DÉTAILS SUR L'EMPRUNT
Nous avons donc vendu nos obligations au Crédit Lyonnais, une des institutions monétaires les plus respectables et les plus puissantes du monde. Nos titres ont été pris à 99 et 4 070 d'intérêt. Les charges ordinaires, frais d'émission, de timbres et autres, réduisent le produit à 83,377,500.00 payables en or des Etats-Unis, à New-York, ce qui équivaut à 96 \ 070.
C'est l'opération de beaucoup la plus avantageuse qui ait jamais été faite par la province de Québec. Nos quatre emprunts à 5 0/0 n'ont produit qu'une moyenne de 97.19 070. ou $97.19 par cent piastres. L'opération que nous venons de faire a produit la même chose à 99/00 près, bien que le taux de l'intérêt soit d'un cinquième moins élevé. Pour donner un rendement égal à celui que nous avons obtenu, nos prédécesseurs auraient dû retirer de leurs 5 070 $115 par $100 ; au lieu de cela ils n'ont eu que $97.19.
Voilà, ce me semble, un avantage qui n'est pas à dédaigner, et cependant les bleus ne sont pas contents ! Mais pourquoi se montrent-ils donc aujourd'hui si exigeants, quand autrefois ils étaient si faciles à contenter, alors que leurs amis faisaient de si grosses bévues financières, que nous sommes obligés de convertir leurs dettes, pour soustraire la province aux conséquences de leurs ruineuses opérations ?
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comparaison avec l'emprunt de 1880
Précisons davantage et comparons notre emprunt avec celui «de 1880, fait en France par le gouvernement Chapleau et représenté dans le temps, par les bleus, comme la plus belle opération financière.
Cet emprunt porte intérêt à 4£ 070 et il est de $4,275,853.34. Il n'a produit que $3,772,717 ou 88.28070, c'est-à-dire que M. ^Chapleau a donné les débentures de la province pour $4,275,853, et qu'il a reçu $503,136 de moins que nous aurons à payer. En d'autres termes, M. Chapleau a payé £ 070 d'intérêt de plus que nous et il a retiré de son emprunt $8.28 par cent piastres de moins que nous avons eu pour le nôtre. En établissant la partie <Jes valeurs, le produit de l'emprunt Chapleau équivaut à un emprunt au pair à 5.20 070 et le nôtre équivaut à un emprunt •au pair à 4.20 070, ce qui fait une différence d'une cinquième à notre avantage.
Voyons ce que représentent ces différences en faveur de la transaction que nous avons faite.
A 88.23, produit de l'emprunt du gouvernement Chapleau, celui que nous avons fait n'aurait dû produire que $3,088,050 : or il a produit $3,377,500.
Nous avons donc gagné à la province sur le produit de l'emprunt, $289,450.
A 4J 070, taux payé par le gouvernement Chapleau, l'intérêt «sur notre emprunt serait de $157,500 par année : or nous ne payons que $140,000.
Nous avons donc gagné sur les taux de l'intérêt $17,500 par année, ce qui fait $700,000 pour les quarante ans compris dans la -durée de cet emprunt.
En rapprochant ces chiffres, on arrive au résultat suivant :
Gagné sur l'intérêt $700,000
Gagné sur le capital 289,450
Gain total . . . $989,450
JNotre Dpération a donc été de $989,450 plus avantageuse à la
province que celle du gouvernement Chapleau. On admettra queça vaut la peine d'être ramassé !
Pourtant les journaux bleus ont exalté aux nues l'emprunt du gouvernement Chapleau. Voici ce qu'en a dit la Minerve :
" Nous sommes maintenant en position de démontrer que cesbruits sont absolument faux, et que l'emprunt français au taux offert et accepté, a été une excellente opération financière.
" La province paie une annuité de 6 p. c., soit 5 p. c pour l'intérêt, et 1 p. c. pour l'amortissement, sur une somme de £800,000„ et les banquiers avec qui notre province a traité, ont payé, en francs, une somme qui, à la parité des monnaies, représente exactement 98 p. c. de la somme de £800,000. •
" On voit que sous tous les rapports, la négociation de l'emprunt à Paris a été une bonne affaire, sans compter les résultatsindirects que nous avons le droit d'en attendre.
" Il ne faut pas oublier, non plus, que l'emprunt n'aurait pas pu être effectué à Londres à 98 avant qu'il eût été accepté à Paris. C'est l'action seule des banquiers parisiens qui a porté les agents de l'autre côté de la Manche à présenter leurs offres,
" Une autre information que nous pouvons donner à nos lecteurs, et qui ne manquera pas d'inspirer confiance dans cette opération financière du gouvernement de Québec, c'est que tout l'emprunt a été pris à 98 £, 99, 99£ et 100, c'est-à-dire que le total a été souscrit au-dessus du cours de l'émission."
D'abord, constatons la fausseté de l'affirmation de la gazette bleue : ce n'est pas 98 p. c. que le gouvernement a obtenu de cet emprunt ; nous savons maintenant la vérité et les documents publics constatent que c'est seulement 88.23. Le montant de rémission est de $4,275,853.34 ; cette émission n'a produit que $3,772,717.00, en sorte que la province a perdu $503,136, ce qui réduit le produit de l'opération au chiffre que je viens de mentionner.
Mais si cette transaction du gouvernement Chapleau était une si excellent opération financière, comme le dit la Minerve, comment se fait-il que notre emprunt, qui rapportera près d'un mil* lion de plus à la province, est aujourd'hui dénoncé par les bleu* comme une mauvaise affaire ?
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Je vous le demande, messieurs : est-il possible de pousser plusloin la sottise ou le cynisme ?
Un journal anglais de cette ville, qui se donne comme journal de commerce, a demandé " pourquoi les ministres ont disposé à 96 i des 4 p. c. de Québec, quand les 4 p. c. de la ville de Toronto commandent 99 £ et les obligations de la ville de Montréal, le pair, à une fraction près ; quand les 3i p. c. du Canada sont cotés à 103 à Londres et quand la colonie de Victoria place £1,500,000 sterling de ses 4 p. c. à 108 ?"
D'abord, nous n'avons pas vendu à 96 £, mais à 99. Cette différence est importante et nous prions nos adversaires d'en prendre note.
Ensuite, à cette question captieuse,- je pourrais bien répondre au Montréal Gazette par une autre question. En 1885, Sir Léonard Tilly a placé sur le marché de Londres pour £4,000,000 sterling de 4 p. c. du Canada et il n'a obtenu que 101.08 ; à la même date, les 4 p. c. de Victoria étaient cotés de 102 à 104 sur le même marché de Londres ; pourquoi les ministres d'Ottawa ont-ils ainsi disposé de leurs 4 p. c. à 2 ou 3 points au dessous du prix que commandaient les 4 p. c. de Victoria.
Que ces messieurs répondent !
D'ailleurs, quant à la colonie de Victoria, il n'y a pas de parité possible à établir, je regrette de le dire, entre son crédit sur le marché monétaire et celui de Québec. Outre que cette colonie a déjà placé trois emprunts considérables à 4 p. c, et que sa position était solidement établie à ce taux et que la nôtre ne l'était pas, ses ressources et ses revenus sont infiniment plus amples que les nôtres, sans compter que son budget pour les cinq années de 1883 à 1888 accuse un excédant de recettes de $2,271,738.96, au lieu que le nôtre n'accuse que des déficits qui se chiffrent par plus d'un million de piastres, pour le même espace de temps. Sur la totalité de la dette de Victoria, qui était en juin dernier, de £33,119,164 sterling, £25,404,847, ou plus des trois quarts, ont été employés à construire des chemins de fer qui appartiennent à l'Etat et lui ont donné pour l'exercice 1886 et 1887 un revenu net de £1,088,945, ou presque assez pour payer l'intérêt sur toute sa dette, lequel intérêt s'est élevé en 1887 à £1,272,591. D'après
le Résumé Statistique pour 1886, publié par le gouvernement du Canada, le revenu de Victoria est de $140.45 par tête et dans notre province, de $2.20 seulement.
Où est l'homme sensé qui prétendra qu une province dont le revenu ne représente que $2.20 par tête, peut emprunter aux mêmes conditions qu'une colonie quasi indépendante dont le revenu excède $140 par tête ?
Le même raisonnement s'applique naturellement aux villes de Montréal et Toronto, dont les sources de revenu sont plus élastiques que celles du gouvernement de Québec. D'ailleurs, la ville de Toronto n'a pas aussi bien réussi que nous dans le placement de ses 4 p. c. Il est bien vrai qu'elle les a mis sur le marché à 09 h ; mais je tiens de la source la plus digne de foi quelle n'a réalisé, du moins, à son profit, que 95 ou 95t, au lieu de 96J que nous avons obtenu.
Mais, même en supposant que nous n'ayons pas placé notre emprunt aux mêmes conditions que la riche et opulente colonie de Victoria, ou que les villes de Montréal et de Toronto, qu'est- <se que cela signifie ? La grande question, c'est de savoir si nous avons obtenu ce que valaient nos obligations. Les titres d'un gouvernement, comme tous les autres effets de commerce, ne se vendent que ce qu'ils valent sur le marché : or, que valaient à Londres les titres de la province de Québec, à la date de l'émission de notre emprunt ? Le 3 janvier, nos 5 p. c. étaient cotés de 111 à 113, donnant une moyenne de 112. Or, à 112, le 5 p. céquivaut au pair 4.25 p. c. d'intérêt. A la même date, nos 4J p. c. étaient cotés de 105 à 107, donnant une moyenne de 106. Mais -du 4£ à 106 équivaut à 4.25 p. c. au pair. Enfin, du 4 p. c à 96$ tel que nous avons obtenu du Crédit Lyonnais, équivant à environ 4.16 p. c. au pair, c'est-à-dire que nous avons placé notre emprunt dans des conditions qui donnent un rendement plus élevé que la valeur courante des titres des autres emprunts de la province, lors de l'opération que nous avons faite. Pourtant, on sait parfaitement que pour placer des titres nouveaux il faut que ces titres présentent des avantages sur les anciens, car autrement personne n'aurait d'intérêt à prendre les nouveaux titres.
Ces considérations, qui s'imposent à tous les hommes d'affaires.
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démontrent clairement que nous avons opéré avantageusement pour la province et que nous avons obtenu pour ses obligations le plein montant, et même plus que le plein montant de leur valeur courante.
La Gazette de M. White, un futur ministre des finances, paraît-il, nous a reproché d avoir vendu tout l'emprunt au Crédit Lyonnais.
Si j'ai bonne souvenance, ce journal n'a pas fait le même reproche en 1876, à l'honorable M. Church qui avait alors vendu tout son emprunt à la Banque des Marchands. En 1883, M. Wurtèle a vendu les derniers £500,000 sterling de l'emprunt de 1882 à la Banque de Montréal et la Gazette n'a pas soufflé mot. De quelle grâce nous attaque-t-elle donc parce que nous avons fait la même chose en 1888 ? Si la concurrence était avantageuse en 1888, elle devait l'être pareillement en 1876, en 1880 et en 1883 ? Pourquoi la Gazette ne l'a-t-elle pas réclamée alors comme elle la réclame aujourd'hui ?
D'ailleurs, nous avons provoqué la concurrence, puisque nous avons demandé des soumissions, ce qui n'a pas été fait pour l'emprunt de 1880, qui fut vendu directement et privément à M. •Cahen, d'Anvers.
On nous fait aussi un reproche de ce qu'après avoir pris l'emprunt à 96 J, le Crédit Lyonnais l'ait placé ou fait coter à 101 i, ou 4j de plus que le prix payé par lui. Mais on oublie que ces 4 j ne représentent pas un profit réel, puisque le Crédit Lyonnais a acheté ferme et paie tous les frais d'émission, de change, de timbres, etc., lesquels frais représentent au-delà de 2 070.
De plus, en consultant la lirte officielle de Burdett, je constate <ju'en 1883, la Banque de Montréal a mis sur le marché de Londres, à 107, les £500,000 de l'emprunt 5 070 de 1882, que M. Wurtèle lui avait vendu à 100. La Gazette et les antres journaux bleus qui poussent les hauts cris parce que le Crédit Lyonnais semble avoir réalisé un honnête profit, n'ont pas en un mot <1? blâme, quand la Banque de Montréal a réalisé 7 070 absolument de la même façon.
Enfin la Gazette semble fort intriguée de ce que MM. Heidelbach, Ickelheimer & Cie., banquiers de New- York, paraissent
avoir été mêlés à la négociation de notre emprunt. Pourtant^ elle n'a rien dit quand les mêmes banquiers ont été mêlés à l'emprunt de 1880, et je vous prie de croire que s'ils ont coûté quelque chose à la province en 1880, ils ne lui ont rien coûté en 1888, car nous ne leur avons pas payé un seul sou.
Messieurs, ces observations vous donnent une juste idée de toutes les critiques qu'on a faites de notre emprunt, et je ne crains pas de dire que c'est incontestablement l'opération financière la plus avantageuse qui ait jamais été faite pour la province de Québec.
Pourtant, nous nous trouvions dans une position exceptionnellement difficile. Outre le discrédit résultant du mauvais état dans lequel se trouvaient les finances de la province, quand nous en avons pris l'administration, il nous a fallu refouler le courant, ou si vous voulez, défaire les cotes établies par nos prédécesseurs. Après avoir emprunté d'abord à 5 o?o et à un escompte considérable, ces messieurs étaient descendus à 4£ en 1880, en sacrifiant sous forme d'escompte $503,581, puis avaient été forcés de revenir à 5 o^o en 1883 ; ils avaient procédé par demi-points, au lieu qu'il nous a fallu baisser d'un point entier, pour arriver d'un seul bond à 4 070, cote qu'ils n'ont jamais pu atteindre. Il était réservé à mon honorable ami, le trésorier de lu province, dont l'expérience, 1 habileté et l'honorabilité dans les affaires lui ont valu une réputation des mieux établies, il était réservé à l'honorable M. Shehyn d'inscrire ainsi la province de Québec, dans le monde de la finance et des affaires, parmi les pays les mieux cotés. En présence d'un pareil résultat nous avons droit de proclamer que nous avons relevé le crédit de la province et de réclamer l'approbation de tous les citoyens qui ne se laissent pas aveugler par l'esprit de parti.
Ce succès est d'autant plus remarquable que le Standard, un des grands journaux de Londres, déclarait au moment de l'émission que l'emprunt ne pourrait pas être placé aux conditions proposées et qu'il faudrait en subir de moins favorables, si l'on voulait qu'il fût souscrit sur le marché anglais.
Je dois dire, au reste, que nous avons reçu en France, l'accueil le plus favorable et le plus sympathique ; que nous avons été
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traités en frères et qu'on nous a donné tous les avantages que peuvent procurer le bon vouloir et la cordialité les plus sincères.