Biographie des journalistes
La justification de ce livre est dans la loi nouvelle de la signature obligatoire. Le jour où le voile qui cachait la statue d'Isis a été violemment arraché, les demi-dieux sont devenus des hommes, et ces hommes des fonctionnaires publics, les fonctionnaire des parties. Aujourd'hui les journaux disparaissent presque devant les individus. Le Con-
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stitutionneî s'appelle le docteur Véron; on ne dit plus la Presse, mais M. Emile de Girardin; X Opinion publique se nomme Nettement, et le Pouvoir, Granier de Cassagnac.
S'il m'était permis d'exprimer mon opinion sur celte loi, dont nous sommes redevables à deux représentants légitimistes , je dirais que les prescriptions de ce terrible article 3 me paraissent en complète opposition avec les idées issues de la génération moderne. L'idée qu'ont poursuivie, depuis le commencement de ce siècle, les esprits vraiment supérieurs , qu'ils appartinssent à la légitimité, àrorléanisine ou à la république, c'est l'idée d'association, et c'est vers cette idée que s'acbemincront, quoi qu'on fasse, les sociétés de l'avenir. Eh bien ! c'est en présence des efforts que l'on tente de tous côtés pour sortir des vieux langos de l'individua-
lismc , que des législateurs ont décrété la suppression de L'association intellectuelle, et l'individualisme de la pensée.
ijnoi qu'il en soit, l'application de l'amendement Tinguy et Laboulie a élé l'occasion d'un curieux Bpectacle. Tous les autocrates de la presse, tous les porte-voix de l'opinion publique ont été contraints de sortir de l'arrièrebureau de rédaction, et de montrer leur visage par la fenêtre de la publicité. Nous avons assisté au mercredi des cendres du journalisme. L'homme qui, sous le domino de l'anommic, prêchait la morale et le culte de la famille, était précisément Je même qu'on voyait folâtrer chaque soir, papillon quinquagénaire, dans le parterre des Heurs animées de l'Opéra. Le carnaval finissait aux premières lueurs du jour, et le public, en voyant défiler tous ces noms qui sortaient du bal masqué, disait : Je te connais, beau masque.
Ce que le public a dit, nous pouvons bien le dire nous-màne ; cependant le lecteur rendra cette justice au biographe que pas une histoire scandaleuse , pas une insulte, pas une attaque contre l'honneur des personnes, ne se sont rencontrées sous sa plume; quelques traits plus ou moins vifs de temps en temps, voilà tout. L'auteur a tenu compte des secousses violentes éprouvées depuis un demi-siècle, et de la défaillance générale des esprits. Aujourd'hui l'écrivain qui voudrait enfourcher Némésis ressemblerait plutôt à don Quichotte qu'à Juvénal.
L'auteur croit également dans cet avantpropos devoir protester de son respect pour la presse. Pour quiconque a vu fonctionner de près celte intelligente machine, cette prodigieuse bote féroce dont l'appétit s'augmente de toute la pâture qu'on lui jette, le journal est l'œuvre colossale de ce temps-ci.
Il lui faut des travailleurs rompus aux fatigues, des esprits prompts, clairvoyants et laborieux, des soldats toujours sur la brèche, des hommes qui donnent leur repos et leur sali- à celte tâche sans fin, mylhologiqucment figurée par le tonneau des Danaïdcs ; le journal, c'est le mouvement perpétuel cherchédepuis quatre mille ans par les mathématiciens. Une fois que la locomotive a été lancée sur le rail de la publicité, elle va, elle va sans repos, sans relâche, à toute vapeur, jetant par ses naseaux la fumée de ses inspirations, de sa colère et de son enthousiasme; elle passe ardente et rapide comme les morts de la ballade allemande, et elle ne s'arrêtera essoufflée dans sa course que lorsqu'il n'y aura plus un seul lecteur au monde, c'est-à-dire au jour du jugement dernier.
La presse a dit d'elle-même qu'elle est le troisième pouvoir de l'État ; je trouve qu'elle
est bien modeste. A mon avis, il n'y a qu'un seul pouvoir de l'État, dût cette assertion violer la Constitution de mon pays et attirer sur ma tète toutes les foudres du parquet. Ce pouvoir, c'est le sérénissime pouvoir de l'opinion représentée par les journaux. L'exécutif et le législatif livrés à eux-mêmes pourraient batailler longtemps sans qu'on y prit garde, si la presse n'intervenait dans la lutte en prenant parti pour l'un ou pour l'autre. Pompée et César sont aux prises, la foule assiste dogmatiquement au spectacle d'un conflit qu'elle ne comprend pas ; mais si un petit carré de papier s'avise de déclarer que César est un traître, voilà le peuple qui retrousse ses manches et se met de la partie, bousculant le plus souvent les deux antagonistes.
Après cette profession de foi , on comprendra sans doute que si l'auteur a le plus
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profond respect pour le principe; il peut cependani prendre ses coudées tranches avec certaines personnes.
Edmond Tbxibr.
Nous avons dû suivre dans le classement des journaux un ordre un peu arbitraire. Mais, pour faciliter les recherches, nous avons placé à la fin du volume une table alphabétique des journalistes et des journaux.