SUPPLEMENT
(ANTOINE -Vincent),
Né h Paris , en 1 776.
L'Académk en corps a beau le censurer.
Le public réToUé se plaît à Fadmirer.
BoiLBAU.
M. Villemain a publie, il y a quelques jours, un romao intitulé Lascaris , dont la scène se passe en Grèce. Le cadre était favorable aux développemens des sentimens généreux, et 1 auteur a donné libre carrière à ces sentimens qui sont dans son cœur, mais qu'une prudence trop méticuleuse cùm« prime si souvent.
M* Arnault fit de brillantes études au collège de Juilly , entra , comme secrétaire , dans la maison de madame la comtesse de Provence, et débuta sous les auspices de cette princesse et de son royal époux ( depuis
Louis XVIIl), dans la carrière poétique. Mais la révolution seule pouvait donner un libre essor à son génie, indépendant. M. Arnault en embrassa la cause avec enthousiasme , et prêta , depuis lors, l'appui de son noble talent à la cause de la liberté.
Son premier pas dans la carrière dramatique fut un succès éclatant. €a tragédie de Marins à Minturne^ jouée, en 1 79 1 , au Théâtre- Français , accueillie avec enthousiasme , fit concevoir de son jeune auteur de grandes espérances qui, depuis, ne furent pas démenties. Lucrèce y Quintus Cincinncitus et Oscar obtinrent , peu après , les plus brillans succès. En 1799, les exploits du jeune vainqueur de ritalie inspirèrent à M. Arnault une autre tragédie qu'il' fit représenter sous le titre des /^enitiens y et qui lui valut Famitié du héros à qui il l'avait dédiée.
Attaché à là fortune de Bonaparte, il partit , en 1798 , avec lui, dans l'intention de le suivre en Egypte , et d'y partager les travaux des savans illustres qui, sous la protection de ses armes , allaient explorer cette antique patrie de la civilisation et des arts. La maladie de son ami , Regnault-de-Saint-Jean-d'Angeli , Fem^
pécha de continuer son voyage , et le força de s'arrêter à Malte , avec lui , pour lui prodiguer tous les soins de l'amitié. Reparti plus tard pour la France, sur une frégate qui fut prise par les Anglais , il dut à la renommée de ses talens , d'être traité avec les procédés les plus généreux et les plus grands égards par le capitaine Footes qui la commandait.
Nommé, en 1800, chef de la division d'instruction publique , par Lucien Bonaparte , alors ministre de l'intérieur , M. Arnault consacra tous les momens de loisir que lui laissaient ses pénibles fonctions , à de nombreux travaux littéraires. Il donna , en i8o3 , au. Théâtre-Français, Don Pedre y ou le Roi La-^ boureur y tragédie d'une conception hardie et philosophique, mais dont les principes républicains ne plurent pas à Bonaparte. On raconte que , charmé du peu de succès de cette pièce , l'Empereur dit à M. Arnault : « Voilà » ce que c'est que de faire des tragédies après » Corneille et Racine. — Sire , répondit le » courageux poète, V. M. donne bien des ba- » tailles après Turenne. »
Lorsque Lucien se rendit à la cour d'Espagne, en qualité d'ambassadeur ^ M. Arnault
■ii
l'y accompagna , et fut présenté , par son protecteur , à r Académie de Madrid. Il adressa , à cette société savante, un discours dans lequel il exposa avec beaucoup de talent , Tétat des sciences ^ des lumières et des arts en France , et demanda que l'alliance politique des deux nations s'étendît aux savans ^ et contribuât à établir entre eux l'union et les communications utiles à l'humanité. L'Académie s'empressa d'admettre dans son sein un aussi digne représentant de la littérature française.
A son retour en France , M. Arnault , qui avait été nommé à la deuxième classe de l'Institut, en 179g, fut appelé à la présider. Depuis long-temps il faisait partie de la Commission du Dictionnaire de la langue française.
Il publia 5 à cette époque ^ un ouvrage sur l'administration des établissemens d'instruction publique et de la réorganisation de l'enseignement, dans lequel il développait les vastes connaissances que ses fonctions lui avaient procurées sur cette matière , et exposait les plans sages et raisonnes à suivre dans cette partie si essentielle de tout bon gouvernement. Ses travaux furent récompensés , en 1808 ,
par le titre de conseiller honoraire et secrétaire général de l'Université. Il exerça honorablement ces fonctions jusqu'en janvier i8l5; mais il ne fut pas compris dans la réor^^anisation de l'Université royale.
Le retour de Napoléon le fit rentrer dans cette Université , dont il eut la direction avec le titre de conseiller-secrétaire-général. Dans le même temps , Marias à Mlnturne, remis au théâtre , excitait l'enthousiasme et les applaudissemens universels.
M. Arnault obtint, le 4 juin 18 17, une marque de confiance de la ville de Paris , qui le nomma député à la Chambre des représentans. Ses travaux à cette assemblée sont connus ; il s'y distingua par ses talens , par des discours patriotiques , par diverses motions , et surtout par celle qui fut adoptée par la Chambre , dans la séance du 28 juin , motion qui proposait une souscription de 70 francs par chaque député , pour subvenir aux besoins des militaires blessés en combattant contre les étrangers.
Atteint par les ordonnances royales du 24 juillet 1817 ^t du 17 janvier 1816, M. Arnault fut forcé d'aller chercher un asile sur la
terre étrangère. L'hospitalière Belgique l'accueillit , et c'est de là qu'il apprit l'éclatant succès qu'avait obtenu sa tragédie de GermanicuSy au Théâtre-Français, en mars 1817.
Cette pièce , que la tumultueuse opposition politique força à retirer du théâtre, est un des meilleurs ouvrages de l'auteur. L'action en est une , grande , simple. Elle marche avec noblesse et se développe avec intérêt. L'auteur y remplit le grand but de la tragédie, le seul qu'elle doit avoir , qui est d'élever l'âme , de donner de nobles pensées et de généreux sentimens. Le style de cette tragédie n'appartient point à l'école moderne ; on n'y trouve ni recherche , ni enflure, ni redondance; c'est par la force de la pensée , par l'énergie et la rapidité de la phrase poétique, par la hardiesse de l'expression qu'elle se fait surtout remarquer. M. Arnault, en étudiant son sujet dans Tacite, s'était empreint de son génie , il pouvait dire comme Racine de Britannicus : « Il n'y a pres- » que pas un trait éclatant dans ma tragédie » dont Tacite ne m'ait donné l'idée. »
Et pourtant , malgré tant de succès et de titres au fauteuil littéraire, M. Arnault avait été xpulsé de l'Institut par l'ordonnance de 1816.
ARNAULT. 3t)7
Des considérations politiques , qui jamais ne devraient pénétrer dans le sanctuaire des sciences et des lettres , avaient motivé cette expulsion.
La voix publique se prononça à cette époque contre cette mesure ; on objecta que le titre d'académicien était un sacerdoce indélébile, qu'il n'était au pouvoir d'aucune puissance d'annuler ; mais en dépit de toutes les réclamations de l'opinion publique , M. Arnault et son honorable collègue, M. Etienne , n'en furent pas moins dépouillés d un titre que la libre volonté d'une société savante, alors la première de l'Europe, leur avait justement et surtout librement décerné.
M. Arnault, rentré en France en 1809, ^^" prit le cours de ses travaux littéraires. Il a publié une Vie de Napoléon , monument digne de l'homme à la mémoire duquel il est dédié , et qui a valu à M. Arnault une marque éclatante de la reconnaissance du proscrit de Sainte-Hélène.
Cet estimable littérateur a travaillé à plusieurs journaux, entre autres au recueil de la Minerve française et au Constitutionnel. Il a publié avec MM. Jay, Norvius, etc., la
368 AINAULT.
Biographie des Contemporains , ouvrage important^ digne du succès général qu'il a obtenu et qui vient d'être terminé. On lui doit aussi des fables , dont plusieurs avaient été applaudie$ aux séances publiques de l'Institut , et diverses poésies insérées dans plusieurs journaux.
M. Arnault ^ un fils qui marche honorable-» ment sur ses traces dans la carrière dramatique. Le brillant succès de Régulus promet , dans M. Lucien Arnault, un digne héritier de la gloire de soii père.
»/W\ VWV*>VV\ «.V«V *,■%/%!* »A(V* VWVWV»V»VW»»V»»<V^t%/V%. »/V««««(»*«/V»*«VlA%**>V«»»<W»rlA/*V»/V%
(CHARLES-GUILL AUM e),
TVé à Cliaiiiouîirey , juès de S^niit-Didier , dépaiteiuent ^ de la Haute-Maine 5 le d Janvier 177Ô.
Et elet^t'iunL Stephanum , viriiin plénum spiriln.
( Acies des Apôtics. )
Son génie l'entraînait impérieusement vers le théâtre; il débuta dans cette carrière par la charmante comédie de Bvueys et Paliipraty qui fonda sa réputation littéraire. Son mérite ne tarda pas à lui attirer des protecteurs puissans ; il se rendit utile au duc de Bassaho , qui se l'attacha en 1810, et il remplaça M. Fiévée comme censeur du Journal de VEmpirc. Les Deux Gendres parurent en 181 1; cette pièce marqua le rang de M. Etienne parmi nos
hommes de lettres les plus distingués. Il est inutile de nous étendre sur le mérite de Touvrage et encore plus d'en donner l'analyse ; un accueil des plus favorables et toujours soutenu fait réloge le plus vrai de cette comédie; il soutint cette haute réputation par V Intrigante , qu'il donna en 1 8 1 3 ; cette pièce , qui eut le plus grand succès, fut frappée d'interdiction par la police. Lorsque sous le Gouvernement qui succéda à Napoléon cette mesure fut rapportée , l'auteur, au lieu de rendre son ouvrage à l'impatience du public, crut mieux faire de retenir sa comédie et de s'en tenir à la première décision.
Cette première époque des changemens politiques devint funeste à la fortune de M. Etienne; il fut dépouillé de toutes ses places , Napoléon les lui rendit , et le fit ainsi plus coupable aux yeux du Gouvernement qui suivit les cent jours^ Il fut désigné comme un des hommes qui avaient favorisé le retour de l'usurpateur; il se défendit avec courage contre une pareille calomnie et eut le bonheur d'échapper aux suites qu'elle devait amener. Depuis lors il se livra tout entier à la littérature et à la politique spéculative. On lut avec le plus grand empressement
et le plus vif intérêt ses Lettres sur Paris ^ insérées dans la Minerve française , lettres dans lesquelles il avait su mettre à la portée de tout le monde les matières abstraites du gouvernement et de la politique.
Le succès prodigieux de cet ouvraiie annonçait dans leur auteur un esprit également solide et brillant. En 1820, le département de la Meuse lui donna une preuve de l'estime publique , en le nommant député , honneur qui lui fut déféré de nouveau en 1822. Il remplit dignement l'attente générale par son zèle , son talent, son courage, à défendre les intérêts de la nation. Cet orateur fit la plus grande sensation à la tribune , et Ton cite encore plusieurs passages de ses admirables discours où l'esprit étincelait de toute part.
Au sein de ces hautes occupations , il poursuivait encore ses travaux littéraires; on vit de lui les Plaideurs sans procès ^ comédie fort spirituelle , et un opéra ayant pour titre La Lampe Merveilleuse. Nous nous contenterons de donner ici le titre de ses autres ouvrages : il suffit de les citer pour les rappeler prompte ment à la mémoire de nos lecteurs : Histoire du Thédire Français, le Pacha de S. ri ne ou
l\']l ETIENNE.
û Amitié des Femmes ^ Une Heure de Mariage y Un Jour à Paris y Gulistan , Cendrillon Joc onde y la Jeune Femme colère , Jeannot et Colin y Racine et CavoiSy le Rossignol y etc,
M. Etienne avait été appelé à l'Institut par le suffrage libre de ce corps; l'ordonnance de 1816, contre-signée Vaublanc, l'a rayé de la liste des académiciens. Il fut déporté de F Académie ; le motif de ce renvoi fut ^ qu'il se trouva, par hasard, chargé de porter la parole à Napoléon, au nom de l'Institut, et de lui présenter une adresse qui avait été rédigée par les quatre classes réunies. Les suffrages de toute la France ont bien souvent consolé M . Etienne de l'ordonnance de M. de Vaublanc , tandis que rien n'a pu consoler M. de Vaublanc du mépris qui accueillit son misérable poëme du Dernier des Césars.