LA. GAZETTE DE FRANCE
« sée de publier la gazette ou recueil pour chaa cune semaine des nouvelles tant domestiques « qu'étrangères... Mais la mémoire des hommes « est trop iaiblepour lui fier toutes les merveilles a dont Votre Majesté va remplir le Septentrion et « tout le continent. Il la faut désormais soulager a par des écrits qui volent, comme un instant, du « Nord au Midi, voire par tous les coins de la « terre. C'est ce que je fais maintenant, sire, d'au- « tant plushardimeni, que la bonté de Votre Ma- « jesté ne dédaigne pas la lecture de ces feuilles. « (On dit même que Louis XIII lui envoyait de la « rédaction de sa façon.) Aussi n'ont-elles rien de « petit que leur volume et mon style. C'est, au « reste, le journal des rois et des puissances de la « terre; tout y est par eux et pour eux qui en « font le capital ; les autres personnages ne leur « servent que d'accessoire...»
La Gazette de Renaudot paraissait une fois par semaine, en huit pages petit in-4°, divisées en deux parties, l'une portant le titre de Gazette, et l'autre celui de Nouvelles ordinaires de divers endroits : c'était l'enfance de l'art. Le bureau d'abonnement était situé au Grand Coq, rue de la Calandre, sor~ tant au Marché-Neuf, près le Palais, à Paris.
A la révolution, la Gazette qui, depuis cent cinquante ans, jouissait d'un privilège incontesté, se vit menacée dans son existence par une foule de rivaux qu'avait déchaînés la liberté de la presse.
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A partir du lerni;u 1 7'. »-2 elle parut tous les jours. Tmis mois après, en inscrivant sur son front les mois île liberté, égalité, la Gazette nationale de France agrandit son format, i Dans le désir de plaire an public, et de lui offrir, dans un moment où les événements se succèdent avec rapidité, un faisceau de nouvelles plus complet, écrites dans les principes de la constitution, elle joindra, au mérite exclusif de la fraîcheur, des nouvelles étrangères, des détails plus circonstanciés sur les événements de la guerre, sur l'état des départements et de la capitale. » Mais, comme ces améliorations entraînent de nouveaux frais, son prix, déjà porté de 15 à 25 livres, est élevé à r<; livres. »
Comme on le voit, la concurrence a enfanté la réclame. Désormais la Gazette ajoute à son titre Militions d'abonnement. On lit même, en télé île la première colonne des numéros de décembre 1792, cette phrase devenue sacramentelle : a Messieurs les souscripteurs, dont l'abonnement expire au 1er janvier prochain, sont priés, etc. » Dans quelques numéros, cette phrase est suivie d'un avis ainsi conçu : « Les personnes qui désireraient faire publier des avis ou annonces de quelque nature qu'ils soient, et même des lettres (ce sont nos faits divers ou articles communiqués) peuvent les adresser au bureau de la (nizette, où ils seront insérés avec exactitude dans un snpplé-
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ment du journal, Les articles qui n'auront que six lignes conteront 30 sous, et 7 sous pur liune s'ils ont plus d'étendue. » Ces! à peu près le tarif des annonces omnibus, mais appliqué aux amwnecs anglaises. On voit quel chemin a fait depuis l'industrie des annonces : il faut dire aussi que les journaux de ce temps-là n'étaient pas frappés des droits énormes qui pèsent sur ceux d'aujourd'hui.
C'est, dans le courant de cette même année 1702 que la Gazette commença à annoncer les spectacles ; elle enregistrait le cours des effets publics depuis 176o.
Mais la Gazette s'était surtout soutenue par l'appui du pouvoir. Louis XV avait ordonné sa ré mion au département des affaires étrangères, jugeant que parla «elle deviendrait plus intéressante; qu'elle acquerrait plus de certitude et d'authenticité, et contribuerait à fournir les mémoires les plus sûrs et les plus précieux pour l'histoire, puisqu'on n'y insérerait point de faits altérés, ni de mémoires faux et suspects. » — « L'objet de la Gazette, disait à cette occasion l'un de ses rédacteurs, n'est pas seulement de satisfaire la curiosité du public ; elle sert d'annales pour la conservation des faits et de leurs dates. C'est un dépôt où la postérité doit puiser dans tous les temps des témoignages authentiques des événements dont se compose l'histoire, et des détails même dont elle ne se charge pas. »
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Celte impartialité de l'histoire, la G<izeth> affecta delà vouloir conserver quand la révolution eut ouvert l'arène à la discussion. Au milieu du décnainemenl des passions, elle voulait, disait-elle, conaerver « un earactère de vérité, de simplicité etde te. >' Mais elle comptait sans la tour d( i éeé* nementa st aussi sans la faiblesse humaine, Habituée h sa chaîne (Jonc, la Gazette ne pouvait que dillieilemcnt consentir à vivre de pair avec cette foule de journaux que chaque jour enfantait. S il est beau d'être indépendant, il est bien doux d'avoir l'oreille du pouvoir, de jouer un rùle dans l'État.
La Gazette ne fit donc que changer de livrée, st dans la crainte, sans doute, qu'on ne l'accusât de conserver au fond du cœur quelque reconnaissance pour le régime auquel elle devait sa fortune, elle s'écriait, le M janvier 1793 : «Le tyran n'est plus! »
Ainsi, jusqu'en 17S'.). la presse était demeurée à l'état d'enfance, s'ignorant elle-même, sans force ni caractère. Mais son temps était venu ; elle allait éclater tout à coup comme un feu souterrain qui a rompu ses digues, et son explosion devait ébranler la vieille Europe jusque dans ses fondements, déjà si fortement sapés par la philosophie du dix-huitième siècle.
lue génération nouvelle avait été enfantée par les encyclopédistes, génération enthousiaste, in-