I. HISTOIRE
La Presse parut sur le Sinaï de la publicité au milieu des éclairs et du tonnerre ; le vieux jour-
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nalismc trembla sur sa base, un cri lugubre lé« chira l'espace ; l'actionnaire du journal à 80 l'i ancs venait d'être frappé au CŒOT.
Jusqu'à cette époque la publicité du journal avait été très restreinte; si nous exceptons le Constitutionnel, (jui atteignit, quelques jours apn-s la révolution de Juillet, le chiffre fabuleux de vingt mille abonnés, un honnête journal pouvait vivre très convenablement avec une modeste clientèle de quatre à cinq mille souscripteurs. Le journal était un objet de luxe, il ne s'adressait encore qu'à deux classes de la société : à la noblesse légitimiste par la Gazette de France, la Quotidienne; à la bourgeoisie régnante par les Débats, le CoruHiutionnel, le Courrier Français, le Temps et même le Xational. Tous les organes qui, se faisant les pu' i. -voix de la démocratie pure, voulaient percer les deux couches sociales dont nous venons de parler, arrivaient immédiatement au tuf de l'abonnement. Ainsi brillèrent et s'éteignirent presque aussitôt ces météores du radicalisme, qui s'appelaient la Tribune, le Bon Sens, le Réformateur, le Journal du Peuple. Le peuple ne pouvait prélever 80 francs sur son salaire annuel pour se constituer un organe; il était hors le journalisme. Le Siècle et la Presse, en réduisant de moitié le prix de la souscription, faisaient dans le monde politique une révolution plus radicale que la révolution de Juillet. La Presse, qui défendait à celte époque
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la dynastie d'Orléans, creusait à son insu le tombeau de toutes les dynasties; elle avançait de trente années les événements qui éclatèrent en Février 1848 comme un coup de foudre dans un ciel serein. Il y a plus, le journal de M. de Girardin, partisan de la résistance pendant dix ans, a plus fait pour l'avènement du socialisme que MM. Louis Blanc, Pierre Leroux et Considérant tous ensemble.
Aujourd'hui, le niveau démocratique atteint également les hommes et les idées; tant pis pour les hommes trop grands, tant pis pour les idées trop hautes; l'art descend dans les masses, et en s'universalisant il perd de son idéal, mais il gagne en étendue. La politique passe du cabinet de l'homme d'État dans l'article du journal ; mais en devenant la science de tout le monde elle n'est plus une science, c'est une horloge qui avance ou retarde au gré de l'opinion. Quant à la littérature, elle est partout, dans le salon, dans la boutique et dans l'antichambre. Hier on l'accusait d'être un métier, aujourd'hui elle n'est plus qu'une perte de temps. Tel littérateur, qui écrit bon an mal an de dix à douze volumes, aurait peut-être été capable de faire .un livre il y a une vingtaine d'années. Est-ce un bien? est-ce un mal? peu importe, le fait existe. Quand l'Indien voit son canot entraîné par les courants du Niagara, il ne s'épuise pas en efforts inutiles, il se suspend à sa gourde, se couche au
fond de la DaoeUe et s'endort. Ainsi conseillonsnous de faire à ceux qui n'auraient point encore abdiqué touto espérance ultérieure.
Certes, l'appétit des jouissances matérielles et la soif de l'or sommeillaient dans les masses longtemps avant l'apparition du journal à iO francs; mais la révolution opérée dans la presse eut pour conséquence immédiate de révolutionner la librairie. Le journal à 10 francs fraya la voie à ces publications inaperçues qui devaient réveiller l'ambition dans les cœurs en jetant le trouble dans les intelligences. La bourgeoisie ne se doutait seulement pas du travail latent qui s'opérait à ses côtés. La taupe du socialisme gagnait cbaquejour du terrain, pendant que les trois cent mille électeurs du gouvernement de Louis-Pbilippe suivaient avec un intérêt toujours croissant les aventures des mousquetaires et les infortunes de Fleur-de-Marie. Expliquons-nous.
Les classes non encore admises au partage de l'influence et de la richesse sociales comprennent mieux que toute autre le besoin d'une éducation, d'une initiation préalables; c'est chez elles que se montre en tout temps la plus vive ardeur de s'instruire; ce sont ces classes déshéritées qui luttent sans repos et sans trêve jusqu'au jour du triomphe définitif; il avait fallu deux siècles à la bourgeoisie pour briser le vieux moule monarchique, et dans ces deux siècles, que
de travaux! que d'efforts! quel magnifique concert d'intelligences ! Sous Louis XIV, pendant que le fils du tapissier Poquelin donne, avec tous les égards et dans les formes les plus polies, de grands coups de bâton à ces aimables marquis de Versailles, lesquels ne sentent même pas la bastonnade, Bossuet dit : Dieu seul est grand, devant l'homme qui se croyait, comme Alexandre, fils ou petit-fils de Jupiter. Quels sont les noms littéraires et scientifiques de cette immense époque? A quelques exceptions près, ce sont des noms roturiers ; c'est Corneille, c'est Racine, c'est Massillon, c'est Molière, c'est Bossuet, c'est Despréaux.
La noblesse, Dangeau, n'ost pas une chimère,
s'écriait narquoisement ce dernier. Qui donc avait déjà dit que c'en était une? Pour un La Rochefoucauld qui écrivait un livre immortel, combien comptait-on de nobles seigneurs qui, semblables au comte d'Angoulême, se faisaient gloire de ne savoir point signer!
« Il est digne de remarque que ces gens de la bourgeoisie en savent plus que maint grand seigneur, » dit quelque part Saint-Simon. Il est vrai que le noble duc, qui en savait à lui seul plus que loule la noblesse de France, trouvait à cela une raison bien simple, et se butait d'ajouter : « Ces
LK PRF.SSr. M
gens là rw sont point empochés comme nom par mis de ii dignité* »
il disait juste. La vi.'nx Corneille, enveloppé
il;ms les plis do son large ma:ite;iu. donnait la vio
aérai virils, pendant que v. Piguilhem
del.auzim dansai! d'une hfOB li triomphants au
ballet «In roi, et mlcvait du môme coup I'' co^ur sexagénaire de la grande Mademoiselle. Au dixhuitiemesiècle, la littérature se fait philosophique; elle s'enrégimente et niarrlie résolument à l'al- Iraneliissemeiit de la bourgeoisie. L'école encyclopédique bat en brèche le féodal édifice ; Voltaire adresse des dédicaces aux maîtresses de Louis XV; il llagorne M. d'Aiguillon, et se prosterne aux pieds de madame Dubarry; mais, à peine relevé, il écrit le chapitre de V Hôtellerie des Se[U Rots de Venise ou l' 11 i '»U > ire de ï Homme aux Quarante Kcus. Jean-Jacques, plus franc, plus explicite, dit crûment, dans le Contrat social : « Le temps n'est pas éloigné où tous les trônes de l'Europe trembleront. » Tous ces bommes, issus de la classe moyenne, sont des journalistes, et quels terribles journalistes, s'il vous plaît, que Voltaire et Jean- Jacques, sans parler de Diderot! Le pamphlet court les rues, malgré le zèle de M. de Sarline; tout devient un enseignement : le livre, la brochure, le théâtre; la noblesse trouve cela si nouveau qu'elle se met de la partie et s'amuse à conspirer contre elle-même, C'est la cour qui fera re-
présenter, en dépit do Louis XVI, en dépit du lieutenant de police, le Mariage de Figaro, cet homme du peuple qui berne, cinq actes durant, un marquis de l'Œil-de-Bœuf. Le fils de l'horloger, Beaumarchais, dut bien rire dans sa barbe, quand il vit tous ces beaux seigneurs et toutes ces belles dames venir applaudir ce feu d'artifice révolutionnaire dont les fusées allaient incendier la royauté et l'aristocratie, et, tandis que des bouffées d'indépendance apportaient jusqu'aux oreilles des hôtes de Versailles, dont quelques-uns commençaient à réfléchir, les mots de liberté et d'égalité, la bourgeoisie venait d'enfanter silencieusement dans ses entrailles, pour un jour marqué au livre du destin, cette magnifique réunion d'hommes, la veille obscurs, épars, s'ignorant eux-mêmes et le lendemain de 89 si célèbres, si retentissants, qu'ils étaient tout dans l'État et qu'ils ne laissaient plus de place à personne à côté d'eux sur la scène politique.
Pendant la révolution , quand la démagogie a submergé la démocratie, l'argument philosophique se traduit par le couperet de la guillotine; l'empire, lui, ne compte que des soldats.
Sous la restauration, la démocratie a vaincu, mais la bourgeoisie n'est pas encore complètement triomphante ; il lui reste un relais à courir. La forteresse du pouvoir est devant elle, défendue
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par une bande d'invalides, el elle fera an dans toutes 1rs règle?, comme si elle avait affaire à des géants. Un nouveau mouvement lillôraire emporte les intelligences d'élite. La jeunesse se presse dans 1rs salles de la Sorbonne aux leçons philosophiques de U. Cousin. MM. Guizot, Augustin Thierry, de Barante, illuminent de soudaines clartés le domaine de l'histoire. L'école romantique surgit et porte la huche révolutionnaire dans la poétique d'Aristote. Pas un jour de relâche; la bourgeoisie ne respirera que lorsqu'elle sera seule souveraine et dominatrice; elle sent que son heure appioche et elle redouble d'activité Mourra! tout le monde s'embrigade et fait le coup de feu : celui-ci dans son journal, celuilà dans sa brochure, cet autre dans sa tragédie. l. chansons de Béranger sont sur toutes les lèvres, les pamphlets de Paul Louis dans toutes les m. uns; chaque nouveau venu court au camp de l'opposition comme uns Idat à la bataille; puis, un beau jour, le château fort de la légitimité, démantelé par les boulets du libéralisme, se rend à discrétion et la bourgeoisie victorieuse plante son drapeau jusque sur le dais du trône.
Voilà donc la classe moyenne en possession du pouvoir; il y a deux cents ans qu'elle lutte pour atteindre ce but : elle fait un roi, elle fait une charte, elle fait un gouvernement; puis quand elle a pris ses cantonnements dans ce rov;iume
conquis au prix de tant d'efforts, elle pense à jouir, elle pense à s'amuser, elle pense à se distraire, elle s'amollit dansCapoue comme l'armée d'Annibal, et elle ne se doute seulement pas qu'elle a derrière elle un ennemi qui veille dans l'ombre, et qui l'épie comme elle a elle-même épié pendant si longtemps l'aristocratie vaincue. Évohé ! semez les roses sous les pas de sa majesté fainéante la classe moyenne; plus de mets subit intiels pour sa nourriture intellectuelle; elle s'est blasée en quelques jours. Qu'on serve à cet estomac, naguère si robuste, les épices de l'imagination, les ragoûts de la fantaisie, les sauces les plus pimentées de la littérature facile; comme în. sultan cbs Mille et une Nuits, elle veut que Chaque soir la Sbéhérazade quotidienne l'endorme au son de la ritournelle du roman -feuilleton.
M. de Girardin est l'homme qui comprit le mieux, à un certain point de vue, la situation de ces esprits fatigués et la défaillance de ces cœurs refroidis. Jusqu'à l'avènement de la Presse le journal avait plus ou moins rempli les conditions de son programme ; il n'avait pas oublié qu'il est avant tout une école d'enseignement ; il tenait le lecteur au courant des idées ; la critique trônait à la place où s'est étalé depuis ce parvenu de mauvais goût, cet usurpateur anti-littéraire qui s'appelle le roman-feuilleton. Les livres sérieux, les cours de la Sorbonne, du collège de France, les
découvertes scientifiques, les poétiques tentatives,
tout ce qui constitue la vie intellectuelle d'un peuple franchissaient le seuil du journal sans courir li> risque d'être ôconduils par un courtier d*Snnonces. 11 est des journaux aujourd'hui, et C*es1 le plus grand nombre, qui ne pourraient ouvrir les colonnes de leur feuilleton à une critique littéraire, parce que le fermier de la quatrième p ie,o n'autorise pour les articles de librairie que la publicité qui lui rapporte, la publicité à tant la ligne.
M. de Girardin entreprit donc l'œuvre de ce qu'il nomma la jeune presse. Il calcula combien sa pape d'annonces devait lui rapporter au bout de l'année, quand son journal aurait atteint un certain chiffre d'abonnés. Pour conquérir cette bienheureuse clientèle il bouleversa le journal de rond en comble ; ce qui avait été jusque là l'essentiel n'était plus que l'accessoire: l'écrivain politique, proprement dit, jouait, dans celle étrange comédie, le rôle d'une utilité, et les premiers rôles étaient les fabricateurs de feuilletons. Le rez-dechaussée détrônait le premier étage ; la politique portait la queue de la littérature. On donnait au lecteur des romans de M. Dumas, de M. E. Sue, de M. Méry, pour 40 francs par an, et des articles de MM. Granier de Cassagnac et de Girardin pardessus le marché. Le directeur de la Presse convoqua le ban et lanière-ban littéraire, lui fit "VjniversilîJ"
WBUOTH€CA
comprendre qu'il fallait, à tout prix, amuser le seul grand seigneur de ce temps-ci, le public, et que, pour lui plaire, il ne s'agissait que d'exécuter des sauts de carpe et de merveilleux tours de force. M. de Girardin fut entendu; de ce jour le roman-feuilleton fut fondé. Suivant l'énergique expression d'un homme d'esprit, M. de Girardin venait de créer la grande secte politique et littéraire des endormeurs.
Suivons cette révolution pas à pas, et voyons quelles en sont les conséquences. Pendant que la Presse à 40 francs, qui a pénétré jusqu'aux dernières limites de la petite bourgeoisie, verse quotidiennement, à ses innombrables lecteurs, l'opium littéraire de sa bibliothèque bleue, la librairie, frappée dans son principe fondamental, se voit contrainte de réduire ses prix de plus de moitié ; un ouvrage qu'elle vendait 7 francs, elle le donne pour 3 francs; mais, chose étrange, cette baisse extraordinaire ne fait pas écouler un exemplaire de plus : les éditions s'empilent les unes sur les autres dans les magasins. Le public a pris au sérieux les prospectus des journaux, lesquels affichent des prétentions encyclopédiques au moment' même où ils retranchent de leurs colonnes tout ce qui ne peut s'adapter au cadre rétréci de l'historiette, le livre est délaissent l'on ne s'occupe plus, dans le monde lisant et abonné, que des prouesses de Coconas.
Les pi in< du la liltéra ure se tiennent à
l'écart, faw( Philomela tub umbra. A partir de ce
moment, il igo, de Vigny, A. de Musset, gardent
lencc, el Sainte-Beuve, relire dans la Revue
</.^ Dev i ' que l'Altiqueesl envahie
par la Béolie; Balzac el Georgi Sand veulent coucher leur robuste talent sur le lit de Prbcuste du roman-feuilleton, il se relève endolori et meuriii, ei ne marche plus qu'avec des béquilles. Cependant l'éditeur, las de, frapper vainement à la porte de la bourgeoisie, songea eréer un nouveau public; le journal règne sans partage dans le salon, la boutique et l'antichambre, mais il n'a pas encore envahi l'atelier. C'est parmi les prolélairesque le libraire ira chercher les souscripteurs. Les publications à L2 smis et à *; sous se répandent avec une nouvelle recrudescence dans les Fabriques, passenl de main en main, et inondent les garnis et les mansardes. Là il y a désir de savoir, appétit de s'instruire. Seulement des hommes usant, dans un but anti-social, de cet immense moyen de propajjamle, jetteront dans la circulation les plus Folles théories, et verseront, à la rondo, le vin frelaté du communisme.
Pendant ce temps-là le ministre de l'intérieur embrigade les voles parlementaires et organise la majorité des trois cents. Quand cette majorité compacte et disciplinée marche comme un seul homme à l'assaul du scrutin, quand la bour-
geoisie, encore émerveillée de la chevelure rousse de mademoiselle de Cardoville, se prépare à suivre à travers le labyrinthe de ses aventures le prestidigitateur Balsamo, voici une autre majorité qui se lève tout àcoup et qui, dérangeant les savantes combinaisons de M. Duchàtel, se met au lieu et place de cette belle au bois dormant, qui s'appelle la classe moyenne,
Avions-nous tort de dire que M. de Girardin avait été, sans le vouloir, ragent le plus actif du socialisme, à une époque où il n'était certes pas socialiste?
Ce n'est pas la Presse, il est vrai, qui a précisément publié des romans socialistes, ce sont les Débats, c'est surtout le Constitutionnel; mais il n'en est pas moins vrai que c'est la Presse qui a inventé le roman-feuilleton.
Aujourd'hui la bourgeoisie, la seule coupable après tout, a repris le dessus ; elle règne encore par la grâce du gendarme et du procureur de la république. Mais la leçon de Février lui a-t-elle au moins profité? Qu'a-t-elle entrepris pour combattre ces publications à un sou dont la propagation s'étend chaque jour? A-t-elle organisé, au moins, comme cela existe en Angleterre, un grand centre de publicité qui agisse sur les masses? A-telle créé une société de bons livres, de traités de morale, de recueils utiles qui feraient pénétrer dans le peuple la lumière de la science et lui per-
la nanti i 10s
mettraient de ne plus se laisser éhlouir par la fausse lueur de ces folles utopies dont il serait la plus lamentable \ietime, si elles parvenaient a triompher'/Xon;el!e n'a rien l'ait, car je ne compte pour rien les 200, non irancs perdus dans la i ibricafion de H bras et venimeuses bro-
chures répandues dans toute la France, pour assurer ou plutôt pour compromettre le succè- de. quelques candidats. Ce qu'il faudrait, s'il y avait encore de l'intelligence et du cœur dans notre, pays, ce serait une organisation permanente do publicité populaire; les plus grands noms delà politique, de la science, du commerce, de la littérature ne devraient pas dédaigner de se mettre à la tète d'une telle association, entreprise en dehors de tout esprit de parti. C'est ainsi que procède, depuis longtemps déjà, l'aristocratie britannique, cette aristocratie si intelligente ; aussi l'Angleterre, malgré la misère de ses populations, malgré l'Irlande, malgré sa dette énorme, est-elle la seule nation européenne que n'ait pas fortement ébranlée la révolution de Février.
Si la classe moyenne, qui a encore entre les mains la puissance et la force, ne veut pas comprendre ce qu'il lui reste à faire, si elle ne se met pas résolument à la tète du mouvement, on peut lui prédire, sans être prophète, qu'avant quelques années elle aura complètement disparu dans un nouveau cataclysme. C'est à elle d'aviser,
Un dernier m.jt maintenant sur la Presse. La Presse est moins un journal, c'est-à-dire la résultante de forces collectives concourant au triomphe ou à la défeu e d'une idée que l'expression d'une activité individuelle. La Presse, c'est M. de Girardin tout entier, avec son audace, sa verve, sa passion, ses soubresauts et son inépuisable talent. Ne me demandez pas quelle est la ligne politique de ce journal, il n'< n a pas, ou du moins il se tient telleme nt à l'écart de toutes les politiques, qu'il est difficile de délinir au juste quelle est la sienne. Est-il socialiste? Je n'en sais rien. Est-il républicain? C'est possible. Est-il légitimis'e? Cela peut être. Je ne croirais pas me tromper si je disais qu'il n'est rien de tout cela précisément, et qu'il est tout cela h la fois. La grande prétention de la Presse, c'est de n'avoir jamais varié. C'est peut-être en raison de cette fixité inébranlable que ses amitiés de la veille deviennent toujours ses inimitiés du lendemain. Du reste, la Presse, il faut lui rendre cette justice, est un journal jeune, hardi, entreprenant; il n'est pas un système qu'elle n'examine, pas une théorie qu'elle ne soit prête à discuter. Elle est en quelque sorte le terrain neutre où se rencontrent toutes les opinions, M. le comte de Chambord et M. Proudhon, M. de Lamartine et M. Guizot, sans compter MM. Gilles et Bonnal. M. de Girardin est l'homme qui se laisse le moins démonter par les événements Le lendemain du