NOS DÉCISIONS SONT TOUTES LITTÉRAIRES
C'est à peu près comme si M. Auger eût dit à M. Casimir Delavigne :
« Vous avez été reçu à la presque unanimité, » et l'Académie réclame pour elle l'honneur de » ce fait qui prouve que ses votes n'ont jamais )) été commandés par une influence fâcheuse, » et que ses décisions ont toujours été pure- » ment littéraires ; ainsi , Monsieur , quand )) vous fûtes ballotté avec M. Quélen , aucune
AUGER. iq
» fâcheuse influence ne détermina les votes de » l'Académie, et ses décisions toutes littéraires » annoncèrent au monde savant que Monsei- )) gneur TArchevéque de Paris était un plus )) grand littérateur que vous; ainsi, quand vous )^ fûtes ballotté avec M. de Frayssinous, aucune » fâcheuse influence ne pesa sur nos votes , nos » décisions furent toutes httéraires, et si vous » fûtes vaincu par lui, votre modestie vous )) forcera de convenir que votre théâtre est bien » inférieur à ses homélies. »
Dire au public que les décisions de l'Académie ont toujours été toutes littéraires, c'est le comble de l'audace, pour ne pas dire pis; il était réservé à notre siècle d'entendre et de lire chaque jour de pareilles choses , sans en faire justice. Rien n'encourage le retour de semblables écrits comme le silence des écrivains indépendans. Si les journaux qui inspirent tant de crainte, harcelaient sans cesse la médiocrité pédantesque et la refoulaient dans son néant , nous ne serions pas exposés k voir l'administrateur des vivres et fourrages, l'auteur ik' Arlequin Odalisque, haranguant Toro Abalto, le poète des Messéniennes et le peintre de V École des FieiUards.
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(louis-pierre-marie-françois),
Né à Toulouse la Suinte vers Tan 1772.
Personne ne dément le bniit si répandu , Que pour lui la pensée est un fruit défendu.
Baour-Lormian.
Lequel , mét^ontent d'un nom qu'il trouvait sans doute trop court, trop lourd et trop peu sonore pour un poète, jugea k propos d'y ajouter celui de Lormian , nom d'un petit pré possédé par son père , transformé ainsi , par le fils , en terre seigneuriale.
Tandis que le père Baour faisait d'assez bonnes affaires dans son commerce de librairie le jeune homme tranchait du grand seicneur^ donnait à dîner à des amis , complaisans admi-
rateurs de ses oeuvres , que personne n'achetait : ce qui donna lieu à cette épigramme :
Balourd, libraire de province , Dans son commerce a fait un joli gain ; Mais son fils, poète assez mince , Dans le même trafic se ruine a grand train. Or, savez-vous comment les deux apôtres En sens contraire ont gouverné leurs biens ? te père débitait les ouvrages des autres, Et le fils ne vend que les siens.
On voit qu'après avoir fait le choix d'un nom propre, il avait jugé convenable de choisir une carrière ; il se détermina pour celle des lettres ; et ce fut dans la satire qu'il se lança de prime abord ; les flèches du nouveau Juvénal furent décochées contre ses compatriotes , et les Satires toulousaines firent quelque bruit sur les bords de la Garonne. Malheureusement on lui contesta ce premier exploit littéraire , et ces œuvres satiriques sont généralement attribuées à M. Trajan-Tayan, avocat et journaliste de
Toulouse.
Enhardi par ce premier essai , le poète crut pouvoir s'élever jusqu'à l'épopée ', c'est-àdire qu'il se mit a calquer des poëmes épiques. Son premier début fut bien loin d'annoncer
un génie à Ja hauteur de ce genre ; sa traduction de la Jérusalem délivrée , quoique publiée de l'avis de Delille , lui valut de la part du public l'accueil le plus glacial; il paraît que Tœuvre était bien détestable, puisque l'Homère toulousain reconnut lui-même ses torts , et que dans ses dernières années il a voulu se réhabiliter en donnant une traduction corrigée , refondue et amplifiée. Malheureusement elle est reconnue entachée des mêmes vices que la première ; le livre est plus volumineux, il est vrai; mais si l'on y trouve un peu plus du Baour , on y rencontre un peu moins du Tasse. Notre jugement sur cet ouvrage n'est que l'expression de l'opinion publique dépouillée de toute partialité , et cependant l'auteur s'obstine encore aujourd'hui à appeler cette Jérusalem travestie , l'œuvre capitale du siècle dont il se qualifie l'Apollon. /
Précédé de sa petite réputation le poète occitanien se rendit à Paris , croyant pouvoir se permettre , sur ce grand théâtre , les incartades satiriques et épigrammatiques qui avaient épouvanté l'Athénée gascon ; mais là il trouva de plus rudes jouteurs , entre autres le redoutable Lebrun , qui , après l'avoir criblé des plus cui-
santés piqûres , finit par l'écraser d'un coup de massue Le Toulousain s'était permis d'écrire contre ce dernier :
Lebrun de gloire se nourrit, Aussi voyez comme il maigrit.
La réponse fut courte :
Sottise entrelient la sauté , Baour s'est toujours bien porté.
Vers qui assurent à M. Baour une cruelle immortalité. Depuis l'époque du fatal distique la santé du poète n'a souffert aucune atteinte.
A cette époque ses querelles domestiques ajoutèrent k sa célébrité ; il eut un procès avec sa femme , plaida contre elle et succomba ; alors comme il avait besoin de répandre sa bile sur quelqu'un il eut une discussion assez vive avec le journaliste Despaze , publia contre lui le Premier Mot ^ le Second Mot et le Troisième Mot; lesquels firent justement les Trois Mots, satire dans laquelle on ne trouva pas une phrase.
C'est dans une de ces satires que l'auteur
donne une si haute idée de son talent topographique : nous avions cru jusqu'ici que le Permesse était un fleuve et non une montagne, M. Baour a eu grand soin de relever cette inexactitude dans la carte poétique, et l'on connaît aujourd'hm les sentiers battus du fabuleux Permesse,
Hâtons-nous de mettre au jour le plus beau fleuron de sa couronne poétique ; on présume bien que je veux parler ici de ses poésies galhques; nous convenons avec plaisir que M. Baour a été plus heureux dans sa lutte avec Ossian,que dans celles qu'il a entreprises contve le Tasse, Boileau et Voltaire; on trouve dans cette version une poésie neuve , facile et dig«€ du modèle; ce fut l'apogée de sa gloire ; depuis lors cet astre littéraire n^a plus fait que décliner ; ce fut en vain qu'il prétendit à l'universalité du génie, qu'il embrassa les genres les plus opposés , qu'il publia en 1807 sa tragédie à'Omasis ou Joseph en Egypte , pièce bonne de style et pauvre d'intérêt dramatique, en 181 1 , Mahomet II ^ qu'il crut devoir retirer du théâtre , qu'il donna des Veillées poétiques et morales, [Atlantide ou le Géant de la Montagne bleue, sxxïyï de Rustan ou les Vœuœ, et trente-
huit Songes y en prose. M. Baour fut malheureux dans tous ses essais et ne put jamais arriver à la ligne qu'il avait atteint une seule fois comme traducteur d'Ossian.
Jérusalem délivrée y opéra donné en i8i3, et V Oriflamme y représenté l'année suivante , n'ajoutèrent rien à la célébrité du poète et ne servirent qu'à constater sa fécondité malheureuse.
— On raconte que ce premier opéra , la Jérusalem délivrée^ fut joué le soir même où éclata à Paris la conspiration de Malet; Fauteur rencontra au foyer M. Etienne; eh! donc! lui dit-il en l'abordant , la chose n'est-elle pas incroyable, extraordinaire? — En effet, dit Etienne, croyant qu'il s'agissait de l'événement du matin , c'est vraiment bien extraordinaire.
— Je n'en reviens pas , reprend Baour , je ne comptais pas sur cent écus de recette , et ils ont fait 3ooo fr.
Il est probable que si l'auteur eût compté sur 3ooo fr. pour les représentations suivantes, il eût été forcé de décompter de 2700 fr.
Quoi qu il en soit de ses succès ou de ses chutes, M. Baour eut le bonheur d'attirer sur lui les regards de V Auguste de l'époque. Bonaparte dès son consulat lui avait prodigué
les encouragemens les plus flatteurs , et THomère du jour était devenu le chantre juré du vainqueur de Lody ; il s'établit dès lors entre ces deux célébrités si différentes un commerce de louanges et de bienfaits. Dans son poëme sur le Rétablissement du culte, M. Baour rend à son héros un hommage qui approche de l'adoration : il va jusqu'à faire dire à Dieu, à travers un nuage , que le premier consul est un Messie :
Alors paraît un homme en des jours plus prospères. Heureux médiateur entre mon peuple et moi....
Ce qui ne Fa pas empêché, en i8i5 , d'àdresser une Épîtve au Roi , pièce faible de poésie, mais forte de sentimens monarchiques , dans laquelle le poète repentant s'écrie en se frappant la poitrine :
Abjurons les erreurs dont nous fûmes
épris , etc.
Au reste , ces contrastes, ces antinomies d'opinions ne doivent pas nous surprendre; il est assez naturel que les poètes chantent les hommes du pouvoir qui alimentent les muses. Les
contradictions les plus fortes en littérature prouvent beaucoup moins le peu de fixité de caractère que Textréme flexibilité du talent ; ainsi, celui qui a chanté \m Hymne funèbre sur la mort du général Hockey et des épithalames sur \Hymen de Napoléon et Marie Louise y peut fort bien , quelques années après , dévouer sa muse à la dynastie régnante et célébrer le Retour à la religion.
Seulement il serait à souhaiter que le poète ne vécût pas continuellement sur le même fond d'idées , que du moins il prît la peine de rajeunir quelquefois sa garde-robe poétique , et de ne pas revêtir des mêmes habits les héros qu'il veut immortaliser. Il est cruel de retrouver des hémistiches et même des vers entiers^ en assez bon nombre, extraits des premiers ouvrages de l'auteur; le cas est sans doute moins pendable que le vol fait à son prochain ; mais en pareille matière il faut pousser le scrupule à l'excès , et nous croyons qu'il est défendu même de se voler soi-même.
Depuis 1800, M. Baour se promenait patiemment sur le quai de la Monnaie, attendant que l'horloge du Palais des Quatre -Nations marquât l'heure de son admission au sanctuaire
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académique ; cette heure tant soupirée sonna en i8i5, pendant les cent jours ; et l'ordonnance royale daigna maintenir l'acte passé durant Tusurpation. A dater de cette mémorable époque^ le bienheureux élu est tombé dans une léthargie a esprit assez ordinaire après la cérémonie ; et certes il ne nous est parvenu aucune plainte du public à ce sujet. Cependant depuis quelques jours on annonce que le malin satirique s'est ressouvenu de ses premières prouesses, qu'il a ressenti les verges de Juvénal , et qu'il s'apprête à déchirer sans pitié ce qu'il appelle la secte des Romantiques. Il a déjà publié une homélie à ce sujet : semblable à un père de l'église, il se croit appelé à la purger de cette nouvelle hérésie, monstre littéraire dont les uns nous font un épouvantable portrait , que d'autres peignent sous des traits agréables et que bien peu savent définir.
On espère que lorsque le Persée toulousain aura mis à mort cette chimère , il la fera connaître dans tous ses détails, et en donnera Fautopsie la plus exacte et la plus minutieuse.
Pour nous qui avons assez étudié la constitution physique du personnage , nous n'atten-
BAOUR. 2g
dons rien de cette velléité trompeuse ; nous savons trop bien que la rage de produire n'en donne pas la faculté et que si jamais les neuf soeurs perdent leur titre de pucelle , ce ne sera pas la faute de ce poète
Pour les renseignemens , consultez madame Baour , elle vous répondra :
A regret je suis indiscrète ; Ce beau talent a dépéri , Quand par une publique enquête Son titre d'époux fut flétri ; Depuis lors le public répète :
Baour est impuissant poète Gomme il fut impuissant mari.
Est-il vrai que Baour , devenu prosateur Dans certaine gazette ^ écrit a tant la rame?
Non, messieurs, non, répond l'auteur,
C'est une calomnie infâme.
Demandez plutôt a ma femme ,
Je ne fus jamais rédacteur.
(Les Biogr\phes.)
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(louis-gabriel-amuroise, vicomte de),
Qu'on brûle ses écrits , ses sermons et ses lois , Ils nous éclaireront pour la première fois.
Les Biographes.
Quoique issu d'une ancienne famille du Rouergue, il montra d'abord du penchant pour les nouvelles idées; il dut même à la manifestation de ses principes d'être nommé, en 1790, président de la première administration de l'Aveyron. Cette marque de la faveur populaire ne put cependant le retenir dans les rangs de la révolution 5 il s'en déclara bientôt l'ennemi dans une circulaire adressée aux municipalités de son département , et alla au-delà du Rhin faire partie de l'armée des princes. Retiré à Heidelberg, après la dissolution de cette armée, il se livra entièrement à la métaphysique, et publia sa Théorie du pouvoir politique Ht religieux. La seule édition
de cet ouvrage , imprimée à Constance et envoyée à Paris , y fut saisie et détruite presque en entier par ordre du Directoire.
Il est probable que si M. de Ronald se fût contenté de traiter de métaphysique et même de haute politique dans son ouvrage, le Directoire ne serait pas sorti de son inertie pour débrouiller le chaos obscur des idées du vicomte ; mais il y annonçait, à la vérité aussi obscurément que d'usage, le retour des Rourbons et le rétablissement de la monarchie en France , et ce fut ce qui lui valut les honneurs de la saisie. On savait, du reste, que Tauteur avait adressé son ouvrage au prétendant à la couronne.
Il paraît pourtant que M. de Ronald ne crut pas long-temps à la prophétie, puisque, rentré en France en i8o4 , il accepta, après deux ans de méditation, en 1808 , le titre de conseiller deTUniversité impériale. Il est vrai que M. de Ronald a prétendu , pour justifier l'intacte pureté de ses opinions et de ses principes , qu'il n'avait accepté ces fonctions qu'e/z attendant et uniquement pour ne pas compromettre ses nobles amis, (MM. de Fontanes et Chateaubriand), qui les avaient demandées pour lui sans le consulter. Le fait est que, conseiller involontaire.
M. (leBonald rt/^e/zcZ/Ypaisiblement avec 1 2,000 f. de traitement, l'accomplissement de la prophétie ; il se montra même aux Tuileries aussi obséquieux que ceujc qui l'avaient fait nommer malgré lui, quoique, selon certains biographes , il refusât de s'attacher au service de Napoléon, que pourtant , par une distinction toutà-fait jésuitique, il servait dans l'Université. Il parut se convaincre alors qu'il avait des devoirs à remplir envers le gouvernement dont il recevait des bienfaits.
M. de Bonald avaitété journaliste ; il avait, en 1806, concouru, avec M. de Chateaubriand, à la rédaction du Mercure et de quelques autres j ournaux , et il s'y fit remarquer par plusieurs morceaux , dont les meilleurs ont été insérés ensuite dans le Spectateur français au XIX', siècle. On trouve dans ces articles, comme dans toutes les oeuvres de notre auteur, une foule de choses inintelligibles que ses rares admirateurs ont pris sur parole pour de la profondeur. Épris de la sublimité de son génie, Louis Bonaparte voulut charger M. de Bonald de l'éducation de son fils , qui , depuis , fut confié à un capucin de Rome. Un messager alla chercher le gentilhomme Rouergat au fond de l'Aveyron , pour
lui remettre la lettre autographe du Roi , mais il le trouva inflexible et sourd à la proposition. La lettre de Louis fut mentionnée au procès d'Hortense , et depuis insérée dans la Gazette de France, du 28 janvier 181 5.
M. de Bonald , échappé à cette séduction , attendit dans l'obscurité le rétablissement de la famille des Bourbons. Les désastres de i8i3 réveillèrent son esprit prophétique ; en i8i4il reparut sur la scène politique ; nommé , au mois de juin de cette année , membre du conseil d'instruction publique , il obtint en septembre , sur sa demande , la croix de Saint- Louis , pour récompense de ses longs services universitaires , et une pension au ministère de la police , ce qui ne l'empêcha pas de conserver ses fonctions de conseiller de l'Université sous le règne des cent jours.
Ce fut au retour de Louis XVIII que s'ouvrit enfin pour M. de Bonald la carrière législative. Élu à la fin d'août 18 ï 5 membre de la Chambre de$ députés parle département de l'Aveyron, il se distingua dans cette mémorable session par ses vigoureuses sorties contre la révolution et l'Empereur. Il y vota avec cette majorité qui fut appelée introuvable, mais qui, depuis, a été re-
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' 3/j. BONALD.
trouvée; il réclama l'abolition du divorce él reproduisit les idées qu'il avait émises sur cet important objet dans sa Théorie et dans une brochure qu'il publia alors sous ce titre : Du Dis>orce y considéré au ny. siècle relativement à l'état domestique et politique de la société y in-S'*. Il prétendit que les défenseurs du trône au 20 mars ne méritaient pas plus de récompense, que toutes les communes, et que la France entière chérissait les étrangers et les secondait avec enthousiasme.
Un des discours du député de l'Aveyron, qui excita le plus l'attention générale, fut celui où il trouva le secret, à propos dubudjet , de traiter de tout, des Gaulois et de Louis XV, de l'Angleterre, de la religion, du 20 mars et des Romains , etc. ; enfin de tirer de cette éloquente diatribe cette singulière conséquence , qu'il fal- , lait rendre au clergé actuel les biens de l'ancien clergé. Nommé de nouveau a la législature, malgré l'ordonnance du 5 septembre 1816 , il soutint que la censure des journaux était inconjpatible avec les gouvernemens représentatifs. Ce fut par l'ordonnance de réorganisation de l'Institut, du 21 mars 1816, que M. de Bonald fut lancé dans l'Académie française ; on
dit alors que si l'Institut avait eu à faire un choix , ce n'aurait pas été sur M. de Bonald qu'il serait tombé ; la conjecture pouvait être fondée alors ; mais depuis que Tobscurantismé au palais des beaux-arts domine, ce choix n'eût sans doute étonné personne. Ses titres au fauteuil jusqu'à cette époque étaient sa Théorie du pouvoir, refondue dans sa législation primitive ^ ouvrages aussi prétentieusement inintelligibles l'un que l'autre ; quelques brochures politiques, écrites dans le même sens et dans le même style; ' ses discours à la tribune et l'exagération de seé opinions, qui lui faisaient considérer les Suisses comme meilleurs Français que les Français mêmes.
Dans la session de 1817, M. de Bonald, revenu de ses idées sur la liberté de la presse, fut d'avis qu'on soumît les journaux à la censure , et demanda un jury spécial pour les délits de là presse ; il pré lendit aussi que les frères ignorantins ne pouvaient être forcés à se soumettre aux statuts de l'Université, à la confection desquels il avait pourtant coopéré lui-même. Depuis cette époque, M. de Bonald, noyé quelque temps dans la majorité des chambres et endormi dans le fauteuil de l'Académie , a
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, passé clans la Chambre des Pairs arec son noble ami , M. de Marcellus, qui , grâce à son ode à l'ail et à son Magnificat ^ espère bientôt poii' voir entendre dire à son ami l'académicien : Sede à dextris meis.
Déjà nous avons vu que l'obscurité du style de M. de Bonald fait toute la profondeur de ses idées. Sa grave et systématique hardiesse ne s'épouvante d'aucune difficulté; dans ses ouvrages toute sa politique consiste en ces principes qui en sont la base : Le gouvernement absolu est celui que la nature indique à l'homme, parce que le régime de la famille est monarchique et absolu; il n'y a de liberté possible que sous le gouvernement absolu. Ses preuves se réduisent à cet argument : La société n'aurait pas encore commencé d'exister, s'il eût fallu attendre que les philosophes fussent d'accord sur la définition de ce mot; donc la philosophie est inutile et nuisible. La preuve estpéremptoire, commeon voit; caries sciences n'existaient sans doute pas avant qu'on les eût définies et étudiées. Son éloquence à la tribune, lorsqu'il y parlait , s'adressait le plus souvent aux préventions et aux passions. Au reste, M. de Bonald est ami des jésuites qui le prônent, et des congréganistes
qui l'admirent ; et ses amis l'ont tant loué, qu'il est encore de bonnes gens, bien rares à la vérité , qui croient à son génie et qui ont pris pour du sublime le pénible et mystérieux échafaudage de sa législation.
M. de Bonald a publié, en 1818, deux volumes de recherches philosophiques sur les premiers objets des connaissances humaines , et deux autres volumes de mélanges politiques et philosophiques.
Quoique écrivain lui-mêine , M. de Bonald a le plus profond mépris pour les écrivains ; il a dit que leur véritable propriété est le papier et non la pensée , phrase, du reste, qui , séparée de l'intention injurieuse, ne signifie rien. Suivant lui , il est impossible de trouver un esprit juste hors de la Sorbonne, ce tribunal dont l'opinion de tous les hommes éclairés
a sanctionné les arrêts par exemple, son
arrêt sur l'inoculation qu'il qualifiait , on ne sait d'après quelle autorité , de découverte impie, et pernicieuse.
Comme politique et comme écrivain , M. de Bonald est infiniment médiocre ; il met ses opinions à la place des connaissances nécessaires pour l'examen des hautes qualités qu'il aborde,
il ne voit jamais qu'un côté de la question et la traite avec des préventions, et des préjugés au lieu de preuves. Nous ne pouvons , d'ailleurs ^ le faire mieux connaître qu'en citant le passage suivant d'une lettre de Carnot à Napoléon.
(( Idéologue nébuleux.... plus creux que profond, et retentissant parce qu'il est vide; c'est un de ces rêveurs dangereux qui, dans leurs analyses, plus stupides que fines, passent sans cesse à travers ou à côté de la vérité , et remettent aujourd'hui en question ce qui a été
résolu hier Obscurcissant ainsi de nuages,
ou plutôt de vapeurs , le soleil de la vérité , et faisant briller des fausses lueurs du sophisme les informes produits d'une imagination qui ne se comprend pas elle-même. Cette secte d'obscurantisme, gens incomplets en intelligence et surabondants en erreur, est l'auxiliaire naturel de tous les hommes à préjugés, et, se plaçant derrière eux pour les souffler ou pour les pousser, elle est prête à inspirer toute doctrine et à justifier toute action qui ralentisse la marche du génie de Thomme. »
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GAMPENON
( Vincent),
Né à Grenoble vei^ Van 1775.
Au fauteuil de DelLlle aspire Campenoii , Son talent suflit-a pour qu'il s'y campe? Non.
Il débuta dans la carrière littéraire par un Fojage de Grenoble à Chambévjr, mélange de prose et de vers , genre facile pour l'auteur et ennuyeux pour le public , sans excepter le fameux Foyage de Chapelle et de Bachaumont, auquel quelques critiques ont comparé l'ouvrage du jeune Dauphinois; la comparaison est malheureusement assez juste, c'est-a-dire que le Fojage à Chambéry peut être cité comme un modèle de poésie froide et de plaisanterie fastidieuse.
M. Campenon quitta sagement ce genre bâ-
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tard , et publia dans la suite VEpitre aux Femmes et la Maison des Champs , poëme didactique où Ton retrouve souvent la manière de Delille , et parfois de l'esprit et du sentiment. V Enfant prodigue mit le cachet k sa réputation j et F Académie^ alors en deuil de la mort de Delille , ouvrit ses portes à son heureux imitateur. Cependant Tovation du nouvel agrégé ne' suivit pas de près sa réception , et ce ne fut que deux ans après qu^il put exprimer à ses collègues sa publique gratitude. Mais comme le discours qu'il devait prononcer à l'époque de son admission ^ contenait l'éloge obligé de l'empereur Napoléon, il fut contraint, en 1814, d'y apporter quelque changement et d'y substituer le panégyrique de Louis -le-Désiré. Le véridique Moniteur du 17 novembre constate l'appareil extraordinaire de cette séance : Un concours immense d'auditeurs s\y était porté, un grand nombre d'étrangers f assistait; Vajfluence était telle, que beaucoup de membres de Vlnstitut ont à peine trouvé le mojen de se placer.
Nous doutons fort que Fauteur des Géorgiques ait eu la douceur d'un triomphe si complet. Dans le discours du récipiendaire on
remarqua ce passage sur son illustre prédécesseur : (( Pourquoi craindre de répéter ce » que toute la France a dit? On a employé » tous les moyens pour obtenir quelques vers )) du Virgile français : tout a échoué ; il est » resté fidèle a Finflexibilité de Fhonneur , et » rien n'a pu interrompre le cours de son si- » lence courageux ; silence que les plus beaux » vers n'auraient jamais pu égaler. » Cet éloge honore sans doute et M. Campenon et celui qui en était Fobjet. Cependant il nous semble que le scrupuleux académicien aurait dû faire sur lui-même Fapplication de sa morale , ainsi qu'on pourra le remarquer dans Fhistorique suivant : M. Campenon, chef adjoint de la première division de l'Université impériale , commissaire impérial au théâtre de FOpéra- Comique, abandonne, à Fépoque du triomphe de la légitimité , la dernière de ces places , conserve la première, et se voit en outre armé d'une longue paire de ciseaux pour rogner les ailes du génie, moyennant 1,200 francs de gages , le tout rehaussé et embelli d'un liséré blanc et rouge a sa boutonnière. Sa petite fortune politique s'accroît de jour en jour ; le duc de Duras est son patron , il sert sous ses ordres
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