PIE IX
Soliee préeédéé àm q^lqamê réUttioai onaMplémMnUm— rar 1a vie et la mwrt do P«p»
Qfféfoire Z¥I.
Voglio morir d« fraie» dod da sovraiio.
GiteoiBB XVI.
Gr^oire XYI est mort le l""' join 1846, après quinze aosdenx mois et vingt-neuf jom'S de règne. Je n'avais publié qn'nne première moitié de notice biographique sur ce grand pape ; tout en faisant connaître son successeur, j'esquisse en traits rapides la seconde.moitié.
£t d'abord &ut-il réparer certaines omissions, si peu importantes qu'elles soirat L'histoire ne connaît point de faits inutiles.
Ce nom de Grégoire XYI, le cardinal Gapellari le prit en mémoire de Grégoire XY^ fondateur de la Propagande dont il était préfet
Comme cardinal» il eut le titre de saint Calixte. i09*UTa,— T(wie 10. , 1
Je crois n*avoir pas dit qu'en sa qualité de préfet de la Propagande, il eut une part très notable dans les négociations relatives à Fémancipation des arméniens catholiques de Gonstantinople.
Je n'ai pas dit non plus qu'après la mort de Pie YIII, le conclave fit tomber son choix sur le cardinal Giostiniani et que l'Espagne opposa son vtsto à cette élection ; d'où il résulta que les suffrages se reportèrent sur le cardinal Gapellari, après soixante-quatre jours de vacance. « L'Autriche, la « France, l'Espagne et le Portugal se sont attribué, « où ne sait trop ni comment, ni pourquoi, ni à quel « titre, ce droit d'exclusion, c'est-à-dire que cha- « cune de ces puissances se réserve lé privilège exor- « bitant d'exclure un candidat qui ne lui serait pas (c agréable et dont elle aurait lieu de redouter l'élec- (( tion. Ce droit ne s'exerce que contre un candim dat pour chacune des trois cours, et il ne peut en « être question contre un pape déjà canoniquement « élu. Il faut que l'exclusion soit dénoncée avant : rélection consommée, et une fois appliquée à : un candidat par l'une des trois puissances, cette : puissance est obligée d'accepter tous les autres, à
moins que l'un d'eux ne soit exclu à son tour *
par Tune des deux autres cours privilégiées.
L'exclusion ne peut être déclarée ni avant, ni
(c après, ni hors dû conclave, ni par une personne « étrangère au sacré collège. » Si donc un cardinal étranger voit qu'un cardinal dont sa cour n^ap* prouverait point Télection est près d'avoir le nombre de voix suffisant, il doit le déclarer avant que le nombre soit complet, sans quoi Télection serait canonique et irrévocable. « Ce droit prétendu n'est « qu'un véritable et révoltant abus; jamais l'Eglise « ne l'a reconnu. Rome a toujours protesté contre « la prétention des puissances; seulement, tout en
« réservant le droit pour éviter de plus grands « maux, elle a cru devoir subir le fait (i). »
Quoi qu'il eu soit, le cardinal Capellari nlonta sur le siège de saint Pierre, et les vœux de M. de Chateaubriand furent exaucés : « J'avais appelé ce choix de tous' mes vœux dans le précèdent conclave.» (2).
Grégoire XVI fut vraiment un grand pape.
Sa modestie pouvait abuser telles ou telles personnes dont les regards paresseux ne vont pas audelà de l'écorce, et ainsi leur persuader qu'ayant oiiéré des prodiges réels, néanmoins il restait en
(1) Voyez Eieetlonet courônnefnênt du Soùverain-Pantifo^ Paris, 4^6, chez Sirou, rue des^^Qyers, 37, et Diction, de DroU Canonique, par M. Tabbé AndrO.
(2) Voir première partie de celte Notice, page 24.
arrière, bieo loin de ses deux cent cinquante sept prédécesseurs. Hais la modestie apparemment n'exclut pas la grandeur, au contraire.
On voit des gens infatués d'eux-mêmes qui, fVivtr obtenir plus sûrement du public un brevet de ^nie et de science profonde, se composent des physionomies de statue chinoise et le traitent comme un cbien perdu. Ces gens-là raisonnent bien contre nous qui sommes des sots, mon judicieux lecteur.
Une affabilité charmante, une douce et noble simplicité, des aperçus piquants, des saillies ingénieuses, le calme et pur laisser-aller du bon vieux temps, une manière humaine de converser avec des hommes, la belle nature enfin, nous aimons toutes ces choses, nous ne les prisons pas; elles attirent nos cœurs, elles prosalsent nos imaginations qui veulent être repoussées. Ce que nous pouvons voir sans lunettes d'approche, nos yeux gâtés le réduisent bourgeoisement à des proportions microscopiques.
Grégoire XVI n'oublia jamais Maure Gapellari, et le monarque aux trois couronnes la robe de bure du bénédictin-camaldule.
Il n'avait d'autre lit qu'un peu de paille ou un simple tapis, dans le monastère de Saint-Grégoire comme au Vatican. A ses derniers instants, il disait
eacùte : t Je veux mourir en moine» et non en 8oo- « ¥erain^ voglio morir da frate^ non da samrano. • On connaît deux admirables réponses de Ini, Tune qn*il fit au sujet du mariage d'un de ses parents, Fautre quand une députation lui offrit pour son neveu la place de grand-baillt de TOrdre de Malte (1). Chose qui nous intéresse spécialement : « La « France fut toujours l'objet de sa tendre solUdtode « et de son affection particulière. Il suffisait d'appar- « tenir à notre nation pour recevoir de ce tendre • père un accueil plus bienveillant, sans distinction « de croyances» et ses bénédictions tombaient avec « plus d'empressement et de grâce sur le firont des tt Français, qui» pèlerins de la foi catholique, se « pressaient tous les ans H ses pieds. La Fronce^- « sait-il, la France est ma fiUe chérie (2). » Qui-, conque demande une audience aux rois» c'est-àdire à l'une des fourmis d'entre nous que nos mo-. biles fantaisies bariolent d'or et de puissance pendant l'ombre d'un jour, celui-là est un fou, .s'il n'est un personns^e fort important d'ailleurs oa muni d'un illustre passe-port, car il n'obtiendra: pas d'audience. Pour visiter le souverain Pontife!
(i) Voir première partie, page 7. >
(S) Mandement de MM. de Bonald et MaieDOd*
Grégoii'e X¥I, le dernier des chaudronniers français n*avaît qu'à peine besoin d*ane lettre d*avis ; nos évêques même, je suis forcé d'en faire l'aveu, coltirent plus soigneusement l'étiquette.
Ainsi Grégoire XYI fut un pape très aimable et très simple; ce fut pourtant un grand pape.
Comme souverain temporel, il introduisit dans Padministration de ses états de salutaires et réelles améliorations.
Toutefois admettraîje conformément à l'avis de plusieurs personnes graves, qu'il subissait beaucoup trop volontiers l'influence d'un cardinal peu populaire et de quelques légats? Nous connaissons fort mal les états de l'Église, nous autres français, et quand nous jugeons avec une impertinente légèreté les choses qui s'y passent, ce n'est pas à tort que les Romains se moquent de nous. Il s^agit sans âouted'ûn petit royaume singulièrement fractionné, faille à facettes, pour ainsi dire, et, sur une étendue ^ restreinte, exposé dé toutes parts au dange* reùr contact de vingt populations étrangères; pour gouverner un pareil royaume, de grandes qualités sont requises : coup^d'œil sûr, vigilance infatigable, prudente fermeté. — « Mais en rien l'excès ne ^ « vaut rien. L'Italie a vu tomber bien des têtes.')» Nous autres français, voilà ce que nous disons.
A son tour, la postérité jugera l'insurrection de Bologne et le reste.
Grégoire XYI fonda des établissements industriels et d'utilité publique. En ordonnant les magnifiques travaux de Rivoli, il préserva les contrées voisines des ravages que leur causait l'Ânio depuis la ruine des vieilles cascades. 41 embellit Rome et les principales villes. Rome lui doit des musées nouveaux et spécialement le Bf usée Etrusque.
Vient la question de savoir pourquoi Grégoire XYI refusa constamment d'ouvrir ses états aux lignes de chemins de fer. Les uns disent qu'il craignait d'affamer en cette manière la classe nombreuse des condottieri ; sur quoi les autres disent que la même difiSculté se présentait dans tous les états de l'Europe et qu'on s'est fort bien trouvé dé n'en avoir tenu compte. Il y a ici une question de pure industrie dont je n'ai garde de me préoccuper. J'aime beaucoup les chemins de fer qui, en ménageant les susceptibilités de mon omoplate, et en minant les viUages me transportent d'un lieu Ik uh autre avec la rapidité de l'éclair; mais des hommes clairvoyants prétendent que, parla multiplicité des rapports, ces inventions doivent entraîner la perte des mœurs publiques et produire à d'autres égards d'effroyables catastrophes ; et je ne suis pas
de force à dédaigner de pareils hommes ni leurs honâêtes inquiétudes. J'attends Pie IX.
Dans son évêché de Rome, Grégoire XVt donna des preuves égales de grandeur et de haute intelligence administrative. Il fit reconstruire la4>asilique de Saint-Paul-^hors-les-murs, si malbeureusement dévorée par Finceivdie» la décora avec splendeur et ^ en consacra Fautel. Si Tauteur du livre cité ci-des^ sus (1) ne m'a pas emprunté ces derniers détails, je reconnaîtrai qull me les prête, ainsi que les suivants :
Gomme souveram-pontife, il eut le bonheur de décréter la canonisation de plusieurs saints, entre autres de saint Liguori, d'ériger dans les cinq par^ ties du monde quarante nouvelles églises, archevêchés et évêchés, de préparer l'érection de plusieurs autres, de donner à l'Angleterre quatre nouveaux vicaires apostoliques, et d'imprimer à la^ Propagation de la foi une impulsion nouvelle ; il ^ a*éa soixante-quinze cardinaux de la Sainte-Eglise romaine, et plus de cinq cents évêques aujourd'hui vivants ont été institués par lui (2).
Ici, je me sens prrêté, j'ai honte, je voudrais mé
(i) Élection et coarannement, etc., etc. (S) Page 172.
taire» je ne puis.... Tyran cruel et sotte chose que Topinion publique I
Grégoire XYI n'est plus....
Deçms qu'il n'est plus» on a courageusement jeté l'insulte à la face de son cadavre. Ses prodoetions écrites» ses doctrines théologiques et politiques» son gouvernement» et mon Dieu ! sa moralité même» rien n'a échappé à la calomnie.
A l'heure qui sonne, tout le monde est théolo* gien ; et qoidonc sait deux mots de son catéchisme ? On débite publiquement» par imprimés» avec, le {dus insolent dogmatisme, des inepties grosses comme des montagnes, et l'on trouve des admirateurs et des adhérents ; que dis-je ? M. Michelet fait école.... M. J.... aussi. Ce que c'est que M. J....
M. J est un Monsieur précisément ftit veut
qtie vous sachiez qu'il existe. C'est un rédacteur fort incminu de la Revue Indépendante, lequel doit assister r^ulièrement et battre des mains au cours de M. Michelet, ci-dessus nommé ; c'est un citoyen fort honorable » sans doute » mais que, sans nul doute aussi, Dieu n'avait pas créé pour tenir une plume littéraire^ ou juger un pape.
EtfHremièrement» ce monsieur fait de la théologie ; à quoi lui servira la recette suivante : recueillir ça et là huit ou dix vocables du genre» surtout
les plus ronflants, pour en saupoudrer à rayenturé un salmis d'assertions effrontées et de noms propres souvent travestiâ et tordus, et en somme, être impuissant aveô audace et notes justificatives, persuasif comme celui dont on disait:
11 a si bien parlé que )e n^ai rien compris.
Yais-je réfuter de point en point ce monsieur? Â Dieu ne plaise.
Ce monsieur soutient que Grégoire XVI, en publiant le Triomphe du Saint Siège, fit* une action stupîde d'abord et ensuite détestable :
1* Grégoire XYI fit tine action stupide, parce que effectivement Tiliustre auteur, dans cet ouvrage, iidmet et prouve Tinfaillibilité du pape. Or M. J...1 pénètre d'un coup-d'œil. jusqu'aux plus profondes entrailles de la nature humaine, et' demande 8*il tombe sous le sens qu'un homme quelconque puisse échapper complètement aux chances communes d'erreur. G*est assez dire.
2'' Grégoire XVI fit une action détestable, et la
raison en est toute simple. Imaginez-vous qu'il donne pour base à chaque société partielle comme à la société universelle un pouvoir régulateur, et indépendant en droit des capricieuses théories de tel ou tel songe-creux.
Il y. a ici comme un instinct de démocratie ; fort
bien» mais en vérité rien n*est si funeste aux bonnes caoses qœ les mauvais avocats de contrebande.
Saint Thomas disait du haut de son génie : « on « peut se révolter contre un tyran, à moins que « le peuple ne doive plus souffrir de la révolte que c le prince ne lui fait de mal. » Grégoire XVI ac« ceptait sans aucun doute cette opinion» mais en vivifiant la lettre par l'esprit» et parfaitement çon« vaincu d'ailieurs que réprimer les abus de T^utorité c*est consacrer l'autorité. Aussi le docteur angér lique ajoute-t-il que « toute autorité tyranniqne « n*est pas légitime» » ou» en d'autres termes» qu'elle est nulle. Mais il reste de grandes questions : . Quels sont les caractères définitifs de l'autorité illér gitime? saint Thcmias prend la peine de les qber*cher. Au cas d'une lutte vive et déclarée, entre un chef d'état et le peuple, qui portera la s^tence» absolvant l'un» condamnaat l'autre sans appel? saint Thomas laissait au grand Leibnitz le soin de répondre. QueUe sera la nature du châtiment in- ^ fligé au coupable ? A l'autorité ill^itime qiielle au- ^torité légitime faut-il substituer? Ouest celle«ci? Entre le mal qui résulterait d'une déchéance on d'une révolte et les dommages que produirait le I maintien du chef établi, qui donc aura missian pour choisir» avec les plus laiges probabilités pos-
sibles d'é?iter l'injustice et les méprises? Quelles sont les révoltes qui vraiment procèdent du peuple? Qui distinguera un remuement plus ou moins étendu et brutal d'une réclamation tout-à-fait nationale et intelligente ? saint Thomas prenait à deux mains scm front tout plein de Dieu» et restait abîmé dans une laborieuse angoisse; M. J.... tranche d'un mot toutes les questioîns. « Saint Thomas, se • dit-il, était bien de son village. Âu fait, qu'est- « ce que saint Thomas? Quel feuilleton publie-t-il « dans le Constitutionnel et quelle dièse sociatùti' 9 que dans la Revue dite indépendante? » Après saint Thomas, Grégoh^ XVI a pensé qu'il fallait suivre la sentence de Pythagore, et s'abstenir puisqu'on doutait, ou plutôt recourhr à la prudence et conseiller au peuple une sage réserve; M« J.... trépigne et prononce que toute révolte est délicieuse et que Grégoire XYI avait bien tort de ne pas partager son sentiment.
S"" Grégoire XYI, de plus, était une espèce de faussaire, car en arrivant à la tête des États de l'Église, il remplaça quelques passages de son livre par des cartons; ce qui signifie que dans l'intérêt de sa position nouveQe, il substitua hypocritement à certdnes pages plus ou moins démocratiques des pages toutes suantes de tjrannie. Et» sur ce, je prie mon
heteor de consfater le bit, s*il n'a rien demieox à
fidie.
Ay«il abocdé ce triste sujet, force m'est bien
de poofsaivie. . . • . • Je me résigne h ÔM on
texte:
c Le GODvent dans lequel GapeDari prononça ses vœux, ritué dans la me Samo^RomuaUtOf avoisine la place des Santi ApostoU à Rome. Succursale, sept on huit moines l'habitaient Capetlari s'y livrait à h fois à l'étude et à la jMratiqne des règles imposées à son ordre. Qudles étaient ces règles? nous ne saurions le dire. NnUe témérité néanmoms à affirmer que la rigidité des primitives associations rdigieuses n'en formait pmX la base. U était permis au jeune moine de consacrer toutes ses soirées au jeu de cartes ouvert chez un de ses voisins, le. chapelier Rosa. À cette époque, Maur se lia également avec un homme dont l'influence sur son esprit se fit sentir jusqu'à la mort de Grégoire XVL N'at-on point déjà deviné le célèbre Gaetano Mih roni? pauvre mais joyeux barbier de la rue Santo-Romualdo, il était associé d^imérêts avec deux de ses frères. Son goût pour la lecture, celle surtout des livres de théologie, lui attira \ intérêt du moine bénédictin. Bientôt celui-ci
— lu —
« mit sa bibliothèqne à la disposition du studieux « Figaro. // finit par lui donner des leçonts de f thé<rijogie. Gaetanino (c'est ainsi qu'on i -appelait f à Rome), répondait de son mieux à tant de bienc veillance; il cherchait à se rendre utile... il de- % tint nécessaire. Nous le dit-ons avec regret, niais Il enfin nous le dirons, puisqu'il s'agit ici, non dé « /Porter la mémoire d'un homme, si haut qu'il ait t été placé, mais de tracer fidèlement un portrait « historique, c'est surtout par des complaisances u où la morale ne trouvait point son compte que' t. Gaetano Moroni se rendit indispensable. Offi-^ « cieux ami, c'est à ses soins que Maur dut de € connaître la belle mademoiselle Oldani^ de Pé* « rouse. Comme Gaetanino, cette femme exerça t une H&UTE influence sur les volontés du Ca- <r maldule. Plus tard, devenue à Rome le point de c mire de tous les yeux, on loi avait donné le sur* c n(»n de Papesa. »
Et en note M. J.... proteste de sa blanche véracité : t Nous n'écrivons rien ici, dit-il, que t nous n'ayons contrôlé par des témoignages nom- • breux et qui ne soit de notoriété publique. »
Où est le bon sens? Gapellari habite Rome, h rue Saiot^Romuald, un couvent dé calmaldules près dé la {dace des Saints-Apôtres ; toutefois, en
iace des miarcraios pontifes Pk VU, Léon XU et. Fie l^m, en face des comœanaatès rifales, des infiûSSdes Quolibets do Tdsinare, de ses frères el sopérienrs camaldaleS} G4)eliari cofu«a*e tome* ses soirées au jeu de cartes auoert chez le chape^ Uef Basa et se Ue avec un barbier qui loi rend des offices erapnient 1 Etatrcone exclusion, ancone eenmre, aluiiiiie remontrance ! Ce jonenr infatigable, cet hypocrite débauché se livre, ea même teàips et à ta fais, d l'étude et à la pratique des règles imposées à son ordre, et cultive avec succès les langues orientales, et ne laisse pas d'appro* fimdir la Somme de saint-Thomas^ et... la théolo^ gie était même de tous les champs ouverts aux nwestigations de l'homme^ cebn oit, son esprit ai» mait le mieux à.nunssonner 1 (page Uhl) On avait tODJour» dtt, et je suis fort de cette opinion, que si Foi^Toté est la mère ou la racine de tous les vices, le travail est la plus puissante sauvegarde des inœdrs..^, mais poursuivons.
Le Camaldule Màur Gapellari devient Grégoire XYI. £h bien, ce pauvre pape qui^ au grand déplaisir de mon monsieur, se laisse conduire à la lisière par les cardinaux, qui déjeûne et dîne iseul pour que nul ne soupçonne quil a [infirmité de manger^ ce fétiche iHqx>tent qu'une triple baie
de bourreaux ènsoutanés dérobe sans cesse à la Yue<lv peuple dans l'intérêt de leurs sanguinaires ambitions, c'est une espèce de Loiils XY» ayant ses Pcnnpadour et ses Dubarry et son Lebel pour l'approvisionner I Et qaand l'élection du cardinal •Giustimani fot annulée, les sufirages du Sàcré-€olIége se pistèrent dnanimement sur MaurCsq)ellari, le joaeiir et rami de Gaetanino! Et cdni que persenne ne^ pouvait approcher,* ce flasque souverain couvé par les yeux indomptables de milleet mille argus, il trouve moyen de mettre en chaiid>re au Vatican .des femmeS' qu?il fait enlever par un ignoble pourvoyeur, «r qui sont le point de mbre de tous lesyeux... Mademoiselle Oldani vit encore, Mo* roni vit encore, et mon monsieur nous donne, avec leur nom, leur adresse et It reste !
Mais j'ai benrté contre un vieux dicton : pas de fumée sans feu. J'y consens bien. Veut-on dire que toute calomnie suppose au moins un germe de mal qui l'occasionne ? Rien de plus faux. Le dard venimeux qui s'appelle la langue de Tbomme a cette réelle toute-puissance, qu'il sait faire quelque chose de rien^ et très ordinairement le vice est flagellé par le vice même sur le dos de la vertu.
En rédcnsant à ses justes proportions l'histoire de Gaetanoy je trouve ceci :
Le camaldole CapeUari se faisait faire la ba Ae, mon Dieu oui; ^n barbier lui parut doué d'une inclination très vive pour l'étude et aussi d'une intdligence remarquable. Ce que voyant, il se prit d'une fantaisie généreuse dont ne sont point exempts du tout nos bons curés de campagne et voulut seconder lesdispoâtions louables de ce jeune barbier, sans s'exagérer néanmoins leur importance. De plus, il le connaissait honnête homme et même excdlent chrétien. C'est pourquoi Gapellari» lorsque Léon XII l'eut créé cardinal, attacha Moroni à sa sidte, comme valet de chambre. En effet, Moroni, profitant des premières leçons du camaldule, avait fait des progrès notables dans l'étude de la religion^ et il me souvient à ce sujet du garçon charpentier de la Grottes qui gouverne aujourd'hui le diocèse du Mans, de Grégoire VII qui fit le même métier, de Sixte Y.... En prenant possession du palais pontifical, Gr^ire XVI s'imagina qu*3 était de bonne justice de récompenser sa loyale condmte et sa fidélité ; il le maintint à sa place et l'éleva même plus tard de quelques degrés, car de trcrisième valet de' chambre qu'il était, Moroni de'- " irint premier valet de chambre, modeste et hcttio* *
raUe fonction qu'il remplit encore auprès du sou- ^ verain-Pontife Pie IX. Je répète que Moroni fiût ^ partie de la maison de Pie IX.
En regard de ce simple exposé, M. X.*^ place ' de nouveaux détails.
Il daigne reconnaître d'abord que Pie IX est un ^ honune honnête et courageux (page 57 de la livrai- . son du 16 septembre), ce qui doit flatter singulier* rement Pie IX. Mais il lui prédit une lutte longue et terrible. « Le défunt pape, lui, n'a pas même^ , <r songé à engager le combat, » quoiqu'en défini* «( tive ce Monsieur l'accuse d'avoir promené sur tous les points de Fltalie les canons et les fusilladâB.*» Ou plutôt, c'est Gaetanino qui doit compte de tant . de têtes abattues.
« Doué d'une âme faiUe (je cite textuellement},, « aimant la tranquillité, le repos, chérissant par « dessus tout Us douceurs de la vie matérieUey ,
• Grégoire XYI laissait gouverner en son nom. c Gaetanino, de valet de chambre du cardinal Gat peliari, était devenu secrétaire wtime de Gré^-^ c gdre X VL »
• En fait, ce favori était le véritable souverdn. » — Risum teneatis. « C'est lui qui donnait audience i aux cardinaux, et, s'il faut en croire le public^
• il ks recevait dans un déshabillé qui pouvait
t Ueo blener les convenances, tnais témoignait du f marns sa ^iknssante auprès du pape* Â Ctaetaniao « appartéBadent presque toutes les iiominations. On t assure qu'il se fais^ lui-même investir de fonc- € lions pabKqàes, pour les revendre ensuite. Nous • ne garantirons pas l'authenticité du fait suivant, « maù nous te rapporter uns, etc. i Gr^ire XVI « ifigaondt pas cet ignôUe traBc. Loin de le dét saj^ttv^, il semblait l'encourager au contraire. « Oombiéf^ cette ûominatîon te rapporte^t^etle , < disidt-il en souriant h son secrétaire particu- € fier 1 ^ehii*d avançait un chiffre. Ce n*est pas rumx:, reprenait le sôttverain^Pontife ; tu ne con- « nais point l'art de gouverner les affaires. » — j(e me range à l'avis d'un publiciste qui a dit : II y ii des gens dont toute la force consiste à s'abîmer dans de telles profondeurs de niaiserie et de libertinage d^idées que ceux même qu'ils outragent répngnenl à fesailer cherchei* Jusque-^là.
' Et» smvant H. J..... le crédit de Gaetanino s^étèndit BÎ loin qu'tï eut Vart d'élever et d'enrichir sa fandlte. Car, — écoutez bien, «^ a l*unde ses m frères est devenu peintre^corateur. Vautré' « talâgew'Chef n ^(page 57). Inutile d*ajoîater que Bi. !•/.« : qualifié té dernier de plusieurs éphhètes dâicates: il Vappeîk tout-bourgeonné, et dit qu'à-
vant d'être grand seigneur ^ c il s*en dMt, le soir, « armé d'une guitare, grincer, pour le compte des. « amoiirenx de bas-étage» des sérénades ayant le « privilège d'agacer le système nerveux des belles. « que privait de sommeil le gracieux instrument » (page 57 et 58).
Quant à ce qui regarde mademoiselle Oldani» je. trouve qu'elle porte un nom fort doux è prononcer et fort sortable , à trcNis cents lieues de distance, pour un roman plus ou moins graveleux. Si elle existe et que Dieu l'ait douée d'un frère par aventure, il méprisera le factum de M* J...«. et ne répondra rien. Il sera plus sage que moi peut-être. «• Je l'en félicite. .
Dites ce que vous pensez d'un écrivain qui signe et d'un journd qui garantit les espiègleries ci-dessus et les suivantes :
l*" c Le protestantisme n'est-il pas aussi ancien f que le christianisme 7» (page A2i8.) 2* « Ayouons- « le, Gapdlari^ avait tort contre la raison...; ses dé- 9 ductions reposent sur un outrage continu à la rai- V ^n. N'est-ce pas une injure an bon sens que de « prétendre fonder l'infaillibilité du. Pape sur des « jeux de mots évangéliques de la.nature de celui- « ci : 7Vi es Petrus, , etc. « Tu es Pierre, et sur t cette pierre je bâtirai mon Eglise? • (Page 652.).
3" « Jamais Gapellari n'a mérité dç diriger b Pro- « pg^^ande, car il n'a jamais fait partie des Missions « étrangères. » (Page &5&. ) 4* Grégoire XYI est accusé d'iTrognerie. « Ce penchant, dont tonte « l'Europe a le secret, Ini eût fermé les portes des • sociétés de tempérance si, contrairement k la « Traisemblance; le Pape eût demandé à en faire « partie; d'aiUeurs, il a expié de ses jours ce pm- « diant.. La partie du visage où se reflète d'habi- « tude l'amour de la liqueur défendue aux secta- « teurs de l'&lamisme; était devenue cbez Grégoire « XVI le siège d'un mal auquel ce pape a suc* « combé. Les ravages de cette décomposition inté- « rieure ont été prompts et terribles, le saint Père t n'a pas même eu le temps d'adresser une der- « nière parole à l'Église universelle: •
Et voilà comment se fait l'histoire. Et, comme le temps porte ses ravages de ci et de là, sans conseil et sans choix , il peut arriver qu'un jour, tous les témoignages contemporains ayant disparu dans des bouleversements quelconques, trois ou quatre mauvais feuillets 4mprimés se trouvent au fond d'une boutique de marchand de beurre et qu'on y lise les hautes œuvres de ce Monsienr, et qu'alors saisie de ravissement, la postérité dise : Nous connaissons maintenant Grégoire XVI; si cette histoire
était fausse, l'auteurn'eûtpointosé l*écrire. Jelègue laprésentenoticeaa marchand debearre en question, et sapplie la postérité de croire qu'an siècle où nous sommes, chacun peut jeter à loisir sur le papier tontes les plus délirantes fantaisies d'une imagination, malade....» avec toutes les garanties possibles d'im-, pnnité. Quœfuerantvitia, moressttm (Sen. Ep. 59}., Et en effet, tel écrivasàer me pr^d à partie : Tous êtes un sot, me dit-iL — G*est possible ; mais quelle sottise ai-je faite.? — Vous êtes un ivrogne.— Je n'ai jamais bu que de l'eau de Seine. — Vous êtes un débauché.— Je n'ensavais rien. Toutefois quelle, est la comps^e, quel est le compagnon de mes libertinages? — Mademoiselle OldanL — Qui? — Oldani. — C'est la première fois que j'entends parler de ce nom-là. — Et Gaetanino? — Ah I bien, Gaetanino; c'est un brave garçon qui me coupait la barbe et auquel j'ai rendu des services. — Des services ! ! ! — En le mettant à même de cultiver ses bonnes inclinations pour l'étude de la doctrine catholique (1). — Vous l'avez fait votre valet de chambre. — Sans doute; et il s'acquittait bien de son service. — On ne porte pas un intérêt si vif à l'homme dont on n'attend pas des services récipro-
(i) Ga^Do a pnbKé unr ounuge estimé, sous cetitie : Dieîimnudrp d'érudition hitterico-eeeUêiattique*
qoes. — Quels services réciproques? — Services conSistaBt à pourvoir votre barem. — Mon harem !.. — Otti, le palais du Vatican. — Vous m*étomiez. — Peu mMinporte. — L'avez-vous vu ? — ÎNon. — Qui vous Ta dit. — On Cassure. — On .doit s'appeler autrement — Soit, je ne garantis pas PatÊthenticùé de ces faits, mais je les rapporte. — A quoi bon? — Pour faire dire que je suis un écrivain savant et ingénieux, et rédacteur d'une Revue. — Et puis? — Pour gagner quelques sous.<— Et puis? — Ça m'est bien égal.
Je reprends la série des faits biographiques. Et d'abord n'est-il pas utile de revenir sur le fameux ouvrage de Grégoire XVI, ouvrage si stupidement persiflé par M. J et que j'ai analysé d^nne manière beaucoup trop succincte dans la firanière partie. Ma tâche se trouve toute faite. Remprunte une plume habile*
« Sous ce titre : Le Triomphe duSaim^Siige et ée VÉglise, etc. , le père GapeDari publia, en 1799» on^avrage qui restera. Le rapprochement de ce titre et de cette date témoigne de l'invincible foi de rautem*. On sait sous quel poids de calamités génâssA à ce moment l'Église catholique et de quels malheurs le Saint*Siège allait être frappé* Mais le moine bénédictin ne pouvait se laisser préoccuper
des nuages qoi passent dans le ciel, ni oublier qae le soleil demeure immobile ; il parlait donc du Triomphe. Ce livre réfqte du même coup la foule des écrivains français qui ont travaillé à propager les doctrines du jansénisme parlementaire et do gallicanisme politique.
« L'auteur traite de la nature des gouvernements, établit rimmutabilité du gouvernement de TÉglise, démontre que Jésus-Christ en a fait une monarchie et qu'il a donné, dans cette monarchie, le souverain pouvohr au pontife romain. Il fait voir que, dans l'Église, le pouvoir ne vient pas d'en-bas, que le Pape le tient immédiatement de Dieu, et que toute participation à ce pouvoir^ que toute juridiction vient du Pape. S'élevant ensuite contre ceux qui, trompeurs ou trompés, travaillent à détruire l'unité de la foi, en plaçant le centre de cette unité dans les conciles, pour l'ôter au Saint-Siè^ où Jésus-Christ l'a mise, il montre la vanité de leurs doctrines et prouve contre tous leurs. sophismes l'infaillibilité du Souverain-Pontife.
c Si le Souverain-Pontife n'est pas infaillible, per* sonne ne l'est dans l'Église, et le dépôt de la révélation deineure livré aux disputes des hommes. Avec le Souverain-Pontife infaillible, on comprend l'infaillibilité des conciles, qu'il convoque, qu'il
préside, dont il approuve et confirme les décisions. Le concile et le Pape ne font alors qa'une seule et même personne morale, et les membres participent anx (MÎvilèges presque divins du cbefl Mais avec un chef infirme et faillible, que peuvent être les membres sinon infirmes et faillibles conunelui? D'ailleurs les conciles ne sont point des assemblées permanentes, et leurs décisions ont besoin d'une autorité toujours et partout présente qui les interprète et qui les applique. L'Église a besoin , pour l'interprétation et l'application de FÉcriture- Sainte^ autrement abandonnée à toutes les Mes de la raison individuelle, d'une autorité extérieure, vivante et visible. Les décisions des conciles, 9p^ prouvées et confirmées par le Saint-Siège, sont, comme l'Écriture, inspirées par le Saint-Esprit; mais, comme l'Écriture, elles sont susceptibles d'interprétations et d'applications diverses; le droit /de les interpréter, de les appliquer, sera-t-il laissé là tous, et ne faudra-t-il pas une autorité pour elles comme pour l'Écriture? Cette autorité, où serait* elle, si le Souverain-Pontife n'est pas infaillible?
« On ne peut donc voir dans la doctrine de 1 'in« jEaillibilité du Pape, une simple et indifi&'ente opinion : les théologiens de toutes les écdes s'accordent à enseigner que cette doctrine rteitt à la foi;
proxima fidei^ disent-ib; d*où il sait que l'opinion contraire, quoique non hérétique^ se rapproche de l'hérésie. •
T'ai dit que le Triomphe du Saint-Siège fut publié en 1799. Oo y lit enire autres choses, le pas* isage suivant : * Un chef d'état pourra être précipité de s(m trône par une révolution, par le détire d'un peuple. On pourra créer à sa place un gou- Temement illégitime; mais priver ce chef d'état lui-même, et, si sa royauté est héréditaire, priver sa race de son droit à la souveraineté, c'est Ik ce qu'on ne pourra jamais. » J'emprunte la traduction choisie par M. J si défectueuse qu'elle
soit, afin de faire mieux sentir l'honnête bon sens de la supposition ci-cohtre : « Ceci, dit-il, a direc- « tement trait aux affaires de France, et nous soufh « çonnerions fort le P. Capellari de l'avoir ajouté « étant devenu pape, c'est-à-dire, après 18S0. » Or je déclare partager de point en point la doctrine de l'illustre écrivain, soit qu'elle date d'une époque mitérieuFe à 1830 ou d'une époque moins éloignée. Ebl sans doute» si le chef de l'état n'a été renversé que par le déUre d'un peuple, le gouvernement qoVm lui substitue ne saurait être légitime ; si la royauté est héréditaire, c'est-à-dire, si la conslitnlioii librement «t formellement consentie par le
peuple a établi une royauté de ce genre, il faudra autre chose qu'un déUre du peuple pour priver h race du chef de Tétat du droit à la souTeraineté qu'elle tient de la onistitution ; ce droit ne cea$e jamais qu'autant que le même peuple qui l'a fondé le retire, et non point par l'eSet du délire, mais en pleine raison. Ainsi donc je ne vois pas pourquoi le P. Capellari n'aurait ajouté ce passage à son livre qu'après être devenu Grégoire XVI ; je ne vois pa9 pourquoi cet insolent soupçon-
Continuons.
Je veux savoir si le pape Gr^ire XYI proté* gea les sciences, accueillit les savants, et fit quel'* que diose pour rinstruction publique,
M. JF..«.. répond : c 11 avait défendu à ses sa^ « Vants d'assister aux congrès scientifiques de l'I* « talie. Les instituteurs, dans toute l'étendue des « Etats Romains, subissaient d'incessantes vexa- « tions ; le mène sort, on le réservait à tous les esk « prits supérieurs et indépendants. On mettait à « l'index les livres qui font le plus d'honneur à « notre siècle; en revanche, l'on protégeait des
• ouvrages tels que ceux-ci : l'Art de la Magie, ' V Interprète des Songes^ le Manuel des Joueurs
• àla Loterie, etc., etc. » Or, je vois d'une part hm nombre de congrès scientifiques librement
provoqués et tenus sous le règne de Grégoire XVI, d*autre part qu*en effet le pontlfe-rol mit obstacle h plusieurs projets conçus en ce sens, mais avec Fintention très évidente et non moins raisonnable de déjouer par là quelques funestes conspirations cachées sous un nom respectable ; je vois que pas un homme ne s'élève à force d'intelligence et de savoir au-dessus de la portée conmiune, sans qu'aussit^t.Grégoire XYI ne l'appelle à lui, et le couvrant d'honneurs et de considératiou, n'en fasse, si Fex-* pression n'est pas trop ambitieuse, un de ses lumineux, satellites; voici les cardinaux Lambruschini, Mattei, Mai» Mezzofanti, le Pape actuel Mastaï- Ferretti, Ferretti, Gizzi, etc., etc.; voici le Sacré- Gdlège tout entier, cette prodigieuse assemblée dont la sagesse et le génie étonnent j usqu'à la diplomatie de nos temps, diplomatie orgueilleuse et impie, savante cependant comme jamais et hypocrite contre elle-même. Qui l'a formée en grande partie, cette assemblée? Nous l'avons dit, Gr^oire XYI a créé soixante-quinze cardinaux. Et maintenant je cherche un homme supérieur qui ait subi ses tncessantes vexations ^ précisément à cause de cette
supériorité. Je défie M. J d'en nommer
un seul. Citer M. de La Mennais, serait chose comique vraiment.
Gertes, le lecteur me fait grâce des instituteurs vexés, vu que c'est là un système misérablement commode de réquisitoire : puiser ses allégations dans des généralités obscures où il devient impossible de les vériGer. Si quelqu'un se respecte parmi les ennemis du pape défunt et de la papauté, je ne pense pas qu'il fasse autre chose que lever les épaules en lisant ceci : • Grégoire XYI protégeait a l*art de la magie, l interprète des songes et le « manuel des joueurs de loterie, »
Mais c'est assez. La mémoire de Grégoire XVI peut passer h pieds joints ( laissez-moi le dire ) par-dessus ces viletés. Durant sa vie, le monde l'avait jugé. Â sa mort, le jugement s'est confirmé d'une manière assez glorieuse; assez de pleurs ont coulé, pleurs de regrets et d'amour, dans cette Italie qu'on l'accuse d'avoir inondée de sang. Quel sang? Mon Dieu! où est-il? Comment nommez* vous les victimes? Indiquez les lieux, marquez au juste les époques; répondez. Le Pape actuel» ce grand Pape dont le règne commence à peine et qui déjà vous commande à vous même la vénération , l'espoir et . l'enthousiasme , est-ce qu'en effet Pie IX aurait, menti complaisàmment, est-ce qu'il aurait insulté à la pudeur publique lorsqu'en s'asseyant sur le trône éternel,
sa première parole fut un éloge magniOque de son prédécesseur? On n'adore guère le soleil couché ; comment expliquerez-vous qu'en face du Pontife nouveau, les évêques français, presque tous connus de Grégoire XVI et honorés de son accueil paternel , aient formé tout-à-coup et sans assurément avoir pris le mot d'ordre, comme un concert céleste pour exalter sa bonté, ses lumières, sa grandeur d'âme, son immense charité, sa simplicité angéliique, ses innombrables vertus?
Je suis heureux d'appeler spécialement Tattentioa dé mon lecteur sur les magniGques mandements que publièrent MM. Affre, de Bonald, Giraud, Fayet, Berteaud, Depéry, Dufôtre, Parisis, Thibault, Devîe et Débelay, à l'occasion de la mort de Sa Sainteté Grégoire XVI, de glorieuse et sainte mémoire.
Une humble mort, au Vatican, a couronné cette ▼ie humble au sein des grandeurs. La mort ne l'a point surpris, car il était prêt, et la veille même il avait reçu le pain des anges. Mais sa mort a surpris ceux qui l'entouraient d'ordinaire; et c'est, entouré de quelques simples prêtres, qu'il a rendu son âme à Dieu, à l'âge de quatre-vingt-un ans» huit mois, quatorze jours (1).
(|) V«ir Touvrage préeédemment cilé»
n avait donné sa bénédiction solenneUe urbi et orbi, da haut da grand balcon du palais de Latran, le jour de TAscension, au milieu des acclamations d*une foule immense. Une légère indisposition seulement s'était manifestée presque aussitôt; dès le 28 mai les journaux avaient pu dire : « Cette indisposition n'a eu heureusement aucune suite; Sa Sainteté est déjà entièrement rétablie. « Mais les journaux, encadrés de noir, donnèrent le lundi 8 juin cette nouvelle : « C'est le jour même où nous annoncions avec bonheur la fin d'une légère indispqsiticHi éprouvée par le Saint Père, qu'une dépêche tél^aphique a porté au gouvernement la grave et douloureuse nouvelle qui va plonger l'Église cathollque dans le deuU d'une profonde affliction. •
Le mal prit un caractère de gravité dans l'après midi du 31 mai. La nuit suivante on perdit tout espoir, et le 1" juin, le Saint Père reçut r£xtrême* Onction du R. P. Augustin Proja, sous*sacriste^ On récita ensuite les prières de l'agonie ; et les ab» solutions d'usage furent faites, en l'absence du cardinal Castracane, grand pénitencier, par le cardinal Lambruschini. Cependant le cardinal Patrizd, vicaire de Rome, ordonnait dans toutes les églises les prières accoutumées en pareille circonstance ; c'est presque à cette heure même que le Pontife expira.
Il avait institué àcux de ses neveux ses légataires universels, et nommé le cardinal Mattei son exécuteur testamentaire. On cite plusieurs legs particuliers en faveur de la Propagande, du couvent de Saint Grégoire, des religieuses Gamaldules, et de quelques serviteurs de sa maison. Nous avons entendu dire que la fortune de Grégoire XYI était énorme; on en jugera en considérant que le chiffre de la liste civile d'un pape ne s'élève pas à quatrevingt mille francs par an. Get immense héritage se composait;; purement et simplement, d*une riche bibliothèque, de quelques tableaux de prix, de quelques objets d*art, et enfin de quelques acquisitions peu importantes.
Ici est le lieu de rappeler au lecteur les cérémonies qui accompagnent la mort des souverains pontifes. D'autres Font fait, tant pis.
« Dès que le Pape a cessé de vivre^ le cardinal camerlingue, introduit près du lit funèbre, fait la l^econnaissance de ses restes mortels et reçoit des mains du maître de la chambre l'anneau du pêcheur. Trois jours après» cet anneau et le cachet des bulles appelé le sceau de plomb, sont brisés par le premier maître des cérémonies en présence de 40US Jes cardinaux.
c Dans la soirée du troisième jour, on transporte le corpis du Pape à l'église de Saint Pierre avec la même pompe qui l'entourait vivant au milieu «des .
cérémonies solesnelles. Le corps est embaDmé , et demeure exposé pendant trois jours dans la chapelle du Saint-Sacrement, la tête tournée du côté de l'autel et les pieds touchant la grille qui ferme la chapelle. Le peuple vient rendre un dernier hommage aux restes mortels du Pape , en baisant ses pieds à travers les barreaux de cette grille.
» Le dixième jour après la mort du Pape, le doyen du sacré-collège chante la messe solennelle du Saint- Esprit, dans la même chapelle du chœur où a été célébrée la messe des funérailles. Après TÉvangUe* un prédicateur, désigné d'avance par un bref pontiGcal, monte en chaire et adi*esse aux cardinaux une grave et solennelle allocution pour les exhorter b donner promptement un saint et zélé pasteur à l'Église de Jésus-Christ. A l'issue de la messe, les cardinaux se réunissent de nouveau dans la sacristie pour prescrire, s'il y a lieu, quelques dernières mesures. De là, ils se rendent processionneliement au lieu du conclave.
1 Ce fut le cardinal Thomas Riario Sforza, premier diacre de Sainte-Marie in via Lata qui, accompagné des membres du tribunal de la chambre apostolique et d'autres officiers, se rendit au palais do Vatican pour reconnaître le corps. Il lui jeta de l'eau bénite, et, au moment où Ton découvrait la tête de Sa Sainteté, il récita le De profundis avec l'oraison. Le notaire secrétaire de la chambre lut à genoux le procès-verbal de la reconnaissance du corps et de l'anneau du |>êchenr, que remit monseigneur Medici d'Qltajano , maître de la chambre. Alors le cardinal donna ordre de faire sonner la cloche du Capitole , pour annoncer la vacance du
sii^ apostolique; d*un aulre côté, le cardinal trizzi ordonnait que l'on fît sonner les cloches de foutes les églises de la ville.
> Dans l'après-midi du 2 juin , le corps fut embaumé, vêtu d'une soutane blanche avec la mozette rouge, et exposé dans la chapelle de Sixte If, au Vatican, sur un lit de parade à draperies d'or.
» Le 2 au soir, l'urne contenant les entrailles du défunt fut transportée à l'église des Saints Vincent et Auastase, à TrevL Le P. Camille Guardi, curé de cette paroisse, la reçut et fit l'absoute.
» Le jeudi Zi, les cardinaux, dans la grande salle dite de* Paramenti, tinrent la première congrégation générale, où on lut les constitutions apostoliques relatives au conclave; après le serment dont nous avons parlé , l'un des maîtres de cérémonies brisa l'anneau du pêcheur ; le sceau de plomb fut également brisé. Puis les cardinaux passèrent dans la chapelle Sixtine , où était exposé le corps , et il fut transporté dans la basilique Vaticane.
D On déposa d'abord les augustes dépouilles sur un riche catafalque, au milieu de la grande nef; et monseigneur Tanara, patriarche d'Antioche, fit l'absoute; on les transporta ensuite dans la chapelle du Très-Saint-Sacrement, et c'est là qu'àtra- Ters la grille le peuple put baiser les pieds. j
» Les funérailles commencèrent le 5 juin. Un catafalque s'élevait au milieu de la chapelle du chœur dans la basilique de Saint-Pierre. La messe fut célébrée par le cardinal Macchi, évéque suburbicaire de Porto et sous-doyen du Sacré-Collège, qui fit l'absoute, comme cela se pratique pendant les pre-
mîers jours des novendiali. Le soir, on transporta les cendres de Pie VIII^ de la sépulture provisoire où sont placés près du vestiaire des chantres les restes mortels du dernier pape défunt, dans les caveaux de la basilique. H y eut de même des prières publiques dans toutes les églises de Rome.
» Le 6 juin fut chantée la seconde messe novendiale dans la chapelle du chœur, par le cardinal Lambruschini 9 et vers les huit heures du soir commença la cérémonie de la sépulture. Le clergé de la basilique se rendit à la chapelle du Saint- Sacrement, où le corps était exposé depuis trois jours, et les chapelains le portèrent dans la chapelle du chœur, dont les grilles furent immédiatement fermées. Les cardinaux réunis dans la sacristie vinrent dans le chœur; monseigneur Tanara, bénit la caisse de cyprès, Taspergea d*eau bénite et Tencensa. Et pendant que les musiciens chantaient le psaume Quemadmodum désirât^ le corps, enveloppé d'un drap mortuaire lamé d'or et doublé en cramoisi avec des franges d'or, fut placé' par des |)rêtres dans cette caisse de cyprès garnie d'une étoiSé pareille. £n ce moment le corps était veto de la soutane blanche, de l'aube, ctes daknatiques et autres ornements pontificaux, y compris la chasuble rouge, le pallium, le fanon, l'anneau, la mitre et les sandales rouges. On couvrit d'un voQe blanc le visage et les oiains du défunt, on mit à ses pieds une bourse de velours cramoisi contenant trois autres bourses dans lesquelles étaient des médailles d'or, d'argent et de bronze, à l'effigie de Grégoire XVI , avec l'inscription au revers des actes les plus glorieux de son règne ; on y
posa également un parchemin roulé dans une boîte, et sur lequel sont inscrits plus en détail les mêmes actes ; puis la caisse fut fermée, remise aux chanoines, placée dans une autre bière en plomb aux armes du pontife, avec une inscription indiquant son nom, la date de sa naissance et de son élévation, la durée de son règne, le jour de sa mort; on renferma dans une troisième caisse en bois qui fut transportée à la place d'où avaient été retirées les cendres de Pie VIII... . »
Mais voici qu'une voix s'est fait entendre d'un bout du monde à Tautre. Le cardinal-diacre est monté sur le grand balcon du Quirinal : Je vous fats parti s'écrie-t-U, d'une grande et heureuse nouvelle : nous avons pour pape le très éminent et très révérend seigneur Jean-Marie, archevêque^ évêque d'Imola, du titre des saints Pierre et Marçellin, cardinal-prêtre de la sainte Église romaine y Mastaî Ferretti, qui a pis le nom de Pie IX t pour être appelé à l'avenir Pie IX.
O mon bienheureux lecteur, détournons nos yeux de cette tombe glorieuse et chère , sans l'oublier pourtant» et réjouissons-nous avec l'ÉgUse de la ^énitude de la joie.
Paris.— TjSbJ^ ^i^^* ^^ A* APPBBT, Passage du Caire, 54.