‹ Biographie, discours, conférences, etc. de L'Hon. Honoré MercierChapitre 30 sur 145 · LES JOURNAUX CONSERVATEURS AVANT ET APRES LE 16 NO- VEMBRE · texte numérisé non relu

LES JOURNAUX CONSERVATEURS AVANT ET APRES LE 16 NO- VEMBRE

Ces journaux ont été unanimes à demander grâce pour Riel <Tal>ord, et ensuite à blâmer le ministère de lavoir fait exécuter. Faisons quelques citations pour prouver d'al>ondance l'unanimité de la province.

(Le Canadien, 21 mai 1885.)

Riel est fan

" Le Witness publie le rapport d'une entrevue que l'un de ses reporters a eue avec un nommé Chaumette, qui aurait été employé à l'asile de Beauport pendant que Riel y fut interné. Cet homme assure que Riel n'a jamais été fou, qu'il a fréquemment •conversé avec lui, etc. Si Chaumette a dit cela, il n'a pas dit la vérité. Le chef métis avait complètement perdu la raison, il était atteint de monomanie religieuse ; il devenait, par intervalles, incontrôlable, furieux.

" M. le Dr. Roy, M. Vincelette, M. Landry, M. P., qui le voyaient tous les jours, pourraient en dire long sur son genre de folie."

(Le Canadien, 10 juillet 1885.)

/ Le j>rocèi< des Métis

" Le Globe dit qu'il est d'opinion que souvent, en Angleterre, le gouvernement a fourni aux prisonniers pauvres les moyens de faire une défense complète. Souvent aussi le juge qui préside une cour fournit un avocat aux prisonniers qui n'ont pas les moyens d'en avoir. Dans ce cas-ci, il faut absolument que les prisonniers soient traités non seulement avec justice, mais ils doivent être traités libéralement, afin que jamais l'on ne puisse

dire que, s'ils avaient eu les moyens nécessaires," leur procès se serait probablement terminé par un verdict d'acquittement, mais» que, vu qu'ils n'ont pas pu se procurer certains témoins, ils ont été condamnés injustement. La réponse que le comité a reçue du secrétaire d'Etat équivaut à un refus ; mais il est à espérer que le gouvernement reconsidérera sa décision et qu'il arrivera à la conclusion qu'il est de l'intérêt du Canada de donner aux Métisun procès impartial."

(Le Canadien, 24 juillet 1885.)

Honte !

" Pourquoi donc en une circonstance aussi solennelle ne pasdonner fuir play à Riel comme à bien d'autres qui en ont joui avant lui ? •

" Pourquoi préjuger ainsi tout un pays contre un malheureux qui souffre peut être encore d'une maladie mentale qui a failli l'emporter il y a quelques années ? "

(Le Canadien, 22 août 1885.)

Phui de modestie

" Le Reyina Leader s'élève très fort contre la commutation de la peine de mort portée contre Riel. Il a l'intention de parler avec autorité. " Nous devons, écrit-il, avoir quelque chose à dire dans cette affaire, nous, habitants du Nord-Ouest."

" Nous trouvons ce langage déplacé, pour ne pas dire ridicule- La rébellion a été fomentée, préparée, désirée par des blancs, habitants du Nord-Ouest, qui ont voulu intimider le gouvernement,, se venger de griefs vrais ou prétendus. Elle a été réprimée par nous, par les vieilles provinces, qui avons dépensé 'les vies précieuses et plusieurs millions pour rétablir l'ordre.

" Voici des faits qui ne peuvent être contestés et qui devraientinspirer au Leader et à ses pareils une attitude plus modeste.

" Combien nous coûte l'Ouest depuis que nous en avons fait l'acquisition ? Pour la construction du Pacifique seul, nous aurons bientôt payé quelque chose comme cent cinquante millions de

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piastres. Nous n'insinuons pas que ce vaste territoire ne vaut, pas les sacrifices que nous avons faits pour en avoir la possession et l'organiser. Non, mais nous tenons à rappeler à nos amis de cette contrée lointaine qu'ils nous doivent tout ce qu'ils sont ettout ce qu'ils ont, et qu'en conséquence, nous ne nous proposons pas de diriger selon leurs caprices les affaires du pays. Cette question de Riel est du domaine du Canada entier. C'est à cepoint de vue qu'elle doit être réglée. Les hommes d'Etat qui ont. en mains le pouvoir, ont d'assez larges idées pour le comprendre,, nous en sommes sûrs."

(Le Canadien f 15 septembre 1885.)

" Dans l'affaire de Riel, le sentiment de la Province de Québec est, à n'en pas doutpr, favorable à une commutation : personne pas une voix n'a demandé un pardon complet. En maintenantla nécessité de la punition, nous prouvons que nous comprenons, l'importance de 1 offense commise ; et, en insistant pour une mitigation de la sentence, nous faisons œuvre de civilisation, nous interprétons dans leur portée véritable les idées de miséricorde et de tolérance qui ont cours dans notre siècle ; nous suivons lesexemples que nous ont donnés l'Angleterre, les Etats-Unis, etc. Au fond, l'immense majorité des habitants de la Puissance pensent, comme nous, que l'exécution de Riel serait une faute, un acte lmrbare dans les circonstances actuelles. Cet homme a été interné trois fois dans des maisons de santé.

" Les nécessités politiques peuvent seules laisser un instant planer l'idée que Riel portera sa tête sur l'échafaud : le gouvernement parlementaire est sujet à ces difficultés qui ont leur contrepoids dans la sagesse des parties les plus éclairées de l'opinion, qui finissent presque toujours par l'emporter, grâce à la lumière qu'elles ont fait pénétrer dans les masses par la discussion.

" C'est nous, le Bas-Canada, qui avons assuré à ce pays le gouvernement responsable, et chaque fois que l'occasion s'en estprésentée, nous en avons revendiqué le plein exercice, nous en avons compris la valeur et les secrets. Nous le mettons aujourd'hui en pratique en nous prononçant courageusement dans le

sens de la justice, en prenant une position définie, tranchée, quand trop de nos concitoyens sont retenus par la peur des préjugés.

" Nous défendons la constitution en empêchant qu'en son nom une faute soit commise, faute qui serait une tache dans notre histoire, un remords national. Que dirait-on dans l'avenir d'un peuple de cinq millions d'habitants qui aurait conduit sur la potence un malheureux que la raison chancelante a jeté dans une ■échaffourée dont nous avons eu raison en un clin-d'œil et qui a servi à développer à un haut degré notre esprit national ?"

(Le Canadien, 12 novembre 1885.)

Grâce pour RM. (Faucher de St-Maurice.)

" Pourquoi pendre un fou, un homme inconscient même de l'acte de réparation que la société exige de lui ? En mourant le 16 novembre. . . .si toutefois on persiste à infliger le récit de cette lugubre tuerie à notre histoire . . . Louis Riel meurt avec la conviction qu'il ressucitera le troisième jour.

" En voilà assez pour convaincre n'importe qui, que cet homme «est un aliéné, qu'il est attaqué de la plus dangereuse des monomanies, la folie religieuse, la folie des grandeurs et la folie des persécutions.

<: Grâce pour Louis Riel ! voilà le cri qui se fait entendre partaut où bat un cœur qui aime son prochain et qui sait respecter les droits de la société.

" Au moment où le corps du supplicié Riel se dérobera sous la trappe et se crispera dans les convulsions de l'agonie, un abîme se creusera entre la province de Québec et la province d'Ontario. Nous, Canadiens-français, nous aurons constamment sous les yeux et nous ferons lire à nos enfants les résolutions suivantes que les loges orangistes ont publiées sur ce procès il y a à peine quelques jours.

" Pourquoi brouiller un pays sur cette question aussi simple ? Un fou est un fou : et la potence quand elle veut du sang, demande que le malheureux qu'elle va supprimer ait la conscience de l'acte de réparation suprême qu'il fait à la société outragée. Or Riel n'est pas dans ce cas.

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" Il est fou.

" Grâce pour Riel et plus de ces cruels sursis. La loi ne conyiamne qu'une fois à mort. Or cet aliéné l'a été plusieurs fois.

Voilà le cri des honnêtes gens du Canada, voilà ce que pensent -en France, en Angleterre et aux Etats-Unis, les illustrations et les hommes politiques de ces pays ; voilà les aspirations et les volontés de ceux chez qui bat un cœur élevé et convaincu du respect que la justice doit à ceux que la main de Dieu a touchés et qui passent misérablement leur vie dans la mystérieuse et éternelle folie.

" Chez les barbares on prenait soin des malades de l'esprit.

" On avait le respect des obscurcis de l'intelligence. Le Canada peut en faire autant sans se déshonorer.

" Grâce pour Louis Riel.

" Faucher de St- Maurice."

(Le Canadien, 13 novembre 1885.)

Louis Riel

" Toute la presse des Etats-Unis, de la France et de l'Angleterre s'occupe de cette grave question. L'immence majorité est en faveur de l'internement du chef métis dans un asile d'aliénés. La presse canadienne française est unanime à se prononcer contre l'exécution. Elle regarde le sursis donné à Riel comme une seconde condamnation et elle a raison."

(Le Canadien du 16 novembre 1885.)

Le 16 novembre

" Cette date sera désormais un jour de deuil et de honte pour nous. On a eu la cruauté froide. Un sursis a été accordé à Riel. On a fait passer le peuple par toutes les anxiétés de la clémence, et au moment où ces lignes seront lues, Riel mourra. De son ■corps sortira l'âme vacillante qui depuis longtemps s'y meurtrissait et s'y maintenait sur les ailes de la folie comme un oiseau pris au piège.

" Notre histoire, sans tache jusqu'à présent, n'a qu'à se voiler

la face, qu'à mettre un signe de deuil sur la page qui contiendra, le récit du meurtre judiciaire du 16 novembre.

" Ce crime juridique est de plus une insulte nationale. Nous en rappellerons en temps et lieu."

[Le Canadien, 16 novembre 1885].

Riel

u Si les peuples civilisés punissaient encore de la peine capitale des offenses politiques du caractère de celle qu'il a commise, l'exécution de Riel eût été acceptée par tous comme la juste vengeance de la loi : il s'est rendu coupable de ce que les statuts appellent haute trahison ; il a pris part à un mouvement armé contre l'autorité du Canada, l'une des parties de l'Empire de Sa Majesté la Reine d'Angleterre.

" Mais la mort a, depuis longtemps, cessé d'être le châtiment de ces offenses, et Riel est pendu parce que les mauvaisses passions et les préjugés de race ont exercé une influence prépondérante contre l'exercice de la clémence executive.

" On a traité avec moins de sévérité les auteurs de la sanglante révolution des Cipayes : une amnistie complète fut accordée àtous ceux des insurgés qui n'avaient pas pris directement part à l'assassinat de sujets anglais. Et cette insurection qui dura deux ans, avait coûté à la Grande Bretagne des milliers de vies : les plus horribles massacres avaient eu lieu ; l'intégrité de l'empire avait été sérieusement menacée. Quelle importance garde la folle aventure de Riel en présence du grand drame des Indes ? Li nation britannique pardonna et les Indes rentrèrent dans l'ordre et la fidélité.

" Le Canada, un jeune pays d'un peu plus de quatre millions d âmes dissiminées sur un immense territoire, le Canada dont l'édifice national en est à peine aux fondations, dresse des échafauds pour un exalté, coupable d'une série d'actes de démence qui ont abouti à la ruine de la pauvre petite nation à laquelle il appartenait.

" Le sang est un mauvais ciment, et si la confédération n'en a pas d'autre, le coup de vent qui la culbutera n'est pas loin dan»

l'horizon. Un pays dans lequel le droit de vie ou de mort s'exerce par l'influence des factions perd le respect de l'étranger et la confiance de ses habitants. Si l'orangiste est l'autorité souveraine. . . .quand il lui plait. . . .en matière criminelle, la liberté des personnes, la propriété, les institutions publiques sont en péril : il n'y a plus de sécurité.

" Les loges orangistes ont été un danger pour Ja Couronne impériale en plusieurs circonstances : elles ont menacé le trône ; et le parlement anglais, en 1836, demanda au roi de mettre un terme à leurs menées. Les emplois publics qu'elles avaient accaparés depuis 1798, leur furent enlevés, le sentiment national se souleva tellement contre elles que le duc de Cumberland, leur grand maître général, dut leur donner l'ordre de se dissoudre.

" Les orangistes du Canada sont en train de briser le confédération, de faire perdre à l'Angleterre ses possessions en Amérique. Toujours ils ont été un élément de haine et de discorde parmi nous. Ils ont failli, à diverses reprises, faire couler le sang dans les rues de nos villes, à propos de la célébration de l'anniversaire de la bataille de la Boyne, célébration qui leur avait été interdite même dans la Grande-Bretagne par autorité de la Couronne.

Aujourd'hui ils sont assez forts dans la Chambre des Communes pour faire commettre au gouvernement un acte que l'histoire qualifiera de cruel et de barbare, un acte que personne ne demande, excepté ces fanatiques.

" Une pareille situation réclame la calme, mais ferme attention des habitants du Canada.

" Pour notre part, nous invitons nos compatriotes à ne pas égarer leur énergie en vaines clameurs, à ne pas troubler l'ordre .... nos ennemis seraient trop heureux .... mais à étudier, sans précipitation, les moyens propres à protéger l'avenir.

" Nous invitons — espérons qu'il n'en est pas nécessaire — les partis politiques à s'élever au dessus des intérêts d'un jour : reportons toutes nos volontés vers la question de demain."

[Le Canadien, 18 novembre 1885]

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