ABOLITION DU CONSEIL LEGISLATIF
Discours prononcé le 2 juin 1880, à V Assemblée Législative (le Québec y par V Honorable Honoré Mercier.
M. L'Orateur,
En me levant pour proposer l'adoption de l'adresse qui est consignée sur Tordre du jour, je désire faire quelques remarques tendant à expliquer la position que je prends au sujet des résolutions qui vont être soumises dans quelques instants, à l'approbation des membres de cette chambre. Mon intention est de dégager ce débat de toute l'acrimonie des discussions passées. Je veux traiter la question avec tout le calme, toute la modération dont je suis capable. Je désire que l'on juge la question sur son nrérite, et, pour arriver à ce résultat, j'entends la placer sur un terrain tel que chacun puisse l'étudier et la résoudre sans avoir a se préoccuper des discussions ou des luttes passées. Du reste, n°tts ne sommes pas ici pour renouveler sans cesse les vieilles querelles. Notre mandat ne nous commande pas de faire des luttes stériles comme résultat pratique. Non, les électeurs nous °nt chargé d'une mission plus haute que celle de nous chicaner ^Btinuellement, ils nous envoient ici pour faire notre devoir ^s égards pour les intérêts du gouvernement ou de l'opposition. *oilà ce que nous impose strictement l'exécution fidèle du man- «lat <le député du peuple. Un mot maintenant d'explication sur le mode que j'ai cru devoir adopter pour soumettre cette importante question à la considération de la chambre.
* ai choisi le mode d'une adresse à Sa Majesté afin de bien ™re comprendre au gouvernement que ma proposition n'était P*5 une attaque à l'existence du cabinet. Ceci n'implique nullement et ne veut paa dirj que j'approuve l'administration dans ce quelle a fait et dans ce qu'elle fera à l'avenir. Mais ma conduite
indique, à ne pas s'y méprendre, que mon désir est de réussir à opérer la réforme que je me propose et qui me paraît de première urgence. Si j'avais voulu attaquer le gouvernement, j'aurais bien pu attendre pour faire ma proposition, que la chambre se formât en comité des subsides. On aurait cru sans doute que j'en voulais au cabinet — ce qui est loin de ma pensée — et l'on m'aurait par là même attribué des motifs que je n'ai pas en faisant cette proposition. Je veux abolir le Conseil Législatif, mais je ne désire pas une nouvelle crise ministérielle.
Avant d'entrer dans le mérite de la question, je me permettrai de retourner quelque peu en arrière. Lorsque le chef du gouvernement a formé son cabinet, il a cru exécuter la résolution adoptée par cette chambre, le 28 octobre dernier. En effet, dans le premier discours qu'il prononça après avoir pris les rênes du pouvoir, il réaffirma le principe sur lequel était basée la résolution que je viens de mentionner, et je trouve dans le discours prononcé à Lé vis par l'honorable premier ministre, et tel que reproduit par Y Evénement, les paroles suivantes, que je trouve dans le numéro de ce journal du 4 novembre 1878 :
" Ici je touche un point délicat, je sais que je marche sur 44 un terrain brûlant ; mais je désire m 'expliquer très-fran- 4k chement devant vous. L'honorable M. Paquet, en acceptant " un portefeuille dans le ministère actuel, a-t-il trahi ses amis? " Non, car je ne sache pas qu'il ait eu à faire l'abandon d'un " principe, ni d'un seul projet qui intéresse la province ou en 44 particulier le comté qu'il représente .... Voilà le devoir que 4t l'honorable M. Paquet a su accomplir dans l'intérêt public. 44 Et je tiens à vous dire que pour accomplir ce devoir, il n'a 14 eu à sacrifier aucun des principes qu'il a formulés devant 44 vous, avec la sincérité et l'éloquence que vous lui connais- 44 sez. Je tiens également à vous dire que moi-même je n'au- 41 rais pas voulu demander à l'un des représentants du peuple •* d'entrer dans ce gouvernement en sacrifiant ses principes. J'ai 44 tendu la main franchement à M. Paquet, et il m'a tendu la *• sienne avec la même franchise. Nous nous sommes entendus 44 honnêtement sur les questions d'intérêt public ; telles que nous 44 les comprenons l'un et l'autre. Quant à moi, messieurs, aux»
**' libéraux, je dis : M. Paquet n'a rien sacrifié, et aux conservateurs, je déclare que M. Paquet est digne de travailler avec nous. Son talent, son honnêteté, sa droiture bien connues, sont
*" pour nous des garanties parfaites."
Les paroles que je viens de citer ont, dans les circonstances, une grande signification. Elles affirment qu'aucun des ministres actuels n'a fait abandon de principe en acceptant un portefeuille.
•Or, l'abolition du Conseil Législatif est une question de principe; et sur cette question les ministres sont donc dans la position qu'ils étaient individuellement auparavant. Ils sont aussi libres, aussi indépendants qu'avant leur entrée dans le cabinet. J'ai donc lieu de croire que ceux qui, l'an dernier, ont voté en faveur de l'abolition du Conseil Législatif, n'ont pas de raison pour détruire leur vote de la dernière session, ne sont liés, sur ce sujet, qu'à suivre la dictée de leur conscience et répondre à la voix de leurs
-convictions.
En rapport avec l'abolition du Conseil Législatif, il y a d'autres questions d'un ordre secondaire, il est vrai, mais qui n'en méritent pas moins d'être l'objet de l'attention des honorables membres de cette chambre. Il y a par exemple, l'indemnité à être payée aux honorables conseillers législatifs, ainsi que le sort qui serait destiné aux employés de la chambre haute, que la disparition de cette branche de la Législature mettrait dans une position embarrassée. Je comprends que des employés honnêtes et habiles, parmi lesquels il y a des écrivains distingués, lesquels ont toujours exécuté leurs devoirs avec assiduité et dévouement, méritent des égards dont on ne peut se dispenser sans commettre une injustice. Pour le moment, il me paraît inutile d'appuyer sur ces deux points, attendu qu'ils seront dûment considérés, si ma position est acceptée par la majorité de cette chambre.
J'entrerai donc immédiatement dans le mérite de mon sujet, et je soumettrai respectueusement que le Conseil Législatif doit être aboli pour trois raisons: