individualité, et nullement les comtés qui les envoient au Parlement.
" En prêchant l'union, la conciliation, nous faisons un acte patriotique, et qui est plus acceptable que la coalision peut-être, à cause des exigences qui en rendent l'application très difficile pour ne pas dire impossible
Comme le disait un homme politique (Thon. Mr. Chapleau), il 3 a quelques années:
"Comment voulez-vous que le gouvernement, que la législature, que la presse s'occupent sérieusement d'élaborer des projets fructueux pour développer toutes nos ressources négligées ? C'est à peine si on a le temps de panser ses blessures, de réparer ses armes, de renouveler ses amu nitions ! Qu'y a-t-il à faire ?
"A tous ceux qui ont mission d'enseigner, de bien réfléchir et de se mettre à l'œuvre.
« Une société ne peut subsister sans la soumission à l'autorité, sans l'abandon d'une partie de sa volonté à celui qui représente la volonté générale.
«Il faut que l'on se dise, une bonne fois, que ce n'est pas une question de goût, ni une question d'amour-propre, •c'est une question de devoir, une question de sacrifice."
Cette proposition, — comme bien d'autres également utiles,— fut écartée par les chefs politiques des deux partis ; et ils refusèrent de s'astreindre aux obligations qu'elle comportait.
Les gouvernements veulent régner en despotes ; l'opposition ne cède jamais.
Nonobstant cette tiédeur, il arriva peu de temps après, à l'occasion de la mort de Eiel, qu'une fraction du parti conservateur se détacha du groupe principal, et alla se joindre aux libéraux, pour former le parti national actuel. On sait le reste.
Comme on le voit, par les longues citations que nous avons rappelés du Manifeste de M. Drapeau de 1885, son programme politique semble acceptable, et nul doute qu'il le fera triompher à son heure.
1888. — M. Drapeau, qui ne pouvait vivre sans se créer dans l'esprit quelque occupation, et qui espérait se refaire de ses pertes passées, fonda la Lyre d'Or, le 1er janvier 1888, pour faire suite à Y Album des Familles. Ce fut un très beau journal catholique.
Jamais publication ne fut mieux soigné que celle-ci, et les matières publiées, durant les dixhuit mois qu'elle a vécue, sont de premier choix. Mais c'est avec un regret profond que nous vî-
mes le public religieux, pour lequel cette publication avait été entreprise, demeurer tiède et indifférent, en refusant d'y contribuer par un abonnement, ce qui fut cause de la suspension de cette importante publication, en juillet 1889, laissant son éditeur se débattre pour solder un déficit de six cents piastres, qu'il vient de combler.
1890. On prête à Mr. Drapeau l'idée de quitter bientôt la Capitale fédérale pour aller résider dans la province de Québec, à Saint-Jerm d'Escbaillon, comté de Lotbinière, où se trouve son beau-frère, le Révérend Messire P. O. Drolet, curé du lieu.
L'intention de notre compatriote, paraît-il, serait de poursuivre dans le calme de la solitude ses travaux de recherches historiques et statistiques, pour continuer la publication déjà commencée de YHistoire illustrée des Institutions Charitables et d 'Education du Canada, dont le premier fascicule a paru il y a déjà quelques années, racontant à la gloire de Dieu i^saciions illustres de la charité chrétienne qu'ont sut
accomplir les institutions religieuses du pays, depuis leurs fondations jusqu'à nos jours.
Cet immense travail, dont les matériaux sont rassemblés, formera cinq volumes, d'après le prospectus que nous avons sous les yeux.
La lecture de cette œuvre pacifique et de concorde, qui doit relater les actions d'une multitude de personnes de toutes origines et de toutes croyances religieuses, sera donc comme un Pèlerinage pour les âmes patriotiques et compatissantes; un pèlerinage dont chaque u Station" présentera l'illustration de quelque vertu particulière.
Ces divers volumes auront aussi pour but de présenter au lecteur le tableau profondément touchant des actes de miséricorde et de bienfaisance qui s'accomplissent dans les Hôpitaux et les Lazarets] dans les Hospices et les Asiles ; dans les Orphelinats ; et de rappeler également les actions philantropiques de la noble Société de St. Vincent de Paul, dont la mission est de soulager les souffrances du pauvre à l'ombre des plis glorieux du drapeau de la charité ; de faire apprécier les avantages qu'offrent les Sociétés de Secours Mutuels, dont l'idée morale et économique est de stimuler l'esprit de confraternité parmi les ouvriers des villes, et de leur procurer
$^ Pour la vente de cette brochure voir au VERSO la liste. ~%m