‹ Biographie, discours, conférences, etc. de L'Hon. Honoré MercierChapitre 126 sur 145 · IV. — ECOLES MODÈLES · texte numérisé non relu

IV. — ECOLES MODÈLES

Sutton 209

Ayhner. 150

Portage du Fort. 150

Ormston 125

Danvîlle 50

Clarendon 125

Cookshire 125

Mansonville 125

Leeds. 50

Hemmingford 125

Waterville 125

Ulverton 50

Richmond 75

Berthier 75

Bolton 50

Bryson 50

Bury 50

Como. 50

Frelighsburg 50

Farnham 50

Grenville 50

l'hon. m. mercier 591

Could 50

Hatley 50

Hull 50

Lachine 50

Magog 50

Marbleton 50

Mystic 50

Rawdon, N . . . 50

Sorel 50

St-Sylvestre 50

Stanbridge 50

Valleyfield 50

Warden. 50

Paspébiac 100

Gaspé-Basin 100

Richmond (New) 100

" La somme des subventions ci -dessus — $20,545 — se décompose " comme suit :

41 Subvention proportionnelle à la population $ 9,700

" Subvention spéciale aux High Schools 2,470

" Intérêt sur le fonds des licences matrimoniales 1,400

" Sommes provenant de la célébration de mariages par

des ministres protestants 7.410

" Solde de la subvention de Tannée dernière 565

" Total : $21,545

*' A déduire frais fixes. 1.000

" Somme totale à distribuer. ^ . . . . $20,545

" Cinquième question. — Pourriez- vous me donner le chiffre de " la population protestante de langue anglaise de cette province ? Réponse. — Je n'ai pas ce qu'il faut pour constater le chiffre de la population protestante de langue anglaise de la province en la distinguant de la population protestante parlant d'autres lan-

" gués. D'après le dernier recensement, il y avait dans la pro- '

vince :

" Catholiques romains 1,170,718

44 Protestants 183,900

" Neutre 4,319

44 Ensemble 1,359,027

" J'ai l'honneur detre, cher monsieur,

" Votre obéissant serviteur, 44 (Signé) Elson I. Rexford,

44 Secrétaire du département de l'instruction publique."

Voilà comment la minorité protestante est traitée dans notre province. Je ne parle point des divisions électorales où la majorité est française et catholique et qui nous envoient des députés protestants ; je ne parle point du grand nombre d'anglais protestants que nous avons nommés au conseil législatif, pour représenter des collèges électoraux où il n'y a presque point d'anglais protestants ; je ne parle point de cette foule d'employés publics anglais protestants, recevant de magnifiques salaires et traités par nous comme s'ils étaient des Canadiens-français et des catholiques : non, je ne parle point de ces choses, car il n'y a pas lieu de se vanter d'être juste ; il n'y a qu'à regretter d'entendre nos ennemis nous accuser d'injustice, quand nous ne méritons nullement cette accusation.

Qu'on le sache une fois pour toute : la minorité protestante est bien traitée dans cette province, elle est traitée généreusement, libéralement, et il n'y a pas de pays au monde où la majorité a moins de préjugés religieux et nationaux, que dans la province de Québec.

La lettre du Rév. M. Rexford fait connaître la situation; espérons quelle produira un effet salutaire dans d'autres provinces, où l'on semble disposé à oublier les règles de la justice en menaçant la minorité de la perte des droits qu'elle possède ici.

Seulement, qu'on me permette de dire qu'une minorité n'a pas de droit à cause de sa nationalité ou de sa religion ; elle a des droits parce qu'elle est minorité ; les protestants ont autant de

droits que les catholiques, les catholiques auta ît que les protestants ; les Anglais, les Irlandais, les Ecossais ont autant de droits que les Français ; mais les Français en ont autant que les Anglais, les Irlandais et les Ecossais ; et ce qui est accordé aux uns, en Canada, doit être accordé aux autres ; ce (Jui est refusé aux uns, doit être refusé aux autres.

Espérons (pie ces principes ne seront jamais méconnus et que nous ne serons pas appelés, dans aucune de nos provinces, à user de représailles et à rappeler aux majorités qui voudraient etie injustes qu'il y a une minorité qui a besoin de protection.

CONCLUSION

Voilà, messieurs, ce que j'avais à vous dire. Je crois avoir répondu, d'une manière satisfai santé aux accusations portées contre le gouvernement : je m'arrête là, malgré que j'aurais encore bien des choses à vous dire.

En terminant, laissez-moi vous prier, tous tant que vous êtes, de ne point oublier que nous avons formé le parti national, avecvôtre consentement, avec votre appui, avec le consentement et l'appui de tous les libéraux dans la province de Québec ; que ceparti est sorti d'une alliance honorable, et m'a permis de former le gouvernement actuel, qui, dans son origine, a été appelé national, est resté national depuis, et restera national tant que j'en si» i'ai le chef.

(.•'est dire que nous avons brisé les vieux liens de parti, que nous avons renoncé à certaines traditions considérées comme dangereuses, et à certaines idées condamnées par des autorités respectées, afin d'affirmer un programme nouveau assez libéral pour assurer la prospérité publique, mais aussi, assez conservateur pour ne pas inquiéter les bons citoyens.

(V programme sera respecté, ce gouvernement sera maintenu et ce parti vivra dans ces conditions et pas dans d'autres.

Je compte sur tous les honnêtes gens pour m 'aider à tenir cette promesse et à faire respecter cette décision.

DISCOURS m L'HON. HONORÉ MERCIER

Prononcé à la Convention Libérale du 39 mars 1881.

M. le Président, Messieurs,

Je me rends avec plaisir à l'invitation qui m'est faite, de vous «xposer le but de cette réunion qui comme vous le savez tous, est de réorganiser le parti libéral du district de Montréal

Je vois avec plaisir qu'un grand nombre de délégués se sont rendus ici afin de nous aider dans ce travail d'organisation. Je vois dans cette assemblée de vieux amis avec lesquels j'ai fait la lutte pour le parti, et je n'ai nul doute qu'en venant s'associer au travail d'organisation que nous allons faire à Montréal, ils nous apporteront le concours du dévouement et de l'énergie qu'ils savent toujours déployer pour \notre cause. Nous comptons sur leur zèle et leur expérience et nous sommes heureux de savoir que ni l'un ni l'autre nous feront défaut.

Il y a déjà quelque temps, plusieurs amis se sont réunis et ont manifesté le désir de faire revivre l'Association de Réforme du district de Montréal sous la direction de laquelle nous avons fait des luttes glorieuses pendant les années qui ont précédé 1878. J'ai cru que cette idée devait être favorablement accueillie et après avoir eu l'approbation de plusieurs amis dé la cause, j'ai convoqué chez moi une assemblée préliminaire, le cinq du présent mois et il y a été décidé de réunir ici les principaux amis de notre cause dans les différents comtés qui constituent le district politique de Montréal. Ces comtés forment 25 divisions électorales. En réunissant toutes les forces dispersées dans ces différentes divisions, en les plaçant sous une direction unique, vigoureuse et énergique, en centralisant le mode d'action de manière à permettre à tous nos amis de recevoir, à un moment donné, l'impulsion et les instructions dont ils ont besoin, nous pourrions, ce me semble, obtenir un résultat favorable et propre à nous conduire

l'hon. m. mercier 595

au succès. Les partis ne sont forts que par l'organisation, parce que dans l'organisation seule, ils trouvent cette union, cette entente, cette centralisation qui sont indispensables et qui permettent à tous les amis d'agir dans un même but, dans une même pensée et pour un même objet. Je sais qu'il est difficile d'organiser le parti libéral, parce que l'organisation suppose la discipline, et qu'il n'y en a guère chez nous. Nos convictions, nos principes, notre éducation politique, nos luttes : tout cela nous rend indisciplines. Nous serions des conservateurs si nous obéissions servilement. Mais sans devenir des esclaves, nous pouvons être moins indisciplinés et accepter mieux le commandement et la direction de chefs autorisés. Le succès est à cette condition. Discutons l'objet du commandement avant qu'il soit donné, mais une fois qu'il l'est, cessons toute discussion et obéissons. Si les libéraux ne veulent pas accepter cette manière de voir, qu'ils renoncent à la politique, car ils sont voués à l'impuissance.

L'organisation qui vous sera proposée n'est pas compliquée. Nous vous demanderons purement et simplement de confier à un comité de régie l'autorité nécessaire pour commander et agir en votre nom. Ce comité devra être composé f.x-ojficw de toutes les personnes qui de droit sont les porte-étendards du parti : les sénateurs, les conseillers législatifs et les députés libéraux de ce district. Il est juste que ceux qui représentent le parti dans les grands conseils de la nation soient appelés les premiers à le diriger. Ayant obtenu la confiance du peuple, ils doivent avoir la nôtre. Ils sont donc, de droit, membres de notre association politique qui a pour objet de faire triompher les idées libérales dans ce distinct. Nous devons avoir d'autant plus de déférence et de respect pour leurs opinions et leurs avis qu'ils sont plus en état que la plupart d'entre nous de connaître et de constater le sentiment public. Nous ajouterons à ces personnes les présidents des clubs nationaux et de réforme tant de Montréal que des autres localités, vu que ces messieurs représentent des institutions patriotiques et éclairées dans lesquelles nos jeunes gens vont chercher l'inspiration de ces grands dévouements qui leur sont personnel^ et qui les rendent si utiles à la cause nationale. Mais vous devrez aussi choisir d'autres personnes et c'est pour cela

surtout que vous avez été appelés en assemblée. Vous devrez nous-diré .quels sont ceux qui, dans vos comtés, dans vos paroisses, ont droit de parler en votre nom : vous nous direz quels sont ceux <j4ii ont assez d'autorité parmi vous pour faire respecter leur opinion, pour faire triompher les idées libérales, pour venir de teinps à autre aider le comité central et donner une vigueur nouvelle à l'organisation dont tout le inonde admet l'impérieuse nécessité. Toutes ces personnes, celles que nous allons nommer tout à l'heure, ut celles qui de droit font partie de l'association, constitueront le comité de régie qui aura vis-à-vis du parti libéral de ce district la responsabilité de la direction.

Les membres de ce comité seront les véritables chefs du parti libéral. Ce sont eux qui décideront des questions de patronage dans les villes et les comtés; ce sont eux qui diront quels sont les- amis de la cause qui méritent d'être récompensés ; ce sont eux qui décideront les questions délicates, mais qu'il faut toujours décider, qui se soulèvent quelquefois entre deux amis qui demandent la même situation. Les membres de ce comité ayant vu les travailleurs à l'œuvre, et connaissant leur mérite, ils sauront dire où doivent aller les faveurs légitimes que le parti aura à sa disposition.

Comme vous le voyez le rôle du comité de régie sera très important. De là la nécessité de le bien composer et de n'y mettre que des personnes prudentes, habiles et expérimentées, des personnes modelées mais énergiques, qui sauront exposer avec calme leurs idées, mais qui sauront aussi les défendre avec la vigueur nécessaire pour en assurer le triomphe. Ce comité choisira l'exécutif de l'association. Cet exécutif ne sera composé que de sept à neuf personnes qui exécuteront les décisions et les ordres du comité. Les membres de cet exécutif devront être actifs, laborieux, énergiques. Ce seront des travailleurs, mais des travailleurs pour édifier et non pour détruire, des travailleurs qui sauront faire l'ouvrage eux-mêmes, ou le faire faire par d'autres» Naturellement l'exécutif sera composé du président, des viceprésidents, du secrétaire et du trésorier, choisis par le comité de régie et d'autres (pie ce comité pourm nommer, car nous avons cru. qu'il serait sage de laisser à ce comité de régie autant de la-

titude que possible.. Devant avoir toute la responsabilité de l'organisation et du travail, il est juste qu'il décide des moyens qu'il jugera les plus propres à rendre son travail efficace et à assurer notre triomphe.

Nous avons longtemps hésité pour savoir si nous devions nommer à cette assemblée même le président, les vice-présidents, le secrétaire et le trésorier de notre association. Après mûre délibération, après avoir consulté plusieurs personnes d'expérience, avoir examiné les résultats des travaux de l'ancienne association, avoir étudié certains embarras dont le passé nous fournit l'historique, nous avons cru qu'il valait mieux ne point nommer maintenant ces officiers et laisser le choix aux membres du comité de régie, et nous espérons que, dans l'intérêt de la cause, vous approuverez la proposition qui sera faite dans ce sens.

Je vous ai parlé du secrétaire que nous aurons à nommer. Cet officier sera très utile ; il sera en quelque sorte l'âme de notre société ; et c'est lui qui fera la partie la plus considérable du travail. Nous devrons mettre à sa disposition des salles assez spacieuses pour lui permettre de recevoir les amis de la campagne et de réunir le comité de régie quand l'occasion s'en présentera. Ces salles devront être convenablement meublées et on devra y trouver les principaux journaux des deux partis et les documents officiels afin de permettre à ceux qui voudront se renseigner sur les questions du jour de trouver dans ces salles les informations qu'ils chercheraient en vain ailleurs. Au moyen de c«»s salles, il y aura des rapports continuels entre les amis de la campagne et ceux de la ville, et on pourra toujours savoir exactement comment s'aider et se renseigner ; et nous connaissant mieux, nous nous estimerons davantage. Quand un ami de la campagne sera obligé de passer la soirée à la ville, il se rappellera qu'il y a ici des salles qui lui sont ouvertes où de bons libéraux seront heureux de le rencontrer et de causer avec lui. Vous aurez ainsi des relations entre les libéraux des différentes parties du pays, et ces relations devront avoir un excellent effet sur tout le parti.

Vous voyez de suite l'importance du choix du secrétaire. J'espère que le comité de régie nommera une personne capable de

remplir les devoirs de cette charge à la satisfaction de tous no» amis.

Il va sans dire que ce secrétaire devra recevoir un salaire convenable, non pas pour le faire vivre mais au moins pour l'indemniser un peu de la perte de son temps et lui permettre de se dévouer à ce travail d'organisation, que tout le monde désire voir se faire. Pour arriver à ce résultat il faudra de l'argent et j'espère que tous les amis seront assez dévoués au triomphe de la cause pour souscrire généreusement. La contribution de chacun ne devra pas être considérable, car les membres de l'association étant déjà très nombreux, la moindre contribution de la part de chacun formera un montant considérable à la fin de l'année. Nos amis de la campagne, sont invités à faire une semblable organisation dans les villes, villages et comtés, et je sais qu'avec le dévouement qui les distingue ils se rendront à l'appel du comité de régie et feront leur devoir dans cette occasion comme dans les autres.

Voilà l'organisation dont le projet vous sera soumis. J'espère que vous le discuterez avec calme et que vous le jugerez avec impartialité.

L'union, l'entente sont indispensables. Si nous sommes divisés, nous serons faibles ; si nous sommes unis, nous serons forts. Quand on travaille au triomphe d'une même cause, il faut se supporter les uns les autres, se pardonner mutuellement les fautes que, dans d'autres moment, on serait disposé à se reprocher, avoir soin de faire taire son amour propre, son ambition, qu'elle soit légitime ou non, Il faut aussi éviter les récriminations contre les chefs, contre ceux qui ont la direction du parti ; il faut savoir accepter leurs ordres avec respect et si on ne veut pas obéir» laisser obéir les autres.

L'association pourra toujours, chaque année, changer les membres de son comité et par conséquent faire triompher les idées qu'elle préfère ; ce qui est bien préférable au système d'élire un comité de régie dont les membres resteraient en fonction pendant quatre ou cinq ans ; l'association aurait été obligée de subir une direction qu'elle n'aurait pas aimée pendant deux ou trois ans. Mais grâce au caractère essentiellement républicain que noua

donnons à notre organisation, nous pourrons toujours faire adopter nos vues, en changeant la direction de notre association à l'élection générale qui se fera chaque année. J aime à croire que ces explications suffiront pour vous permettre de procéder avec avantage aux élections qu'il faut faire pour l'année courante.

Une liste vous sera soumise. Vous devrez l'examiner avec une attention toute particulière et non seulement retrancher les noms qui ne vous conviendront pas, mais y ajouter ceux que vous croirez devoir recommander. Il va sans dire que cette liste est très incomplète. Elle a été faite, il est vrai, avec tout le soin possible, mais le comité provisoire ne possédait pas les informations nécessaires pour lui permettre de mettre les meilleurs hommes de chaque localité ou de les mettre en nombre suffisant. C'est pour cela qu'il sera sans doute utile de donner au comité le pouvoir de s'adjoindre des membres nouveaux, chaque fois que la chose sera jugée nécessaire.

Vous savez sans doute que les élections générales de la province de Québec devront se faire d'ici à un an, le parlement actuel expirant en juin 1882. Il est fort possible que les élections se fassent prochainement, dans le cours de l'été, plus tôt même. De là la nécessité d'organiser, rapidement, prudemment, mais énergiquement. Si notre projet d'organisation vous convient, messieurs, acceptez-le ; s'il ne vous convient pas, proposez en un meilleur et nous l'accepterons avec plaisir.

Permettez moi maintenant de vous parler de questions d'un ordre plus élevé. Après vous avoir démontré la nécessité d'une organisation, je voudrais vous démontrer la nécessité de rappeler certains principes libéraux tels que nous les avons toujours compris et affirmés dans cette province.

Il va sans dire que nous ne faisons pas de programme. Nous ne croyons pas la chose nécessaire et pour deux raisons ; d'abord nous avons celui île 1872 qui nous suffit et ensuite il n'y a pas de grandes questions nouvelles qui nécessitent une entente générale entre les libéraux, ou qui pourraient provoquer un conflit d'opinions. D'ailleurs, ce programme de 1872, a été adopté aprèsde longues discussions, a été fait avec beaucoup de prudence, de réserve et de modération par des hommes distingués. Une preuve

que ce programme était sage, c'est que la plupart de ses articles ont été placés dans les statuts et sont devenus la loi du pays. Pour ne mentionner que quelques uns de ces articles, je citerai le scrutin secret, les contestations d'élections devant les tribunaux, les élections dans un seul jour, l'abolition du double mandat, l'octroi des contrats au plus bas soumissionnaire, etc.

Toutefois, sans vouloir faire de programme, nous croyons de l'intérêt du parti de formuler certains principes, de faire certaines déclarations que les circonstances rendent nécessaires pour indiquer d'une manière plus claire la direction que nous désirons donner au parti libéral.

Nos ennemis ont cherché de tout temps à nous compromettre, ils nous ont prêté des principes que nous ne professons pas et nous ont reproché des idées que nous n'avons jamais émises.

C'est l'occasion de faire d une manière solennelle, une déclaration qui devra faire taire nos adversaires s'ils sont honnêtes et en même temps rassurer nos amis que certains événements qui se passent actuellement en Europe, pourraient rendre inquiets. Qu'on le sache donc une fois pour toutes : nous répudions toutes les doctrines impies, révolutionnaires ou socialistes qui bouleversent le vieux monde. Nous sommes pour les libertés et nous condamnons tous ceux qui les foulent aux pieds et cherchent à les écraser par des persécutions religieuses ou politiques.

Notre parti est exclusivement politique, et a pour objet principal la défense des libertés constitutionnelles ; et non seulement il respecte nos institutions civiles et religieuses et en protège les droits acquis, mais encore il les défend contre tout ce qui pourrait détruire ou gêner leur action bienfaisante sur la société. Et cette liberté qu'il accorde aux autres et qu'il veut défendre au besoin, il la réclame pour lui, pour les convictions de ses membres, et il espère qu'elle ne leur sera pas refusée. Sous un gouvernement constitutionnel ou représentatif il est nécessaire que les partis politiques puissent agir librement et travailler sans entraves au triomphe des idées qu'on croient avantageuses au pays pourvu qu'ils respectent les lois de la morale et de la religion.

Je suis heureux de me voir entouré dans une occasion comme celle-ci, de citoyens distingués qui ont une position honorable

l'ho&.m. mercier 601

<lans la société et qui comme vous et moi, M. le président, croient à la religion de leurs pères et se font un honneur de la pratiquer. Les soupçons et l'injure ne peuvent atteindre ces hommes ; et l'opinion publique, saine et éclairée, saura faire justice de ces attaques inspirées uniquement par l'esprit de parti.

Qu'on me pardonne cette remarque, et (pion veuille bien croire <jue je ne la fais que pour défendre mes amis des imputations injurieuses de certains hommes qui ne sont religieux que sur les hustings. Quant à nous, nous voulons éviter tous les conflits religieux et nationaux, toujours si dangereux dans un pays peuplé comme le nôtre de races différentes et d'individus professant «les religions diverses. Nous voulons détruire le fanatisme qui obscurcit l'intelligence des individus et énerve les forces de la nation. Dans toutes leurs luttes les Canadiens doivent se rappeler qu'ils ont la même patrie pour mère. S'ils veulent constituer une grande nation il leur faut créer et développer parmi eux de nobles idées et de nobles sentiments de patriotisme. Toutes les races et toutes les croyances sont égales aux yeux de la loi sur ce sol libre d'Amérique t»t ce serait un crime de lèse- nation que de soulever ici ces questions brûlantes propres à provoquer les conflits regrettables qui ont bouleversé les peuples européens pendant de longues années. Soyons de notre pays et de notre siècle et employons notre énergie à développer nos ressources au lieu de la dépenser dans «les luttes stériles et ridicules.

J'espère que ces déclarations, appuyées par la proposition qui vous sera soumise, suffiront pour satisfaire les hommes sincères et rassurer ceux qui, de bonne foi, ont pu croire aux rumeurs que la calomnie s'est plu à répandre contre le parti libéral canadien.

Il y a une autre question, messieurs, sur laquelle je tiens à vous dire un mot, et sur laquelle nos amis s'attendent, je crois, à ce que je vous dise un mot : Je veux parler de la question fiscale qui a soulevé et soulève encore aujourd'hui tant de discussions. Comme nous avons décidé de ne pas faire de programme et de nous en tenir à celui de 1872, nos amis n'ont qu'à référer à celuici pour savoir quelles opinions ils doivent entretenir sur ce sujet rempli de difficultés.

J'ajouterai que s'il y avait lieu de modifier nos vues àtîet égard nous ne devrions pas le faire dans une assemblée comme celle-ci. Les questions de tarif étant des question fédérales, ne doivent pas être réglées dans des assemblées provinciales, sans une entente préalable avec les libéraux des autres parties de la Puissance- Ces remarques préliminaires vous font comprendre que je ne désire vous donner que mon opinion personnelle, non celle du parti et je vous l'offre sans phrases et sans détours.

Il me semble que le premier devoir du parti libéral est de travailler à obtenir pour le Canada le droit absolu de régler ses relations commerciales avec les autres pays de manière à protéger ses propres intérêts. De plus nos cultivateurs ayant besoin du marché américain pour la vente de leurs produits, nous devons travailler éuergiquement à leur ouvrir ce marché par tous les moyens constitutionnels à notre disposition, soit par une union commerciale ou un traité de Réciprocité.

Mais ce qu'il importe de ne pas oublier c'est la nécessité de ne pas changer trop fréquemment les tarifs qui doivent avoir ce caractère de permanence propre à donner confiance à notre commerce et à nos manufactures. Les changements subits et radicaux dans les tarifs sont excessivement dangereux ; il faut toujours les faire avec prudence, en consultant l'intérêt public et non celui d'un parti, en s'appuyant sur l'expérience des hommes d'affaires et non sur le caprice d'un individu, qu'il soit Premier ministre ou ministre des finances.

Il n'y a pas de doute qu'en arrivant au pouvoir le parti libéral devra modifier le tarif afin de diminuer le s impôts qui pèsent si lourdement sur le peuple ; il faudra surtout faire disparaître, autant que possible, ceux qui frappent les choses nécessaires à la vie ; mais ces modifications devront être faites avec la prudence nécessaire et de manière à ne pas mettre en péril les intérêts actuellement engagés dans les manufactures.

Il faudra aussi tenir compte des besoins du trésor en fesant ces modifications. Quand nous sommes tombés du pouvoir, les revenus publics n'étaient pas assez élevés pour faire face aux légitimes besoins du gouvernement et ils devaient être augmentés pour mettre fin aux déficits qui se multipliaient. Mais les

L'UQJN. M. MERCIER 603

conservateurs n'ont pas su se tenir dans des limites raisonnables et ils ont élevé le tarif d'une manière exagérée. Pourtant, il faut être juste, cette augmentation quelque inconsidérée qu'elle fut dans son principe, n'a pas eu un mauvais résultat ; elle a mis fin aux déficits, si on en croit Sir Léonard Tilley, et elle a décidé les capitalistes à placer des sommes considérables dans les manufactures. Mon opinion est que le parti libéral devra se rappeler ces deux résultats avant de modifier le tarif et ne rien faire sans consulter l'opinion des hommes d'affaires et des manufacturiers qui, en définitive, doivent avoir quelque chose à dire sur un sujet qui les intéresse à un si haut degré. Non que leur opinion doive prévaloir seule; j'ai trop de respect pour le peuple en général pour dire une chose semblable, mais ce que je veux dire c'est que les vues et les intérêts des hommes d'affaires doivent nécessairement être respectés quand il s'agit de modifications importantes <lans le tarif, car faites légèrement et brusquement, elles peuvent ruiner ces intérêts sans soulager le peuple et causer des perturbations commerciales fort dangereuses dans un pays où tous les intérêts sont si intimement liés les uns aux autres.

Deux autres questions vous seront soumises et j'espère que vous voudrez bien les accueillir favorablement. L'une a rapport h l'instruction publique et l'autre à notre autonomie provinciale. Je n'entrerai pas dans l'examen intrinsèque de ces deux questions, vu que des orateurs distingués sont chargés de faire connaître nos vues à ce sujet. Je me contenterai de vous dire que le parti libéral a une grande et noble mission à remplir dans ce pays ; c'est d'instruire le peuple ; de l'instruire pour le rendre meilleur et libre. Les lumières de l'instruction font disparaître le fanatisme et les préjugés, et dans un pays comme le nôtre où le corps électoral est appelé à décider des questions si graves, il faut songer à éclairer les masses par un vaste système d'instruction primaire, mise à la portée de tous, pour le profit de tous.

Le jour où l'électeur canadien saura lire et écrire, le verra indépendant, libre et sans préjugés : ce jour là le parti libéral triomphera pour longtemps. Pour arriver à ce résultat il faut répandre l'instruction primaire et créer des écoles d'art et métiers, pour les classes ouvrières.

Un grand publiciste français la dit: le seul moyen de gouverner un peuple libre, c'est de l'instruire. Le gouvernement représentatif est en danger quand le corps électoral ne comprend pas ses droits et ne sait pas remplir ses devoirs avec intelligence, car ce, corps électoral étant à la merci du premier charlatan venu, peut être égaré, entraîné perdu par un préjugé, par une question secondaire, par la passion. Instruit, le peuple juge les actes des hommes politiques dont il est le maître ; ignorant, il exécute les volontés de ces mêmes hommes dont il n'est que l'esclave. La tyrannie préfère l'ignorance,' la liberté préfère l'instruction, et c'est pour cela que vous verrez les gouvernements absolus s'opposer à la diffusion des connaissances au sein des Tuasses, et les gouvernements populaires chercher au contraire à y répandre les lumières qui seules peuvent consolider les institutions démocratiques.

C'est pour cela, messieurs, que nous devons travailler à instruire notre peuple ; à augmenter le nombre de nos écoles primaires et à les faire fréquenter par nos enfants. Nous devons de plus créer des écoles d'art et métiers dans lesquelles les fils de nos ouvriers viendront chercher les connaissances pratiques et théoriques qui sont indispensables à leur état. Les citoyens de ce pays sont en grande partie des ouvrière ; le Canada est surtout peuplé par des travailleurs. Qu'a-t-on fait jusqu'ici pour les classes ouvrières ? On a inventé un système politique, la politique nationale ! Je ne puis voir les avantages de cette invention. Et cependant c'est là tout ce qu'on a cru devoir faire.

Pourquoi n'avoir pas suivi le bel exemple que nous offraient la France, l'Allemagne et la Suisse où on a créé des écoles spéciales d'arts et métiers ? Là on a pris par la main l'enfant du peuple, on lui a donné une saine éducation, on lui a fait voir quelle était la beauté du métier de son père et on le lui a fait aimer Dans sa personne on a anobli le métier, on l'a rendu honorable et lucratif. On lui a montré à cet enfant les immenses ressources qu'il en pouvait tirer s'il était instruit. L'ouvrier est devenu un industriel, un chef d'atelier, un manufacturier et à son tour, un bienfaiteur du peuple. La France compte trois de ces écoles :

l'hon. m. mercier 605

Châlons sur Marnes, Angers et Aix. Il en existe quelques-unes aux Etats-Unis et en Angleterre

Je dis donc que le premier devoir du parti libéral quand il sera en état de réaliser son programme sera d'établir ces écoles qui seules peuvent donner à l'ouvrier canadien la place qu'il a droit d'occuper dans la société.

Je m'arrête. Je laisse la parole à d'autres orateurs et je vous prie de vouloir bien m'accorder votre indulgence pour les remarques que je viens de faire. Il était bon d'expliquer le programme de la séance et puisque le sort est tombé sur moi, je me suis acquitté de ma tâche le moins mal que j'ai pu. Je regrette cependant qu'on n'ait pas donné cette tâche à un des brillants orateurs que je vois à mes côtés et dont les voix éloquentes vous sont si bien connues.

Un dernier mot. Vous avez acclamé avec enthousiasme l'entrée dans cette salle de l'Hon. Ed. Blake, le chef du parti libéral dans la Puissance. Je le remercie en mon nom, en votre nom, au nom de tous les libéraux du district d'avoir bien voulu prendre part à cette démonstration.

Nous allons placer l'Association de Réforme sous son égide et sous sa protection et j'espère, qu'inspirée par ses talents et son patriotisme, notre association grandira et prospérera, j'espère que la présence de M. Blake va doubler notre courage, nous faire travailler au succès de notre cause et lui assurer le triomphe éclatant que tous les patriotes sincères lui souhaitent.

Prononcé à l\i8semblée de Rougemont, le 12 août 188£.

Au nom du parti libéral, au nom de mes vaillants compagnons d'armes de l'assemblée législative, en mon nom personnel, je vous remercie du plus profond de mon âme de la réception si chaude et sympathique que vous venez de me donner. Veuillez croire que

nous garderons un souvenir impérissable de cette belle démonstration et que le bruit de vos applaudissements enthousiastes répétés par les échos de cette noble montagne de Rougemont, va .se répandre à travers toute la province et sera le signal du réveil national.

Je ne vous cacherai pas l'émotion que cette démonstration produit chez moi, et je ne vous la signale que pour vous en rappeler les causes. C'est le peuple de Rouville qui ma ouvert, il y a douze ans, les portes de la vie parlementaire ; cest lui qui m'a conféré le plus grand honneur que de citoyens libres puissent accorder à un enfant du peuple ; c'est au nom des habitants de ce •comté que j'ai, pour la première fois, fait entendre ma voix au sein du grand conseil national ; c'est ici — à Rougemont— entouré «le tous ces généreux amis qui habitaient alors ce pays charmant, ou qui étaient accourus de toutes les parties du comté, que j'ai été initié aux vicissitudes de ces luttes électorales, si vigoureuses et si passionnées dans ce pays. Enfin c'est ici que je venais cher- «cher quelquefois — trop rarement, hélas ! — le repos dont j'avais tant besoin, auprès de ces nobles cœurs que j'y rencontrais toujours, au sein de ces familles si hospitalières de Rougemont! Je vous salue mes vieux amis d'autrefois ; vous m'avez appelé et je suis accouru pour parler quelque temps avec vous de la cause sacrée des intérêts publics, de cette cause toujours si chère au cœur des vrais patriotes. Pour que la fête fut complète, vous Avez prié vos amis de St-Hyacinthe, de Bagot, de Chambly, de St-Jean, d'Iberville, de Shefford, de Montréal et d'autres localités, de se joindre à vous pour cette grande fête, afin que toute la famille de cet immense district fut présente ; et tous ont répondu à votre appel. Vous aussi, nobles invités, généreux défenseurs de la cause commune, je vous salue comme des amis, je vous salue comme des frères.

J'ai l'honneur d'avoir, près de moi, la plupart des chefs du parti qui, répondant à votre gracieuse invitation, sont venus, quelquesuns de très loin, faire connaissance avec cette patriotique population dont ils avaient entendu dire tant de bonnes choses. Je vous compte — et je suis heureux de vous compter parmi ces chefs, — vous, M. le Président, (l'hon. M. Chaffers) un des vétérans

l'hon. m. mercier 607

<le notre politique et le sénateur de cette grande et riche division -de Rougemont, vous dont l'amitié ne ma jamais fait défaut.

Bien des événements ont eu lieu depuis 1874, depuis l'époque où je vous disais adieu — à vous, amis de Uouville — et rentrais dans la vie privée afin de ne pas diviser le parti et d'empêcher le comité de passer entre les mains d'un jeune ambitieux qui voulait commander, avant d'avoir appris à obéir. Nos amis étaient alors au pouvoir et, arrivant avec une majorité de 80, ils pouvaient se passer de moi. Ayant lutté avec orgueil dans les rangs de l'opposition, pour le triomphe du drapeau, je pouvais, sans déshonneur, prendre ma retraite au moment où ce drapeau était porté triomphalement sur les hauteurs du pouvoir.

Quelques flatteurs ont dit que vous m'aviez regretté ; mes ennemis ont affirmé que vous m'aviez ignominieusement chassé ; j'ignore si ces flatteurs ont dit la vérité, mais je sais que mes ennemis ont menti.

Mon intention n'est pas d'entrer dans les détails des questions politiques qui s'imposent aujourd'hui à la considération du pays ; d'abord ce serait trop long, ensuite ce serait inutile. Trop long, car ces questions sont très nombreuses ; inutile, parceque ces questions vous sont familières, à vous citoyens de ces comtés qui lisez et savez vous tenir au courant de ce qui se passe.

Je veux me contenter d'ébaucher, à grands traits, quelques-uns des sujets qui me paraissent d'une importance plus grande et qui conviennent conséquemment mieux aux circonstances dans lesquelles je me trouve placé.

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