D\RU
qu'il se trouvait dans l'ancienne capitale de l'empire russe , lorsqu'il fut chargé de liouveau de l'intendance générale de l'armée. Jamais administration militaire ne fut acceptée à une plus difficile époque; il suffit de dire que les fonctions de l'intendant commencèrent du jour où l'armée française, vaincue par les élémens , se décida h cette retraite de si douloureuse mémoire , mais semée aussi de quelques glorieux souvenirs. M. Daru resta constamment attaché à Napoléon jusqu'en i8il^^ et à cette époque il s'éloigna de la scène politique, dont il se rapprocha fort peu, même pendant les cent jours; il parut seulement au coriseil-d'Etat et signa , comme M. Mole, la délibération du 25 mars.
Ses longs services politiques lui acquirent, en divers temps , les plus justes récompenses ; nommé grand-cordon de la Légion-d'Honneur , et ministre , sous le gouvernement impérial , il reçut aussi de Louis XVIII la croix de Saint- Louis, en i8i4; et en 1819, il fut élevé à la dignité de pair; dans cette chambre il a toujours professé les principes les plus favorables au système constitutionnel.
Ses titres littéraires ont été augmentés à différentes époques de plusieurs ouvrages qui ho-
norenl infiniment son talent; on cite entre autres sa Vie de Sully et son Histoire de Venise, en 7 vol. ; histoire aussi remarquable par la profondeur de la pensée que par l'énergie de l'expression. Une citation fera connaître la manière de l'auteur. « On eût dit que pour la . » première fois il y avait à Venise liberté de » pensée et d'écrire; et l'on éprouva, dans cette » occasion , que les princes n'ont rien à craindre )) de cette liberté , quand le gouvernement ne )) se met pas en opposition avec Tespritpublic. » Cet ouvrage révéla à la France un nouvel historien ; il doit être placé parmi les grandes compositions du genre, et l'Europe savante lui a déjà décerné le rang le plus distingué. L'immensité des matériaux , la sagacité des recher^ ches , la juste appréciation des événemens et des institutions feront toujours son mérite essentiel et lui en assureront la durée ; il y peint à grands traits la naissance et les progrès de cette nation devenue si fameuse, son gouvernement aristocratique, sombre, défiant et formidable, sa domination pendantle moyen âge, les guerres, les ravages, les excursions continuelles dont elle fut le théâtre , et les grandes causes qui ont amené la paralysie de ce corps si robuste
fi
et transporté son commerce et sa puissance à d'autres insulaires.
On peut citer aussi comme modèles de style et de raisonnement ses discours à la Chambre des Pairs , notamment celui qu'il prononça en i8ig,sur les comptes des ministres, en 1820 , sur le droit de pétition, sur Ja liberté individuelle , sur la censure , sur les élections, et les années suivantes ses opinions sur le budjet des administrations financières et sur la liberté de la presse.
Ses travaux académiques avaient eu depuis long-temps leur récompense. En i8o5, l'Institut appela dans son sein le poète traducteur d'Horace , pour succéder à Colin-d'Harleville. M. Daru, depuis cette époque, a cru pouvoir se dispenser des réglemens qui prescrivent aux élus la léthargie et l'impuissance. Il a donné divers ouvrages dont nous avons déjà parlé , et s'il a déplu a MM. ses collègues, il n'a pas démérité du public , qu'on doit pourtant compter pour quelque chose.
Ainsi , sa réputation , comme littérateur , est aujourd'hui marquée ; comme homme public , il a des droits à l'estime de ses concitoyens : tout le monde se plaît à rendre justice à ses
:-75-fc';..An..;.
connaissances dans la carrière administrative qu'il a parcourue , à son habitude parfaite des affaires et au zèle infatigable qu'il a déployé dans ses différens emplois. On lui reproche cependant une extrême sévérité dans le service, et une rigueur plus qu'ordinaire avec ses subordonnés. Nous ne pourrons terminer cet article sans relever ici ufte imputation atroce portée contre M. Daru dans une Biographie connue par son extrême partialité et par ses fréquentes calomnies; il y est dit u qu'ayant suivi Bonaparte » dans la Russie , en 181 2 , il échappa aux suites » de cette funeste campagne , qui lui valut mille » malédictions b raison du défaut de subsistance » qu'on lui attribua généralement. » Outre que le public , et surtout les acteurs de cette épouvantable catastrophe ont déjà fait justice de cette odieuse accusation , il suffit pour la réfuter entièrement de lire le jugement porté par Napoléon sur M. le comte Daru :
(( C'est un homme d'une extrême probité, » sûr et grand travailleur. A la retraite de )) Moscou il s'est fait particulièrement distiii- ' » guer. Au travail du bœuf il joignait le cou- » rage du lion; le travail semblait être l'élément )) de M. Daru. »
Or , l'Empereur , après cette fatale époque, continua ses faveurs au munitionnaire , et lui confia l'intendance des biens de la couronne dans les départemens de Rome et du Thrasymène ; et certes , Napoléon n'était pas homme k mollir contre celui qui aurait affamé sa grande armée ; on sait assez de quelle manière leste et expéditive il traitait MM. les fournisseurs.
Concluons de là que l'imputation ci-dessus doit être réputée fausse et calomnieuse ; qu'il peut être permis d'écrire mal , mais non d'écrire faux, et que les frères Michaud ont abusé cette fois du quidlibet audendi.
--»8~.-^ ^*-t «.■Wqj»mK!||IW( 1 II I lîii I ilS'iiiii jTi, ■^mjKC^itrfMMW
»A/VWVV\fV«/V«/M/%/lW«A/V«k/VV«i»/VVV»A/V««/VVVVVVVM/«WW«/V««/W«V
W«AM«UVV«WW\>»AA/V«/WVt/V«V*WV