‹ Biographie du clergé contemporaineChapitre 12 sur 15 · LE SOUVERAIN PONTIFE PIE IX · texte numérisé non relu

LE SOUVERAIN PONTIFE PIE IX

Quelque temps après la Révolution de Février, le 6 août 1848; il y a bien longtemps, bien longtemps, j'écrivais les lignes suivantes pour compléter cette Biographie :

« Pie IX est le sujet des cinq premiers cahiers. Pâle notice, quand je compare ce que j'ai écrit à ce qu'il a fàit^ l'immortel pontife. C'est un grand saint et un grand homme, un grand orateur, un grand docteur, un grand chef de peuple, un grand législateur, et sa grandeur a pour égale sa bonté. Il est né d'un miracle; le monde ne pouvait se passer de lui , et le monde ne songeait qu^ peine à lui quand il vint. Évidemment le doigt de Dieu est Jà. Sa venue a provoqué sur tous les points du globe une frénétique ivresse de joie et d'espérances. L'Église a tressailli, cette divine mère, en sentant plus que jamais nnépuisable fécondité de ses entrailles. Les peuples....»

On ditqo^après avoir fait un pas en avant, Pie IX en a fait deux en arrière et in4me trois. 7e ne suis pas de eet avis. Plus il est vrai qu*un pape , et n^en déptaise à ta Fhiioiophie ds ^hi^toire, peat beaucoup pour la lil)erté du monde, plus un pape doit compter sur sa force et le bon sens des peuples pour accomplirsag* ment son œuvre, et pour les préserver de la licence en évitant une fatale précipita tlon. C'est un fait acquis au bon sens que les papes marchèrent toujours en tête de la civilisaiion et du progrès, mais ausRi qu'ils en dirit;èreiit toujours d^une main ferme le salutaire développement Soit impatience naturelle, ou effet d'une compression lonf^iemps subie, les peuples , celui des États de l'Ëgliae surtout , une fols la digue affaissée, se débordèrent. Il y eut péril imminent de submersion. Pie IX voulut les ralentir dans une Juste mesure. Le courant fut plus fort que sa force. Il protesta, on ne ^entendait plus. Il se retira , espérant convaincre par l'excès du mal ceux qui méconnaissaient son expérience et son autorité paternelle. Jusqu'à l'heure où il s'enfuit nuitamment de Rome, point d'autre réaction.

Si respectables que soient les opinions des pubiicistes belligérants sur les faits qui suivirent, la pensée de Pie IX doit les dominer . Libre à nous de considérer celles-là et d*5r avoir égard plus ou moins en théorie. Pratiquement, nous nous inclinerons les yeux fermés devant celle-cL On pape sans doute n'a d'infaillibilité promise et assurée qu^en matière religieuse, in neces$ariis; mais, à cause de la connexion plus ou moins directe qui existe entre les choises de l'un et de l'autre ordre, son infaillibilité en religion garantit au moins ses lumières et sa sagesse en politique et en économie sociale. Un grand pape est ■.nécessairement un grand homme. Oui conduit d'une

maiD sûre le vaisseau de l'É{>p1ise , celui • là possède Fejiprlt de çourernement. Notre horizon se boroe à la sphère étroite que chacun de nous habite ; des hauteurs de sa divine sphère f il nous domine tous et embrasse d'un coup d^œil l'univers. Croyons à son génie, croyons à son cœur.

M. SIBOUR

On vient de publier en un très gros volume la Vie de M. AfTre. L'^iuteur s'appelle M. lV:L^é Crinoe ou Crusse, s^il m*en souvient bien , car fe volume n'est plus sous mes yeux; et à son nom se joint la qualité de directt^ur d*un établissement dit dos Carmes, fondé, dit on, par M. AfPrelui même. Évidemment M. Crince na pas Thabitude d'écrire et doit être fort jeune encore; je len félicite. Ce n*est donc pas du style, de larges vues et une puissante ordonnance qu'il faut chercher dans son imprimé. Tout porte à croire d'ailleurs que ses prétentions ne s*élcvent pas ici au-dessus de ses moyens , ce qui du moins est honorable. Personne ne lui contestera le rare bonheur d'avoir pu puiser les renseignements aux bonnes sources. Il a obtenu, dans les colonnes du Constitutionnel , de longues félicitations signées par un ami. Lors même que ce double mérite lui manquerait, il n'en serait pas moins, comme on le voit au frontispice, docteur ès-lettres et directeur des Carmes ^ au contraire. J*appelle de tons mes vœux une bonne et véritat>le Vie de M. Affre , ou plulAt une Histoire de sa mort, écrite et pensée par quiconque ne sera pas docteur ès-lettres, etc. Puisqu'on m'a si vertement reproché de donner à mes petites notices biographiques les formes lestes de l'anecdote et du pot-pourri^ me permettrai-je à mon tour

de demander^ue l'auteur d'un vaste ia-œtayo, prenant des proportions de Tacite, se montre historien surtout» point faiseur de rébus impertinents, de stupides contes bleus, et de dialogues sans sel et sans propreté?

le ne dit pas cela. Mais

La Biographie de Tarchevéque actuel de Paris est écrite depuis peu de temps i elle a eu plusieurs éditions, revues et augmentées. Je consigne seulement ici deux faits : un concile provincial tenu au séminaire de Saint -Sulpice avant la Retraite ecclésiastique de 1850 (i), et la nomination de M. Tabbé Sibour, vicairegéuéral de Paris, à la cure de Saint-Thomas-d'Aquin. >

Arrêtons-nous ici.

Cette nomination n'a pas laissé de mettre en émoi quelques sacristies , par Pévidente raison qu'on a peu l'habitude, en pareil lieu, de voir monter aux premières places des hommes de savoir et d'étude.

Chose à remarquer : un évêque, en toute autre matière, peut user de ses prérogatives comme il l'entendra et en abuser même. Que si , par aventure , je m^ingérais à discuter ses actes, nombre dMndividus me fermeraient la bouche à l'instant méme> alléguant, avec une sainte emphase, la divine plénitude de l'autorité en question. Vienne à vaquer une cure importante, ou plutôt, je suis forcé de le dire, grosse d'argent, et que Tévêque en ait pourvu tel ou tel, l'emphase fraîchit; les mêmes individus trouvent l'autorité de Pévêque très discutable et

(l) Il n'y avait pas eu de concile provincial en France depuis plus de deux cents ans. Le dernier Tut celui de Bordeaux en 4624. On doit leur rétablissement i rinitiaiive conrageuse de M. Sibour.

susceptible même d^une foule de malédictloDS elandesdines et furibondes. Moi qui soutiens qu'il peut avoir raison , voilà qu'Us me confondent dans leur anathême et m'appellent un fanatique valet.

l'aile défaut D*èlr« un peu plui sincère en eela qu'il ne Taut.

M. LYONNBT.

La Révolution de 1848 a cassé TordonnaDce qui rappelait à devenir tout de suite un arcbevéque. Le titre de Primicier de Dreux aurait du sens encore , suivant moi ; d'autres ne le pensent pas. Je me résigne. Mais la République ne peut laisser M. Lyonnet dans cette position : elle a trop d'intérêt sans doute à compter parmi les jévêques diocésains un homme de si grand cœur et de tant d'intelligence. Il sera évêque de Blois, (28 octobre 1850). Sauf M. l'abbé Fallu.

M. BLANQUART DE BAILLEUL.

L'Église de Rouen avait besoin d'un archevêque adoré, ferme, chaleureux, instruit, prudent, habile, actif, laborieux, populaire^ franc, désinvolte^ intrépide, dévoué Jusqu'à la mort.

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