SECRÉTAIRE DU COMITÉ DES MONUMENTS VICTOR CORNIL
Monsieur le Ministre.
Mesdames,
Messieurs,
Le 18 juin 1905, le Professeur Victor Cornil entendait, ici, dans une réunion où je lui avais souhaité la bienvenue, un des plus autorisés de ses concitoyens dire, en parlant de lui : « L’électeur a pu atteindre avec son bulletin de « vote cet homme qui pouvait rendre encore de grands ■r services à la Patrie, ce qu’on n a pu faire, ce qu on ne « pourra jamais faire, c’est que le Professeur Cornil n ait « pas un jour sa statue sur la principale place publique de “ Cusset, car il est de tous les enfants de cette ville le plus « glorieux et le plus illustre. »
Certes, aucun de nous ne songeait, dans ce temps, qu il nous faudrait, sitôt, penser a réaliser cette prophétie. Le Maître semblait, alors, tout heureux de vivre, et avec ce bon sourire qui était lui tout entier, ce sourire qu il a^>ait même sous la robe professorale, il nous affirmait bien haut, qu’il était sorti de la carrière politique sans regrets comme sans espoir de retour et que sur ses vieux jours, il n ambi-
tionnait qu’une chose, c’était d’être bien avec tout le monde.
L’existence ne lui pesait guère , cet après-midi de printemps qu’il était venu passer avec nous dans ce Cusset qu’il adorait malgré ses quelques infidélités dernières ; et tous nous étions heureux de le voir résister si facilement aux mécomptes de la vie sociale comme aux outrages irréparables des ans.
Il est vrai qu’à cette époque, s’il n’avait plus déjà son hôpital et ses autopsies presque journalières, il avait encore sa chaire et son laboratoire. Il dut quitter celui-ci et descendre de celle-là le iCl' novembre 1907. Moins de sept mois plus tard il était mort.
Quelques jours après ses funérailles le Docteur Jean Cornillon, le plus fidèle de ses amis et le confident intime de toute sa vie publique, décidait de ne pas attendre plus longtemps pour tenter d’élever à sa mémoire le monument qui devait, ici, le faire honorer par les générations futures.
Il s’en ouvrit à quelques amis et le lendemain d’une fête à l’Association Amicale des Anciens Elèves du Collège de Cusset, pendant laquelle, dans des discours, on avait fait plusieurs allusions à ce projet, nous écrivions, le Professeur Arloing et moi, à la Municipalité de cette ville pour lui demander d’attribuer l’emplacement nécessaire à l’érection d’une statue à Victor Cornil.
Notre appel fut heureusement entendu et ceux mêmes qui avaient pris l’initiative de nous inciter à faire cette démarche se mirent immédiatement à l’œuvre.
Certes, le programme qu’ils élaborèrent tout d’abord était loin d’avoir l’ampleur de celui qui devait être exécuté dans la suite ; nous étions, tous, alors, beaucoup plus modestes dans nos ambitions, d’autant plus que nous affichions déjà, hautement, la prétention de ne pas vouloir que Cornil, comme tant d’autres, payât lui-même sa gloire.
Il nous fallut donc organiser une souscription publique internationale et, pour cela, constituer un Comité qui ferait appel aux Amis, aux Collègues, aux Confrères, aux Elèves de celui que nous voulions « magnifier ».
Je me rappelle ces premiers pas de notre entreprise hardie. Nous n’étions pas certes unanimes à escompter le succès ; quelques-uns, parmi nous, n’y croyaient guère ; ceux-ci, plus optimistes, se réservaient cependant ; ceux-là affirmaient qu’on pourrait bien avoir un buste sur une stèle ; d’autres enfin, semblaient présomptueux tant leur certitude d’aboutir surprenait même les moins prévenus.
Cependant Paris répondait favorablement à notre demande de concours et grâce à M. le Docteur Coudray qui fut l’âme dominante et entraînante de toute notre organisation nous pûmes, certain jour, nous permettre tous les espoirs.
Pour réussir à intéresser tous les mondes à la glorification d’une vie qui , si elle avait été presque toute entière consacrée à la science , n’en avait pas moins sacrifié quelquefois à la politique, il nous fallait absolument éviter d’en faire. Là était évidemment la difficulté. Pour la résoudre, je proposais et je fis admettre que nous accouplerions, sous l’égide de la grande ombre scientifique de Cornil, des noms républicains, qui, jadis, avaient été unis, mais qui, depuis... allaient certainement s’étonner de se trouver côte à côte.
D’aucuns s’affligèrent un peu de notre éclectisme exagéré ; d’autres nous approuvèrent et nous le dirent ; tous, de bonne grâce, nous apportèrent leur obole. C’est ainsi que près de mille souscripteurs nous versèrent, par grosses ou petites sommes, plus de 35.000 francs.
Nous avons donc pu, grâce à ces généreux concours, grâce aux puissants et bienveillants appuis de M. le Président de la République et de M. Emile Loubet, non
seulement e lever sur cette place, a quel ques pas de cette vieille maison de la rue du Port dans laquelle Victor Cornil est né, le beau monument que l’art de M. Raoul Verlet a su si habilement tirer du bronze et de la pierre, mais encore nous allons pouvoir, aussi, édifier, bientôt, dans le jardin de l’Ecole Pratique de la Faculté de Médecine de Pans, un second monument non moins beau, non moins important, non moins artistique que celui-ci, un monument que nous avons demandé a l’argile toujours si fidèlement vraie du Docteur Paul Richer de l’Institut, ce maître de l’Ecole des Beaux-Arts, qui fut l’ami de Cornil et son collègue à l’Académie de Médecine.
MM. les Docteurs Blache et Malassez, de cette Académie de Médecine, M. Toupet, médecin des Hôpitaux de Paris, M. Lortet, doyen honoraire de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Lyon, M. Queirel, directeur de l’Ecole de Médecine et de Pharmacie de Marseille, M. Aimé Glachet, de Saint-Pourçain, mes excellents amis Henri Péronneau, député de l’Ailier et James Combe, tous membres du Comité au nom duquel je parle ont, depuis sa constitution, disparu pour toujours.
Ils nous avaient apporté, avec l’autorité de leurs noms, leur appui et le dévouement le plus complet à l’œuvre que nous entreprenions. Je salue respectueusement leur mémoire et je leur adresse un suprême hommage.
Parmi eux, il en est un. que je voudrais, ici, tout particulièrement distinguer. Je puis, du reste, le faire sans craindre que son souvenir soit de ceux que le Professeur Cornil n’aurait pas voulu qu’on évoquât devant lui.
James Combe fut le premier à répondre à l’appel amical qui lui fut adressé par le docteur Jean Cornillon. Il accepta, comme un devoir auquel rien n’aurait pu le soustraire, de faire partie du Bureau du Comité des Monuments Victor Cornil ; il y suppléa très activement, pour la Province et