L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE DE QUÉBEC ET RIEL
" La Presse, de Montréal, a été trompée et met le public sous,
une fausse impression en disant : " Nous n'entendons point dégager la responsabilité du gouvernement provincial et
des députés du gouvernement local qui se sont tenus cois, comme si cette affaire de l'exécution de Riel ne les regardait point"
" Le Montréal Star dit à peu près la même chose.
'• Nous le savons pas si les ministres locaux ont protesté en corps, mais nous apprenons de bonne source que Thon. M. Lynch, Commissaire des terres de la Couronne et député de Brome, a exprimé, par télégramme, son opinion sur l'exécution de Riel, et qu'il a protesté en temps contre ce crime judiciaire auprès d'un ministre fédéral.
" Nous savons aussi que M. Faucher de St-Maurice, député de Bellechasse, a expédié en date du dix, le télégramme suivant à Ottawa, qui a été soumis aux ministres en conseil. Ce télégramme a déjà été publié et se lit comme suit :
Québec, 10 nov. 1885.
" C'est l'opinion d'un grand nombre de députés canandiens-fran- " çais de l'Assemblée Législative de Québec et la mienne que si " Riel est exécuté, ce sera une grande faute politique. La grande
*' majorité des électeurs de la plupart des comtés tous,
u pouvons-nous assurer. . . . sont de cet avis. Nous vous sou- " mettons respectueusement notre opinion à propos de cette ques- " tion si importante pour la tranquilité du pays."
" Faucher de St-Maurice,
" Bellechasse."
" Vingt-trois députés de l'assemblée Législative de Québec ont enregistré leur protêt contre le meurtre judiciaire de Riel. Si tous ceux qui comptaient que le gouvernement fédéral ... au lieu de prendre en considération la qualité de belligérant qui avail été reconnue à Riel par le général Middleton, la folie, les deux années d'internement de Louis Riel dans un asile d'aliénés, la recommandation du jury à la clémence de la cour, le sursis accordé à cette touchante et malheureuse victime et la ferme persuasion que l'on ne pendait plus pour crime politique...
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avaient su que Riel serait exécuté, toute rassemblée législative de Québec se serait levée et aurait protesté comme un seul homme.
" Nous prions la Presse et le Star de mettre sous les yeux de leurs lecteurs les démarches qui ont été faites en faveur de Riel par l'hon. M. Lynch, par M. Faucher de St-Maurice, et par nombre de députés de l'Assemblée Législative de Québec."
(Le Canadien, 21 novembre 1885)
Le sentiment public.
" Le cabinet de Sir John A. Macdonald — la majorité du cabinet, pour être, moralement, plus juste et plus vrai, quoique tous ses. membres soient constitutionnellement responsables — a mis en danger la paix, l'harmonie, les institutions, le progrès de notre jeune nation. Nous avions droit d'entendre mieux de l'homme* d'Etat dont les cheveux ont blanchi sur notre arène politique. Aussi le sentiment contre sa conduite est-il d'une intensité qui rappelle les jours ou nous luttions pour la revendication de nos plus chères libertés. Le peuple romprait comme verre quiconque voudrait y résister.
" Ne frappons de flétrissure que ceux qui le méritent. Le gouvernement dont ils font partie a perdu la confiance du Bas- Canada : ils ne représentent pas nos opinions à la table du conseil : ils le savent. Nous dirons plus : ils ne représentent même pas leurs propres sentiments, car ils n'ont pas pu vouloir que Riel fut exécuté. C'est la notre franche opinion. Franchement aussi est notre opinion en déclarant qu'ils sont complètement isolés de leur province.
" L'union est faite contre la politique néfaste dont ils portent le poids.
(Article de M. Faucher, 21 novembre 1885.)
" Il nous fait plaisir de constater en ce moment le rapprochement qui se fait entre les Canadiens-français et les autres nationalités de la province de Québec.
" En effet, pourquoi ne serions-nous pas unis ? Nos intérêts sont les mêmes ; nous avons les mêmes aspirations. Donnonsnous la main. Marchons ensemble.
" Aux Etats-Unis, Irlandais et Canadiens-français donnent l'exemple et fraternisent. Ils s'aident mutuellement suivons leur exemple, et nous n'en serons que plus forts.
" Oui, l'heure est venue de faire cette union. Carpe diem. Saisissons l'heure et jetons les bases d'une entente qui sera le salut de la province de Québec.
41 Amis de la patrie, à l'œuvre ; ne perdons pas un instant."
" Faucher de Saint-Maurice."
(7> Canadien, 28 Novembre 1885.)
Lettre de M. Tarte au Mail.
" Nous avous cru et nous croyons encore que la sentence de mort ne devrait pas être exécuté dans le cas de Riel parceque : lo. Le jury, en le déclarant coupable de haute trahison, l'avait recommandé à la clémence de la cour. Or, la clémence de l'exécutif pouvait-elle s'exercer en une autre manière que par la commutation ? Donc le jury n'avait pas voulu condamner Riel à être pendu. Sur ce point, il me semble qu'il n'y a pas de doute possible.
" Et, Messieurs, vous avouerez bien, je crois, que ce n'est pas un procès britannique qui a eu lieu à Régina. C'est à douze de nos pairs que nous avons droit, tous tant que nous sommes. Les procédés qui ont abouti à la condamnation sont légaux : la condamnation est juste, mais le procès n'est pas britannique.
2. A notre époque, les offenses politiques ne sont plus punies de la peine capitale. Dans votre édition de ce matin, vous me dites : " Mais alors intercédez pour les sauvages qui vont être exécutés le 27 : Riel était plus coupable qu'eux, il était le principal, etc." Permettez-moi de vous répondre en vous citant un exemple essentiellement britannique, l'amnistie proclamée dans la révolte des Indes, à tous les coupables, sauf à ceux qui Jetaient personnellement rend as coupables d'assassinat de sujets britan-
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niques. Riel n'a rien fait de tel: les sauvages ont commis ce •crime.
" 3. Etes- vous bien certains, messieurs, que l'homme monté sur Téchafaud le seize de ce mois, avait la jouissance 4e ses facultés mentales ? J'ai bien connu Riel quand il fut interné dans nos asiles d'aliénés, et je vous donne ma parole d'honneur qu'il était alors complètement fou. Il n'était pas idiot, bien au contraire : il parlait avec une éloquence que beaucoup pourraient lui envier ; il écrivait en prose, en vers, en latin, en grec. Mais il était fou ; fou de la folie des grandeurs et des réformes religieuses. Je l'ai vu en communication télégraphique avec Napoléon III, Bismarck, Pie IX, répondant à des dépêches imaginaires^ sonnant et appelant des messagers qui naturellement n'existaient pas, etc.
" Bien des gens l'ont vu comme moi, et tous, dans notre province, savent que Riel a perdu à plusieurs reprises la raison. "
(Le Canadien, 1er décembre 1885).
(Discours de Faucher de Saint-Maurice à Bellechasse)
" Télégramme :
" Québec, 10 novembre 1885.
" C'est l'opinion d'un grand nombre de députés Canadiens Français de l'Assemblée Législative de Québec et la mienne, que si Riel est exécuté, ce sera une grande faute politique. La majorité des électeurs de la plupart des comtés — tous, pouvons-nous assurer — sont de cet avis. Nous vous soumettons respectueusement notre opinion à propos de cette question si importante pour la tranquillité du pays.
" Faucher de Saint Maurice,
M. P. P., Belechasse."
" La loi eut son triste cours, et Riel irresponsable, Riel incons- *cient de l'expiation qu'il accomplissait, fut pendu comme un criminel. (Honte ! honte !)
" Je n'ai pas à apprécier cette sinistre tragédie, comme votre «député local ; mais, comme journaliste, je l'ai vigoureusement
blâmée, et pour faire la part des responsabilités, j'ai signetous les articles que j'ai publiés sur cette question brûlante. Vous les connaissez : je n'ai pas besoin de vous en faire part de nouveau, mais ce qui a pu vous échapper, c'est que presque toute la presse, de la province de Québec a été unanime dans la réprobation de cette cruauté inexplicable et inutile.
" Vous, vous avez comme prénom, celui de libéraux. Nous,, nous avons celui de conservateurs. En ce jour, il n'y a pas de ces distinctions. Nous sommes en conseil de famille et nousdélibérons sous notre véritable nom, celui de Patriotes. [Hourras].
" Des résolutions vont vous être soumises. Comme députélocal, je n'ai rien à y voir : elles ne concernent que le gouvernement fédéral, mais c'est mon droit de vous dire : En les discutant, . soyez calmes, soyez sans colère, soyez soucieux de votre dignité. Efforcez vous d'être justes, car vous allez vous ériger en tribunal. Vous allez exercer votre prérogative sur les affaires fédérales.
" Je n'ai pas à empiéter sur le mandat que vous avez confié au colonel Amyot : vous avez confiance en lui et c'est un homme- • Mais comme citoyen, comme Canadien français, comme catholique et comme journaliste, j'ajouterai :
" Visez à la tête de l'orangisme ! voilà l'ennemi. Il a voulu semer la haine. Il a cru que notre sol se prêtait à Ja fermentation de cette mauvaise herbe. Il a fait ce travail nocturne, sans, nous consulter. Qu'il récolte donc la haine. Prouvez-lui que nous sommes prêts pour la moisson. [Longs applaudissements]..
(Le Canadien, 7 décembre 1885).
(Lettre de M. Tarte au Mail).
44 Monsieur. — Les grands intérêts qui sont en jeu — l'harmonieentre les races, et par conséquent le maintien de la Confédération— m'autorisent, je crois, à tenter un nouvel effort pour vous, démontrer que vous faites erreur sur la nature de l'agitation qui se fait dans cette province. Le point que je désire établir, l'opinion que je voudrais vous voir partager, sont qu'en demandant la commutation de la sentence de Riel et en protestant contre la.
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peine de mort qui lui a été infligée, la majorité de mes compatriotes exerce un droit que la constitution nous garantit à tous- Nous pouvons n'avoir pas raison, mais notre droit strict, si nou» croyons avoir raison, est de faire ce que nous faisons. En d'autrestermes, votre prétention que le Bas Canada se met au dessus dela loi parce qu'un Canadien était en cause, constitue une graveinjustice à notre égard.
" La doctrine constitutionnelle, vous le savez comme moi, est* que le cabinet est un comité de la Chambre à laquelle il doit compte de chacun de ses actes. Or, l'exécution de Riel est un acte du gouvernement du Canada, qui en est responsable au parlement et au peuple de ce pays.
u Donc, le droit da premier électeur venu est de condamner le gouvernement pour cet acte, s'il le juge contraire à l'intérêtpublic. Le gouvernement de Sir John A. MacDonald n'a pasfait ce que vous dites, exécuter la loi. Aucune loi ne l'obligeaità exécuter Riel. Il a décidé et jugé que Riel devait être pendu- Lisez le statut de la Puissance, 43 Victoria, ch. 29 sec. 76.
" C'est ce qui a eu lieu dans l'affaire Riel. Le juge Richardson a transmis son rapport, le bon plaisir du gouverneur en conseil s'est manifesté par des répits, et finalement par l'exécution du condamné. Je le répète : la loi n'obligeait pas le gouvernementà exécuter Riel. Il pouvait ou ne pouvait pas l'exécuter.
44 II est donc hors de doute que vous méconnaissez les plus élémentaires principes du gouvernement responsable en nous déniant le droit de condamner, si nous le jugeons à propos, les. auteurs de l'exécution de Riel. En ce faisant nous ne nous mettons pas au-dessus des lois, encore moins voulons nous proclamerla suprématie de notre race sur l'élément anglais. Nous sommesdans nos attributions déjuges en dernier ressort des actes d'un gouvernement. Nous sommes dans notre droit, et pardonnezmoi de vous le dire, vous êtes dans votre tort en nous déclarant que si nous ne renonçons pas à nos opinions, vous chercherez ànous en punir jusque par la guerre civile. Vous ne trouverezpas dans l'empire un seul juriste constitutionnel pour défendre les.
théories auxquelles vous nous mettez en demeure de nous soumettre.
" Notre province n'a pas demandé, n'a pas songé à demander que Riel fut exempt de châtiment. Condamnant au même degré que vous les offenses qu'il a commises, nous nous plaignons que les autorités fédérales lui aient fait subir une peine qui n'est pas •celle appliquée, chez les nations civilisées, aux crimes de la catégorie du#sien. Et l'opinion s'est accréditée que la décision du gouvernement n'a pas été dictée par des motifs d'intérêt public. De là l'émotion profonde qui s'est emparée des masses. Dans les mêmes circonstances, toute autre province de la Confédération en eut fait autant."
"Notre population a cru, de bonne foi, que l'exécution de Riel n'aurait pas eu lieu, s'il n'eût eu du sang français dans les veines. Profondément blessée, elle a fait entendre ses protestations. Vous verrez, je pense, lorsque la question sera discutée devant le parlement, que les députés du Bas-Canada avaient reçu, concernant le sort de Riel, des assurances qu'ils ont répétées à leurs constituants et qui, l'exécution advenant, ont provoqué une clameur violente. Les électeurs se sont écriés que leurs représentants les avaient trompés ; ces derniers ont répondu en accusant les ministres de duplicité. Les uns et les autres peuvent avoir été de bonne foi ; mais le fait est là, et j'y appelle votre attention afin que vous vous rendiez bien compte des causes diverses qui ont bouleversé notre atmosphère politique.
" Ce n'est pas la Couronne qui en est la cause, ce sont ceux auxquels le peuple a confié la tâche de la diriger. Je persiste à penser qu'un châtiment mitigé, quoique sévère, eût mieux servi les intérêts de notre pays et que le gouvernement eût pu s'inspirer avec profit des doctrines que Chitty expose en ces termes, (422):
" Tout citoyen doit même endurer patiemment les torts qui ne "" sont pas insupportables plutôt que de violer la paix publique. *" Un déni de justice de la part du Souverain, ou des délais mali-
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"' cieux, peuvent seuls excuser les transports furieux d'un peuple 41 dont la patience est épuisée, et même tes justifier, si l'injustice <l était intolérable et l'oppression grande et manifeste. Mais quelle " devra être la conduite du Souverain à l'égard des insurgés ? Je " réponds, en général, une conduite qui en même temps sera conforme à la justice et la plus avantageuse à l'Etat. Quoiqu'il " soit de son devoir de réprimer ceux qui sans nécessité troublent " la paix publique, il est obligé d'agir avec clémence envers des " infortunés à qui on a donné de justes raisons de se plaindre et ■" dont le seul crime est d'avoir essayé à se faire justice : ils ont ■" plutôt manqué de patience que de fidélité."
(Le Canadien, 21 décembre 1885).
L'heure de la clémence.
" Un grand nombre de prisonniers métis sont détenus depuis la fin de la rébellion. Ils ne sont impliqués dans aucun massacre, accusés d'aucun meurtre direct. Le gouvernement n'a-t-il pas fait preuve d'assez de sévérité pour songer maintenant à la clémence l'un des plus beaux attributs de la Couronne, et,
aussi, l'un des plus beaux moyens de pacifier les esprits, dans bien des cas. Nous admettons que la responsabilité du maintien de Tordre dans les territoires pèse sur le Cabinet, et qu'il est tenu <lagir avec prudence. Mais nous sommes convaincus qu'en mettant en liberté ceux des prisonnière qu'il croira animés du désir de garder la paix, il fera taire plus d'un désir de vengeance."
Toutes ces choses ont été écrites dans le journal de M. Tarte, ^t la plus grande partie par lui.
Et c'est ce monsieur qui m'insulte aujourd'hui parce que j'ai -conservé les sentiments, que nous avions tous deux alors, parce -que je suis resté fidèle au mouvement où il était entré à cette -époque.
M. l'Orateur, encore une ou deux citations.
Le 19 novembre, que disait mon honorable ami le député de Bel léchasse ?
" Sus à l'orangisme."
(Le Canadien, 19 novembre 1885).
Sus à VOrangisme — (Faucher de St-Maurice).
" Un crime politique vient detre consommé. Riel est mort sur l'échafaud. Ce meurtre judiciaire comporte de plus une injure sanglante à notre race et à notre religion, car dans cette sinistre tuerie, c'est l'opinion orangiste qui a prédominé. Disons donc à nos gens ce que sont ceux qui pensent que les Canadiens-français doivent disparaître et qu'il faut les frapper partout où ils se présentent. Disons leur ce que sont ces fanatiques, ce qu'ils ont fait et ce qu'ils prétendent faire.
" Depuis, la civilisation a marché On n'écrase plus, on ne tue plus, on ne déporte plus en grand. On ne fait plus que dans le détail. On érige un échafaud au milieu d'une prairie, et on y pend un homme comme Riel, recommandé par un jury à la clémence de la cour. Ce n'est pas aussi enlevant que les cris et les supplications des 7,000 irlandais massacrés en 1795, mais tout de même, cela maintient la chaîne des traditions.
" Hélas ! le 16 novembre 1885, les orangistes ont encore remporté une nouvelle victoire de la Boyne sur nous, les Canadiensfrançais, cette fois-ci. Ce jour-là, Riel, leur victime est étendu à terre sous leur tambour protestant Avant son agonie ils riaient sous cape, ils espéraient voir leur victime trembler devant la mort II n'en a rien été cependant.
"Je n'ai que mon cœur, a-t-il dit simplement, et je l'ai donné à " mon pays il y a quinze ans. C'est tout ce que je possède main- 4< tenant."
" Puis s'avançant fermement vers l'échafaud : " Pardonnez- " nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont " offensés. Merci, Jésus ! "
" Et ce fut tout.
" Chez nous, voilà comment on sait mourir, même quand on passe pour un aliéné.
" Voilà le spectacle que les loges orangistes viennent de donner au monde entier.
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" Certes, il ne déshonore ni les Métis du Nord-Ouest, ni les
Canadiens-français.
"Faucher de St-Maurice."
(Murmures, bruits à droite).
L'hon. M. Mercier — Entin je comprends que ce n'est pas bien agréable pour quelques-uns de ces messieurs, mais ce n'est pas moi qui ai écrit cela et ce n'est pas moi qui tout à l'heure voterai contre ma conscience.
M. Faucher de St-Maurice — Je demande pardon à l'honorable député de St- Hyacinthe, ce qu'il fait là n'est pas juste. Vous dites : voilà un article qui a été écrit par un homme qui peutêtre votera contre sa conscience. J'en appelle à votre cœur, vous n'avez pas le droit de m'intimider et vous n'avez pas le droit de me dire ces choses-là. Mes articles sont signés de mon nom et je les expliquerai à la Chambre dans un instant, car j'entends répondre à l'honorable député.
M. Gagnon — Ça va être drôle.
M. Faucher de St-Maurice — Je n'ai pas de censure à recevoir du député de Kamouraska.
L'honorable M. Mercier — Je n'ai pas dit ce que prétend l'honorable député.
M. Faucher de St-Maurice — J'ai compris cela.
L'hon. M. Mercier — Certainement, l'honorable député ne m'a pas compris. Ce n'est pas que je ne désirerais pas que l'honorable député vote avec nous, et je puis l'assurer d'une chose, c'est que je ne ferai pas plus que je ne fais en ce moment-ci pour convaincre mes adversaires. Je n'ai pas dit ce que me prête l'honorable député ; j'ai dit : que ce n'est pas moi qui voterai tout à l'heure contre mes convictions.
Faucher de St-Maurice — Ce que vous venez de lire porte mon nom.
M. Lemieux — Malheureusement !
L'honorable M. Mercier — Le 10 novembre, l'honorable député de Bellechasse envoyait un télégramme protestant contre l'exécution de Riel. C'était un peu tard, il faut l'admettre ; mais enfin c'était un bon mouvement.
Maintenant il est ajouté dans l'article qui n'est pas signé par
l'honorable député, mais qui est dans le même journal, qu'il y avait 23 députés de l'assemblée législative qui avaient signé un télégramme dans le même sens. J'espère que dans les observations qu'il fera, l'honorable député nous donnera les noms des 23 députés de l'Assemblée Législative. Il paraîtrait que l'honorable député était informé de bonne autorité que l'honorable Commissaire des terres de la Couronne avait aussi envoyé un télégramme. Et pourtant l'honorable Commissaire des terres a déclaré que ce n'était pas le cas. J'espère que l'honorable député de Bellechasse nous donnera des renseignements pour nous faire connaître de qui il a su de pareilles choses, afin que l'on sache comment et par qui il a été trompé — car il a été trompé, évidemment, ou il a trompé le public sérieusement. — Il faut que Ton sache si les 23 députés qu'il dit avoir signé le télégramme en question Font trompé ; car ces 23 députés doivent être dans cette chambre. On doit savoir leurs noms.
Le 18 novembre, deux jours après l'exécution, la Presse de Montréal, avait écrit un article dans lequel elle laissait croire que le gouvernement actuel n'avait rien fait pour sauver Riel. Cette déclaration a tellement blessé l'honorable député de Bellechasse qu'il a écrit ceci :
" L'Assemblée Législative de Québec
M. Faucher de St-Maurice — Est-ce que l'honorable député veut laisser la chambre sous l'impression que c'est mon télégramme qu'il lit ?
(Interruptions, bruits, rappels à l'ordre.)
M. Faucher de St-Maurice — Est-ce que c'est mon télégramme ?
L'honorable M. Mercier — Je ne sais pas si l'honorable député a droit d'être aussi chatouilleux que cela. Je lui fais l'honneur de le lire et. . .
M. Faucher de St-Maurice — Vous me faites l'honneur de me lire ?. . .(Ordre, ordre.)
L'honorable M. Mercier — Je lis un article du Canadien du 18 novembre intitulé " l'Assemblée Législative de Québec" dans
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lequel se trouve un télégramme de l'honorable député et les paroles que j'ai déjà rappelées.
M Faucher de St-Maurice — Je proteste, M. l'orateur, cela, estfaux.
L'honorable M. Mercier — Ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est dans le Canadien du 18 novembre. Est-ce vrai ?
M. Faucher de St-Maurice — Où est mon télégramme là-dedans ? (Rires.)
L'honorable M. Mercier — Est-il vrai que 23 députés ont protesté ? Est-il vrai que si la majorité de l'Assemblée Législative avait su que Louis Riel serait exécuté, qu'elle se serait levée en masse, comme vous le dites ici ? Nous allons le voir par le vote. On ne s'en douterait pas par les discours prononcés jusqu'à présent.
M. Faucher de St-Maurice — Il va faire croire que c'est moi qui ai demandé la mort de Riel !. . .
M. Gagnon — Non. C'est le citoyen qui a demandé grâce, c'est le député qui approuve l'exécution.
L'honorable M. Mercier — Je n'en lirai pas plus. Maintenant quel est le journal où tout cela a été écrit ? C'est le même journal où depuis quelque temps l'on écrit que je suis un misérable, un homme sans principes, que je cherche à exploiter le préjugé, national au profit de mon parti, que l'honorable député du comté de Québec n'est que mon instrument, etc., etc. C'est le même journal qui a publié tout cela.
Est-ce que j'en ai dit autant que ce monsieur en a dit ou écrit ? Ai-je été aussi loin que lui,ai-je été aussi sévère ? Non. Comment se fait-il donc que je suis resté dans le mouvement et que lui en est sorti ! Comment se fait-il que cet homme qui était à mes côtés sur le Champ deMars,àMontréal,et qui m'applaudissait, comment se fait-il qu'il m'insulte aujourd'hui parce que je dis la même chose que je disais alors ? Est-ce qu'il s'est passé quelque chose depuis pour lui faire changer de conduite ? Est-il arrivé quelque chose d'extraordinaire? Je ne vois pas comment Riel, qui était malheureux, soit devenu un misérable. Est-ce que ce même Riel ne mérite pas autant de sympathies maintenant qu'il est pendu, qu'il en méritait quand il vivait! Est-ce que si ce journaliste a changé d'opinion sur cette question, il ne pourrait pas au moins respecter le cadavre de ce
pauvre Métis ? Est-ce qu'on ne pourrait pas respecter la mère de ses pauvres orphelins, qui se meurt dans le plus profond des désespoirs ? Est-ce qu'on ne pourrait pas respectep ses pauvres enfants, que la haine des orangistes et la scélératesse des nôtres ont rendus orphelins ?
Est-ce qu'on ne pourrait pas au moins respecter ces deux pauvres enfants ? Faut-il que les teroiversatiens malhonnêtes d'un journaliste sans cœur et sans honneur aillent jusqu'à déshonorer la mémoire du père de ces pauvres petits enfants ? C'est le langage des orangistes qui est tenu aujourd'hui dans le Canadien, dans ce même journal qui publiait des articles contre l'orangisme parce que les orangistes demandaient le sang de Riel. C'est lui maintenant qui traîne son cadavre dans la boue et le livre à la vengeance des orangistes qu'il dénonçait naguère.
Qu'est-il donc arrivé pour tant changer cet homme ? Mais s'il veut changer d'opinion, s'il veut se déshonorer au moins qu'il se «déshonore tout seul. Pour l'amour de Dieu, s'il veut se traîner dans la boue, qu'il me permette de ne pas en faire autant. Je ne lui demande pas de m'approuver, mais au moins qu'il me laisse suivre le chemin de l'honneur et du devoir. (Applaudissements.)
M. Vanasse, le député de Yamaska et rédacteur en chef du Mondt, au cours d'un discours prononcé à Montréal le jeudi, 19 novembre disait :
" Il proteste contre l'exécution de Riel. IL NE VEUT PLUS SUPPORTER LE GOUVERNEMENT QUI NE MÉRITE PLUS LA CONFIANCE DES HOMMES BIEN PENSANTS. SIR JOHN EMPORTERA DANS SA TOMBE LE DÉSHON- NEUR QUI S'ATTACHE A SON NOM. Quant à lui il est prêt à remettre son mandat, si ses électeurs n'approuvent pas sa conduite."
" Nous dénonçons le gouvernement Macdonald ET DEMAN- « DONS SA DÉCHÉANCE " (Le Nord du 26 novembre.)
" Nous n'apprenons rien en disant qu'il se rendra des
comptes à la prochaine session. Et nous le jugerons lui (sir John) comme les autres.
" Si c'est, comme nous le croyons, le parti orangiste qui a présidé à l'acte impolitique de ce jour, IL Y AURA UN RÈGLE-
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MENT DÉFINITIF ENTRE CE PARTI ET LE NOTRE HORMIS QUE I/ARRÊTÉ DE COMPTE DATE D'AUJOUR- D'HUI MEME, CE QUE NOUS SERIONS LOIN DE RE- GRETTER. Si le gouvernement a eu la main forcée par cette •coterie maussade qui vit exclusivement de haine, IL EN SUBIRA LES CONSÉQUENCES."
(La Minerve du 16 novembre.)
" La voix de l'humanité n'a pas été entendue. Le droit et la force triomphent, c'est vrai ; mais la justice a les mains couvertes de sang. (Le Quotidien du 16 novembre.)
" Nous sommes pour toutes les protestations légales, pour tous les moyens capables de prouver que nous réprouvons l'acte odieux perpétré ce matin." (l'Evénement du 16 novembre.)
" Nous écrivions hier :
" C'est pour la Puissance du Canada un jour de deuil que celui où elle voit se dresser un échafaud politique.
" Nous aurions pu ajouter que, pour la province de Québec surtout, cette date du 16 novembre était une date funèbre.
" En effet, à Montréal, à Québec, dans tous nos centres populeux, la nouvelle de l'exécution a été accueillie par une explosion de pitié et de colère. Il est clair que la province de Québec attendait une mesure de clémence. Son attente a été trompée, et voilà pourquoi elle s'agite."
(Courrier du Canada du 17 novembre).
" L'élément français et catholique a payé son tribut à la haine des sectaires.
" Ajoutons que le parti conservateur de la province de Québec a reçu la récompense de l'alliance politique qui a permis à cette minorité, méprisée dans sa propre province, de partager avec lui l'honneur du pouvoir.
u Notre députation a le sentiment du patriotisme et de l'honneur national. Elle a la confiance du peuple. Qu'elle se concerte avec sagesse et agisse avec prudence, et elle peut compter sur l'appui de la province dans tout ce qu'elle fera pour maintenir son prestige et lui assurer des alliances profitables.
" Car il est inutile de se le cacher, l'orangisme. qui a toujours été un élément désorganisateur dans le parti conservateur, a creusé un abîme entre nous."
(Le Nouvelliste du 17 novembre.)
" Les Canadiens-français unis n'auront jamais un programme injuste envers les autres nationalités.
'• Les Canadiens unis ont obtenu, dans le passé, le gouvernement responsable au pays ; ils ont conquis toutes les libertés politiques, qui font maintenant l'orgueil et la prospérité des diverses races» du Canada.
" Les Canadiens-français, s' unissant de nouveau, aujourd'hui, auraient encore pour objectif l'intérêt général, et à cette condition, ils ne manqueront jamais d'alliés pour triompher comme ils. ont fait sous les Lafontaine, les Baldwin et autres.
(Le Journal de Québec du 20 novembre.)
Tous ces journaux ont successivement tourné et sont redevenus les humbles serviteurs du gouvernement qu'ils avaient maudit
Voici quels sont les journaux conservateurs qui sont restés jusqu'à ce jour favorables au mouvement national : " l'Etendard," la " Presse," le " Post," le " Journal des Trois-Rivières," " l'Union des Cantons de l'Est," la " Vérité," la " Presse de Farnham," 44 l'Impartial," le " Télégraph," le " Pionnier de Sherbrooke," et le 44 Progrès de l'Est."
Honneur à eux !
(De la Minerve du 6 octobre 1885.)