‹ Biographie de Victor Cornil. Inauguration de la statue du professeur Victor CornilChapitre 2 sur 21 · MEMBRES · texte numérisé non relu

MEMBRES

MM. AUFAUVRE, receveur de l'Enregistrement en retraite.

Le Docteur V. BABÈS, professeur à l’Université de Bucharest. BABINSKY, médecin des Hôpitaux de Paris.

BAR, professeur à la Faculté de Médecine de Paris. BARTHELAT, second adjoint au Maire de Cusset.

Le Docteur BERLIOZ, Paris.

BEZANÇON, professeur agrégé à la Faculté de Médecine, médecin des Hôpitaux de Paris.

Le Docteur BLACHE, membre de l’Académie de Médecine Charles BLANC, président de l’Association Amicale des Anciens Elèves du Collège de Cusset.

Le Docteur BLONDEL, secrétaire général de l’Association Internationale de la Presse Médicale, Paris.

Le Docteur BOUTKRON, Paris.

BRAULT, médecin des Hôpitaux de Paris.

MM. BRETET. docteur en pharmacie à Vichy.

CAMPENON, professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Paris, chirurgien de l’Hôpital de la Charité.

CARNOT, professeur agrégé à la Faculté de Médecine, médecin des Hôpitaux de Paris.

Le Docteur CAZIN, Paris,

CHAPUT, chirurgien des Hôpitaux de Paris.

Joannès CHATIN, membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne.

CHAUFFARD, professeur agrégé à la Faculté de Médecine, président de la Société Médicale des Hôpitaux de Paris.

CHAUMAT, avocat à la Cour d’Appel , vice-président des ‘ Bourbonnais de Paris.

CHAUVEAU, membre de l’Institut, professeur au Muséum d’Histoire Naturelle.

CHIARI, professeur d’anatomie pathologique à l’Université de Strasbourg.

CORNIL Pierre, premier adjoint au Maire de Cusset.

COŸNE, professeur d’anatomie pathologique à la Faculté de Médecine de Bordeaux.

Ch. DUPUY, sénateur, ancien président du Conseil.

Le Docteur DURAND-FARDEL, Vichy.

Le Docteur DURANTE, Paris.

DUSOLIER, sénateur.

Le Professeur ERLICH, de Francfort-sur-le-Mein .

Le Professeur d’ESPINE, de Genève.

Le Docteur FABRE, président de l’Association des Médecins de l’Ailier.

Le Docteur Maurice de FLEURY, Paris.

FRANCK-CHAUVEALs ancien vice-président du Sénat.

De FREYCINET, sénateur, ancien président du Conseil, membre de l’Institut.

GACON, sénateur, président du Conseil Général de l’Ailier.

Le Docteur GAIRAL, président de l 'Union des Syndicats Medicaux de France.

GALIPPE, membre de l’Académie de Médecine.

GIVOIS, conseiller général du canton de Vichy.

GLACHET, ancien conseiller général de l’Ailier, à St-Pourçaiu.

GRIFFON, médecin des Hôpitaux de Paris.

Le Docteur HADGES, médecin au Caire.

HÉRARD, membre de l’Académie de Médecine, médecin honoraire des Hôpitaux de Paris.

MM. HERAUD, président de Y Union Bourbonnaise de Paris.

HUGUET, sénateur.

KELLER, inspecteur général des Mines en retraite, Paris.

Le Docteur JARDET, Vichy.

A. LABUSS1ERE, avocat à la Cour d’Appel de Paris, ancien député de l’Ailier.

Le Professeur VAN LAIR, de Liège.

LASTEYRAS, maire de Vichy.

LEFORT, avocat à la Cour de Cassation et au Conseil d’Etat.

LEGRY, professeur agrégé à la Faculté de Médecine, médecin des Hôpitaux de Paris.

Le Docteur LEPETIT, président de la Société des Sciences Médicales de Gannat.

LÉPINE, Préfet de Police

R. LEPINE, professeur de Clinique Médicale à la Faculté de Médecine de Lyon.

Le Docteur LEREBOULLET, membre de l’Académie de Médecine, président de Y Association Générale des Médecins de France.

Le Docteur Charles LEROUX, Paris.

LETULLE, professeur agrégé à la Faculté de Médecine, président de la Société Anatomique.

LORTET, doyen honoraire de la Faculté de Médecine de Lyon.

LUCAS-CHAMPIONNIÈRE, chirurgien honoraire des Hôpitaux, membre de l’Académie de Médecine, syndic de l’Association de la Presse Médicale Française.

MA LASSEZ, membre de l’Académie de Médecine.

René MARIE, médecin des Hôpitaux de Paris.

MILIAN, médecin des Hôpitaux de Paris.

MINIER, député de l’Ailier.

A. MONTHUS, opthalmologiste des Hôpitaux de Paris.

NATTAN-LARRIER, médecin des Hôpitaux de Paris.

Le Docteur NIVIÈRE, Vichy.

PERONNEAU, député, vice-président du Conseil Général de l’Ailier.

PÉRONNET, député de l’Ailier.

G. PETIT, professeur à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort.

Le Docteur PETITJEAN, sénateur, secrétaire du Sénat.

POZZI, membre de l’Académie de Médecine, professeur de clinique gynécologique à la Faculté de Médecine de Paris.

Le PRÉFET de l’Ailier.

MM. PRESTAT, président du Conseil d’Administration de la Compagnie Fermière de l’Etablissement Thermal de Vichy.

Le Professeur QUEIREL, directeur de 1 Ecole de Médecine de Marseille.

RAYMOND, professeur de clinique des maladies nerveuses à la Faculté de Médecine de Paris, médecin de la Salpétrière, membre de l’Académie de Médecine.

RÉGNIER, député, vice-président du Conseil Général de l’Ailier.

REYMOND, sénateur, chirurgien de l’Asile Départemental de Nanterre.

Henri ROUCHON, docteur en droit.

ROUX, maire de Cusset, conseiller général de l’Ailier.

SCHWARTZ, professeur agrégé à la Faculté de Médecine, chirurgien des Hôpitaux de Paris.

Le SOUS-PRÉFET de Lapalisse (Allier).

TOUPET, médecin des Hôpitaux de Paris.

Alfred VACHER, premier président de la Cour d’Appel d’Alger.

Marcel VACHER, ancien député de l’Ailier.

WALTHER, prolesseur agrégé à la Faculté de Médecine de Paris, chirurgien des Hôpitaux.

WIDAL, membre de l’Académie de Médecine, professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Paris.

VICTOR CORNIL

VICTOR CORNIL

Il n’est pas un nom, dans l’Ailier, qui fut, en aucun temps, plus populaire que celui de Victor Cornil. Ce grand citoyen, dont on va inaugurer la statue, fut, en effet, non seulement un savant illustre dont la médecine française s’enorgueillit à bon droit, mais encore un éducateur du peuple de premier ordre et cela à l’époque où, après le second empire, ce peuple, pour la troisième fois, nouveau venu à la liberté, avait le plus besoin, afin de s’y habituer, de ne pas être trop abandonné à lui-même, d’être, au contraire, tenu en haleine par quelqu’un qui lui inspirerait confiance, d’être dirigé et d’éviter, ainsi, les excès qui, jusque-là, avaient perdu, au profit du césarisme, les Républiques précédentes.

Le Progrès de l’Ailier veut bien, en ce jour d’apothéose pour mon illustre ami, lui consacrer une notice biographique. Il m’a fait l’honneur de me demander de l’écrire ; je l’en remercie bien sincèrement et, sans plus tarder, je m’exécute.

La famille des Cornil — qui, avec celle des Cornillon, doit certainement avoir une seule et unique souche — est fort nombreuse dans toute la région de Cusset. Si l’on en juge par sa vitalité actuelle, on peut certainement dire que, dans tout le pays qui fut son berceau, c’est celle qui a le

plus résisté sinon à la disparition totale, du moins à la diminution fatale qui en a déjà atteint tant d’autres. Elle est, en effet, toujours ici, plus forte et plus puissante que jamais comme, du reste, la terre du Vernet, d Abrest ou des Creuziers qu’elle cultive depuis si longtemps et dont, à juste titre, elle a raison de se réclamer.

La branche de ces Cornil à laquelle appartenait André- Victor Cornil vint habiter, vers 1765, je crois, la bonne ville d’Auvergne qu’était Cusset avant la Révolution ; son grand-père et son père y naquirent, le premier en 1776, le second en 1803 ; lui-même y vit le jour, le 17 juin 1837, dans une vieille maison de la rue du Port appartenant, maintenant, à la famille Chabrol- David du Mayet-de- Montagne et où, pendant longtemps, Anton in David tint une sorte de cercle, un salon, comme on disait alors, qui réunissait, chaque jour, dans son unique salle, a laquelle on accédait aussi par une cour s’ouvrant rue des Bons- Enfants, la magistrature, le barreau, les fonctionnaires et le haut commerce de la ville.

Il vécut fort peu longtemps dans ce vieux quartier sans espace et sans air; il grandit et s’éleva, assez difficilement du reste, dans la belle maison de la place Félix Cornil, tout au bout du cours Lafayette, presqu’en lace le débouché de la rue Marengo.

En 1844, il avait sept ans sonnés lorsque sa mère l’envoya, comme externe, au Collège de Cusset. 11 y resta jusqu’en 1851 et, malgré des études « laites de bric et de brac, tant bien que mal *, il entra, après examen, en rhétorique, au lycée de Clermont-Ferrand. Il y fut interne fort peu de temps et alla finir ses humanités, à Paris, où, aussitôt après ses baccalauréats et une poussée infructueuse du côté des mathématiques spéciales, il commença sa médecine.

Admirablement doué, il fut assez rapidement reçu a

l’externat, puis, en 1860, à 1 internat des Hôpitaux. C est pendant cet internat, vers 1862, qu’il alla chez le professeur Wirchow s’initier aux nouveaux moyens d’investigations microscopiques que ce savant allemand avait mis en grand honneur sur la rive droite du Rhin. Il en revint tout acquis à ces nouvelles méthodes qui devaient imprimer à sa vie scientifique une direction qu’elle n’abandonna jamais et qui s’accusa, dès 1865, immédiatement après la soutenance de sa thèse de doctorat, lorsqu’il fonda, avec son camarade Ranvier, le fameux laboratoire de la rue Christine, ce laboratoire qui, en somme, implanta, en France, malgré la résistance de l’enseignement officiel, l’étude de l’anatomie pathologique telle qu’on la pratiquait déjà dans les universités étrangères.

Chef de clinique de l’Hôtel-Dieu en 1867, il était reçu à l’agrégation des Facultés de Médecine en 1869 et médecin du Bureau Central en 1870.

Victor Cornil, d’une famille orléaniste, très libérale, un peu voltairienne même et, par conséquent, opposée au régime clérical de 1852, n’avait pas échappé au mouvement politique qui agita le Quartier -Latin pendant les années qui précédèrent immédiatement la guerre. En relations constantes et amicales avec Gambetta, qu’il avait connu dès sa sortie de Sainte-Barbe, avec Ernest Picard, Jules Favre, Jules Ferry, Jules Simon, Liouville et toute cette jeune génération qui préparait la République, il fut initié, en 1864, et suivit régulièrement les travaux de l’une de ces loges maçonniques de Paris, La Fraternité des Peuples , d’ou partaient alors les mots d’ordre contre le gouvernement et le clergé, les appels à la résistance et les encouragements à la lutte politique. Plus tard, le 7 août 1871, il s’affilia à La Cosmopolite de Vichy. Il y était reçu Compagnon et Maître le 2 octobre suivant et y resta, avec ce dernier titre, jusqu’en 1884.

Aux élections pour le Corps Législatif des 23 et 24 mai 1869 — il n’avait pas encore 32 ans — il fut candidat républicain dans la seconde circonscription électorale de l’Ailier. Il y fut battu par M. Desmaroux de Gaulmin, candidat officiel ; mais il obtint cependant 9.488 voix, ce qui était, pour l’époque, un très gros succès. C’était, en tout cas, pour Cornil, l’assurance d’être suivi, dans sa politique, par le canton de Cusset ; c’était donc son élection assurée au Conseil Général le jour où le suffrage universel serait appelé à nommer lui-même et librement ses représentants à l’Assemblée départementale.

J’ai souvent entendu reprocher à Cornil d’avoir renié, dans la suite de sa vie publique, le programme de Belleville, qu'il avait accepté, disait-on, en 1869. Comment cette légende a-t-elle bien pu prendre corps ? Je pense que ses relations avec Gambetta firent que des esprits prévenus mêlèrent, chez nous, pour les besoins de leurs causes, les personnalités avec les engagements électoraux. Et comme, somme toute, Cornil avait suivi toute sa vie, le brillant sillage du grand tribun dont il était l’ami très intime, on finit par déduire de cette amitié, sans aller aux sources, que son programme électoral de 1869 devait être certainement le même que celui que Gambetta avait accepté alors, c’est-à-dire celui des comités républicains de Belleville.

Or, il n’en était rien, absolument rien. Il suffit, pour s’en convaincre, de comparer ce programme de Belleville avec celui de Cornil publié le 26 avril 1869, dans un journal républicain de Nevers, l’ Impartial du Centre , dont avec Turigny etGirerd, il assurait alors la rédaction. Il y réclamait seulement et surtout « une part plus large au gouvernement « du pays par le pays, aussi bien dans les Conseils Muni- « cipaux et Généraux que dans le sein du Corps Législatif ».

J’ai écrit, ailleurs, quelle part indirecte Victor Cornil prit, dans son canton, à l’action républicaine contre le

plébiscite. En plein dans le concours des Hôpitaux, il n’avait pu quitter, en avril et en mai 1870, Paris et l’assistance publique ; mais il avait envoyé, ici, Jean Cornillon qui le représentait et recevait de lui toutes les instructions, toutes les circulaires, tous les documents, tous les bulletins nécessaires pour faire voter Non.

De nouveau candidat aux élections pour le Conseil Général des 11 et 12 juin 1870 il battait, dans le canton de Cusset et au premier tour, par 2.254 voix le bonapartiste Joseph Fourneris, maire de Cusset, et le légitimiste Gallien, avocat de grand mérite au barreau de cette ville.

Le 6 septembre 1870, le Gouvernement de la Défense Nationale le nommait Préfet de l'Ailier ; dès le 8, il prenait possession de son poste et adressait aussitôt aux Maires et aux habitants de son département une circulaire toute vibrante du plus pur patriotisme. Puis il se mettait immédiatement à son œuvre républicaine. Par des arrêtés préfectoraux successifs, il appelait, tant aux trois sous- Préfectures qu’aux principales Municipalités de son département, des hommes nouveaux, des républicains, parmi lesquels je remarque principalement Rebière, Vannaire, Vidal, Parrot-Laboissière, Minier, Benoît Gay, Adolphe Landois, Antoine Jardet, Alfred Bulot, Gabriel Ramin, Léon Battu, Farjas, Bonnaud, Honoré Préveraud, Gantheret, Hippolyte Méplain, Terrier, Labonde, Hugues Bardet, Adolphe Bourachot, Baret du Coudert, etc., etc.

Mis en demeure, par ses ennemis politiques, d’opter entre sa fonction et son mandat électif, et prévenu par Gambetta, qu’un armistice était proche, que des élections législatives suivraient immédiatement cet armistice, qu’il fallait donc, dès maintenant, préparer le triomphe d’une liste républicaine dans le Bourbonnais, il garda le mandat et abandonna, dans les derniers jours de septembre 1870, sa Préfecture. Il prit immédiatement du service dans l’armée

de seconde ligne qu’il avait contribué a organiser ; il partit comme médecin-major d’un des bataillons de mobilisés de l’Ailier.

Aux élections législatives qui suivirent l’armistice et qui eurent lieu le 8 février 1871, Victor Cornil fut, en effet, en tête de la liste républicaine. Il se portait avec Chantemille, Désétivaux, Simonnet, Laussedat, Mallet- Sabin et Mathé Félix contre Martenot, Méplain, l’Amiral de Montagnac, le Général d’Aurelles de Paladines, Pâtissier et Riant. Les républicains, qui passaient, alors, pour vouloir, avec Gambetta, la continuation de la guerre, furent battus. Cornil obtint cependant le plus de voix de sa liste : 51.940 contre 52.278 à Martenot.

Les Conseils Généraux de l’Empire avaient tous été dissous par un décret de la délégation de Bordeaux du 25 décembre 1870. Le 8 octobre 1871, seulement, des élections eurent lieu pour les remplacer. Cornil fut élu, sans concurrent, dans le canton de Cusset ; il fut élu de nouveau contre Eugène Dhérat, de Busset, aux élections du 4 octobre 1874, pour le renouvellement de la première série sortante du Conseil Général de l’Ailier.

Candidat aux élections législatives du 20 février 1876 dans l’arrondissement de Lapalisse, il fut nommé, comme député d’Extrême-Gauche, contre Desmaroux de Gaulmin, son ancien et heureux adversaire de 1869 et de 1871. Après le 16 mai 1877, en plein Ordre-Moral, il fut, naturellement, derrière Gambetta, un des 565, et se vit opposer, aux élections du 14 octobre, Gaspard Martinet, son compatriote, qu’on lançait, imprudemment peut-être, dans une politique qui allait mal a sa taille. Aussi Cornil eut facilement raison de ce candidat du Maréchal; tout le parti républicain, massé derrière lui, fit balle contre 1 homme du trône et de l’autel dont il ne resta plus rien après la bataille.

Ce parti républicain qui, dans l’Ailier, par sa discipline,

avait, jusque-là, fait l’admiration de tous, allait, aux élections législatives de 1 88 1 commencer à se diviser. Ce furent , dans l’arrondissement de Lapalisse , l’ambition exagérée d’ Honoré Préveraud et les besoins d’un ordre tout à fait spécial du notaire Mivière qui rompirent notre cohésion. D’un congrès pour la désignation d’un candidat unique du parti républicain, nous revînmes avec trois candidats ; deux seulement se mesurèrent le 21 août 1881 : Victor Cornil, qui fut élu, et Honoré Préveraud qui, pai sa lutte, plantait un jalon pour l’avenir. Ce jalon, du reste, allait bientôt le guider vers un des fauteuils du Palais- Bourbon sur lequel depuis bien longtemps, il aspirait à s’asseoir.

Lorsque Charcot abandonna la chaire d’anatomie pathologique de la Faculté de Médecine de Paris pour prendre celle de clinique des maladies nerveuses qu’on avait créée spécialement pour lui, Cornil fut nommé a cette chaiie d’anatomie pathologique qu’il ambitionnait par-dessus tout. Il dut donc, en conséquence et pour obéir à la loi, donner, le 27 mars 1882, sa démission de député de l’arrondissement de Lapalisse. Il ne se représenta pas aux élections qui suivirent cette démission, mais il soutint, sans succès, la candidature de son collègue au Conseil Général et de son ami Gabriel Debord contre celles de Mivière et d’Honoré Préveraud, de ce Préveraud, surtout, que Victor Hugo, s’il avait été collège électoral, aurait voulu élire à l’unanimité.

De 1882 à 1885, Victor Cornil, sans abandonner complètement la politique active, se recueillit quelque peu. Le Gouvernement en profita pour le décorer de la Légion d’Honneur ; il ne devait lui donner la rosette d’officier que longtemps après, et alors que définitivement sorti des assemblées législatives il s’était adonné tout entier à la science et rien qu’à la science. L’Académie de Médecine

en profita, elle aussi, pour l’appeler, en 1884, à siéger dans son sein, au lieu et place du professeur Joseph-Marie-Jules Parrot.

Il fut élu, en 1885, sénateur de l’Ailier avec Chantemille et Eugène Bruel. Il était depuis 1872, président du Conseil Général ; son nom, sa réputation de savant, l’intégrité de sa vie publique, les services déjà rendus entraînèrent de son côté la grande majorité des électeurs , malgré la notoriété des sénateurs sortants et la lutte d’un parti, parmi les républicains, qui déjà commençait la politique, fatale à tous, de la surenchère.

Il fut, cependant, avec ses deux amis, élu sinon sans difficultés, du moins assez facilement. Mais, il lui fallut nécessairement alors, avec le suffrage restreint, restreindre aussi son programme et ses engagements. En 1881, après avoir rappelé l’œuvre des députés élus le 14 octobre 1877, cette œuvre qui assurait déjà le libre exercice du droit de réunion, la liberté de la presse, la gratuité, l’obligation et la laïcité de l’enseignement primaire, il avait promis de voter la suppression du Sénat, l’impôt sur les revenus, la séparation des Eglises et de l’Etat, la suspension de l’inamovibilité des juges et la réduction à trois ans du service militaire ; il fallut en rabattre considérablement pour que la République put sortir triomphante d’un collège électoral plutôt craintif encore et qui résistait alors aux belles audaces d’un suffrage universel complètement émancipé.

Lorsqu’en 1889 on dut partout songer sérieusement à résister au boulangisme et aux coups de force, dont il menaçait le Gouvernement légal du pays, Cornil ne voulut pas, pour cela, faire fond sur Honoré Préveraud qui, depuis 1882, était des plus discuté et dont, certes, le passé n’était pas exempt de bien des points vulnérables.

11 présenta donc, lui-même, à un Congrès régulièrement organisé, la candidature qui fut acclamée de son ami, de

son élève le docteur Jules Gacon, du Donjon ; puis, il fit la campagne électorale avec lui. Le candidat olticiel de la « république nationale », M. Ernest Ollivier fut ainsi battu de plusieurs grandes longueurs, comme il le fut encore, dans les mêmes conditions, aux élections de 1893, quoique déjà les aspirations sociales de Gacon s’affirmassent peutêtre d’autant plus que celles de son sénateur s’atténuaient davantage. Mais, somme toute et malgré cela, aux appioches de l’année 1894, aucun nuage ne semblait sérieusement menacer l’horizon amical de ces deux hommes.

Victor Cornil fut donc très péniblement affecté lorsqu’au renouvellement sénatorial de cette année 1894^ *1 vit opposer, à la dernière heure, la candidature radicale de Gacon. Il ne voulut pas admettre alors, ce que quelquesuns de ses amis essayèrent, en vain, de lui prouver, qu en politique il y a des obligations auxquelles lien ne peut résister j que Gacon, qui appartenait a un paiti qui s oiganisait et émettait déjà la prétention d’arriver rapidement à gouverner la France, avait eu, pour ainsi dire, la main forcée; qu’il avait donc été candidat, et candidat malheureux, un peu malgré lui. La déception que Cornil éprouva de se voir discuter par ceux qui menaient campagne contre lui, fut d’autant plus vive qu’il affectionnait beaucoup Gacon et qu’il avait été surpris, à l’improvistc, par une opposition à laquelle il ne s’attendait pas et pour laquelle il n’était pas préparé. 11 ne se doutait certainement pas que l’attitude nouvelle qu’on faisait prendre au député de l’arrondissement de Lapalisse était de celles qu’il ne pouvait éviter sans risquer de compromettre toute une politique qui prenait corps et devenait rapidement une réalité avec laquelle on allait avoir a compter, sans iisquer de trahir son parti. Il crut à une ambition personnelle qui n’existait pas, qui ne pouvait pas exister et il en eut du chagrin et du dépit.

Il voulut dans la suite, prendre sa revanche contre un adversaire plus fort que lui ; il commit, alors, faute sur faute car, en politique surtout, la vengeance est mauvaise conseillère !

La première de ces fautes fut de ne pas comprendre que le suffrage universel, dans l’arrondissement de Lapalisse, ne consentirait jamais à rétrograder et à revenir en arrière. 11 accusa cette faute, en acceptant d’être, aux élections de 1898,1e parrain politique de M. Debray, ingénieur distingué, il est vrai, qu’un ami lui amena à Paris, le recommandant de Sadi Carnot et que lui-même présenta, sans plus attendre, sans plus chercher, contre Gacon, alors l’idole de presque tous les électeurs.

La seconde faute qu’il commit, fut, dans la suite, d’aller discrètement il est vrai, mais d’aller jusqu’au Général Meyssonnier et à ses amis de Vichy et d’ailleurs. Ce tut là une défaillance qui affligea grandement son parti et qu’il regretta plus tard, j’en ai, personnellement, l’intime conviction.

Enfin, il ne sut pas disparaître à temps et comprendre que rien, en 1903, ne pouvait résister au courant qui entraînait sa politique. Alors que Chantemille refusait de solliciter un nouveau mandat de neuf ans qu on ne lui aurait très probablement pas confié, il se crut, lui, malgré les avis de ses amis, assez fort pour s’imposer par la seule autorité de son nom et de son passé. Il ne recueillit que les voix de quelques vieux républicains toujours fidèles à leur idole et, hélas ! tous les suffrages des partis de réaction, de ces partis qui se vengeaient, maintenant, de lui, en lui donnant ouvertement leurs suffrages quoiqu’il n’ait pris, vis-à-vis d’eux, aucun de ces engagements qui auraient pu compromettre son amour de la liberté et sa passion pour la libre-pensée.

Sa vie politique s’arrête là, à cette date fatale des

élections sénatoriales de 1905. 11 avait, en effet, abandonné le Conseil Général dès 1898, alors que Vichy, devenu canton par la force des choses, lui créait une situation difficile à Cusset ; il avait, aussi, en 1896, cédé, malgré lui, la Mairie de Creuzier-le-Neuf, qu’il occupait depuis 1876, à son adjoint et ami Pierre Gagnol, qui. dans cette fonction sut, sinon le faire oublier, du moins ne pas trop le faire regretter.

Certes, je n’ai pas l’intention d’analyser, ici, comme elles mériteraient de l’être, les différentes phases de cette longue carrière politique et de chercher, en même temps, quels heureux résultats elle put avoir pour l’ancien canton de Cusset, pour le département de l’Ailier, pour la France. La place et le temps me sont trop limités pour que j’entreprenne un tel travail ; il faut donc que je sache quelque peu me taire et je vais bientôt le faire.

Mais, si je laisse de côté l’œuvre politique de Cornil, si je n’ai ni la compétence indispensable, ni le savoir nécessaire pour esquisser, même à grands traits, son œuvre scientifique, je ne veux pas cependant en terminer sans dire combien il avait, poussé à l’excès, toutes les qualités qui font, de certains hommes, des dominateurs d’esprits. Passionnément bon, artiste dans toute l’acception du mot, causeur sans prétention, trop facilement serviable pour quiconque le sollicitait, familier avec tous, il fut toujours l’ami le plus sûr et le maître le plus dévoué qu’on puisse rêver. On devenait rapidement l’un et il était facilement l’autre quand on le voulait, et on le voulait toujours dès qu’on l’avait approché une seule fois.

Victor Cornil connut, aussi bien en politique qu’en science, tous les succès ; il mérita et il eut tous les honneurs. Un seul lui échappa, et c’est celui auquel, peut-être, il avait le plus droit : l’Institut. Malgré des intrigues indignes de ceux qui les menaient contre lui, il aurait bien fini, un

jour, par forcer, quand même, les portes de l’Académie des Sciences, tant son nom manquait à la gloire de la section de Médecine.

La mort ne lui en a pas laissé le temps. Une ambition hâtive et qui ne s’imposait pas, en anatomie pathologique du moins, le fit descendre plus tôt qu’il ne pensait de sa chaire de professeur ; il en ressentit une profonde douleur et n’eut pas la force, lorsque la maladie vint frapper à sa porte, de lui résister comme il l’aurait certainement fait s’il avait eu encore un labeur journalier à continuer. Il mourut à Menton, sous ce ciel bleu de la Méditerranée qu il adorait, le 14 avril 1908.

On a beaucoup discuté, à l’époque de sa mort, sur les obsèques solennelles qu’on lui fit et sur le caractère religieux qu’on leur donna. Je suis de ceux qui approuvent complètement et absolument l’homme qui, disparaissant pour toujours, ne veut pas, alors qu’il ne sera plus qu une chose embarassante et gênante, embarrasser et gêner davantage encore celle ou ceux qui lui survivent, heurter des consciences et les rendre, peut-être, éternellement malheureuses, si un doute quelconque reste dans leur esprit. Qu’importe ce qu’il peut advenir de nous quand nous ne sommes plus que matière inerte et putréfiable, si pendant notre vie, comme Victor Cornil le faisait quelque temps encore avant sa mort, nous avons pu nous recommander, avec Littré, de la philosophie positive d’Auguste Comte.

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