LA GAZETTE DE FBANCE
quiète, impatiente de mettre la main aux affaires publiques, travaillée d'ailleurs par ces esprits hasardeux, ces âmes irritées qui se rencontrent au début de toute révolution.
L'ardeur des esprits s'exhala d'abord dans des milliers de brochures, où étaient agitées, avec une extrême vivacité, les questions qu'avait soulevées l'approche des états généraux, questions brûlantes qui remuaient toutes les passions, toutes les fibres populaires. Mais à peine les ('tats généraux furentils réunis, qu'une foule de journaux surgirent comme par enchantement, ceux-ci pour enregistrer, ceux-là pour discuter les actes de cette assemblée qui tenait l'Europe entière suspendue à ses débats.
Dès le 2 mai, Mirabeau l'aîné commença la publication de ses Lettres à ses Commettants, prolégomènes du Courrier de Provence. Ce fut comme le signal delà mêlée, je dirais presque de la course, car ce qui se passa alors réveille involontairement l'idée d'une course au clocher. Seulement le but n'était pas le même pour tous; chaque concurrent avait son clocher qu'il poursuivait à tort et à travers, renversant, brisant tout sur son passage, jusqu'à ce que l'haleine lui manquât, ou qu'il se brisât contre une force supérieure.
A la suite du Courrier rie Provence se lancèrent, et à quelques jours d'intervalle :
Le Journal des Etats Généraux, par Lehodey;
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Le Bulletin des Séance* det Etat* Généraux, par M.iict, depuis duc de Bassano ;
Li Point i/u )<>nr, ou Recueil de ce qui s'est passé la veille à VAuemblée Nationale^ par Barère ;
Les BvangéUelet du Jour, par Dulaure ;
Le Patriote français, par Brissot ;
Le Courrier de VertaiUei à Paris, etc., par Gorsas;
Les Révolution! de Paris, par Prudhomme , Loustalot et Tournoi), avec leur enseigne si hardie et si fameuse : « Les grands ne nous paraissent grands que parce que nous sommes à genoux... Levons-nous ! »
Les Annales delà Révolution, par Bayard, qui devinrent ensuite le Journal de la Municipalité et des Districts de Paris;
L'Observateur, par Peydel, qui avait pris cette épigraphe : « La publicité est la sauvegarde du peuple ; »
La Chronique de Paria, par Condorcet, Rabaut Sainl-Étienne, Ducos, etc. ;
Le Journal des Débats et Décrets, par Barère et Louvet ;
Le Publiciste parisien, journal libre et impartial, par Marat, Vomi du peuple, qualification qui devint, dès le sixième numéro, le titre principal de cette feuille fameuse, qui cachait le poison bous celle belle devise : Fitam impendere vero ;