PENSION A L. A. ROBITAILLE
M. Mousseau n'a pas d'argent pour les sœurs de charité, mais il en a pour M. L. A. Robitaille, le frère de Son Honneur le lieutenant-gouvernour de la province de Québec Ce monsieur, qui est gros et gras, a bon pied, bon œil et bonnes dents, était au service de la province en 1873 et recevait un salaire de $1500. Pour des raisons qu'on ne connaît pas exactement, il fut forcé <le donner sa démission, et en 1875, on le trouve au service de
Thon. M. McGreevy, qui construisait alors le chemin de fer du Nord. Le 13 septembre 1880, il y eut un rapport des ministres,, recommandant qu'il fut nommé payeur sur le chemin de fer, avec un salaire de $1200, à compter du 1er du même mois. Ce salaire n'ayant pas été jugé suffisant, ne fut pas sanctionné par le lieutenant-gouverneur, non plus qu'un second rapport, passé quelques jours après et fixant son salaire à $1,600. Le 16 juin 1881, nouveau rapport fixant son salaire à $2,000, à partir du 1er septembre 1880. Celui-là fut jugé satisfaisant et reçut la sanction du lieutenant-gouverneur le 15 juin 1881. Le 15 novembre 1882, nouveau rapport lui accordant un salaire de $2,720, à compter du 15 janvier 1880, avec, en sus, un bonus de $720. Le même jour, ce brave homme est mis à sa retraite avec une pension annuelle de $1,278.40.
Or, la loi veut (44*45 Vict, chap. 14, sect. 1, 2 et 4) que pour avoir droit à une pension, un employé doit servir au moins dix ans et être âgé de soixante accomplis, ou infirme ; que la pension soit calculée sur la moyenne du traitement durant les trois années précédant immédiatement la retraite ; qu'il reçoive autant de cinquantièmes de son salaire qu'il a servi d'années, pourvu, que ça ne dépasse pas trente-cinq cinquantièmes ; et enfin, que les interruptions survenues pendant le service ne comptent pas. Or ce brave homme n'était dans aucune de ces conditions: il n'avait pas eu de salaire durant les trois années précédant immédiatement sa retraite ; il n'était pas infirme et il appert par le premier rapport des commissaires du service civil, fait en 1867 (page 8) qu'il n'avait alors que trente-cinq ans, ce qui lui aurait donné, par conséquent, cinquante ans en 1882.
Dans toutes ces circonstances, M. Mousseau a-t-il pu se faire l'esclave de quelqu'un, au point d'accorder cette pension de $1,278.40 à un employé qui n'y avait pas plus droit que vous et moi ?
S'il avait eu droit à une pension, ce qui n'est pas le cas, n'ayant servi qu'environ quinze ans, il ne pouvait recevoir, à tout événement, que $400 à $450 ; et, encore, en lui donnant illégalement le maximum de sa pension, c'est-à-dire trente-cinq cinquantièmes d'un salaire de $1,500, il ne pouvait obtenir qu'environ $1,000.
l'hon. m. mercier 497
Et remarquez que M. Robitaille n'a pas contribué pour $50 au fonds de retraite. Cependant il se retire avec une rente viagère de $1,278.40.
Il est étonnant que M. Mousseau, qui sue sang et eau pour faire des économies, n'ait pas songé à propos de commencer par M. Robitaille, au lieu d'enlever' dix piastres à des sœurs de charité* et de jeter sur le pavé de pauvres pères de familles. Mais ce qui est encore plus étonnant, c'est qu'un premier ministre puisse commettre de telles vilennies et espérer encore obtenir les votes des. électeurs conservateurs.