PRÉJUGÉS DE RACES
Les ennemis du parti national prédisaient, en 1886, que notre triomphe serait la ruine des Anglais : à les en croire, nous devions en arrivant au pouvoir, abolir la religion protestante, défendre l'usage de la langue anglaise dans les écoles, la législature et les cours de justice, chasser tous les Anglais de la province et confisquer leurs biens, tout comme il fut fait, autrefois, aux Acadiens ; il y en a même qui sont allés jusqu'à croire que nous allions détrôner la reine d'Angleterre et faire la guerre au roi de Prusse.
Ces braves gens doivent être rassurés maintenant : voilà plus d'un an que nous sommes au pouvoir et aucun de ces malheurs n'est arrivé, Dieu merci !
La Reine Victoria est encore sur le trône d'Angleterre et pas un national n'a encore conspiré, à ma connaissance, avec ses ennemis d'Europe, pour la détrôner. Le roi de Prusse est mort, je l'avoue, mais je vous prie de croire que les nationaux de la pro-
vince sont tout-à-fait étrangers à cet événement qui attriste tant les Allemands du monde entier.
La langue anglaise est toujours parlée avec talent et succèsdans la législature et nos cours de justice ; les églises et les écoles protestantes sont restées ouvertes ; et dans les premières, des ministres distingués prêchent toujours avec éloquence les doctrines qui constituent leurs croyances religieuses, et dans les secondes, les enfants apprennent toujours à vénérer la mémoire de leurs ancêtres, et la reine glorieuse qui règne sur nous depuis cinquante ans, entourée de 200 millions de sujets ; et ce soir, nous avons autour de cette table des citoyens distingués de race et de religion différentes, venus de toutes les parties du Canada pour protester par leur présence, en faveur de l'harmonie intelligente qui règne entre nous et du désir que nous avons de vivre en paix sur ce sol libre de l'Amérique, oubliant les luttes sanglantes du passé et travaillant, la main dans la main, à créer la grande nation canadienne.
On m'a reproché de ne pas avoir confié de département à un anglais protestant, lors de la formation de mon gouvernement, et ceux (jui m'ont fait ce reproche avaient réussi à préjuger l'esprit de leurs coreligionnaires, au point de décider ceux des Cantons de l'Est à ne pas nous envoyer un seul des leurs pour nous appuyer en chambre, et à décider aussi ceux de Montréal-Ouest à rejeter le seul protestant libéral que la métropole avait l'habitude d'élire.
Dans ces circonstances, il nous est bien permis, ce me semble, de taxer d'hypocrisie et de fourberie les lamentations de certains journalistes protestants qui ont été plus émus par la perte, du patronage dont notre arrivée au pouvoir les privait, que par l'injustice faite à leurs nationaux. Car, il ne faut pas l'oublier, les messieurs de la Gazette, par exemple, sont plus attachés aux job* qu'à la religion protestante, et ils sacrifieraient volontiers Luther, Calvin et même Guillaume d'Orange aux contrats plantureux que leur donnaient si géréreusement MM. Ross et Taillon.
Donc, que les protestants se rassurent ; les messieurs White, de la Gazette, ont été les seuls protestants que notre gouvernement ait sacrifiés jusqu'à présent et il ne se propose pas d'eu
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sacrifier d'autres ; il désire, au contraire, continuer à rendre justice égale à tous ; il a prouvé qu'il n'était pas juste que les chapelains protestants des prisons et des asiles eussent des honoraires moindres que les chapelains catholiques et il a fait disparaître l'injustice que les gouvernements tory s avaient commise à cet égard ; il a trouvé qu'il fallait tenir parole devant les protestants comme vis-à-vis des catholiques, et dans ce but, le gouvernement national a rendu au Lord Evêque Bond, cet homme distingué que tout le monde respecte, et à ses associés pour l'établissement d'un asile protestant, la ferme Leduc, qui leur avait été promise, mais qui ne leur avait jamais été donnée par nos prédécesseurs. Cette ferme avait d'abord été évaluée à $10,000 et nous avons payé cette somme suivant l'autorisation obtenue de la législature ; et maintenant que mon ami et ex-collègue, M. McShane, a réussi à obtenir $18,000 pour cette ferme, nous nous proposons de remettre cette différence au Lord Evêque Bond et à ses associés, dans l'œuvre philan tropique qu'ils veulent accomplir.
Et si, jusqu'à présent, les circonstances n'ont pas permis aux protestants d'occuper une position satisfaisante dans le gouvernement, je puis dire que ces circonstances sont changées et que bientôt il nous sera donné de rendre, à cet égard, justice entière aux Anglais de cette province, comme nous l'avons fait, à tous autres égards, chaque fois que l'occasion s'en est présentée.