‹ Biographie des quarante de l'Académie Française [microform]Chapitre 21 sur 32 · FRAYSSINOUS · texte numérisé non relu

FRAYSSINOUS

. (dénis),

Évéque d'Hermopolis , (in partibus infide-

lium ).

l'héritier de Fontane

De licteurs à cheval entoure la soutane Et galope avec eux vers le pays latin Portant à la Sorbonne un foudre ultramontain.

( SlDIENVES. )

Quand Tabbé Sicard décéda , D'Hermopolis lui succéda ; Il fit , selon l'usage antique , Une homélie académique.

Ennuyé du dévot brocard , Chacun , regagnant sa demeure , Disait : Peste soit du frocard !

Ah ! que n'étais- je lout-à-l'heure Élève de l'abbé Sicard !

( Les Biographes. )

.... semblable au reptile à la flèche homicide Qui , laissant au marais sa dépouille livide , Une fois dégagé de ce limon impur.

S'élance étincelant d'émeraude et d'azur ; L'abbé Monopolis , dont la parole obscure Végétait sous le froc et rampait sous la bure , La mitre sur la tète et la crosse à la main , Se redresse orgueilleux de son faste romain ,

Des fils de Loyola , c'est le plus intrépide , • Il a le corps agile et le jarret dispos.

(Alexis Làgarde , les Cotebies.)

M. l'abbé Frayssi nous est, ainsi que l'indique son nom , de cette race gasconne qui depuis

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quelques années inoncle Paris , obstrue toutes les avenues du gouvernement, pullule dans toutes les administrations et nous menacerait bientôt de transporter la capitale du royaume à Toulouse; né à Curière, dans PAveyron , en 1765 , on ne sait de quels parens ni dans quels rangs de la société , le Jeune Frayssinous , après avoir terminé ses études théologiques et reçu le sacerdoce , fut quelque temps vicaire d'une paroisse de village , puis disparut dans la tourmente révolutionnaire, pour ne ressusciter qu'en 1801. A cette époque une main puissante dirigée par des vues politiques , qu'il ne nous est pas donné d'apprécier ici, ouvrait les temples depuis long-temps ferméset rendait à la religion et à ses ministres une existence et des prérogatives anéanties par la révolution. Les efforts des prêtres catholiques devaient tendre dans cette occurrence à disculper la religion des imputations accumulées contre elle , à combattre les objections et à faire face aux sarcasmes auxquels elle avait été en butte. L'abbé Frayssinous comprit tout le parti qu'il * pouvait tirer de la circonstance , et ses conférences sur les preuves du christianisme commencèrent en 1801 dans Téglise des Carmes.

FRAVSSINOUSo * iJ'J

Si M. Frayssinous s'était borné alors à prêcher la doctrine du Christ dans toute sa pureté, si la politique n'avait pas été le sujet de nombreuses digressions, le gouvernement tolérant et réparateur de cette époque n'eût sans doute pas regardé d'un œil inquiet les assemblées auxquelles elles donnaient lieu; mais il paraît constant que le prédicateur attaqua le régime bienfaisant qui lui avait ouvert la chaire, car à sa troisième conférence il fut mandé à la police où on lui enjoignit de recommander à ses auditeurs Tobéissance aux lois, M. Frayssinous obtempéra à cet ordre, et, dans son premier sermon , « remercia l'Éternel d'avoir employé une main puissante à redresser les autels. •>

Ce petit sacrifice fut bientôt récompensé; M. de Fontanes qui remplissait l'Université d'hommes qui y acceptaient des fonctions malgré eux, le nomma inspecteur général de l'Académie de Paris. Il reçut aussi un canonicat au chapitre de Notre-Dame. C'est alors qu'il transporta le lieu de ses conférences de l'église des Carmes à celle de Saint-Sulpice ; ce fut aussi l'époque où elles furent le plus suivies; il était cle mode d'aller entendre M. Frayssinous ; une ^

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foule immense assiégeait l'église , et M. de la Mesangère ne manquait jamais, le lendemain de chaque prédication d'en rendre compte, dans l'intérêt de son journal. Dans les premières conférences qui avaient commencé d'une manière obscure et timide , M. Frayssinous n'était qu'acteur secondaire ; il proposait les objections et remplissait le rôle de Vas^ocat du diable. Celui qui se défendait contre les attaques de M. Frayssinous représentant les incrédules, était Tabbé Boyer, qui fut bientôt éclipsé par son adversaire. Ce fut lors de la translation des conférences à Saint-Sulpice que l'avocat du diable devint l'avocat du ciel , et que la compagnie qui dirigeait ces sermons ayant cru devoir choisir un plus vaste théâtre, la cause de la religion fut définitivement confiée à M . Frayssinous . Ces conférences durèrent jusqu'en i8og, où le prédicateur reçut du gouvernement l'ordre précis de se reposer dans le sein de son chapitre et de FUniversité impériale.

La première restauration vint ouvrir à M. Frayssinous une nouvelle carrière bien plus brillante. Ardent apôtre du royalisme, il remonta dans sa chaire, en i8i4v et en laissa tomber les plus terribles anathèmes contre

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l'incrédulité et les principes du libéralisme. Aussi alla-t-on Ty chercher pour lui confier les funestes ciseaux ; une ordonnance du 24 octobre le nomma censeur royal. Sa place d'inspecteur général des études lui fut conservée par une autre ordonnance du 17 février 181 5. Le retour de Napoléon le força à ralentir un moment sa marche rapide vers les dignités et les honneurs ; il se sauva alors de Paris où on ne songeait pas à le persécuter, et courut se cacher dans les montagnes de l'Aveyron.

Aussitôt après la rentrée de Louis XVIII , M. Frayssinous vint reprendre ses conférences et recevoir sa nomination au Quinquemvirat de la commission d'instruction publique, le i4 août 181 5. La marche trop peu accélérée du gouvernement de cette époque vers le jésuitisme força , dit-on , M. Frayssinous à donner sa démission l'année suivante , mais en revanche il reçut une pension de 6,000 francs pour récompense de son zèle et de ses travaux.

L'Académie française ayant besoin d'un panégyriste, choisit , en 18 17, M. de Frayssinous pour prononcer l'éloge de saint Louis dans la séance du 25 du mois d'août. Nous faisons observer cette circonstance parce qu'il paraît

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que dès ce moiiient le panégyriste dirigea ses désirs vers le fauteuil académique. Il fut aussi nommé alors aumônier et prédicateur ordinaire de Louis XVIII.

Ce n'était là cependant que le commencement de sa fortune politique. Il s'agit bientôt de l'élever à l'épiscopat, mais comme on n'avait aucun siège vacant à lui donner, il fut nommé évêqued'Zfer/woyyo/w, ancienne ville delà Haute- Égypte , qui ne l'avait pas certainement demandé pour évêque. Monseigneur d'Hermopolis , comme on le pense bien , ne se pressa pas d'aller visiter son diocèse et prêcher ses conférences à ses ouailles du Saïd; il aima mieux rester à Paris où bientôt la dignité de grandmaître de l'Université fut rétablie pour lui : ce fut en 1823 qu'il succéda en cette qualité au baron Cuvier, président temporaire de la Commission d'instruction publique.

Enfin, l'année dernière, le gouvernement recréa le ministère des cultes, ou pour mieux dire du culte catholique, l'amalgama avec l'Université et en donna le portefeuille à M. Denis d'Hermopolis. On se demandait alors comment était garantie la liberté et l'égale protection des cultes dissidens, sous la direction d'un rai-

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nistre, évéque catholique et ardent zélateur de la communion à laquelle il appartenait. Nonobstant ces réclamations de l'opinion publique, M. d'Hermopolis fut nommé pair de France peu de temps après.

On n'eût certes jamais pensé que l'Académie française, dont les avenues étaient encombrées de littérateurs assez renommés pour mériter d'y entrer , songeait au prédicateur de Saint- Sulpice pour remplir la place vacante par la mort de l'abbé Sicard. Cependant, malgré la nullité de ses titres, malgré la guerre d'épigrammes dirigées contre les électeurs et l'éligible, M. de Frayssinous obtint la majorité des votes, s'assit au fauteuil et édifia l'Académie et son auditoire par une homélie que la Quotidienne et le Drapeau Blanc trouvèrent touchante. On se rappelle encore cette séance où M. Raynouard déploya son esprit prudent et cauteleux, dans un discours où il caressait également le côté droit et le côté gauche , l'aristocratie et la démocratie , la philosophie et l'église toutes les opinions enfin représentées à l'Académie. Il s'agissait de parler en philosophe sur le commerce odieux des noirs et sur l'horreur de leur esclavage , le secrétaire perpétuel

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reprocha aux concurrens leur exagération , et leur fit un crime de trop ressembler à Juvénal. M. Raynouard se montra imbu de cette sage maxime : Inter utrumtjfue tene. Ce fut dans cette séance que le poëme de M. Chauvet fut couronné et que M. d'Hermopolis fut forcé d'entendre la lecture de certains vers qui, par les vives peintures des sentimens d'amour ou de liberté , devaient bien mal sonner à ses oreilles épiscopales.

Lorsque M. de Frayssinous fut nommé à rinstitut, il n'avait a présenter d'autres titres littéraires qu'une édition du Génie du christianisme , enrichie par lui de quelques* notes et commentaires , et une brochure sur les vrais principes de V église gallicane.

Ce dernier ouvrage, dans lequel M. d'Hermopolis énonce et soutient des opinions trop souvent contraires à celles de Bossuet et du véritable clergé gallican, a été réfuté en i8l8 par M. Lambrecht, et paraît avoir été, avec l'amitié des jésuites , la vraie cause de la rapide élévation de son auteur.

Au mois de mai i825, M. de Frayssinous, auquel ses nobles confrères ne cessaient de répéter amicalement qu'il avait en portefeuille des titres réels à l'Académie, et qu'il ne te-

FRAYSSINOUS. i/^.]

naitqu a lui de les publier et d'atterrer ainsi tous les médisans , finit par se décider à livrer à l'épiscopal imprimeur , Adrien Leclerc , ses conférences sur la religion, sous le titre de Défense du christianisme.

On a pu alors juger l'académicien par ses oeuvres, comme on juge le ministre par ses mesures et ses ordonnances , et malheureusement on est à peu près d'accord de mettre les unes au même niveau que les autres. Ces conférences, écrites d'un style faible et traînant, n'offrent pas même la nouveauté de la forme. Froide copie des célèbres discours de Clarke, des ouvrages de Bergier , Abbadie , Jacquelot,' Duvoisin , elles sont une bannale répétition de tout ce qu'on a écrit en faveur de la religion chrétienne, surtout dans le siècle dernier où elle avait à se défendre contre les violentes attaques de la philosophie.

On peut se former une idée de l'ensemble de ce discours, par les deux premiers. Dans celui d'ouverture, M. de Frayssinous commence par faire l'apologie du vieux temps et de la sou-^ mission aveugle qu'on professait alors pour les dogmes qu'enseigne l'Église , tout en transgressant sans scrupule les lois plus saintes encore

'ff

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de la morale, u Si nos ancêtres, dit Poratetir, violaient les préceptes de la religion , du moins ils les respectaient; si Jeurs mœurs n'étaient pas pures, s'ils voulaient allier le christianisme avec le plaisir , la dévotion avec la volupté , ils ne cherchaient pas à justifier leurs désordres par des blasphèmes ; leur cœur était corrompu, mais il était docile, » On voit par ce passage la conformité des opinions de M. de Frayssinous avec celles des jésuites, et on sera moins étonné quand on verra bientôt combien est grande la protection qu'il accorde à leur société. Ainsi , selon lui , le libertinage est pardonné par la dévotion ; le blasphème est innocent lorsqu'il est allié à la docilité 5 le dogme et l'obéissance aveugle à l'Eglise sont tout y la morale ri est rien.

L'orateur passe de là aux injures d'usage contre les philosophes. Il signale comme les premiers chefs de Timpiété, l'auteur de l'Esprit des lois, celui de l'Emile et celui de la Henriade. Il reproduit toutes les vieilles calomnies contre la philosophie et le dixhuitième siècle, le tout dans un style lâche et diffus.

Dans la seconde conférence, M. de Frayssi-

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nous s'occupe de la vérité, il recherche l'essence de la vérité , la définit la connaissance de ce qui est, et parcourt les divers ordres de vérité. Dans une troisième conférence, il assigne quelles sont les sources de nos erreurs.

Toutes les idées vraies et justes de ces conférences sont extraites, presque mot pour mot , de cette encyclopédie contre laquelle l'orateur se déchaîne si souvent ; quant à celles qui sont susceptibles de discussion et même complètement fausses, s'il avait consulté la seule logique de Port-Royal, il se serait épargné, en traitant de la source de nos erreurs, des erreurs que les plus faibles élèves de philosophie auraient pu facilement relever dans ses discours.

Nous n'avons analysé un peu longuement cet ouvrage de M. deFrayssinous, que parce qu'il constitue son unique titre littéraire au fauteuil. En résumé, le style de ces conférences estfroid et décoloré, les pensées sont sans énergie et . souvent sans vérité; on y trouve peu de liaison dans les idées , des transitions brusques , manquées et amenées péniblement, des peintures faibles 5 on n'y rencontre enfin rien de ce qui constitue le grand orateur , à la hauteur des 1 mportans sujets qu'il est appelé à discuter.

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Le ministère de M. de Frayssinous comprend les deux choses les plus intéressantes pour la société , la religion et renseignement , et il serait à désirer que ces deux parties si essentielles du gouvernement fussent en des mains plus habiles ou moins partiales. Sous son administration , les jésuites qui , grâces à la tolérance de M. Guvier, avaient mis un pied sur le territoire français, ont complètement envahi notre patrie qui les abhorre; ils se sont emparés de l'enseignement, ils ont usurpé nos écoles, nos églises , ils se sont impatronisés jusque dans nos maisons. M. de Frayssinous , gardien par la nature de ses fonctions des lois de l'Université, les laisse transgresser impunément; les collèges ont été dissous, les séminaires se sont élevés de toutes parts; les chefs de plusieurs institutions ont même adressé des lettres au grand-maître , dans lesquelles ils refusaient ouvertement de payer la rétribution universitaire, et disaient que les jésuites seuls pouvaient enseigner la jeunesse, que sans les jésuites il ne pouvait y avoir d'instruction ; et le ministre de l'instruction publique est resté paisible pendant que s'opéraient les envahissemens d'une société à laquelle se rattachent tant de désastres et

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tant de crimes , ou peut-être , osons le dire , il a activement favorisé ses empiétemens.

Telle a été jusqu'à présent, quant aux grandes mesures, à l'esprit et à la marche des affaires, la direction du ministère de M. de Frayssinous; qu'on joigne à cela les destitutions d'employés, les destitutions de professeurs, les destitutions des maîtres d'école auxquels on a enlevé le seul morceau de pain qui leur restait. La persécution déclarée à renseignement mutuel , la désorganisation du collège de Sorrèze , une de nos plus belles institutions d'enseignement , et on aura \ine juste idée de l'administration funeste de M. de Frayssinous. Chaud partisan des jésuites, ami de la congrégation, traîné à la remorque par les ultramontains , il ne peut qu'exercer un pouvoir désastreux pour la France qui ne veut ni des4iésuites, ni des ultramontains, ni de la congrégation.

M. de Frayssinous occupe depuis peu de temps , rue des Saints-Pères , un hôtel où ont passé plusieurs membres de la famille Bonaparte. On raconte que dans la nouvelle distribution des pièces de ce palais, l'architecte, oubliant les règles de son art, indispensables dans la distribution des palais ministériels

it^S FRAYSSINOUS.

avait donné trop peu d'espace à la salle à manger , pièce , comme on le sait , d'une absolue nécessité dans ce genre d'édifices; M. deFrayssinous, qui paraît connaître toutes les obligations de sa charge , fut scandalisé de l'exiguité de la salle et força l'architecte à en ajouter une nouvelle beaucoup plus vaste et décorée avec tout le luxe possible.

Cependant , malgré ce sacrifice aux idées du temps et cette soumission aux principes qui dirigent les ministres de notre époque , on dit que M. de Frayssinous est extrêmement simple dans ses habitudes et dans son costume ; rarement il endosse la pourpre épiscopale; vêtu d'une simple redingote noire, on le voit se promener d'un pas leste et ferme , tous les soirs , à six heures , aux Tuileries sur la terrasse du bord d%reau, laissant ondoyer sur ses épaules sa blanche chevelure, et conversant modestement et familièrement avec son secrétaire l'abbé Trebuquet, si connu par les remèdes émolliens qu'il s'administre tous les matins. Il est juste de dire aussi que M. de Frayssinous dépouille, dans l'intérieur de son palais, cette morgue qu'il affecte dans les cérémonies d'apparat, et qu'il cherche journellement dans les jeux et les con-

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versations familières , un délassement à ses travaux administratifs.

Il a fait placer à côté de son cabinet un magnifique billard autour duquel il ^donne souvent audience; tous les courtisans de son Excellence s'empressent de compter les points et de proclamer à l'envi Monseigneur , le maingaud de l'hôtel des Saints-Pères; M. le comte de Peyronnet est son partner quotidien ; on ajoute même qu'au premier jour, à la suite d'un dîner diplomatique, il sera joué une poule ministérielle au profit des incendiés de Salins , ou , ce qui est bien plus extraordinaire , au profit des Grecs.

Tels sont les renseignemens les plus précis que nous avons pu nous procurer sur M. de Frayssinous dont les premières années offraient du reste peu d'intérêt. Nous avons dit ce que nous croyons pouvoir assurer être la vérité ; si notre liberté pouvait offenser le ministre des affaires ecclésiastiques et de l'instruction publique , nous lui répondrions par une de ses phrases, lorsqu'il était simple prêtre de Téglise Saint-Sulpice,plus applicable encore aux ministres qu'à tout autre : Notre devoir est de dire la vérité , le vôtre est de r entendre.

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JOUY

(VICTOR -JOSEPH- Etienne),

Né à Jouy en 1769 y département de Seine-et-Oise.

Pour t'introduire au bienheureux manoir Où les quarante ont de l'esprit pour quatre ; Bien te valut, en entrant au parloir, De dépouiller tout attirail folâtre , Habits mondains et clinquans de théâtre ; Robe d'ermite eut bien plus de pouvoir : Et maintenant, écoutez , gens du monde , Que tout ceci vous serve de leçon ; Avant d'entrer sous la coupole ronde , Connaissez bien les gens de la maison.

C'est Raynouard, auteur fort pathétique De Jeanne d'jàrc et de Caton d'Utique.

Puis vient Roger, dont les doigts assomans, Ont, comme histoire, écrit de plats romans. Frère Quélen , qui fait des mandemens, Puis frère Auger , grand faiseur de notices , Montmorency , qui chante les offices Et Frayssinous , peigné comme un bichon , Et Lacretelle , affublé d'un manchon j Or , maintenant , aux gens de cette sorte Voulez-vous plaire , et faire ouvrir leur porte, Présentez-vous coiffé d'un capuchon.

(Les Biographes. )

A p«me âgé de treize ans, M. de'"Jouy suivit, dans l'Amérique méridionale , le baron de

JOTIY.

Besner qui venait d'être nommé gouverneur de la Guyane française; il en retourna l'année suivante, et deux ans après il repartit encore de France , pour rejoindre aux Indes orientales le régiment de Luxembourg , où il servit plusieurs années, M. de Jouy quitta bientôt ce régiment pour se rendre sur la côte de Goromandel , et de là au Bengale , en qualité d'officier d'état-major attaché au gouvernement de Chandernagor. En 1790 , il revint en France , et entra , en qualité de capitaine dans le régiment de Colonel-Général infanterie , et fit la première campagne de la guerre de la révolution, comme aide-de-camp du lieutenant-général O' Moran ^ près duquel il fut grièvement blessé au combat de Bonsecours. Nommé adjudant-général , sur le champ de bataille de Furnes , il fut arrêté quelques jours après par les ordres du représentant du peuple Duquesnois , puis condamné à mort au tribunal révolutionnaire de Paris. Il échappa à l'échafaud par miracle , et se réfugia en Suisse , à Brecagerten. Il rentra en France après le 9 thermidor , reprit du service , et fut nommé chef d'état-major de l'armée sous Paris , commandée par le général Menou. Dans la journée du 2 prairial , il commandait un batail-

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Ion de jeunes gens qu'il avait formé lui-même ; au i3 vendémiaire, il fut arrêté et destitué pour être entré en conférence avec les députés des sections de Paris au camp du Trou-d'Enfer. Quinze jours après, remis en liberté, il fut envoyé à Lille pour commander la place ; mais à peine y était-il arrivé qu'il fut arrêté de nouveau et incarcéré ; on Taccusait d'entretenir des liaisons politiques avec lord Malmesburg , et d'être de connivence avec quelques membres du ministère anglais. L'accusation était absurde et fausse; elle tomba , faute de preuves, et M. de Jouy fut réintégré honorablement dans ses fonctions. Cette dernière persécution dégoûta M. de Jouy d'une carrière qu'il avait parcourue avec distinction; il demanda sa retraite et l'obtint. Le Directoire récompensa ses honorables services , par une pension supplémentaire. M. de Jouy était alors dans toute la vigueur de la jeunesse ; ses voyages , ses campagnes , les persécutions même qu'il avait éprouvées , tout avait servi à développer en lui les plus heureuses facultés de l'esprit ; il débuta dans la carrière littéraire, comme tant d'autres qui sont destinés à la parcourir un jour avec éclat, par des chansons et des vaudevilles ; et il prit bien-

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tôt un rang distingué parmi nos écrivains dramatiques , en livrant à la scène son opéra de la Vestale. Cette tragédie lyrique dont le brillant succès retentit encore, fut couronnée aux prix décennaux ; si le poète fut utile au musicien , il est juste aussi de dire que le musicien servit merveilleusement le succès du poète; le public partagea long-temps une égale admiration pour tous les deux , et l'on entendait dire souvent que le poëme valait la musique. La chose est mieux jugée aujourd'hui ; la partition de Spontini , à quelques défauts près , est regardée comme un chef-d'œuvre, et la tragédie de M. de Jouy comme un ouvrage du plus haut mérite sous le rapport de la composition dramatique , mais d'une poésie faible et qui cache cette faiblesse sous un coloris brillant ; ce qui n'empêche point que la Vestale soit le meilleur ouvrage lyrique qu'on ait vu au théâtre depuis Quinault. L'association de MM. Spontini et de Jouy avait été trop utile aux nobles plaisirs du public , pour que leurs talens réunis pussent priver long-temps le théâtre d un second chefd œuvre. Fernnnd Cortez parut. M. de Jouy se montra une seconde fois excellent ouvrier dramatique ; il était difficile de trouver un

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meilleur sujet, et de le présenter sous des formes plus ravissantes. La première scène de cet opéra ' , la plus belle qui soit au théâtre , excita le délire de l'enthousiasme. L'Académie impériale de musicpie était alors dans toute la pompe de sa gloire , et Paris dans Texaltation ; qu'on se rappelle ce tonnerre dapplaudissemens qui ébranla les voûtes de la salle, lorsque l'armée du héros espagnol fit entendre ce chant de victoire :

Marchons, suivons les pas du guerrier invincible, Cortèï va nous conduire à des succès nouveaux.

A la valeur il n'est rien d'impossible ,

Et l'univers appartient aux héros.

Quel moment était plus heureux pour dire de telles choses ! le grand peuple qui les applaudissait pouvait voir tous les jours en traversant le Carrousel, u vingt mille hommes des plus » belles et des plus braves troupes de l'Europe , » un état-major brillant de gloire et de jeunesse, » tout le luxe de la guerre au milieu des tro- )) phées de la victoire , et l'empereur à cheval , » commandant une armée de héros dont il était » à la fois le chef et le modèle \ »

• Aujourd'hui la dernière du deuxième acte. " M, de Jouy, ermite de la Ciiaussêe-d'Antiu.

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C'est ainsi que M. de Jouy nationahsait l'opéra français, et fournissait chaque soir au public l'occasion d'applaudir aux merveilles du présent; c'était le soldat républicain devenu poète qui exaltait encore, par ses vers , ses anciens compagnons d'armes.

M. de Jouy avait conçu , sans doute , dans l'Inde, le plan d'une tragédie de Tippoo-Saëb ; nous pensons que l'histoire de ce prince malheureux et brave , et victime de la perfidie anglaise , avait paru au jeune voyageur de nature à fournir le sujet d'un œuvre dramatique ; mais soit que le plan en eût été mal conçu, soit que la catastrophe qu'il retraçait fût trop récente , cette tragédie n'obtint qu'un faible succès , et ne se soutint pas. M. de Jouy était trop en fonds pour se laisser abattre ; il composa Bélisaire et VHéritiere^ comédie en cinq actes , que la censure arrêta sur les marches du Théâtre-Français ; et ensuite Sylla , pièce d'une conception forte , dont les caractères sont largement dessinés , et qui doit autant son brillant succès à ses beautés particulières qu'au talent sublime de Talma. Nous avons vu depuis Bélisaire qui s'est réconcilié avec la censure. Cette tragédie a obtenu un succès d'estime ; et au-

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jourd'hui le public montre pour elle une certaine indifférence. La tragédie de JuUen a été reçue à l'unanimité au Théâtre-Français, mais la censure lui a imposé son veto. Indépendamment des œuvres lyriques dont nous avons déjà parlé M de Jouy a composé encore les Jma^ zones , les Abencerrages et les Bayadères; mais ces opéras sont inférieurs à leurs aînés. L'auteur de la Vestale a travaillé aussi avec succès pour la scène de TOpéra-Comique et du Vaudeville.

Ce qui distingue le talent de M. de Jouy , comme poète dramatique , c'est une connaissance de la scène portée au plus haut degré ; M. de Jouy choisit toujours bien son sujet , il le présente toujours au public sous le côté le plus favorable aux effets de scène , et tire un parti merveilleux des situations. Il entre peut-être quelquefois dans ce faire une ombre de ce charlatanisme dramatique que Voltaire désignait par le nom à' attrape-parterre , mais il en résulte souvent aussi des beautés fortes, pleines de naturel et de vérité. La partie poétique est toujours la plus négligée ; Topera de la Vestale est plein de vers lâches , de tournures bizarres , de rimes parasites et de périphrases rimées.

JOUY. i5^

Les personnages y parlent rarement le langage de leur situation , et ils poussent le plus souvent un grand cri pour laisser échapper une idée des plus communes; heureusement leprestige de la musique , et la pompe de la scène dissimulent tous ces défauts ; cette appréciation peut également s'appliquer aux autres poëmes lyriques de M. de Jouy. Quant à la versification de ses tragédies^ elle est beaucoup plus soignée , mais elle annonce plutôt un habile faiseur de vers qu'un poète. Il a pourtant prouvé dans plusieurs scènes de Bélisaire et de Sjlla qu'il aurait pu atteindre à la majestueuse simplicité de la poésie tragique , si, vouant un culte exclusif à Melpomène, il n'eût pas été aussi souvent tenté de cultiver ses autres soeurs ; on n'excelle dans un genre aussi relevé que lorsqu'on s y adonne tout entier.

Doué d'une prodigieuse souplesse de talent, M. de Jouy, que nous avons vu parcourir avec succès les théâtres lyriques et tragiques , faisait souvent diversion à ses poétiques travaux , en insérant dans le feuilleton de l'an^ cienne Gazette de France des articles pleins d'esprit et d'originalité, et empreints d'un rare talent d'observation. Ces articles, signés XEr-

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mite de la Chaussée-d Ântin ^ ont été recueillis depuis en corps d'ouvrage , et présentent le tableau le plus piquant^ le plus vrai et le plus varié des moeurs parisiennes au comraencement de ce siècle. L'imtnense succès de ce recueil fit tressaillir de joie les libraires qui conseillèrent sans doute à M. de Jouy de donner une suite à ses tableaux de mœurs ; l'Ermite de la Chaussée-d'Antin avait été tué à la dernière page ; il ressuscita sous le nom de Franc^ Parleur y et ne parut pas avoir dégénéré du pseudonyme prédécesseur. C'était là que M. de Jouy aurait dû s'arrêter ; il avait assez fait pour sa réputation d'observateur; le titre d'Addisson français lui avait été décerné , et personne , hormis les Anglais, n'avait protesté en France contre cette glorieuse dénomination ; mais l'esprit de librairie l'emporta sur l'espri*^ littéraire. L'Ermite reprit son capuchon , il alla faire des observations dans les forêts de la Guyane, et parcourut ensuite , en dépit des statuts de l'ordre, toutes les provinces de la France. M. de Jouy était alors un des courageux rédacteurs de la Minerve y journal qui a emporté tant de regrets ; il y insérait, indépendamment d'autres écrits politiques , ses es-

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quisses sur les moeurs de province , que le libraire recueillait ensuite et ajoutait aux Ermites prédécesseurs. Le genre de ces derniers tableaux différait tout-à-fait du genre des premiers ; ce n'était plus ce brillant observateur de la Chaussée-d'Antin , ouvrant d'une main hardie les salons et les boudoirs , pour montrer le luxe et le plaisir sur le fait , c'était un philosophe austère pleurant sur les plaies récentes de la France , et dévoilant aux ennemis de la révolution les crimes récens des hommes monarchiques. D'un autre côté ces tableaux de province manquaient la plupart de couleur locale, et péchaient par où brillaient les premiers , et ce défaut était inévitable. M. de Jouy avait crayonné les premiers, ayant ses modèles sous les yeux, et il n'avait fait qu'arranger les seconds. Nul doute cependant que le mérite de ceux-ci eût égalé la perfection des autres , si l'observateur, s'arrachant aux délices de Paris n'eût pas choisi des procureurs fondés d'observations , et se fût transporté lui-même sur les lieux et parmi les hommes qu'il voulait peindre.

M. de Jouy a publié divers écrits politiques dans le genre sérieux et raisonné, entre autres

Go

JOUY

la Morale appliquée à la politique , et V Essai sur V industrie française. Il y a développé avec beaucoup de sagacité des vues utiles et quelquefois profondes ; il n'est pas douteux que son intention , en traitant ces matières , était de prouver aux électeurs constitutionnels ^ aux négocians et aux manufacturiers ^ que le poète et Termite était capable aussi de défendre les intérêts industriels à la tribune. Cette ambition était juste et louable ^ mais elle n'a jamais été récompensée par Tévénement.

Sans négliger des travaux plus importans, M. de Jouy a coopéré à la rédaction de plusieurs bons journaux politiques et littéraires , travail qui lui a occasioné bien des tracasseries judiciaires dont il est toujours sorti vainqueur. La condamnation qu'il a subie en i823 avec son honorable et savant ami M. Jay , condamnation qui nous procura les Ermites en prison et en liberté, fut le résultat d'une courageuse miprudence. Trois mots leur valurent un mois de prison.

M. de Jouy fut appelé à l'Académie française pour succéder à Parny, en i8i4 ; à cette époque il avait déjà beaucoup écrit et le fauteuil n'eut sur lui aucune influence ; car depuis

JOUY. ,g,

il a beaucoup plus écrit encore. Nous offrons avec plaisir à Messieurs ses confrères inpro^ ducteurs le tableau de ses ouvrages ; peut-être que les lauriers de Miltiade réveilleront quelques Thémistocles endormis.

i\ La Paix et F Amour, divertissement à l'occasion de la paix ; 2^ (avec Lonchamp ) la Fille en loterie, P Arbitre, Comment faire ? vaudevilles, 1798; 3\ (avec le même et Dieulafoy ) le Tableau des Sabines , le Vaudeville au Caire, vaudeville, 1799 ; 4». (avec Dieulafoy) V Intrigue dans les caves, vaudeville, 1799: 5°. (avec Année et Gersin) le Carrosse espa^ gnol, vaudeville ; 6^ (avec Dieulafoy) M/ton, opéra comique, i8o5 ; 70. la Vestale, grand opéra en 3 actes, 1810 ; 8°. les Baja^ dères , grand opéra en 3 actes , 181 1 ; 90. /^^ Amazones, grand opéra en 3 actes ; io«. Tip^ poo^Saèb, tragédie en 5 actes , i8i3; 1 1\ les Abencerrages , grand opéra en 3 actes, i8i3; 12». Fernand Cortez , grand opéra en 3 actes ' i8i3 ; I3^ ZirphUe et Fleur de myrte (avec M. Lefèvre ) opéra féerie en 2 actes , 1814 ' 14°. Bélisaire, tragédie qui parut imprimée avec une préface ( 1820) , et qui n'a été jouée qu'en 1824 ; i5-. V Homme aux convenances,

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comédie en un acte et en vers, représentée aii Théâtre-Français; 16°. PAs>ide héritier y comédie en 5 actes et en prose (à l'Odéon); 17°. M. Deaujils ou la conversation faite d'avance , comédie en un acte et en prose ( à FOdéon ) ; î8**. le Mariage de M, Beaufds^ comédie en un acteet en prose(àrOdéon); 19°. Sflla, tragédie en 5 actes, 1821 ; 20'. F Ermite de la ChausséedAntin ou Observations sur les mœurs fran^ çaises au 19\ siècle, 5 vol. in-12 , i8l5; 2.1°. le Franc- Parleur y 2 vol. in-12 , i8i5 ; 22°. r Ermite de la Guyane y 3 vol. in-12, 181 6; 23°. r Ermite en province , 3 vol. in-12, 1820 ; 24°. Morale appliquée à la politique y 2 vol. in-8**. , Paris, 1822 ; 26°. Essai sur t industrie française y i vol. in-12, 1821 ; 26°. (avec M. Jay) les Ermites en prison et en liberté y 2 vol., 1823.

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LAGRETELLE

( CHARLES de),

Né a Metz.

Ram est concordùi fratrum.

C'est le cri qu'on répète en famille depuis Adam jusqu'à M. Lacretelle. L'Académie a perdu , il y a quelques années , un membre de ce nom, qui joignait au plus noble caractère le talent le plus remarquable ; c'est M. Lacretelle aîné, qui n'a laissé à son frère que son nom. M. Lacretelle, qu'on appelle jeune depuis cinquante ans , historien sans philosophie, écrivain sans profondeur, et censeur sans pitié , fut nommé membre de l'Académie après la mort d'Esmenard, le 22 août 181 1 , le même

igA LACRETELLB.

jour que M. Etienne fut appelé à remplacer Laujon. M. Lacretelle se présenta au fauteuil, son histoire du dix-huitième siècle à la main , non pas telle que nous la lisons aujourd'hui, mais toute empreinte de l'esprit philosophique de Fépoque. Son discours de réception ne fut remarquable que par sa péroraison. « Les » merveilles du temps présent , dit - il , ont » ennobli les temps reculés de la monarchie

» française ; Fentreprise impo-

)) santé qu'avait conçue M. Esmenard ne sera i) point abandonnée ; d'autres poètes viendront » après lui observer ce long sillon de gloire , )) qu'un héros a tracé depuis Montenotte jus- » qu'à Léoben. Ils chanteront les campagnes » d'Italie , qui furent le premier gage de notre » salut, et le commencement de nos grandes )) destinées ; d'autres chercheront à retracer » les exploits dont les bords du Nil, du Jour- » dain , de l'Elbe , de l'Oder , du Danube et )) de la Vistule , montrent d'éclatans témoi- » gnages. Une moisson non moins riche attend )) ceux qui exposeront les travaux bienfaisans , » les lois , les institutions , les ouvrages im- » mortels de Napoléon-le-Grand. Les gens de » lettres reçoivent autant d'inspirations que

LACRETELLE. l65

» de bienfaits sous le règne d'un monarque » qui a créé plus de monumens qu'Auguste , » dans le temps où il remportait plus de vic- » toires que Jules-Cesar. w

Sous le ministère de Savary, M. Lacretelle jeune fut nommé censeur impérial, et s'installa , en cette qualité , au ministère de la police, dans la division de la police littéraire, dont M. Lemontey était le chef. On voit avec plaisir que ces deux académiciens se sont fait déclarer inamovibles dans cette place si honorable , et qu'ils la transmettront probablement à leurs enfans , ce qui assure à la France une belle génération de censeurs. On a souvent vu M. Lacretelle jeune applaudir dans l'Académie , avec transport , à la lecture de certains ouvrages qu'il a mutilés ensuite à son tribunal : on demande maintenant si un homme qui a montré dans sa vie, dans ses opinions et dans Ses actions , une flexibilité aussi scandaleuse , mérite quelque estime comme historien? Quant à nous, nous pensons que l'histoire perdrait toute gravité et toute considération du jour où elle tomberait sous la plume d'un écrivain sans conviction et sans fixité politique, et d'un censeur. Aussi lit - on les diverses histoires de

'66 ^ LACRETKLLE.

M. Lacretelle comme on lit des romans bien . écrits. Quant à l'histoire de rassemblée constituante, elle ne peut exciter que le dégoût; le censeur s'y est montré détracteur archarné de tout ce que la France vit d^hommes héroïques aux jours de sa régénération 5 du reste, ce long pamphlet ne peut rien contre la mémoire de ces hommes : il ne souillerait que le nom de rhistorien , si son œuvre allait à la postérité. M. Lacretelle jeune professe l'histoire au Collège de France, et donne des supplémens à son cours, au café Valois, au Palais^Royal.

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