DISTINCTION A FAIRE
Il y a deux espèces de libéralisme : le libéralisme religieux et le libéralisme civil ou politique. Les libéraux de cette province répudient le libéralisme religieux, qui est réprouvé par l'Eglise,
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pour s'en tenir au Moralisme politique, qui est permis. Ce libéralisme est justifié dans les ouvrages publiés avec Yimprimatur ««les autorités de Rome : c'est le libéralisme dont parlent, entr'autres le P. Ramière, jésuite distingué, et Mgr Félix Cavagnis, un des théologiens de Rome les plus en vue dans le moment.
Qu'on me permette de citer ces deux docteurs, afin d'accentuer davantage la déclaration que je crois opportun de faire, pour rendre impossible tout malentendu sur ce point.
" Il est d'autres libéraux, dit le P. Ramière, qui ne voient dans le drapeau sous lequel ils se sont enrôlés, que sa couleur politi- <jue. Leur lil>éralisme consiste uniquement dans la préférence -qu'ils croient devoir donner sur le pouvoir absolu aux formes ««le gouvernement qui offrent plus de garantie à la liberté des •citoyens.
44 Nous n'écrivons pas, non plus pour ce genre de libéraux ; car jamais libéralisme contenu dans ces limites n'a été, de la part «.le l'Eglise, l'objet de la moindre censure."
Mgr Cavagnis, autrefois professeur au collège Romain et maintenant supérieur de cette célèbre institution, est encore plus ■explicite. Dans son excellent ouvrage — Notions de Droit public naturel et ecclésiastique, publié en 1886 et qui contient un commentaire méthodique, complet, de la remarquable encyclique Immortale Dei, le savant professeur traite à fond le question du libéralisme et voici ce qu'il enseigne :
Avant tout, dissipons une équivoque. L'adjectif libéral et le -substantif libéralisme sont par eux-mêmes des termes indéterminés. Par là, ils se prêtent à la confusion des idées, deviennent une arme puissante de combat et un moyen favorable à la propagation de l'erreur. Celui qui cherche la vérité doit, d'abord, ■éloigner tout principe d'équivoque.
44 Le libéralisme présente deux sens : l'un bon, l'autre mauvais. Dans le premier sens, il est synonyme d'ami d'une juste liberté <it non de la licence. A ce point de vue, nous sommes tous libéraux ; personne n'aime servir. C'est ainsi que libéral voudra ««lire défenseur et propagateur de la vraie liberté civile et politique de sa nation, sans blesser aucun droit. C'est là un bien et c'est être libéral à l'antique
44 Au No 255, poursuit l'auteur, nous avons dit que le libéralisme peut-être pris dans deux sens : l'un bon, l'autre mauvais; or, en spécifiant davantage, disons qu'il peut se diviser en libéralisme purement civil et en libéralisme religieux.
" Dans un sens purement civil et étranger aux considérations religieuses, on appelle libéral celui qui est amateur de la liberté civile et politique de sa nation et la procure avec des moyens, du reste honnêtes. Il est, en conséquence, favorable à l'égalité civile et à la liberté politique, saufs les droits légitimement acquia"
L'ouvrage remarquable auquel j'emprunte ces citations, et que j'ai emporté de Rome, a été soumis par les congrégations romaines à l'examen du Père Jésuite Sanguinetti, professeur de droit canon d'une très grande autorité, et l'illustre docteur l'a approuvé dans son entier.
Je ne connais pas dans notre province, du moins parmi les partisans du gouvernement actuel, d'autre libéralisme que ce libéralisme civil ou politique dont Mgr Cavagnis se déclare partisan. On nous calomnie donc quand on nous accuse de libéralisme religieux, de ce libéralisme désapprouvé par l'Eglise. A ces calomniateurs, je me permettrai de rappeler la condamnation prononcée contre eux par le grand pape Léon XIII, dans leney clique I/nmortale Del:
" Mais s'il s'agit de questions purement politiques, dit-il, du meilleur genre de gouvernement, de tel ou tel système d'administration civile, des divergences honnêtes sont permises. La justice ne soutire donc pas qu'on fasse un crime à des hommes dont la pfiété est d'ailleurs connue et l'esprit tout disposé à accepter docilement les décisions du Saint-Siège, de ce qu'ils sont d'un avis différent sur les points en question. Ce serait encore une injustice bien plus grande de suspecter leur foi ou de les accuser de trahir, ainsi. Nous l'avons regretté plus d'une fois."
Voilà un précieux enseignement que nos accusateurs devraient méditer et qui nous met à l'abri des attaques que la mauvaise foi seule leur inspire.
D'ailleurs, je dois déclarer que, tout en étant favorable à un libéralisme politique, modéré et restreint dans les limites posées par les docteius que je viens de citer, nous savons respecter, et
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saurons défendre au besoin, les principes conservateurs, nécessaires à la tranquilité de l'Etat et au bonheur des familles, et que nous répudions avec énergie toutes ces dangereuses doctrines qui menacent l'ordre social, bouleversent les consciences et les sociétés, chassent Dieu de l'école et produisent des impies et des révolutionnaires.
Je l'ai dit bien des fois, et je le répète ce soir, avec l'assentiment des libéraux qui m'entourent : la victoire du 14 octobre 1886, n'a pas été une victoire libérale, mais bien une victoire nationale, et le gouvernement actuel, fruit légitime de cette victoire, a été, est encore et restera, tant que j'en serai le chef, un gouvernement national ; s.'appuyant avec confiance sur les honnêtes gens des deux partis, revendiquant l'honneur de la province et défendant ses intérêts ; cicatrisant les blessures que lui ont faites les régimes précédents ; oubliant les luttes fratricides du passé et demandant le concours de tous les hommes de bonne volonté, sans distinction de parti, de race ou de croyances religieuses, pour consolider nos institutions et nous préparer à la réalisation des grandes destinées qu'un avenir prochain nous ménage.