ALEXANDRE
Né à Rennes , k 6 Avril 1767.
Voulez-vous savoir le nombre de sps succèis , comptez ses ouvrages.
(Ginguené,Hist. Ult.)
Il entra de bonne heure dans la carrière de la marine , et fit , en qualité de volontaire d'honneur , les campagnes de M. Grasse ; il ne quitta le service qu'à la paix , pour rentrer dans le corps du génie des ponts et chaussées. Mais ^ dominé par son goût décisif pour le théâtre , il quitta une carrière où il eût pu se distinguer pour entrer, en 179I , à la comédie française ; c'est là qu'il fit ses premières études dans un art qu'il devait tant honorer ensuite 5 il aban-
donna momentanément sa nouvelle profession pour répondre au cri de la patrie qui appelait alors ses défenseurs aux frontières. M. Duval fit ainsi , en qualité de volontaire , la première campagne de la révolution.
Rentré au théâtre , à son retour à Paris , il partagea, en 1793, le sort des comédiens français et fut incarcéré aux Madelonettes . En sortant de prison , il entra au théâtre de la république, et quitta bientôt la profession de comédien pour celle d'auteur dramatique. Aucun de ses contemporains n'a obtenu au théâtre des succès aussi nombreux , aussi brillans , aussi durables : la tête de M. Duval est une mine d'intrigues et de combinaisons dramatiques ; nul ne possède , à un aussi haut degré que lui , le don d'intéresser le spectateur , de l'émouvoir, de l'égayer , de l'attendrir.
Si l'on en excepte ses opéras - comiques , toutes ses œuvres dramatiques se rapprochent plus du drame que de la comédie ; mais la plupart des situations qu'il a imaginées, sérieuses par le fond , sont toujours comiques par la forme ; le drame à^ Edouard en Ecosse est plein d'effets de scène dans ce genre ; et l'on pourrait conclure de là que M. Duval se-
lll^ DUVAL.
rait plus propre au drame qu'à la comédie , s'il n'eût montré tant de gaîté comique dans ses opéras. La plupart se passeraient au besoin de la musique, et seraient de vrais trésors pour le Théâtre-Francais. L'idée de Maison à vendre est peut-être la plus comique et la plus originale qui soit sortie de la tête d'un auteur ; et la scène du Voisin est unique au théâtre : l'intrigue du Prisonnier est un peu romanesque ; mais quel parti M. Duval en a tiré ! que d'incidens comiques ! que de surprises adroitement ménagées! que d'habileté dans la liaison des scènes! l'intérêt est si vif, que la musique, toute belle qu'elle est , ne nous paraît qu'un accessoire oiseux.
Il n'entre point dans notre plan de consacrer une analyse spéciale à chaque ouvrage de monsieur Duval ; il nous aura suffi d'avoir donné quelques appréciations sur un écrivain original et fécond qui nous a valu tafit de jouissances , et qu'environne une estime universelle.
M. Duval est aujourd'hui dans toute la force de son talent, et pourtant sa verve comique semble éteinte pour le théâtre et pour nos plaisirs. Quel motif a pu tarir une aussi heureuse fécondité ? La censure est là qui répond : Tant
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que ce tribunal d'inquisition littéraire s'interposera entre le théâtre et les auteurs , les auteurs indépendans resteront muets. La décadence de l'art dramatique se fait sentir de toutes parts; chacun indique des remèdes; le gouvernement nomme des directeurs , et tout va pis encore. Que la censure soit abolie, ou du moins que ses lois ne soient pas outrées dans leur exécution , et nous verrons refleurir les beaux jours de la scène française. Mais cet espoir est aujourd'hui plus illusoire que jamais ; les grands talens ont abandonné le théâtre et se reposent sur leurs vieux lauriers; la médiocrité , qui ne s'effraie jamais de la censure, et qui est toujours prête à transiger avec elle , inonde nos salles de spectacle de ses pâles productions. Le Théâtre-Francais vit de drames anglais , l'Odéon de rapsodies allemandes , le grand Opéra de vieux chefs-d'œuvre et de ballets inoffensifs ; Feydeau , du marivaudage sentimental de M. Scribe , psalmodié par monsieur Auber ; plus de ces belles soirées où l'on applaudissait à une première représentation d'un Tjrran domestique, d'une Jeunesse de Henri V y d'une Fille d'honneur, d'un Prisonnier; il faut nous résoudre à voir des Valérie,
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des Loj'd Davenaiit, des Clémence de Dcmd, des Robin des Bois, des Neige, des Maçon, des Kénilworth; ou les dégoûtantes grimaces d'un singe des boulevards.
M. Alexandre Duval a été reçu membre de rinstitut en 1812 ; il a depuis été confirmé lors de sa réorganisation : on assure que l'académicien n'est pas fort exact aux séances de la Société, et qu'il tient fort peu à son titre. C'est un homme dont Textérieur est aussi simple que les manières , qui n'a jamais rien fait pour obtenir les faveurs du pouvoir , quoiqu'il fût assez en fonds pour les intrigues , et qui a constamment affiché des principes de philosophie et de modération. Ses titres littéraires sont si nombreux, qu'ils doivent nécessairement trouver une place , en forme d'épigramme , dans la Biographie de nos académiciens.
En 1791*5 le Maire, drame en 3 actes et en prose; en 1792, le Dîner des peuples, imité d'Aristophane , vaudeville en i acte ; en 1793, ( avec M. Picard) , la Fraie Bravoure , cornédie en un acte et en prose; en 1794 (avec M. Picard), Andros et Almona , opéra-comique en 3 actes ; les Suspects, opéra-comique en I acte ; en 1796 (avec M. Picard), le Cha-
noine de Milan, comédie en i acte et en prose, qui , arrangée en opéra-comique , sous le titre du Maître de Chapelle , par madame Gay , et mis en musique par M. Paër, a été représentée à[Feydeau en 182 1 ; le Défenseur officieux , comédie en 3 actes et en vers; les Héritiers , comédie en un acte et en prose ; en 1797 , la Jeunesse de Richelieu, drame en 5 actes , en prose; Bella , opéra-comique en 3 actes; la Manie d'être quelque chose, comédie en 3 actes; le Vieux Château , opéra-comique en i acte ; Montoni, drame en 5 actes , en prose ; en 1798, le Prisonnier , opéra-comique en i acte , les Projets de mariage , comédie en i acte , en prose; en 1799, les Tuteurs vengés , comédie en 3 actes , en vers ; en 1800 , V Oncle valet , opéra-comique en i acte , le 30 et 4O , opéracomique en I acte ; Maison à vendre , opéracomique en 1 acte ; Benniowski , opéra-comique en 3 actes ; en 1802 , Une A^^enture de Saint-Foix, opéra-comique en i acte; Edouard en Ecosse , drame en 3 actes et en prose ; en i8o4 1 Shakespeare amoureux , comédie en i acte» et en prose; Guillaume le Conquérant , drame en 5 actes , en prose ; les Hussites , drame en 3 actes , en vers ; en i8o5 , Maison
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donnée , comédie en i acte , en prose ; le Menuisier de Livonie , comédie en i actes , en prose ; la Méprise volontaire -^ opéra-comique en I acte; en 1806 , la Jeunesse de Henri f^, comédie en 3 actes, en prose ; en 1807, Joseph, drame lyrique en 3 actes ; les Artistes par occasion, opéra-comique en i acte ; en 1808 , la Tapisserie, comédie en i acte; le /^ieil ama^ teur y comédie en i acte , en vers ; en 1809 , le Chevalier d'industrie , comédie en 5 actes , en vers ; le Faux Stanislas , comédie en 3 actes , en prose ; en 18 10 , le Retour dhin croisé , parodie-mélodrame en I acte ; la Femme misant trope y comédie en 3 actes , en vers ; en 181 3, le Prince troubadour ; en 1817 , la Manie des grandeurs y comédie en 5 actes et en vers ; en 1818 , la Fille d^ honneur , comédie en 5 actes, en vers ; en i8ig , Y Officier enlevé , opéra-comique en I acte ; en 182 1 , le Jeune homme. en Loterie , comédie en i acte , en prose ; le Faux Bonhomme , comédie en 5 actes , en vers. Voici le titre des pièces inédites de M. Duval : Christine, tragédie en 5 actes et en vers; le Capitaine sauvé , grand opéra en 3 actes ; jyia- /•/e^ drame en i acte ; la Courtisane, drame en 5 actes ; Struense , drame en 5 actes ; XEn-
fant prodigue , comédie en 5 actes; ^//^co/m/^, opéra-comique ; V Orateur anglais , comédie en 5 actes , en vers ; les Courtisans , ou la Princesse des Ursins , comédie en 5 actes , en prose ; le Complot de famille , comédie en 5 actes et en vers.
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(nicolas-louis^ comte)
De Neufchâteau.
L'agriculteur François de Neufchâteau , Sur vingt sujets divers entassa maint volume Que n'a-t-il manié la plume Comme il mania le râteau !
( Les Biographes. )
On ne sait trop où est né M. le comte François; les uns le font naître au bourg de Lifolle-Grand , en Lorraine , les autres au -village de Vrécourt , enfin , quelques-uns dans une chaise de poste sur une grande route. Il importe peu durested'éclaircir cetteparticularité, il suffit de savoir que M. François est né quelque part le 7 octobre 1752. Son père, selon les uns , était paysan , et , selon les autres , maître
d'école ; sa mère lui avait assuré, dès son entrée dans le monde , la protection de M. Hennin- Lietard, bailli d'Alsace. Grâces à ce protecteur, M. François était déjà à quatorze ans contrôleur des actes à Vrécourt en Bassigny ; il avait publié à treize ans un recueil de vers , et il avait reçu une lettre de Voltaire , qui , répondant toujours des choses flatteuses aux jeunes gens de quelque mérite et surtout à ceux qui lui adressaient leurs vers , le nommait son successeur. M. François le prit au mot , et pour relever son nom obscur par une noble particule il obtint du parlement de Nancy l'autorisation d'y ajouter celui de la ville de Neufchâteau.
La carrière du barreau fut celle où il dirigea ses premiers pas ; il publia même un ouvrage, qui fit très-peu de sensation, sur r Histoire du Droit en Lorraine ; mais ce peu de succès et son goût inné pour la poésie lui firent complètement abandonner l'étude des lois . Il se mit alors a parcourir les académies de province pour y lire ses vers ; et gagna à son pèlerinage poétique les titres d'académicien de Marseille et de Lyon, et d^associé aux académies de Dijon et de Nancy.
Un plus vaste théâtre était dès lors néces-
saire à M. François : il vint à Paris ; mais comme llionime ne vit pas de seule poésie , il se fit recevoir avocat au parlement sous les auspices de Linguet. Deux causes singulièreslefirent bientôt exclure de cet ordre intraitable sur le point d'honneur ; il avait consenti , pour des raisons que nous n'expliquerons pas , à adopter l'enfant naturel d'un homme de la plus haute naissance , et il avait épousé la fille d'un danseur de l'Opéra nommé Dubus , nièce du célèbre Préville.
La seconde cause d'exclusion n'exista pas long-temps, car M. François perdit son épouse et n'en dut pas moins aux libéralités de sa bellemère les moyens d'acheter la charge de lieutenant général au présidial de Mirecourt , nom qui offrait., comme on le dit alors, une singulière concordance avec les talens du dienitaire. Il acheta alors aussi, par les louanges et les flatteries , qui sont en lui l'effet d'un penchant naturel , la protection de l'intendant du roi, en Lorraine, qui le nomma son subdélégué. Il s'était déjà attiré l'affection de plusieurs courtisans par l'ingénieuse pièce de vers qu'il fit pour le régiment de la reine à 1 occasion de la naissance du Dauphin.
M. François n'était toutefois encore qu'un
petit poète de province, il courait les sociétés et les salons de Nancy pour débiter ses vers , que de temps en temps aussi il lisait dans les séances de l'académie de cette ville ; il aimait surtout à y réciter une traduction en vers des neuf premiers chants de l'Arioste.
Après s'être de nouveau engagédans les liens du mariage , M. François partit pour le cap Français à Saint-Domingue en qualité de procureur général au conseil supérieur ; il fit aussi des vers à Saint-Domingue , il y publia les Etudes (Tun magistrat , et en partit avec une cargaison de manuscrits lors de la suppression du conseil supérieur en 1766; malheureusement pour l'Europe , le navire qui portait le précieux ballot fit naufrage et tout fut perdu, même la traduction de Roland furieux que M. François regrette encore.
Arrivé en France , il songeait à regagner sa province, lorsque des relations intimes s'étabhrent entre lui et madame de Genhs , alors gouverneur des enfans du duc d'Orléans.
M. François fut , à ce qu'il parait , un des amans heureux , quoi qu'en dise aujourd'hui la dévote comtesse, dans ses interminables mémoires. Cette liaison procura au poète la fa-
veur de la maison d'Orléans et fixa sa place dans les troubles qui allaient éclater.
Partisan exalté de la révolution , comme il l'avait été de la monarchie , il accueillit avec enthousiasme l'ère nouvelle qui commençait pour la France ; il pérora en public , prêcha la liberté , provoqua des rassemblemens et se fit enfinarrêter à Toulen 1790, par ordre du lieutenant du roi; mais la protection de M . de Bouille le fit presque sur-le-champ rendre à la liberté. On ne pouvait se persuader qu'un homme , naguère flatteur et adorateur de la cour jusqu'à Texcès, pût profiter de ses malheurs pour exciter à la révolte contre elle.
Ces bruyantes démonstrations de patriotisme lui valurent pourtant la place de juge de paix du canton de Vicherey , puis celle de juge au département des Vosges. Enfin, en 1791 , ses vœux d'ambition furent exaucés; il fut nommé député du département des Vosges à l'Assemblée législative qu'il fut bientôt appelé à présider. Ses motions étaient toujours marquées au sceau du plus brûlant patriotisme.
Le 16 novembre, il lut un rapport à la suite duquel il demandait de rendre tout prêtre assermenté responsable des désordres dont la re-
ligion serait le prétexte , et de le bannir du pays. En mars 1792, il appuya l'amnistie proposée en faveur des assassins d'Avignon, et il vota pour la division en petits lots des biens nationaux, afin d'attacher la classe pauvre à la révolution. Le 26 août, au moment où les Prussiens approchaient de Paris , il rassura quelques-uns de ses collègues effrayés et engagea l'Assemblée à prononcer le serment de rester à son poste jusqu'à l'installation de la Convention nationale. Cette courageuse proposition fut vivement applaudie et unanimement adoptée ; on ne peut refusera M. François la gloire d'avoir ainsi empêché par sa fermeté la dissolution de l'Assemblée et prévenu l'anarchie qui s'en serait nécessairement suivie.
N'ayant pourtant pas été réélu par son département , il était allé reprendre ses modestes fonctions de juge de paix, lorsque la Convention le nomma, le 6 octobre 1792 , ministre de la justice. Il refusa , alléguant la faiblesse de sa santé ; mais le vrai motif de ce refus était la crainte de s'exposer aux fureurs dévorantes des partis. Ce fut vers la fin de cette année qu'il publia, pour orner la mémoire des petits sansculottes , une fable rempUe d'ignobles allusions
à la malheureuse famille de Louis XVI. Si nous transcrivons ici une partie de cette pièce, qu'on soit bien convaincu que ce n'est qu'avec le plus profond dégoût et uniquement pour remplir dans toute sa sévérité notre devoir de biographes. Les hommes dont nous traçons la vie doivent, pour la plupart , être connus de la postérité , et nous devons fournir à cet inexorable tribunal toutes les pièces qui peuvent asseoir son jugement.
Don porc avec dame panthère Fut uni dans un bois par les soins d'un renard, Fort subtil, mais parfois un peu \isionnaire. Cet hymen monstrueux produisit assez tard
Un fruit bien extraordinaire.
La vorace famille, aux hôtes desforêls.
Enlevait toute la p:Uure ; Nul ne pouvait plus vivre auprès; Tout était dévasté
Notre plume se refuse à tracer la suite de cette pièce où Ton ne respecte pas même la jeune et intéressante victime des malheurs dont on ne pouvait l'accuser. En 1798, il écrivit a la Convention nationale la lettre suivante :
<( Nous avions cru long-temps que Louis XVI
voulait sincèrement l'établissement de la constitution; mais depuis l'époque du 10 août, nous sommes désabusés; tout nous convainc qu'il était un traître. Nous approuvons donc le parti que vous avez pris d'abolir la royauté. Courage, Messieurs , point de mesures partielles ; assurez notre bberté , et vous affranchirez tous les peuples. ))
Comment comprendre ces sentimens dans un homme qui avait passé sa jeunesse à composer des vers en l'honneur de la reine et du Dauphin?
En août 1793, il fit jouer au théâtre de la Nation sa Pamela ou la Vertu récompensée , pièce imitée de la Pamela Maritata, de Goldoni , et qui dut son succès principalement au jeu de Fleury et de mademoiselle Lange.
L'auteur fut bientôt après emprisonné au Luxembourg par ordre du Comité du salut pubhc , et il ne recouvra la liberté qu'après le 9 thermidor.il avait, avant sa détention, composé un hymne à la //^î'eA'te'pour l'inauguration de son temple dans l'église Saint-Jacques-du-Haut-Pas ; dans sa prison il composa une prière à TÉtre Suprême , à l'occasion de la fête ordonnée par Robespierre.
M. François fut nommé juge à la Cour de cassation après le 9 thermidor, et envoyé , a la fin de 1797 , en qualité de commissaire dans les Vosces pour y arrêter la fermentation et les désordres causés par le fanatisme religieux ; il remplit sa mission avec beaucoup de fermeté.
En 1797, le ministère de l'intérieur étant vacant par la retraite de Benezech , il consentit à s'en charger , suivit la marche politique du Directoire et y entra à la place de Carnot après la journée du 18 fructidor. Le sort ou une négociation conclue d'avance l'en firent sortir neuf mois après et le replacèrent au ministère de Tin-
térieur.
Il avait pubhé , lors de son premier ministère , son Poème des Vosges et son Manuel républicain , dans la préface duquel il dit que (( l'histoire de la monarchie fait aimer la république. » Ce fut aussi à cette époque que M. François fut élu membre de l'Institut; on doit avouer qu'il était un de ses membres les plus productifs . 11 était aussi un des ministres les plus amis des lettres , et les plus portés à les favoriser. Lorsqu'en 1798 les monumens des arts , fruits de nos conquêtes en Italie , furent envoyés à Paris , il dirigea la fête qui célébra
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leur arrivée et lui fil donner une grande solennité ; il encourageait les savans , et faisait acheter des exemplaires de tous les ouvrages intéressans pour les envoyer à la bibliothèque de chaque département ; il assigna même des fonds sur son ministère pour l'impression de Ja Biographie astronomique de Lalande , ce quî n'empêcha pas l'astronome de la placer dans son Dictionnaire des Athées, insertion qui fit beaucoup de peine à M. François.
On lui doit la première idée de l'exposition publique des produits de l'industrie française, qui , depuis , a été souvent renouvelée.
A la suite du 18 brumaire, M. François de Neufchâteau fut appelé au Sénat conservateur qu'il présida plusieurs fois , et entre autres au moment où Napoléon fut salué empereur. Ce fut alors que M. de INeufchâteau se laissa aller tout-à-fait \x son penchant laudatif. Lorsque le trône impérial fut établi , il fit le plus pompeux éloge des grandes qualités de Napoléon, le compara aux grands hommes de l'antiquité, dit que Dieu protégeait la France puisqu'il l'avait créé pour elle , et termina en priant l'empereur , père de la patrie , de répandre ses bénédictions sur ses enfans. •
U se rendit ensuite auprès du Pape , qu'il félicita d'être désigné par la Providence pour sacrer un héros et rendre \a paix au monde. Depuis lors , chaque bataille , chaque traité , chaque événement était marqué par un discours de M. François de Neufch^teau.
Aussi, en 1806, il fut pourvu de la sénatorerie de Dijon, et reçut le brevet de grandofficier de la Légion d'Honneur. En 1808, il fut créé comte : qui eût dit que ce M. François , qui avait exprimé dans des vers républicains , applaudis en 98 , au théâtre de la Nation , et que tout le monde sait , le plus profond mépris pour
Les rubans , les cordons , et ces chaînes dorées , Des esclaves des rois les pompeuses livrées.
eût accepté ensuite tant de dignités , de distinctions et d'honneurs , et pourtant il porta exactement sa décoration , et aussitôt qu'il eut des armoiries, il s'empressa de les faire graver en tout format , avec des vers de sa façon en son honneur , le tout accompagné de ses titres honorifiques , pour être collé sur les livres de sa bibliothèque ; il poussa même l'orgueil aris-
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tocratique jusqu'à faire disparaître de sa signature la parenthèse qui renfermait auparavant le nom de Neufchâteau.
Le 3 avril 18 14, M. François de Neufchâteau , qui ne voulait pas perdre l'occasion de faire un compliment, se présenta à Louis XVIH, à la tête d'une députation de la société d'^grl culture; il dit au roi que cette Société avait été fondée par Louis XV, renouvelée et dotée par Louis XVI, et qu'elle n'avait cessé de travailler dans le cours de la révolution, diaprés le mandat de ce même Louis XVL
Plus tard , il fit hommage de ses poésies à la Chambre des Députés , et fut admis à les présenter au roi , en prenant probablement la précaution préalable de faire disparaître la fable précitée : Don Porc ^ etc.
Les cent jours le laissèrent sans fonctions ; ce qui le fit rentrer à la Chambre des Pairs après la seconde restauration.
Les travaux littéraires de M. François de Neufchâteau sont immenses; ila exercé sa plume presque dans tous les genres, poésie, jurispru. dence , morale , histoire , politique , agriculture. Mais il est à peu près convenu que la •
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dernière science est celle dans laquelle il a les connaissances les plus profondes.
Ses ouvrages sont : i°. Poésies dwerses , 1765 ; 2'. Pièces fiLgitwes de François de Neufchâteau y 1766; Ode sur les parlemens y 1771; 4°. le Mois d'Auguste^ épître à Voltaire , 1774; 5'. Discours sur la manière de lire les vers , 1775 ; 6°. Anthologie morale ^ 1784 ; 7°. Recueil authentique des anciennes ordonnances de Lorraine y 1784; 8°. les Études du magistrat au Cap-Français y 1786 ; 9**. V Origine an-" cienne des principes modernes , ou les Décrets constitutionnels conférés avec les maximes des sages de V antiquité y 1791 ; 10°. les Lectures du citoyen y 1792 ; ii". Paméla^ comédie en 5 actes et en vers , 1793 ; 12°. des jimélioi^ations dojit la paix doit être V époque y 1797; i3". les f^osges y 1^0'éme ^ 1796 et 1797; 14°. V Institution des enfans, 1798 ; i5°. le Conservateur ^ 1800; iG**. Tableau des vues que se propose la politique anglaise dans toutes les parties du monde y i8o4; ^7°' Histoire de r occupation de la Bavière par les Autrichiens y 1806; 18°. Voyage agronomique dans las énatorerie de Dijon y 1806 ; 19°. Fables et contes en vers y suivis des poèmes de la Lupiade et de
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la Vulpéidcy i8i4; 20». V Art de multiplier les grains, 1810; 2r. Lettres à M. Suard y sur r Histoire de Charles /^, 1817.
En 1824 et en 1825, M. François de Neufchâteau a révélé son existence littéraire par des vers et une fable qu'il a fait insérer dans le Mercure du I9^ siècle. Comme homme politique , M. François est un des êtres les plus versatiles et les plus laudatifs qui existent ; comme littérateur, il se présente , il est vrai , avec un , volumineux bagage; mais c'est bien le cas d'appliquer le proverbe trivial : la quantité ne fait pas la qualité. Orateur sans idée et sans force, poète sans grâce et sans coloris , il ne peut justement réclamer que le titre d'agronome, titre bien étrange pour un membi^ de l'Académie française , où pourtant l'a maintenu l'ordonnance réorganisatrice de 18 16.
M. François de Neufchâteau aime extrêmement le maïs et la pommé de terre ; on en peut juger par les vers suivans de sa façon qui sont tout-a-fait à la hauteur du sujet :
L'honneur est au premier qui remplit la carrière.
Parmentier la fournit entière ; Mais à ses grands travaux trop faible associé,
Ce qu'il put laisser en arrière ,
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Je le glane. A dessein l'avait-il oublié? Peut-être ; mais en6n de ce double hémisphère ,
Le maïs et la parmentière
Nourrissent au moins la moitié ; A ce riche banquet (ma jeunesse en fut fière) ,
Parmentier m'avait conyié.
Il n'est plus , je rapporte à cette ombre si chère Les miettes que j'ai dû ramasser pour lui plaire >
A la table de l'amitié.
Jî
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