LACRETELLE
Qui ne connaît le vieux café Valois ? Du côté droit c'est une succursale , On y détruit les chartes et les lois : Un tabouret , au milieu de la salle, Sert de tribune : on recueille les voix ; On y soutient, comme à la cathédrale.
Que Léon X peut déposer les rois ; Que le bon temps du vieux peuple Françoi* Était le temps où les seigneurs courtois Emprisonnaient, dans la tour féodale.
Le serf jaloux et la jeune vassale.
Temps de vertus et de galans exploits , Qu'a célébré Marchangy le gaulois.
Or, il advint qu'un intrus débonnaire S'assit , un jour , dans ce noble café ;
Il remarqua , de son banc solitaire ,
Un vieux Monsieur par la foule étouffé ,
Un de ces saints tels qu'on en voit en chaire ,
Devers Madrid , les jours d'auto-da-fé.
L'homme pieux vouait à l'anathême
Ces vieux martyrs, dont le sanglant baptême
Purifia nos jours de liberté;
Au tribunal chacun était cité ,
Et l'orateur, quittant la calomnie ,
Fort applaudi par le cercle mondain ,
Prenait parfois un petit air badin ,
Et s'abaissait jusques ù l'ironie.
Il fallait voir de quel air de gaîté
On accueillait son épigramme attique ,
Quand il raillait ce héros d'Amérique ,
Qu'un peuple entier dans ses bras a porté.
Lors l'inconnu , d'un saut quitte sa place , Et du discours il interrompt le fil.
—Quand vous tenez ce langage , dit-il , Jamais affront n'a rougi votre face ?
—Jamais, Monsieur, on est libre, je crois.
De professer ce qu'on pense ?— Oui , sans doute; J'ai remarqué , depuis qu'on vous écoute ,
Que vous usez largement de vos droits.
Mais de quel front , sur les places publiques,
Déclamez-vous ces basses philippiques ?
Vous abusez de l'esprit de la loi ;
Laissez ce soin et cet indigne rôle
A Lacretelle , historien sans fpi.
— En ce cas donc , laissez-moi la parole ,
Car , ce monsieur Lacretelle c'est moi.
(L?s Biographes.)
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(jEAN-GÉRARD de),
Comte de Cessac ,
Ne' à Massas, près d'Agen, en 1762,
Qu'y a-t-ii de commun entre vous et moi ?*
( ÉvAKGv)
Il entra dé bonne heure au service dans le régiment de Dauphin • à Fépoque de la révolu^ tion , il se déclara partisan des nouveaux principes et fut nommé procureur-syndic du département du Lot. A l'Assemblée législative , il se rangea dans le parti modéré et s'oc-^ cupa principalement des affaires de la guerre. En décembre 1791^ il chercha à arrêter Tin-
lluence des adresses contre les prêtres insermentés et présida TAssemblée au mois d'avril de Tannée suivante ; il se prononça énergiquement contre Dumouriez et embarrassa étrangement les partisans de ce général par ce dilemne : a Ou Dumouriez savait Fétat de nos » armées et de nos places quand il a précipité » la guerre j et alors c'est un traître ; ou il l'i- » gnorait, et c'est un ministre incapable. )>
M. de Lacuée ne fut pas réélu à la Convention et il passa alors dans les bureaux de la guerre. Il fut porté sur la liste des candidats qui aspiraient à remplacer M. Servan ; on voulut l'en faire effacer comme ayant toujours voté ai^ec peu de patriotisme à la législative ; mais Vergniaud s'opposa à cette mesure et le fit maintenir candidat. A l'époque la plus orageuse de notre révolution ( 1793 ), Baudot l'accusa de participer à la rébellion des autorités de Toulon, où il paraît qu'il se trouvait. M. de Lacuée eut le bonheur d'échapper à cette dangereuse dénonciation et de survivre aux proscriptions de cette sanglante époque.
Il fut nommé au conseil des Anciens en 1795, et y remplit successivement les fonctions de
secrétaire et de président ; il contribua à l'adoption de diverses lois sur l'embauchage ^ sur la désertion, sur les pensions qui se multipliaient a l'excès, sur la rentrée des impositions, enfin sur les rentiers; combattit l'établissement du droit de passe et vota en faveur de l'impôt sur le sel.
En 1797, époque de la plus violente scission entre le Directoire et les Conseils , il était membre de la commission des inspecteurs ; mais quoiqu'il ne fut pas compté parmi les députés directoriaux et qu'il fût très-lié avec Carnot, il ne se trouva pas frappé dans la défaite du parti contraire ; et après la journée du 18 fructidor , il eut le courage de parler en faveur de ce même Carnot.
Du conseil des Anciens, M. de Lacuée passa à celui des Cinq-Cents, où il s'occupa de divers travaux sur les finances , sur la guerre et notamment sur la levée des conscrits. Après la révolution du 18 brumaire , à laquelle il avait coopéré, il fut nommé conseiller -d'État et membre de l'Institut. Le premier consul le chargea de présenter au Corps législatif plusieurs projets d'organisation militaire qu'il défendit a la tribune. En 1800, le portefeuille
de la guerre lui fut confié par iniér'un ; et en 1801 , après le départ du général Brune , pour l'ambassade de Constantinople, il le remplaça , comme président de la section de la guerre, au Conseil d'État.
M. de Lacuée fut nommé, en 1804 , gouverneur de l'École Polytechnique , et décoré en même temps de la croix de grand-officier de la Légion-d'Honneur. La même année , il se rendit auprès de Pie VII , alors à Fontainebleau, et en fut accueilli. Il demanda , en janvier i8o5, au Corps législatif, la levée de la conscription de cette année. En mars 1806, il proposa une loi sur les délits commis contre les établissemens militaires. Cette même année on le créa directeur général des revues et de la conscription. Le i5 novembre 1807 , il fut nommé ministre d'État, comme président du conseil de la guerre, par intérim; et enfin , en 1810, il devint ministre directeur de Tadministration de la guerre , par la démission du comte Dejean , et conserva cette place jusqu'à la chute du gouvernement impérial. Il avait été créé comte de Cessac , quelques années auparavant.
On a reproché à M. de Lacuée d'avoir été
l'un des apologistes les plus exagérés du système militaire de Napoléon, et d'avoir exécuté, avec la plus extrême rigueur, les lois sur le recrutement. Cette inculpation lui a été adressée principalement par ces hommes qu'on a vus toujours prosternés devant Tidole du moment.
Si ce reproche n'est pas dénué de tout fondement, il est aussi de notre justice de faire remarquer, que depuis i8i4, après avoir été admis à la retraite , M. de Lacuée s'est abstenu toul-à-fait des affaires publiques , et n^a pas cru devoir suivre les chances de fortune et de disgrâce si communes aux grands fonctionnaires de cette époque.
On a de lui différens ouvrages sur divers sujets relatifs à ses travaux politiques ou militaires : le Guide des officiers particuliers en campagne, 2 vol. in-8°. ; Projet de constitution pour r armée des Français, in-8\ , et un Militaire aux Français, Il a fait insérer aussi des mémoires dans ceux de l'Institut , et a rédigé la partie militaire de V Encyclopédie méthodique.
C'est avec peine que nous ne pouvons rapporter, en faveur de M. de Lacuée, de vrais
titres à sa qualité d'académicien ; ses ouvrages méritent sans doute une distinction flatteuse , mais certainement ils sont tout-à-fait étrangers à la deuxième classe de l'Institut.
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(joseph-henri-joachim-hostein),
Né à Bordeaux, le ii Novembre 1767.
Et souloit comparer la parole à une espée , et mettoit en doubte s'il estoit besoing monstrer plus bravoure au Sénat et aux Rostres, que non pas soubs la tente , et en bataille rangiée.
(Plutarque.)
A peine âgé de ii2 ans, à Tépoque de la révolution , il en adopta les principes avec beaucoup d'ardeur. Membre déjà distingué du barreau, à cette époque, ses talens oratoires fixèrent sur lui les regards du gouvernement de 93, qui le nomma aux fonctions d'administrateur, pour la partie des subsistances, du district de la Réole, nom fameux par la con-
LAiNÉ. ' 1^5
damnation des infortunés frères Faucher dans des temps plus récens.
M. Laine n'avaitpointsuivi, après le 3i mai, le parti de la Gironde j ses pz^incipes et même son costume , signe dis tinctif alors des opinions, le plaçaient dans les rangs opposés.
Ses talens et ses brillans succès au barreau de Bordeaux , le firent élire par le département de la Gironde , député au Corps législatif. Dans cette assemblée de muets, M. Laine trouva pourtant les moyens de se faire remarquer par son opiniâtre opposition au système des confiscations que le gouvernement voulait introduire dans les codes criminel et correctionnel. Ce fut en vain qu'il fit la demande d'un comité secret où il pût démontrer l'injustice de cette barbare législation ; le Corps législatif vota contre le comité secret et se contenta d'enregistrer les volontés du Gouvernement.
Nonobstant l'éclat de cette démarche et d'une opposition alors peu commune , l'Empereur donna à M. Laine la croix de la Légion-d'Honneur , et le nouveau chevaUer prononça le serment de fidélité voulu parles statuts de l'ordre, pendant que , selon des bruits alors répandus , il se liait par d'autres sermens avec la dynastie
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des Bourbons et le gouvernement anglais. Cette simultanéité de sermens contraires, si elle était prouvée, donnerait une fâcheuse idée de la loyauté et du caractère politique de M. Laine.
Cependant les doutes sur les engagemens pris par ce député avec l'Angleterre, acquirent plus de consistance, lorsqu'en i8i 3 Napoléon s'écria dans sa réponse au fameux rapport du Corps législatif : « Le nommé Laine est un traître vendu et soudoyé par l'Angleterre , par l'intermédiaire de l'avocat Desèze , je le sais , fen ai la preuve, »
Cette sortie avait été provoquée par le passage suivant du rapport : d Qui donc nous priverait des bienfaits de la paix? A une époque pareille à celle où nous vivons, la puissance de l'empire se déploierait plus vigoureusement encore , en resserrant les liens qui unissent la nation et son souverain. Des assurances en forme de proclamation seraient un moyen d'imposer silence aux reproches de l'ennemi , au sujet de la soif des conquêtes et d'une puissance colossale, elles tranquilliseraient le peuple.... Toutefois les noms de paix et de patrie ne seraient qu'un vain son, tant que les hommes ne peuvent assurer les limites constitution-
LAINÉ. '\nn
nellesdont dépendent tous les bienfaits de l'une et de l'autre. Votre Comjnission regarde donc comme un devoir impérieux, tandis que le Gouvernement adopte les mesures les plus promptes pour la défense de l'État , de supplier sa majesté de maintenir l'exécution pleine et entière des lois qui assurent aux Français les droits de la liberté personnelle et la sûreté des propriétés , ainsi que le libre développement de leurs droits politiques. »
Napoléon pensa que ces demandes étaient intempestives et que le moment de se défendre contre les ennemis de la France , n'était pas celui d'y exciter des dissensions intestines ; le Corps législatif fut ajourné.
M. Laine , retourné à Bordeaux après cet ajournement, resta dans la nullité jusqu'à l'époque du 12 mars 1814. Après cette journée, à laquelle il ne prit pourtant aucune part apparente, le duc d'Angouléme le nomma préfet de Bordeaux, fonction que M. Laine hésita d'abord à accepter, alléguant que le titulaire légal n'avait pas donné sa démission , mais dont il se chargea enfin provisoirement.
Lorsque le Corps législatif eut échangé son nom contre celui de Chambre des Députés,
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M. Laine alla reprendre le fauteuil qu'il ne quitta qu'une fois pour combattre a la tribune un amendement qui attaquait la validité de la vente des biens nationaux et infirmait les promesses royales et les dispositions de la Charte. Il ne prit plus la parole , dans cette session , que pour prononcer le discours de clôture.
L'ouverture des chambres devait avoir lieu au mois de mai 181 5, lorsque les mesures nécessitées par le débarquement de Napoléon, firent convoquer extraordinairement l'Assemblée par une ordonnance du 6 mars ; elle s'ouvrit le 1 1 , mais M. Laine, qui la présidait, n'eut que le temps de prononcer, à la séance du 16 à laquelle Louis XVIII assistait, un discours dans lequel il engageait les hommes de tous les partis à oublier leurs ressentimens , et à réunir leurs efforts contre l'ennemi.
Mais ces ressentimens étaient trop profondément gravés dans le cœur de beaucoup de Français. Napoléon arriva aux Tuileries, et M. Laine partit pour Bordeaux.
De cette ville il lança une protestation contre la dissolution de la Chambre et contre les décrets de Napoléon , déliant tous les Français du devoir de payer les impôts et de marcher
LAINE. Ifjg
contre les alliés. M. Laine s'indignait dans un post-scriptum , de ce que le ministre de la police lui avait fait annoncer qu'il pouvait rester à Bordeaux et continuer à exercer sa profession. « Celui , disait-il , qui a été honoré de la qualité de chef des représentans de la France , aspire à l'honneur d'être , dans son pays , la première victime de l'ennemi du Roi , de la patrie et de la liberté , si (ce qui n'arrivera pas) il était réduit a l'impuissance de contribuer à la défendre. »
Cependant, malgré ces protestations énergiques, M. Laine ne fut victime ni de la patrie^ ni de la liberté. Aussitôt que la duchesse d'Angoulême eut quitté Bordeaux , et que le général Clausel y fut entré , il s'embarqua pour l'Angleterre et la Hollande , d'où il vint , après le retour du Roi , reprendre la présidence de la Chambre des Députés. Il fut alors nommé membre d'une commission d'enquête , chargée d'examiner les inculpations élevées contre MM. MoUien et Gandin , ex-ministres des finances et du trésor, et celles dirigées contre MM. Perregaut-Laffitte et Ouvrard , à raison du dépôt de i,5oo,ooo francs fait par eux à la Banque de France.
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En 181G, le collège électoral de la Gironde, présidé par M^'. le duc d'Angouléme, nomma de nouveau M. Laine a la députation. Dans cette mémorable session de la chambre introuvable, qu'il fut de nouveau appelé à présider, il quitta souvent le fauteuil pour combattre , à la tribune, les manoeuvres contre-révolutionnaires des partisans du nouveau projet de loi d'élection.
Ses efforts furent couronnés du succès, et le projet ayant été amendé par la Chambre des Pairs , fut renvoyé à celle des Députés et soumis à un nouveau rapport et un nouveau scrutin. M. Laine avait, dans Tintervalle, publié son opinion sur le renoitvellement de la Chambre par cinquième, suivant le texte de la Charte , tandis que le parti opposé a la constitution le demandait intégral.
Ce fut au milieu des débats animés de ce projet, que M. Laine, ayant reçu un démenti brutal de M. Forbin-des-Issarts , quitta surle-champ la Chambre, et annonça que sa santé ne lui permettait pas de continuer de la présider. Cependant il reparut le lendemain sur son fauteuil, muni d'une lettre du duc de Richelieu qui \q priait y au nom du Roi , et au besoin
lui ordonnait de reprendre ses fonctions. Sa présidence fut extrêmement pénible , ayant continuellement a lutter contre une majorité hostile et désorganisatrice. -
Le 7 mai 1816, Louis XVIII confia à M. Lainé le ministère de Tintérieur, et associa son nom à la mémorable ordonnance du 5 septembre, portant dissolution de la Chambre de 181 5, et abrogation d'un acte précédent du trône , qui autorisait la révision de quelques articles de la Charte.
M. Laine , qui avait été incorporé dans l'Académie française par l'ordonnance de 18 16, sans autres titres que ses opinions politiques et ses discours , fut nommé , le 4 octobre , son président pour le trimestre.
Les célèbres débats de la session de 181 G offrirent à M. Laine l'occasion de faire un éclatant usage de son éloquence et de sa puissante logique. Il défendit victorieusement , comme député, le projet de loi sur la composition des ' collèges électoraux , attaqué par d'habiles adversaires.
Lors de l'odieuse et barbare proposition de M. Clausel de Coussergue , tendante à priver les réfugiés espagnols du morceau de pain que
la France leur donnait ^ M. Laine , pénétré d'indignation ^ monta à la tribune et exprima ainsi ses généreux sentimens : « Ce n'est pas la » première fois que de tels articles parent les )) budjets des rois de France. Dans un compte )) mémorable ^ imprimé en 1788 , on voit figu- » rer des secours donnés à deux espèces de » réfugiés , dont l'une , sous une monarchie ^ )) semblait ne pas mériter un égal intérêt. Un » sentiment, plus doux encore que la bienfai- )) sance , s'oppose h la radiation d'un article )) maintenu par l'humanité. Les rois, qu'on a )) justement comparés à des pères de famille » quelquefois irrités , comme eux ferment l'en- » trée de leurs pays à des enfans égarés ; au » fond du cœur , ils ne sont pas fâchés que des » parens ou des voisins recueillent ces fugitifs , )) pour les leur rendre au jour de la miséri- )) corde. »
Comment a-t-il pu se faire qu'après la manifestation de sentimens aussi nobles et aussi généreux, M. Laine ait pu s'oublier jusqu'au point de se mêler dans les rangs de ceux qu'il avait si glorieusement combattus ; et pourtant nous voici arrivés à cette époque de sa vie , où son alliance avec les hommes de la contre-
LAINE. l83
révolution ternit son honorable conduite en,
Ce fut le 28 décembre 18 18, époque à laquelle ses intrigues avec la turbulente faction foudroyée par l'ordonnance du 5 septembre , lui firent ôter le portefeuille , que M. Laine se réunit définitivement à elle ; il lui avait déjà donné des gages en se prononçant pour les modifications à la loi des élections , proposées par M. le marquis Barthélémy. Depuis lors , M. Laine vota constamment avec le côté droit; il opposa les argumens captieux , les sophismes , les paradoxes, à la logique forte et entraînante qui le distinguait auparavant.
Cependant , par un dernier élan de ses opinions quelquefois saines et généreuses , il se déclara, en 1828, contre cette malheureuse guerre d'Espagne , qui , au lieu de procurer à ce pays la paix et l'union , lui apporta la servitude et la misère. Depuis lors , M. Laine est rentré dans l'obscurité ; il n'a pas même été nommé à cette Chambre des Députés , qui retraça naguères si fidèlement l'image de la Chambre introuvable de 181 5.
Cet ex -ministre, quoiqu'ayant paru, par l'effet des circonstances , seconder le parti
LAlNÉ
libéral , est cependant , par ses opinions personnelles , porté vers les idées anciennes et féodales. Souvent on Ta entendu regretter que le hasard de la naissance ne l'eût pas placé dans les rangs de l'aristocratie. Ses takns , comme orateur, sont incontestables ; il a toujours été porté vers cette haute éloquence , le plus souvent inconnue au barreau. On le voyait, dans sa jeunesse, abandonner les ennuyeuses discussions sur les murs mitoyens et les servitudes , pour se nourrir de la lecture des belles harangues dePitt, Fox, Grey, Shéridan et Grenville, tandis que son successeur a la présidence;, Taccommodant M. Raves, se livrait à toute la crudité du droit.
On trouve, dans ses discours , de la chaleur et de l'élévation , défigurées pourtant quelquefois par la prétention et l'emphase. Son langage, quoique souvent incorrect , est énergique et entraînant; il se sert avec autorité de la parole , et il convainc et pénètre , parce que toujours il s'annonce avec l'accent de la conviction. Ses discours sont, comme nous l'avons déjà dit, les seuls titres qu'il pût fournir de sa nomination a l'Académie , s'il n'avait encore a citer l'ordonnance de 181G. Aussi, est-ce en
KAJNË. i85
vain que l'on chercherait dans les recueils de l'Institut, des traces de ses travaux académiques. M. Laine a toujours été aussi nul dans la république des lettres qu'd l'est depuis quelques années sur la scène politique.
M. Laine est remarquable parmi les nombreux orateurs de son pays , en ce qu'il n'a conservé aucune trace de l'accent natal ; et pourtant on ne peut certainement pas l'accuser de n'être pas gascon.
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(trophime-gérard, marquis de) ,
^é à Paris en ijSi.
Viens mon fils , viens , mon sang , viens réparer ma honte ,
(Le GiD.)
Viens me venger
Fils naturel du célèbre Lally , il fut élevé au collège d'Harcourt, sous le nom de Tropliime, et y obtint de brillans succès dans ses études.
Lorsque l'acharnement des ennemis de son père eut obtenu son supplice en réparation de ses exactions et de ses cruautés dans l'Inde, le jeune Lally apprit en même temps le secret de sa naissance et la sanglante catastrophe qui menaçait l'auteur de ses jours. (( Instruit de
» mon sort, dit-il lui-même dans un de ses mé- » moires , lorsqu'il m'importait le plus de l'i- » gnorer, je n'ai appris le nom de ma mère » que plus de quatre ans après l'avoir perdue ; » celui de mon père, qu'un jour, un seul jour )) avant de le perdre. J'ai couru pour lui por- )) ter mon dernier hommage et mon éternel » adieu, pour lui faire entendre au moins la » voix d'un fils parmi les cris de ses bour- )) reaux , pour l'embrasser du moins sur l'é- )) chafaud , où il allait périr , et peut - être )^ aurais-je eu le bonheur d'y périr avec lui. » J'ai couru vainement. On avait craint la clé- » mence , ou plutôt la justice du souverain.
» On avait hâté l'instant Je n'ai plus trouvé
» mon père; je n'ai vu que la trace de son » sang. »
A peine sorti du collège , le jeune Lally fit retentir les tribunaux de ses réclamations; il y mit tous ses soins , il n'était préoccupé que de la grande et noble idée pour un fils , de faire réhabiliter la mémoire de son père. Voltaire , dont le nom se retrouve toutes les fois qu'il s'agit de réformer une grande injustice , l'appuya de son talent et de son influence. Déjà quatre arrêts du Conseil avaient ©tissé
'^^ î-Vf.LY-TOLLENDAL.
les sanglans jugemeiis des pailemens, lorsque la révolution arriva et empêcha la dernière et définitive décision de l'affaire .
L'opinion publique s'était, du reste, prononcée pour la justice de la cause , et Farrêt était superflu. Voltaire, à son lit de mort, apprenant le premier arrêt, se ranima un instant, et écrivit à M. Lally le billet suivant : (c Le mourant ressuscite en apprenant cette » grande nouvelle. Il embrasse bien tendre- » ment M. de Lally; il voit que le roi est le dé- » fenseur de la justice , il mourra content. » Le 26 mai 1778. » Ce grand homme expira quatre jours après.
La piété filiale de M. de Lally fut récompensée à cette époque par la charge de grandbailli d'Étampes , et peu de temps après , ses talens et l'éclat de sa défense dans les tribunaux attirèrent sur lui l'attention de la noblesse de Paris , qui le nomma député aux états-généraux.
Partisan des réformes devenues indispensables , admirateur du mécanisme du gouvernement anglais, et passionné pour les systèmes de Necker , il se prononça dans cette assemblée pour la monarchie tempérée , et se réunit,
le 25 juin , aux communes , avec la minorité de la noblesse.
Sa conduite dans l'Assemblée fut noble et digne d'un ami de la liberté; il fit déclarer que la dette publique était sous la sauvegarde de l'honneur et de la loyauté française. Il fit partie de la députation envoyée pour calmer le peuple de Paris , auquel il dit (( que TAssem- » blée avait dessillé les yeux du roi, que la » calomnie avait voulu aveugler. » Deux jours après , lorsque Louis XVI se rendit à Tllôtelde-Ville, il adressa un nouveau discours au peuple, que la malignité publique appela la parodie de Yecce homo. Il commençait , en elfet, par ces mots : a Le voilà, le voilà ce roi » que vos cœurs appelaient ; le voilà ce roi » qui vous a rendu vos assemblées nationales , » et qui vient d'affermir vos libertés sur des » bases inébranlables, parce qu'il n'a voulu » être gardé que par l'amour de son peuple. )) Indépendamment de la plaisanterie dont il fut l'objet, ce discours fut encore généralement blâmé par les hommes sages de l'époque.
M. de Lally ne tarda ^)as à fournir une plus ample matière à la critique, en abandonnant la cause populaire pour celle de la cour. Il
Il ''
attaqua indirectement Mirabeau , en lui adressant ces paroles accusatrices : « On peut avoir » de l'esprit , de grandes idées ^ et être un )) tyran. » Ces invectives contre un des plus ardens apôtres de la liberté, furent accueillies alors par des murmures presque universels.
Un discours qu'il prononça sur la division des pouvoirs, ^^^ ^9 août, lui attira davantage l'animadversion générale. En sa qualité de rapporteur du Comité de constitution , il essaya d'abord de faire adopter par l'Assemblée un système de gouvernement, basé sur celui qui régit l'Angleterre et conforme à celui établi par la Charte actuelle. Il proposait une chambre de pairs nobles et une chambre de représentans. Ce projet ayant été rejeté , il en présenta un autre avec Mounier , Bergasse et l'archevêque de Bordeaux, d'après lequel on aurait formé un sénat et une chambre de députés; pour être membre du sénat, une fortune peu considérable aurait suffi. Ce fut après ce second essai aristocratique que le Comité de constitution fut dissous et qu'un autre fut nommé à sa place , qui rédigea la constitutipn de
M. de Lally se montra partisan de l'égalité;
LALLY-TOLLENDAL. igi
il proposa dans la séance du 20 août cet amendement, qui depuis a été la base des droits du citoyen en France : que tous étaient admissibles aux emplois , saiis autre distinction que les talens et la vertu : cet article fut voté au milieu des acclamations universelles. Mais par une déplorable conséquence de son caractère porté aux demi-moyens , M. de Lally votait en même temps pour le veto absolu , qu'il soutenait de toute la force de son éloquence, et il se plaignait de la trop grande extension donnée aux concessions faites le 4 août par les deux premiers ordres.
Enfin , après les journées des 5 et 6 octobre, M. de Lally, croyant la monarchie perdue , abandonna son poste, et oubliant sa' patrie et son mandat , il se retira en Suisse avec son ami M. Mounier. C'est de là qu'il écrivit son ouvrage intitulé : Quintus Capitolinus aux Romains , critique détaillée des opérations les plus sages de l'Assemblée, dans lequel il blâme même la mesure célèbre de l'anéantissement de la noblesse et des privilèges.
Cependant M. de Lally rentra en France en 179^ et aida MM. de Montmorin, Moleville et Malouet dans les mesures qu'ils prenaient
pour arrêter la inarche rapide de la démocratie. Il se prononça même pour un parti vigoureux j tenta de séduire le général Lafayette , mais il ne retira aucun fruit de ses intrigues ^ et fut incarcéré après le 10 août.
Echappé aux massacres de septembre , il ne sortit de l'abbaye que pour se rendre en Angleterre , où une faible pension du Gouvernement fut son unique ressource. Le procès de Louis XVI réveilla sonz èle; il écrivit à la Convention pour s'offrir comme défenseur de ce prince, mais la Convention ne lui répondit pas. Il publia alors le plaidoyer qu'il avait préparé pour cette cause célèbre.
Peu de temps après il écrivit une défense des émigrés , mais en faisant , toutefois , la sage distinction de ceux qui avaient couru d'euxmêmes hors de la France , et de ceux que la force seule avait jetés sur la terre étrangère.
Rentré lui-même sur le sol de la patrie après le 18 brumaire, il se fixa à Bordeaux jusqu'en i8o5, époque à laquelle il vint présenter ses hommages au pape, alors à Paris pour consacrer l'élévation de Napoléon sur le trône.
Le pontife lui fit un accueil favorable, motivé sans doute par les lettres qu'il avait pu-
LALLY-TOLLENDAL. IgS
bliées sur le concordat, dans lesquelles on lisait :
« Celui à qui toute force a été donnée pour
» pacifier le monde , à qui tout pouvoir a été
V» confié pour restaurer la France , a dit au
» prince des apôtres , comme autrefois Cyrus :
)) Jeho vah , le Dieu du ciel , m'a livré le royau-
» me de la terre , et il m'a commis pour re-
» lever son temple. Allez , montez sur la
» montagne sainte de Jérusalem , rebâtissez le
» temple de Jeho vah. » On voit que M. de
Lally a payé aussi son petit tribut à Bonaparte
dans son pathos biblique.
Livré depuis aux loisirs de la vie privée , M. de Lally n'interrompit un moment son silence qu'en 1811 , pour écrire aux rédacteurs du Journal de l'Empire , une lettre, en réponse à un article de cette feuille , où il croyait voir une attaque dirigée contre la mémoire de son père.
Aux jours de la première restauration il reparut sur la scène politique, et il s'y lança de nouveau avec d'autant plus de plaisir qu'il vit enfin ses anciens systèmes de gouvernement adoptés par la Charte. Louis XVIII le nomma membre de son conseil privé. Ce fut en cette qualité qu'il suivit le roi à Gand , qu'il y con-
IqA lally-tollendal.
courut à la rédaction du Courrier universel , et
qu'il travailla au manifeste du roi à la nation
française.
A son retour en France , désigné pour présider le collège électoral de l'Hérault , il ne put se rendre a son poste, par l'affaiblissement de sa santé 5 mais il écrivit une lettre aux électeurs , pour les engager à faire des choix propres à consolider un gouvernement à la fois ferme , modéré , royaliste et national , et pour leur rappeler les anciens états du Lan-^ guedoc , « dignes même aujourd'hui , disait-il » dans la lettre , de fournir des exemples à » l'administration la plus éclairée. »
Élevé à la pairie en 1816, M- de Lally vit se rouvrir devant lui la carrière de l'éloquence délibérative ; il vota en sa nouvelle qualité pour la loi d'amnistie , et prit texte des paroles de Tordonnance pour faire une dissertation sur son sujet favori, la dissolution des trois pouvoirs. Il demanda avec M. Desèze qu'un deuil général fût observé le 21 janvier; et dans la discussion sur la loi des élections , il ne se prononça ni pour les minisires m pour l'opposition , mais seulement pour le renouvellement par cinquième.