‹ Biographie du clergé contemporaineChapitre 2 sur 15 · PIE IX · texte numérisé non relu

PIE IX

Haie versatile iogeniam sic pariter ad oni' nia fait, utnatum ad id ununa diceres tiiiodcumquc. ageret.

TiTE-LivB, liv. 39, c. 40.

Fronte serena in pîù screno viso :

Porporina la gota, occliio loquace :

Bocca soave ed atteggiata al riso :

Mile il gran ciiore, e di bontà verace : Forte nel giusto, facile al perdono :

Ecco in ionnago Tiramortal Pîo IX.

D. ToMMlsoMESimt*

Pie IX! Qae Dieu soit béni! Le veuvage dé rÉglise n'a pas duré longtemps ; quinze jours à peine , et voici toujours Je vicaire, du Sauveur des hommes.

On a parlé d'ambitions déçues et de sourdes intrigues Qui vous Ta dit, vous qui parlez?

La calomnie se mêle à tout. Misérables natures que les nôtres!... Le Sacré-Collège se composait alors de soixante-deux cardinaux : trois Français, trois Autrichiens, un Portugais, un Espagnol, un Belge, les autres des divers États de l'Italie.

IIO^LIVR. — Tom. 10. 1

Leurs noms sont connus. Qaand vous aurez nonuné par leurs noms ceux qui conspiraient et affectaient la tiare , nous examinerons. Jusquelà vous faites un mensonge. On a cité le cardinal Lambruschini fi donc !

Ses antécédents.

Donc le nouveau Pape, c'était Pie IX.

Et d*où venait-il ?

A Rome, peu de personnes l'avaient vu ; il sacrifiait, dit-on, son affectueux désir de vivre dans rintimité de Grégoire XYI à la crainte de délaisser un instant son troupeau. Il croyait fermement qu'un des premiers devoirs d*un évêque est la perpétuelle résidence. Les saints canons ne permettent pas d'en douter; son cœur s'en félicitait

Dans l'univers catholique le nom de Mastai Ferretti transpirait dé temps h autre comme un céleste parfum mal contoiu par sa douce modestie, et la charité était son nom, dirons-nous après saint Ghrysostome (1).

Grégoire XYI l'avait constamment recherché: nous avons vu pourquoi Mastai Ferretti ne se rendit point .à de si glorieuses instances.

0) Gharitasà nomen erat. Hom, de Pats,

— âÔ —

Qadques penonnes assurent qa*il y eut une autre raison : s'il ne partageait pas toutes les idées de Tadministration alors en. vignenr, l'avenir le dira. On peut jager par la nature mêoie des premiers actes de Pie IX , si en effet l'état de choses, tel qu'il existait antérieurement, convenait san» réserve au cardinal Mastai Ferretti.

L'évêque d'Imola vivait chez lui pour les siens ; et c'est à dessein que je ne parle point ici de palais épiscopal : il avait plutôt une maison commune ^ maison de refuge pour les indigents, de consolation pour les malheureux, de conseil et de bonheur pour tous. Au fond des palais, le peu|[de trouve des maîtres, fort ordinairement ; il ne trouvait ici qu'un sage ami et un père. La grande grandeur^ je demande excuse pour ce mot, l'épouvante ou le gêne, et l'irrite toujours ou l'éloigné du moins ; il ne voyait là que cette grande simplicité pleine de noblesse et de bien-faire dont son cœur si généreux et son esprit incomparablement sagace, quoi qu'on ait voulu dire, s'éprennent jusqu'à l'enthousiasme et à l'adoration. Il avait bien deviné que cette résidence obstinée en quelque sorte du saint pasteur était une preuve de son dévouement sans partage pour le troupeau. Nul mieux que lui ne savait sL» au sein de la cour romaine, le cardinal Mastai Fer-

retti^aiirait magnifiquement tenu sa place et fixé les regards du monde; ce sacrifice, pour être fait de fort bonne grâce , n*en avait pas moins aux yeux du peuple la valeur d'un sacrifice. Aussi, quand la voix qui s'élevait du balcon du Quirinal eut retenti dans le diocèse d'Imola , de vives acclamations la saluèrent sans doute, et ce fut un triomphe universel ; il semblait que, depuis les têtes les plus élevées jusqu'aux plus obscures," chacune sentît descendre sur elle lé triple diadème, o tant nous avions l'habitude, m'écrit un prêtre du pays, tant nous avions l'habitude de mettre en commun, avec lebien-aimé pontife, nos joies et nos douleurs, nosplaisirs comme nos peines; tant il était naturel, puisque nous formions une même famille, que la gloire du père devînt celle de ses enfants. » Mais une sombre pensée se mêlait à ces douces réjouissances : pour être pape, il fallait cesser d'être évêque d'Imola; la voix du cardinal - diacre , c'était aussi le signal d'une séparation ; des pleurs coulèrent Pie IX les a séchées bientôt, car il pouvait donner de son cœur à l'univers eniier sans en rien prendre à son Église épiscopale, et déjà son choix s'était fixé sur un homme digne de lui succéder, monseigneur Baluffi, archevêque de Pirgi, secrétaire de la congre-

galion des évêques et prêtres réguliers, promu depuis au cardinalat (1).

Tel était le nouveau pontife au moment de l'élection. Ce qu'il avait été précédemment, je vais le dire.

Sei premières années. — Origine de ta faniille« —

Son portrait.

Jean-Marie Hastai Ferretti, de la famille des comtes Mastai, naquit à Sinigaglia, dans la marche d'Ancone (légation d'Urbino et Pesaro), le 13 mai 1792. Il a donc cinquante-cinq ans (2).

Vers la fin du xiv* siècle, la famille Mastai quitta la ville de Grema en Lombardie, pour aller s'établir à Sinigaglia. Depuis cette époque jusqu'à nos jours, plusieurs de ses membres ont été les premiers chefis de là municipalité de cette dernière ville. Sous Urbain YIII, c'était un Mastai qui commandait à Sinigaglia pendant le bombardement de la ville , assiégée par la flotte vénitienne. Vers la

(1) Et d'ailleurs avantageusement connu par sa mission dans la NouveUe-Grenade, où ii a séjourné plusieurs années comme internonce.

(2) Sinigaglia, Tille épiscopaie, forte de huit à neul mille âmes» sur les bords de la mer Adriatique, est à 7 lieues sudest de Pesaro, 7 ouest d' Anoône, 13 nord-ouest d'Urbino.

fin da XVII' siècle , en réccHnpense d'une longue suite d'éclatants services, les Mastai reçurent le titre de comte du prince Farnèse, duc de Parme et de Plaisance. Us ajoutèrent à leur nom de Mastai celui de Ferretti, par suite d'une alliance matrimoliale avec le dernier rejeton de cette famille , et aîné des Mastai a toujours porté depuis les deux loms. Le père du pape Pie IX, Jérôme Mastai Ferretti, étant gonfalonier de Sinigaglia dans les plus mauvais jours de l'invasion française et des révolutions d'Italie , éprouva les tristes vicissitudes de ces agitations politiques. Un de ses frères , André, évêque de Pesaro, fut emprisonné à Mantoue, pour n*avoir pas voulu reconnaître l'autorité du gouvernement français; il se fit une réputation d'écrivain distingué par la publication d'un ouvrage ayant pour titre : Unité des Évangiles traduits et commentés (1).

Mastai passa ses premières années dans le monde, où sa naissance, sa fortune, ses talents, la distinction de ses manières et de sa personne lui promettaient un avenir brillant.

Il y a des positions telles, que la beauté de l'extérieur devient presque une vertu dans l'homme

(4) Ami de la Religion,

qui les occupe ; nous le savons déjà , Platon demandait que le pontife de sa République fût tout à la fois et le plus sage et le plus beau des citoyens. L'Église émet autant que possible le même vœu , en interdisant rentrée du sanctuaire à ceux qui sont atteints de quelque difformité ou vice de constitution.

' Pie IX a la taille élevée ; il est d'une apparence robuste, d'un extérieur noble et de Taccueil le pins gracieux. C'est ce qu'exprime à sa manière le bon peuple de Rome , lorsqu'assiégeant la voiture da bien-aimé pontife, il lui dit en face : Quanta sietebeilolChegranbeUissimoPapa I Chebelpezzo d'tiomo!

On aurait tort de prendre au sérieux les portraits publiés par nos dessinateurs de France ; ils me rappellent vraiment cette insolente pourtraieture de Clément VU qu'avait barbouillée Henri YIII pour ensataner, disait^il, ses courtisans et jouer pièœ au pape. Je n'en connaissais pas un qui ne fût une caricature, avant d'avoir vu celui dont M. Tailland donne ici l'exacte copie (1).

(1) D*aalre part , M. Guillaume Bonoet , jeune artiste plein de cœur et de talent , Tient d*achever un buste de ^elX qui , pour la ressemblanoe et l'exquise finesse du tra- Tùl, peut rivaliser avec ses deux statuettes des PP. de Ravi- ^anetl.acordaire.

Oui, le visage est le miroir de l*âme. Il y a dans ces beaux yeux Ténergie et la bonté réunies, sur ce front pur et spacieux la candeur et Fintelligence, sur ces lèvres, paisiblement épanouies, l'abondance du cœur et l'intarissable source de la divine parole. Depuis le 16 juin 1846, bien des Français ont dirigé leurs pas vers la ville étemelle, et obtenu rînsigne honneur d'une audience de Pie IX ; ils ont dit à leur retour : Nos impressions ne sont pas de celles qui peuvent se traduire en aucune langue. Il est noble, il est beau, il est grand; son regard* séduit, son sourire donne le bonheur, sa parole enchante l'oreille comme une miraculeuse harmonie et pénètre l'âme comme un baume puissant. Il est né roi, il est né pour porter la seule couronne qui ne doit tomber ni chanceler. On le vénère de toute la confiance illimitée qu'il inspire , de toute la liberté qu'éprouve le cœur en sa présence, de tout l'amour d'enfant que commandé sa paternelle et majestueuse sympathie. A la simplicité du discours il joiht une élégance inexprimable. Ses plus communes observations dénotent dès l'abord une connaissance profonde de l'homme et des choses. On n'a pas de peine à prévoir les admirables destinées que Dieu lui réserve, et ce que doit gagner le monde au dernier choix du conclave.

Nemo fit repente summus , a dit saint Bernard. Il y a tout lieu de croire que ces qualités magnifiques ne sont point impro? isées dans la personne de Pie IX , et que le jeune Mastai-Ferretti dut en posséder excellemment le précieux germe. Ceci ne saurait faire l'objet d'une question.

La question serait plutôt de savoir si le monde auquel il se destina dans sa jeunesse aurait eu le bon sens de l'apfM^cier, et ce qu'il réservait à celui dont la sainte Vierge a fait un prêtre et un pape. En disant que les qualités de Mastai-Ferretti lui pnmiettaient un avenir brillant, je parlais la langue à la mode, je n'étais rien moins que philoso{^e. £n effet, la vertu pèse dans la balance et va en bas, l'intrigue et le vice ne pèsent points mais s'élèvent. Je partage cet avis d'Âlceste, si peu nouveau qu'il mu •

ATant de rapporter le miracle qui détermina la vocation de Mastai-Ferretti, peut-être convient-il de donner place dans cette notice aux détails suivants.

Une remarque nécesfaire

Mais il m'importe de faire savoir au lecteur que la plupart des anecdotes racontées par les journaux

sont totalement controuvées. Les livres n'ont pas moins menti. Est-ce donc un grand crime? non, certes. L'admiration se passionne, elle aussi, et toute passion est un excès , mais tout excès n'est pasdamnable. Nous ii'avons pas si souvent sous les yeux le spectacle d'une vie grande et immaculée ! Quand parmi nous un homme survient portant imprimé sur son front lumineux le double sceau de la doctrine et de la sainteté, nos cœurs tressaillent, le sang bondit dans nos veines, nous prenons nos habits de fête, nous adorons, conmie dit TÉcriture. Et pourtant, faut-il l'avouer? à nos adorations se mêle encore je ne sais quelle défiance généreuse, involontaire. Cet homme prodigieux, nous le soupçonnons d'autant plus que nous l'admirons sans limites. Nous avons peur de devenir moins heureux en découvrant des qualités qu'il ne possède pas, et de belles actions qu'il n'ait point faites. Puisque le spectacle est rare^ il faut qu'il soit complet. Alors se manifeste un empressement inouL Si abondante qu'elle soit, la réalité ne suffit plus; le cœur impose bientôt à l'esprit tous les séduisants caprices d'une imagination chère à l'un et à l'autre. Ce qu'on désire croire, on le croit; ce que l'on croit, on le dit, et ce que l'on dit ce sont les mille et une anec-

dotes de pore invention que je signalais tont-àl'heore.

n est ici question , bien entendu , des anecdotes honnêtes , et non des absurdités d'autre sorte que vient de consigner, en un brillant volume in-8**, un certain M. Balleydier, se disant écrivain.

Ce n'était qa'nn beau rêve.

Parmi les anecdotes honnêtes, je choisis et je cite la suivante :

Une pauvre religieuse dont les bienfaits et la sainte renommée s'étendirent depuis d'un bout du monde à l'autre, Madame J . . . , traversait, en compagnie de quelques sœurs, le petit village de Romans (Dauphiné). C'était en 1809, un samedi, an tomber du jour. Il fallut se résoudre à chercher one auberge, ou plutôt à demander anle dans la seule auberge que possédât ce petit village. Grande difficulté : il y avait là les officiers de la garnison.* Néanmoins, à défaut d'autre chose, la bonne religieuse prit son parti;] elle comptait d'ailleurs, et non sans raison, sur l'appui de l'hôtelière qui la connaissait bien, sur son costume, sur l'honneur en tout temps proverbial du soldat français, etc. Quand elle entra, la table était servie, et certes

rÉglise n'avait pas dicté la carte. Gommeat faire ? L'hôtelière comprit aussitôt le péril de cette position, et prenant Madame J . . . par le bras, la conduisit, elle et ses sœurs, à Tune des extrémités de la longue table; là, elle les fit asseoir à côté d'un jeune offider qui mangeait une soupe maigre. — « Vous pouvez être tranquille, dit-elle. » £n effet, le jeune officier s'inclina devant les nouvelles venues avec une décence parfaite, et leur demanda de même la permission de les servir. Peu à peu la conversation s'engagea, et quel ne fut pas l'étonnement de madame J . . . lorsqu'elle vit que ce convive si jeune encore et de si gracieuses manières, portait sous son enveloppe de soldat l'onctueuse piété d'un ange et le savoir d'un vieux théologien. D'elle-même et tout naturellement, la conversation devint religieuse. On parla des communautés, puis de Tétat des aflEaires ecclésiastiques. Le jeune officier fil preuve constamment d'un sens exquis et d'une vivacité de conception que pouvaient seules égaler sa douce réserve et sa noble simplicité. Il prononça plusieurs fois le nom de sa mère, et l'éducation qu'elle lui avait donnée prouvait bien que cette noble dame était une sainte. Le repas terminé, l'hôtesse s'approcha de madame J . . . pour lui demander ce qu'elle pensait de son voisinage, et,

toot enchantée de la réponse qui lui fut faite, elle apprit à la vénérable religieuse ie nom du jeune officier et quelques particularités de sa vie de garnison. — « Ses camarades, dit-elle, ceux même qui ne partagent pas sa manière de voir en religion, raiment conune un frère , Tenvironnent d'estime et de respect et Fadmirent comme un brave. S'il s'élève entre deux oflBciers une contestation plus ou moins vi?e, c'est presque toujours lui que les parties choisissent d'un commun accord pour régler le procès. On ne saurait dire combien de dnéls nous a évités son intervention. La première chose qui préoccupait les duellistes, comme ils l'ont souvent avoué, c'était de se soustraire à ses regards, ayant la conviction qu'ils ne trouveraient jamais dans leur folle exaltation l'énergie suffisante pour lui résister. > La digne hôtelière ajouta bien des détails que je ne puis reproduire faute d'espace... Et quel était le nom du jeune officier? si vive que fût l'impression produite par cette rencontre sur la vénérable mère J. . ., elle l'entendit' fort bien alors, mais elle l'oublia depuis, et rien de plus fhcile à concevoir ; ce nom n'était pas de forme irançaise; peut-être l'avait-on prononcé fort incorrectement.

Or, après le 16 juin 1845, les journaux don-

nèrent cette nouvelle : « Mastai-Ferretti a servi dans} tt les gardes nobles de l^empereur Napoléon. » Rapprochant les époques, frappée de l'analogie qui existait entre les renseignements donnés par ces mêmes journaux et ce qu'elle avait vu en 1809, sujette aussi à cette inclination si naturelle qui fait accepter volontiers comme évidente la réalité cpie Ton désire, Madame J . . . fut persuadée d'abord qu'elle avait eu pour commensal dans l'auberge de Romans le futur souverain pontife, S. S. Pie IX.

Mais» par malheur, des renseignements plus sûrs que ceux des journaux lui firent savoir que Mastai n'avait jamais mis le pied à Romans, ni même porté les armes; il eut seulement l'idée d'entrer comme garde noble dans les troupes pou-, tificales. C'est dommage.

Maladie et guérison mîraealenie de Bkttai Fer* retli. — Son entrée dam lei ordres.

Quoi qu'il en soit, Mastai Ferretti n'était point à sa place. Il ne suffit pas de rénssû* dans un état pour avoir le droit d'estimer sa vocation faite. Sonvent il y a mieux que le mieux, et la Providence ' peut-elle ouUier de le faire savoir ? on ne l'ignore que par inadvertance.

A rage de vingt ans, il fut atteint d'une maladie fort grave , tellement grave que ses médecins dé- . darèrent la guérison impossible. J'ai oui dire qu'il tombait du haut mal, ou^ en d'autres termes, qu'il était sujet à Tépilepsie. J'ai oui dire ^core qu'il était menacé de phtysie; je ne sais, mais M. Michelet va sourire a?ec tous ses commisvoyageurs ; Mastai Ferretti , cette âme étroite, ce mauvais jésuite, imagina qu'il ne serait point inu' tile de faire une neuvaine à la sainte Vierge; la neuvaine fut faite^ et vdci l'énormité de la chose : Mastai Ferretti obtint une complète guérison.

Que dis^je ? devant une madcme (i) , Mastai-Ferretti s'était engagé par un vœu à entrer dans l'état ecclésiastique. Il se hâta d'accomplir son vœu» c'està-dire qu'il commença aussitôt ses études thédogiques sous la direction d'un savant prêtre^ M. Graziosi, et reçut successivement la tonsure, les quatre ordres mineurs et les trois ordres sacrés.

Son premier emploi dans le miaittère eeelésias*

tîqne.

Sans parler de sa naissance et de ses antécédents qui pouvaient spécialement fixer sur lui les yeux

(i) Je crois que c'était à Sainte-Marie-des-Anges.

de l'autorité et l'appeler à d'importantes fonctions, il se présentait dans la carrière ecclésiastiqae avec une réputation justement acquise de savoir et de sainteté, précieux titres sans doute , recommandation puissante et unique auprès d'un gouvernement que des observateurs sans yeux et sans vei^ogne accusent de tout donner k la faveur. Or, le digne rejeton de l'illustre famille des comtes Mastai; consacra les premières années de son sacerdoce au service des pauvres dans un hospice fort obscur du quartier à'Argenttnay à peine connu des habitants de Rome, sous le nom de Tata Giovanni. C'était un établissement fondé par un vieux maçon, bon chrétien, riche de sa charité seulement, pour faire vivre et élever dans l'amour de Dieu de petits orphelins abandonnés.

Donc, Mastai se joignit à ce pauvre maçon et l'aida de son argent comme de son zèle. Â dater de cette époque, l'hospice Tata Giovanni prit un accroissement considérable; il était sorti de sa position précaire, il devint en quelque sorte l'un des indestructibles monuments de la Ville reine, et l'illustre aumônier s'étonna plus que personne des choses merveilleuses qu'on en disait partout.

Je laisse parler M. Paolo Forelli, brave ouvrier

— Sade Preneste , ancien élève de cet hoq)ice : « Le saint directeur, m'écrit^il, est et sera tonjoars la suave et salutaire pensée de ma vie. Que ne puis-je vous ouvrir, coatme on livre, ce cœur où sont gravées en caractères de feu, par le pur amour, chacune des paroles que j'entendis sortir de ses lèvres bénies, et chacune des ineffables émotions que ses angéliques yertiis et sa seule présence j hU saient nattre!... Orphelins, sans doute, mais puisqu'il était là , nous avimis un père , nous avions une mère...

« Quelquefois, pour visiter les pauvres de Rome et les ouvriers qu'il aimait, notre bon père s'absentait durant une petite partie du jour; alors, qamqu'il se fât assuré d'abord de notre bien-être en annonçant son prompt retour, une vive impatience se maniifestait parmi nous et une inquiétude singulière; dès qu'il avait reparu, c'étaient des trépignements de bonheur... Il vivait avec nous comme l'un de nous, compatissant à nos faiblesses, parlant notre langage autant que possible, s'asséjrant à la même table, partageant nos jeux, sachant nous faire aimer sa douce gravité et vénérer ses aimables complaisances. Je ne me souviens pas qu'il ait jamais fait aucun reproche. Tout ce qui pouvait le contrister, on s'en abstenait naturellement. Il suffi-

sait de penser à lai pour vouloir le bien. Si quelqu'un de nous commettait une faute, un seul regard du seigneur abbé le touchait de repentir ; il demandait pardon et promettait sincèrement de mener k l'avenir une conduite irréprochable... Ge que je vous écris, Monsieur, tous mes confrères vous l'écriraient, et de même tous ceux qui ont eu le bonheur de vivre à l'hospice Tata Giovanni^ sous la direction du seigneur Mastai Ferretti. . . »

La lettre de M. Forelli est fort longue; j'en extraits seulement les passages principaux, et ce n*est pas sans regret.

Miision au Chili — Retour. — Léon XII l'honore très partionlièrement.

Suivons Fabbé Mastai Ferretti à sa sortie dé rhospice Tat% Giovanni,

Pie YII envoyait au Chili, en qualité de vicaire apostolique^ Mgr Muzzi, qui fut depuis évéque de Gitta-di-Gastello. Mgr Muzzi, qui s'était associé l'abbé Mastai Ferretti, pour la bonne œuvre dont nous avons parlé, et qui pouvait conséqueinnaent apprécier ses qualités éminentes, l'emmena comme auditeur, c'est-à-dire comme conseiller ou théologien. Le voyage ne fut pas de longue durée ; de

grades différends les obligèrent bientôt à rentrer en £nrope.

Le jenne auditeur» au milieu de cesdrGcmstanGes difficiles, avait montré un courage et une fermeté qui fraïqièrent singulièrement le grand pape Iléon XII (1) . Il fut admis dans la prélature , et iKHnmé chanoine de Sainte-Marie in Vta Uua; puis il devint président du célèbre hospice de Saint- Midiel a Ripa^Grande , charge fort importante , d'autant qu'elle lui donnait h direction active de ce dernier établissement, l'un des plus beaux du mmide (2).

Il resta dans cet hoq>ice jusqu'au 21 mai 1827.

A cette époque, Léon XII l'appela au siège de Spolète qu'il avait érigé en archevêché.

Haital Ferrettî «rcbevêqoe de Spolète.

La belle ville de Spolète est à vingt-deux lieues

(i) Car Pie VII n'existait plus qaand l'abbé MasUi reyint à Rome.

(2) Je dois à d'obligeantes communications de Mgr de Veyssière un grand nombre de renseignements. Le noble prélat, qui a séjourné longtemps à Rome, était plus en état qae personne de me garantir contre toutes chances d'erreur.

Mgr de Veyssière est l'auteur de la description des cérémonies du sacre et du couronnement, que j'ai reproduite presque root pour mot.

nord de Rome, dans un pays très fertile, assise aa pied d'une colline dont elle couvre en partie la base verdoyante en s'étendant vers la plaine. On y trouve des restes précieux d'antiquités : la porte d'Annibal ou di fuga^ des ruines des temples de la Concorde, de Jupiter, de Mars, etc., des ruines du palais de Théodoric, et, hors de la ville, sur la Ma* roggia, le Ponte sanguinartOy qui a trois cents pieds d'élévation. Elle a sept ou huit mille habitants; c'est un cheMleu de délégation.

En acceptant la mitre, sur les instances du souverain pontife, l'abbé Mastai Ferretti songea beaucoup moins à l'insigne honneur qui en résultait pour loi qu'aux obligations immenses dont il se chargeait. Sachant que son entrée dans le diocèse allait donner lieu à des préparatifs considérables, connaissant d'ailleurs aussi bien que personne les nécessités pressantes de la classe pauvre de tous les pays, il fit ce qu'il a fait l'an dernier d'une manière plus solennelle : il conjura ses diocésains de renon« cer aux fêtes projetées, et de convertir en aumône» l'argent qu'ils destinaient aux feux d'artifices et aux arcs de triomphe^ les assurant qu'ils ne trouveraient jamais un plus heureux moyen de réjouir son cœur.

On le connaissait à Spolète , et à cause de se»

innombrables bonnts œuvres, et parce qa*cii effet cette belle ville est voisine de Sinigaglîa, sa patrie. La nouvelle de sa nomination y fut accueillie avec bonheur; son entrée y produisit une sensation inexprimable, La population tout entière s'était portée pour l'attendre hors les murs, à plusieurs milles. Lorsqu'on aperçut sa voiture dans le lointain, un grand cri s'éleva de tous les points de cette foule, comme le cri d'un seul homme : C'est iuil c'est le pasteur! Tout le monde était à genoux, incliné, les mains crmsées sur la poitrine, appelant sa bénédiction sainte; les petits enûmts s'échappaient des bras de leurs mères pour courir sous les pieds des chevaux de sa voiture, et le voir, ce bon pasteur, et ils l'avaient vu plenrer, et ils retournaient à leurs mères, pleurant eux-mêmes et disant : Il a de la peine, il pleure; admirables surprises, larmes délicieuses, célestes Notions ! O bienheureuses mères ! Parmi ces nobles jeunes honunes qui avaient formé une cavalcade pour lui faire une garde d'honneur, plusieurs mirent pied à terre, dételèrent les chevaux et traînèrent la voiture. Les cloches sonnaient à grandes volées, le canon grondait. Lorsqu'on fut arrivé aux portes de la ville, le cortège s'arrêta; la ioule s'entr'ouvrit pour laisser venir auprès du bon

archevêque une longue suite de pauvres gens qui, joignant leurs voix émues à celles du clei^é de toutes les paroisses, chantaient le Benedietus qui vemtinfwmine Domim, ÂJors Mgr Mastai Ferretd s'avança vers la portière de sa voiture, les salua de l'air le plus affectueux, et fit signe qu'il remettait pour eux, à son aumônier, une somme d'ai^ent. A l'instant même, une jeune fille vêtue de blanc lui présenta, dans un plat d'or, deux énormes bourses décorées de riches broderies et contenant au moins la somme économisée, selon son désir, sur les dépenses de la fête. Il reçut avec un aimable sourire cette délicieuse offi*ande, et fit comprendre à ces pauvres gens que le trésor leur appartenait; la disr tribution eut lieu le lendemain.

Hélas! trop souvent les plus beltes espérances n'enfantent que les mécomptes les {dus cruds. Tout nouveau, tout beau, dit le peuple en son langage peu fleuri, mais prodigieusement énergique et vrai. Cette soif de nouveauté provient d'une double cause : et de l'insuffisance du passé à nous satisfaire, et de l'adresse hypocrite avec laquelle se d^;uisent les loups lorsqu'ils prennent une peau de brebis pour se faire accepter dans la bergerie humaine. Il importe de signaler ici une exception admirable.

S*il y eot illosion de la part du peuple de Spo-* lète, ce fat en co que ses mi^;mfiques espérances ne s'élevaient point encore jusqu'à la réalité. On connaissait Tabbé Mastai Ferretti, le directeur des bosfnces de Tata Gicvanm et de Saint-Michel à RiporGrande, le chanoine de Sainte-Marie m Via lata, Tanditeur de Mgr Muzzi; c'était une immense raison pour attendre de lui de très grandes choses. Mais Mgr Mastai Ferretti débutait dans l'épiscopat; bien des hommes ont pu diriger supérieurement des hôpitaux, édifier les fidèles par leur assiduité scrupuleuse à l'office canonial , lesquels viendraient échouer, sans aucun doute, contre la difficulté de gouverner un diocèse.

n s'agissait d'abord de se concilier par l'amour tous les esprits et tous les cœurs. Nofis savons que )fgr Mastai Ferretti n'eut pas à se préoccuper beaucoup de ce premier point; ses diocésains l'aimaient avant de l'avoir vu.

Us aimaient surtout en lui la noble bonté, qui fait le fond de son caractère. Mais la bonté a des inconvénients^ si elle n'est tempérée, en certaines positions, par une grande solidité d'âme et dirigée par un jugement supérieur . Le dirai-je ? des personnes graves, et des mieux intentionnées, ne laissaient pas de concevoir ù cet égard quelques inquiétudes.

Ce n'était point assez, pour les tranquilliser, que la haute sagesse et le courage vraiment héroïque dont il avait fait preuve dans l'exercice de ses fonctions hospitalières , et durant la périlleuse mission du Chili. La bonté, sans doute, n*est pas Tinertie et la pusillanimité. Contre des di£Scultés terribles, la bonté lève la tête, sent sa force, accepte la lutte, et goûte la victoire. Il est des difficultés plus terribles encore, parce qu'elles semblent moindres précisément : celles-ci fléchissent sous les pieds pour se relever et croître librement dès qu'on a passé ; on les voit trop misérables pour ne pas croire qu'il serait inutile et presque barbare de les réduire en poudre. Parlons sans figures : pesant d'une main l'autorité qu'il possède, et de l'autre l'impuissante condition de l^onune qui dépend de lui, l'évêque, dont la bonté domine le caractère, s'effraie de la disproportion; si légitime qu'il soit, ce combat de la force contre la faiblesse lui répugne; sachant que d'un seul geste il peut anéantir, il préfère l'immobilité. Voici un coupable, la justice veut un châtiment; mais la bonté prend la défense et allègue le repentir qu'elle présume; elle tire parti des scandales qui résulteraient d'une répression vive et qu'elle s'exagère ; le coupable est absous. On peut supposer* une foule d'inconvénients pareils, tout en

reconnaissant que Texcès de la bonté n*edt pas Texcès ordinaire des conducteurs des peuples. Ainsi détournée de ses Toies naturelles, la bonté dcYient pire souvent que la tyrannie ; nulle administration n'y résiste; le désordre s'introduit d'autant plus infailliblement qu'il se présente avec toutes les cxmditions de l'ordre.

Telles étaient les inquiétudes de quelques personnes, lorsque Mgr Mastai Ferretti prit possession de son siège ; inquiétudes pardonnables cette fois, dont l'événement n'avait pas révélé encore la futilité. On comprendra plus difficilement qu'elles se soient reproduites çà et là, du moment où Mgr Mastai Ferretti monta sur la chaire de saint Pierre.

L'archevêque de Spolète ne crut pas qu'il fût nécessaire de cesser d'être toujours bon pour être toujours fort. Une sévérité juste est encore de la bonté ; il le sentait fort bien, et il y a une manière de sévir qui commande l'estime et l'amour.

Son diocèse réclamait quelques améliorations: il aborda de plain pied les réformes. Si de prime abord telles ou telles petites passions fnr^t froissées et se soulevèrent, je ne sais; ce que je sais bien, c'est qu'on n'entendit pas une plainte et que rien n'interrompit les bénédictions unanimes dont il était l'objet. Il faut ajouter bien vite, de peur

d*interprétation dangereuse, que les réformes en question portaient exclusivement sur des détails secondaires ; car il est de notoriété publique que le diocèse de Spolète compte parmi les meilleurs diocèses de ritalie.

Pour connaître ses brebis,; le bon pasteur prenait le moyen le plus sûr, il vivait au milieu d'elles; et, s*il était obligé parfois d'éloigner les moins sai~ nés, l'inaltérable pureté de sa vie Justifiait assez sa paternelle rigueur. Bu reste, à l'exemple du pasteur des pasteurs, il voulait^ non pas la mort, mais la conversion, et n'ôtait jamais l'espoir.

Pour enseigner à ses prêtres ce qu'ils devaient faire, il le faisait lui-même. Excellente prédication. Gomme je Tai dit d'un saint évêque de France, il réalisait en quelque sorte le vœu de ce sage Romain qui eût voulu vivre dans une maison de verre, et donner ainsi sa conduite à juger au public.

Il n'accordait aur^x>sque les heures strictement nécessaires. Un invariable règlement 'distribuait celles de ses journées : tant pour les devoirs^particuliers de religion, tant pour l'administration du diocèse et les correspondances qu'il suivait avec une rare exactitude, tant pour les visites des ecclésiastiques et des personnes du monde, tant pour les audiences de prédilection qu'il donnait aux pauvres.

Ses diocésains admiraient une pareilll constance, et cet art prodigieux de se multiplier sans contrainte comme sans effort. Tel est l'effet d'une volonté puissante et d'une marche vigoureusement tracée.

Vita sacerdotvm, liber laicorum, a dit un pieux auteur; on pourrait dire avec autant de raison : Vita eptscoporum^ liber sacerdotum; en ce sens, la vie de Mgr Mastai était pour les prêtres de Spolète un livre admirable.

Pour les éloigner du luxe, qui trouve moyen quelquefois de se mêler à la simplicité du costume ecclésiastique, il révitait lui-même soigneusement. Au reste, il n'oubliait pas que, suivant le mot de saint François de Sales, si joli dans sa justesse, la propreté est une vertu ; et, pour les pénétrer de cette vérité, il était soigneux sans affectation, d'une élégance que j'appellerai évangélique, toujours fidèle à ne rien omettre dans son costume de ce que prescrivent les règles disciplinaires. Son mobilier, non moins modeste que son vêtement, consistait en quelques meubles d'une utilité reconnue. Point de dorures ni de ces bagatelles d'un si grand prix dont la vue aurait navré le cœur de ses pauvres; car je ne saurais assez le répéter, s'il aimait tous ses diocésains d'un amour tendre, les pauvres tenaient la première place dans ses affections. Il accueillait

— Gales autres viliteurs avec une affabilité charmaDte et cet air de noble aisance qui le distingue éminemment Cette grâce inexprimable ne laissait pas de trahir quelquefois le grand seigneur; mais, en présence de ses pauvres, le comte Mastai Ferretti disparaissait , la dignité même de Tévêque s'inclinait sans s'amoindrir ; il se faisait Tun deux, leur ami, leur père, leur frère, enfant avec leurs enfants ; il partageait leurs joies et pleurait de leurs douleurs , il disait nos travaux et notre misère , il entrait dans les plus minutieux détails de leurs ménages : que gagnaient-ils ? qu'espéraient-ils ? quelles avaient été leurs maladies et les remèdes ordonnés par les médecins ?. .. Il les consolait de sa parole et de ses aumônes, et les renvoyait à Jésus-Christ pour les remerciements.

Autant de leçons admirables que donnait Tar^ chevêque aux prêtres de Spolète, et dont les fruits se produisaient comme d'eux-mêmes sur tous les points. C'est une grande chose que l'exemple ; c'est une chose moins commode, sans doute, et plus précieuse que les avis fulminants et les sentences capitales. Gloire aux évêques dont on peut dire que leur vie tout entière fut, en ce sens, un perpétuel mandement.

Si je voulais examiner dans chacune de ses par-

lies l'administration de l'archevêque de Spolète, plusieurs gros yolomes ne suffiraient pas, et je deviendrais invraisemblable à force d'être vrai. Ne pent-on croire à la vertu, dès qu'elle prend un caractère tant soit peu remarquable d'élévation et d'héroïsme? A qui la faute? Gomment un évêque n'en est-il pas jugé capable? Je n'ose croire que la généralité discrédite ainsi l'exception; j'ai peur de calomnier l'univers et le temple de Dieu.

Mgr Mastai occupa durant cinq ans le nége de Spolète, et son heureuse activité lui permit de rendre à cette vUlç, sous tous lès rapports, les services les plus signalés. S'il y consolida la bonne intelligence qui existait entre les membres du corps clérical, et qui est l'une des principales conditions du bien-être comme de l'efficacité du ministère évan-' gélique, il sut également rapprocher des familles divisées de longue date, et restituer l'estime du peuple aux autorités compromises. Son séjour n'y fat troublé par aucun de ces mouvements funestes quijde temps à autre et comme fatalement^ venaient agiter les provinces d'Italie depuis quelques années; la paix que n'avait pu imposer les carabines, sa douceur l'obtint. D'une part, beaucoup d'églises furent restaurées et embellies par ses soins ; de l'autre, il veillait avec toute la sollicitude d'un ami

des arls, à la conservation des antiquités de ia ville et des environs ; il augmenta le nombre des hôpitaux et celui des écoles. Il devait laisser dans ce diocèse de Spolète des souvenirs impérissables.

Mastai Ferrettî arehevdqpue-évêque d'Imola.

Le 17 décembre 1B32, Grégoire XVI transféra Mgr Mastai Ferretti à Févêché dlmola, dans la légation de Ravenne (Romagne).

Imola est une ancienne et belle ville dont la population s'élève à huit mille âmes. Je n*ai point à écrire ici Thistoire des troubles qui agitaient alors cette partie de Fltalie. Qn a jugé et fort mal jugé, je le répète , ces faits qu'il est difficile de bien voir parce qu'on tes voit de trop près encore. La politique a ses nécessités relatives, la justice ses devoirs absolus. Nous avons trop de passions dans le cœur pour n'en avoir pas dans Tesprit et dans les yeux, et cent mille passions ne produisent pas une demi-vérité. La bonne foi ne fait rien à l'affaire, car les passions peuvent avoir leur bonne foi, et deux hommes consciencieux, mais diversement impressionnés, portent sur le même objet des témoignages tout à la fois sincères et contradictoires. C'est un grand maitre que le temps, et un calmant

d'une rare paissance. Sous son action, les passions s'atténuent toujours et diminuent peu à peu de to-lume, bien qu'elles ne disparaissent pas totalement; et le cœur bat mieux, l'esprit se rectifie et s'épure, les yeux contemplent le mrai jour. Attendons le temps, et jusqu'à ce qu'il ait fait son œuvre, adoptons du moins le sentiment le plus probable qui milite en faveur de l'autorité reconnue et légitimement établie. H est bien entendu que les bons catholiques n'ont pas besoin des observations cidessus.

La Romagne était donc en proiç aux déchirements les plus affireux. Il importait que les évêques envoyés dans ce malheureux pays fissent preuve d'une sagesse et d'une prudence non communes* Grégoire XYI, en y appelant Mgr Mastai Ferretti, fondait sur ce prélat les plus grandes espérances, et il ne fut pas trompé dans son attente.

Le diocèse d'Imola reçut son nouvel évêque avec une émotion qui, pour être moins vive en apparence que celle des habitants de Spolète, n'en témo^ait pas moins l'estime, la vénération, la confiance profonde et l'amour.

Ce qu'il avait été à Spolète , Mgr Mastai le fut à Imola, sauf les nuances particulières que devait na-

turellement donner à sa conduite Télat momentané des choses.

On conçoit que le choix du Souverain-Pontife, en démontrant la prédilection dont il était Tobjet, ne pouvait manquer de produire sur ces esprits mal disposés de fâcheuses tendances à la suspicion. Il est bien difficile de se dévouer sincèrement et impartialement aux intérêts de deux parties rivales ou regardées comme telles. La trahison sait si bien se revêtir des formes de la générosité! Plus vous multiplierez les protestations et les gages de bon vouloir, plus vous donnez lieu d'en douter. On a trop lu rhistoire du baiser de Judas, on a trop vu que son histoire était celle de la race humaine, et cette juste méfiance arrive à tel point qu'elle n*admet aucune exception possible et devient injuste. L'évêque d'Imola dut éviter tout d'abord d'obéir aux entraînements de son cœur, et se contenta d'être naturel, c'est-à-dire simplement bon, loyal et vrai. Sans dissimuler nullement qu'il eût pris la ferme résolution de soutenir les droits méconnus d'une autorité inviolable et de rétablir la paix, il se complut néanmoins à reconnaître que, parmi les nombreuses plaintes des mécontents, plusieurs n'étaient pas dépourvues de motifs et de raisons ; il promit d'en rechercher la cause et d'y remédier, fit toujours

ce qa*il promettait, négligea les menaces pour se remettre de tout à la persuasion , et (xmtraignit en cette douce mani^ les plus bruyants agitateurs à confesser franchooient qu'ils s'exagéraient leurs misères etcelles de la patrie ; il fit ?oir an peuple tout le cœur de Grégoire XYI, et au Souverain Pontife qu'il y avait moins de perversité que de surprise dans les rébellions du peuple; il fut cause , en un mot, qu'on s'entendit , et comme les dissensions entre les hommes n'ont jamais lieu que faute de s'entendre, les dissensions s'appaisèrent bientôt, le calme se rétablit au moins dans le diocèse d'Imola.

Pour donner une juste idée des œuvres de Mgr Mastai, après le 17 décembre 1832, il faudrait re^ produire textuellement ce que j'ai dit touchant son administration à Spolète, en y joignant les détails particuliers qui vont suivre.

Je n'oublie pas qu'on a dit en France : « Le& idées libérales du saint évêque alarmaient la cour de Rome , et c'est pourquoi Grégoire XYI l'exila dans cette ville de la Romagne, où, pour le même motif, avait été relégué, Ghiaramonti (Pie YII depuis). »

Vraiment ! ! !

Pour neutraliser l'influence d'un évêque libéral s^r la population singulièrement anodine de Spolèle,

Grégoire XYI et la cour de Rome, bien avisés, lui donnent action sur celle dlmola, qui demande à grands cris la liberté ou la mort, et prend les armes I C'est fort bien. Les Français ont inventé le vaudeville, et aussi leur dit-on qu'ils sont nés malins; ils cmt inventé depuis lors tant de choses, qu'on ne sait plus comment les appeler.

S'il y avait une ombre de raison dans ces contes beaucoup trop fantastiques , je répondrais encore de deux manières.

D'abord; qu'entendez-vous par le libéralisme de Mgr Mastai Ferretti ? Prenez garde, vous allez faire de lui un enthousiaste de Paul-Louis Courrier et du Constitutionnel; et dites-moi donc ce qu'Jl vous a fait, ce grand évêque, pour le traiter ainsi? Où sont ses idées cotonneuses, car je ne trouve pas une plus juste expression, ses petites fourberies façonnées sournoisement au clair de lune ; les énormes sottises qu'il accommode à la disposition d'esprit des courtauds de boutique et de leurs dignes patrons, les niaiseries qu'il édifie en principes, les impostures dont il assaisonpe jour par jour ces hypocrites profession de f(H?... Quedirai-je? Puiset*il ses doctrines dans la bourse d'un bâilleur de fonds? A-t-il jeté le cri de guerre pour se blottir de tout son courage au fond d'une cave dès les pre-

ttùers coups de fasil, et voler la part du vainqueur après la collision finie? Je ne sais, je cherche, je supplie qu'on me dise comment Mgr Mastai Ferretti était libéral. Je veux bien qu'il Tait été, maiscomme il l'est encore, comme il a déclaré l'être dans la première Lettre encyclique de Pie IX; c'est-à-dire qu'il ait aimé le peuple et voulu son bonheur, et souillé autant que possible ses misères, et demandé la réforme de ses mœurs pour arriver plus sûrement à celle de sa conditimi , et appelé de tous ses vœox le jour où ceux qui le gouvernent se décideraient enfin à refondre les vieilles législations avec lenrs exigences routinières dans le moule des idées et des nécessités nouvelles , autant que l'immuable équité n'en devrait soiiffrhr aucune atteinte. Eh ! mon Dieu oui, si c'est là ce que vous appelez un libéral, le cardinal Mastai était un des plus grands libéraux de son siècle; mais ce mot, vous l'avez bien démonétisé...

En second lieu, je trouve que Grégoire XYI traita le saint évêque conmie s'il eût été an contraire l'homme le plus ilhbéral du monde, et l'un des plus fermes suppôts de ce que vous appelez lastueusement le despotisme papal. Et, chose bien étonnante surtout , c'est que, par une subite coïncidence, le peuple écrasé bénit les récompenses

données à la trahison par ses oppresseurs. 11 y eut à Imola grande fête et grande allégresse, le jour (1/i décembre 18^6) où Mgr Mastai Ferrettl fat proclamé cardinal (1) .

Or, sa réputation de piété, de bonté» d'int^té profonde, de talent et de sainteté s'était étendue danstouis lei états de l'Église. • A Rome, dit un écrivain, le peuple qui l'avait connu, qui l'avait vu à Tœuvre , d'abord dans le pauvre établissement du vieux maçon, puis à Saint-Michel, le peuple , lorsqu'il voyait passer par hazard Mgr Mastai , disait : Voilà le futur pape. Dieu nous le donnera', » Telle était aussi la pensée des fidèles d'Imola et de Spolète, qui cependant n'avaient garde de s'exprimer à si haute voix , on en devine la raison. < Si Dieu nous entendait, disait une bonne vecdùetta^ il nous prendrait au mot, et nous ne l'aurions phis. >

Obligeant lecteur, souffrez, s'il vous plait , que l'humble Solitaire vous offre ici un conseil d'ami. Vous avez lu l'histoire de saint François de Sales, dans une foule d'ouvrages pauvrement écrits, mais utiles d'ailleurs, et dans un chef-d'œuvre de Gaains, que l'on nomme : Esprit^ etc., etc. Ces diverses

(i) Il ayait été réserré m petto daos le consistoire du 23 décembre i8S9. Il fût cardinal da titre des saints Pierre et Mftrcelliii»

lectures vous ont édiié, et, comme le fond l'emportait nécesNâreinent aar la forme , les plos méilîocres même ont en la pttissance de vous |»iaire. C'est i»en. Reprenez-les, 4:es lectures ; vous y trooyerez, avec une édttcatioD noayelle, tout ce qui me resterait à dire sur la yie épiscopale de Mgr Mastai Ferretti. L^ fidèles d'Imola et de Spolète aimaient skigoUèrement à faire la comparaisoa de l'on et de l'autre saint. Jamais peut-être deux natures ne se rapprochèrent par un si grand nombre d'accidents. Même douceur et même intrépidité , même séckKtioii dans la parole et même pénétration dans l'esprit, même modestie et même puissance, même noblesse et même candeur, même talent de se faire tout à tous et d'arri?er par la modération évaagéiiqve à des réformes difficiles que la vidence n'obtient pas. La ressemblance se produit jusque dans l'intérieur. Otez la barbe de saint François de Sales , yœlà les traits àe Mgr Blastai , toute sa grâce , toute sa majestueuse et charmante figure. Tous deux^ il suffit de les voir pour les aimer et de les aimer pour s'aimer mieux soi-même en aimant Dieu. Il y a là un reflet inexprimable, qui annonce la Manche pureté, l'amour, la sincérité, hi paix, le pressentiment d'un avenir eâeste, la vivacité de l'âme et son empire illi- 111« LIT».— Tome 10, i'

mité sur les sens, uae sort0 de diviaisatioa de matière. Oo n'aurait pas une pensée maaYaise devant eux, c*est impossible; on se croirait bien ridicule de n'être pas aussi des saints, quand ils dont là. Qne l'on ait nne couronne sur la tête ou des rivières de diamants autour du cou et sur les mains, n'importe! cette majesté de l'indigence volontaire fait oublier les couronnes et pâlir les pierres étincelantes; on se sent à Timproviste l'ofa^ur sujet de son sujet ; il faut bien confesser en rougissant, que la vertu seule est belle, et s'incliner en voilant comme de honteux colifichets ces ornements si recherchés d'ailleurs. Bref, mon cher frère, lisez dans la vie de Saint-François de Sales, la vie de l'évêque de Spolète et d'Imola.

Ainsi, comme on Ta vu précédemment, les habi* tants de Rome , en iroyant passer Mgr Mastai Ferretti, disaient : Voilà le futur pape , Dieu nous le donnera. Et en effet. Dieu le leur donna.

Élection de Pie IX.

Cet événement admirable ne date que d'hier. On sait avec quels transports de joie la nonvdle en foi accueillie dans l'univers entier. Un seul homme restait impassible, en quelque sorte, au milieu de

rentboDsiasme général, c'était le nouveau pape ; on plutôt. Pie IX, dans le silence de sa modestie et de son éyangéHque résignation, mesurait paisiblement sous Toeil de Dien l'étendue de la mission prodîgiease qui lui était imposée.

NoTerat quautis pateat periciis llle qui, sufnmos apices adeptusj Ommiim curas, sibi raptus uni,.

Sustinet omnes.

Une chose me frappe, je veux dire quelle chose-, an risque de rapetisser mon sujet.... £h bien, j'ai remarqué ceci :

Malgré les constantes prédictions du peuple de- Rome et du monde, Mgr Mastai Ferretti.était bien loin de s'attendre à monter sur le siège de Saint- Pierre. Au moment où son nom sortit du calice, sa surprise fut grande; il retomba sur son siège en versant d'abondantes larmes; le cardinal sousdoyen, qui l'interpeUait sur l'acceptation, dut suspendre sa demande poidant un instant. Toutefois, je ne ,Tois pas qu'il ait entretenu les fldèles, comme le font régulièrement nos évêques nouveaux, de cette surprise, de son indignité, de la répugnance qu'il avait toujours éprouvée vis-à-vis de la tiare , et des violences sans nombre que le conclave avait dû lui faire pour amener son acceptation. Ceci

yraiment ne m'empêche pas de croire de la foi la plus ferme que Mgr Mastai Ferretti n*avait aucunement déâré la succession de Grégoire XVI , que sa modestie s'était irivement effrayée à la vue d*un si grand* œuvre, bonum ofms, qu'il l'eût cédé de bon cœur à un autre cardinal plas capable que lui, selon lai, et qu'enfin , si la voix même de Dieu ne l'eût violenté, il aurait employé tous les efforts possibles pour rester dans son évêché d'Imola.

A la première nouvelle de l'élection de Pie IX, Y Ami de la Reliç^ fit des réflexions qui résument bien toute ma pensée : « En plaçant, d'un accord presque unanime^ sur la chaire de Saint- Pierre, un cardinal qui est à peine âgé de cinquante-quatre ans, les membres du Sacré' Collège, dit-il, viennent de prouver au monde combien les intérêts de l'ambition que la politique se plaît toujours à mettre en jeu« sont demeurés étrangers à leur choix. Des considératioDS d'un ordre surnaturel ont manifestement dominé toutes les pensées de ce vénérable sénat L'élection que la voix du peuple seqlblait désigner d'avance, 1» v«ix de Dieo l'a proclamée par la bouche de ces auguste viefllards qui sont tout à la fois dans l'église les repré* sentants de Dieu et du peuple. »'

ToBt le monde croyait i Rome que le conclave durerait fort loi^emps. Il y avait deux influences principales : i"" cdle du cardinal Lambrosdiini, à la tête de ce qu'on appelait lé parti Génois,. qui avait fixé son chdx sur le cardinal Fransoni; 2* celle du cardinal Bernetti, à la tête du parti Statùte ou Romain, qui portait ses suffrages sur les cardinaux SogUa, Mastai, Fateonieri, etc. etc. On l'a dit du moins, on l'a imprimé, je devais en prendre acte.

Cependant le cardinal Gizzi avait réuni d'abord la majorité des suffrages; c'est du mdns ce qu'annoncèréit à la France des correspondants de Rome. On assurait aussi qu'au second tour de scrutin le cardinal Lambruschini avait obtenu seize vdx (1). Songeant à TmAoence que peuvent exercer en ces circonstances quelques souverains étrangers, et spédalement rÂutricfae, le public, malgré ses idées etses dérirs bien connus, prévoyait telle ou telle autre élection; ici on nommait le cardinal Orioli, ou le cardinal Riario Sforza, ou l'admi-

(i) SuWant un journal : au premier scrutin, le cardinal Lambruschini obtint quinze voix, et le cardinal Mastai treize ; au sedond scrutin du même jour lundi, Lambruschini n*e»t plus <nie treize voixt et Mastai Ferretti en eut dix-sept; le lendemain , Lambruschini avait onze voix seulement , et Mastai vingt-sept ; le soir du même jour, Lambruschini était réduit à dix voix, Mastai Ferretti en obtenait trente*8is à Yaccesso,

rable cardinal Micara (2) , ou le cardinal Fransoni; là les cardinaux Mezzofanti , ou Soglia, et principalement le cardinal Acton (3). Quant au dernier, les commentaires ne manquaient pas. Comme le cardinal Acton était un anglais, cette élection semblait destinée à parfaire la conversion de ce beau 'oyaume d'Angleterre, si travaillé de remords en notre siècle , si visiblement pressé d'en finir avec l'effroyable maladie qui le ronge au cœur depuis Henri YIII. Les hommes combinaient ainsi les choses, Dieu agissait. Le pape fut élu; ce fut, au quatrième tour de scrutin, le cardinal Mastai Ferretti, élu , disons-nous, en quelques heures , sans contestations, sans aucune sorte de brigues, et par trente-six voix (deux voix de plus que lé nombre nécessaire).

Comme le P. Capellari avait pris le nom de Grégoire en mémoire de soa prédécesseur à la congrégation de la Propagande, Mastai Ferretti prit celui de Pie en mémoire de l'inmiortel pontife Pie VU qui l'avait précédé sur le siège d'Imola et honoré d'une affection toute particulière.

Quand les portes du condave se furent ouvertes, le peuple se précipita pour baiser les pieds de Sa

(1) Qui vient de moarir.

(2) Il est mort dernièrement.

Sainteté. Les cardÎDaux, les patriarches, les arcb^ Téqnes et évéqaes, les prélats, les conchyisles; lut ayaient déjà rendu le premier honunage; les ambassadeurs, la noblesse romaine , les étrangers de^ distinction étaient venus ensuite. Notre ambassadeur (1), seprésrata, et Témotion de Pie IX , en parlant delà France, était si vive que de grosses larmes s'écfaappèrent de ses yeux.

Le soir, à cinq heures et demie, le pape, accompagné du Sacré-GoUège, visita Saint*Pierre , selon l'usage ; puis il revint au Quirinal , sa résidence d'été. La foule encombrait les rues, et partout sur son passage éclataient les plus vives acdamations d'allégresse. La joie était universelle.

£t ainsi pendant les premiers mois qui suivirent > et ainsi jusqu'à l'heure où j'écris cette notice.

On citait une foule de belles actions, des traits prodigieux de dévouement, que dirai-je?... Son histoire que ma pauvre plume réduit ici à la jdus' pâle des esquisses, le peuple de Rome la faisait en quelques mots avec génie. On parlait de son immense charité pour les malheureux et les pauvres. Les prisonniers pour dettes qu'il avait délivrés en grand nombre à son avènement, on les nommait,. .

(1) Ou plutôt notre chargé de pouvoirs.

-« Un jour, disait-on, un jour qu'il ne lui restait pas la plus niince pièce de monnaie, une pauvre femme se préi^te et lui demande Taumône. Ne sachant plus que lui donner, le saint évoque aperçoit un couvert d'argent sur sa table : Prenez-de, dit-il à cette pauvre femme, allez le mettre au Mont-de- Piété; je leretireraitfuafidfaurai de l'argent. Son valet de chambre qui n'était pas daos le secret de cette admirable charité , vint lui annoncer qu'un couvert avait été volé; le vénérable cardinal se contenta de sourire. «—On racontait mille détails qui peignaient sa vigilance, sa fermeté, soja esprit d'ordre, sa bonté» toujours sa bonté. « Il a réduit ses écuries, interdit la vaisselle plate sur sa table ^ diminué toutes les dépenses de son palais, etc. , etc. Voyez-vous? maintenant même , deux de ses neveux se trouvant à Rome : i l'un qui est le fils de son frère, il a ordonné de retourner à Sinigaglia et de faire savoir à sa femille qu'il ne voulait pas qu'elle vint s'établir auprès de iùi ; à l'autre,, fils de l'une de ses sttià's, jeune officier de l'armée pontificale, il a déclaFê qu'U ne lui serait accordé d'avancement que selon son mérite... »

Le soir même de sa nomination, Pie IX avait écrit à ses trois frères, à Sinigaglia, la lettre suivante, et on le savait déj^ :

a II a pla à Dieu , qoi exalte et qui hifimlie , de t m'élever de moo insignifiance à la dignité la plus « siil]^me de la terre. Qae sa volonté soit faite. Je ff sens toute rimmensité de ce fardeau et tooto la « faiblesse de mes moyens. Faites faire des prières « et priez» tous aussi, pour moi. Lé conclave a duré « qoarante-buit heures.

c Si la ville voulait faire quelque démonstration « publique à cette occasion, je vous prie, car je le ■ désire, de faire* en sorte que la tofaMté.de la « somme destinée 5 cet objet soit appliquée à des > objets jugés utiles à la ville par le ganfaloniere « (maire), et par les atéiam (adjoints).

« Quant à vous-mêmes , mes chers frères , je « vous embrasse de tout mm cœur en Jésus-Christ. «< Ne vous enorgueillissez pas, mais prenez plutôt « en pitié votre frère, qui vous donne sa bénédic* K diction apostolique. »

On savait tout cela ; on le disait Le bonheur éclatait sur tous les visages, dans toutes les convergeons ; c'était un enthousiasme sans exemple. «On ne voit plus à Rome, dis^t un témoin oculaire, on ne voit plus à Rome que des boutons dorés à la Pie IX; cravattes, ombrelles, éventails, tout est aux couleurs de Pie IX... »

Mais reprenons le détail des cérémonies qui suivirent l'élection.

Lorsque rémioentissime cardinal Mastai Ferretti, arcbevéque-évêqae d'Imola, eut répondu au cardinal Macdii, sous-doyen, qu'il acceptait la dignité suprême de chef de l'Église, et qu'il prenait le nom de Pie IX , Mgr. de Ligne, préfet des cérémonies, dressa, comme notaire du si^e apostolique, l'acte * authentique de son acceptation.

Ensuite les cardinaux Thomas Riario Sforza et Bernetti, les deux premiers de l'ordre des diacres, accompagnèrent le nouvel élu dans la sacristie, eu il se revêtit de ses habits iwntificaux. De là ils le conduisirent à la chapelle dif Quirinal, où» s'étant assis dans un fauteuil placé d'avance sur le marchepied de l'autel, il reçut la première obédience (première adoration) des cardinaux, laquelle consiste dans le baisement de main et la double accolade. Après ces honunages, le cardinal Riario Sforza, camerlingue de la sainte Église-Romaine, lui présenta Tanneau du pêcheur.

Ce fut le lendemain, à neuf heures du matin, que l'on abattit la maçonnerie fermant le balcon au-dessus du grand portail du palais du Quirinal, et que le même cardinal fit entendre les paroles déjà citées en français : Annuntio vobis gaudinm

magnum : Papam habemus enunentùsimum et rc verendissmum d(mûrium Joannem Mariam Màstai Ferrent, S. R, E, presbyterum cardxnalem, qui stèi namen itnposmt Ptus IX. L'enthousiasme fut porté à son comble ; aiossîtôt le canon du château Saint-Ânge répondit aux acckmations d'un peuple immense. Le Saint-Père, attendri jusqu'aux larmes, parut sur le balcon pour bénir le monde.

Le soir, vers cinq heures, il se rendit du Quirinal ao Vatican, je crois l'avoir dit, accompagné des cardmaux Macchi et Oppizzoni, premier de l'ordre des prêtres. Là, dans la chapelle Sixtine, eut lieu la seconde adoration des cardinaux, qui baisèrent d'abord le pied du Saint-Père, puis sa main pardessus les bords de la chape, et reçurent le double embrassement. Ensuite, précédé du Sacré-Goil^e et de la Prélature, il se rendit à la basilique de Saint-Pierre, adora le Saint-Sacrement, et s'avança jusqu'à l'autel de la Gonfesâon^ où il s'assit sur un coussin broché en or. Le cardinal-doyen, après s'être prosterné pour hii rendre hommage, alla se placer au coin de l'autel, du côté de l'Épitre, et entonna le Te Deum, pendant que les chantres poursuivaient le chant de l'hymne. Les cardinaux firent la troisième et publique adoration, et c'est alors que Pie IX aurait adressé au cardinal Falco-

— 8Zi —

nleri cette parole significative : Votre frère €st. en exil pour cause politique, il peut revenir. — Bien <I^*QD ait démeBti. cette nouvelle donnée par tous les jouroaux, je ne veax pas romettre.

Par ordre da canUnal-TÎcaire, le Te Deum fut ebanlé de même lekndeniain dans tontes les églises de Rome.

Je copie VAmi de la Reliçion, du 30 juin i^U6 : 1 Une notification émanée p^n-eiUement du vicariat et datée du 18 join, a annoncé aux hahîtants -de Rome que la cérémonie du couronnement aurait lieu le dimanche suivant, avec la solennité accoutumée, dans ia baatique de Saint^Pîerre. A cette occasiony le cardinal-vicaire a acccn'dé une indulgence plénière )i tous les fidèles de Tun et Taotre sexe qeAf repentants^ confessés et conunumés, assisteraient pieusem^t à cette cérémonie, et recevraient la bénédiction solennelle du Souverain- Pontife, ou him visiteraient ce jour-là la basilique de Saint-Pierre» et y prieraient pour Texaltatipn de ia sainte Église notre mère et pour rexdrpation des hérésies.

« La veille de ce grand jour, Mgr Troli» archevêque d'Athènes, aumônier de Sa Sainteté, a distribué, dans la cour du Belvédère, au Vatican, un

paul par tête (60 centimes) à tous les paurres de Rome. »

J'ai la ferme convictioD, disait an correspondant de ce joamal, que de grandes choses illustreront le rèpie de Pie IX. Ma oon^cAion se f<Hide : i* sur ce que c'est Dieu qui Ta élu, sans le concours d'aucune influence polidque; 2® sur ce qu'il arrive an trône pontifical dans la douUe vigueur de l'âge et de la santé ; qu'il est originaire des États dont il devient le souverain ; qu'il est adoré dans son diocèse et connu de toutes les légations ; que sa vie a été pure comme celle d'un ange, et charitable and€& même de ses ressources; que toutes les qua-* lités enfin que rendaient nécessaires dans le nonveau pape la gravité des circcmstances, il les réunit dans sa personne an plus haut degré.

Conronnemeiit.

G'^stle dimuidie 20 juin, fête de saint Louis de Oonzague^ que le couronnement du Sttnt*Père eut Heu dans la batilique de Saint-Pierre. — Cette ceréoioiàe se fait ainsi d'ordinaire le dimanche, Inen que plusieurs papes se trouvent . avoir choisi un autre jour : Léon X, le samedi; Clément YIII, le jeudi; Paul II, le mardi, etc. — Elle se fait à

Saint- Pierre, dans la Grande-Loge, depuis Marcel II (1555), et se faisait aatrefois à Saint- Jeande-Latran» où fut couronné, en 858» Nicolas V; saint Léon III, auquel remonte son origine, le fut en 795, sur les degrés inférieurs de la basilique Yaticane (1).

Vers les huit heures du matin. Sa Sainteté s'était rendue du palais du Quirinal au Vatican, en grand cortège, ayant auprès d'elle, dans sa voiture, le cardinal Monico, patriarche de Venise, et le cardinal Pignatelli , archevêque de Palerme. Tous les cardinaux en cappa l'attendaient dans la salle de'Paramenti, où Elle se revêtit des habits pontificaux.

La procession se mit en marche , et traversa la salle ducale en descendant par le grand escalier de Gonstantin, vers la basilique de Saint-Pierre. En tête du saint cortège s'avançaient les bussolanti, gardiens des portes intérieures des appartements du Pape y les procureurs de collège, le père confesseur de la maison pontificale, le père prédicateur ai)ostoliqne, les procureurs-généraux des ordres religieux, les avocats consistoriaux, les caraèriers secrets d'honneur, la nombreuse prélature avec la

(i) Ami de ta lieligion.

cappa, le maître da sacré palais et le maître du saint HospicC; prince Ruspoli. Venait ensuite la croix papale, portée par Mgr. Antinori, auditeur de Rote, lequel était suivi des sept acolytes, membres du tribunal de la Sgnature. Derrière eux marchaient les abhés mitres , les évéques , archevêques et patriarches, les cardinaux avec la cape rouge, les conservateurs et le prieur du peuplé romain, Mgr. Marinif gouverneur de Rome et âirecteur*général de la police, le prince Orsini, assistant au trône, et les deux cardinaux-diacres. €e magnifique cort^e était fermé par le Souverain-Pontife, porté sur sa sedia et entouré de ses gardes nobfes, des camériers secrets laïques et de la garde suisse.

Sous le portique de Saint-Pierre, en face la porte Sixtine, s*élevait un trône pour le pape, et, vis^à-viSp des sièges étaient rangés pour le Sacré - Collège. Il y eut là une première station. Le Saint- Père^ descendu de la sedia, monta et s'assit sur ce trône. Le cardinal Mattei, archiprêtre de la basilique, s'avança jusqu'aux pieds de Sa Sainteté, et, debout, la tête découverte, lui adressa une harangue en latin ; puis, ayant baisé le pied et la main du Pape, et reçu le double embrassement de Sa Sainteté, Son Ëminence, avant de retourner à sa place, la supplia d'admettre au baisement du pied

le chapitré, le clergé et les chantres de Saint-Pierre. Alors la procession entra dans la basiliqae, où les chantres entonnassent J'antienne Tu es Petrus^ et super hanc petram dBdifieabo Eeclesiam meam.

Le Pape s'arrêta une seconde fois à la chapelle du Saint-Sacrement; il déposa la mitre, se mit à genoux et resta quelques moments en prière. De là , il fut transporté (HTOcessionnellement à la chapelle de Saint*Gr^ire, s'assit sur le trôoe ifû avait été préparé, et reçut lliommage des cardinaux qui allaient successiTement baiser sa main, et cdoi des patriarches, archevêques et érêques qui furent admis au baisement du pied; ensuite il donna sa bénédiction apostolique.

Les cardinaux se revêtirent de leurs habits sacrés, selon leur ordre : les patriarches, archevêques et évêques prirent la chape et la mitre de toile blanche; les auditeurs de Rote, la petite tunique; les avocats consistoriaux, la chape mise en travers et ouverte sur l'épaule droite ; les auû'es prélats le double rocbet sans la cape.

Le Pape entonna le chant de Tierce, qui fot continué alternativement par le chœur. Sa Sainteté récitait tout bas les psaumes et faisait sa préparation à la sainte messe. Le chant de Tierce achevé, Elle quitta la chape, et, assistée par le cardinal

Fieschi, de Tordre des Diacres, £lie revêtit poar h messe les habits pontificaux qae lai présentaient les prélats de la Signature. Le cardinal Lambroschini, faisant les fonctions d'évéque assistant, lui mit an doigt l'anneau pontifical. Alors EUe monta de nouveau sur le trône portatif, le cardinal Riario Sforza, tenant à la main un petit bâton recouvert de velours rouge garni d*argent, marque distinctive de sa dignité comme juge de la procession, se plaça à l'entrée de l'enceinte où le Sacré-€ollége et toute l'assistance étai^t rangés, et le cortège s'avança vers l'autel de la Ck)nfesBi<m. Durant ce trajet, le cardinal Gazzoli, qui avait rém[^cé le cardinal Riario comme diacre assistant, chantait ces paroles : Procedamus m pace; un maître de cérémonie, s'arrétant par trois fois et faisant la génuflexion devant le trône du Pape, mettait le feu à un flocon d'étoupe attaché à l'extrémité d'un bâton d'argent, et chantait à 'son tour: Pater sancte, sic transit gloria mundi.

Arrivé dans Tenceinte qui forme le chœur, derrière l'autel de la Confession de Saint-Pierre, le Pape donna le baiser de paix aux trois derniers cardinaux de l'ordre des prêtres, Simonetti, Piccolommi et Sixte Riario Sforza ; puis s*étant avancé jusqu'au pied de Tautel papal, entre le cardinal Lam-

bruschini à sa droite et le cardinal Fieschi à sa gauche^ il reçut le manipule des mains de Taudiditeurde Rote, faisant les fonctions de sous-diacre apostolique, et commença les prières de la messe. Après le Canftteory il reprit sa place sur le trône, et trois cardinaux, le cardinal Ostini, évêqued'Albano, le cardinal Lambruschini, évêque de Sabine, et le cardinal Macchi, éfêque de Porto, lurent successivement sur le nouveau pontife Toraison marquée dans le cérémonial, le Saint-Père revint au pied de Tautel où le cardinal Riario Sforza, prenant le Pallium des mains du sous-diacre latin, le lui remit II monta à Faute], et les cardinaux allèrent Tun après l'autre baiser le pied et la main; les patriarcbes, les archevêques, les évêques baisèrent le genou, les abbés mitres et les pénitenciers de Saint- Pierre le pied seulement.

La sainte messe continua. Le Saint-Père lut T/ntroUs récita le Kyrie et entonna le Gloria in excelsis. Quand l'oraison eut été chantée, le cardinal Riario, escorté de quatre massiers et suivi des auditeurs de Rote et des avocats consistoriaux, descendit dans la chapelle souterraine de la Confession» et là, devant les reliques de saint Pierre et de saint Paul, furent chantées les touchantes prières que

rÉglise adressée Dieu pour l'aUguste chef qui vient de lai être donné.

L'Épitre et FÉvangiie furent chantés ensuite par les sous-diacres et les diacres latins et grecs dans leur langue respective, et le Pape, à la fin de Ianies8e,[donna solennellement sa bénédiction apostolique.

Après la messe, le cortège se rendit sur le grand balcon de la basilique qui domine la place de Saint- Pierre. La garde civique, les carabiniers pontificaux et la troupe de ligne étaient rangés en bataille sur cette place. « Autour de la troupe, sur tous les points de Timmense place, et par toutes les rues qui y aboutissent^ une foule innombrable se pressait Quand le Souverain-Pontife est apparu sur le balcon, et qu'en présence de tout ce peuple 11 est descendu de la sedia gestaiona pour se*placer sur le trône, des cris d'enthousiamne se sont élevés de toutes parts ; les chantres ont chanté Tantienne Corcna awrea super caput ejus, etc. ; le cardinal Maccbi a récité les versets et Toraison, et le cardinal Riario^ comme prçmier cardinal de Tordre des diacres, a posé la tiare sur la tête du Souverain- Pontife en prononçant ces paroles : Accipe tiaram, tribus caroms amatam, et scias te esse Patrem principum et regum rectorem orbis in terra, Ft-

carium Salvatoris iiostri Jesu Chnsti^ cui est honor, et gloria in sœcula saculorum. Amen,

« Alors le Pape Pie IX levant ses yeux vers le ciel et tendant ses mains vénérables, prononça d'une voix émue les paroles de cette bénédiction solennelle qui allait se répandre sur le monde conmie sur Rome, urbi et orbi, quoi qu'en ait dit, dans le journal VUnivers^ un italien de la Basse-Limagne, s'intitulant Bahhasar Canetti (1).

« Lecanonda château Saint-Ange, leson de toutes les clodies, les roulements du tambour, et les acetamatioiis de la foule répondirent à cette bénédiction. Le Pape se leva de nouveau, bénit uneseconde fois, mais en silence, la ville et le monde, et rentra dans la salle de* Paramentioù^ par l'organe du cardinal Macchi , sous-doyen , le sacré collège lui fit agréer ses ïélidtations. •

Voici les noms dès cardinaux qui assistèrent à la cérémonie du couronnement; ce forent 1* de l'ordre des évoques : les cardinaux Yincent-Louis Macchi ; Lambruschini ; Pierre Ostini, évéque d'Albano ; Castracane Degli Antelmindii , évéque de^ Pakstrine ; M attei , évéque de Frascati (2). 2* De

(i) Cet ingénieux critique n^oubliera certainement pas d^aiBnnerque nou» intercalons dans le texte de la bénédiction papale ces deux mots uréi et orbi.

(2) Le cardinal Micara, doyen du Sacré-Collège et évéque d'Ostie et Vellatri, était malade.

Tordre des prêtres : Charles OppizzoDi, archeTèqoe de Bologne ; Jacqoes Philippe Fransoni, préfet de la propagande ; Benoit Barberini, ardUprdtre de Tarchibasiliqoe de Latran; Fraaçoia Serra-<];afl8ano«ar chevêqoede Gapoiie ; BQgnes-Pierre Spinola, prodataire de Grégoire XYI ; Jacqoes M onico, patriarche de Venise ; Jacques-Louis Brignole , eommandataire du titre de saint Jean à la Porte-Latine; Constantin Patrizzi, cardinal-ticaire ; Joseph Alberghini; PaidPoiidori,préfetdeksacréecoBgrégatfon da Concile; Âmbroise Blanchi, confesseur de Grégoire XYI; Gabriel deUa Genga Sennattei, légat d'Urbino et Pesaro ; Louis Amat ; Jean Soglia, évêque d'Osiuioet Cignoli ; Falconieri Meffini, arcbevéque de Ravenne ; Antoine-François OrioU ; Antoine Tosti ; Joseph Mezzofanti, préfet de la sacrée congrégation de la correction des livres de l'Église orientale; Philippe de Angelis, archevêque de Fermo; Gabriel Ferretti , préfet dç la sacrée congrégation des indulgences et des reKques ; Chartes Acton ; Ferdinand-Marie PignateUi.archevêquedePalerme; Gaspard-Bernard Pianetti , évêque de Viterbe et ToscaneUa ; Loui^-Vanicelli Casoni , légat de Bolo* gne ; Louis Altieri, secrétaire des mémoriaui; Pascal Gizzi, l^t de Forli ; Côme Corsi» évêquede Jési; Ignace- Jean Cadolini, archevêque deFerrare; An-

toine-Marie Cadolioi, évêquc d*Aucône; Fabius- Marie Asqaini ; Antoine-Marie Cagiano de Azevedo, évéqne de Sinigaglia; Nicolas Olarelli Paracoiani, évêque de Montefiascone et Oorneto; Dominique Carafa de Traetto, archevêque de BépéTent ; Laurent SimonetU; Jacques Piccolomini; Sixte Riario- Sforza , archevêque de Naples. 3» De Tordre des diacres : Thomas Riario Sforza , camerlingue de la sainte Église romaine; Louis Gazzoli, préfet del buon Governo; Adrien Fieschi; Louis Giaccbi; Joseph Ugolini, légat de Ferrare; François-Xavier Massimo, légat de Ravenne; et Jean Serafini.

Pourquoi n'ai-je pas trouvé dans cette liste le cardinal Bemetti?

Les cardinaux français et généralement les cardinaux étrangers n'avalent pu arriver à temps pour l'élection. M. de Bonald, archevêque de Lyon, arriva seulement le 2â, et fut reçu par le Pape dans dans la matinée du 26.

Monse^eur Gorbdi-Bussi, pro-secrétaire d'État, fit bi^tôt connaître aux Romains plusieurs actes de la munificence de Pie IX. Six mille écus avaient été distribués aux malheureux ; Sa Sainteté accorda cinquante-trois dots de cinquante écus, pour chacune des cinquante-trois paroisses de Rome et des environs, et mille dots de dix écus pour les

provinces des États pontificaux. Ces actes se ratta-* chent naturellement à ceux dont nous avons parlé

ci-dessus.

Pi^mîerf aetet adminUtratift de Pi« IX.

Le Dcayeau Pape se mit à l'œuvre aussitôt. Il s'entoura des bomoiesles plus considérables du Sacré-Ck>ll^e, tels qae les cardinaux Laïubruschini (1 j , Mattel, Bemetti, Gizzi et Àmat, congrégation extraordinaire, espèce de conseil des ministres présidé par le cardinal Macchi, dont la France n'a pas oublié la hante sagesse et Thabileté profonde; monseigneur Gorboli-Bussi, pro-secrétaire d'État, fut nommé secrétaire de cette congrégation, et monseigneur Gannella, secrétaire au département de rintérieur jusqu'à la constitution définitive des deux secrétaireries d'Etat. La grande affaire de Pie IX était d'étudier les graves et diflBciles questions qui, après les orages des dernières années, intéressaient le bien-être de Rome et des provinces. — Je prie

l^L J de remarquer en passant que Pie IX

nomma dè&-lors adjudant de la chambre le même Gaetano Moroni dont on a lu l'histoire au début de

celle notice, ie Diario l'atteste.

(i) Ce qu'il faut remarquer.

Encore un mot rar le paifé.

Mais permettez-moi d'interrompre le récit; Je songe encore à Imola. Je n'ai pas raconté la millième partie des belles et bonnes actions du saint évêque. Sans doute, il n'est pas depienx établissement dans ce diocèse que son infatigable ardeur et sa munificence inépuisable n'aient on renouvelé, ou agrandi , ou enrichi Tous ne savez pas peut-être qu'U fit décorer à ses frais, et d'une manière splendide, la chapelle de Notre-Dame des Douleurs dans l'église des Servîtes ; qu'il orna des marbres les plu s choisis le tombeau de saint Gassien , qu'il ajouta de nouvelles constructions au palais épiscopal, et surtout cette remarquable façade d'une noble et sévère élégance ; qu'il ouvrait aux jeunes clercs sans for^ tuoe un asile gratuit dans son séminaire; qu'il recueillait les orphelins des deux sexes; qu'il fonda de nombreuses écoles pour les enfants des classes pauvres, une maison de retraite convenablement dotée pour les prêtres infirmes , et une académie biblique composée des prêtres les plus instruits qui se réunissaient une fois par mois dans son palais pour y traiter quelque sujet tiré des livres sacrés; qu'il fit venir de Naples des sœurs de Saint-Vincent

àfi Paol poar les mettre à la tête de l'hospice et de deux autres étabUssements coosidérables, etc.

U ?eMrit de iéiider encore nne maison de filles repenties, lorsque la Ymx de Ùkdu l'appela au gou- Ternement de l'Église untferselle. Un joomal d'Angers me fournit des détails întéressasts sur l'arrivée des dames dn Bon-Pasteur à Imola :

Quatre filles du Bon-Pasteur, parties vers la fin d'août de la -maison d'Angers, arriraent à Bologne le 2 s^tembre, et le kndeBiaitt, à midi» elles étaient daos la cour de l'évêché d'Ioàola : c'est là qu'elles devaient descendre, la maison destinée à les recevoir n'étant pas encore prête.

« Desliité, écrivaient-eUes, on prévint Son £mi- « Dence, qui, avant de nous recevoir/ nous fit « olBrir à donner ; mais nous n'aurions rien pu

• aGcq>ter :. c'était notre père que nous voulions « Goimaître avant tout (1).

« Enfin le ToilSi qui se présente à nous comme « le meilleur des pères... Toutes nous nous jetons « à ses pieds. .. Il nous dit en français : Ohl voici « donc enfin mes chères filles ! venez, mes enfcmts,

* je suis votre père. Et mille bénédictions suivirent

(i) Le bon cardinal n*a jamais voulu qu'elles lui donnas* ^t un autre nom. {Mémorial tVAngen,)

« ces douces paroles qui» pour être les première}, « resteront h jamais gravées dans nos cœurs.. .

N A quatre heures, on servit à dîner, chez nous, « et Sa Grandeur vint y assister, prenant p]in»r à « nous servir elle-même.

« SonEminence, écrivaient encore ces bonnes « religieuses, continue à assister à tous nos repas. « Toujours sa noble gaieté nous fait passer déli- < cieusement ces moments qui nous paraissent trop (x courts. Mais, à compter d'aujourd'hui. Elle veut c nous voir h sa tablé (1). . . »

< L*archevêque-évêque dlmola pourvoyait à Xout C'est lui qui montait tout le ménage des

religieuses et des pénitentes < Il a grand soin

« de tentf constamment à ses côtés le coutumier, c pour faire selon la règle; il Ut lui-même à l'ar^ « chitecte les articles concernant les grilles, etc. Si « nous désirons la moindre petite chose, il la veut « aussitôt Demandez, disait-il, je suis votre « père

(i) Effectivement* pendant plas d^an mois que ces pieuses filles ont passé à révêché d'Imola» le cardinal Mastai n*a jamais youIu quMles eussent d'autre table que la sienne. U» jour, une simple novice, paysanne de la Vendée, n^osait se placer à côté de lui : Si vous ne voulez pas vous iisseoir ici, lai dit-il, ye me lèverai et J* irai vous servir moi-même»

(Idem»)

« Il aime notre simplicité de paaTres religieuses; « cette simplicité lui plait souverainement Cerna-

• tin , fl prenait grand plaisir à nous lire les Péni- « tences, les Coulpes, et finit par dire : AUom, c alUms, vous êtes toutes si bonnes {/ue cela ne sera « pas nécessaire. Mais il a déclaré à notre mère que « si, an mois d'octobre, elle ne parle pas italien ,

• eHe aura ponr pénitence de manger da pain sec « et de bwe de l'eau pendant trois jours... »

c Le bon cardinal {M'enait part à toutes les joies innocentes de ces simples filles , continue le même journal. La. première lettre qu'elles reçurent de France, il voulut la leur apporter et la leur lire lui-' même; et comme elles pleuraient de bonheur en l'écoutant ; « OnumJDteu, s'écria-t-il avec l'accent d'ane voix tremblante^ elles sont donc à mon diocèse, ces filles si chères à votre ccsuri tous mes ilèsirs sont accomplis! je ne vous demandais rien depbts. Il ne savait pas, en prononçant ces paroles, combien Dieu devait élargir encore ce oœur paternel ponr y faire.entrer l'immense famille des chrétiens (1). »

(i) Chose intéressante pour nous spécialement ; le cardinal Mastai fit traduire et répandre dans son diocèse d'Imola le mandement si remarquable du cardinal de Bonald, portant condamnation du Afanue/ de M. Dupin, lequel &f. Dupin n'eut jamais tant d'importance.

--^ 100 — Chemins de fer. — Pressentiments de l'amoUiîe.

Ge{)eadflnt les magnifiques espâ^anoes de Rome et àvL monde se réalisaient de jour en joor. Déjà Pie IX avait gracié plusieurs condamnés p0lili(|iies ; c'était uneconvictioo généralement répandue qu'une large amnistie serait publiée à ToccasiûB de sa prise de possession de Saint- Jean^de-Latran; La question des chennns de fer. était résohie : la ligne de R<Mne à Ciirita-Yecchia venait d'être accordée, disait-on, au comte Giei ; le prince Torionia avait obtenu celle de Givifta-Vecdiia à Ancône , et le comte PiaucÎMii celle de Rome aux frontières du royaume de Napks. Le cardinal VanioeHi Casoni avait fait publier dans la Gazette prmléffiéeVdn^cid suiv;uit : « Parmi c les affaires importantes auxquelles le Saint-Père « a donné son attention depuis son avèn^aent au i trOne pontifical, se trouve compris rétahUssemect « des cheipins de fer dans les Etats de l'Église, o Les immenses travaux de reconstructions coauuencées par son prédécesseur, Pie IX av»t exprimé le désir de les poursuivre activement, surtout ceux de saint Paul hors les murs, où doivent figurer les riches colonnes d'albâtre envoyées par le vice-roi Mobamed-Ali. On avait répandu à Rome l'anagramme suivante qu'il est inutile de commenter :

A GIOVANNI-MARU MASTAI-FERRErn.

(Anagramma.)

GRATI NOMI , AMNISTIA ET FERRATA VU.

C*e8t-à-dire : cùntx noms , amnistie et chemins de fer,

L*entIiousiasine u'avait plus de bornes : toute la Ville était daus l'ivresse, de la joie.

Gomme toujours, Pie IX ne pouvait se montrer qu'aussitôt une foule innombrable ne fît entendre ces cris mille fois répétés t Vive notre Saint-Père Le Pape ! Les provinces d'Italie, les étrangers de toutes nations accouriuent pour contempler ce beau pape, ce tendre père, la joie du présent , le miraculeux espoir de l'avenir, la consolation toute puissante du passé. £t voici ce qu'on écrivait à Paris : ■ Il ac- <s cueille tout le monde avec une affabilité paier-

< nelle; il écoute cbaciin avec une touchante con- « descendance , et répond avec une bonne grâce « qui charme. Oui, il est beau de sa personne ; sa « parole est facile, douce, élégante. Tous les cœurs

< sont à lui > Les villes les plus importantes

des États de l'Église» celles qui avaient été les plus agirées naguère , comme Ravenne, Bolc^e, Forli, Rimini, donnaient, dans ces circonstances, les plus éclatants témoignages de leur joie et de leur dé vouement. On alla même jusqu'à le faire acadé-

micien j'entends l'un des membres associés de

l'Académie pontificale d'archéologie.

Aucune force humaine ne semblait capable de contenir ces manifestations : un simple avis de Sa Sainteté suffit pour les arrêter. La notification suivante fut publiée, dès le 10 juillet , par le sous-se> crétaire Vincent Santucci :

f Sa Sainteté, vivement émue des démonstrations spontanées d'affection filiale dont elle a été l'objet de la part des habitants de cette ville , ne peut que leur en témoigner sa pleine et entière reconnaissance. Toutefois , comme la modération accroît le prix des plus belles choses , le Saint-Père désire maintenant qu'en mettant un terme à ces manifestations extraordinaires de sincère allégresse, le bon peuple de Rome, pour lequel les seuls désirs du Souverain Pontifesont habituellement des ordres. Lui donne en cette circonstance une nouvelle preuve de sa docilité. »

L'Amnistie.

£n effet, la congrégation extraordinaire s'était assend)lée le 1 juillet pour traiter de la grave question de l'amnistie. On s'occupa de recueillir et de classer les noms des condamnés ; et en attendant la

fia de ce travail, le Pape accordait leur grâce à tons ceax qni la demandaient. Il avait signé, le 28 juin, la permission de rentrée accordée au professeur Orioli , ministre de l'instraction publique sous le gouvernement révolutionnaire de 1831. Quelques Romagnols ayant été arrêtés par mesure de précaution, il les avait fait mettre en liberté aussitôt qu'il l'avait su, etc. , etc.

Cependant, chose incroyable! on avait affiché, dans un corridor du Quirinal , cette interpellation : Mastaî, che fat? Le Pape Tayaut appris , fit écrire au bas : Aspetta, e îo vedrai.

Le décret d'amnistie fut publié le 16 juillet 18^6, et affiché dans toutes les rues de Rome.

Yoici Je texte de Tamnistie :

c PIE IX à ses très fidèles sujets , salât et bénédiction apostoliqiie :

« Dans ces jours où la joie publique qu'excitait notre eialtalion au souvemin pontificat nous faisait éprouver au fond du cœur la plus vive émoUon, nous ne pouYÎons nous défendre d*nn sentiment de douleur à la pensée qu*on grand nombre de fiunilles de nos sujets ne pouvaient prendre part à la joie commune, parce que, privées comme elles Tétaient des consolations domestiques , elles portaient une grande partie de la peine que quelques-uns de leurs membres avaient méritée en attaquant Tordre de la société et les droits sacrés du prince légitime.

€ Nous jetions d^on autre côté un regard de compassion sur cette jeunesse nombreuse et inexpérimentée qui^ bien qu'entraînée par de trompeuses flatteries au milieu des tumultes politiques, nous semblait coupable plutôt de s'être laissé séduire que d'avoir séduit. C'est pour cela que, dès ce

moment , nous peasâmes à teodre ia main et à offrir la paix du cœur à ceux de ces chers enfants égarés qui Toudraieot se montrer sinoèrement repentants.

• L*affection que notre bon peuple nous a montrée et les témoignages de constante vénération que le Saint-Siège en a rcQu» dans notre personne» nous ont persuadé qne nous pouvions pardonner sans qu'il en r^ultàt aucun danger public.

c Par ces motifs, nous arrêtons et ordonnons que les commencements de notre pontitfcat soient solennisés par les actes suivants de gràœ souveraine .*

« 10 jNous remettons à tous nos sujets actuellemeat détenus pour délits politiques la peine qui leur reste à subir, pourvu qu'ils fassent par écrit et sur leur honneur la déclaration solennelle que non-seulement ils sont déterminés à n*abuser en aucune manière et en aucun temps de la grâce qui leur est accmrdée* n^ encore à remplirions les devoirs de bons et fidèles sujets.

« 2^ Sous la même condition , seront admis de nooTeau dans nos Btats tous ceux de nos sujets eq^triés poar cause politique qui , dans le terme d*un an , à dater de la publication du présent décret, manifesleroat d^une mtaière convenable et par rintermédiaire des nonces apostoliques ou autres représentants du Saint-Siège, le désir de profiter de cet acte de notre démence.

m V* Nous réhabilitons également ceux qui, poar avoir participé à quelque complot contre la »ùreté deTËtat, sont soumis à la sorveHlance de la poHœ et déclarés incapables de remplir les chwges municipales.

« A* Nous entendons que soient interrompues et supprimées les procédures criminelles pour délits poremeat politiques qui ne seraient pas encore terminées par un-jugement eu forme ; que les prévenus soient remis en litierté, à moins que quelqu*un d^entre eux ne demande la continuation du procès dans Tespoir de mettre au jour son innocence et d^en reconquérir les droits.

« 5* Nous n^entendons pas cependant que, dans les dispositions des articles qui précèdent, soient compris cens en très petit nombre parmi les ecclésiastiques, militaires et employés du gouvernement , qui , pour cause de délits politiques, ont déjà été condamnés ou qui ont produit la fuite, ou

doot le procès est encore pendant. En ce qui les concerne, nous nous réservons de prendre d^autres déterminations , selon qne la connaissance des doeunenta qui les reiçardent nps meOra en meawe de le faire.

« %o i^ous ne voulons pas non plos que dans cette mesure soient compris les délits offâioairas dont seraîenl d*aillears coupables les condamnés ou exilés politiques. Nous entendons que, pour ceux-ci , les lois en vigueur aient leur pleine exécation.

■ Nous nous plaisons à espérer que ceux qui useront de notre clémence sauront en tout temps respecter et nos droits et lenr pi«ipre kpnoeur. Noms avons encore la confiance que les esprits , gagnés et adoucis par notre pardon , aimeront à dépowr ces haines civiles qui sont tonjonn on la cause on Tefliet des passions poUtiquea» et qn'ainsi te formera vraûnent de nouve&n ce lien de la paix par lequel Dieu veut que tons les enfants d'un même père soiaM ensemMo étroitement unis. Si pourtant nou^ venions k être trompé dans quelquesunes de nos espérances, maflgré la douleur amère qu*en ressentirait notre emur, nous nous rappflttefiOBS néanmoMis toujoars que, si la clémence est le plus doux attribut de la sooreraineté, la justice en est le premier devoir,

« Donné k Riime, à Saiote-Marie-Majeiure, le iO juillet ltA6, la première année de notre pontificat.

«PIB IX. >

On ne saurait se faire une idée des démonstrations de joie qne pro¥0(fua dans toutes les classes de la population romaine ce grand acte de clémence. Le dimanche 19, jour où le Pape se rendit à TégUse de la Mission pour la fête de saint Vincent de Paul, toutes les maisons des rues qu'il devait parcourir étalent ornées de riches tentures. Une foule immense accourut sur son passage. Lorsqu'il sortit de l'élise et arriva sur la place de la Colonne, des jeunes gens se précipitèrent sur sa voiture , dételèrent les che-

Tanx, et malgré les dragons le ramenèrent an palais du Quirinal à travers une pluie de fleurs qui tombaient de tous les balcons et de toutes les fenêtres. « L'enthousiasme qu'a excité l'amnistie, dit VAsni de la Religion, semble s'être communiqué conune la flamme électrique, de la capitale aux provinces, de l'Italie à tous les points de l'univers. »

Mastai, che fai? — Aspetta, e lo vedrai. On a peu attendu, on a vu.

Ce ne fut pas sans ombre d'opposition pourtant que le nouveau Pape décréta cette amnistie.

On assure que , parmi les membres du Sacré- Collège, quelques-uns des hommes qui avalent tenu la main haute sonsFadministration précédente» n'omirent aucun moyen pour faire avorter son admirable projet. Je le croirais difiicilement.

En dehors du Sacré-Collège et de Rome, j'ai vu des personnages fort estimables d'ailleurs, mais d'une effrayante prudence, qui gémissaient à ce propos en répétant l'inscription du Quirinal : Mastoi, che fcdl et qui , même après l'événement , la modulèrent encore sur le ton d'une él^ie funèbre.

Mon Dieu, oui, j'ai vu cela.

Quand sur la place du Peuple, entre l'obélisque et l'entrée du Corso, s'élevait le 8 septembre la statue colossale de Pie IX , une main appuyée sur

ia jCiemtfttc^ , Tautre sur la JasUce; ces hommes pcudents frémissaient.

L'onivers était à jamais perdu, suivaut eux, quand Mgr de Yeysâère écrivait : t Voici le Pape, je ne puis rien tous dire : les acclamations semblent tout ébranler en moi ; Fenthousiasme est inouï, incroyable, indicible; c'est de Tivresse, c'est du délire. Les cardinaux , les prélats, le sénat de Rome traversent à grand'peine ces flots de peuple. Je vais essayer de pénétrer dans l'église de Santo Marco par le couvent des Ângustins : j'ai besoin de pri^, j'ai besdn de reposer dans le calme de la prière mon âme trop fortement ébranlée par le spectacle de cette ivresse. .« Prions pour .le peuple romain : qu'il n'ou* blie jamais ses sentiments d'aujourd'hui; prions pour son auguste souverain.: que Dieu lui donne autant de courage et de force qu'il a mis de bonté dans son noble cœur !.... >

Et enfin, quand le prince de Joinville, ce jeune et glorieux soldat de France, ivre d'enthousiasme, loi aussi, allait le ^1 du même mois se jeter aux genoux de Pie IX, j'ai vu qu'on cherchait là-dessous Qoe mission politique !. . *.

Mastai,€he /bi? Pardonner, c'est courir de grands risques , .puisque la bonté fait si souvent des ingrats; c'est flétrir en un trait de plume la conduite d'uQ prédécesseur qui , pouvant faire la même

chose , ne Ta point faite. — Aspetta , vons verrez que s*il y a d^ignobles âmes perdaes d'ingratitade et de trahison , ce n'est pask plus souvent iana les rangs du peuple et de ceux qui, à tort ou à raison , défendent sa canse et succombe^; vous verrez pourquoi Pie IX pouvait sagement user d'une indulgence qui n'eût pas manqué d'être fatale à Grégoire XVI » comment ce qui aurait accasé la faiUesse chez celui-ci prenait etclusivem^t chez celui-là le caractère de la gt^érosité ; et qu'égarés par des préoccupations bien fâcheuses, les révoltés se trouvaient natnreHement encfes à suspecter les dons même du Pape dent ils avaient combattu la prétendue tyrannie, qumd au contraire un pape nouveau, tout radieux d'espénances, garanti, pour ainsi dhre , par le phis magnifique passé , devait leur inspirer une €on§anoe illimilée en les rendant au bonheur. Un habitant de RoI<^ne émra au Journal des Débats : « Nous avons eu à Bologne, pendant trois jours , des fêtes d'autant plus belles qu'dles étaient tout-à-fait spontanées. La reconnussanee du peuple est tellement vive , que depuis douze jours que le décret d'amnistie est affiché partout , nonseulement Il est encore intact; mais il est couronné ^e fiéurs que chaque matin le peufrte renouveHe. Tout le monde croit ici à une réconciliation smcère ^entre les parfis t Et le cardinal Vanicelli , légat

AeBologae, publiera, ie 7 août, cette notification dont le sens n'est pas douteux : c J'éprouve une joie bien vive de pouvoir annoncer aux^ bons habitants de cette ville et de la province que notre Saint*Père le Pape Pie IX a daigné m'autoriser k leur exprimer publiquement toute l'étendue de sa souveraine satisfaction pour les témoignages de dévouement et d'amour qu'ils ont manifestés envers son auguste personne avec cette parfaite convenance et cette sagesse qui sont un des caractères glorieux de l'illustre population de Bologne. >

Mastai^'che fai^ Pie IX le savait mieux que vous et moi; ces ovations inouies, ces . bienfaits nombreux, cette amnistie, ce glorieux début, ce n'était pas là toute sa mission. Il faut quelque chose de plus pour gouverner. Vous pensez qu'il est trop père pour être souverain ; Âspetta, e lo vedrai, vous verrez qu'il est l'un et l'autre et que son intelligence vaut son cœur.

Nomination du eardinal Oâsxi en qualité de Seerétaire d'Etat.

Bientôt une dépêche officielle adressée au corps diplomatique, aux nonces près des cours étran* gères, ainsi qu'aux légats et délégats des pro-

ii2« UVR. — TmelO. 4

Yinces, annonça la nomination de Son Éminence le cardinal Gizzi, en qualité de secrétaire d'État, tant pour les affaii*es étrangères que pour Tintérieur, et Son Éminence prit la signature le 1" août

La nomination du cardinal Gizzi avait été prévue et ardemment désirée. Ses antécédents le rendaient cher au peuple, sa haute capacité l'appelait naturellement auprès de Pie IX.

J'emprunte au journal l'Univers une excellente notice qu'il a publiée à cette époque :

Le cardinal Pascal Gizzi, dit V Univers, est né le 22 septembre 1787, à Ceccano, petite ville du diocèse de Ferentlno, dans cette partie des États-Romains qui touche à la frontière de Naples et qu'on appelle Terra di Campagna. La famille Gizzi, sans être noble, occupe un rang trèsdistingué à Ceccano. Elle prit le plus grand soin de l'éducation du jeune Pascal» qui fut envoyé au collège de Ferentino, où, sous la direction de pieux et savants professeurs, il étudia les belles-lettres, les sciences, la philosophie et la théologie. Il obtint de grands succès dans ses études^ et ses supérieurs conçurent de lui les plus hautes espérances. Ses condisciples n'admiraient pas moins ses belles qualités que ses talents, et telle était son influence sur eux qu'ils le prenaient pour arbitre dans leurs querelles. Grand ennemi des

— lit —

dissensions, doux, cordial, franc et toujours prêt pour le déYoûment, ses compagnons l'ayaient surnonuné Tutto dt tutti (tout à tous). Après avoir fini ses cours de théologie, il reçut les ordres sacrés et Tint à Rome, afin d'y étudier le droit.

Trop modeste pour entrer en carrière et se frayer un chemin vers la prélature, Fabbé Gizzi ne chercha point à se faire des protecteurs; il ne voulut avoir d'autres relations que celles qui lui étaient imposées par ses études, c'est-à-dire les professeurs de la Sapience, quelques condisciples et un avocat, sous la direction duquel il se formait à la pratique des affaires.

Mais Dieu, qui connaît ses serviteurs fidèles, tira bientôt l'abbé Gizzi de l'obscur cabinet où il étudiait les lois pour le faire intervenir dans les affaires les plus difficiles de notre temps, et le mettre en présence des combats de la liberté moderne.

En 1819, Mgr Nasaili ayant été nommé nonce à Lucerne, proposa à l'abbé Gizzi de l'accompagner en qualité d'auditeur de nonciature. L'abbé Gizzi accepta ce poste important qu'il remplit avec tant de distinction, et où il rendit de tels services à l'Église que dix ans après, en 1829, le Saint-Siège le nomma internonce près la cour de Turin. Il resta à Turin jusqu'en 183 A. A celte époque, il fut en-

veyé à Bruxelles, où Mgr Fornari le remplaça en 1837, lorsqu'il fut nommé déléga' de la province d'Âncone. Sacré archeféque de Thèbes, le 18 février 1889, il retourna en Suisse et établit sa résidence à Schwytz, où il fut accrédité comme nonce près la confédération helvétique. Nous le voyons de nouveau à Turin, depuis 18/iO jusqu'en 184/i, mais alors avec le titre de nonce apostolique. Il était temps qu'un personnage si habile prit place dans le suprême conseil de l'Église, et que la pourpre, qu'il avait si glorieusement méritée, vint récompenser son zèle et son dévoûment ; il fut proclamé cardinal dans le consistoire du 22 février iSUU. Peu après, Grégoire XVI l'envoya à Forli pour y exercer les fonctions de légat. Son administration sage et juste lui mérita l'estime d'un peuple qui, grâce à lui, resta tranquille et calme au milieu d'une province agitée par les plus déplorables troubles. Le cardinal Gizzi resta à Forli jusqu'à la convocation du conclave.

Telle avait été la carrière diplomatique et administrativedo ministrequePielX vientd'appeler, aux applaudissements de l'Italie entière, à partager avec lui la tâche diflSicile et glorieuse de gouverner l'Église et les États-Rcmiains. Les hommes les plus sages et les plus expérimentés voient dans un tel

choix une prédeose garantie. Les affaires auxquelles le cardinal Gizzi s'est trouvé mêlé, la part qu'il a {Mrise à l'actiOD des catholiques en Suisse et en Belgique est aussi un gage de Tintelligence avec laquelle il appréciera les efforts des défenseurs de l'Église dans les pays libres. Homme d'un grand cœur, génie profond» vif et pénétrant, esprit lucide et juste, caractère droit, généreux et constant dans ses desseins» le cardinal Gizzi aime sincèrement le ' bien, et, pour l'opérer, il ne négligera aucun des moyens que suggèrent la prudence et la justice. Il connaît parfaitement notre époque, l'état des peuples, leurs tendances diverses, les stratagèmes de la politique, les artifices des factions, les abus et les dangers de cette condescendance qu'on appelle tnodération. Naturellement ouvert , franc et aimable, il est froid, ferme et impassible quand il s'agit d'affaires. Sa longue carrière lui a fait connaître par expérience les affaires et les personnages qui les traitent dans tous les cabinets de l'Europe. £n Suisse, où il se trouva dans des temps très orageux, il défendit la cause de la religion et du Saint-Siège avec la plus grande vigneur; en Sardaigne comme en Belgique, il sot se concilier à la fois la confiance da pouvoir, de l'épiscopat, du clergé et de la nation. Dans beaucoup d'autres négociations très

— lu —

difficiles, il se conduisit avec tant de fidélité, de zèle, de sagesse et d'habileté, que le Saint-Siège, juste appréciateur de son mérite lui prodigua les plus honorables témoignages de satisfaction.

Un des premiers actes de son ministère fut la circulaire ci-dessous, adressée le 24 août i8/i6 aux gouverneurs des provinces :

Illustrissime et révérendissime Seigneur,

Les délits, et surtout les rixes et les vols qui, depuis quelque temps, se renouvellent beaucoup trop fréquemment dans certaines provinces de TEtat pontifical, engagent le gouvernement, non-seulement à prendre des mesures de répression nécessaires pour le besoin du moment, mais encore à employer des moyens qui puissent détruire les causes de ces délits, ou du moins en affaiblir la pernicieuse influence.

La première de ces causes est sans doute Poisiveté, à laquelle s^abandonne une partie de la jeunesse ouvrière et des campagnes : on doit donc reconnaître la nécessité de procurer à cette jeunesse d'utiles occupations, et surtout de veiller à la bonne éducation des enfants, qui, livrés à euxmêmes, devraient faire craindre un avenir pbre que le présent.

Sa Sainteté, pénétrée de la haute importance de celte vérité» a ordonné de la rappeler à Taltention des chefs de provinces, afin que, de concert avec les magistratures locales, ils relèvent la jeunesse de Toisiveté, en rappliquant à des travaux d*uiilité publique, et que, avec Tappui des ministres zélés du sanctuaire et des nobles et loyaux citoyens, ils donnent tous leurs soins, comme cela se fait du reste en divers lieux, à répandre partout Téducation civile et religieuse dans la dernière classe du peuple.

Pour atteindre ce but si désiré, il paraîtrait opportun de réunir à Rome, dans un local approprié, un certain nombre de jeunes gens de cette classe, dans le double dessein de leur faire apprendre un métier de Texercice duquel ils paissent

retirer les choses nécessaires à la vie, et en même temps de les fonner au serrioe militaire. Cette mesure aurait deux grands avantages : 1° leur ëloignement des lieux où ils contradeot de mauvaises iiabitudes et de l'occasion prochaine de nuire à la société et à la tranquillité des populations ; 2« 00 aurait un noyau de bons soldats, et spécialement d^habiles sous-officiers, capables de former une armée iustniite et suffisante aux besoins de TEtat.

Pour donner à une si importante mesure t»nt le développement nécessaire, selon la situation particulière des di- Tenes localités, le Saint-Père, dans sa souveraine sagesse, a daigné ordonner que Votre Seigneurie Illustrissime prenne soin d'examiner les moyens de la réaliser et de présenter les projets sur le mode d'exécution. Et afin d'assurer le succès, Sa Sainteté désire que, outre TiotervenUon de Tautorité épiscopale, spécialement en ce qui a rapport à Téducalion religieuse et civile» on ait recours aux lumières des magistrats manidpaux et du conseil de la province, surtout pour indiquer les moyens de contributions nécessaires à Tentretien des individus qu'il s'agit de réunir dans l'établissement projeté, proportionnellement au nombre de ceux que chaque localité devra fournir. Il est bien entendu que le gouvernement ne manquera pas de contribuer de son côté, selon les ressources du. trésor public.

Cette mesure, féconde en résultats utiles sous les rapports ^igieux, moraux et civils, est une preuve nouvelle de la sollicitude avec laquelle Sa Sainteté s^attache à procurer le bien réel, positif et pratique de ses Etats. Vers ce bien se dingeront toujours len vue» de Sa Sainteté. Ce n'est ni en adoptant certaines théories qui, par leur nature, sont inapplicables à la situation et aux mœurs des Etats de l'Eglise, nieng'associant à certaines tendances dont il est tout-à-fait Soigné, que le Saint-Père croit pouvoir faire le bonheur de ^ peuples. Ces théories et ces tendances sont condamnées P>' beaucoup d'honounes sages, et compromettraient manifestement la tranquillité intérieure et extérieure dont tout SQDTernement a besoin s'il tient à assurer le bonheur de ses sujets.

Le Saint-Père est persuadé que Votre Seigneurie lilusinssime, animée comme elle l'est d'un véritable zèle pour le

service public, s^efforccra de correspondre arec son empressement ordinaire à cet ordre souveraîn; il eompte pareillement sur l'uUieet efficace coopération des évéques, des magbtrats et des conseillers provinciaux. Quant à moi« j'espère en recevoir bientôt le résultat, et je suis dans les sentiments de la pius parfaite estime, etc., etc.

P. Gard. GIZZI.

Cette pièce, que je choisis avec intention parmi plusieurs autres non moins importantes et caractéristiques, satisfait excellemment, ce me semble, à la fameuse question : Mastat, che fat? Elle précise les intentions et la grande idée du nouveau pape, et Tunique but que veulent atteindre ses réformes. Non, le pardon n'est pas la fsablesse et Fincurie. Les réclamations qu'il est possible d'admettre sans troubler Tordre et violer la justice. Pie IX les écoutera; il saura dé même comprimer d'imprudentes et folles tentatives. Mais comment sévira-til? en remontant à la source du mal, en étouffant les conséquences dans les causes qui les produisent, moyen doux è son cœur, et que ne peut répudier son profond génie d'administration , car ce moyen se trouve réunir et le suprême secret de Thabileté politique et toutes les conditions possibles de générosité.

Ce que peot faire le Bîo^aphe.

Mon but, dans un simple aperçu biographique >

ne peat être de constater tous les actes politiqaes et administratif de Pie IX et de son gouvernement. On conçoit assez , sur ce qui vient d'être dit, que le caractère de ce grand Pape ne saurait être la précipitation. La nature des choses s'y opposeraient d'ailleurs : il a beaucoup fait sans doute ; oiais, dans l'espace de douze ou treize mois , il a dû préparer surtout l'avenir, et l'opinion publique révèle suffisamment que la fortune de l'Église et celle de Rome sont en bonnes mains. C'est le cas de répéter avec la plus ferme assurance : Aspetta, e lo vedrai.

Qoelqoef traîtf déUiehéf.

On attnbue trop complaisamment à toutes sortes de personnes tant soit peu remarquables le rare talent de se multiplier par un miracle d'intelligence et de zèle , et d'embrasser dans leur bienfaisante sollicitude les minces détails comme l'ensemble des affaires. Je ne crains pas ici le reproche d'exagération: mes preuves sont faites. Le lecteur connaît ^'évéque d'Imola; aux actes magnifiques qu'il admirait Wt-à*rheure, je me contente d'ajouter quelques traits nouveaux, choisis entre mille :

Le Pape se rendait de l'intérieur du palais au

jardin du Qairinal. A son passage , un soldai s'avance et remet à TofiBcier des gardes nobles un pain de munition. Des mains de l'officier le pain passe aussitôt dans celles de Tauguste Pontife, qui l'examine, en reconnaît facilement la mauvaise qualité, fait appeler le soldat, Tinterroge, et, d'après ses réponses , ordonne qu'on lui apporte un nouyqiQ pain delà distribution du lendemain. Cette seconde épreuve confirme la première. Pie IX prescrit aussitôt des poursuites , et une enquête sévère commence contre les fournisseurs. En attendant, il fait prendre à leurs frais, chez les autres boulangers, tout le pain nécessaire à la garnison de la ville. Quant au soldat , pour le mettre à l'abri des réprimandes, il ordonne à l'officier de l'accompagner à son poste et de le recommander à son chef.

Je l'ai déjà dit, l'amnistie ne fut pas du goût de plusieurs fonctionnaires qui avaient appartenu à l'ancien gouvernement, et qui, pour cette raison précisément, y voyaient une sorte de condamnation de leur conduite. Or, le Pape traversait l'une des grandes places de Rome^ accompagné de l'un de ses officiers, lorsqu'il vit à distance quelques personnes rassemblées, et au milieu d'elles un homme du peuple qui, tenant un papier à la main, les allocu- Uonnait avec chaleur : Qu'y a-t-il? demanda

Pie IX. — Saint-Père^ répondit Tofficier , cet homme propose une souscription pour les criminels excep* tés dans l'amnistie. Et le ton de sa réponse ne lais* sait pas de trahir une secrète satisfaction. Faites approcher cet homme , reprit le Pape, et donnez* moi le papier. Il prit effectivement le papier, s'empressa d'y écrire quelques mots qu'U mit sous les yeux de ToflScier, et le rendit au prétendu conspirateur. Ce qu'il écrivit , le voici : Pie IX souscrit

pur cent écus , M (c'était le nom de l'oflBcier)

pur quarante. Qu'on juge de l'effet.

Encore un mot sur l'Anmiftîe.

Puisqu'il est question des réserves de l'anmistie, rappelons-nous qu'elles portaient sur les ecclésiastiques , les oflBciers militaires et les employés du gouvernement, et d'abord sur les crimes ou délits non politiques. Prenons connaissance d'une condition sans laquelle nul ne pouvait profiter du pardon général.

Chaque condamné devait signer en ces termes l'engagement de ne plus rien entreprendre contre la sûreté de l'État : « Moi, soussigné, reconnaissant nne grâce toute particulière dans le pardon généreux ^t spontané que mon souverain légitime , le Pape

Pie IX, a eu l'indulgence de m'accorder pour la part que j*ai prise, de quelque manière que ce fût , à la perturbation de Tordre public et contre le pouvoir légitimement constitué dans les possessic»^ temporelles de Sa Sainteté, je promets» sur ma parole d'honneur, que je n'abuserai en aucune manière et aucun temps de cet acte de clémence souveraine, et que , bien au contraire , je respecterai fidèlement tous les devoirs d'un loyal sujet. »

Il suflSt de citer le texte de cet engagement, que nul ne peut blâmer de bonne foi , à moins^ d'avoir perdu l'esprit

Mais ou a demandé fort naïvement pourquoi des réserves, et Ton a déploré de même que Pie IX réduisît à des proportions si exiguës sa générosité. On n'a pas voulu se rappeler, et peut-être ne savait-on pas que le nombre des condamnés appartenant à ces trois catégories était tout au plus de trente-neuf, savoir : quatre ecclésiastiques, vingt deux officiers et treize employés subalternes. On n'a pas voulu comprendre que ces condamnés , ayant violé le serment prêté par eux au gouvernement, se trouvaient beaucoup plus indignes du pardon que le reste , et qu'en face de certaines énormités la clémence peut devenir un crime. On n'a pas pris la peine de prévoir les inconvénients qui résulteraient

d'uoe grâce ainsi donnée , et dans le corps ecclésiastique, et dansl'armée, et dans Tadministration, où Tespérance d'une impunité quelconque engendre nécessairement les plus effroyables excès, où la rigueur presque excessive de la discipline est une nécessité; on ne disait pas que si Pie IX eût enveloppé , par exemple , les ecclésiastiques dans Tamnistie, et les condamnés militaires, et ceux de Tadministration gouvernementale 5 et tous ceux qui se font les ennemis du clergé et du Saint-Siège se seratent levés pour protester contre une si révoltante acception de personnes. On n'avait garde de présumer que, dans les ressources de son cœur, Pie IX trouverait moyen de concilier la prudence et le pardon, la justice et la clémence, et qu'après les précautions nécessaires, il ferait tomber d'elles-mêmes les exceptions. Lisons plutôt la proclamation que doit faire annoncer, à la date du 9 février 18/i7, Mgr. Kosconi, légat extraordinaire d'Ancône :

« Les acdamatioDB de joie par laquelle les habitaots de cette provioce ont honoré dans notre personne le représentant du Souverain, n^ont pas étouffé les gémissements des malbeoreux qui s'étaient laissé entraîner dans les troubles 4e Jèsi et Fiume Esino. C'est pour cela que notre cœur, plus ému de ces secrètes douleurs que de la joie publique, mêlait ses propres soupirs aux larmes de ces infortunés ; mais la clémence du Père du monde catholique fait davantage : notre gracieux et adoré monarque, Timmortel Pie IX, <:eltti que nous pouvons appeler P» IX lb Gband, plein

d'une compatissante mansuétude, a daigné accorder grâce entière et pardon. Non-seulement Sa Sainteté a exancé les Tœax de son délégat auprès de tous, mais au succès de nos prières rendues encore plus efficaces par la bonté du cœur et par Tappui de son Eminence le cardinal secrétaire-d'état, le Saint-Père a Toulu ajouter une faveur inespérée, celle d'étendre aux contumaces le bienfait de la grâce du pardon.

Organe et ministre d'une si haute clémencei au nom du SouYcrain, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

i^ Que tous ceux qui sont détenus pour avoir pris part aux troubles de Jési et de Fiume Esino, i l'occasion des sabsistances, soient rendus à la liberté ;

2» Que les contumaces inculpés pour le<« mêmes délits, suffisamment punis par les privations de leur vie errante, se remettent en paix et ne soient point recherchés ; que tous ces malheureux retournent au sein de leur fatniUe ; qu'ils gardent le souvenir des souffrances qui ont été la suite de leurs égarements ; qu'ils se défient à l'avenir des mauvais et perfides conseils ; qu'ils pensent enGn que si la clémence est touJQurs glorieuse pour le souyerain qui l'accorde, elle n'honore pas toujours celui qui la reçoit, car elle devient au contraire un sujet de honte pour celui qui se montre ingrat ou qui en abuse.

Ancône de nouveau déclaré port franc, les subsistances assurées, le calme et la pacification obtenus, des actes de justice énergiquement rendus, des actes de clémence sagement accordés, un échange sans bornes d'amour et de confiance entre bous et nos administrés, tels ont été en peu de jours les gages bien chers de nos sollicitudes et de la bonne intelligence commune.

Influeaee du cardinal Gizzi»

Je n'ai pas besoin de beaucoup d'efforts pour ramener Tattention du lecteur vers le cardinal Gizzi, car, depuis son entrée aux affaires, le Souverain Pontife, comme tout le monde le sait, ne prit

désormais aucune détermioatioii sans son avis, et , si absolu que soit on pape , ses actes , sans cesser d*être siens , sont plus ou moins ceux de son gouvernement. Ce fut le cardinal Gizzi qui , secondé puissamment par le cardinal Amat , fit échouer les partisans du statu quo dans la commission dont j'ai parié.

Rapide eonp d'œîl sur l'întérîear des Etati et le penoBuel de l'administratioB. — Dlv^rt aetet de Pie IX. — Ses Tisîtes dans Rome.

Que dirai-je maintenant de ce pontife adoré que tout le monde ne connaisse et n'ait dit avant moi? YoiJà ses écoles du soir qui prospèrent merveilleusement, et les jeunes gens de la classe ouvrière qu'il visite avec la douce synplicité d'un bon ami. Voilà les princes de tige royale et \^ ambassadeurs qui déposent à ses pieds leurs hommages et qui trouvent en lui une majesté non pareille. Sans provoquer Vombre d'un déplaisir, il renouvelle tout-à-coup le personnel de l'administration. Le cardinal Massimo, légat de Ravenne, est nommé à la préfecture des eaux et routes, vacante par la démission du cardinal Serafini. Le cardinal Amat , de saint Philippe, obtient le protectorat de la commune de

Saint-Laurent-des Champs , dans la légation d'Urbino et Pesaro. Le 21 septembre, Mgr. Lucciardi est nommé secrétaire de la congrégation des éyêques et réguliers; Mgr. Gonventatî, président de la Comarque; Mgr. Gorboli Bussi, substitut de la secrétairerie d'État; Mgr. Sorana, secrétaire de la congrégation consistoriale ; Mgr Peotini, président des archives ; Mgr. Ganella, clerc de la chambre près de la congrégation de la Révision ; Mgr, Yici, votant du tribunal de la signature de justice ; le P. Ventura, eiaminateur des évêques; Mgr. Bernard Zacchia, délégat apostolique delà cité et.de la province de Spolète, etc. Pie IX va créer cardinal celui qu'il appelait naguère à le remplacer sur le siège d'Imola, Mgr. Baluffi, etc., etc. On applaudit à ses choix comme on admire toutes ses actions et sa personne. L'amnistie porte ses fruits: la concorde se rétablit partout comme par enchantement.

Les villes de Nami et de Terni (16 1. de Rome) étaient depuis longtemps divisées par de funestes inimitiés que partageaient et entretenaient les autorités municipales; dans la soirée du 19 août, plusde mille habitants de Terni, précédés des deux corps de musique de la ville et de vingt prêtres , dont Tun portait la bannière pontificale en signe de

paix, armaient à Narni en criant : Paix ei amout oaxhMtams de tfarm, au nom de Pie IXl Ace» cris; tonte la ville se lève : on improvise des drapeaux, on se mêle^ on se presse les mains, on s'embrasse, on se rend sur la place de la ville, et là, à la clarté des flambeaux, présidés par lenr évéque, les habitants de Narni improvisent à leurs hôtes un immense banquet; et le nom de Pie IX est sans cesse répété au milieu des vivat.

Deux trastéverins en querelle allaient se précipiterFun sur l'autre, le couteau à la main. Un passant les aperçoit : « Comment, leur dit-il, vous battre ainsi et contrister le cœur du Pape! ., Allons, embrassez- vous , et viva Pio nono» — Il a raison, • disent les deux trastéverins, en se serrant la main comme deux amis.

Pie IX visite, le 29 septembre, l'hospice apostolique de Saint-Michel , dont il avait eu jadis la direction; il encourage les chefs d'atelier et leurs jeunes élèves; il monte sur le balcon do côté du Tibre pour donner de là sa bénédiction à la multitude qui encombre les quais ; touchants souvenirs! scène sublime ! Il forme une junte composée du gouverneur de Rome , directeur-général de la police, du trésorier général , du président des armes, du secrétaire de la sacra consulta, de deux prélats

substituts de ia secrétairerie d*État, et de M. Rusconi » son aumônier, à l'effet de lui présenter un projet : 1^ sur une meilleure division des matières et des attributions entre les différents bureaux de |[*administration publique; 2^ sur l'institution d*un conseil de ministres dans lequel seraient discutées toutes les matières dignes d*être prises en considérationdans chaque branche de radministration. Il visite avec un soin scrupuleux les établissements fondés par ses prédécesseurs, et en donnant des preuves de ses connaissances profondes en fait d*art, comme de son inépuisable charité, il assure Fayenir de ces établissements et les enrichit. Il visitera bientôt (30 novembre) les religieux du monastère de Saint- Bonaventure alla Polveriera, chez lesquels, en 1821, il avait reçu le scapulaire. il visite les campagnes des environs de Rome, et il porte partout la joie et le bonheur. Il visite, dans Rome, la mère Makrena Mieczyslawka, et proteste ainsi contre les atrocités de Nicolas. J'écrirai la vie et le martyre de cette femme héroïque...

Antoriiation des ohemîm de fer.

On me demande ce que devint la question des chemins de fer. La commission consultative , char-

gée d'examiner les divers projets relatifs à cette question» se composa des membres de la prélature romaine les plnsdistingnés à tous égards : Mgr Roberti, aaditeur-général de la chambre apostolique; Mgr Marini , alors gouTemear de Rome; Mgr Ântonelli, trésorier-général; Mgr Grassellini, doyen des dercs de la chambre, exerçant les fonctions de secrétaire; et le duc de Rignano. Le 7 novembre parât la notification officielle qui itutorisait les compagnies.

Pascal, etc., etc., 8ecrétaire-d*état de S. S. Pie IX, etc. Les réformes judiciaires et les améliorations d'économie publique exigent de longues et mûres réflexions : N. S. P. le Pape roulant cependant faire paraître quelque fruit de ses sollicitudes de ce jour (i) où parmi les pompes d'une auguste et solennelle cérémonie, se renouvelle dans le cœur de ses bien aimés sujets la joie de son exaltation au suprême pontificat, la commission chargée de préparer les règles fondamentales pour la concession des chemins de fer, vient avec la plos louable activité de terminer ses travaux.

Sur le rapport de cette commission. Sa Sainteté nous a ordonné de publier les résolutions suivantes :

ÂBTicLE PREioBii. Les llgues que le gouvernement pontifical considère comme les plus importantes et dont, pour ce motif, £1 autorise Texécution, sont : ^ celle qui, par la Tallée del Saeco conduit jusqu'à la frontière Napolitaine, près de Geprano, — celle qui joint Porto-d*Antio à Rome, — celle de Rome à Cività-Vecchia, — celle qui, de Rome, passant par les localités les plus populeuses de TOmbrie, telles que Foligno et la vallée de la rivière Potenza, conduit

(1) Frise de possession du siège apostolique dans la basili<Itte de Saint Jean-de-Latran.

é Ancône » et d'Aocône à Bolos^ne , en suivant le tracé de Tantique Toie Flaminia-Emilia. ^

Art. 2. La construction de cçfi nouvelles routes sera confiée à Hodustrie particulière des compagnies, représentées par des sujets pontificaux, lesquelles compagnies, pour être approuvées, devront présenter, en même temps que leur demande, — la description de la ligne ou des lignes qu'elles voudront entreprendre, - les informations artistiques et économiques qu^elies seront ft même de fournir snr ces lignes, — le délai du temps dans lequel elles s^oblige ront ft achever les éludes et ensuite les travaux s^ils sont approuvés, — pareillement le nombre d'années pour lequel elles demanderont à jouir de la concession, après que les travaux seront tcrmim^s. — Le cautionnement qui doit être fourni, avant de commcnoei' les études, comme garantie en faveur des propriétaires dont les terres seraient occupées ou souffriraient quelque dommage, et celui qui devra pareillement être fourni avant le cooaimencement des travaux, pour que le gouvernement ait la juste certitude qu'ils seront conduits à bonne fin ; -^ Texposé des moyens qu*on se pro* posera d'employer pour conduire l'entreprise, et cela principalement dans l'intérêt des sujets pontificaux, tant sous le rapport des capitaux que de Tentreprise elle-même.

Art« 3> Pour présenter les projets avec les pièces susindiquées, il est accordé un terme de trois mors à dater du jour de la présente notification, lequel terme pourra être prorogé à la demande des compagnies et pour de justes motifii.

Art. 4* La construction des lignes indiquées dans Particle 1*', une fois assurée, le gouvernement se réserve de prendre en juste considération d'autres lignes de communication avec les états voisins, alors qu'on en reconnaîtrait la nécessité ou Tulilité évidente pour l'Etat pontifical.

Art. 5. Il sera donné en récompense une médaille d'or de la valeur de mille écus (5,400 fr.)« d'après le jugement d'une commission d'art dont les membres seront exclus du concours, à celui qui aura indiqué le passage le plus facile et le moins dispendieux entre l'Ombrie et les Marches.

Nouvelle réponse à la fameuse question : Mastai^

che fat? Nouveile canse d'enthoosiasme pour les populations d'Italie et pour le monde.

Cet enthousiasme allait même, si je puis le dire, jusqu'à une sorte d*excès, et j'en donne la preuve. Une grande solennité avait lieu dans je ne sais quel établissement de Rome. De nombreux ouvriers y assistaient. On y fit Véloge de Pie IX comme partout, au milieu d'un concert d'applaudissements presque frénétiques. Là se trouvaient aussi quelques prêtres s'associant de toute leur âme à la joie uni*verselle, si ce n'est que l'un d'eux, enveloppé dans on large manteau, paraissait sérieux et un peu préoccupé. Les ouvriers s'en aperçurent, et jugeant aussitôt que l'inconnu, faute d'amour pour le Pape, voyait avec déplaisir ce qui se passait , ils fixèrent sur lui des yeux inquiets d'abord, puis menaçants ; c'est à peine si l'on eut le temps de prévenir une scène fâcheuse en leur apprenant que l'inconnu était Pie IX lui-même. La révolution qui s'ensuivit , je n'ai pas besoin d'en parler (1).

(4) Je ne garantis pa.s TauUieDticité de ce premier fait ; cependant on te raconte partout S*il fallait en croire la chronique courante et les récits d*une foule de biographes, Pie IX serait un vrai Rodolphe à la façon du héros des Mystères de Paris, colportant ses explorations anonymes de Téglise au carrefour, des palais aux tripots, le jour, la nuit, sans cesse ni Irève. Cest trop mentir aussi par amour ou par spteulation de librairie.

Le 11 novembre, ie peuple romain, pour fêter la prise de possession de Pie IX, eut la pensée d'offrir un grand dîner aux sujets pontificaux que la cir- <x)nstance avait attirés de toutes les provinces. Après le festin, qui se prolongea fort avant dans la soirée, les têtes s'échauffèrent. Le prince Borghèse donnait en même temps un bal à l'aristocratie romaine ; on fut persuadé que ce prince avait réuni bon nombre de personnes peu favorables au nouveau gouvernement ; là-dessus, des jeunes gens se portèrent sous les fenêtres du palais Borghèse , et bientôt le bruit des huées de la rue parvint jusque dans les salons et mit la société en déroute.

Du mot enthousiasme.

Enthousxamieei&Xxmmoiqm revient fort souvent sous ma plume. Si le vocabulaire en contenait un autre qui fût plus énergique , cet autre mot serait plus juste , et je Femployérais. J'invoque ici le témoignage des témoins oculaires , et je copie les inscriptions faites à Saint-Jean-de-Latran pour le Possesso du 8 novembre, en déclarant , moi aussi , que le style lapidaire n'a jamais rien produit de plus noble et de plus grand, et que l'amour et l'admiration populaires n'ont jamais eu des accents plus vigoureux et plus tendres.

Au portique de Sixte V.

Pio IX, Pont. Max.

NoBis. Et. Orbi. Gatholico. Ditinitys. Dato*

QuiCYlfQYE. InGREDIERIS

Christo. Dec. Salyatori

Immortales. Gratias. Agé

Idehq. Vota. Lybbns. Facito

Vti. Qyem. Illb. Hoc. Faysto. Feliciqye. oîb

PoifTIFICATYH. MaXIHYH. AySPICATYR PLYRIMOS. ANNOS. iNCOLYBfIS. GeRAT

Qtippe. iLLa Salyo. Salya. res. est Pax. fibma. et. Secvritas.

Au grand portail.

lYDi. Deus. Optoie. Maxime

QVM, TIBI. YOTA. ITYNCYPAMYS. PRO. FELICITATB

Pu. IX. P. M.

QVAIVDO. ECCLESIAE.GATHOLIC AB. DlTIONI. PONTIFICIAB

Pastorbm. Principem. Donayeris

QvEH. oaiifis. yita. anteacta

ma6nityd0.ani1ii. singylari.cleuentia. illy8trata

Mens. Alacritas. in. rb. pybliga. cyrAnda

Tanto. myneri. nynqyam. ihparbm. fore, spondbnt

Adbsto. Patbi. Amantissimo. Principe.

proyidentissimo

Un. Gbktbx. Romanah. nombn. Catholigvii

Te. auctore. plyriiios. annos

Tybatyr. Sbrybt. ahplificet.

A la même façade*

Pio. IX. P. M.

Solbmnem. ob. mehoriah. dedicatae. basiligae.

Laterani. hyiys

MATRIS. ECCLBfilARYM. OHNIYM. YBICYHQ. GbNTIYH

Pontificatys. syi. Possession^. Laetitia, et

BEATissmi. adspectys. majestate. aygbnti

Playdite. qyicvnq. adeste. ciyes. et. adyenab

Patrbh. Pastorbm. Principem

Qyem. sibi. diyinitys. oblatym. datymqye

Bbs. sacra, et. pyblica. labtata. est

AD. OPTIMAM. QVAMQVE. SPEM. EEECTA PACIS. et. SAECYLI. FELIGISSmi

SALYVM. 80SPITE1I. QTAIH. DITTISSIUE LAETI. LIBERTES. ADPAECAMIUI.

Le Jabîlé.

Il est d*usage qu*à l'occasion de sa prise de possession, le Pape accorde un jubilé. Le 9 novembre avait été publiée la lettre encyclique Quipluribus; le 22 du même mois parut la lettre apostolique indiquant un jubilé universel. Les bornes de cet opuscule ne me permettent pas de les reproduire; tout le monde les a lues. L'ouverture dujabilé se fit à Rome le deuxième dimanche de l'Avent, après une retraite générale commencée le 20 novembre. Le P. Ventura prêchait à Saint- André deila Valle pour les ordres religieux ; le cardinal Ferretli (Gabriel) pour le clergé séculier dans Tégiisc de Saint - Philippe de Kéri (1). Mgr. de Veys-

(i) Lq cardinal FerretU vient de remplacer le cardinal Giizi, que i^excès de travail et l'épuisement qui en est la suite réduisent momentanément à prendre du repos. G*e8t le cardinal Gabriel Ferretti, aujourd'hui ministre, et non le cardinal Jean-Marie Mastai Ferretti, aujourd'hui pape, qui donna lieu d'écrire au Journal de$ Débats la lettre suivante :

« En 1836, pétais è Naples, où {'al eu Thonneur decon- «t naître personnellement Mgr Ferretti qui y résidait alor^ « en qualité de nonce. Il a laissé dans cette ville des soave-

sière (1) apprécie avec la justesse dldées et la noblesse de style qui le caractérisent, le génie de ces deux orateurs. « La parole du prédicateur Théatin , écri- Tait-il de Rome le 23 novembre, rappelle Bourdaloue par la clarté de sa méthode, par la vigueur de sa logique, par la profonde connaissance des Pères et par Thenreuse application des textes nombreux qu'il leur emprunte. L'éloquence du cardinal Ferretti, non moins fortement nourrie de l'Écriture Sainte « se distingue par la chaleur de ses mouvements, par les élans soudains de l'âtee : c'est l'éloquence du missionnaire rehaussée par la science du docteur ; rien nesaurait exprimer l'effet saisissant de cette voix forte et sonore , tour à tour formidable et pa-

nirs qui ne peuvent s^eCTacer, surtout dans le cœur des pauyres. A IVpoque du choléra, il Tendît ses équipages, ses meubles et sa vaisselle pour eu distribuer le prix aux maibeureux atteints du fléau. Pendant tout le temps que dura Fépidémie, il ne cessa de porter aux malades, avec le secours de sa bourse, les consolations de la religion. Dans ses visites , on le voyait toujours à pied, et si on lui faisait à cet égard quelques observations, il répondait : Lorsque les pauvres de Jésui-Christ meurent sur le pavé y set minisiret ne doivent pas y rouler carrosse»., » (Ho(à I ) A ceUe charité si évangâique il joint une modestie et uue simplicité qui en rehaussent le prix. Son commerce est facile ot agréable, et ceux qui Pont connu ont toujours eu à se louer de son extrême bienveillance.» (i) Le DUtrio do 5 décembre, nous a appris que Sa Sainteté avait admià Mgr de Veyssière au nombre de se^ camériers secrets.

thétique, éclatant comme un tonnerre ou gémissant comme une tendre plainte sur cet immense audi* toire où se trouvent confondus , parmi de pauvres prêtres , toutes les grandeurs et toutes les illustrations de l'Eglise romaine. Les vénérables membres du sacré collège suivent presque tous avec une pieuse assiduité les exercices de cette retraite... Un exemple plus puissant et plus auguste encore doit ajouter aux fruits de grâce et de salut qu'elle produit. Pie ÏX» dont la vie tout entière peut servir de modèle au religieux le plus fervent, ira , lui aussi, porter les bénédictions et la bonne odeur de son angélique piété au milieu de cette sainte assemblée. Plus sont graves et nombreuses les sollicitudes de la mission que Dieu l'appelle à remplir, plus semblent s'accroître sa ferveur et sa foi. La prière est sa force : c'est par la sainteté qu'il tend à devenir un grand pape. . . >

Sîinple aperçu.

Je ne vois point de petits détails^ Chaque parole et chaque mouvement contiennent un sens considérable. L'Esprit de Dieu est là. Suivons au hasard les événements. L'exactitude, encore une fois, vaut bien la rhétorique.

On annonce, le 12 décembre 18^6, que le fléau des inondations ravage les États pontificaux, et que le Tibre débordé submerge la moitié de Rome: on annonce aussitôt que le Saint-Père a nommé une commission composée de personnes de tous les états pour ouvrir une souscription, et qu'il a souscrit le premier pour huit mille florins (!)..« •

Sachant combien était diflBcile, et dangereuse peut-être* la position de Mgr Marini, Pie IX le crée cardinal , selon Tusage , dans un consistoire public du 23 décembre, et nomme gouverneur de Rome, en sa'place, M^ Grasselini , qui venait de remplir avec succès une mission extraordinaire à Ancône, hélas!... et, malgré des appréhensions tropfondées, malgré les satires violentes qui circulent dans toutes les mains et qu'on a placardées à sa porte , l'élévation de Mgr Marini au cardinalat ne soulève aucun mouvement parmi le peuple (2). Il nomme à

(i) La commission de secours se composait de Mgrs Spada fl Arnaldî, de deux curés de Rome, des princes Borghèse et Doria, des ducs de Bracciano et Massimo, du commandenr Jacques-Pierre Campana, et de Mgr Dominique Valentini, en qualité de secrétaire.

(2) S. E. le cardinal Marini, est né à Rome, le 5 octobre

Voyez quelle chose étrange I deux années auparaYani, la nomination de Mgr Marini au poste de gouverneur de Rome ayait été accueillie avec des acclamations universelle».

la légation de Bologne le cardinal Amat^ en remplacement du cardinal Yanicelli, qui vient occuper à Rome la présidence du cadastre ; à la légation d'Urbino etPesaro le cardinal Ferretti, en remplacement du cardinal Délia Genga ; délégats : Mgr. Rusconi à Ancône, Mgr. Gonsolini à Perugia, Mgr. Blandia à Rietti, Mgr. Tiberi à Ascoli ; clerc de la chambre , Mgr. Belgrado ; prélat domestique et membre de la Consulte , Mgr. Sberretti , qui avait été son grandvicaire à Imola ; Mgr. Bruni aux mêmes titre et fonctions , etc. , etc. Les hommes sont faits pour les emplois, les emplois pour les hommes : voilà ce qu'on dit à Rome et dans toute Tltalie ; ce qu'il fait, il fallait qu'il le fît , et ne le pouvait mieux faire. C'est une réédification prudente et rapide, pacifique et complète, la splendeur de l'ordre dans la révolution.

Toutefois , ces grands travaux d'organisation ne lui font pas oublier un instant les détails, qui ont aussi leur très grande importance, et le roi des rois est le plus pieux des hommes.

Cette magique puissance d'exister sur tous les points à la fois, nous l'avons remarquée : je la constate de nouveau sans pouvoir en donner le secret.

Le Saint - Père chante la messe de minuit à Sainte-Marie Majeure sur les reliques de la crèche

du Sauveur (1) ; le lendemain , il célèbre la messe pontificale dans la basilique de Saint-Pierre... . A peine nommerez-vous une solennité rdigieuse où il n'ait point officié ou assisté, une bonne œuvre qn*il n'ait pas faite , pour ainsi dire , de ses propres mains, une obole donnée qui n'ait pas été

donnée par lui en personne

Dans le courant de la semaine qui précède le Carême, durant que la population de Rome se livre à ses plaisirs accoutumés, le Pape visite les établissements religieux et les principales basiliques : Saint- Jean-de-Latran et l'hôpital voisin ad Sancta Sanctaruaif où il encourage les religieux Crucifertei les^ sœurs hospitalières , et console les malades par de suayes paroles; le monastère des SS. Quattro Coranati, les religieuses de Sainte-Thérèse aux Qua tre -Fontaines, et le couvent des Barberini; Saintc- Marie-Majeure, l'oratoire de Caravita et le couvent des Ursulines; les dames du Sacré-Cœur dans le couvent de Sainte-Roffine, les religieuses de Salnt- Cosiroate, son célèbre établissement de Saint-}! ichel, Saint-Laurent tirt Damaso, le couvent de Saint- Urbain, le monastère des Paolottes et celui des religieuses connues sous le nom si austèrement ex-

(1) Léon XII élail In dpi*nier des Sonvtrains Pontifes qui Veut célébrée au même lieu en 1826.

pressif de SepoUe vive; Téglise de Saint-Apdimaire où Ton célébrait pour la deuxième fois depuis deux cents ans l'anniversaire séculaire de la manifestation d'une sainte image de la vierge' Afarie qui se conserve sous le portique; le monastère voisin de Campo MarzOfh basilique Yaticaneoùil suivit la procession des Quarante Heures, et la bibliothèque du Vatican» où son attention se fixa plus particulièrement sur la salle des archives secrètes despapes^ etc., eto. (1). D'autre part, et en même tempsj prenant à cœur la pure et prompte administration de la justice criminelle y il charge une commission de l'examen des lois et de la procédure ; et, le 1*' janvier, il prescrit

(f ) Une des plas chères occupations du Pontife suprême est de ifisiter les écoles. On avait écrit sur la porte d'une institution d*Âlbano :

Mi diede vita l^Evangelo, Garità mi nutre e regge, Pio NoNO roi protegge ; Favor triplice del Cielo* Rien n^écbappe à sa sollicitude, rien n'épuise sa charité. On n'admettait aux cours de TApoUînaire que les jeunes gens qui s'y présentaient en soutane et en manteau long : Pie IX a prescrit que tous les élèves y fussent admis sans distinction de costume.

Quelques ecclésiastiques séculiers avaient ouvert dans Rome un cours public de philosophie, mais le prix élevé des leçons ne les rendait accessibles qu'à un petit nombre de personnes, Pie IX a fait appeler un de ces prêtres : « Supprime^» lui a-l-il dit, touiç rétribution, c'est moi qui « vous paierlii.» Et désormais renseignement fut gratuit.

la réanion en un seul tribunal , celui del Govemo^ présidé par le gouverneur de Rome, des autres deux tribunaux, du Capitule et de VAuditorat de la chambre. Dans l'intérêt des provinces, il place leurs tribunaux sous la surveillance de la Sacrée consulte ^ et fournit à ce dernier tribunal les moyens de dresser périodiquement une statistique criminelle, élément indi^nsable pour prévenir les délits, en recberchapt leurs causes et en déterminant leur nombre,etc. ; il augmente le personnel de ces tribunaux et y place des magistrats distingués et int^res , tels que l'avocat Morandi , l'un des plus célèbres criminalistes des Etats pontificaux^ choisissant d'ailleurs de préférence; conmie candidats aux places vacantes, les sujets qui se sont le plus distingués au dernier concours de droit criminel dans l'Uaiversité romaine.

Un Sermon de Pie IX,

C'était le mercredi 13 janvier; c'était la clôture de l'octave de TÉpipbanie , et des exercices spiritnels qui ont lieu alors dans l'église de Saint- ^Bdré délia Valle. Un auditoire nombreux attendait autour de la chaire le P. Ventura, lorsqu'il se ût un mouvement extraordinaire : le Pape Pie IX

venait remplir la place du célèbre Théâtin. (Je trouve des renseignements ptéds sur cet acte mémorable dans le Diaro du 19 janvier.) « Pour éviter uo concours extraordinaire de peuple qui aurait pu donner lieu à de graves inconvénients, le Pape, ea simple équipage de ville, descendit à trois heures et demie à la porte do couvent de Saint- André delta Folle, où il fut reçu par le cardinal Patrizzi, et par le R. P. Ventura, à la tête de sa communauté. 11 traversa Téglise pour se rendre à la tribune sacrée, n'ayant pour ouvrir et protéger son passage que le profond respect, le dévouement et l'amour de son peuple. Nous n'essaierons pas de décrire le mouvement de surprise, le frémissement de douce joie qui courut sur toutes les lèvres, ni le sentimmit de ravissement et de plaisir qui se peignit sur tous les visages de cette nombreuse assemblée. A on signe de Sa Sainteté pour indiquer qu'elle voulait parler, il se fit un tel silence qu'à peine si parmi ces huit ou dix mille personnes agitées de sentiments si divers, quelqu'un osait respirer. La voix solennelle, en même temps que douce et pénétrante do Saint Père put retentir pleinement sous les voûtes de cette vaste église, et trouver un délicieux écho dans les cœurs.

« Dès que le souverain Pontife eut prononcé ces

— IZit —

suaves paroles : ^fes fils bien-aimés, miei amatùsmifigii^ cbacnn crul ressentir dans son cœur une impression de douceur ineffable, comme une rosée du ciel. Tous les yeux se remplirent de larmes. Rappelant les vives et respectueuses marques de vénération et de déTouement, les souhaits de bonheur que son peuple fidèle lui avait portés au palais du Quirinal, le premier jour de Tan, ayant annoncé sa bénédiction et invité le peuple à louer lei nom de Dieu par ces paroles : sit nomen Domini benedtctum, il avait entendu trente mille personnes répondre comme un seul homme : Oui) qu'il soit béni, à présent et toujours, ex hoc nunc et usque in secubtm. Ce cri unanmie avait été la preuve la plus douce à son cœur du respect et de Tamour du peuple romain pour le saint nom de Dieu ; il se plaignit cependant que, dans cette même Rome, centre et siège de la véritable religion, il se rencontrât des hommes, en petit nombre toutefois, qui profanent et outragent par le blasphème ce nom divin. Et ici, faisant voir en quelques paroles courtes, mais énergiques, Thorreur et le scandale d'un tel vice dans la bouche d*un chrétien, en même lemps que les châtiments qu'il attire sur les malheureux qui s'en rendent coupables. « Je votfs « donne mission s'écria-t-il, ô mes chers fils, de

« vous appliquer par tous les moyens qui sont en < Toire pouvoir^ à réprimer ce langage infernal, à a détruire ce vice dans la sainte cité (1). »

« A cette première exhortation 'de respecter Dieu de .qui tout pouvoir descend, et sa religion qoi est la première base de la félicité du peuple, il ajouta un autre avertissement contre le désordre des mœurs, etc. « qui , d'après les plaintes que je rett çois, dit-il, de beaucoup de pères de famille, tend t à multiplier de plus en plus ses ravages? i II flétrit du nom de démon de la Iwcure ce vice qui ruine les .âmes, moissonne d'innombrables existences, altère la santé publique, et porte le déshonneur, le désordre, la discorde au sein des familles, a Contre un pareil démon, dit-il^ Jésus « Christ notre Seigneur nous a laissé deux vertus « puissantes , le jeûne ou la mortification , et la « prière : hoc genus dœmoniorum m nuUo potest « ejïcif nisi m oratione et jejunio., . » Et Sa Sainteté.se tournant vers Jésus-Cbrist, pour lui recommander rÉglise, sa vigne choisie : « Visitez, Sei-

(1) C'est afin de détruire totalement, 8*il se peut, une pareille profanation, que Pie IX vient d'autoriser la création d'une confrérie nouvelle, confrérie i&levée dès sa naissance à la dignité d'archiconfrérie, enrichie, d'un grand nombre d'indulgences, et présidée par M. Parisis, évéque de Langres.

« gaeur, s'écria-t-il, visitez cette vigoe que votre « droite a plantée et que vous avez arrosée de vo- 0 tre précieux sang, visita vineam ùtam 'quam (• plamcant dextera tua. Mais hélas ! Seigneur, que « €6 ne soit pas une visite de justice pour punir les t ouvriers coupables, que ce soit une visite de mi- ' séricorde qui les convertisse et qui les sauve. » Pois il recommanda* à Dieu Rome et FÉtat, pour qu'il y maintienne la concorde; les familles, pour qu'il y fasse fleurir la foi et la piété; la jeunesse, pour qu'il la fasse briller des deux caractères qui la rendent chère à Dieu et aux hommes, la modestie et la docilité; les sentinelles d'Iraël, pour qu'elles veillent avec une ferme prudence à la garde des peuples; les pays désolés par l'erreur on l'incrédulité, pour qu'ils reviennent à la véritable religion. Enfin, demandant à Jésus-Christ d'éloigner les ennemis de rÉglise, de répandre la bénédiction et (a paa sur tout le monde entier, il termina en donnant à tout ce peuple ivre d'une sainte joie sa bénédictimi apostolique (1).

(1) Pie IX venait de perdre sa tante, la comtesse Mastai- MoscoDi, morte à Jési, le âO janvier, à soixante-dix-huit ans. — Ce sont des incidents que je menlionne sans a-pro pos plutôt que de les Oublier.

— iUU —

Hors de ritalîe.

Hors de l'Italie, le monde se ressentait de même de la bonté du nouveau pape. Nous savons quelle est sa pensée sur la Pologne. Les malheurs de l'Irlande ne l'ont pas moins ému. Après avoir dmmé une sonome de mille écus romains (5,400 fr.), Sa Sainteté ordonna qu'il fût célébré dans l'église Saint-André deUa Valle, pendant trois jours, da 24 au 27 janvier, un pieux exercice de prédication et de prières en faveur de cette héroïque nation(l).

(1) Le grand O^Connel se rendait dans la capitale du monde caitholique lorsqu'il fat arrêté par la mort. En apprenant ce malheur, le Souverain Pontife ressentit une affliction profonde et pleura.

L^oraison funèbre d*0*Gonnel pronon<S6e à Rome par Tiilustre Théatin Ventura est un chef-d'œuvre d'éloquence et une immense leçon.

La question de la liberté d'enseigoemeof, si fort agitée en France depuis quelques années, n'a pu nous occuper ici. Je sais bien ce que voudrait faire le Souverain Pontife, je ne sais ce qu'il pourra faire. 11 me suffira de citer ici l'opinion du cardinal Gizzi : « Les maximes du Saint-Siège en ma- « li^re religieuse, disait-il à un éminent prélat, soottou « jours les mêmes : ce que le Pape Grégoire XYI a approuvé « à cet égard, vous êtes sûr que Pie IX l'approuvera. Il n^ « a que les choses temporelles qui soient sujettes au chao- « gement ; dans celles-ci c'est la prudence et la connais- •« fiance particulière des faits et des lieux qui doit servir de < règle. — Le Saint-Siège ne peut guère donner une direc-

• tion aux évêques de France dans la question de la liberté

• d'enseignement , car alors TafTaire serait entre Rome et « le gouvernement français, et ce serait la rendre difficile»'

Elle envoya à Madrid, comme déliât apostolique, Mgr. Brunelli, secrétaire de la Propagande» pour renouer les négociations interrompues entre le Saint- Siège et le gouvernement espagnol, et conclure un concordat si vivement désiré et si désirable. Quelles actions de grâces ne lui rendit point notre chère et belle France, ponr avoir maintenu dans la misâon qa'il remjdit si noblement S. £. Mgr le nonce Fomari I

L'univers a montré qu'il sentait le don de Dieu... La Turquie elle-mémlB Ta montré en quelque sorte.

Le sultan Abdul-Mejid a chargé son âmbassadear près la cour d'Autriche, Ghekib-Effendi, qui se rendait à Vienne, de passer par Rome, et d'exprimer en son nom et de vive voix au Souverain Pontife ses félicitations les plus sincères, et sa profonde estime pour un souverain qui, dans ^espace ^ quelques mois, a su mériter l'admiration et les applaudissements de toutes les nations civilisées.

Dans la matinée du 16 février, Ghekib-£ffendi se rendit à la secrétairerie d'État pour y présenter ses lettres, et prier en même temps S. £. le cardinal Gizzi de demander au Saint-Père quel jour et à qoelle heure Sa Sainteté daignerait l'admettre en son auguste présence. Pie IX désigna la matinée 113' tir9i.—Tome 10. 1

du samedi suivant, 20 février. En conséquence, Ghekib-Effendi se transporta au jour et à Theare indiquée au palais du Quirinal, en voiture de grande cérémonie. Une foule immense de Romains et d'étrangers était accourue sur son passage, avide d'un spectacle si nouveau. C'est, en effet, le premier de ce genre que Thistoire ait eu à recueillir : c'est la première fois qu'un ambassadeur ottoman a reçu la mission spéciale d'aller complimenter un pontife romain. L'ambassade envoyée par Bajazet auprès d'Innocent YIII, en 1490, avait un autre but et un tout autre caractère : on sait qu'elle se rapportait seulement à la captivité de Zizime, frère du sultan, que les chevaliers de Jérusalem avaient fait prisonnier et remis entre les mains du Pape.

Le cortège de Ghekib-Effendi entra dans la grande cour du palais du QuirinaL Après avoir ensuite traversé les vastes salons de la demeure pontificale où se trouvaient rangés, dans toute leur splendeur, les dignitaires de la maison du Pape, Son Excellence fut introduite avec sa suite en présence de l'auguste Pontife. Pie IX était assis sur son trône. Ghekib-Effendi s'approcha, donnant toutes les marques du plus profond respect Ses deux bras étaient^ à l'orientale, croisés sur sa poitrine. II fit plusieurs salutations, dit la Gazette des Postes

d'Augsbourg; et, invité par l'oigne du cardinal Mezzofanti à prendre place sur le fauteuil qui lui était préparé, il adressa sa harangue à Sa Sainteté (1 )• Chaque fois qu*il prononçait le nom de Sa Sainteté, il inclinait profondément la tête; sa main gauche reposait immobile sur la garde de son magnifique cimeterre, tandis que sa droite accompagnait ses paroles de gestes aussi nobles qu'animés. A la fin de sa harangue, qui avait duré à peu près dix minutes, il se leva de son siège et remit son discours, traduit d'avance en italien, au R. P. abbé don Arsène Angiarakian, procureur-général des moines arméniens de Saint- Antoine, qui en fit aussitôt à haute voix la lecture (2).

Et nous, que sommes-nous? En témoignage de reconnaissance, du moins, qu'avons- nous produit, mes chers compatriotes?

Nous avons dit ceci :

« L'Italie espère aujourd'hui , et {:respérance agite le cœur de l'homme autant que le sentiment contraire. Elle est agitée. . .. Pourquoi .^ Un saint Pontife, qui joint à la piété d'un prêtre les lumières

(1) On sait que le cardinal Mezzofanti parle à peu près tontes les langues du monde (y compris les divers idiomes et dialectes], ce qui Ta fait appeler Pentecôte vivante.

(2) On dit que S. H. Abdul-MejidKan a décoré depuis de les ordres un prioce de rfiglise Romaine.

— iUS —

d'un prince éclairé, a formé ce projet si noble de conjurer les révolutions en accordant aux peuples la satisfaction de leurs justes besoins; il Ta entrepris. C'est une œuvre admirable que celle-là. Ce n*est pas la première fois qu'elle est tentée dans le monde. Les royautés ont plus d'une fi>is essayé de de conjurer les révolutions ; qu'est-ce qui les a em> pêchéesde réussir? La force leur a manqué. Le Saint Père, aujourd'hui, tente cette belle oeuvre. S'il pouvait réformer, non pas seulement l'État romain, mais par imitation, par contagion, entraîner les autres princes de l'Italie à réformer leurs États, oh ! il rendrait un bien grand service à l'humanité; il nous en rendrait à tous un bien grand ! Mais les royautés de la terre ont échoué à cette œuvre ; si la papauté y réussissait, ce serait un spectacle bien sublime... Oui, messieurs, il rendrait un grand service à l'hunumité; il ferait beaucoup de croyants. Mais que lui faut-il? Écoutez ce peuple italien, plein de tant d'intelligence et d'heureux instincts : naguère, suivant le Sah)t-Père dans les rues de Rome, il lui disait : Saint-Père^ courage, couragel £h bien, moi aussi, si la voix d'un faible individu, si une voix partie de la France, pouvait retentûr dans le cœur de ce noble pontife, je lui dirais, moi aussi: courage, Saint-Père, courage! »

C'est AL Thiers qui Ta dit.

De pftts, nous avons trouvé que le nom du pape Pie IX était une bonne chose , vu la disposition générale des esprits/pour défrayer nos allocutions d'en haut, d'en bas , et de toutes sortes. Nous l'avons mis à la mode comme nous faisons de Napoléon, et tour^-tour de chaquefantaisie de ce monde ; il a figuré dans nos feuilletons et presque sur les théâtres de nos boulevards; pour captiver leurs cléments électeurs, les affamés de députation ne Tont point épargné ; nous en usons à l'aise, inter pocula et scyphos , nous autres orateurs des banquets réformistes du Châteàu-Roi^e, de Landemau , de Qaimper-Gorentin et d'Orléans.

Voilà ce que nous avons dit encore :

La vie de Pie IX, conmie l'a faite M. Balleydier; je ne sais quelle autre Vie dont l'Univers voulut bien se moquer par excès d'indulgence; une ignoble petite brochure que je viens d'acheter au prix de 20 centimes sur les quais de Paris, et où se trouvent ces mots : Enfin nous avons un Pape qui a compris LUf,bsurdité du catholicisme et les dan • gers du jésuitisme ; les brumeuses félicitations de la Démocratie pacifique; etc., etc., voilà ce que nous avons écrit. Le Constitutionnel a daigné sorth* de sa taupière et tourner du côté de Rome ses yeux n{ -

gatifs : 3e suis content de vous, voilà ce qa*il a écrit à l'adresse du pape Pie IX, le ConstùutmneL Nous avons fait ced , qui est sérieux du moins : Le jour de la Purification, 2 février, le R. P. de Géramb, abbé procureur-général de la Trappe, a eu l'honneur de présenter à Sa Sainteté un cierge qui se distinguait, comme tous ceux qu'il a offerts au Pape Grégoire XVI, dans les années précédentes, par l'énornuté de son poids, avec l'inscription suivante :

Le Père Marie-Joseph de Géramb ,

Abbé, procureur-général de la Congrégation de

Notre-Dame-de-la-Trappe de Rome,

 l'occasion du retour de la fête

de la Purification de Marie ,

Offrant un cierge à Pie IX , ce pontife miracalea-

sèment élu,

Adresse au Seigneur la prière suivante :

Grand Dieul si les prières d'un pécheur

Comme le Père Géramb, pouvaient être exaucées,

Bénissez, protégez, conservez

Pie IX.

Rome, le 2 février 1847.

Voilà ce que nous sommes , voilà ce que nous avons produit, en attendant l'arrivée des Autrichiens

sur lesterrespontificales etlaquestiond'interventioa .

Je me trompe.

Dans une circonstance récente , à propos d'une conspiration terrible et soudainement éventée, dont tout le monde parmi nous s'entretient sans trop savoir à quoi s'en tenir, on a dit que les Autrichiens, croyant déjà le Pape assassiné avec ses plus chauds adhérents, envoyaient des troupes à Ferrare, signe certain d'une invasion complète et prochaine. Sur quoi, des pairs de France et des députés ont interpellé le ministère dans nos Chambres ; et M. Guizot, ' qui est calviniste, a répondu sérieusement par ces immenses paroles :

« Un souverain d'Italie , qui représente dans le monde l'idée de perpétuité et d'autorité, a compris la nécessité de faire des concessions au siècle et à l'esprit de progrès. C'est un des plus grands et des plus beaux spectacles qui aient été donnés au monde. On peut assurer qu'il saura défendre les principes d'ordre et d'autorité religieuse; mais en même temps, puisqu'il entreprend d'utiles réformes, ce serait une faute énorme de ne pas lé se* couder: au contraire, c'est le droit de tous les États européens, de tous les gouvernements, de porter leur appui à la tâche sublime que le Pape a entreprise. »

ÂspeUdj e lo vedrai.

ConelofioB.

En résumé, la Providence de Dieu sait tODJonrs bien ce qu'elle fait, et les hommes qui voient leurs combinaisons si constamment déjouées par «Ile depuis qu'il y a des hommes , devraient se croire ud peu moins infaillibles.

Parmi ceux qui sont appelés, soit par le hasard, soit autrement, à gouverner les nations, et dont l'esprit diplomatique se préoccupe des événements extérieurs comme du mouvement intérieur de leurs administrations respectives, quel est celui qui, ayant mission de nommer un successeur à Grégoire XYI, aurait nommé l'évéque dlmola? Et pourtant, qui oserait dire aujourd'hui que l'évéque dlmola ne. fût pas précisément et peut-être seulement le Pape dont le monde avait besoin? Le peuple, si l'expression m'est permise, devinait la pensée de Dieu : sans doute, mais c'eût été pour les sages qui conduisent le peuple un nouveau motif d'exclusion. En ces circonstances, le peuple ne se trompe pas, parce qu'il n'est pas habile.

Si jamais la société présenta les phénomènes qu'elle présente à l'heure qu'il est, s'il y eut jamais complication pareille des affaires publiques , je ne le pense pas. Cette complication ressemble fort à la confusion. En voulant trop construire , nous accu-

ffloloDS les ruines ; en mnltipliant les systèmes, non» tHons les principes ; nous créons autour de nous en plein jour tant de lumières factices, que le soleil même disparaît à nos yeux et que de tous cesfoyers assemblés résulte fatalement une obscurité inouïe. Tel est TindiTidualisme, notre grande plaie : individualisme chez les hommes pris collectivement et dansThomme pris à part; individualisme politique, religieux, universel. Où nous allons ainsi, un enfant le pressentirait.

Reste à voir si, par nos propres forces, nous pourrions sortir de cet état lamentable. Ici se révèle une tiiste vérité , c'est que Fénormité du mal doit nécessairement s'accroître en raison môme des effortsqne nous voudrions faire pour Téviter ; l'abîme appelle l'abîme. Une fois possédés de ce démon du sens individuel» nous ne saurions agir que par lui, et ce n'est pas lui qui nous aiderait à détruire, en l'anéantissant lui-même, le mal qu'A nous cause. Quand on s'est empoisonné, on ne prend pas da poison pour se guérir.

Il faut, avec la grâce de Dieu, une main puissante^ et sage qui nous relève et nous soutienne, une parole souveraine et douce qui nous instrnise, un reflet de la sagesse immuable qui nous éclaire et nous purifie, une autorité indiscutable et adorée qui

uous dirige et nous protège; il faut l'inter?eatioD de Tunité dans ce désordre*

Cherchez ces conditions où que ce soit : elles n'existent pas et ne peuvent se rencontrer sur b terre , à moins que Dieu n'y vienne ou oo représentant de Dieu. Or, ce représentant de Dieu est è Rome, depuis dix-huit siècles : qu'on le nomme Pierre, ou Grégoire VU, ou Innocent III, ou Pie Y, ou Léon XII, ou Pie IX, n'importe, il est là, per* pétuellement; et si, plus avisé que Leibnitz et tant d'autres grands hommes , il vous plaît de réduire au domaine purement spirituel sa divine suprématie, reconnaissez-la du moins à ce, titre, et soumettez-vous pour votre salut.

Mais il semblait à Ldbnitz et à d'autres que l'ordre spirituel ne pouvait être séparé totalement de l'ordre temporel , que d'intimes rapports les unissaient au contraire comme l'âme au corps, et de telle sorte, qu'en tout état de cause celuinsi fût subordonné pour l'action aux intérêts évidemment supérieurs de celuî-là. Il ne convenait pas, suivant eux, et il n'était pas même possible de réduire tout gouvernement humain au rôle d'une machine, ou, si l'on veut, à la force brutale. Ce sont des idées qui doivent animer les sociétés et leur imprimer un mouvement régulier. Plus les idées sont saines et

grandes , plus l'action devient sûre. Et quelle idée plus grande et plus saine que l'idée morale ! quelle idée plus morale que l'idée religieuse I Quelle est d'aifleurs l'idée saine et grande que celle-ci n'implique pas essentiellement? La dédaigner, c'est donc renoncer à la vie; c'est, de la part des chefs d'Etats, un crime de lèse-raison et de lèse-humanité.

Or, il devient assez clair que cette idée souveraine et salutaire émane d'une source unique et se personnifie dans le représentant de Dieu , auquel senl il a été dit : Ta foi ne défaillira points confirme tes frères dans la religion.

Pour surcroit de motifs , Leibnitz invoquait les textes de l'Écriture -Sainte, code éminemipent d'ordre spirituel, qui établissent les déVoirs des chefs d'Etats et la nature de leurs rapports avec les peuples; sur quoi il se demandait à qui donc est imposée la mission de faire observer aux uns et aux autres les obligations dont il s'agit (1).

Admettons pourtant que Leibnitz a raisonné comme un suisse d'hôtel^ et qu'il n'entendait rien du

tO le ne cite pas M. de Maistre, parce qu'il est convenu aujourd'hui chez une foule de gens qui le connaissent à Pcioe de nom, que ce prodigieux écrÎTain ou n'avait pas le sens commun ou n'était qu'un cerveau brûlé. — M. Quînet P^*^««.. pour un homme de génie.

reste à la haute politique ni à la religion.; le Pape ne sera, en sa qualité de Pape, qu'un mystique directeur de consciences. Mais le Pape, c^est d'afllenrs un souverain temporel , et , en ce qui concerne sa souveraineté, fondé du moins à connaître des choses de Tordre temporel; première observation. Ensuite, comme le remarque le même Leibnitz, le Pape se trouve être un souverain tout-à-fait exceptionnel, soit à cause de son âge qui est presque toujours avancé et qui suppose une précieuse expérience, soit à cause de la nature de ses Etats trop restreints pour inspirer la crainte, assez étendus pour lui laisser toute son indépendance, soit à cause des garanties que présente son élection faite par la plus auguste réunion d*hommes qu'on ait jamais vue, et avec le concours (illicite sans doute) des puissances temporelles, soit à cause de Tindéniable réalité de son influence vénérée sur toute la surface de l'univers, sans distinction de nations et presque de croyances, soit parce qu'en effet toutes les consciences lui sont instinctivement soumises.

Eb bien, cet homme, ce souverain, dans la position purement humaine que nous signalons ici, Leibnitz ne trouverait pas du tout déraisonnable que tous les souverains et tous les peuples le reconnussent comme juge suprême et arbitre de leurs destinées.

Que serait-ce si , aux prérogatives communes à tons les Papes, un Pape joignait des qualités particulières qui répondraient d'une manière à peu près miraculeuse aux nécessités de son époque ? Je ne crains point de démenti en disant que Pie IX est cet homme là. Malgré les vieux préjugés qui nous travaillent encore, nul doute que les chefs d'Etats, comme les peuples, n*en convinssent maintenant d'un avis unanime, catholiques, schismatiques , mahométans, juiËs et païens , sauf les réclamations tarées d'un Metternicli.

Voyez ce lâche brigandage : l'Autriche , empire immense flanqué de la Lombardie et de la Hongrie, r Autriche, au mépris de tous les traités, s'empare sournoisement d'une ville des Etats du Pape, et fait jouer aussitôt tous les ressorts de sa honteuse diplomatie pour implorer des puissances de l'Europe une grâce de non-intervention ; elle suscite au sein même de Rome des conspirateurs d'espèce inûme. Ces précautions prises, l'Autriche s'estime sûre de ^ proie et fait de féroces gentillesses.

Mais de toutes parts s'élève une protestation soiemielle, les rois promettent, le peuple prend les vmes ; malheur à qui troublera l'œuvre de Pie IX ! On n'avait pas vu ce spectacle , il est inouï dans t'histoire du monde : un peuple qui, spontanément,

se tigue avec soo souverain contre une aristocratie incorrigible; le peuple de Rome et des Etats pontificaux s'est ainsi montré. Son exemple a porté fraie d'un pôle à l'autre. En cas de guerre, Pie IX aura autant de soldats qu'il y a d'hommes vivants... Le roi de Naples ne l'ignore plus aujourd'hui.

Que demandait-il à l'Autriche ? des fusils contre ses sujets. Pie IX a fait un signe , l'Autriche reste immobile. Massacrer le peuple, ce n'est pas l'anéantir, au contraire , rien n'est fécond comme le sang du juste. Sanguis martyrum semen Christianorum, a dit TertuUien; et sans violenter le sens outre mesure , on peut traduire ces paroles ainsi qu'il suit : Plus vous assassinez les citoyens, plus vous les multipliez ; leur sang monte autour de vous, vous en avez jusqu'aux lèvres, il monte, il monte encore, prenez garde...

Il y a du reste un juge à Rome.

On rapporte que Pie IX écrivait dernièrement au roi en question : Cédez volontiers maintenant, et vous aurez du moins le mérite apparent d'une concession ; plus tard^ soyez-en sûr, vous céderiez malgré vous.

 côté du roi de Naples, les principicules de Lucques, de Mpdène, de tel autre recoin de l'Italie, et leurs imbéciles résistances; ces royales gens ne

feulent pas da jour qoi leur emplit les yeux, et s'imaginent , en face même de Pie IX et de h yo* loDté de l'univers, qu'empereurs et rois pèsent quelque chose aujourd'hui contre un pape dans la balance des destinées humaines ; vertige! ineptie! entêtement misérable!

Et cependant la Russie demande, genoux en terre, que la cour de Rome daigne recevoir d'elle un ambassadeur sérieux; Torgueilleuse Angleterre, après avoir inutilement épuisé toutes les ressources de son génie cauteleux, parait disposée à tous les sacrifices poar obtenir, en ce qoi la touche, le même honneur; tout-à-coup j'apprends cette noaTelle : l'Autriche , la vaste et lâche puissance d'Autriche, incline son aigle à double face ; quelque chose s'est passé; Pie IX a dit un mot : Ferrare est évacué. — Ferrare le sera du moins.

La France^ notre belle et valeureuse France formera, si Pie IX le veut, l'avant-garde des troupes pontificales.

Ne parlez pas des dissidences d'opinions; toutes les opinions ici n'en font qu'une ; il n'y a plus ici d'hérétîqnes et de païens, une même foi règne partent Ceux qui récusent encore Pie IX comme chef de la religion , l'invoquent et le suivent comme le père de la civilisation dumpnde, le sage, Pater pa-

trum (1), le prudent et le fort, Thomme juste, rhomme de Dieu et du peuple.

Quel pas nous avons fait! Il y a deux ans, Grégoire VU semblait un être impossible et révoltant , et presque un Mythe, à beaucoup de raisonneurs; Pie IX, avec les modifications voulues par les temps et lés circonstances, poursuit pacifiquement Tœuvre incommensurable de ce grand homme , et nul ne s'étonne ; le monde est dans les mains d*un pape, et s*en glorifie, et , devant Pie IX , les passions se taisent, l'orgueil, les intérêts, les événements, de quelque nature qu'ils soient; d'un bout du globe h l'autre, des palais aux chaumières, depuis les vieillards jusqu'aux petits enfants, une seule chose fait l'objet des entretiens et des préoccupations les plas chères de chaque jour : Pie IX.

En vain chercherais-je un homme , si chéri et vénéré qu'on le suppose, dont la calomnie n'ait pas efileuré l'existence ; sur celui-là , un seul mot n'a pas été dit qui n'exprime l'estime et l'admiration. Un homme qui tient à son honneur n'oserait douter tout haut de Pie IX.

Les Autrichiens de Vienne, et ceux de Paris, s'il

(1) Papa^ abrégé de pater palrum. (Yves de Charlrei» Isidore et Papias.)

en existe, vont crier à l'exagération : c'est leur métier; cependant, qu'âne voix s'élève du côté de Rome, Aspetta, e lo vedrai.

On a, comme de raison, on a accusé les Jésuites de ne pas aimer Pie IX et de conspirer contre lui, si bien même qu'au dire de leurs ingénieux et sincères ennemis, ces religieux auraient fait réciter des prières en Sardaigne pour la conversion du Pape. L'invention est channante; et c'est pourquoi sans doute on l'a renouvelée contre MM. Affre et Fayet, à propos de mandements publiés par ces deux éminents prélats, dans le but de recommander aux prières des fidèles le succès de ses admirables desseins. Il m'est impossible de ne pas citer ici une lettre que le P. Roothan vient d'écrire au rédacteur du Courrier Français :

Rome, le 14 septembre lë47.

• Monsieur,

< Votre numéro du 27 août contient une lettre (mnyme, datée de Rome , dans laquelle je lis les passages suivants :

« Le parti jésuite-rétrograde est en complot per- « manent contre Pie IX

« La Sardaigne paraît soutenir Pie IX; mais le « parti jésuite est puissant en Piémont

« On est convaincu que le parti austro-jésuite

« fait .tous ses efforts pour déterminer la chute da « cardinal Eerretti »

« Malgré la répugnance que j'éprouve à saisir le public de mes justes griefs contre une malveillance obstinée , il m'est impossible , Monsieur, de laisser accréditer sans réclamation des all^ations qui seraient très graves si elles n'étaient dénuées de fondement.

a J'ignore absolument, Monsieur, ce que votre correspondant a voulu dire en parlant d'un parti jésuite s d*un parti jésuite-rétrograde , d*un parti austro-jésuite, qui se serait formé, soit à Rome, soit dans le Piémont. Les vrais Jésuites, c'est-à-dire les membres de la Compagnie de Jésus, ne sont nulle part des hommes de parti. Notre compare est un ordre religieux solennellement approuvé par l'Eglise ; son but unique est celui exprimé dans son institut, la gloire de Dieu et le salut des âmes ; ses moyens sont la pratique des conseils évangéliqnes et le zèle dont les apôtres et les hommes apostoliques de tous les siècles lui ont donné l'exemple ; elle n'en connaît point d'autres. La politique lui est étrangère ; elle n'a jamais lié son sort à un parti, quel qu'il puisse être. Sa mission est plus grande et au-dessus de tous les partis. Fille soumise de l'Eglise, eUe est à son service partout où elle veut

l'employer. La calomnie peut bien se complaire à répandre des insinuations perfides et à représenter les Jésuites mêlés aux intrigues politiques, mais j'en suis encore à attendre qu'on me signale un seul des religieux qui me sont subordonnés, qui se soit écarté sur ce point de l'esprit et des prescriptions les plus formelles de notre institut

« Je ne conçois donc pas, monsieur le rédacteur, ce que votre correspondant a voulu dire par un parti auêtro-jésutte.

« Aurait-on prétendu insinuer que les Jésuites des Etats romains ont fait alliance aVec l'Autriche ? Certes, c'est donner à ces religieux une singulière importance ! Mais cette supposition est tellement contraire au bon sens, à la raison, à l'évidence, qu'elle se refuse à toute réfutation.

« Aurait-on voulu faire croire que les Jésuites sont inféodés au gouvernement autrichien, et que la forme de ce gouvernement est la seule que les Jésuites entourent de leur sympathie? C'est, monsieur le rédacteur, me fournir l'occasion d'expli- ' quer, une fois pour toutes , quelle est la position que la Compagnie de Jésus a prise et qu'elle tient à conserver vis-à-vis de tous les gouvernements soas lesquels ses membres sont appelés à vivre. • Gomme l'Eglise , la Compagnie de Jésus n'a

poar les constitutions politiques des divers Etats ni antipathie, ni prédilection. Ses membres acceptent avec sincérité la forme du gouvernement sous lequel la Providence marque leur place, soit qu'an pouvoir ami les encourage , soit qu'il se borne à respecter en eux les droits qu'il reconnaît aux autres citoyens.

« Si les institutions politiques du pays qu'ils habitent sont défectueuses , ils en supportent les défauts; si elles se perfectionnent, ils applaudissent à leurs améliorations; si elles proclament pour les peuples de nouveaux droits, ils en revendiquent pour eux-mêmes le bénéfice ; si elles élargissent les voies de la liberté, ils en profitent pour donner pins d'extension aux œuvres de la bienfaisance et du zèle. Partout ils fléchissent sous le niveau des lois; ils respectent les pouvoirs publics ; ils prennent tous les sentiments des bons et loyaux citoyens; ils en partagent les charges , les épreuves et les jouissances. C'est, Monsieur, qu'aux .yeux des Jésuites un suprême intérêt domine tous les autres : la félicité des hommes dans une vie meilleure et plus durable. Partout où ce but peut être atteint, les Jésuites s'acclimatent sans répugnance et sans peine.

« Voilà , monsieur la rédacteur, quels sont les principes des Jésuites par rapport aux gouverne-

ments et à leurs diverses constitoti<Mis politiques. Voilà quelle est la ligne de conduite qu'ils se sont tracée et dont ils espèrent ne s'écarter jamais.

« Mais , à l'égard du chef suprême de TËglise , les Jésuites se croient liés par des obligations beauconp plus rigoureuses. Ils croient lui devoir une part beaucoup plus large dans leurs affections et dans leur dévouement. A leurs yeux, le souverain Pontife n'est pas seulement un prince temporel auqnel ils doivent la soumission et le respect : il est pour eux un Père et le représentant de Jésus- Christ  ce titre, il reçoit des Jésuites des témoinpages tout particuliers de vénération. Tons les actes qui émanent de son autorité sont accueillis par eux avec amour. Les dispositions qu'il croit devoir prendre pour l'administration de ses Etats, ils les approuvent et les défendent; ses avis sont pour eux des ordres ; et leur plus grand malheur serait de contrister son cœur paternel.

« Je repousse donc , de toute Ténergie de mon âme, monsieur le rédacteur, et en mon nom et au nom de l'ordre tout entier qui m'a nommé son chef, la calomnie à laquelle vous avez ouvert les colonnes de votre journal. Il est aussi contraire à la vérité qu'à la notoriété publique, que les Jésuites soient en état de complot permanent contre l'au-

guste Pondfe que TuniTers entier salue de ses acclamations. Aimer, vénérer, bénir, défendre le Pape Pie IX, lui obéir en toutes choses, applaudir aux sages réformes et aux améliorations qu'il loi plaira d'introduire, est pour tous les Jésuites un devoir de conscience et de justice qu'il leur sera toujours doux de remplir. Ce devoir commun à toai les sujets des Etats romains ^ sera d'autant plus facile à remplir, que le saint Pontife assis aujourd'hui sur la chaire de saint Pierre, joint au caractère sacré dont il est revêtu , toutes les vertus que l'Eglise honore, toutes les grandes qualités que le monde admire. Ce sera de plus, pour les Jésuites en particulier, un devoir de reconnaissance, puisque dès le jour où Pie IX a ceint la triple couronne, il n'a cessé de donner à la Compagnie de Jésus des gages de sa bienveillante et paternelle aflfection.

« Je vous prie d'agréer l'assurance de tous mes sentiments.

« ROOTHAAN ,

« Général de la Compagnie de Jésus. >

Après les Jésuites, c'est le clergé en masse et l'épiscopat français surtout que l'on accuse de méconnaître Pie IX; et, aux grands applaudissements de toute la France catholique , M. Sibouf, évêque de Digne, écrit au R. P, Ventura: c. Le Ciel a parlé.

La miraculeuse élection de Pie IX a fait monter sur la chaire éternelle le Moïse des temps nouTeaux, le ministre de Tœuvre divine, qu'on se tromperait en prenant unîqaement pour une œuvre nationale. Les premiers actes de l'immortel Pontife ont fait tressaillir Rome, l'Italie et le monde. La sphère de ses réformes salutaires est étroite sans doute ; elle semble n'avoir pour théâtre qu'un petit état, pour objet que d'accorder une juste satisfaction à de légitimes besoins, pour but que de concilier à la souveraineté temporelle des Pontifes le cœur de quelques millions de sujets, et, en lui donnant ainsi un solide appui sur le sol même où elle est établie, de l'affranchir à jamais de la plus dure et de la plus humiliante des tutelles, celle de l'étranger. Mais par-delà ces vues et ces réformes locales^ il y a les principes qui ne le sont pas, comme par-delà le souverain dans Pie IX il y a le représentant de Dieu, le Père de cette grande famille humaine répandue dans le monde entier et qui écoute sa voix avec amour et obéissance..* Oui, il faut que désormais on ne puisse pins, dans les âmes/semer entre la religion et la liberté des divisions funestes à l'une et à l'autre. Il faut qu'on sache que les peuples, comme les individus, grandissent, que les conditions de la vie et delà prospérité des nations changent selon leur âge

etqoll y a une émancipation légitime que la religion sait bénir et consacrer... Gloire à l'immortel Pontife qui, du baut de ce trône auguste où il est assis, a su lire dans les cieux le décret divin et a donné le signal sans hésitation I Gloire au peuple romain qui jusqu'ici s'est montré si digne d'être le fils aîné de l'émancipation italienne! C'est autrefois du haut du Gapitole que sortit tout armée, pour la conquête et aussi l'oppression du monde» la liberté païenne; c'est du Vatican que la liberté chrétienne sort aujourd'hui.. U faut que les rares contradicteurs de Pie IX sachent que le monde entier est contre eux, que l'opinion publique, partout où elle se peut exprimer librement, les condamne, que la France , en particulier , sans distinction de partis, applaudit... , que l'épiscopat français n'a jamais été plus unanime dans son dévoûment. . . Une entreprise sainte, une nouvelle croisade commence; on Ta compris, et de toutes parts les enfants de l'Église sv tournent avec amour vers le Père commun, prêts à le seconder de toutes les manières. 4

C'est ainsi que le clei^é français conspire contre Pie IX i c'est ainsi qu'il fait des prières avec les Jésuites pour la conversion de Pie IX. Les JuiDs même, et la chose mérite qu'on y prenne garde , le» Juifs conspirent tout aussi singulièrement ; les Joif^^

prient pour N. S. P. le Pape Pie IX ! Le 28 août 18/i7, jour de sa prise de possession de la chaire de la Vieille- Alliance, le nouveau grand-rabbin Rabbi Israël Katzan (1) avait composé la prière suivante qui fut récitée alors dans la synagogue :

« Tu es le Seigneur des armées, ô Dieu I la verge de la force t'appartient.

« Tu as élevé Tauteurdesbonnesœuvres, tu nous as donné un roi qui te ressemble.

« Qui est-ce qui ne voit pas que la lumière est venue, et que la liberté a briUé pour ceux qui étaient dansTeschvage?

« Dans Rome, maîtresse des Gentils, le Seigneur est loué publiquement; les louanges du Seigneur sont aux portes de Rome.

« L'espoir d'Israël n'est ni djms la lance ni dans le bondier, il est dans la volonté de Jéhova.

« Naguère encore, Israël était un oiseau qui ne savait où poser son pied, et voilà qu'une branche s*est trouvée pour son repos.

a O collines de Tltalie, réjouissez-vous I la piété et la Justice se sont donné un baiser.

« Les enfants d'Israël combattront dans tes rangs, ô Italie! ils seront en sentinelles sur tes remparts.

f Qu'on le raconte dans les îles lointaines; que les œuvres du roi juste soient connues.

(i) Depuis la mort du dernier i^rand-rabbiD Rabbi Beher. arrifée il y a douze ans, les Juifs du Ghetto n^ayaient pu lui choisir un successeur. — Le nouveau rabbin, né à Jérusaiem et appelé des bords du lac de Génésareth, jouit d*une Snade ràiutation de sainteté et de savoir talmudique.

(DailyNw.)

« Il a ouifert la porte de la prison ; sa main s'étend jusqu'au bas peuple.

« 11 a maintenu la balance en équilibre; puisse son pays avoir de l'or et du blé !

« Car la raison vient de toi, ô Seigneur ! et toi seul peux dissiper Terreur. »

Écoutez les protestants.

Dans un meeting du l/i octobre ^ à Belfast, M. Grimshare s'est exprimé ainsi :

« J'ai à vous proposer un toast qu'en ma qualité de boa protestant je tremble Traiment d'articuler ; mais mon opinion est que partout où se trouve un homme ami des lumières et désireux de régénérer le monde, cet bomme-là mérite tous les bommages : donc, à Pie IX et au succès de ses tfibrls pour la cause de la liberté humaine I »

Le Révérend docteur Montgommery, membre du clergé presbytérien, a répondu :

<c II n*e8t pas de toast auquel je puisse me rallier avec plus

de plaisir et d'empressement Je crois fermement que le

Pape sera le régénérateur de l'Europe Je pense ne pas

manquer à mon devoir en répondant au toast proposé. »

Il y eut des applaudissements unanin^es dans l'assemblée.

Encore une fois , le rôle que Pie IX doit jouer dans l'histoire du xix" siècle sera grand : il l'est déjà, son nom doit être béni dans l'avenir, qui recueillera longtemps le fruit de ses œuvres. Un artiste français l'a représenté dernièrement conduit d'on côté par le Sauveur des hommes qui lui tient la

main et le dirige sans précipitation en avant, et suivi de Tautre côté par an enfant du peuple dont le Saint-Père» sous rimpressioa des conseils divins^ retient un peu la fougue généreuse. Cette lithographie accuse une grande justesse de conception chez son auteur.

Je termine par une citation d'un journal de Pise sur ]*abbé Gioberti, ce publiciste distingué que ses compatriotes ont appelé» non sans raison» le Pascal de ritalie» et à cause de son génie et pour quelques raisons plus fâcheuses (1).

Jugeant le Principato morale e civile degli Ita- Uanif le journal ïltalia s'exprime ainsi :

DE L'nNlTÉ ITALIENNE SELON GIOBERTI.

t Le principe de l'unité italienne n'était point inscrit sur les bannières libérales de 1821. Il fut pour la première fois remis en honneur par la Jeune

(1) La carrière de cet illustre prêtre n'a pas élé exempte des Tîclssitudes que le génie subit toujours ici-bas. Honoré d'abord deTintime confiance du roi de Sardaigne, il se rit condamner, par suite des plus méprisables dénonciations, à vivre quelque temps sous tes murs de la forteresse de Fe« nestrelle ; depuis Tavènement de Pie IX, sa position changea de Douveau. Après le nom de Tiromortei Pontife, celui de Oobierti est, dans toute Tltalie, le nom le plus populaire et le plus aimé. — On regarde comme une chose fâcheuse que l'abbé Gioberti ait publié sous ce titré : Le Jésuite moderne, nn ouvrage peu digne de sa haute conscience et d« son talent.

Italie, qui en fit un article de foi pour ses aflMés. Mais la tentative de la Jeune-Italie ne réussit pas, et le programme qui avait servi de base à l'association secrète ne resta gravé que dans le cœur d*an bien petit nombre d'hommes. Dans ce progranune, le principe unitaire était associé au principe démocratique; et cette alliance fut ce qui l'empêcha de triompher; alors se produisit la pensée de créer un seul royaume italien, monarchique et constitationnel.

t On en était là , lorsque Gioberti parut et vint donner à la doctrine unitaire une direction aussi nouvelle qu'inattendue. Il montra que le principe générateur de l'unité devait ressortir pour chaque nation de la réalité vivante et concrète; que, pour l'Italie , ce principe générateur se trouvait dans la papauté; que si depuis tant de siècles les efforts d'union n'avaient, pas réussi , c'est que contre l'Italie papale s'était toujours élevée une Italie impériale» qui tendait à ôter au chef spirituel de la chrétienté l'indépendance nécessaire pour l'exercice du ministère apostolique; que la nécessité de conserver cette indépendance, dans l'intérêt même de la civilisation générale , avait déterminé l'opposition des papes à tous les efforts d'union tentés en dehors d'eux; mais que l'unité italienne aurait au

contraire dans les papes ses plus zélés, ses plus sincères promoteurs, lorsqu'elle serait inaugurée sous leurs auspices.

« A cet effet , Gioberti proposa que le Pape fût reconnu comme chef politique de la nation italienne, non pas en lui rendant la dictature du moyenâge inconciliable avec ladvilisaiion actuelle; non pas en dépouillant les princes italiens de leurs droits de souveraineté pour les transférer au Pape , mais en faisant de Rome un grand centre moral , vers lequel ccmvei^eassent les affections et les intérêts des princes et des peuples.

« L'objection la plus générale qui s'éleva contre cette doctrine, fut qu'il était impossible que Rome, tombée si bas sous Grégoire JliFf, pût tout-à-coup Be relever et prendre l'initiative du mouvement politique. On oubliait que Gioberti avait parlé non pas de Rome telle qu'elle était, mais de Rome telle qu'elle devrait être (1).

« Msûs, en dehors même de cette incrédulité si générale, la doctrine de Gioberti vit s'élever contre elle deux écoles, celle des jansénistes et celle des

(1) Il est bien entendu qne je cite ces dernières paroles pour De pas tronquer le texte, mais sans y adhérer aucnnenient Je persiste à croire que bien des gens, même parmi lesplus honnêtes, n'ont pas apprécié Grégoire XVI à sa juste ▼aleor.

centralistes. Les premiers, dédaignant pour le Pape toute magistrature civile, déclaraient la doctrine de Gioberti contraire à Tessence du christiaiiisme, à l'esprit de la civilisation moderne, et bonne à renvoyer aaz temps les plus obscurs du moyen-âge. Les seconds , ne pouvant se figurer que l'unité pût eiister sans un centre politique unique, tel que Londres ou Paris^ repoussaient la doctrine de Gioberti, parce qu'au tort signalé par les jansénistes, elle joignait celui de laisser subsister un graid nombre d'Ëtats indépendants en Italie. La discussion commençait à devenir très vive, lorsque Pie IX fut élevé au pontificat

a Avant ce grand jour, Tétat déplorable du gouvernement temporel de l'Eglise semblait annoncer que ce gouvernement touchait à l'heure de son agonie. D'un autre côté , l'obstination des gouvernements italiens à comprimer toute manifestation régulière de l'opinion pubhque, autorisait à croire qu'il n'y avait pour nous d'autre espoir que dans les révolutions violentes. En sorte que toutes les circonstances du moment semblaient favorables à l'opposition àesjansénistes et des centralistes contre Gioberti.

« Tout changea par l'exaltation de Pie IX. Le nouveau Pontife excita l'enthousiasme de son peu-

pie par l'acte immortel de l'amnistie (i). U donna qb grand exemple aux princes italiens en entrant franchement dans la voie des réformes. Dès lors, le goaTemement pontifical se releva , en ayant pour base l'amour du peuple; dès lors, on vit paraître des princes réformateurs, qui secondèrent le mouvement de la vie nationale italienne. C'est ainsi que des questions qui avaient pu être controversées jusque-là, se trouvèrent résolues en fait. Certes, on pourra encore discuter théoriquement si l'Eglise doit on non avoir un gouvernement temporel ; mais, en réalité, qui pourrait songer aujourd'hui à élever une bannière italienne sur laquelle ne fût pas ins-

(OLe 29 septembre, le petit Jean Sbrighi, fils du docteur Geoiii^e Sbrigbi, récitait au milieu d'une fête célébrée en TboDoeur de Pie IX le sonnet suivant :

Ail* annunzio di pace il nono Pio Serenô il fronte : ne adorô il consiglio — E, non temendo al trono onta o periglio. In questi accenti il sacrb labbro aprio.

« Corne al soglio di Fier cbiamommi Iddio « Di lagrime paterne umido il ciglio « Cercai de* ôgli in carcere...— in esilio...— fl A questo sene ridurli ebbi desio.

« Dell'arp^dVo dai celesti M suono

• Fia sveglio....— del riscatto suonô l'ora.-— '

> Angiol ministrô del divin perdono.»

Partie sempre col gardo a Lui rivolto, Chè brillar ridi al Re che il mondo onora Santa beltà del paradiso in volto.

crit le nom de Pie IX ? Sans doute on pourra encore rechercher ce qu*il y aurait à faire pour mettre le gouvernement temporel du Pape entièrement en harmonie ayec les exigences de notre civilisation ; on pourra disserter sur la question de savoir si la centralisation est une condition indispensable d'ànité. Mais lorsque les divers princes italiens se montrent disposés à s'associer au mouvement national , qui oserait, dans l'intérêt d'une idée systématique, exclure l'un ou l'autre, ou bien armer l'on contre l'autre?

« Le principe unitaire proposé par Gioberti est donc , en fait , le seul aujourd'hui pratiquement adoptable; et ceux mêmes qui pourraiient conserver quelques doutes sur sa valeur intrinsèque, devraient encore s'y rallier au point de vue politique. Point de milieu. Il faut aujourd'hui, ou s'isoler du mouvement général , en se condamnant à une négation stérile; ou bien il faut concourir au développement de la nationalité italienne , en se plaçant sous le^ auspices du Pape. Les adversaires mêmes de la doctrine de Gioberti, que nous avons fait connaître, peuvent cependant, sans trahir leur conscience, se rattachera l'idée qu'il a le premier mise en avant; parce que , en ne regardant même cette idée que comme une transition, elle est encore la seule voie

par laquelle jansénistes et centralistes poissent arriver à la réalisation de leur propre système... .

f Nous devons d'ailleurs être persuadés que le mouvement actuel de Fltalie n*a de précédent dans l'histoire d'aucune nation. C'est se créer des diflScollés gratuites que de chercher dans l'histoire des autres peuples des règles applicables à notre propre restauration* Certes, nous devons viser à l'unité nationale; mais n'y a-t-il pas d'autres moyens de constituer cette unité que ceux qui ont servi à constituer l'unité de la France, de l'Angleterre, de rE$pagne?Sonmies-nous dans les mêmes conditions où ces peuples se trouvèrent à leur origine? Pouvons-nous nous agglomérer à l'aide des moyens artificiels ou violents dont ils ont fait usage ? La constitution de l'unité italienne est la première dans Tordre politique que nous voyons s'effectuer ^ l'aide des mêmes moyens qai, dans l'ordre mo- ^1 ont créé la fraternité rhénane : c'est par une cohésion spontanée de tous autour d'un centre commun. Le succès dépend donc, avant tout, d'un travail de conciliation, et ce système d'union, le meilleur, est évidemment celui qui, pour se réaliser, ^ge le moins d'élimination (1). »

(t) Voir la Pretiê du 20 leptembre 1847.

Nous conclaerons enfin, — car les éyènemeais se pressent ; je n'ai pu qu'effleurer mon sujet; devant ce qu'il fallait dire, ce que j'ai dit n'est rien ou presque rien. Le temps que j'ai mis à faire cette notice a vu naître plus de grandes œuvres qu'elle ne contient de mots; demain je serai en arrière d'un siècle; force m'est bien de subir la nécessité et d'imposer silence à mes réflexions et à mon cœur. — Nous concluerons enfin^, avec le colonel Ârmandi, l'une des plus intéressantes victimes des événements de 1831:

• Puissent les généreuses intentions du souverain Pontife obtenir faveur auprès de l'arbitre sufH-ême des rois et des nations ! Puissions-nous nous pénétrer de toute la reconnaissance que nous devons à ce messager de salut qui nous apparaît conmie l'arcen-ciel mystérieux après la noire tempête ! Puisse une ère de paix, de docilité, de résurrection, noos faire oublier les funestes illusions et les dures épreuves qui en furent la suite I

« Rare honheur des temps, m'écrierai-je ici avec l'historien! Rare bonheur de nos temps, puisqu'il nous est donné de confondre eu un seul sentiment la nationalité et la sujétion, puisque nous pouvons, avec une égale complaisance , nous dire Italiem et Pontifieiensl Serrons-nous donc chaleureusement

contre cet étendard sacré auquel se rattachent désormais toutes les espérances , ravenir tout entier ! Qae ces paroles : PATRIE et PAPE , soient pour nous parfaitement synonymes. Pourrions-nous correspondre d'une autre manière à un souverain pour qoi régner est également synonyme de faire du bien?

« Quel enfant des hommes serait assez pauvre de cœur pour résister aux tendres instances de h plus haute des grandeurs humaines, pour se détourner de cette main qui s'ouvre d'elle-même en versant l'abondance du salut, pour fermer l'oreille à cette voix qui ne mêle pas aux grâces qu'elle accorde le moindre reproche , pour ne point reconnaître ce pasteur vraiment Pie qui recompose la bergerie, recueille les brebis, qui, père et fils glorieux de cette patrie fortunée, ne respire que pour absoudre, pour protéger, pour bénir (i)\ »

(i) Possano le generose intenzioni del Sommo Gerarca ottener fayore piesso TArbitro supremo dei re e délie nazbDil Possiamo nol penetrarci di tutta la gratitudine, di ctti andiam debitori a questo Messaggero di redeniione, cbe ci appare corne Tarco misterioso dopo la nf>ra tempesta l Possa un*era di pace, di docilité, di risorgimento, farci dimeoticare le funeste iUanoni, e le dure prove cbe ne furono iaoonseguenza!

Haratemporum félicitas f esclamerô io qui colle Storico : fara félicita de' tempi nostri, in cui ci è dato di confondere ia on sol sentimenlo la nazionalità e la sudditann ; in cui

possiamo, cou egual complacenn, dird Ilattaiii e Pootifici. StriDgiamod adaoque aulmosamente a quel sacro Tessillo, da qui pendono ormai totti gli auspicl, tutte le speranze. Ghe qaeste parole PATRIA e PAPA siano per noi perfettameote sinoniine. Potremmo noi corrispoDdere in altro modo ad on Sovrano, per cui REGN ARE è egualmenle ânonimo di BENEFIC ARE? .

Quai figlio d*uomo sarà cosl povero di cuore da resistere airamoroso eccitamento che ci viene dalla più alla délie umane grandeue; da quella mano che, non pregata, apresî larga via di salute ; da qoella yoce che alla piena de'suoifa- Tori non accopia il minimo rimprovero; da qnel Pastore feramente PIO, che ricompone l*o?ile, raccoglie le greggia, che, Padre e flglio glorioso di questa Patria fôrtunala, doo lespira che per assolvere, per proteggere» per benedirel

(Lettera del Colonnvllo Abmandi ai suoi concittadini— dalle faltU del 5ini Gottardp^ teiiembre 1846.)

20 Octobre 1847*

Ptrlt.*>lniprim«rf« de A. APPERT, ]MMMgt du Cafr«, H

uOiimapfee Du, Ltctû ântoH^sioii

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M. SIBOUR

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