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Cessac ( comte de ). Voyez Lacuée.
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(Françojs-Auguste, vicomte de) ^
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en 1 767 , a Combourg , en Bretagne.
Et toi du sein du port où ta grandeur s'augmente. Oserais-tu pleurer les jours de la tourmente! Le pouvoir qui t'a fui , demain peut t'être offert j Repousse ce malheur assez long-temps souffert. Tu promis, jeune encor, déjà cher à la gloire, L'âge de tes regrets aux muses de l'histoirej Ne laisse plus ton nom , traîné de seuUs en seuils , Honorer ton rival et parer des écueils.
H. Latouchc.
11 était d'une famille fort ancienne. Son goût précoce pour la vie aventureuse l'arracha jeune encore à la France, où il avait , sans doute , éprouvé ces tourmens d'une imagination inquiète, qu'il a dépeinte dans le roman sombre de René. Bien des gens ont cru même retrouver dans les pages de ce roman , le caractère et quelques aventures de son auteur. En 1790^
M. de Chateaubriand partit pour l'Amérique, sous les auspices de M. de Malesherbes , son oncle; ce voyage , d'après le plan qui en avait été fait, devait avoir un but d'utilité générale ; mais il paraît que M. de Chateaubriand négligea ses engagemens , et visita, pour son compte , une petite partie de l'Amérique septentrionale. Les scènespompeuses du Nouveau-Monde, avec ses forets vierges, ses fleuves sans nom, ses immenses savanes , agirent puissamment sur Timagination du jeune poète : pour peindre ses sensations, il se créa un style en harmonie avec le grandiose des tableaux qui se déroulaient devant lui ; et ce premier état d'exaltation, fruit des vives émotions de la jeunesse, imprima au génie de M. de Chateaubriand un caractère tout particulier d'originalité, caractère qu'il a montré dans ses poëmes , ses brochures politiques, ses discours parlementaires, et qui tient encore moins au style, qu'à la manière d'envisager les choses et les hommes, et de mettre le plus souvent de grandes et vives images à la place des idées et du raisonnement.
M. de Chateaubriand retourna en Europe, prit du service, et fut blessé d'un éclat de
Nil
il'
bombe au siège de Thionville, en 1792 ; cette circonstance et d'autres motifs particuliers l'engagèrent à se rendre en Angleterre , où il publia son Essai historique , politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes y considérées dans leur rapport avec la révolution française. Cet ouvrage est aujourd'hui totalement inconnu en France; on assure qu'il renfermait des vues vastes et profondes, et que l'esprit en était très-favorable aux idées de liberté. Après le 18 brumaire, M. de Chateaubriand rentra en France, avec son ami M. de Fontanes, et publia son AUala, Ce roman éprouva toutes les chances d'un brillant succès: des torrens de critiques et d'éloges. Il faut convenir que la première édition de ce petit poëme était hérissée de phrases bizarres , que les Aristarques du temps vouèrent au ridicule, et que lauteur eut le bon esprit de supprimer dans les éditions suivantes. AttaJa nous reste aujourd'hui, comme un monument de la littérature nouvelle, avec ses admirables tableaux d'une nature neuve et sauvage, et cette pompe de style si bien en harmonie avec la majesté du sujet.
En 1 802 , parut le Génie du christianisme. Ja-
mais circonstance n'avait été plus propice pour une pareille publication ; s'il eut paru quinze ans plus tôt, la Sorbonne l'aurait condamné comme hérétique , et s'il paraissait aujourd'hui , tous les journaux vendus à Rome crieraient a la profanation et au sacrilège ! A cette époque, la religion toute meurtrie des attaques de la philosophie , appelait des défenseurs ; le clergé était trop abattu et trop peu en crédit pour qu'il songeât à défendre son œuvre ; qu'on juge de son exaltation, lorsqu'il vit un écrivain d'un grand nom entrer dans la lice avec des armes neuves , et opposer aux railleries et aux sarcasmes des encyclopédistes un ton calme et décent, une discussion pleine d'une majestueuse gravité. Aucun fanatique ne songea à lui imputer a crime d'avoir fait de la religion une chose toute mondaine, d'avoir donné au christianisme sa mythologie , d'avoir seiiié de roses le sentier d'épines qui conduit au cieL 11 suffisait aux prêtres, que l'écrivain eût osé parler religion à un siècle perverti et indévot ; le premier pas était fait ; le reste était l'affaire de l'Église. Nous avons depuis entendu ces longues déclamations que le clergé, devenu puissant , a vomies contre le défenseur du chris-
tianisme. A Rome son livre a été mis à l'index, comme U Emile et Candide; dans les séminaires , où la religion est si rapetissée , on n'a vu dans M. de Chateaubriand qu'un philosophe , peu théologien , et point casuiste , qui a voulu mettre sur le même horizon poétique Marie et Vénus , Jupiter et Jeovah , les Saintes Vierges et les Naïades ; enfin les argumentateurs de ces petites Sorbonnes n'ont pas eu assez de majeures et de mineures pour confondre l'écrivain profane , qui avait comparé Phèdre et Didon afin de prouver la supériorité de Phèdre chrétienne sur Didon païenne , et qui avait poussé l'insolence jusqu'à soutenir que ce vers ^Andromaque :
Il est du sang d'Hector, mais il en est le reste.
était le cri de la chrétienne ; déposait patentes de sede.
11 faut convenir que cet amalgame de tragédies et de psaumes, d'idées mondaines et d'idées ascétiques, qui constitue le plan du Génie du christianisme y ne produisit qu'un effet très-naturel sur des cerveaux entichés de mysticisme. M. de Chateaubriand envisageait
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la religion en homme du monde, qui veut reconcilier le monde avec la religion , et il oubliait que ces deux mots étaient les ennemis nés l'un de l'autre. C'est ainsi qu'il a fait un livre admirable de style et de morale que tout le monde a lu avec plaisir, excepté ceux en faveur de qui il avait été fait.
Le Génie du christianisme plut à Bonaparte qui récompensa l'auteur en le nommant secrétaire d'ambassade à Rome ; c'était peu de chose pour un grand ouvrage; M. de Chateaubriand qui avait déjà une certaine ambition politique, revint à Paris, pour solliciter sans doute, car il reçut le titre de ministre plénipotentiaire en Valais ; c'était au mois de février 1 804. L'année suivante il eut le courage de donner sa démission, en apprenant l'exécution du duc d'Enghien.
Depuis quelques années M. de Chateaubriand avait commencé le plan des Martyrs; désireux de visiter les pays et les sites qu'il avait à peindre, il partit pour Jérusalem en 1806, traversa la Grèce et revint par l'Afrique et l'Espagne. Il dépensa dans ce voyage toute sa fortune : 5o,ooo francs ; mais le succès des Martyrs l'indemnisa de ses frais. Ce poëme
5o CHATEAUBRIAND.
fut accueilli avec enthousiasme ; des critiques sévères, et souvent justes, n'ôtèrent rien à son étonnant mérite ; un plan immense et bien suivi , des caractères neufs, habilement tracés, des peintui-es frappantes de couleur locale , des descriptions pleines de charme et de vérité , un style empreint de la belle simplicité homérique, voilà ce que tous les gens de goût admirèrent dans les Martyrs, On retrouva dans ce poëme Rome avec tous ses monumens debout^ Naples avec ses parfums et ses fêtes , la Germanie avec ses mystérieuses forets , la Grèce avec ses enchantemens, la Gaule avec ses Druides, et je ne sais quelle magie d'expressions et d'images inconnue jusques alors, qui paraît appartenir en propre au poète , et qui, depuis, a causé tant de désordres en littérature, lorsque les imitateurs sans génie sont venus calquer leurs pâles copies sur des dessins originaux.
En i8ii , M. de Chateaubriand fut désigné pour remplacer a l'Institut Joseph Chénier ; mais dans son discours de réception au lieu de faire , selon l'usage, l'éloge de son prédécesseur, il s'élevait contre lui avec si peu de mesure, qu'on ne put attribuer cette singulière inno-
CHATEAUBRIAND. 5ï
vation qu^a un dessein prémédité de réveiller des passions et des haines assoupies. C'était un vrai plaidoyer politique , où il discutait la restauration de la monarchie , et le procès de Louis XVI ; il y avait sans doute du courage a traiter alors de pareilles matières , mais ce courage n'avait pas le mérite de l'a-propos ; Tlnstîtut menacé de ce discours , fut en rumeur; les uns étaient d'avis de l'entendre, et les autres s'y opposaient vivement ; le fracas de cette discussion franchit le seuil de l'Académie , se répandit dans les salons, et bientôt même aux Tuileries ; l'empereur se fit apporter ce discours , cause de tant de débat ; il le lut et le désapprouva sévèrement. Un de ses grands officiers, qui avait parlé a l'Institut en faveur de la lecture , osa manifester la même opinion dans la chambre de l'empereur. « Et depuis quand, » dit le monarque avec vivacité , l'Institut se » permet-il de devenir une assemblée politique ? » qu'il fasse des vers , qu'il censure les fautes » de la langue , mais qu'il ne sorte pas du do- » maine des muses , ou je saurai l'y faire ren- M trer ; est-ce bien vous, monsieur, qui avez » voulu autoriser une pareille diatribe? Que » M. de Chateaubriand ait de l'insanité ou de
» la malveillance , il y a pour lui des Petites- » Maisons ou un châtiment ; et puis peu^étre » encore est-ce son opinion , et il n'en doit pas )) le sacrifice à ma politique qu'il ignore , comme » vous qui la connaissez si bien; il peut avoir )) son excuse , vous ne sauriez avoir la vôtre , » vous qui vivez à mes côtés , qui savez ce que » je fais , ce que je veux. Monsieur , je vous » tiens pour coupable , pour criminel ; vous ne )) tendez à rien moins qu'à ramener le désordre , f) la confusion , l'anarchie , les massacres. » Sommes-nous donc des bandits , et ne suis-je » qu'un usurpateur ? je n'ai détrôné personne ; )) j'ai trouvé , j'ai relevé la couronne dans le )) ruisseau ; et le peuple l'a mise sur ma tête ;
» qu'on respecte ses actes !
» Analyser en public , mettre en question, » discuter des faits aussi récens , dans les cir- )) constances où nous nous trouvons , c'est re- )> chercher des convulsions nouvelles , c'est être » l'ennemi du repos public. La restauration de » la monarchie est et doit demeurer un mys- » tère 5 et puis , qu'est-ce que cette nouvelle » proscription des conventionnels et des régi- » cides? Comment oser réveiller des points » aussi délicats? laissons à Dieu à prononcer
ff
)) sur ce qu'il n'est plus permis aux hommes )) de juger ! seriez-vous donc plus difficile que » l'impératrice ? elle a bien des intérêts aussi » chers que vous peut-être, et bien autrement » directs ; imitez bien plutôt sa modération , sa » magnanimité ; elle n'a voulu rien apprendre , » ni rien connaître.
» Eh ! quoi , l'objet de tous mes soins, le fruit » de tous mes efforts seraient -ils donc per- » dus? c'est donc à dire que si je venais à vous » manquer, demain vous vous égorgeriez en- » core entre vous de plus belle. » Et marchant à grands pas , il se frappait le front de la main , disant : « jéh! pauvre France, que tu as longtemps encore besoin d'un tuteur ! »
Puis il reprit : « J'ai fait tout au monde » pour accorder tous les partis : je vous ai » réunis dans les mêmes appartemens, fait » manger aux mêmes tables, boire dans les » mêmes coupes; votre union a été l'objet » constant de mes soins : j'ai le droit d'exiger i> qu'on me seconde. Depuis que je suis à la » tête du gouvernement , m'a-t-on jamais en- » tendu demander ce qu'on était? ce qu'on » avait été ? ce qu'on avait dit , fait , écrit ? » Qu'on m'imite !
» On ne m'a jamais connu qu'une question , » un but unique : Voulez-vous être bon Fran- » çaisa^ec moi Pet sur l'affirmation j'ai poussé » chacun dans un défilé de granit , sans issue à w droite ou à gauche , obligé de marcher vers » l'autre extrémité , où je montrais de la main )) l'honneur, la gloire, la splendeur de la patrie,»
C'est ainsi que le discours de M. de Chateaubriand fournit à l'empereur l'occasion de manifester ses intentions conciliatrices ; et l'on croira sans peine que dans ce moment le chef de l'empire parlait avec conviction et sans arrière-pensée. Il reprochait vivement à son grand officier d'avoir consenti à la lecture du discours, parce qu'il était persuadé , plus que personne , qu'un tel manifeste, une fois lancé, aurait inondé la France de pamphlets politiques, et rallumé une guerre d'opinions sur un sol encore brûlant de l'incendie révolutionnaire. M. de Chateaubriand agissait en honnête homme qui ne cherche jamais à dissimuler ses opinions , et l'empereur parlait en roi et en conservateur de la patrie.
Quelques années après, parut V Itinéraire de Paris à Jérusalem. C'est un récit des aventures quelquefois curieuses , et le plus souvent communes , qui ont égayé ou attristé l'illustre
voyageur. Le style de cet ouvrage est plus voisin de la bonhomie bavarde que de la vraie simplicité; il est souvent relevé par des descriptions magnifiques qu'on retrouve dans les Martyrs. La lecture en est pourtant fort agréable , et elle le serait davantage si l'au^ teur avait eu le soin d'éliminer de son journal^ plusieurs anecdotes d'une emphatique puérilité. Ses plus grands admirateurs ne peuvent s'empêcher de rire , comme de pitié, lorsqu'ils se représentent le noble pair chantant : Ahl vous dirais-je, maman M^ noce de mademoiselle Pengalî , au fouettant un janissaire , ou brûlant les moustaches d'un spahi avec l'amorce d'un pistolet. On pousse jusques au ridicule le respect qu'on a pour les choses qu'on fait, quand on ne sauve pas au lecteur d'aussi bizarres détails.
La restauration de 181 4 rendit à M. de Chàteaubriandla liberté de professer ouvertement ses opinions ; le premier usage qu'il fit de cette liberté fut un abus ; nous sommes persuadés ([u'aujourd'hui le noble pair donnerait beaucoup pour effacer de la mémoire et des bibliothèques ce brûlant pamphlet : de Bonaparte et des Bourbons , dans lequel l'idole déchue
était traitée de ce ton acerbe et dégoûtant, qui naissait sans doute du paroxisme politique. Les hommes médiocres tombèrent alors dans le même excès; mais un écrivain supérieur aurait dû mieux envisager l'avenir , et lui demander des jugemens impartiaux pour instruire ses contemporains. Les dernières phrases de ce pamphlet retentissaient encore , quand Bonaparte reparut : M. de Chateaubriand s'enfuit à Gand en qualité de ministre du Roi. Il rentra en France pair et ministre d'État; le 21 mars 1816, il fut nommé membre de l'Académie française ; six mois après il publia une brochure intitulée : Monarchie selon la Charte , qui lui valut une destitution dans les formes ; l'ordonnance royale qui la lui transmit était ainsi conçue : « Le vicomte de Chateaubriand ayant , >) dans un écrit imprimé , élevé des doutes sur » notre volonté personnelle, manifestée par » notre ordonnance du 5 septembre présent » mois, nous avons ordonné ce qtii suit : Le vi- >. comte de Chateaubriand cessera de? ce jour » d'être compté au nombre de nos ministres » d Etat. Signé Louis. »
Dans ce moment, M. de Chateaubriand se serait couvert d'une gloire impérissable , si ap-
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préciant dans sa philosophie ce que vaut la faveur des rois , il eût fait ses adieux aux cours et aux ministères , et se fût enseveli dans un de ses châteaux pour y cultiver à loisir ces lettres qui avaient fait les délices de sa jeunesse. Il aurait dû sentir que le titre de prince des littérateurs était bien plus solidement glorieux que ces ridicules dénominations , dont le pouvoir honore ses esclaves, que la postérité qui juge les rois et oublie leurs ministres, qui réduit à leur nullité tant de faits prétendus glorieux, n'a des couronnes et des souvenirs que pour les grands talens et les vertus patriotiques. Par quel oubli de tout sentiment de philosophie et de raison , M. de Chateaubriand estil rentré dans une carrière qui n'était pas faite pour lui , dans une carrière où l'on ne devrait rencontrer que des Villèle , des Corbière , des hommes, enfin, qui n'auraient rien été s'ils n'eussent été ministres !
M. de Chateaubriand exilé du château et tombé dans la disgrâce du roi , resta bien audessous du rôle qu'il aurait pu jouer ; il faut que les éminentes dignités politiques aient un attrait bien invincible pour lui , puisque avec toutes les ressources d'une ame grande et
bien faite , il n'a jamais pu se mettre au-dessus des caprices des cours , et choisir quelque modèle dans cette fière antiquité qu'il connaît si bien. Dépouillé de ses titres et de ses hochets par Louis XVIII, il jura la chute du ministère ennemi , et enfouit dans le Conservateur plus d'éloquence qu'il n'en faudrait à un homme ordinaire pour se faire un nom. A cette époque M. de Chateaubriand n'était plus qu'un magnifique pamphlétaire ; l'homme de Sparte , de rithdme et de Sion , le sublime chantre des Martyrs y s'était rapetissé et mis au niveau de M. deBonald, Fiévée et 0. Mahoni; il entassait jour et nuit de la politique sur des brouillons, et sacrifiait ainsi à de petits ressentimens particuliers un temps irréparable et précieux que réclamaient de plus graves et de plus utiles occupations.
La réhabilitation de M. de Chateaubriand fut tardive ; enfin elle arriva ; il fut rappelé au ministère ; mais la fortune sembla ne lui avoir réservé ce nouvel honneur que pour lui donner une leçon plus honteuse que la première. En 1816, il était tombé, mais c'était sous les coups d'une ordonnance royale , bien motivée , bien détaillée , et signée Louis : ce fut bien
CHATEAUBRIAND. Sg
autre chose en 1824 ; M. de Chateaubriand fut terrassé en luttant corps à corps contre M. de Villèle ; le roi ne fit point d'ordonnance , les chambres ne firent point d'adresse , il n'y eut aucune de ces grandes commotions qui accompagnent la chute d'un grand homme et qui le consolent au moins par leur fracas. Un petit billet de deux lignes fut suffisant ; il contenait un ordre de vider l'hôtel des Affaires-Étrangères , et portait au bas le nom de Villèle. Étourdi par un coup si humiliant , M. de Chateaubriand s'écria : Je suis chassé comme un garçon de bureau! Le mot était juste, la France le répéta.
L'illustre écrivain suit encore en ce moment la même marche qu'il suivait après sa première disgi'ace ; l'expérience n'a rien appris à celui qui a tant vécu , tant vu , tant médité. Cette obstination à vouloir ressaisir le pouvoir toutes les fois qu'il lui échappe ne serait qu'un ridicule dans un homme médiocre, c'est une tache dans la vie d'un homme de génie.
On a beaucoup écrit sur le caractère , les écrits et la conduite politique de M. de Chateaubriand ; on a surtout cherché à deviner à travers toutes les opinions qu'il a énûses,
Go
quelle était celle qu'il professait dans le for intérieur. Tous les hommes doués d'une imagination vive sont plus prompts que d'autres à se jeter tantôt dans un parti , tantôt dans un autre , et à répudier le lendemain leur opinion de la Teille ; ils écrivent et parlent toujours plutôt sous l'inspiration du moment, que d'après une conviction arrêtée de longue main sur les hommes et les choses; et ce qui rend, en quelque sorte , cette versabilité excusable , c'est qu'ils sont toujours de bonne foi , parce qu'ils sont toujours dupes de leur imagination. M. de Chateaubriand est du nombre de ces hommes. Dans sa vie il a partagé ses affections entre la monarchie et la république , le gouvernement théocra tique et le constitutionnel. Dans ses écrits il a toujours prouvé le contraire de ce qu'il paraissait vouloir prouver ; c'est ainsi que dans son Génie du christianisme il a peint la religion et le clergé non pas tels qu'ils sont , mais comme ils devraient être ; d'où il résulte une sorte d'épigramme presque continuelle contre les objets de sa vénération. Quand il établit un parallèle entre Homère et Moïse , il met une page choisie de la Bible , a côté d'une page de TOdyssée , et la compa-
CHATEAUBRIAND. Ol
raison faite , il en conclut hardiment que le poète juif est supérieur au grec ; mais il serait bien fâché de le persuader, car il pense lui-même tout le contraire. Son poëme des Martyrs a été composé pour prouver la supériorité des machines épiques chrétiennes sur la mythologie ; toutes les fois qu'il est païen , il est ravissant ou sublime; quand il tombe dans le sens contraire, il est froid ^ sec et quelquefois ridicule. La manière même dont chaque sujet est traité décèle les affections secrètes de l'auteur; comme il se complaît dans la peinture des vallons de l'Alphée , du Taygète , et des rians paysages arrosés par l'Eurotas et le Pamisus ! avec quelle chaleur de récit il transporte le lecteur dans les bois de l'Armorique et sur les champs de bataille germains ! comme il parle avec abondance de cœur des délices de Baies et de Pouzzol , des vases de Pœstum , des lits d'ivoire y de la ceinture des Grâces , des longs festins des hommes heureux , des doux larcins de Vénus ! Cet enthousiasme , cette magie de style l'abandonnent quand il veut peindre avec des mots un paradis matériel tel que l'apôtre l'avait vu dans son ravissement; ou un enfer tout peuplé de démons avec des chapes de plomb et des
cornes. Les mêmes remarques peuvent s'appliquer à ses derniers écrits politiques 5 on y voit à chaque page un royaliste armé pour le trône, qui fait tous ses efForts pour dégoûter des trônes , et mettre les républiques à la mode. La chose du monde la moins étonnante serait de voir M. de Chateaubriand philosophe et républicain.
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GUVIER
(gKOUGES-LÉOPOLD-CHRÉTIEN'FUÉDÉRIC-
DAGOBERT, COmtC ).
Sa main sait caresser, dans un excès de zèle , La caicasse d'un tigre et le dos de Villèle.
(Les Biographes.)
Il fut d'abord destiné à la carrière militaire par son père qui était officier dans le régiment suisse de Waldner , puis a l'état ecclésiastique qui convenait mieux a sa santé afFaiblie. Une injustice d'un professeur le priva d'une bourse à l'université de Tubingen , mais la générosité du duc de Wurtemberg lui en procura une autre dans une institution fondée à Stutgard par ce prince. C'est là que M. Cuvier eut pour condisciple le célèbre Schiller.
La révolution , le laissant sans protecteur , le trouva pauvre et sans autre ressource que ses talens ; forcé de les employer, il entra alors comme précepteur dans la maison du duc d'Hericy, en Normandie; n'ayant pour fortune que ses connaissances en histoire na-
turelle , son goût pour le dessin , un herbier qu'il avait formé lui-même, et une collection d'insectes. Profitant du voisinage de la mer pour étudier ses productions , M. Cuvier dut bientôt à son goût investigateur, de nouvelles découvertes qui le mirent en relation avec plusieurs naturalistes de la capitale. M. Geoffroy Saint-Hilaire lui ouvrit les collections du Muséum d'histoire naturelle ; divers mémoires qu'il publia avec ce savant, le firent appeler aux écoles centrales et ensuite à la première classe de l'Institut. Son tableau élémentaire de l'histoire des animaux fut pubhé alors pour les écoles centrales ; il fut nommé suppléant à la chaire d'anatomie comparée , puis professeur d'histoire naturelle au lycée.
C'est là que commença sa réputation comme orateur; obligé d'exposer les détails delà science à un auditoire généralement composé d'hommes éclairés, M. Cuvier s'appliqua à capter leur attention par l'élégance et les grâces du discours, tandis que jusqu'alors il n'avait cherché que la clarté suffisante pour de jeunes élèves • à cette époque aussi (an 9) il fut appelé au coU lége de France pour succéder à Daubenton. M. Cuvier n'était cependant pas de ces savans
CUVlER. G5
qui ne songent qu'a la science et qui trouvent en elle tout leur bonheur; les distinctions et la gloire politique offraient aussi un appas à son ambition; de son laboratoire et de son cabinet d'histoire naturelle il s'élance dans les palais et recherche des faveurs qu'il a l'art de rendre immuables. Sa science n'est pas farouche, elle est aimable et accommodante avec toutes les dynasties , son caractère s'arrange aisément de toutes les formes de gouvernement.
L'Empereur l'avait nommé, en 1808, conseiller à vie de l'Université ; il fut chargé, en 1 8 r i , avec son collègue Noël, de la mission de visiter la Hollande et l'Allemagne jusqu'à Hambourg , pour y examiner Fétat de l'instruction publique. Ses rapports imprimés par ordre du conseil de l'Université , donnaient les plus grands éloges aux écoles primaires de ces pays^ ils se faisaient remarquer par leur clarté , par la justesse des observations et par la profondeur des vues. Il fut, en récompense de ces travaux, nommé maître des requêtes le i4 avril i8i3, et quelques mois avant la chute du régime impérial, il fut envoyé commissaire extraordinaire à Mayence.
La première restauration le trouva chevalier
de l'empire, membre de la Légion-d'Honneur , chevalier de l'ordre de la Réunion , conseiller titulaire de l'Université impériale , professeur d'histoire naturelle au Jardin des plantes, maître des requêtes au conseil-d'État. Tous ces titres lui restèrent sous Louis XVIII, et avec eux une foule d'autres petites places dont il n'est pas la peine de parler; il échangea même son titre
de maître des requêtes pour celui de conseiller d'État.
Les cent jours le prennent et le laissent au même point, et la seconde restauration le trouve encore prêt à servir les Bourbons, comme il aurait servi tous les gouvernemens possibles. Cette immobilité ne serait pas étonnante, si M. Cuvier ne s'était occupé que de sciences ; mais pour un homme lancé comme lui dans le tourbillon politique, elle ne peut s'expliquer que par une extrême facilité de caractère et de conscience. On a vu effectivement M. le baron Cuvier attaché, en qualité de conseiller d'État, d'abord au comité de législation et ensuite au comité de l'intérieur , prêter le secours de son éloquence à toutes les conceptions ministérielles , même à celles dont l'adoption devait être la plus désastreuse pour la France.
M. Cuviev a été chargé deux fois de présider le conseil d'instruction publique, et si sous son administration l'ultramontanisme n'envahissait pas nos chaires, si les jésuites n'accaparaient pas ouvertement l'enseignement , on ne peut s'empêcher cependant de lui reprocher une coupable condescendance aux démarches actives de l'obscurantisme. C'est sous sa présidence qu'ont commencé à se former les collèges de Saint-Acheul et ses nombreuses succursales, que le régime des destitutions s'est établi, que les réformes ultramontaines se sont établies dans nos écoles. Sous ce rapport , on serait fondé à frapper d'une censure amère la conduite de M. Cuvier, si l'on ne savait pas quelle est la suite nécessaire de son caractère facile, toujours porté à toutes les complaisances pour le pouvoir dans quelques mains qu'il se trouve.
M. Cuvier, tout protestant qu'il est, a été à la Chambre des Pairs un des plus chauds défenseurs des jésuites. A l'époque où cette infâme société colnmençait à pénétrer en France, en conservant toutefois l'anonyme, M. le baron Cuvier fit un rapport à la chambre haute oii l'apologie des jésuites, comme corps enseignant, se trouvait à chaque phrase. Le
prince de Tall chassé par l'ennui ^ se promenait dans la salle des conférences, lorsqu'il yit arriver M. Cuvier qui avait fini son rapport : Vous êtes un savant naturaliste, lui dit le prince en l'abordant, et j'ai une question à vous adresser. Le savant pressentant un sarcasme, voulait échapper à la question, lorsque T.... insistant sérieusement , lui dit : Dites-moi , je vous prie, quel est le plus reconnaissant des animaux ? aussitôt le baron répond d'un ton brusque et assuré, c'est le chien. — Non , vous n'y êtes pas , repartit M. de T , et M. Cuvier allait entamer une longue dissertation scientifique, lorsqu'un sourire sardonique du prince arrêta son essor, — Ne voyez-vous pas que ce sont
les dindons, lui dit T en reprenant son
sérieux; rappelez-vous donc que depuis que les jésuites les ont introduits en France , ils ne cessent de demander le rappel des bons pères. A ces mots le rire devint universel , et l'éloquence du jésuite luthérien tomba devant une épigramme.
M. Cuvier a été nommé à l'Académie française par le choix libre , dit-on , de cette compagnie, et c'est déjà quelque chose. Ses titres à l'académie des sciences sont incontestables ;
nous en ferons d'ailleurs l'examen dans la partie de notre biographie qui concerne la première classe de l'Institut , dont il est secrétaire perpétuel; quant à ses titres à l'Académie française, on prétend qu'ils sont établis sur ses discours à la Chambre des Pairs et des Députés , comme commissaire du Roi , sur ses mémoires et sur ses éloges académiques , comparés même par quelques personnes à ceux de Fontenelle, de Dalembert et de Condorcct. Certains attribuent au contraire cette nomination à l'Académie comme à bien d'autres dignités , à l'habitude de s'abaisser que le docte baron a contractée sans doute en s'occupant de ses recherches sur les fossiles.
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DAGIER
(bon - JOSEPH).
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De vos ancêtres grecs vos écrits ont la grâce ;
Ah! pour l'honneur du Goth souffrez qu'on vous embrasse.
(tiis Biographes.)
Ce vétéran de l'érudition, ce yieillard bardé de grec et de gôth , ce doyen de tous les académiciens, c[ui depuis cinquante ans assis dans son fauteuil , n'a tu interrompre le cours de ses doctes jouissances , que pendant les deux années où la France vit se joindre à tous ses malheurs, celui bien plus terrible, selon M. Dacier, d'être privée d'Académie, n'aurait jamais visé au fauteuil de l'Académie française , sans l'embarras où se trouva , il y a quatre ans, cette société pour choisir un membre nul. Né à Valognes , M. Bon-Joseph après avoir obscurément passé ses jeunes années on ne sait où , vint à Paris , où M. Fon-
cemagne le présenta , en 177^^ , à l'Académie des inscriptions et belles-lettres , dont il devint secrétaire perpétuel , en 1782 , de la manière suivante. Chargé de l'éducation du fils du secrétaire de l'Académie , il épousa sa fille , et remplit , pendant la maladie de son beaupère . les fonctions de secrétaire ; il s'y habitua, et après lu mort du titulaire, l'Académie l'élut à sa place d'une voix unanime. Alors , dit un biographe , on connaissait peu l'intrigue dans cette société savante.
Sa nomination procura à l'Académie un homme extrêmement précieux ; il ne s'occupa plus que de ses intérêts ; il parvint, a force de soins et de sollicitations , à faire doubler la valeur des jetons de présence, à faire augmenter le nombre des académiciens pensionnaires ; enfin, c'est à lui qu'elle dut la fondation du comité des manuscrits , qui a déjà pubUé un bon nombre de volmnes , de notices et d'extraits d'ouvrages inédits qui ne sont pas plus édits pour avoir été exhumés par les soins infatigables de M. Dacier.
En 1784, M. Dacier avait été nommé historiographe des trois ordres de SaintrLazare , de Jérusalem et de Notre-Dame-de-Mont-Carmel,
dont l'histoire, du reste, ne dut pas lui occasionerde grands travaux. Eni79o,illaissa ses trois ordres pour l'écJiarpe de municipal , dont Je dépouilla la municipalité improvisée le lo août 1793- Ce fut en sa qualité de municipal qu'il présenta, le 24 juillet 1 791, à l'Assemblée nationale , les deux hommes qui avaient le plus contribué à l'arrestation de Louis XVI à Varennes. Il dit , à cette occasion, « que h capitale regrettait que ces citoyens ne fussent pas nés dans son sein. »
Malgré cesgaranties données à la révolution Il fut bientôt forcé d'échapper par la fuite aux mesures acerbes de la terreur , et il ne reparut plus jusqu'en 1802 sur la scène politique. Nommé tribun à cette époque, il passa inconnu dans cette réunion d'hommes la plupart remarquables par de grands talens et se renferma dans la bibliothèque nationale ' dont il avait été nommé conservateur en 1800 n ayant eu d'autre part aux récompenses de 1 empire , que la décoration delà Légion-d'Hon neur qu'il reçut lors de la fondation de l'ordre ia place de conservateur do la Bibliothèque résista a tous les changemens politiques. La faveur royale alla même chercher un instant
M. Dacier au milieu de ses livres. Il devint officier de la Légion-d'Honneur et chevalier de Tordre de Saint-Michel , et fut nommé , en 18 16, l'un des conseillers du Journal des Sa-
vans.
M. Dacier s'était , pendant plusieurs années , occupé d'un travail important sur l'historien Froissart , dont il se proposait de donner une édition. Malheureusement pour Froissart et pour les admirateurs de la littérature gothique , au moment où le secrétaire perpétuel avait terminé son travail et menaçait le public de quatre volumes in-4°. 5 le commencement du i". volume et la fin du second se perdirent dans le chaos des papiers du secrétariat de l'Académie des belles-lettres. M. Dacier rendit compte lui-même de son malheur, dans le rapport du 20 février 1808 , sur le progrès des sciences , qu'il présenta à la classe d'histoire et de littérature ancienne de rinstitut.
La réputation de M. Dacier , comme érudit et comme savant , est fondée sur un grand nombre d'ouvrages. Avant d'entrer à l'Académie des inscriptions et belles-lettres j il avait publié une traduction à^Elien, sans nom d'au-
leur ; depuis , il a publié la Cfropédie^ traduite de Xénophon ; le texte de ïlconogra-^ phie ancienne de Visconti; des notices historiques sur la vie et les ouvrages de Dutheil et de Hejne , associes étrangers , et de M. de Choiseul-Gouffier. Il s'est livré aussi à de volumineux travaux sur l'histoire de la classe de l'Institut dont il est le secrétaire perpétuel ; on lui doit le recueil des mémoires de cette Académie , son histoire et ses travaux depuis sa réorganisation consulaire jusqu'en 1817, et des notices et extraits de manuscrits inédits de la Bibliothèque du Roi.
M. Dacier , porté à l'Académie française , n'a rien publié encore qui lui méritât ce fauteuil ; car on ne dira pas que des commentaires sur Froissart , de lourdes notices et un mémoire sur la Matrone d'Éphèse , inséré dans le 4i'. volume des mémoires de la troisième classe, soient des titres sufEsans. En revanche , M. Dacier est accablé de pensions ; c'est un des savans les mieux rentes aux frais de FEtat. Il a, comme administrateur de Ja Bibliothèque du Roi, 6,000 francs; conservateur des manuscrits à la même Bibliothèque 6,000 francs; secrétaire perpétuel de FAca-
demie des inscriptions , 6,000 francs ; frais de bureaux , 4,000 francs ; membre de la classe , 3 000 francs ; comme ayant passé soixante ans et membre de l'Académie française , 3,ooo fr. ; les jetons de présence , à 20 francs , un par semaine chaque section ; membre des quatre commissions de la troisième classe, à 2,400 fr. par commission; total 37,600 francs. Il faut convenir que c'est bien payer un homme qui commente Froissart , et laisse encore perdre ses manuscrits.
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(PIEKRE-ANTOINE-BRUNO-NOEL, COmte) , Né à Montpellier en 1767.
C'est un homme d'une extrême probité , sûr et grand travailleur; au travail du Ijœuf il joignit le courage du lion.
Napoléon.
Il débuta jeune encore dans deux carrières tout-à-fait opposées , dans la partie admiriistrative des armées et dans la littérature ; il n'a cessé depuis lors de se distinguer dans des travaux d'un genre si distinct , et de concilier des goûts qui semblent d'abord incompatibles.
Il fit les premières campagnes de la révolution en qualité de commissaire des guerres devint ordonnateur en 1 799 , et au 1 8 brumaire fut nommé chef de bureau au ministère de la
"uerre , dont il fut bientôt après le secrétaire "énéral ; c'était au milieu de ces occupations arides , qu'il trouvait encore le temps de créer sa réputation littéraire. Sa Traduction envers des poésies d'Hoî^ace lui assura dès lors un rans distingué sur le Parnasse français ; on trouve dans cette version la facilité , l'élégance du poète latin et quelquefois (dans les odes) , son énergie et son élévation. Le traducteur français a laissé bien loin derrière lui tous ses devanciers , et n'a pu encore être dépassé ni même approché par ceux qui ont tenté cette carrière. L'amour de l'étude , le culte des muses qu'il portait au milieu du fracas des camps, servaient encore à le consoler dans l'effrayant silence d'une prison; ce fut sous le régime de la terreur , pendant une détention de dix mois , par suite d'une dénonciation des comités révolutionnaires , qu'il composa une épitre à son Sans-Culotte , pièce brillante de gaîté et de bonne philosophie. L'époque du 9 thermidor le rendit à la liberté. A{)pelé au tribunat en 1799, il y discuta avec force et clarté un projet de loi relatif à l'instruction publique, et soutint, contre Carion deNisas,les principes du philosophe de Genève. En l'an 8, il publia la Cléopéide
OU la Théorie des réputations en littérature j poëme qui ajouta à celle de l'auteur.
Ce fut à cette époque que Napoléon, dont le coup-d'œil était si sûr pour juger les hommes , apprécia dignement les talens de l'administrateur, et commença à l'investir de cette confiance qu'il lui a continuée pendant un règne de quinze ans. M. Daru fut nommé commissaire du gouvernement pour Texécution de la fameuse convention de Marengo , et vit dès lors sa fortune politique invariablement attachée à celle de son souverain.
En i8o5, il devint intendant général de la grande armée et des pays conquis , fut commissaire pour l'exécution des traités de Presbourg , de Tilsitt et de Vienne. Appelé en Prusse en qualité de ministre plénipotentiaire, il fit exécuter contre cette puissance des mesures de rigueur pour résultat de nos victoires en 1806 et 1807 ; et lorsqu'enfin le duc de Bassano passa au département des affaires étrangères , ce fut M. Daru qui prit sa place comme ministre secrétaire-d'État.
La campagne de Russie, en 1812 , servit encore à développer ses talens administratifs et ' son incroyable activité. C'était en cette qualité