‹ Biographie, discours, conférences, etc. de L'Hon. Honoré MercierChapitre 118 sur 145 · EMPLOI DU DERNIER EMPRUNT · texte numérisé non relu

EMPLOI DU DERNIER EMPRUNT

Nos adversaires, avec une mauvaise foi que nous devons regretter sincèrement, répandent toutes sortes de rumeurs, propres à nuire à la province, portent toutes sortes d'accusations propres à créer un malaise dangereux dans l'esprit des citoyens, et allèguent, avec malice, sachant que c'est faux, que nous n'avons plus le sou, que la caisse est vide et que nous sommes obligés d'emprunter au jour le jour, comme des che valiers d'industrie, pour faire face aux obligations du service public.

On ajoute hypocritement, comme étant quelque chose d'abominable, que le montant de l'emprunt de 1888 est tout dépensé.

Occupons-nous de suite de cette abominable chose.

Le statut sanctionné le 18 mai 1887, 50 Victoria, chapitre 3, nous autorisait à emprunter trois millions et demi, à quatre pour cent, pour payer la dette flottante.

Quelle était cette dette flottante ? C'est écrit en toute lettre comme suit dans la loi :

41 a. Pour emprunts temporaires et fonds en fidéi-

commis $729,227 67

" h. Pour mandats non payés 16,196 78

" c. Pour balance sur les subsides accordés à certaines compagnies de chemins de fer, avant l'année 1886 579,732 25

" (/. Pour paiement des premiers 35 centins des mêmes subsides, à convertir en argent. . $1,084,328 50

Et aussi pour paiement des premiers 35 centins des mêmes subsides, à convertir en argent 464,100 00

Le tout en vertu du statut 49-50 Victoria, chap. 77, (1886).

" e. Pour paiement de travaux à exécuter à l'hôtel de la législature et au palais de justice à Quebec — sur laquelle somme $160,000.00 étaient alors dues 427,937 00

" /. Pour balance due sur achats de terrains et autres dettes admises, en rapport avec le chemin de fer Q. M. O. et O 64.070 00

" g. Pour autant à rembourser au fonds d'amortissement établi par la loi et perdu sur dépôt à la banque d'Echange 27,000 00

" h. Pour estimation de l'insuffisance des revenus

ordinaires de l'exercice en cours (1886-87). . . 370,842 00

" Attendu que ces diverses montant s'élevaient le 31 janvier 1887 à trois millions sept cent soixante-trois mille quatre cent trente quatre piastres et trente deux centins 3,763,434 32

" Attendu que, en sus de cette somme, les suivantes sont re-

" quises pour les besoins du service public :

" i Pour l'agrandissement du palais de justice à

Montréal 8200,000 00

" k. Pour encourager la construction de ponts en fer

dans les municipalités 25,000 00

" L Pour payer partie du coût de l'exploration recommandée par l'assemblée le 14 juin 1886, pour les comtés de Dorchester, Lévis, Bellechasse, Montmagny, Kamouraska, Témiscouata, Lotbinière, Mégantic, Arthabaska et Wolfe 10,000 00

" m. Pour montant du budget supplémentaire additionnel de l'exercice en cours 39,190 57

" Attendu que ces derniers montants, s'élevant à deux cent soixante quatorze mille cent quatrevingt dix piastres et cinquante-sept centins. . 274,190 57 forment réunis à la somme de trois millions sept cent soixante-trois mille quatre cent trente-quatre piastres et trente-deux centins, 3,763,434 32

l'hon. m. mercier 571

" Un chiffre total de quatre millions trente-sept mille six cent vingt-quatre piastres et quatrevingt neuf centins 4,037,124 89

" Attendu qu'il y avait en outre, le 31 janvier 1887, contre le " gouvernement de la province, des réclamations contestées pour " un montant très considérable :

" Attendu que la province a certaines réclamations à faire va- 4t loir, mais qu'il est impossible, vu leur nature et les circonstances " de fournir, même approximativement le montant qui pourra " en être perçu ;

" Attendu qu'il est de l'intérêt public de régler cette dette " flottante et de mettre le gouvernement en état de rencontrer 4i toutes les obligations légitimes de la province ; .... "

Ainsi l'emprunt de trois millions et demi a été autorisé pour payer plus de quatre millions de dette flottante ; — pas pour autre chose, remarquez-le bien.

L'emprunt a été fait à des conditions très avantageuses et a produit $3,378,332.50.

Qu'avons-nous fait de ce montant ? C'est horrible ! vraiment, et j'ai peur de vous l'avouer.

Nous avons payé pour autant la dette flottante, mentionnée dans le statut ! N'est-ce pas quelque chose d'abominable ?

Vous trouvez tous ces détails dans l'admirable discours de M. Shehyn, prononcé à la dernière session. Et dire que l'opposition a permis à ce ministre coupable de laisser la province pour l'Europe, sans le faire arrêter sur capias ! lui qui a dépensé tout le produit de l'emprunt de 1888 pour les fins indiquées dans la loi, suivant qu'il y était tenu ! Franchement, c'est renversant et les honnêtes gens doivent être épouvantés à la vue d'un trésorier qui laissant toutes les traditions de ses prédécesseurs, emploie honnêtement le produit d'un emprunt aux -fins auxquelles il était destiné ! Et destiné par la loi même !

Un mot maintenant de la première accusation : " Nous n'avons 11 plus un sou en caisse et ne vivons que d'emprunts."

Je m'empresse de vous dire, tout d'abord, que nous n'avons pas emprunté un centin depuis 1888, c'est-à-dire depuis les trois

millions et demi du Crédit Lyonnais. Pas même un centin d emprunt temporaire, remarquez bien !

Et cependant nous avons payé, hier, dans cette ville même, $400,000 sur l'indemnité des biens des Jésuites ! et nous n'avons pas demandé à qui que ce soit de nous prêter un centin !

Franchement, n'est-ce pas désolant pour nos adversaires ? Dire que nous n'empruntons pas afin de leur faire plaisir et donner raison à leurs fausses accusations ?

Mais, crie-t-on de toutes parts, vous donnez des lettres de crédit parce que vous n'avez plus d'argent.

Encore un mensonge, messieurs.

J'admets qu'il y a quelques lettres de département, permettant de faire voter certains montants, à la prochaine session ; mais elles ont été données, non parce qu'il n'y avait plus d'argent dans la caisse ; mais bien parce qu'il n'y avait pas de crédit pour justifier cette dépense. Et crédit veut dire ici appropriation, de la législature ; aucun paiement ne pouvant être fait sans un vote de crédit de la législature, ou sans un mandat spécial, émis dans les cas d'urgence.

Toutes ces accusations sont fausses, mensongères, inventées pour nuire au gouvernement, et colportées sur l'aile de la calomnie méchante et anti-patriotique, dans le but d'alarmer le public et d'obtenir un succès éphémère de parti.

J'affirme ici devant les hommes distingués qui m'entourent et qui sont mes juges ; j'affirme devant le peuple de la province que je respecte et que je ne voudrais pas tromper, j'affirme qu'il n'y a rien de vrai dans tous ces racontars ; que le salaire <des employés publics est payé régulièrement ; que le service de l'intérêt de la dette se fait au désir de la loi, à la satisfaction de nos créanciers et à l'honneur de la province.

Que nos adversaires continuent à crier s'ils le veulent ; c'est leur affaire. Mais ils ne seront pas crus : ma parole sera acceptée par les gens raisonnables des deux partis.

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