INSTITUTIONS DE CHARITÉ
Me voici rendu à la tentative la plus audacieuse faite par M. Mousseau pour tromper le pays et faire croire à son désir sincère de pratiquer l'économie.
Par un ordre en conseil No 307, passé le 14 juillet dernier, les ministres recommandent de retrancher divers montants, à des maisons d'éducation et à différentes institutions, qui leur avaient été votés durant la dernière session.
Constatons d'abord que ce décret des ministres ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit ; et qu'il faut toute l'ignorance de M. Mousseau, en droit constitutionnel, pour expliquer un semblable procédé.
Les ministres ont le contrôle des dépenses, et peuvent exercer une certaine discrétion, dans l'emploi des deniers publics, quand la loi leur en laisse. Ainsi, quand la législature permet au gouvernement de dépenser $2 16,905 pour le service civil, il peut les dépenser, mais il n'y est pas obligé ; et comme aucun employé n'est indiqué nominativement comme ayant droit à telle somme, aucun employé ne peut réclamer un montant plutôt qu'un autre, la distribution des salaires étant laissée à la sagesse et à l'esprit de justice des ministres. Mais, quand le statut dit : il sera payé, durant les années 18S3 et 84, $500, au collège commercial de Varennes ; $750 à la faculté de médecine de l'Université McGill ; $100 à l'Institut Canadien de Québec ; $400 à la Gazette des
Campagnes ; $4,000 à l'Hôpital Général de Montréal ; $1,200 aux sœurs de la Providence de Montréal ; $200 à l'Hôpital Saint-Louis de Saint-Denis ; $500 à l'Hôpital de Saint- Hyacinthe, etc., etc., il faut bien avouer que ce n'est pas aux ministres à décider si la somme sera payée, mais que c'est aux institutions intéressées à décider si elles en réclameront le montant. Et maintenant que la pétition de droit existe, je serais fort surpris si ces institutions, nonobstant cet ordre en conseil, ne pouvaient pas obtenir jugement contre la couronne.
Suivant moi, les octrois ainsi votés par la législature nommément à telle institution, échappent au contrôle des ministres, si cette institution reste dans les conditions voulues par la loi Les ministres peuvent bien ne pas proposer de semblables octrois à la prochaine session, pour l'année 1884-85 ; mais leur pouvoir s'arrête-là, suivant moi. Autrement, il dépendrait entièrement de l'arbitraire des ministres de payer ou de ne pas payer ce que la législature leur aurait ordonné de payer.
Mais examinons le mérite même de ces réductions et vovons le degré de confiance qu'elles peuvent nous permettre d'avoir en M. Mousseau.
On enlève au collège de Chambly cinquante piastres, et on lui avait voté cette année $500. On enlève aussi à l'Académie commerciale de Sainte Geneviève $25, et on lui avait voté $250. On enlève pareillement au couvent de Saint Roch de l'Achigan 815 sur les $150 qu'on lui avait accordées. Or, ce sont trois octrois votés pour la première fois cette année : où est donc l'économie ? C'est la même chose pour la Banville Union Agricultural Society, à laquelle on a voté pour la première fois, cette année, $250 ; c'est tout simplement une farce que de venir dire qu'on fait une économie de $25 en lui retranchant dix pour cent. C'aurait été bien plus simple de ne rien voter du tout.
Mais il y a encore quelque chose de plus amusant. Le gouvernement vient nous dire sérieusement dans cet ordre en conseil: on va retrancher les $5,000 votées pour réparer les voûtes à l'épreuve du feu des palais de justice, dans les districts ruraux. Mais de deux choses l'une : ou ces voûtes sont bonnes, ou elles sont mauvaises. Si elles sont bonnes, qu'aviez- vous besoin de
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faire voter les $5,000 ? Si elles sont mauvaises, est-ce une économie sage de ne pas les réparer, et d'exposer le pays à voir lesarchives, qui y sont contenues, détruites quelqu'un de ces jours.
Dans le même ordre en conseil, on retranche $6,000 pour le service du cadastre et $10,000 pour les arpentages. C'est tout simplement $16,000 d'ouvrage que vous ne ferez pas et qu'il vous faudra faire l'année prochaine ou une autre année. Mais nappelez pas cela une économie, car vous ferez- rire de vous. De deux choses lune : ou les besoins de la colonisation exigeaient cette dépense, et alors en ne le faisant pas vous allez faire souffrir la colonisation ; ou bien cette dépense n'était pas requise, alors pourquoi vous êtes vous faits autorisé à la faire ?
Mais voici le plus beau. Ecoutez-bien, c'est presque incroyable.
Ce fameux ordre en conseil, la gloire de M. Mousseau et le triomphe de M. Wurtèle, fait savoir aux institutions de charité qu'on va leur oter dix pour cent sur leurs allocations, ce qui fait un total de $5,268. On rogne à une institution — les Petites Somrs des Pauvres, à Montréal — dix piastres; à l'Ouvroir de Saint Hyacinthe, vingt piastres ; à un autre, l'Asile des Petits Enfants, à Longueuil, dix piastres, et ainsi de suite jusqu'au montant total que nous venons de nommer.
J'avais toujours cru que les ministres arrivaient en Chambre avec des projets mûris et arrêtés, et qu'une fois qu'ils s'étaient fait ordonner, par la loi de faire une chose, ils y étaient tenus comme les simples mortels.
N'est-il pas de la dernière inconvenance, n'est-ce pas le comble de rhumiliation pour un gouvernement, de venir dire à des institutions de charité ; " Sur notre recommandation, le pays vous a voté S 100; mais, je regrette de vous dire, il ne peut vous en donner que quatre-vingt-dix." Quand un gouvernement en est rendu là, on se demande si ça vaut la peine d'en avoir un. (Rires.et applaudissements.)
Le montant total retranché aux institutions de charité est de $5,268, et le montant total que les ministres reçoivent, de plus que recevaient M. Joly et ses collègues, est de $7,000. Il me semble, M. Mousseau, que vous aviez là une belle occasion défaire-
la charité à vos dépens, en imitant M. Joly qui, quoique protestant, ne touchait pas, lui, aux institutions de charité.
Il est bien étonnant que M. Chapleau, lui, qui est le type de la -consistance, et qui se croit aussi infaillible que le pape, n ait pas jugé à propos de donner au sujet de ces économies, une verte leçon à M. Mousseau, qui le mérite, comme celle qu'il donnait en 1879 aux libéraux, qui ne le méritaient pas. Voici une petite brochure, publiée par mon ami M. Tarte, en 1878, et qui contient le grrrand discours prononcé par M. Chapleau à Lévis, le 10 mars. A la page 28, je trouve les paroles significatives que voici :
" Maintenant je vous signalerai l'autre piège que Ton va tendre à votre crédulité, à votre bonne foi : l'économie, le retranchement dans toutes les branches de l'administration.
" Voilà le programme éternel des gouvernements qui n'en ont pas ; voilà la panacée, la tisane guérissant de tous maux que les charlatans politiques vendent sur le marché des dupes. De tout temps ce gluau a pris les moineaux. " Semez de la graine d'idiot, disait un malin, il poussera des actionnaires." Sous le nouveau régime, on veut semer de la graine de charlatan, espérant qu'il poussera des votes.
" Un les a vus à l'œuvre, ces gouvernements de retranchement, d'économie ; on les a vus en 1863, en 1874 ; on les voit encore aujourd'hui à Ottawa En 1863, le peuple, dans son mépris pour ces petits hommes, les avait baptisés avant de les chasser, du nom de gouvernement (h bouts de chandelles. Leur économie, en effet, n'avait consisté qu'à retrancher quelques centaines de piastres à nos institutions de charité et à jeter sur le pavé quelques messagers ou employés sans fortune et sans position. Quel a été le résultat de ce grand programme ? Plus de trois millions de taxes nouvelles, plusieurs centaines d'employés additionnels et un déficit énorme, augmentant tous les jours."
Allons, M. Mousseau, n'oubliez pas de répondre à ce discours de M. Chapleau, car c'est vous évidemment, qu'il désigne, et pour comble d'ironie, il vous appelle le petit homme. (Rires et applaudissement)
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bonus aux employés
Mais voici qui devient sérieux. Tandis que M. Mousseau enlève aux sœurs de charité ce qui est nécessaire pour soutenir les pauvres, il fait des présents à droite et à gauche. Le 5 septembre, il donne $500 à M. Labelle, agent du chemin de fer, le 18 du même mois, $500 à M. Prince, un autre agent ; plus tard, $1,500 à M. Davis, surintendant du chemin ; $720 à M. L. A. Robi taille, frère du lieutenant-gouverneur ; le 22 novembre 1882, $1000 à M. Louthood, et le 12 septembre, $300 à E. Rodier ; $195.63 à
A. Paré ; $125 à Angers ; $400 à E. A. Hoare ; $225 à E. Lanthier ; $195 à T. Maheux ; $195.63 à M. A. McCallum ; $500 à J.
B. Vanasse et $120 à A. Perron. Enfin, le 9 octobre, $500 additionnelles à M. Prince, faisant un total de $6,976.26 accordés en pur don à des employés qui avaient déjà de très beaux salaires, sous le prétexte futile que, changeant de maître, ils devaient garder un bon souvenir de leur ancien. On a prétendu dans le temps que ces employés perdaient leurs situations, à raison de la vente du chemin de fer de la province. C'était faux. Mais, en .supposant que ce fut vrai, ce n'était pas au gouvernement à les indemniser, car il est spécialement allégué dans les contrats de vente, section 18, pour le contrat avec le syndicat du Pacifique, -et section 12 pour le contrat avec le syndicat du chemin de fer
* -du Nord, que les syndicats devaient garder les employés du gouvernement ou les indemniser raisonnablement, s'ils les renvoyaient.
Franchement, est-il possible de trouver chez un gouvernement autant de sottises et de malhonnêteté ?