‹ Biographie des quarante de l'Académie Française [microform]Chapitre 31 sur 32 · KM · texte numérisé non relu

KM

» tristes divisions politiques qui nous ont agi- )) tés depuis. » -

M.Roger remplaçait a rAcadémie^M.Suard, ou, pour mieux dire , il lui succédait. Dans ces grandes cérémonies de réceptions , où le burlesque a une part aussi grande , le public est habitué d'entendre d'étranges choses et d'y applaudir par politesse, M. Roger fut donc applaudi pour la première fois de sa vie , et M. le directeur, profitant de la bonne disposition de l'auditoire , continua , par ces paroles , à l'égayer : x( Monsieur , dit-il au récipiendaire, )) on doit à votre coopération , aux travaux de » 1 Université , le rétablissement des bonnes » études , des principes d'ordre , de rehgion et » de morale; il n'a tenuqu'à ceux dont vous diri- )) giez l'instruction , de se former le goût dans )) vos écrits, saisir les traits marquans et les » nuances des caractères, graduer l'intérêt, » amener, sans effort, un dénoûment irapré- » vu, respecter la décence, les mœurs, pein- » dre le vice et la vertu, placer l'homme entre » les séductions de l'intérêt , les prestiges de )) l'amour, et sa conscience; voilà l'œuvre du » talent , voilà votre avocat. ))

Ce jeu de mots , péniblement et gauchement

amené , mit toute l'Académie dans l'exultation ; on se rappela vaguement que le seul titre littéraire auquel M. le directeur faisait allusion, était une comédie intitulée CA\>ocat^ composée moitié par Goldoni , moitié par le baron de Jaure , mise en vers lâches et sérieux par M. Roger , et jouée une fois par an aux Français , les lundis , par les doubles , devant; les banquettes. Les amis de M. Roger surent bon gré à M. le directeur , de ce qu'il avait passé sous silence, dans Ténumération des titres littéraires du nouvel adepte , son hymne au premier consul , chanté à l'Opéra , en i8oi ; ses huit comédies sifflées, ses quatre opéras tombés, ses traductions et ses commentaires ; toutes choses que personne ne voit , ni ne lit depuis long-temps.

Il paraît donc à peu près prouvé que M. Roger ne dut son élection qu'à des causes indépendantes de ses titres littéraires ; pour maintenir cette opinion dans le monde, M. Roger s'est condamné , comme tant de ses confrères , à un silence rigoureux; il est académicien, cela lui suffit , et on lui a ménagé une fois le plaisir de haranguer un récipiendaire, M. Villemain j cette faveur sera probablement la der-

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nière que M. Roger obtiendra de ce corps ; car, emporté par sa fougue oratoire, il compromettrait la dignité académique, et divulguerait les secrets de Tordre autant de fois qu'il prononcerait des discours. On ne lui a pas pardonné d'avoir dit à M. Villemain qui connaît mieux que personne la théorie de l'histoii^ , « que la; véracité était un vice dans l'historien, et le mensonge un de ses devoirs i » Assertion fort honorable pour le caractère de M. Roger. M. Roger a tourné aujourd'hui toutes ses études académiques vers la direction générale des postes dont il est secrétaire perpétuel. Il a montré, dans le cours de sa vie , pour parvenir aux emplois lucratifs , tout l'art et toute l'intrigue qui manquent à ses comédies ; sans cesse prosterné devant le pouvoir , ses humbles suppliques à la main, il semble avoir pris pour patrone les prières, ces filles boiteuses de Jupiter, qui obtiennent toujours ce qu'elles de,scandent instamment.

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(louis- PHILIPPE, comte de).

Né à Paris, le lo Décembre 17 53.

Ils parurent à cette fête, le père à côté du fils : le premier connu par ses duels , ses amours, ses voyages, ses aventures chevaleresques ; le second , par ses brillans faits d'armes et par sa noble manière de les raconter. Aussi disait-on en les voyant, voilà les hcros •de la fable et de Thistoire.

L'Abbé Prévost.

M. de Ségur, fils aîné du maréchal de Ségur, a été, comme il le dit lui - même dans ses mémoires, « successivement colonel, officier gé- » néral , voyageur, navigateur, artisan , fils de )) ministre , ambassadeur, négociateur, prison- » nier , cultivateur , soldat , électeur, poète , )) auteur dramatique, collaborateur de jour-

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» naux, publiciste, historien , député, coii- )) seiller d'État, sénateur^ académicien et pair )) de France. » Voilà certes de quoi piquer la curiosité publique : que d'aventures, que de faits doivent se trouver amoncelés dans une vie aussi bizarre et aussi pittoresque !

Après avoir fait de brillantes études, M. de Ségur entra dans la carrière militaire et parcourut divers grades jusqu'en 1776, où il quitta le régiment d'Orléans-dragon dont il était colonel en second, pour commander celui de Soissonnais-infanterie. Ce fut à la tête de ce corps que M. de Ségur partit avec cet essaim de chevaliers français pleins d'amour pour l'honneur et la gloire, qui allaient combattre pour la sainte cause de la liberté. M. de Ségur donna, dès cette époque , une teinte de grandeur et de solennité à sa vie jusqu'alors consumée dans les intrigues de ruelles et dans les tumultueuses et futiles querelles de régiment.

Comme tous lesgénéreuxFrançais qui étaient allés verser leur sang pour l'indépendance de r Amérique, M. de Ségur revint dans sa patrie après de nombreuses et piquantes aventures , portant dans son cœur le plus brûlant amour pour la liberté ; il vit , en passant dans l'île

fortunée de Tercere , des Ilotes joyeux, des femmes vives et jolies , des religieuses complaisantes et un évéque qui dansait admirablement \e Janda?igo,

Rendu à sa patrie, il prit le commandement d'un régiment de dragons qui portait son nom. Mais une importante mission qui lui fut confiée lui fournit bientôt l'occasion de déployer ses talens diplomatiques. Les cours de Saint- Pétersbourg et de Versailles étaient depuis trente ans dans un état de froideur et de mésintelligence que la France se décida enfin à faire cesser. Louis XVI jeta les yeux sur M. de Ségur et le nomma ministre plénipotentiaire en Russie.

Le nouvel ambassadeur débuta par un traité decommercedont la négociation fut adroitement improvisée avec Potemkin dans un voyage sur le canal de communication entre la mer Caspienne et la mer Baltique. M. de Ségur accompagnait l'Impératrice avec les ambassadeurs d'Autriche et d'Angleterre, Potemkin lui dit de lui faire sa proposition par écrit. Le comte s'étant rendu aussitôt sur la galère impériale , pour écrire son projet de traité, se servit de Técritoire de l'ambassadeur d'Angleterre qui

■il'

336 SÉGUK.

en négociait un de son côté , mais que l'adressé du comte de Ségur empêcha de conclure.

M. de Ségur suivit aussi l'Impératrice dans ce magique voyage* de Crimée , où les villes , les hameaux et les habitans étaient improvisés , et où les décorations théâtrales dressées chaque jour presque sous les yeux de Catherine par la flatterie de Potemkin, servaient à lui persuader qu'elle avait ajouté à son empire une province riche,puissanteet peuplée, tandis qu'elle n'avait

conquis qu'un vaste désert habité par quelques

Tatars.

Pendant son séjour en Russie M. de Ségur contribua aux amusemens de la cour somptueuse de Catherine qu'il charma par ses vers ; il fit jouer quelques pièces, et entre autres une tragédie de CoHolan sur le théâtre de rErmitage y où quelquefois étaient représentées les productions impériales. Il venait de faire accepter à Catherine la médiation de la France , à répoque de la guerre avec la Porte que les cabinets de Berlin et de Saint-James avaient suscitée à la Russie, lorsqu'il fut rappelé à Paris par les premiers événemens de la révolution.

La noblesse de la capitale l'avait élu député

SÉGUR. -j»

^ppléant aux États-Généraux , et la mort de M. de Roche^houart, en 1791, J'appela à prendre sa place à l'Assemblée ; mais on ne sait par quels motifs iï donna aussitôt sa démission.

Le Roi venait alors de le nommer maréchal de camp et ambassadeur de France près la cour de Rome. M. de Ségur partit pour son poste; ma,sles différens, survenus entre le Pape et la France , furent la cause que Pie VI ne voulut pas le recevoir. Obligé de retourner a Pans , û refusa le ministère des affaires étrangères, qu'on lui offrait, et préféra les fonctions d'ambassadeur à Berlin.

L'objet de sa mission était d'empêcher la déclaration de guerre , imminente , entre les deux nations; il y parvint malgré de nombreux obstacles , et il revint à Paris jouir du repos ; éloigne des affaires et livré tout entier aux travaux liUéraires il traversa la révolution, sans mêler son nom à ses sanglantes annales. Arrêté par ordre du Comité de salut public, le 10 août 1792,11 fut rendu, après une courte détention, à la liberté, et continua dans sa retraite à s'oc! cuper de littérature et d'histoire. Il se fit chansonmer, vaudevilliste , publia un volume de

flr

.*iu

pensées politiques, le théâtre de P Ermitage , et chanta le bonheur de la chaumière et de la solitude. A la yue des malheurs et des crises ribles de la révolution , il disait :

D'un monde qui m'avait séduft

Je connais l'imposture ; Mon cœur , éclairant mon esprit ,

Me rend à la nature.

Partout on roit tant de furent

Et tant d'ingratitude, Qu'on ne trouve plus de bonheur

Que dans la solitude.

Cependant malgré cet amour pour la solitndeM.de Ségur,qui,9elonquelquespersonnes,

n'avait pas émigré , se lança de nouveau dans le monde, dès que l'horizon se fut éclairci et que le gouvernement consulaire eut ramené les formes et l'extérieur de la monarchie. Il avait perdu dans les troubles toute sa fortune tant en France qu'à Saint-Domingue ; il trouva le moyen de reconquérir, par ses travaux littéraires , une existence honorable tant pour lui que pour son vieux père et pour toute sa famille.

Peu de temps après le 1 8 brumaire, le Sénat

appela M. de Ségur, comme député , au Corps

SÉGUB. 33g

législatif. S'étant hautement prononcé dans ce corps en faveur du consulat à vie , il fut récompensé de ses opinions par sa nomination au Conseil-d'État.

Ce fut aussi à cette époque qu'il fut nommé membre de l'Institut national.

Lorsque Napoléon eut revêtu la pourpre impériale, M. de Ségur se rapprocha encore plus de lui, obtint la charge de grand-maître des cérémonies , et devint bientôt comte de l'empire, grand-aigle de la Légion-d'Honneur, et grandofficier civil de la couronne, puis sénateur le 5 avril i8l3. En janvier i8i4, il fut envoyé, en qualité de commissaire extraordinaire dans la i8'. division militaire pour y prendre des mesures de salut public. Il adressa aux habitans de Troyes une proclamation qui échauffa tous les coeurs et enflamma tous les esprits. n leur annonçait l'arrivée de l'Empereur à la tête de ses armées et l'approche de ses phalanges toujours victorieuses. Il mit tous les citoyens en garde contre les insinuations perfides de l'ennemi , et leur inspira la confiance dans les paroles de Napoléon.

Il avait déjà dit de ce prince en 1809 • « Quelle louange donner à un tel monarque ,

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... ij

» lorsque le simple récit des faits est au-des- » sus de tout éloge, lorsque sa rapidité est telle ,) que la renommée a peine à le suivre. » Dans les rapports habituels que la charge de grandmaître des cérémonies le mettait dans le cas d'avoir avec Napoléon , M. de Ségur épuisait tous les genres de flatterie que son esprit fin et délicat pouvait lui suggérer. On en rapporte plusieurs traits ; nous nous contenterons de citer celui-ci : l'empereur à un de ses levers s'étant trouvé dans le cas de l'attendre , en fut très-choqué, et lui reprocha publiquement sa négligence. « Sire , répondit M. de Ségur , ,) j'ai un million d'excuses sans doute k pré- » senter à V. M. ; mais aujourd'hui on n'esff » pas toujours maître de circuler dans les rues. )) Je viens d'avoir le malheur de donner dans » un embarras de rois dont je n'ai pu sortir ,) plus tôt ; sire , voilà la cause de ma négli- » gence. » Chacun sourit en se rappelant que SIX rois étaient en ce moment à Paris , entre autres ceux de Bavière , de Saxe et de Wur^ temberg, et y venaient faire leur cour a Napoléon.

On doit pourtant convenir , à la louange du

caractère de M. de Ségur, qu'il avait quelque^

3il

fois le courage de se roidir dans le Conseil-d'État contre le maître impérieux devant qui tout fléchissait humblement ; une fois entre autres que l'Empereur se montrant fort irrité contre le général Lafayette , à cause de ses opinions et de ses principes , capables , disait - il , de mettre un État en complète dissolution.

M. de Ségur prit hautement la défense de son honorable ami , représentant qu'on l'avait calomnié et qu'il vivait paisible ennemi de tout désordre.

Cependant , lorsque par suite des événemens de 18 14, Napoléon fut forcé de descendre de son trône, M. de Ségur adhéra, comme presque tous les membres du Sénat , à sa déchéance, à la formation du Gouvernement provisoire, et par suite à l'élévation des Bourbons sur ce même trône. Le 4 juin, il passa dans la Chambre des Pairs établie par la charte.

Napoléon , à son retour de l'île d'Elbe , retrouva son ancien maître des cérémonies prêt à reprendre son poste; il le lui redonna, et le plaça même dans la Chambre des Pairs qu'il institua. Lorsque les efforts d'une nouvelle coalition et les troubles intérieurs de la France lui eurent encore arraché le sceptre , M. de Ségur vou-

342 SÈGUR.

lut un moment attacher ses destinées à celles de l'illustre proscrit ; il lui proposa de le suivre, lui écrivit même pour demander d'aller partager son cruel exil à Ste.-Hélène. Mais il paraît qu'il changea bientôt de dessein ; il resta en France , où la seconde restauration l'élimina de la Chambre des Pairs rétablie par le roi , dans laquelle il est pourtant rentré en

Malgré cette défaveur , M. de Ségur fut compris dans l'ordonnance de 1816, que nous avons déjà tant de fois mentionnée ; il resta a l'Institut et fit partie de l'Académie française. C'était bien certainement de la part du Gouvernement reconnaître un droit et non accorder une faveur ; mais comme l'expulsion de deux des membres les plus distingués de l'Institut était l'œuvre de cette même ordonnance , on fut étonné qu'elle eût conservé à leur digne collègue un titre qu'elle leur enlevait. Les titres littéraires de M. de Ségur sont nombreux et de bon aloi ; son rang est marqué dans la littérature par plusieurs compositions historiques qui annoncent des connaissances variées et profondes, un jugement sûr et une philosophie hardie, par des ouvrages de-

morale qui font autant d'honneur à son cœur et à ses principes qu'à son esprit; enfin par des. pièces de théâtre , des poésies et surtout des chansons , fruits de ses loisirs, remarquables parla fraîcheur des idées, et par une versification agréable et facile.

: Ses principaux ouvrages sont : I^ Pensées politiques y iq(^'&\ 2°. Théâtre de T Ermitage ; 3?. Jdèle ou les Métamorphoses , vaudeville , 1-790 ; 4°- Histoire des principaux éifénemens du règne de Frédéric^Guillaume II , et tableau politique de V Europe depuis 1786 jusqu'en 1796, sous le titre de Tableau historique de l'Europe y 1801 ; 5°. Contes y Fables , Chansons et Fers y 1 80 1 ; 6% Histoire de F Europe moderney 1816; 7°. Galerie morale et politique , 1817; 8°. Abrégé de l'Histoire ancienne et moderne à F usage de la jeunesse.

M. de Ségur a été aussi journaliste, ainsi qu'il le dit lui-même dans ses mémoires ; il a coopéré à la rédaction du Mercure dans les dernières années de ce recueil ; pour l'honneur du noble pair, nous pensons que depuis longtemps il a cessé d'écrire dans le Journal de

Paris,

En somme, si on peut reprocher à M. de

Ségur j comme à tant d'autres personnages qui figurent dans l'Académie , cette versatilité politique , malheureusement trop commune de nos jours , on doit néanmoins le distinguer 5 sous beaucoup de rapports , de la plupart de ses stériles et improductifs confrères. Ses talens littéraires ^ ses nombreux ouvrages, ses idées philosophiques sont de vrais titres à cette distinction , titres bien plus réels que les parchemins, les croix et les dignités. Et nous ne pouvons mieux terminer l'article que nous venons d'esquisser sur cet académicien distingué , que par le jugement qu'en a porté un homme célèbre aussi dans la république des lettres : « M. de Ségur, sk » dit Dussault , est un homme de beaucoup » d'esprit ; il écrit avec élégance , grâce et » clarté ; il a autant de justesse dans le juge-^ )) ment que de di^oiture dans le cœur. »

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(Alexandre), Né à Toulouse , en 1 796.

Je suis sûr de ne plus manquer de beaux vers dans ma bibliothèque de Saiiit-Cloud.

Louis XVIII.

Ses titres académiques se composent de quatre tragédies , trois ou quatre poëmes , et une infinité de poésies légères. Ciftemnestre se distingue par un mérite de style soutenu , mais on en a justement blâmé l'ordonnance générale , la fréquence des monologues et le manque de clarté, dans l'exposition des motifs qui amènent le dénoûment. On trouve dans Saiil une versification brillante, des caractères

bien tracés, mais peu de vérité historique et trop d'odieux jeté sur le principal personnage. La chute de Cléopâtre n'empêcha pas Fauteur de se relever de la manière la plus hardie, et de donner dans Jeanne-âArc des preuves certaines d'un vrai talent; c'est la dernière de ses tragédies , et c'est par elle quil répondit au choix de l'Académie beaucoup mieux que par son discours de réception.

Sous le régime impérial, M. Soumet avait été auditeur au Conseil -d'État. Il fit longtemps partie de cette tourbe de littérateurs en sous-ordre , qui consacraient leurs inspirations poétiques à chanter les merveilles du moment , et les nouveaux dieux d'une nation renouvelée. Dans cette énorme boite , qui fut ouverte en 1811 pour recevoir les envois de MM. les poètes de l'époque, il jeta , comme tant d'autres , une lettre à l'adresse du roi de Rome, dont la forme et le style avait un grand air de ressemblance avec toutes celles qu'on écrivit alors à ce sujet : cet ouvrage avait été précédé d'un autre panégyrique à Napoléonle-Grandetà Marie- Louise, et l'on eût dit que le poète avait désormais voué sa muse exclusivement à la famille impériale, s'il n'eut

publié dans la même année une ode intitulée V Illusion, et un poëme sur l'incrédulité, où le peu d'imagination et le manque total de logique n'empêchèrent pas qu'on rendit justice au brillant du coloris et à l'élévation de la poésie. En 18 15, il publia encore un poëme sur la vaccine et un autre sur les derniers momens du chevalier Bajard, couronnés Tun et l'autre par l'Institut.

Depuis lors M. Soumet a cru devoir aborder un genre plus élevé , et certainement ses succès dramatiques justifient son audace; aux poésies fugitives, aux honneurs de VAlmanach des Muses , ont succédé de graves conceptions et des éditions brillantes du luxe typographique.

Félicitons également M. Soumet de l'heureuse révolution opérée entièrement dans l'homme politique. Une oraison funèbre de Louis XVI doit faire oublier l'idolâtrie vouée à Napoléon vivant ; et s'il est vrai que cet adorateur des faux dieux ait autrefois donné le nom de nouveau Messie au fils de l'usurpateur, voici certainement une profession de foi qui ne laisse aucun doute sur la sincérité du nouveau converti ; «Amour et dévouement pour » le prince , dont l'avènement au pouvoir su-

348 soumet:

)) préme ralliant tous les partis, réunissant » tous les intérêts, affermissant le trône sur M des bases de la félicité publique , ressemble )) à une victoire de son fils. »

VILLAR

(nokl-gabriel-luc)

Quand Alcippe se présente, Pourquoi tant crier haro?

Dans le nombre de quarante , Ne faut-il pas un zéro?

( Anonyme. )

L'ex-abbé Villar est né à Toulouse, on présume vers Tan 1 ^4^ , d'une famille qui n'a rien de commun avec le grand nom de Villars , bien que la Quotidienne ^ par VeiTet d*une vieille habitude, ait dernièrement appelé notre académicien M. de Villar. Jeune encore , il entra dans la congrégation des doctrinaires , et devint principal du collège de Ja Flèche.

Sa carrière fut obscure jusqu'en 1791, où

350 YILLAR.

ses principes prononcés pour la cause de la révolution le portèrent à l'évêché constitutionnel du département de la Mayenne, que l'abbé des Vaux-Ponts venait de refuser. Ce fut en cette qualité qu'il fut sacré à Paris le 22 mai 1791.

Nommé ensuite à la Convention nationale par les électeurs de son diocèse, il se distingua dans cette assemblée , dont il fut quelque temps secrétaire, par la modération de ses opinions. A l'époque du mémorable procès de Louis XVI, il fut du nombre des représentans qui votèrent la détention, et le bannissement à la paix.

M. Villar n'avait jamais été très-attaché à l'état ecclésiastique ; aussi profita-t-il avec empressement de la faveur des lois révolutionnaires pour l'abandonner 5 il renonça dès lors à son épiscopat et à tout ce qui tenait à l'église ; il entra depuis au Corps législatif, devint inspecteur général des études^ et conseiller ordinaire de l'Université.

Lorsque la formation de l'Institut fut décidée, sous le Directoire, M. Villar fut du nombre de ceux qui furent chargés de constituer cette société célèbre. Se jugeant digne

VILLAR. 35i

-d'entrer dans la nouvelle Académie, par la «lême , qu'il était chargé d'examiner les titres de ceux qui devaient en former le noyau , il s'y plaça de sa propre autorité , et ce fut ainsi qu'il arriva sans peine au fauteuil, qui, pour lui plus encore que pour la plupart de ses confrères, a toujours été une vraie sinécure littéraire. On raconta à ce propos que la conversation suivante avait eu lieu, en style républicain du temps , entre M. Villar et M. d'Aguesseau, autre académicien de même force : « T'es-tu mis de l'Institut, dit M. Villar à son confrère? — Non, répondit celui-ci; je n'ai jamais rien écrit de ma vie , je n'ai pas même ouvert la bouche dans les discussions législatives , et tu voudrais que j'eusse le front de me placer dans un corps littéraire qui doit être spécialement composé d'hommes de lettres. En vérité, je n'oserais pas. — Bah ! repartit M. Villar, tu as là de singuliers scrupules : quant à moi, je n'ai pas plus produit que toi, et je m'en mets.... » Il est vrai que M. d'Aguesseau, convaincu par les raisons de son confrère , et entraîné par son exemple , se plaça aussi dans l'Institut.

M. Villar fit partie Je la section de grani-

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VILLAR

maire ; il lut de temps à autre quelques notices. Il fut aussi attaché à cette improductive commission du dictionnaire qui n'a pu encore accoucher d'une lettre.

Jamais, sans contredit, nullité littéraire pareille à celle de M.Villar ne siégea sous la coupole du palais des beaux-arts ; c'est avec le plus grand soin , avec la plus scrupuleuse et la plus minutieuse attention que nous avons recherché la trace de ses œuvres; et de toutes nos investigations nous n'avons retiré d'autre fruit que la découverte de quelques vers anonymes insérés dans la Décade philosophique , et de trois rapports à la Convention nationale, dont l'un tendait à faire conserver le colléee de France jusqu'à l'organisation de l'instruction publique, l'autre à fixer la somme à répartir entre cent dix-huit savans et artistes récompensés par la munificence de la Convention , et le troisième organiser les bibliothèques de Paris.

Il est vrai que M. Villar a publié aussi , lorsqu'il était évêque, des Lettres pastorales , et l'on sait que , depuis quelque temps , ce genre de littérature est uii titre au fauteuil. En 1816, il se glissa inaperçu dans la fameuse ordonnance. On le regarda probablement comme un

VILLAR. 353

de ces vieuxmeub les de famille qu'on conserve par respect pour leur antiquité.

M. Villar avait joui aussi dans sa carrière politique du privilège de cette précieuse inamovibilité. Il avait alternativement figuré comme chevalier de la Légion-d'Honneur, conseiller ordinaire et inspecteur général de l'Université, sur les almanachs impériaux et royaux depuis 1810 jusquen 1816; seulement VJlmanach royal àç^ 18 14 ajoutait à ses titres celui d'awcien doctrinaire.

Il a consigné dans les recueils de l'Institut une notice sur Louvet, et une autre sur la vie et les ouvrages de l'architecte Boullée.

On prétend aussi qu'il a mis en vers français le premier livre de V Iliade ^ sur lequel se sont exercés tant de faiseurs de vers de la force de M. Villar, qui pourtant ne sont pas de l'Academie.

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:(abel-françois),

Né à Paris, le ii Juin 1791»

Fend des flots d'auditeurs pour aller à sa chaire.

BOILSAU.

Il fit sa rhétorique an Lycée de Paris , sous MM. Luce de Lancival et Castel ; on peut dire de lui qu'il sortit maître de l'école. A vingt-un ans il professait la rhétorique au Lycée Charlemagne ^ et deux ans après il remporta au jugement de la deuxième classe de l'Institut le prix de FÉloge de Montaigne. Une circonstance Tuit donner encore un éclat tout particulier à ses brillans débuts; c'était en i8i4j rinstitut venait de couronner son discours sur les ai^antages et les incons^éniens de la criti"

que; à la séance publique qui suivit la décision de rinstitut, se rendirent l'empereur de Russie et le roi de Prusse , souverains alliés qui, après avoir garanti à la capitale la conservation de ses monumens, venaient recevoir des félicitations sur leur conduite plus politique que généreuse. M. Charles Lacretelle présidait rassemblée ; ainsi les félicitations ne manquèrent pas; quand son discours fut terminé, M. ViUemain fut invité à venir recevoir sa médaille. Le jeune lauréat , aussi habile courtisan qu'éloquent écrivain, s'installa à la tribune et improvisa le discours suivant :

« Quand tous les cœurs sont préoccupés par » cette auguste présence , j'ai besoin de de- » mander grâce pour la distraction que je vais » donner. Quel contraste d'un si faible intérêt » littéraire et d'un semblable auditoire I Les » princes du Nord qui vinrent autrefois assis- » ter à ces mêmes séances prévoyaient - ils » qu'un jour leurs descendans y seraient ame- » nés par la guerre? VoiJà les révolutions des » empires. Mais sur les âmes généreuses le » pouvoir des arts ne change pas ; devant l'i- » mage des arts les monarques armés s'arrê- » tent, comme les monarques voyageurs. Ils

» le respectent dans nos monumens , dans le » génie de nos écrivains , dans la vaste renom- » mée de nos savans. L'éloquence ou plutôt » rinstoire célébrera cette urbanité tutélaire, » en même temps qu'elle doit raconter cette » guerre sans ambition , cette ligue inviolable w et désintéressée 5 ce royal sacrifice des sen- » timens les plus chers immolés au repos des » nations et à une sorte de patriotisme euro- )) péen. Le vaillant héritier de Frédéric nous » a prouvé que les chances des armes ne font )) pas tomber du trône un véritable roi; qu'il » relève toujours noblement soutenu sur les )) bras de son peuple , et demeure inviolable » parce qu'il est aimé. La magnanimité d'A- » lexandre reproduit à nos yeux une de ces » âmes antiques passionnées pour la gloire. Sa » puissance et sa jeunesse garantissent la lon- » gue paix de l'Europe. Son héroïsme, épuré » par toutes les lumières de la civilisation » moderne, semble digne d'en perpétuer l'em- » pire, digne de renouveler, d'embellir en- » core l'image du monarque philosophe , pré- » sentée par Marc - Aurèle , et de montrer » enfin sur le trône la sagesse armée d'un pou-

» voir aussi grand que les vœux qu'elle forme » pour le bonheur du monde. »

M. Villemain lut ensuite le discours couronné 5 qui était bien supérieur pour le raisonnement et la clarté, au double panégyrique de l'Alexandre du Nord et du vaillant héritier de Frédéric. Son triomphe fut complet , la salle retentit d'applaudissemens y et l'empereur Alexandre prodigua de vive voix au jeune lauréat ses honorables suffrages ; le roi de Prusse fut muet.

Lancé dans le monde littéraire au milieu des applaudissemens des peuples et des rois , M. Villemain ne démentit point les brillantes espérances qu'il avait fait concevoir; il remporta un troisième prix à l'Institut par son Éloge de Montesquieu y et commença bientôt à la Faculté des lettres son cours d'éloquence , avec un éclat qui ne l'a jamais abandonné. Mais le monde savant attendait de M. Villemain un ouvrage plus important que des discours académiques; on annonçait qu'il travaillait à une histoire de Cromwell : cet ouvrage était attendu avec impatience ; on était curieux de voir comment le panégyriste éloquent de Montaigne et de Montesquieu aborderait la narration grave

de rhistoire et les hautes considérations de la politique. L'ouvrage annoncé parut, et son succès surpassa l'attente générale. L'auteur, en devenant historien , ne s'était rappelé ses premiers ouvrages que pour conserver à son style la pureté et l'élégante correction qui les distinguent ; loin de s'abandonner à ces mouvemens déclamatoires qui pouvaient naître en foule de tant de catastrophes , loin de prodiguer ces longues périodes , si chères à la jeunesse, il décrit les événemens les plus tragiques avec une simplicité qui paraîtrait même trop nue , si l'on ne sentait que l'historien doit être sobre de phrases quand les faits parlent si éloquemment. Dans cette histoire de Cromwell , M. ;VilIemain , fidèle imitateur des anciens , se garde bien de transformer l'histoire en une longue discussion , comme le font tant d'historiens qui dissertent au lieu de peindre; ses réflexions sont courtes , pleines de justesse et découlent tellement du sujet, que le lecteur est étonné de ne les avoir point faites. Moins empressé de les multiplier que de s'assurer de leur exactitude, scrupuleux dans l'admission des faits , habile à les présenter sous toutes les faces , plus habile encore dans la

YILLEMAIN. • oJ^

peinture des caractères, et dans Part de nous faire connaître tous les acteurs de ce drame politique, il les juge avec autant d'impartialité que s'il s'agissait des Grecs et des Romains. Il a eu encore le bonheur, ou pour mieux dire, l'habileté d'éviter un écueil, sur lequel se seraient jetés tant de jeunes a^uteurs. En traitant l'histoire de la révolution d'Angleterre , il n'a nullement été tenté d'établir de longs rapprochemens avec notre révolution , et de bâtir ces parallèles antithétiques., où l'art du rhéteur brille aux dépens de Fexaotitude.. Mi Villemain a fort bien senti que le caractère des deux nations était trop différent, et que si quelques faits semblaient se reproduire aux deux époques avec une apparente similitude , les. causes qui les ont produits, les hommes qui ont dirigé les mouvemens ou qui en ont profité, les mœurs des deux peuples, les circonstances , les résultats même y sont trop dissemblables, pour que les leçons , fournies par l'une des deux histoires^ soient justement applicables à l'autre , et qu'enfin , jamais deux choses plus ressemblantes au premier aspect, n'ont otFert plus de différences et plus d'oppo-. sitions.

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Jusqu'à ce jour, l'histoire de Croniwell est le plus beau titre littéraire de M. Villemain *, et si l'on ne considérait que la jeunesse et le beau talent de Fauteur, on serait en droit d'at* tfendre encore beaucoup de lui; malheureusement il s'est placé dans une de ces positions fausses où il ne lui sera plus permis d'écrire l'his* toire , genre de composition qui demande tant d'indépendance. M. Villemain, qui envisage si bien les effets et les causes , aurait dû comprendre que le rôle politique qu'il joue depuis six ans^ est incompatible avec les devoirs d'un historien. Quel droit a-t-il de compter désormais suf lui-niême et sur les suffrages du public , quand il â eu Ja faiblesse d'accepter un diplôme de bon homme de lettres , quand il a fait cause commune avec l'aristocratie , aux dernière^ élections académiques ?

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