‹ Biographie du clergé contemporaineChapitre 3 sur 15 · M. AFFRE · texte numérisé non relu

M. AFFRE

Mifai..... mori lucrum.

Saint Paol. .

Ce n'était plus une bataille, pas même ce qu'on appelle une guerre ciTile ; c'était une tuerie. Quand le sang coule dans les rues de la capitale, le peuple fait feu d'un côté, et de l'autre côté une tyrannie quelconque de plusieurs ou d'un seul. Ainsi se passent les choses communément Au 2^ juin , le peuple partout. Sinon, qu'est-ce que le peuple? c C'est une vaste expression , » dit La Bruyère. ...

llâ« LIVR. — Tome 10. 1

Qui est le peuple? Nous, disent les vainqueurs, mais cette logique du lion de la fable n*a rien de sérieux; nous, répliquent les vaincus, et, pour le prouver, les vaincus vous prient d'observer que peu de jours auparavant les vainqueurs partageaient solennellement leur avis. Il y a ici une énigme dont chacun sait le dernier mot sans vouloir en convenir. Gomme la -force fait la raison parmi nous, le succès fait la gloire, et la défaite le déshonneur. Nous sommes prodigieusement fatalistes. Les vaincus de juin combattaient en février dans le même but et avec les même armes; seulement ils eurent la victoire , et on les appela le peuple, et on les adora. Aujourd'hui qu'ils sont vaincus, malheur à qui dirait qu'ils sont encore le peuple. Le peuple, ce sont les vainqueurs.

Comment en un plomb vil Tor par b'csMI changé?

Voilà de quelle manière.

En 1793, les républicains étaient le peuple ; en 180^, les napoléonistes; en 1815, les royalistes adorateurs de la branche aînée des Bourbons ; en 1830, ceux qui triomphèrent avec la branche cadette; en 18^8, les républicains encore une fois, mais cette fois il y eut deux sortes de républicains, les vrais et les faux, qui se disputèrent naturel-

lement le privilège exclusif du titre eu question. Pour s^avoir qui de ceux-ci ou de ceux-là était le peuple, ceux-ci et ceux-là suii^irent la méthode commune : on prit pour j uge la victoire. Aujourd'hui , et jusqu'à Donvel ordre, le peuple, c'est l'armée.

Or, ces raisonnements-là produisirent sur l'esprit de M. Âffre et sur son cœur, un effet tout simple : il le trouva mauvais. Il ne comprit pas que la force brutale pût jamais constituer le droit. S'U avait en main le mystérieux critérium social que le monde convoite depuis soixante siècles sans pouvoir l'obtenir, on le soupçonne en voyant ce qu^il va faire, et j'ose l'affirmer maintenant Pour lui, le peuple n'était ni en deçà ni au-delà des barricades, tantôt à droite, tantôt à gauche comme la girouette que mènent les vents capricieux, existant ou n'existant pas selon les décisions d'une cartouche. Le peuple, image de Dieu aussi parfaite que possible dans les limites de sa nature finie, est le peuple toujours ou jamais. Avoir été le peuple, c'est l'être encore. Auguste immutabilité que n'altèrent point les sophismes ténébreux des partis, non plus que les débauches métaphysiques des Manichéens n'ont porté atteinte à l'essence de Dieu. Que si le peuple, en des crises lamentables, se divise contre lui-même et forme occasionnellement deux camps ennemis,

cette scission passagère et saperficielle , loin d*aC' cuser une diversité quelconque de nature, proave au contraire la communauté d'origine. Ils puisent tous deuxdans cette communauté même leur énergie relative. Quand la mer bouleversée montre à nu ses entrailles profondes, deux montagnes s*élèvent jusqu'au ciel menaçantes et monstrueuses : quelle est donc celle que j'appellerai la mer? la plus vaste peut-être? non. Voici le doigt de Dieu : la tempête s'épouvante et se couche, pour ainsi parler, les montagnes se joignent en s'afFaissant ; je cherche les montagnes, la mer est partout. Ainsi le peuple ; ainsi les déchirements convulsifs qu'il subit par intervalles. Pour se rendre compte des divisions apparentes et de l'homogénéité réelle des partis, il suffit de considérer ce qui arrivera quand les partis cesseront de déserter leur centre et de livrer bataille : ils couleront dans le même lit, sans effort, niturellement ; ils s'étonneront en quelque sorte de n'avoir pas toujours senti qu'ils ne sont qu'un seul et même peuple ; et l'œil de l'homme, si pénétrant qu'il fût, ne saurait discerner à l'avenir parmi les éléments qui composeront ce majcf:tueux ensemble, aucune trace de la division passée. C'est qu'en effeî, je le répète à dessein, la division n'était qu'apparente et momentanée; c'est qu'on

avait confonda la division avec la guerre, deux choses foncièremeot distinctes ; c'est qu'il y avait guerre et non pas division proprement dite, et que la guerre une fols apaisée » Tunité très essentielle des parties» ou, si l'on veut, leur individualité de peuple, offusquée par elle comme par un voile funèbre et perfide, reparaissait dans toute la vérité de son immuable splendeur (i).

Donc, en présence des deux partis qui se disputaient les barricades, la mission d'un citoyen puissant par la sagesse et par la dignité, n'était pas de prévenir les arrêts habituels de la victoire afin d'arrêter l'effusion du sang, ni d'assigner la qualité de peuple à celui-ci aux dépens de celui-là. Le parti déchu aurait décliné la sentence, et avec raison. « Pour Dieu mercy, dit Montaigne , ma créance ne se manie pas à coups de poing. » Il s'agissait au contraire de leur montrer à l'un et à l'autre qu'ils étaient également le peuple, en écartant la guerre qui le leur faisait oublier. Cette démonstration n'exigeait qu'un mot^ lequel mot renferme la science sociale : Charité, c'est-à-dire

(1) Ce que je dis de la guerre enlre concitoyens, d'autres l'ont dit de la guerre entre nations, en appliquant à Findi- Tisibilité humaine des principes identiques. Voir la Theolq- Sia BeUiea du P. Ânloine-Thomas Schiara.

dévouement pur dans la vérité, abnégalioQ de Tindividu au profit de tous ; ce mot pouvait se traduire par un acte bien simple; cet acte fut celui de M. Affre.

Il n'eut pas d'autre idée, sinon celle du bonheur de ses frères et de la gloire de Dieu; — ce qui vaut bien l'idée de Décius, père et fils.

Lisez, je vous en prie, l'oraison funèbre de M. Tabbé Cœur, morceau admirable et digne du du sujet, comme de celui qui Ta traité.

M. Affre^ sans rien préjuger sur les raisons accidentelles de Ja lutte , quitta paisiblement sa maison épiscopale (25 juin] ; il obtint un saufconduit, et vint aux abords du faubourg Saint- Antoine, bénissant avec une égale effusion d'aaiour les insurgés vêtus de blouse, et ceux qui avalent pris l'uniforme militaire pour les combattre. Les troupes se rangeaient sur son passage ; les autres, l'ayant vu, se prosternent. Moment solennel et sublime! « Mes amis, dit-il, mes amis... ■ 11 tombe frappé d'une balle. Un grand cri s'élève, cri d'angoisse et de rage, parmi les insui^és vêtus de blouse: où est l'assassin? Nul ne le sait encore. Deux vicaires-généraux, qui accompagnaient l'archevêque et qui partageront les honnenrs de son martyre , attestent par écrit ce qu'ils ont vu :

Tassassiii n*est pas un des insurgés vêtus de blouse^ qui tiennent la fatale barricade. Où est- il 7 Dans les rangs de Tarmée? chose impossible. Où est-il donc? Ces sortes de monstres, la nature humaine n'en produit plus. . . Les insurgés en blouse s'emparent de l'héroïque blessé, le transportent chez Hil. le curé de Saint-Antoine, Tentourent de soins et de Ténération, et jurent de venger sa mort.. Cependant, il disait, lui : Qiie mon sang soit le dernier versé. Mais la lutte recommença. Plus tard, la victoire vint signifier aui uns qu'ils étaient le peuple « et aux autres qu'ils ne Tétaient pas ; les prisons regoi^èrent de vaincus , les vainqueurs se glorifièrent En attendant un nouveau coup de dé

du même genre , et sans s'occuper du cadavre de Chateaubriand que deux on trois amis portaient sur un rocher de la Bretagne, le monde entier contempla prodigieusement la mort du bon pasteur.

C'était bien, c'était juste et louable. S'il y eut un grand nombre d'hommes qui, en admirant ce magnifique sacrifice, le comprirent selon toute son étendue, c'était mieux encore. M. Affre n'a pas donné sa vie pour se faire admirer (1), Non, certes, qu'il

(i) Je me souviens ici d'une belle parole de Bossuet : « La princesse ne bravait point la mort avec ûerté, conlrnle 4e l'envisager sans émotion et de la recevoir sans trouble. •

soit convenable de prendre an mot sa niodeslie; loin de là. Maïs ce qni ent une gloire pour lai, est et doit être pour nous une leçon. Il l'a dit aussi expressément que possible : Que mon sang soit le dernier versé. Faites ce qu'il a dit; faites ce qu'il a fait dans la limite de yos forces : ayez la Charité. Vous qui êtes pauvres, quand vous aurez obtenu le travail qui donne le pain et la liberté qui donne les bonnes mœurs , évitez l'insatiable convoitise qui exagère les besoins, et n'usurpez pas les usurpations que vous flétrissez aujourd'hui. Tous qui êtes riches, croyez qu'en présence de Dieu et de la nature, celui-là est un voleur, qui enserre le blé dans ses greniers et l'argent dans ses coffre-forts, quand son frère meurt de faim. In necessùate omma communia, dit la grande loi : ce qui ne vous est pas nécessaire, ne vous appartient pas; songez à l'origine de vos fortunes ; confessez sincèrement l'irrégularité d'un état de choses^où très peu d'individus, à quelque titre que ce soit, possèdent tout, et Tinfiniment grand nombre rien; ne taxez pas de communisme; pour effrayer sournoisement les esprits peureux ou irréfléchis, ces conseils qui viennent de l'Évangile; soyez sérieux cl vrais ; soyez courageux , car il faut quelquefois du courage pour échapper aux séductions de l'injustice. Riches, pauvres^ qu'il n'y ait plus

de malheureux; c'est pourquoi vous renfermerez

vos désirs dans de justes bornes^ satisfaits de la p^

sîtion que tous auront assignée vos vertus et votre

intelligeoce, échangeant des services réciproques et

vivant avec sâ*énité de cet échange fraternel, usant

même au besoin de certaines condescendances pour

ménager les moins parfaits d'entre vous et faire

malgré eux leur bonheur. Ainsi régnera la Charité,

cette conditîoa suprême de l'ordre; ainsi vous

aurez compris et dignement admu*é la mort de

l'archevêque et sa belle parole : Que mon sang sait

le dernier versé.

Hélas ! cinq mois se sont écoulés depuis la tuerie de juin. Parmi les couronnes qui pleuvent chaque jour sur la tombe à jamais glorieuse du martyr^ oa distingue bien encore le rameau d'olivier qu'il por-^ tait à la main sur les barricades^ mais la tige s'incline tristement de plus en plus, et les feuilles se fanent comme pour ne plus reverdir. Dans le théâtre de Shakespeare, Hamlet fait à Horatio cette question sauvage : t Est-ce que l'imagination « ne pourrait pas suivre la noble poussière d'A- • lexandre jusqu'à la voir bouchant les trous d'une

« futaille? » — La question m'obsède La

paix ne revient pas, Firri talion continue avec la misère et régoïsme; une nuit profonde envahit

tous les points de l'horizon» grosse d*orages et sillonnée d*éclairs sanglants. Aux penrersités dévorantes de la terre, le ciel menace de joindre ud épouvantable fléau qui en sera le châtiment. Que faut-il donc pour nous instruire et nous sauver?

M. SIBOUR

Qui pourroit faire veoir les regb'z bransles de son ame, sa piété, sa îustice., ]a Tivaclté de son esprit, le poids et la santé de son iugement, son sçaToir,]es grâces compaignes ordinaires de ses actions» le tendre amour qu'il porte à sa misérable patrie, engçndreroit certainement à touls gents de bien une siogutière affection envers loy.

Montaigne, lettre iv.

« Père des orphelins du choléra, M, de Qaélen nous ap-

• prend le devoir du bon pasteur pour les temps où Tépi- « demie pourrai t sévir encore et répandre la mortalité. Noa s

• sommes le pasteur et le père de tous ; mais pour vous , « fienpie souffrant , ouvriers , pauvres , nous avons des en- « treilles de mère. Quand nous vous aurons donné notre « dernière obole et notre dernier morceau de pain, nous « nous ferons mendiant pour vous h la porte du riche, et « après TOUS avoir ainsi livré sans réserve tout ce que nous

• tiendrons de la Providence, nous nous donnerons encore

> Boufl-mème, par surcrolL*....» Le souvenir d'une mort à

> jamais glorieuse, la possibilité d'une destinée semblable,

• les blessures encore saignantes de nos discordes civiles ,

• la perspective d'un terrible fléau, etc.f etc. , voilà ce qui a « eu le pouvoir de nous séduire. L'attrait du périls de la « souffrance, du dévouement, du sacrifice, de l'immolatio», « a sollicité notre &me. Nous avons senti en nous l'ambition « d'apaiser les haines^ de concilier les esprits, de servir nos « frères jusqu'à donner pour eux notre vie, à l'exemple du « divin Maître... •• La gloire de votre mort, Illustre Pon-

• life, etc.. c'est par là surfout que vous deviendrei notre

• modèle, si.... les jours mauvais des discordes civiles re- » naissent parmi nous.»

Celui qui parle ainsi est le successeur de M A ffre.

En dévoilant toule la beduté de son âine, ces paroles prouvent qu'il a sondé la profondeur de nos plaies sociales, et qu'il en connaît le seul remède possible. Les résolutions généreuses qu'il prend pour lui-même^ oa croira sans peine qu'il les conseille aux autres. Frappé d'étonneaient et de stupeur à la vue d'un martyre inutile et des horribles catastrophes qui menacent le monde, il s'est demandé si le sang d'un homme avait suflB, et s'il fallait un nouvel holocauste pour achever le sacrifice. Il a dit : Voilà que je viens. Reste la question de savoir pourquoi tout d'abord ce ne fut pas assez du sang d'un Dieu. O homme l ô animal sublime et stupide!

Four nous rendre compte de la foi sociale et du génie pratique de M. Sibour, nous lirons en entier la Lettre Pastorale où se trouve le passa|;e cité ci-(lessus. Nous la méditerons sensément ; nous y verrons pourquoi, en ses évolutions tapageuses contre le communisme, M. Thiersi n'a guère été qu'un don Quichotte babillard, et pourquoi M. Proudhon« de son côté, malgré les avantages de la logique et d'une gravité honnête (1) , sou-

(1) Je parle do son système d'économie sociale pris en soi, et non des fi^tldes blasphèmes qu'il aurait pu yomir en. i|rn acc^s de folie sutanique.

tient à grande peine d'aussi fragiles assauts. G'esl que ni Tnn ni Fanlre n'a saisi le vrai mot de ta question. Entre ks ^trêmes où les jette le parti-» pris, il y a un moyen terme salutaire qui leur échappe on qu'ils n^ligent, et qui est cependant ]a Térité. M. Thiers &it beaucoup trop de l'ÉTangito un souMer de Théramène, bon à tous pieds; et M. Proudhon répudie trop la Charité, comme une Tieilfe sybille décrépite ; ils ne sont pas assez chréti^s pour pénétrer le sens historique et réel du mot des Actes des Apôtres : His erant amnia conhmunia; ils voient trop l'avenir du monde, qui dans la gravure d'un cachet , qui dans une charretée de peaux de moutons (1), et, comme s'exprime un vieil auteur, ils ne distinguent pas assez la peau de la chemise.

Pour bien savoir quels sont les précédents ecclésiastiques de M. Sibour, et les gages que nous offre son élévation dans l'avenir, nous Krons encore les divers ouvrages qu'il a publiés, notamment ses Institutions diocésaines; nous nous appliquerons surtout à étudier sa vie depuis le berceau jusqu'à la mitre. * Il est parlé dans les vieilles Chroniques d'une

(1) Mémoires de Ph. de Comines» 5-i. — Plutarque, ^<> (jt Marius.

colonie romaine fondée par Auguste , et ayant nom âugusta Tricastinarum, ou jyicastim^ on SenomaguSy ou Neomagus; à qadies causes le pays s'appelait naguèrele Tricastinois (Tricastinus ager)j et les habitants se qualifiaient Tricastins. Yoîd, bien entendu , Fétymoiogie radicale de ce dernier mot : trium castellomm , de trois châteaux forts. Les historiens vous diront le reste. Saint-Paol-Tricastin ou Trois-Châteaux, ville située sur le Yersant d*une colline dont j'ignore le nom, présente un aspect aimable pour le paysagiste, et de bons souvenirs à rjÈglise. A quelques lieues de là se trouve Grignan, où vient fureter encore l'ombre charmante de madame de Sévigné, s'il faut en croire les bcHines grand'mamans. Lorsque les doux concordats n'avaient pas réduit le nombre des sièges, l'évéque de Viviers, en parcourant un faible espace de cinq lieues, dans la direction du sud au nord, pouvait visiter un collègue à Saint-Paul-Trois-Gh&« teaux. On cite un arrêt qui déclare n'y avoir abos en l'ordonnance rendue par l'évéque de Saint-Paul- Trois-Ghâteaux, portant changement de l'heure de la grand'messe dans son église cathédrale, et condamne à dix livres d'amende et aux dépens le chapitre qui en avait appelé par devant le Parlement (1).

(1) Institut, dioc.f pag. i76 et 177.

C'est à Satnt-Paul-Troifr-Ghâteaux que naquit Dominique-Auguste SUiour, le A avril 1792. Je crois qu'il adopta Marie pour sa patronne en recevant la consécration épiscopale. Il a donc, à i'henre où j'écris, cinquante-siz ans six mois et quatone jonrs... En sa qualité mascidine , il naquit enfant; Yu qu'à cette époque les Gascons , Languedociens et Provençaux disaient encore : J'ai un enfoM (on garçon] et une pUe. Est-ce que Plutarque mon ami n*a pas fait des remarques tout aussi singu* lières ? Il dit de CScéron que « sa mère le mit au monde sans travail et sans douleur. » — £t, à propos, M. et madame Sibour n'avaient eu garde d'appeler l'enfant Guillaume, qui se disait par mépris des gens dont on ne fait pas grand cas (1); je les complimente à ce sujet, car Epictète et GorneiHe estiment digne des soins paternels de donner un beau nom aux enfants.

S'il vient d'une famille de n^odants aisés sans richesse , et honnêtes sans inhabileté ni fainéantise, ce qui est ; si son unique frère occupe une position de substitut de procureur à Nîmes^ ce qui n'est pas, ou se livre également au commerce des soieries, selon les traditions paternelles, ce qui est, je ne

(1) Dicl. de Trévoux.

veux y songer que poor dire encore une fois : Point de comédie. Les bommes, ceux mâne d'aojourd'luii» se rô»gnent trop lestement à ne rien valoir que par leurs ancêtres. L'opinion publique, faussée de longue date snr ce point , contribue ï nourrir un si misérable préjugé; Ainsi, arrive-t-ii qu'on s'estime assez vertueux et qu'on passe pour l'être en babillant ses viees des quadiitée d'autrui; il y a plus, les qualités personnelles semblent même se dépraver essentiellement et fatalement par le seul fait d'une ascendance méprisée à juste titre. Je laisse de côté la question de fortune, et l'abjecte sottise de ceux qui mesurent sur l'étendue d'un héritage <m l'importance d'un titre nobiliaire la considéra^on qu'ils rédament ou qu'ils accordent; I comme est-rce qu'il n'y a de génie et d'honneor pour personne, sinon pour ces hauts seigneurs ou gros financiers, et que

Même les chiens de leur séjour

Ont meilleur nez que n*om les nôtres (i).

Yeux-je donc, à mon tour, flétrir le noble orgueil de ceux qui, en imitant les antiques vertus de leurs familles, se glorifient discrètement de procéder de

(i) J'ai là, sur ma table, un él^ant volume de Poésies morales dédié à la levrette de madame de Pompadoao — très sérieusement.

bonne race? Ce serait un autre excès. Puisque de cette naissance privilégiée résultent pour eux des obligations plus grandes, le mérite doit grandir en proportion et aussi l'honneur. C'est pleine ju^ tice. A cet égard seulement j'accepte, comme partie intégrante de ma notice, les hommages de vénération que mérite la famiHe de M. Sibour, le considérant d'ailleurs en lui-même, sans plus me soucier qu'il ait eu pour père un négociant, un prince ou charbonnier (i).

Cependant, rien ne m'empêche de contempler dans le ravissement de mon cœur la mère que le bon Dieu lui donna. Elle était de celles qu'il nous donne à tous, une sorte d'incarnation de son amour infini. En cueillant un beau fruit bien vermeil et bien savoureux, vous bénissez , après Dieu , si vous êtes juste , la main qui l'a cultivé dans sa fleur : c'est à madame Sibour que le diocèse de Paris doit son archevêque. J'afikme, sans trop subtiliser, qu'ici-bas toute grandeur émane de la femme comme de son principe : c'est d'elle que Dieu lui-même

(1) M. Goetzius , surintendant à Lubeçk, et lyès habile nomme, a publié certaine dissertation sur les marchands savants. J*y tronverais au besoin des titres d'ascendance Pi^cieux pour M. Sibour. M. Goeizius compte parmi ces wweWds, Selon, Thaïes, Hippocrate, Platon, Démocrile^ ^raie et saint Paul

iriat parmi noas. L*hoiuine est créé deux^oîs, paisqa*ll doit receyoir ane doable me , la vie que les scholastiques nommeraient substantielle , et ultérieuremeot la vie pratique ou d'éducation. Au souverain Créateur qui donne la première vie succède un créateur de seconde majesté par l'action duquel se transmet Tautre vie : celui-ci est la mère. Oh ! la diviqe prérogative I Et voyez comme Dieu place bien ses faveurs. Pour peu qu'on voulût y réfléchir, on trouverait que l'homme qui ne sort pas robuste et pur de la création maternelle est un monstre.

Sur ces données séduisantes , l'imagination peut greffer sans peine une toute gracieuse peinture de l'enfance de M. Sibour.

Madame Sibour se nommait, avant son mariage, mademoiselie Catherine Andrujol. AI. Alexandre- Aimé Sibour, son mari, a laissé dans la Provence des souvenirs vénérables. C'était un homme des aïKiens jours, d'une piété sereine et agissante, regardant la paternité comme un sacerdoce de se* cond ordre, et n'ayant d'autre ambition que celle de faire le bien et de former ses enfants à faire le bien comme lui. Les services qu'il rendit au clergé pendant les tempêtes de la grande Révolution, me fourniraient à eux seuls le sujet d'un livre. L'église

de Pont-Saint-Esprit (1) fat. par ses soins conservée pure de tonte profanation. Lorsqu'on rendit enfin la liberté au cnlte^ il vint portant les clefs de cette église» et la rouvrit solennellement an milieu d'une immense foule agenouillée, qui le h& nissait comme l'envoyé de Dieu. Il pouvait dire , quand il mourut » comme cet admirable Estienne de La Boêtie : « De fort long temps i'y estois pré* paré, et i'en sçavois ma leçon toute par cœur. • Et ainsi fut de sa semblance, ajoute Thistorien. — Il avait un frère, M. Ântide Sibour, professeur Si rÉcoIe de Brienne du temps de l'élève Bonaparte , et plus tard fusillé à Quiberon.

J'ignore ce que devint cette famille depuis 93 jusqu'à 96, et de quel œil elle vit la marche politique des choses. Je sais simplement qu'à la fin du Directoire, elle quitta Saint-Paul-Trois-Ghâteaui pour se fixer à Pont-Saint-Esprit (département du Gard). Le jeune Sibour comptait à peine en ce jour-là cinq ou six printemps ; il en comptait douze quand Bonaparte se fit empereur; d'où je conclurai an moins que mes devanciers les bi(^aphes sont très ingénus, car ils ont dit : M. Sibowr adopta avec amour la révolution et l'empire (textuel). Que

(1) Voir plus bas»

si les biographes susdits sont très uns au contraire, et d'une haute perspicacité , cet enfant-là fut un prodige qui m*ahurit et qui devait, comme tel, devenir un sot. La nature le veut ainsi, l'expérience quotidienne le fait voir.

£t, provisionnellement, je m'obstine à penser que M. Sibour fut aUaité, sevré, ai^liqué à l'alphabet, envoyé à l'école, et admis au bonheur défaire sa première commutti(»i , sans autre amour qoe celui du bon Dieu de sa mère. Il est de toute évidence pour moi qu'une fois revêtu de l'uniforme du collège , sa politique et son ambition se bornaient à étudier beaucoup pour avoir beaucoup de succès, et à jouer de fort bon cœur pour se bien récréer; charmant enfant, frais et rose, ni calciné avant terme, ni galLinœ filius çilb^, comme disait le proverbe latin.,.*

Ici je dois faire mention de M. l'abbé Ranc, savant ecclésiastique-, aimable homme aussi , qui fut son premier instituteur après madame Sibour, devint recteur de l'université de Bruxelles, et resta son ami. £n ce temps là, il résidait à Pont-Saint-£^t.

Cette dernière ville, assez peu considérable en population (6,000 habitants), est située à 60/i kilomètres de Paris, sur la rive droite du Rhône ; elle se recommande à l'estiiine des voyageurs en ce

qu'elle possède un soperbe pont , chef-d*œuTre de saint Benezet. Gomment et pourquoi la famille Sibour échangea Saint-Paul-Trois-Châteaux conti*e Pont-Saint-Esprit, je n'en sais rien ; si ce n*est que Pont-Saint-£s{nrit, cbeMieu de canton de l'arrondissement d'Uzès (16 kilomètres sud) , et syndicat maritime , fait un grand commerce de soieries » et dut leur présenter raiscmnablement des avantages plus considérables... Sed non quoad hanc.

Quand il eut terminé ses études classiques, M. Sibour entra au séminaire de Viviers, où il fit une année de philosophie et une année de théologie sous la direction suprême du célèbre sulpîcien Vernet. Il avait quinze ans à peine. Ensuite, M. Périer (i) l'appela au séminahre de Saint-Charles d'Âvigncm, dirigé par M. Sollier (2).

On m'a dit bien souvent , et je pourrais citer à ce sujet des hommes de grand sens, qu'après des études brillantes en humanités, un sujet pouvait aborder sans éclat les études supérieures. La chose est possible ; mais la raison profonde qu'on en donne, je ne saurais la trouver raisonnable. On veut expliquer cette décadence par une sorte d*indivi-

(1) Voir plus bas.

(2) Qai sortit de son séminaire comme M. MérauUde celui d'Orléans, el mourut en saint le 8 d embre 1838.

dualisme fatal de rioteUigence ; Inaptitude ea on genre exclurait de soi Taptitode en un autre genre. Non, ce n*est pas dans les limites de nos ressources qu*il faut découvrir la cause de ces éclipses joumalières;c*estdanslapares5eetledégoÛtqnirengendre. A quelque objet qu'on l'applique, rintelllgence continue d*étre i'intdligence, également forte et pénétrante ; le grand point , c'est de fixer» selon les exigences, cet instrument d'une flexibilité miraculeuse. Etant donnéle temps et la bonne volonté, nul n'excelle en une science qui ne parvint aussi à posséder éminemment toutes les sciences. M. Sibour sut fie comporter avec la philosophie et la théologie commeavec Gicércm et Thucydide, pendant quatre ans, c'est-à-dire jusqu'en 1812.

Or, parmi les ccNidisciples qu'il eut au séminaire, je rencontreM. Menjaud, évôqueaaueldeNancy.et le fameux chimiste Raspail, représentant du Peuple, mais républicain, et domicilié pour l'heure au don^ jon de Vincennes.

A cette époque de 1812, il vint à Paris, non pour dire à l'empereur qu'il l'avait adopté avec amour, lui et la République une et indivisible de 1793 (une année après sa naissance) , mais aQn de suivre les cours publics, et, comme on dit, de se perfectionner. Il adoptait même fort peu l'empereur, à en

juger par ses écrits et tous les actes de sa vîe, car les libertés civiles et religieuses loi furent toujours Cl spécialement chères « et l'empereur eut une passion bien différente.

M. l'abbé Ranc l'avait recommandé à M. l'abbé Gottret^ supérieur du petit séminaire Saint-Nicolas* da-Chardonnet. Sur cette recommandation, M. Siboar descendit dans cette maison, rue Saint-Yiclor et y prit domicile. Il y trouva le jeune abbé Martin de Noirlieu parmi les professeurs. Peu de temps après, M. Gottret loi offrit la chaire de troi^ème, et pois celle de seconde, qu'il accepta, sans renoncer à son plan d'études. Moyennant le zèle et l'ac^ tivité, on suflSt à beaucoup de travail. Les jeunes séminaristes n'eurent pas à souffrir de ses assidoités do collège de France et de la Sorbonne; et il parut bien qu'on peut sinstruire soi-même, sans devenir incapable par le fait même d'instruire les autres. Notez, s'il vous plaît, cette dernière observation. J'y reviendrai, s'il le faut.

Or, parmi ses élèves, je rencontre MM. Hanicle, Âuzourre,Collin,Heuqueville, Jousselin, maintenant curés de Paris ; et, parmi ses professeurs des cours publics, Ândrieux, ce charmant bonhomme de voltairien, le plantureux Lacretelle, l'atonique Laya, M. de Jussieu,Vimmensç Gay Lussac, et l'abbé De-

Klie ... Je me trompe : ie poète Delille, qa'il aimait de toute sa passion pour la belle et saine littérature, il le vit seulement au lit de mort

Telle fut la vie de M. Sibour jusqu'au lever de la Restauration. 11 sortit alors de la capitale, et rentra danssafamiUe. Fuyait-il^ comme on Ta dit, le proche voisinage d'wie race détestée? yen doute énormément, et d'autant plus qu'en 1848 il viendra, sans contrainte et de son propre, chef, habiter la rue du Bac, à deux minutes des Tuileries. Serait-ce^ donc le résultat d'un, chagrin d*amow par devers l'empereur évanoui ? Dans aucune des nombreuses pages que sa plume a produites, je ne rencontre ni une ligne ni un mot qui justifie, même de loin , l'imputation niaise deis bii^^phes. Et , encore un coup , s'il a dit : « Nous rendons « hommage au grand^homme... la restauration da • culte fut un bienfait dont tout cœur catbo- « lique doit garder le souvenir^ » il reconnaît aussi que le grand homme , sous couleur de protéger la religion, voulait la mettre tout simplement au service de ses -projets ambitieux, et qu'en définitive elle eut beaucoup moins à se louer de lui qu'à s'en plaindre. La lutte impie qu'il soutint contre Rome n'était pas un secret pour M. Sibour; en voyant qu'il se brisait comme un verre, lui

jusqu'alors invincible et maître da monde, sur la sandale d*nn vieux pontife malade et chargé de fers, M. Sibour sentit au fond de son âme, j'ensuis bien sûr, autre chose que du dépit. Au reste , le même M. Sibour, en 181/i, avait vingt-deux ans, et s'occupait d'autre chose , pour l'ordinaire du moins. Sans compter son emploi de professeur et les cours publics, le soin de sa vocation valait mieux que le grand homme. Ayant reçu la tonsure et les moÛK^rei depuis quelques'annécs, il nourrissait évidemment le dc>sir d'arriver aux ordres supérieurs, et ce fut du reste l'inclination constante de sa vie. Mais la foi, quand elle est vive et clairvoyante , éprouve et discute ces inclinations et ces désirs : il s'agit d'en découvrir la source véritable ; elle a peqr de confondre le sentiment avec la raison, et se demande longuement si l'esprit n'est pas la dope du cœur ou le cœur de l'esprit. Benè ambu-' lato, sitîbi benè (Bternùin : on n'a pas besoin d'être nn ascète puissant pour comprendre que, dans cette sublime partie, où figurent une créature et Dieu, l'enjeu est l'éternité , Téternilé pour soi et pour les multitudes. Chose effrayante : un prêtre est un démon, s'il n'est un ange au-dessus des anges !

Ces pensées et d'autres pouvaient remplir et audelà toutes les journées de M. Sibour. Il s'y attacha

profondément jusqu'en 1817, c'est-à-dire, qu'étant sorti de la capitale, il resta encore deux années entre les ordres mineurs et le sous diaconat.

Un intime ami qui demeurait à Rome depuis quelque temps l'engageait alors à venir prendre, comme il l'avait fait lui même, au centre de la ca« tholicité, le dernier mot de sa vocation. Il accueillit avec bonheur ce pieux conseil, et il partit L'année suivante, il recevait successivement tous les ordres sacrés à Saint- Jean-de-Latran, comme les y avait reçus, deux ans plus tôt, M.* Martin de Noiriiea, aujourd'hui curé de Saint-Louis-d'Ântin^ le noble ami dont nous parlons (1).

J'ai entendu raconter que Al. Périer (2), évêque d'Avignon en 1811 , était un ancien tenant de la constitution civile. Je le savais bien. Qu'en résultet-il donc? que M. Sibour, en acceptant de sa main la tonsure et les ordres mineurs, n'avait rien accepté dé bon. C'est évident. Crainte de nuire à M. Sibour, nos délicieux biographes s'empressèrent de passer sous silence un incident pareil, et plusieurs âmes séraphiques s'en firent Confidence

(1) Il reçut les deux premiers ordres sacrée des mains de S. E. le cardinal deUa SomagUa, et la prêtrise. .•••, je rignore.

(2) Parent de Casimir Périer.

le lus bas possible. Il convient toutefois d'observer que le yénérable éTêque , après une rétractation publique, jouissait tellement quellement de la profonde estime du Souierain Pontife et de la sainte Église. Quoiqu'il en soit, la prudence, cette hypocrite raison de tous les méfaits comme de tous les délires de nos jours, est la première des vertus ; la prudence m'obligeait au silence que je n'ai pas gardé; mon indiscrétion perdra M. Sibour (1).

Ordonné prêtre dans les conditions précédemment indiquées, M. Sibour reprit le chemin de la France, et, pour se rendre h des sollicitations respectables, celui de Paris. M. l'abbé de Pierre dirigeait la pa« roisse de Saint-Sulpice ; il fut heureux de compter ce jeune prêtre parmi ses collaborateurs. Au bout d'une année , Al. de Quélen le nomma premier vicaire de la paroisse des Missions - Étrangères (St-François-Xavier). Ici, l'incommutable 91. P..... se pose à lui-même une question : « J'ai plus de quatre-vingts ans, et M. Sibour en déclare à peine cinquante-six; quand ]II. Sibour n'était qu'un

(1) Ce n^est pas sans une profonde connaissance de Tesprit de l'homme et de la société, que Laurent Sterne plaçait déjà en tête des passions viles de son époque Caution etDûcrétion, — Je sais bien que M. Sibour a fait le iS janvier 1842, une belle instruction pastorale tur la Prudence^ mais les explications qu^il a cru devoir donner, sont précisément la justification de Slerne.

pauvre petit administrateur, tmi conviva lecti, de St-Sulpîce, j*étais déjà vicaire depuis la révolution ; comment se fait-il que je sois aujourd'hui un vicaire tout au plus honoraire, M. Sibour étant archevêque de Paris? » On trouverait plus facilement la réponse

qu'on ne la donnerait à M. P

M. Sibour demeura deux ans aux Missions Étrangères. Gomme sa santé s'affaiblissait, M. de Quélen lui offrit un poste plus doux, et il devint aumônier du collège Louis4e-Grand. Mais les bâtiments de ce collège étaient alors en réparation et hors d'état de recevoir des élèves internes, ce qui neutralisait essentiellement sa mission ; ei du reste, les médecins lui conseillaient de respirer Tair natal }X)ur prendre des forces. Il se rendit donc à Pont-Saint-£s[HÎt, iion sans inquiéter M. de Quélen, qui craignait de le céder au dioc>èse de Nîmes, et lui proposait en cas de retour les emplois les plus honorables. L'avenir justifia ces craintes , provisoirement da moins.

C'est pour avoir trop bien tenu sa place en ces divers emplois que M. Sibour ne la tint pas lonj;temps. M. de Ghaffoy, en prenant possession do siège épiscopal de Nimes, nouvellement rétabli, voulut se l'attacher, et lui donna un titre de chanoine. Je constate, pour mènioire, que l'évêquç

avait été le chercher de lai-même an sein de sa famille. Snr ses instances très pressantes , M. Slbour reprit pour quelque temps du service dans le ministère paroissial ; il accepta ensuite la mosette sur des instances nouvelles.

Fort bien. Si un inférieur mérite d'autant plusqull demande moins, le devoir et Thonneur d'un chef est de donner toujours et de n'accorder jamais. Doi ne cédas. Cultiver et féconder dans la i^hère de ses attributions^ les qualités que lui a départies la* Providence, là se borne le rôle du simple prêtre ^à. lui d'être digne> à l'évêque de savoir qu'il l'est, ce qui signifie de le découvrir, de le suivre des yeux, de l'élodier, de l'apprécier, de l'appeler. N'écoutez pas ceux qui disent qu'il faut bien mendier pour faire penser à soi , et faire penser à soi pour dévoiler son mérite. Ecoutez l'archevêque de Paris : « Devant I une charge si redoutable , il aimait à penser que, » profondément inconnu de tous les hommes du « pouvoir, il n'avait pas à craindre que sa voca- « tion eût été le résultat d'une préférence aveugle et « intéressée, et que la voix de Dieu, prévenant tous « les calculs humains, était venue, sans avis préa- « lable, le réveiller comme en sursaut dans la soli- « Inde (1). »

(L) Lettre past., page 5. — Voyez aussi page 2^^ de celte

L'homme qui écrit ces lignes le 9 octobre 18A8, ne peut avoir demandé en 1825 un canonicat. Dès lors qu'il en fut pourvu, il le méritait, et M. de Chaffoy était digne de le lui donner. — Et au fait, nulle conleslation , que je sache, ne s'élève à cet égard. Reste la question de savoir s*il était trop jeune pour un chanoine. Observez ceux <]ui la résoudront a£Brmativement « Augustus avoit esté

iuge universel du monde à dix-neuf ans; et veult que, pour iuger de la place d'une gouttière, on en ayt trente. » Notiûez-leur cette impudence d'Augustus qu'ils affichent quotidiennement pour leur compte»

De 1819 à 1823, sa vie ecdésiaslique n'offre rien de plus saillant que la vie de tous les bons vicaires et administrateurs de paroisses; mats la bonté signifie maintes choses. Le catéchisme, les instructions proprement dites , la confession , le soin des pauvres, la visite des malades , c'est beaucoup pour qui prend au sérieux le précepte : âge quod agis,

M. Sibour aimait à faire le catéchisai et le faisait avec une grâce toute particulière. C'est un des points les plus intéressants et les plus difficiles du ministère paroissial. La simplicité même de l'œuvre çn est la grandeur, comme cUc en est le charme. Il

fant être plus qu'an profond théologien pour initier auT suprêmes secrets de la science divine ces débiles intelligences d'enfants et en révéla: à leurs cœars les délices infinies. Bossuet, dans une obscure chapelle de sa campagne de Germigny, a été vu ca* téchisant quelques petits villageois» et on ne l'admire qu'à la condition de s'en étonner; je crois, pour ma part, que Bossiœtne fut jamais aussi bien à sa place.

Quelque temps avant de mourir, M. Affre me fit rhonneur de m'appeler à Saint-Germain, et. .••...'. comme la conversation finissait, il toucha la question du catéchisme; voici (à peu près) de quelle manière : « Les conférences de Notre-Dame produisent du bien. Cependant , par la nature même de leur institution , elles sont insuflSsantes. L'orateur suppose nécessairement chez ceux qui l'écoutent des connaissances élémentaires qu'ils n'ont pas pour la plupart , c'est-à-dire la connaissance du catéchisme, et parce qu'ils vantent son argumentation nerveuse ou sa belle rhétorique, ib n'en sont pas moins incapables de le comprendre. Le moyen de parer à cet inconvénient, serait d'établir, à la manière des anciennes catéchèses, un cours élémentaire d'an ordre plus étendu que le catéchisme ordinaire des paroisses, mais non moins simple. On le desti nerait aux jeunes hommes de dix-huit à trente

ans. Le catéchiste passerait en revue , de poiol eo point, toute la doctrine cfarétienn'e , théolofi^ue, fiturgique, ecclésiastique, historique. Loin de n^lîger les détails, il s'y attaeherut spécialmnent De là naîtrait un monde nonveau pour ses jeunes auditeurs, monde menreîUeux et d'autant plos séduisant qu'ils s'en étaient fait une idée mesquine et fausse» ...,.* ïls diraient en ricanant d'abord: nous allons au catéchisme; ensuite ils s'y por« te'raient avec un enthousiasme sérieux, si le catéchiste surtout possédait, en UKême temps que le savoir, l'art précieux de la causerie, un esprit incisif et varié, ce qu'on appelle de reatrain,une fine et circonsi)ecte bonhomie qui s'unit volontiers à la plus réelle franchise, l'usage et la connaissance du monde et du jeune monde en particulier... J'y aviserai. » (1) Donc , M. Affre mûrissait cette pensée, quand vint l'heure de son martyre. Peutêtre M. Sibour la reprendra-t-il aa point de matorité où l'a laissée M. Affre. Et c'est ainsi. que j'entends n'avoh* pas perdu de vue mon sujet.

Distingué comme catéchiste, M. Sibour l'était paiement par ses instructions et ses prônes. Bien

(i) L*église de la Sorbonne, qui est déserte» coo viendrait bien pour une instilution de ce genre.

que le monde ecclésiastique u*aboude pas en snbli" mes discours d'apparat, le nombre de ceux qui font d'excellents prônes se réduit à des proportions plus exiguës. C'est que, pour atteindre autant que possible à la perfection de ce dernier genre, il faut avoir la fleur des qualités nécessaires au premier : doctrine sure, exactitude Hgourense d'expression^facile méthode, style concis et [dein, science profonde et liiDpide, finesse d'aperçus, grâces d'imagination, nerf de logique et génie d'analyse. Que si vous demandez à M. l'abbé Desgenettes son opinion touchant M. Sibour, il vous dira jusqu'à quel point je dessine ici le portrait de son vicaire, et ses anciens paroissiens ne le démentiront pas.

Mais le vicaire est chanoine enl823.Ayant chanté une heure et demie par jour à la messe et aux vêpres canoniales, que va*t*il faire du temps qui lui reste? Un étynuriogiste des plus haut gradués tire le subs* tantif canùmcus du verbe canere; ce qui est fort. Sur ce motif, un chanoine peut danser dès qu'il a chanté, comme la cigale de La Fonuine. M. Sibour n'entendait point les choses de la même manière, 6t j'ai hâte de partager son erreur. Suivant lui, les chanoines trouvent le vrai sens du nom qu'ils por-t tent dans leur primitive organisation, car ils furent institués pour vivre sous une règle commun^.

maiiUeDir le dépôt sacré de la discipline ecclésiastique, et former autour de l'éYêque une sorte de concile perpétuel (1). Le mot canonicus n'aurait d'autre racine que canon ^ règle ou code disciplinaire. Donc, il se livra corps et âme à l'étude du droit-canon. Ses travaux de séminaire, il faut bien Tavouer, ne furent pas pour lui d'un puissant secours. Durant qu'il habitait Paris, soit comme professeur soit comme vicaire, des occupations de plus d'un genre l'empêchaient de suivre complètement son goût sur ce point. Il avait acquis toutefois un certain fonds de connaissances premières, très peu commun parmi nous, ce qui dut applauir la route devant lui. Les Institutions diocésaines montrent sufiisamment qu'il a su puiser dans un si vaste arsenal des richesses sans nombre.

Par manière de délassement et comme appendice ^ son œuvre principale, il entreprit la traduction de la Somme de saint Thomas et la conduisit à bonnes fins, si bien qu'on se demande, avec une respectueuse impatience^ pourquoi M. l'abbé Migne on la veuve Guichard ne Ton t pas encore mise sous presse. Saint Thomas pouvait se passer d'une traduction, il y a soixante ans; tous les savants, à ces époques,

(4) Voyez les ImtituL diocés.

savaient ; tous les prêtres de celui qui s'appelle Deu$ sdentiarum élaient savaats. Aujourd'hui, nous nV YODS plus cette science qu'ilsavaieut; nousavousen compensaticNi la raide soflBsance qu'ils n'avaient pas et qui menace essentiellement d'éterniser chez nous la balourdise avec le babil. Qui ose lire en latin le moindre opuscule des Pères, et même les divins Testaments? quelques hommes cités comme le sphinx ou les veaux à deux têtes. Encore est-il qu'au moyen même d'un interprète français, si l'on se donne l'immense peine de lire, on comprend fort mal ou on ne comprend pas du tout. Puisque mou correspondant m'assure que AL Sibour a joint au texte de fréquentes annotations, je ne me sens plus de joie.

Et de plus» il prêchait. Comment il pouvait tenir tête à plusieurs travaux d'une telle importance , je raidit, tout en reconnaissant que les natures ordinaires y succomberaient , par le zèle et l'activité , par son énergie personnelle et spéciale. Vùa , si scias uti, langa esu Les chaleureux chrétiens du Gard, les protestants même qui abondent dans ce pays fanatisé, les protestants surtout, l'avaient envié \ Paris et revendiquaient leurs droits : ils voulaient l'entendre à leur tour; et ceux-ci se pressaient dans les églises beaucoup plus que dans les prêches. Le

prestige que sa parole vigoureuse et douce exerçait sur eux, s'accroissait encore de toute la séduction de son caractère aimable et sérieux^ ferme et conci* liftnt. Qu'on me permette de le dire, sa personne déjà était une {»*euTe» et sa vie une irrésistible thèse. Je citerai notamment la mission qu*ildottnaà Saint- Hippolyte, charmante petite ville des Céveniies(i); et j'adore, en bon Français, le joli mot d'un paysan catholique : Depuis que l'abbé Sibour Us a sermon* nés , ces protestants^là protestent moins qu'ils ne pensent»

On cherchait un (orateur pour prêcher le sermon de la Gêne devant Charles X. Le sous-préceptenr de Son Altesse Royale Monseigneur le duc de Bordeaux dit alors que M. Sibour ferait bien raiïaire. La Restauration, je le suppose, eût préféré un nom; et Sibour n'en était pas un, non plus que Bossuet, tout cela issu de familles du ressort de la viguerie; mais il y avait moyen de s'arranger. Puisque M.^L Boulogne, Frayssinous, et même Gallard, s'appelaient bien (2) de Boulogne, de Frayssinous et de

(1) Près des sources de la Vidourle, 6,000 habtf ants, 8 kilomètres d'AIais (Gard). Un prôtre de cette viUe qui portait le saint viatique, fut injurié de la manière la plus révoltante; de là, comme on le sait, la rérocation de Téditde Nantes.

(2) Ce qui veut dire quVn tet appelait.

GaSard, soit à la cour soit dans les journaux, ML. SIbour pouvait aussi devenir M. de Sibour. Cesqoar* tiers là ne coûtaient pas cher et n'obligeaient pas même ceux qu'on en décorait 4 les demander et à les vouloir. Sans recourir à des parchemins et à des procès-verbaux, il suffisait de les ennobUr par distraction ou par habitude de ne connaître ftme qii vive dans la roture. Un prêtre se trouvait gentil"^ homme à son insu et malgré lui. Mon lecteur verra s'il doit penser que le talent de M. Sîbour obtint droit de passage aux Tuileries sur cesconsidérftions.

6ice n^est lui, c'est donc, etc., etc.

La chose étant aioai, Son Altesse Sérénissiine, M. le prince cardinal de Croî, archevêque de Rouen^' et grand aumânier de France, daigna lui faire l'bonneur de le désigner.

Et le sujet désigné en cette sorte donnait d'abord la station de carême aux Quinze^Vîngts. Il paraissait à la cour l'année suivante. C'était une épreuve assurément. Il convient qu'avant d'être aAnise devant des rois, la parole de Dieu fasse quarantaine.

Or, M. Sibour prêcha la station de carême aux Quinze-Vingts, et le sermon de la Gènâ dans la chapelle des Tuileries ;^Qiais il fit défaut l'année suivante, par une bonne raison : le roi n'y était plus. La révolution de 1830 a^ait eu lieu, pour rire.

liftVuVR. Tome 10. 1

U reprit sa stalle de chanoine et ses (ravaux de cabinet, jusqu'en 1839»

J'oubUe une circonstance remarquable de sa ?ie. A la mort de M. de Ghaffoy (1838), il fat nommé ficaire- général capitukire , et en cette qualité il rendit au diocèse de Nîmes de très grands services. M. Tabbé Larrèche, vicmre-général et secrétaire de réféché, homme influent sous l'administration dn vénéraUe M. MioUis, reprit alors la yie privée.

Les biographes prétendent , puisque c'est leur çueitiftfe noUtptai, qu'il accueillit at>«c une joie indicible la révolution de 1830, qu'il se dévoua au triomphe de la démocratie la plus large, que ses tendances politiques lui attirèrent de nombreuses persécutions^ que son courage cependant ne se ralentit pas, et qn'on le trouva partout et toujours sur la brèche, prêchant' ses doctrines libérales jusqu'au fond des campagnes où elles ont porté leurs fruits. Aussi, Louis-Philippe trouvait-il les idées de Monseignettr Sibour beaucoup trop avancées -; et voilà pomrquoi ce roi avare et égoïste résista longtemps à la demande de sa nomination. {Sic.)

Je soutiens, pour ma part, qu'au lieu de gaspiller misérablement ses belles facultés et sa pieuse ardeur en une burlesque propagande de libéralisme, M. Sibour parlait du royaume de Dieu à ces

bonnes gens de la campagne, et non d'autre chose. L'égoisme et raTarice dé Louis-Philippe, en les supposant avérés» me semblent dominer de trop loin la question de nomination à un éréché : si ce n'est qae Louis-Philippe eût refusé ledit et êdié à la demande^ pour s'en apprcqoriiBr le titre et les rë- Tenus ; je ne vois ici qu'une Injure du plus tîI prix, jetée honteusement à la face d'un malhenrenr. GouTaincu autant que personne, et admirateur des sages tendances de M. Slbour vers le progrès social , je lui refuse cette ferveur excentrique et ce courage à bon marché qui métamorphose en une calèche de charlatan la chaire sacrée, et fait du calice des autels un gobelet d'escamotage politique. Je cherche ai toute conscience les persécutions nombreuses que lui suscitaient ses doctrines libé^ raies : je le trouve constamment et universellement environné d'estime et d'affection. Plus j'étudie sa nature, moins je le juge capable de haïr un homme quelconque, fût-ce même un roi. Dès que Louis* Philippe Fa prc^osé pour un évêché^ je ne m'ex- (dlque pas que Louis-Philippe résiste à l'idée dé faire de lui un évéque ; et si Ton vient me dire que ce roi avare et égoîste céda enfin à la demande de sa nomination dans l'espoir de se l'attacher (ainsi s'expriment les biographes), je reconnais sans peine

que M. Sibolir était une acquisition fort précieuse, maÎB je veux la preuve de ce qu'on avance.

Est-ce à dire que M. Sibour, en présence du gouvernement de juillet, n'éprouvait aucune pdne, qu'U ne formait aucun désir, et qu'en conséquence, il phUippisMt, lui aussi? Malgré des engagements solennels et sacrés, l'Église réclamait vainement ses firanchises les plus naturdles. La mauvaise volonté se cachait sous l'apparence d'une hypocrite cir> conspection. Il fallait toujours attendre, tantôt pour telle raisoUi tantôt pour telle autre. On ne disait.ni oui ni non, et cependant on agissait ; et agir, c'était forfaire encore. Mieux intentionné au fond que son entours^Oi Louis-Philippe touchait bien du doigt le vice de cet état de choses lamentable, mais en vertu de l'axiome constitutiœiiiel le roi règne et ne gowerne pas, il craignait de gouverner s'il eût dit toute son opinion» et d'usurper par con* séquent; c'est4i-dirt qu'il avait peur de trop laisser voir comlrien il gouvernait. M. Thiers» avec M. Dnpin, gouvemaieut en revanche sa frayeur. Il est inutile de rappeler ici les croisades de l'Épiscopat : H* Sibour y prit une assez honorable part quand l'heure eut sonné pour lui (1); on peut en inférer

(1) a Voyez, dit-il lui-même, dans les Inst* dioe. (p. 841}f notre lettre à Mgr. l'archeTèqae de Paris, sur Tart, 4 delà loi du 48 germinal an X. »

à coup sûr que ses dispositiaos ne dataient pat de la TeiHe. Il avait donc des mécontentemeots; il n'en binit pas mjstère, personne ne l'ignorait Ntenmoios, Louis-PbilQipe Ini offrit révêché de D^pie» et il accepta VmBre de Lonis-Philippe . Yoilk b Tenté et tonte la Tenté.

La Térité^ demande pourtant qoe je mentionne kdnne petite sorte d*oppoâlion. M. Sibonr, Goame anden discifrie de M. de La Mennais , ne plaisait pas à M. Gallard, iegrand bénéficier de ces temps* b ; si bien, m*a-t-on dit^ que pour ménager la sus* ceptibilité dn coadjnteur mourant* Louis-Philippe cmt deToir différer jnsqo'à ses funérailles » FinsertioQ de l'ordonnance au Mmntewr. « Un mort ne mord point ».

Donc, Louis-Pbilippe le proposa an Saint-Siège sur la présentation de M. Teste^ alors ministre des coites» son oompalrîote et son ami €e nom rap« peUe nne grande faiUesse et une grande infortune ; je B'aurai pas outragé M* Sibonr en le prononçant avec une douloureuse commisération qu'il éprouve lui-même. L'ordonnance royale est du 30 septembre 1839.. La bulle de nomination, comme dissent les Annales de philo^phie chrétienne p parut le 25 janvier 18&0, et la consécration eut lien dans lamétrqpole Saint-Sauveur d'Aix, le 2$ février

de la même aanée. Le çonsécrateor était feu M. Bernet, assisté des évéques de Fréjos. et de NlfliâS, aoxepiek se joigaireiit l'évéque deBabykne et Tardievêcpie de Tripoii c^i depais. . «

Qa'estH^e que Digue? €*è&t une liOe s^toée sur la ri?e gauche de la Bléone , au miliea des moutagofis (1) ; boane petite viUe de Provence , remar* quent les savants de Trévoux, la seconde des huit villes des Alpesmaritimes. Pline, en son Kv. 3, ch. â» rappelle Dtitia, et rapporte que rempereur GallM l'aivaii ajoutée à la province Narboimaise. ScaHger écrit Z>iite, etScudus, dansOrtdhis, Donoy, etc. ^ etc. , etc. Yo;ez encore, si vous y prenex goût, les histoires monographiques de Gaspard Lalleman, de Sébastien Richard et de Loteret, sans préjudice de plusieurs autres. Saint Domnin (an 313) ouvre la liste de ses évéques, lesquels devinrent par la suite suflbugants du métropolitain d'£mbnHi , et le sont k présent de celui d'Air. La ville rarfenne 4,000 habitants, le département (et le diocèse) 156,000. Digne a vu naître le philosophe subtil duquel je tiens que la figure des dénis de t*homme annonce un animal frugivore, et qne l'iisage de la viande est donc abusif et criminel (2).

(i) L'Euesclié s'estend sar eoTiron 185 paroisses (1648)* (2) Fie de Pierre Gassendi, gros Yolame in-ïî, 4737, par

Le premier soio de AI. Siboor fut de oonaattre ses diocésains en général, et aon clergé ptrtkiriiè*rement. Ou ne peat mieux débuter. Pour parremr à bien connaître, il faut de toute nécessité se faire connaître bien. Cette vérité me parait aosâ incontestable que peu comprise. Il le sentit L'bomme bon gagne régulièrement en pareil cas, ce que peid rhomme maurais : Testime qui engendre d'ellemême Tamour, ou plutôt, puisqu'on a dépraré ce merreilleux mot par un détestable usage, FaObction. AL Sibour suivit pas à pas k méthode dont il est question, et s'en trouva bien (.).

Ainsi posé, si je puis m'eiprimcr en ces termes^ l'évêque n'avait pins qu'à vouloir ou è désirer. Je n'examine pas l'administration précédente ; on la connaît bien. Mais la nature humaine vent qu'il n*y ait rien ici-bas d'absolument pariait ; sur qooi je soupçonne que plusieurs défectuosités attendaient une main réparatrice, lioins bien servi par ses forces que par son zèle» M. filiollis ne pouvait plus visiter son troupeau à travers les aqiérités dange-

le P. Bougcrel, de l'Oratoire -^Gassendi, en homme conséquent, fit un carême perpétuel , à la difTérence de Jean* Jacques Rousseau , qui soutenait la même thèse et mangea de la viande JQsqu^à sa mort.

(4) c Nous pouvons dire : 3t connais met brebis et mes briéii me connaissent. Que nous rcs'et-il donc de mieux à faire maintenant? > (Let. past* 27 janvier 1843.)

nmiises des montagnes. Le saccesseur, ayant et Te Blême zèle et la jeunesse, affrontait les fattgnes et lesaUmes; et ces braves montagnards, dans Fl- Yrèsse dé leur joie, eussent ddoré yralment le géométrique mulet qui faisait sa monture (i). La refigion cath6li(|ue n'avait pas à se plaindre du temps passé; il faUait qu'elle eût à se glorifier du présent ; ce qui n'était qu'une douce prospérité, dot devenir mie fortune écialànte.

Pour atteindre cette fin, l'évéque résolut de prot6(pier un mouvement ; et je m'explique. Au pieux quiétisme en vigueur, il substitua Taction ; il prit, pomr-(«seigner, le pln$ puissant des moyens qui est d'agir soi-même. Des missions s'organisèrent Des i^atioQs s'établirent jrittii fréquentes entre le chef dji diocèse et lesprêtres. S*étant dès-lors entendues eomne jamais, fes autorités ecclésiastique et ci* vile marchèrent d'un commmi accord vers le bien. Par la même raison, nombre de positions fausses, dans l'ordre laïque et dans le clergé même, se régn* larisèrent;la hiérarchie, que lesdifficultésdu temps avaient fait négliger jusques le» reprit comme par

(1) M. Miollis aHait à pied ^ accompagné d*iiD âne q«l portait sa chapelle, et sur le caparaçon duquel il a?ait fait mettre cette inscription surmontée de ses armes : Jj'étèvib BB DiGNF* C*est du moins ce qu'on m*a raconté gravement.— Yoîr page lai.

enchaotement .* a forme vénérable et son essentielle Influence ; une inq>ectJon plus discrète et |rfus vigi-* lante s*exerça sur la tenue des paroisses (i) ; les retraites pastorales furent in?arlablenient établies h une date précise de chaque année ; les études refleurirent dans les séminaires , études substantielles et sérieuses ; les vocations en s'aflermissant se multiplièrent ; Tinterdit décroissait en proportiou et disparut sans retour, Tinterdit qui déshonore et fait mourir de faim, l'interdit fantasque» étourdi, l^brutal, férèce^ et si commun toutefois en d'autres lieux. 0 hontel

Un antmal au moins, instruit (mr la nature, DsM on antre animal respecte sa figure l

Vi%\iae pouvait contempler les montagnes du Gard, et songer sans regrets aux saintes montagnes qui furent soa berceau. — Je ne garantis pas toutà-fait la comparaison.

Lorsqu'on m'annonça que M. Sibour subissait Tarchevêcbé de Paris, j'écrivis en toute hâte \ M. X... de Digne, pour obtenir quelques npteti

(1) M. Sibour et le préfet des Basses- Alpes (1842) firent une circulaire aux cura, sur la nécessité de Tâller soigneusement à la conservation des archiver communales ^ et foon dèreot une commîftffon centrale du depouittement dee ar'^ ekiv9$.

biographiques. Je copie purement et simpleoieiit la réponse qu*il aurait dû me faire.

Son air^de bonté ne ment pas ; ses manières in* Qniment gracieuses respirent un parfum de baut^ compagnie. La parole coule des ses.lèfres aympa* thique et puissante. Il possède le secret deB fioes çsyuseries du boa vieux teoups» et la sinqdicité miguçte des grands esprits; la simplicité, ai-je ditiXàv il est loin de se persuader, comme tant d'antces, quç l'Euntes docetç liiidoQue droit de bijaodir partout la férulej et d'enseigner même h WA cuisinière comment on écume un poNn-feo. Sa taille est moyenne et bien prise ; il a le nez aquilln , les yeux Tifs et pénétrants, le teint légèrement animé, quoique un peu nuancé par le travail et la méditation. Vous avez remarqué peut-être une habitude assez commune aux natures supérieures : la tête se penche de côté ou en avant, comme affaissée sous le poids d'une pensée vigoureuse et surabondante; telle est la pose de M. Slbour; sur. son front spacieux et bombé rayonnent à la iois l'intelligence sereine et je ne sais quelle candeur profonde. En le voyant officier dans nos grandes fêtes, nul ne le blâme de n'avok pas les neuf coudées et l'encolure d'Og, roi de Basan. Dans le commerce ordinaire de la vie, son génie est la maiK

soétnde, assaisonnée, pour ainsi dire, d'un taet ex* quis et d'une heureuse circonspection. S'il conçoit vîte, il se prononce lentement, à moins d'urgence. Une idée qui natt en lui le captive, mais ne Tencb»hie pas ; il se réserye de l'éprouver, de faire en quelqae sorte son éducation^ de ne lui jnrer fidélité qu'autant que la sagesse, après les formalités Toulues, aura béni leur union. Le» grandes choses lui plaisent, les petites le gênent sans le déconcerter; s'il pouvait détester quelqn-un, ce sendt le prude animal dont Molière a dit :

De la moindre vétille U fait une merVeiHe, Et, josques au bonjovr, il dit tout k TorelUe.

Un moucbermi le terrasserait, It même Où û af* frontera paisiblement un bravo; ordinaire éttingeté des caractères de choix» Il pardonnera plutôt une fblie qu'une bassesse, et quelquefois un crime qu'une faute. A ses yeux, la tempérance dans le commandement fait la force du pouvoir» et le premier article du code pénal d'un diocèse doit être le nom de la Charité, de même le deuxième, etc. « Il marche toujours la bride à la main. > Prononcer, une condamnation à vie est empiéter sur la justice de Dieu, et faire preuve d'une triste ignorance en ce qui touche la nature de l'homme : M. Sibour proportionnera la gravité toujours relative 4n mal

et aux nécessités temporaires des cirooostances, te châtiment qu'il inflige, sachant que l'erreur n^exdot pas le repentir, et qu'il en est de Tâme comme de Tatmosphère, où souvent un affireux coup d'orage produit pour de kmgs jours le cabne pur. Une chute inlée ne dénote pas plus un être pervers qu'une b^ actîORiaate seule ne dénc^e un saint. Ses té« mojgnages d'eslteie et ms lécompenses, ehacun peut les miériter, et non les nrprendie, et imyours ou les consenrér ou les perdre. Il n'a point de partipris obstiné, parce qu'il n'a point de mauvaise passion. La sincérité d'un aveu lui fait tant de bien qu'il ne peut s'en cacher ; il sait déjouer avec un tranquOIe m^is les cauteleuses protestations de la cupidité.

Bonus atqae fldas

Judex honestam pcaetulit utili, et Rejecit alto dona nooentium VttUu (I).

Le diocèse de Digne est une famille dont il est le père, voifii en un mot toat son système de gouvernement; mot commun, chose rare. Aussi, contemplez cette grâce patriarcale. L'Évéché devient la maison commune : à chaque heure du jour la porte 8\)nvre et l'évêque est visible. Il y a plac« poar

(1) Horat, Od. v, lib. 9^ v. 4^

tons au foyer» pendant Tbiven et, oomme leseedésiastiques de la ville ont besoin peat*étre des don« ces brises du printemps et dn généreux soleil de Tété poar réparer leur vigueur qipaiivrie, Tévêque veut y pourvoir. Il achète dé ses dtifiers (1) ce charmant petit jardin * lequel est suspendu comme une corbeille de fleurs au-dessus de PaMme^ entre

deux mamelons de la montagne. j'oid)Iie le

nom. Là» des sites fimtastiques» des jeux de perspective variés à Tinfini» une gaie solitude » intraduisible gôod^breedmgs et ce plaisant jeu de boule, non moins cher aux âmes pures que le lever de l'aurere» car, au témoignage deUfonsieur Beuillf ,

' Qoand on fat toujours Tertnens»

On aime à Toir lever l'aurore.

J^imagine que les vieux évéques des belles époques de rÉglise traitaient en pareille sorte leur clergé» moins le jeu de boule^ plus un autre jeu renouvelé des Grecs. — « Socrates ne refusoit à louer aux noisettes avecqiies les enfants» ny à CQurriraveoques eulx sur un cbeval de bois» et y avoit bonne grâce ; car toutefl^ actions» di(it la philosophie» siéent egua^ lement bien » et hoQnoreiA c^alement le aaîge. a

{^) Oo autcçmei?^, peujinporte.

On m'a comé qae Montesquieu se délassait de l'Esprit des Lois en faisant des cocottes,

O bien^mé lecteur, faut*il encadrer le portrait que j'esquisse ixas une honnête bordure de Mis avérés et (Mrécis? Rien de plus commode, et e'est pourquoi je m'en abstiens. D'abord, ces faits ne séduisent point par leur éclat. Leur éclat plutftt est de n'en avoir aucun. Ils sont splendides parce qu'ils sont réguliers et simples. De plus, ils appartiennent à la notoriété publique, et Dieu me sauve d'appcM*ter sagement au public des révélations toutes révélées! Un Monsieur vint me voir ce matin et m'apprit que Racine avait fait des tragédies ; je l'ai remercié, et je ne veux pas qu'on me remercie.

J'indiquerai seulement quelques-uns des écrits de M. Sibour : 1** une Lettre pastorale écrite à son retour d'Afrique en iSliZ , et où se trouve une étude fort remarquable sur saint Augustin ; 2* un Discours prononcé au petit séminaire de Forcalqnier, où je lis ces grades paroles : c Ce sceptre de I la science , le monde le dispute aujourd'hui an » clergé, et pourquoi n'avouerions-nous pas que t c^est peut-être avec quelque avantage? »(pag. 3); y une LettreH^uIaire du 10 mai 1841, où il dit, à l'appui de mes réflexions ci-dessus : « Nous peu- « sions que le droit inviolable qu'a chaque prêtre

( à être coonu do premier pasteur, selon ia mesure « de son inteUigence et de sa bonne volonté, nous • imposait, à nous, dès les premiers jours de notre » administration , le devoir de rechercher partout c la capacité et le mérite, pour leur rendre justice « et les mettre à leur place(i). » 4* Une Lettre pastorale du i 8 janvier 1 845 , à Toccasion de son arrivée dans son diocèse, tout aussi bien pensée, mais beaucoup moins bien écrite que ses autres productions ; 5*" une LettreTCircolaire>où il annonce à ses diocésains qu'il a obtenu à Rome les corps de deux martyrs, saint Marc et sainte Prime, nouvellement découverts dans les cryptes sacrées (10 mai ldâ3); 6"" une Circulaire du 1*' juillet 1843 , où il rend à la sainte mémoire de M. Miollis, son prédécesseur, des homms^ges mérités; 7* une Lettre pastorale du 28 mai 1841 • ayant pour but de recommander la m$û;son des OrpheUns, fondée* avec son concours, par M. et M°»« Dqpaty de Glam> et par M"'* et M"* Gelinski; 8% s*il était nécessaire, le Mandement do MM. les vicaires^énéranx etc. , de j^ïimes^ qip or-» donne desprièrea, ^c.» etc., pour M. Glaude-Fran*

çois-Marie de GbaSb]^, oeuvre- de ccnir et poa de. grammaire, qu'il a eu la eomplaisancie de signer,

(i) Tous les éy4Î<{ues apprendront par cœur celte noble profession de foi.

lui troisième, et qui dit ced : a Cette solennité était « des funércdlles. Le concours de ce peuple (de « N!nies}« pressé comme les flots de la mer, en « retour de ses bénédictions (bénédictions que lui t donnait M. de Cbaffoy), lui jetait les expressions « énergiques de son amour (h lui peuple}, et sem- « àtait iwe de sa présence (présence de M. de * Gbafioy} , etc. » etc. (1) » C'est assez ; je tombe dans les longueurs, faute d'espace.

Il convient pourtant de s'attacber à un fait. Sans allonger ma figure ni creuser mes bronches pour annoncer à tous présents que M. Sibour est auteur ^e& Institutions diocésaines , y épronye l'envie de consigner mes impressions à ce sujet. Le livre en question est un monument historique. Il a raison do passé; il intéresse au plus haut degré le présent ; peut-être dessinera-t-il FaTenk* : j'entends au point de vue de la sodété ecclésiastique de France , qui touche de bien près à la société civile et politique. C'est le premier jalon planté entre un chemin qui finit et un chemin qui commence. Quelle que pdsse être la valeur des hommes d*action qui travailleront après M. Sibour, son œuvre siAsistera toqoors, ordinale et nonpareiUe. Dès qu'H a eo

(4) Il est évident que M. Sibour n^a |»oiiit écrit ce Maodément, bien qu'il l'ait nanti de sa signature officielle.

l'initiative de la régénératiOD cléricale , il en est le père et lai donne son nom. La gloire de ses imitatenrs sera de rimîter, et mérite bien qn'ib la re« cbercbent.

On sait qu'après le concordat de 1802, Bonaparte publia une série d'articles dits organiques. Sous couleur d'expliquer le texte du traité primitiTement conclu entre le Souverain Pontife Pie VU et lui , ce pieux restaurateur du culte catholique en]dépravait une à une toutes les clauses; et son procédé loi semblait si honnête , qu'il eut bien soin d'agir k l'insu de Pie YII. A Sparte , on lui eût fait donner le fouet. Pie YII réclama aussitôt, et à diverses reprises , par l'organe du cardinal Qaprara , daignant préciser de point en point ses grieis, et lui faire voir ce qu'il voyait du reste , c'est-à*dire que l'appendice était subversif du principal, et qu'ainsi, par un frauduleux commentaire , les prérogatives garanties aux deux puissances se transformaient en la plus monsurueuse spoliation de l'une au profit de l'autre. Portaiiset Talleyrand distillèrent, en adroits comédiens, quelques sophismes doucereux. Pttrissi* matmpurûaj.Laprotestationdemeurasaoseffet. Les Bourbons quelconques. Gis aînés de l'Église, répon* dirent de même aux mêmes plaintes, et, nonobstant

le grand Pie IX, nous tîvods encore plus on moins avec lés rasdits articles.

Or, ces utidés , M. Sibour ne tes accepte pas ; il les repousse de tonte son âme et de tonte sa force. Il reprend en sous-cenvre les arguments du cardinal Gaprara ; il les développe et les confirme, en appelant à Tappui Texpérience et rUstolrè des quarante-cinq dernières années. Que l'épiscopat français, en égard à des circonstances fort critiques, se fût momentanément abstenu de revêtir Tannure sainte pour combattre de front ce détestable état de choses , il le conçoit et le fait comprendre ; et loin d'en être scandalisé, on contemple avec édification tant de prudence et de sagesse. Le suprême bien consiste quelquefois à subir le mal discrètement. Il y a des nécessités qui fondent sur un pays comme des aérolithes : lutter contre elles serait se briser; il faut^ en s'esqnivant le plus possible , les laisser cheoir et se broyer elles-mêmes. Par le fait, Taérolithe est tombée; l'Église en a senti les éclats sans doute, et plus d'une blessure te prouve ; mais il ne reste plus qu'à déblayer le sol , et, la place éiant libre, l'air épuré, la pleine santé reviendra. C'est à cette dernière opération que M. Sibour voulut consacrer ses études, c'est à purger la France des déliris encore vivants de celte loi morte.

Parmi ces 4ébrig , le noble éTéqae dutingae , et il devait disliagn^er particaUèremeat , certains artt* çk)s qui concemem les rapports des évêques avec les simpies prStres. Id , pins qn'en aucun antre lien, se ti^ahU la politique aonrnoise de Bonaparte. Pour coo«tiUier énergiquonent l'absolutisiDe aprèa les violentes seceni^iwsde la rérolittioD, il usa dHine méthode qu'on appdle anjoord^bui la centralisatioB ; c'est-à-dire qu'il s'efforça de rénnir et de aierrer en un aeul faisceaa tons les âéments épars dn pouvoir, ponr les tenir sans peine dans sa main. Méthode cldsaiqne du i^este. Alorb donc s'<Nrganisa une bîérarebie mi-administrative et nu-policière » qui rappelle assez bien la figuf e cabalistique de l'Abracadabni ; le peuplefrançais fut ainsi taillé py- Famîdaleneat et relié en plusieurs séries inégales de groupes superposés , de sorte que les citoyens « f^étageant, pour ainsi dire» de la base an sommet , et suivant en ce sens une progression numérique décroissante » le groupe le plus élevé résumait successivement le groupe inférieur jusqu'à la lettre A, qui les résumait tous. Et la lettre A était Bonaparte. Quelques milliers de maires donnaient raison des ar* rondissements ; quelques centaines de sons^préfets, des départements ; une poignée de préfets, de la France , etc. , eto^ Sur une édielie analogue^ quel-

ques évêques poutaient devenir poUtiquemeni le clergé. li rafiisdt de concentrer l'aatorité dans ces évêques, si bien qu'une fois maftre d'eux, on k ftt par là même de ceux qu'ib avaient sous leurs ordres. Gbose précieuse et captalé à cette époque de resuuration religieuse où le dergé cathoSque exerçait une profonde influence. On était d'autant plus sûr d'atteindre son but, qu.'où limiterait moios l'autorilié dont il s'agit. Aussi n'eut-on pas honte de retendre jusqu'aux proportions indéfinies du bon plaisir.

Je me rappelle, à ce propos, la miraculeuse machine d'Orphireus. Il avait trouvé le mouvonent perpétuel. Le landgrave de Hesse en était ravi , e appela tout de suite à Gassel un grand mathématicien, S' Gravesande, pour lui montrer le prodige. Gehii ci vint, examina, et, sans s'émouvoir, demanda que la machine fût changée de place, tant soit peu. Orphireus aima mieux la briser. Cest qu'il a»aù peur de laisser voir la ficelle, dit Allemand, professeur de Leyde, en ses savantes éditions. Remarquez, je vous prie, que le sddat législateur copiait supérieurement Orphireus. S'il se trouvait parmi les hommes honnêtes quelque petit S^ Gravesande assez mal appris pour remuer la machine , c'est-àdire pour discuter ses articles additionnels et en

demander compte, il brisait, aoo pas la machiiie sansTdoote, mais le trop curieux examinateur : ce qû est plus eipiditif et plus concluant; car il «Tait peur, loi aussi, de montrer la ficelle. Soos l*£rapire ou le Consulat, les buiUuiUms dioci$aine$ auraient Tak ii M. Sibour une chambredansledonîon de Yincennes ou quelque chose de mieux dans ses fossés. Et les jurisconsultes n'auraient pas fait défaut pour justifier Tacte impérial, fût-ce même en in-. Toquant qudque chose comme les douze Tables : ^t qms Carmen ojeeeniossit^ tpiod aUer ei flagûntm faxù^ capital esta. Une ficelle cachée est le secret debien des puissances. Il y avait plus de ficelle qu'on n'imagine ou qu'on ne vent l'avouer dans toute l'affaire du grand Napoléon (1). Je sais que Pie VII

(1) Je me permeU efléctWement de n^estimer point le Grand Napoléon, rucoepte sa gloire..., lovs bénéfioe d*inveniairew C'est blesser des susceptibilités tendres, mais ni réfléchies ni démocratiques; c'est donner carte blanche BQi très malieienx qoolibels des înTaUdes de beaucoup

d'esprit Ahlah! Mais l'enthousiasme public m'abuse

d*autant moins quMI manque de calme et d'ensemble. Il y a faut de manières de se pasiionDer pour les personnes et pour les choses I Quand disparut la lanterne de Judas Iscariote qui se gardait depuis selte sîNïies» disait-on, au trésor de Saint-Denis, ce fut dans la ville un affreux vacarme, et l'audacieux grainetier qui se permit d'en rire , monnit de pendaison. — Je trouve soudain que Démostbèm; se permettait d'appeler Alexandre un margiiét^ ce qui veut dire une béle^ N'étant pas du tout Démostbènc , je ne vais pas si loin.

rappelait cammedùmte , et pois coinmedianêe , <l encore c&mmediante.

Aa point de vue religieui , cette bi organique fat une usurpation mille fois eiéci*d)le; sous le rapport social et devant la loi nainrelle; ce fut en<core un crime. M. Sibour le démontre à sa mainière, je veux dire avec une force toute insinuante de logique et une cours^use tempérance de langage qui lui an>artiennent en propre. Que faut-il de plus? Il est philosophe» historien, savant, théologien, littérateur, homme d'esprit. Sa pensée, toujours vive et féconde, produit d'elle-même ou style toujours limpide et opulent. Il n'a rien de pompeux, et il a de la majesté; point de fleurs pour émailler son livre à la Babet-la-bouquetière, et il a des grâces sévères pour l'enrichir et nous enchanter. Ici se révèle en plein jour cette solide érudition de canoniste qu'il a dû conquérir après d'intrépides labeurs. Ge qu'où admire encore [dus que ses vastes connaissances, c'est l'usage discret et habile qu'il en a fait; il a eu de plus que le talent de les «nasser, celui d'y réfléchir. Sa doctrine est sûre comme la Foi. Dans une lutte si épineuse et si rude » aocmi accident n'échappe à son coup d'œil; il u'a pas laissé place à une réplique. Tant de fourberie allume la bile; tant de sottises provoquent l'ironie : son

épigranuBe alors est ua li^er sourire pleia de tris* tesse, sa colère une aimable parde de pidé. Ceux qu'il afiSIge aiosi doivent le chérir, et » s'ils l'ont compris, lui rendre les armes.

Une sérieuse difficulté se présentait Le grand mot du procès étant l'autorité épiscopale, suffisait* il d'établir que l'exteusion donnée à cette autorité par le consul Bonaparte n'avait en soi nulle valeur, attendu rillégitimité de son origine? Non , certes. M. Sibour, malgré les plus nettes explicati(mst risquajt de se jeter d'un excès dans un autre. Il faut une adresse bien éprouvée pour frapper juste ea pareil cas, et retrancher le membre mort sans effleurer les chairs vives. L'opération était délicate, d'autant plus qu'une habitude de quarante années, les Uansactions peu à peu consenties, et peut-être les passions intéressées de certains hommes, l'avaient étrangement compliquée. Il était arrivé ce qui arrive quelquefois dans les mariages mal assortis : puisqu'on n'y peut plus rien , chacun prend son parti en brave , et , faute de mieux, on vit conune 81 on s'aimait de tout son cœur. €es éléments hété«* rogènes, l'épiscopat se les assimilait insensiblement et comme à son insu. L'autorité abusive s'était fondue autant que possible dans l'autorité de droit ; les deux enfin paraissaient n'en faire qu'une. Ajou-

tons que» pour cette ndson même, M. Siboiir avait à redouter les prudentes appréhensions, sinon les oppositions flagrantes de ses collègues, ou du moins de plusieurs d'entre eux.

Gomment il a frandii ces mauvais pas et déjoué tous ces obstacles , ceux qui ont la les ImtUutians le savent bien, et je me persuade que tout le monde les a lues ou les lira.

Jusque-là « c'est parfait. Rien^né vaut un bon livre , excepté une ixMine action ; mais, il est plus aisé d'écrire bien que de bien agir. Chose singa- Uèrel On a observé que les plus éloquents panégyristes de la vertu ne sont pas toujours ceax qui la pratiquent le mieux. Pour se montrer conséquent avec lui-même, M. Sibour doit appliquer aa diocèse de Digne, dans la mesure de ses forces, les doctrines que contient son livre»

Il l'a fait. Je trouve précisément à la suite des discussions un ensemble de statuts ou règlements d'offidalité (1). C'est une réponse fort péremptoire à la dernière objection qu'on lui pût adresser : Sans le concours du bras sécuUer^ point dé réforme praticable. — La nécessité que m'impose toute cette

(1) En français et en latin. On raconte, mal à propo% que, pour éfiter les censures de qut*Iques-uns de ses collègues» M« Sibour leur envoya seulement la version latine.

vie^là , de louer eonsumment H. Sibonr» est pour moi fort gênante. L'éloge ne convient nia mes goûts ni à ma tournure d'eiprit, ni peut-être à mon dé* ment lecteur. S'il y avait moyen de mentir, je mentirais pour changer de ton. Je ne puis. Je continue.

La question des tribunaux ecclésiastiques m'oc* cupe depuis longtemps. On me permettra de dire que j'ai disséqué les règlements de il. SiiMur en booune du métier. Or, un bomme du métier est chatouilleux, vétilleux» taquin, rechigné, quelquef<MS un peu lynx à l'yard d'autrui; que si vous lui reprochez tout d'abord son infériorité notoire, vous faites l'effet d'un sot en trois lettres, mon cher Théotime, car son infériorité même excite son audace. J'ai vu dernièrement, sur la place de la Concorde , un enfant gâté de vingt-six pouces qui jetait des cris atroces ; la mère m'apprit qu'il voulait abattre l'obélisque de Louqsor, et que la grille de sûreté l'en empêchait.

Or, ayant exammé avec une égale prétention les R^lements et Statuts , très abordables du reste, je suis forcé de reconnaître qu'ils me contentent pleinement d'un bout à l'autre , jusqu'à l'extermina-» lion définitive des articles organiques. Je félicite de tout mon être le diocèse qui en eut la primeur.

Je souhaite à cbacui) des diocèses de France la mêûie ftlicité dans un avenir prochain ; en somme, je prie Dieu de bénir de plus en plus la propagation des Institutions diocésaines^ .et d'accorder surtout le don de science et de piété à qui de droit parmi ceux qui les ont lues sans en tirer profit.

Nui doute que M. Sibour, après avoir étudié quelque temps son nouveau diocèse, n'y introduise une réforme du même genre. On dit qu'il a déjà fiit connaître ses intentions à ce sujet; ia nouvelle a rempli de joie et d'espérance tous les prêtres de Paris, mais ne les a pas étonnés.

On dit aussi qu'il se propose de reconstituer la Sorbonne sur des bases fermes et sérieuses; qu'il aimerait à donner les postes principaux suivant les chances du concours ; qu'il élèvera la maison des Carmes jusqu'à la dignité du nom qu'elle porte : maison de hautes [études, son petit séminaire jusqu'au niveau des lycées, et son grand séminaire jusqu'où il doit être; qu'il utilisera comme jamais, en temps opportun, les confiTences ecclésiastiques; qu'il ressuscitera, plus large et plus mûre, l'ordonnance de son prédécesseur concernant la juste répartition du casuel dans les paroisses ; qu'à la plus grande satisfaction de tout le monde , il apaisera sans peine une sourde tempête récem-

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ment éclosc de cette ordonnance (on ne peut nier que MM. les curés de Paris ne se soient fort agités au sujet de cette affaire qui conceroait leurs reve-> nus ; j'ai hâte de croire qu'ils se remuent tout aussi vivement chaque fois que les intérêts 4e Dieu sont nenacés); qu'il faudra désormais savoir son caté* diismepour l'enseigner, etc., etc., et qu'il détruira ;nfin, non pas tous les abus , car aucune institu* lion n'en saurait être exempte ,

Optimus ille est Qoi minimis urgetor (4).

mais le plus d'abus possible, etc. N'abusons pas cependant des abus inévitables.

On dit de plus qu'il a réalisé déjà de grandes choses : M. Deguerry passe de la cure de Saîntëustache à celle de la Madeleine, ce qui est un fait significatif à l'heure présente. Un comité d'organisation des études ecclésiastiques vient d'être formé sous la présidence de M. l'abbé Sibour, vicaire général,' et avec le concours du Révérend Père Chantôme. Le Père Ghantôme, efficacement secondé par Tarchevêque de Paris, doit établir sur un plus large plan des missions populaires , si aimées et si fructueuses; ayant les prêtres de l'église, nous avons

(1) Hor., lib. I, sal. 3, v. 68.

désormais, suivant le vœu du grand Pie IX, les (Nrétres de Un rue, et comme il y a des prêtres que le peuple va chercher, il y en a qui vont chercher le peuple (1); une fâcheuse lacune est ainsi comblée. Une foule immense inondait hier les carrefours du quartier Saint-Marceau : Tarchevêque était là , sans autre escorte que la bonne sœur Rosdie, et s'élevait par les grâces de la charité jusqu'à la puissance de cette immortelle et simple femme.

On dit enûn qu'il n'abuse pas du droit plus ou moins acquis aux grandes gens de Paris de faire faire antidiambre aux soutanes noires^ qu'il a conformé tous ses choix à la protestation citée page 231 , cherchant le mérite éprouvé sans tenir compte des raisons du. coin du feu, ni redouter comme une humiliation personnelle le voisinage des intdligences les plus énergiques et les plus brillantes. On dit, et c'est merveille , qu'il n'y a dans son administration nulle odeur de bureau de placement. On dit que sa vie continue d'être une leçon très universelle. On dit ce que vous savez bien, charmant lecteur.

Quelques braves gens se sont demandé comment lUL. Sibour, caché au fond des montagnes de l'ar-*

(!) Sauf les gentillesses de la police.

rière-France, avait pu fixer les yeux du gouvernement, et eosuitejle choix du souyeraia Pontife Pie IX. Braves gens» en effet Je les renvoie à mon» seigneur le nonce apostolique, au P. Ventura , son vieil ami. et à tout le monde, si ma notice ne les satisfait pas.

Et, en attendant, je réponds que b République avait trouvé dans son loyal caractère et dans ses larges idées des garanties de plus d'un genre.

La République d'abord. Jetons un coupd*œil sur ses mandements et autres publicatiotts pasto* raies. Nous y lisons ceci :

« Voyez, là tout près, ce peuple, au milieu de ses mon- « tagnes, tombant sous les coups d'hommes violents et sau- « yages, qui le dépouillent de ses inslituUous religieuses et « de sa liberté séculairp». . Voyei, au nord, ices deux autres « nations couchées par terre comme deux esclaves ensan- « glaniées : Tune, de peur qu'elle ne revive, est frappée « ehaque jour au cœur par quelque nouvel édit, parce que « le meurtrier (iVmpereur de Russie), a vu Tautre donner « ft la parole du giand O'Connel, des signes d'une résur- > rection prochaine, etc. La France... Donc, les oppressions

• de la conscience, les haines anti-sociales de la liberté d^

• la part des rois, toutes ces publiques iniquités doivent

• être punies par des calamités, etc. C'est pourquoi vout « serez promptement entevis de cette eaBcelUnte terre.» (Dootté à Digne, le 22 février 1848.) • Le gouvemeroeiU

« fondé en iSSO vient d'être emporté Grande etlerribte

« leçon t Tout pouvoir qui méconnaîtra les iolérêts généi- « raux du pays, ne pourra jamais y prendre racine; tout 9 gouvernement qui voudra arrêter les. développements

• progressifs des libertés publiques, sera tôt ou tard en- « glonti par ce flot des idées et des besoinri légitimes qui ■ monte sans cesse, et qu'on ne pcul domitter qu'à la cow^-

dition de lui tracer un libre et paisible cours.... La République a été proclamée, la nation va être consultée pour arrêter définiiivemeuj la GonsjUtutioo qui répondra le mieoi aux vœux et aux besoins de la France.... Notre devoir à tous est elaîrement tracé : nous ayons à seconder de tout notre pouvoir le nouveau gouvernement.* • Rassurons le» âmes des Gdèles. Il y a en ce moment des souTeuirt qui leé épouvantent : fansons-leur comprendre qne le présent ne ressemble pas au passé...., et qne le gouvemement ne sera pas assez imprudent pour renouveler d*anciennes fautes.... Il saura que non$ sommes.... tout fM-êls i^ le défendre si f fidèle à ses principes, et nMvoquant plus, par une dérision amère, tontes les lois d^exception et de servitude des régimes précédente, il nous assure là franche participation aux libertés publiques.. .., ce fruit de la ré- Tolution nourelle. Nous voulons POUR NOUS et POUR TOUS la litierté, mais la liberté franche et entière. La liberté de conscience et des cultes, la liberté de réunion et d'association, la liberté d'éducation et dVnseignement, la liberté de la presse et de la parole. Toutes ces libertés sur les plus larges bases, rinviolabilité du domicile, Tamélioration du sort des classes ouvrières, Toilà le programme que deyra souscrire tout candidat (à TAssemblée constituante), qui voudra être agréé par nous.... Les anciens malentendus ne sont plus possibles : tout ce qu^on demande dans TÉglise, comme dans PEtat, c'est la liberté.. •• Sous le gouvern^'ment déchu, les élections n'avaient presque pour objet que les intérêts d'un parti ; nous avons pu nous abstenir d'y concourir, car le prêtre ne saurait être Thomme d^un parti quelconque, il doit rester Thomme de Dieu et Hiomme de tous. Or, te gou- Temement républicain se présente à nous comme le gouvemement de tous par tous et pour tous ; chaque citoyen dès-lors lui doit le tribut de srs lumières et de son iofluence .. Nous ne saurions rester indifférents et inacti!^... (Circulaires des i«' et i5 mars iSAS*) « Dans le choix de Vos représentants, il ne s'agit point d'une question de personnes, mais uniquement d'une question de principes. Ce choix peut porter, au gré de chacun , sur les agriculteurs, propriétaires, ouvriers, commerçants, membres de l'armée, du barreau, du clergé. {Idem du 31 mars.)

 ces citations déjà nombreuses , je poorrab en ajooter beaucoup d'autres du même genre. Le lec« leur est suffisamment édifié, ce me semUe« Telles qa*eHes sont , recndllies çà et là comme à Tayentore , je n*ai pas pensé qu'il fût très utile de les relier l'une à l'autre par des observations incidentes : eUes ont un enchaktement naturel et fa* die. Je me borne donc à remarquer, qu'à mon sens, M. Sibour avait prédit et désiré la rérolntion de février, et qu'il embrassa cordialement la Repu- Uiqoe naissante, la R^ubliquc démoeratique et vraiment sociale, la seule République sérieuse^ C'est ma première réponse.

Je réponds, en second lieu, que le cboix du Souverain Pontife s'explique mieux encore, s'il est possible (!)•

La notice que j'ai publiée sur le grand Pie IX (2)« contient un fragment de lettre de M. Sibeor que je recommande au lecteur. M. Sibour aime aaset Rome pour que Rome aime M. Sibour. Lcnrsqu'il la visita une seconde fois (1^43) da temps deGvéi-^ goire XVI, Tiiccaeil empressé qui ! lui! fut faif témoigne des prédeux souvenirs qu^il y avait

(1) Il Tant lire, ù ce sujet, presque tous ses écrits.

(2) 10* volume de la Bkierspkic*

laissés à l'époq ue de son premier sôjoar. 11 eut l'insigne honnear de célébrer les saints myslères

dans la chapelle Sixtine £t puis M. Sibonr

il faut bien en conrenir, est ukramontain, ce qu'un célèbre arocat de ma connaissance appebit iia« guère» en solennelle [riaidoierie, sectateur exagéré de L'hérétique Montanus. Il appartient à l'école de M» de La Menaais. Si je ne me trompe, son nom figure parmi ceux des rédacteurs de Y Avenir qui adhérèrent à une déclaration de principes devenue ftmeuse. En tous cas , les articles qu'il a écrits dans ce journal, comme depuis dans le journal du Gard , furent avantageusement remarqués. Aussi éloigné que personne de s'associer à la défection t il n'a pas cru cependant, comme plusieurs autres, qu'il fût nécessaire et généreux d'injurier l'homme ; il eut la dignité de la reconnaissinee et du bon sens. Refuser de suivre tin sentier nouveau, n'était pas une raison d'abandonner le chemin qn*il avait suivi ; au contraire. J'estime qu'au point de vue cadiolique, ses principes n'ont pas dévié d'une lipie, et que, réserve fidte des dioses condamnées par l'Encyclique adhocéd Grégoire XVI, il en est de même sous le rapport de la philosophie *et de la politique. Or, M. Sibeur avait suivi le chemin de Rome avec M. de La Mennais,

et il le suit encore, persaadé qoe là sealement 9ê troinrent la révélation de la vie individuelle et so» ciale, et le vrai foyer de la liberté humaine. C'est dans cette pensée qu'il n*a jamais voulu publier un livre ni faire une œuvre de quelque importance, sans l'agrément préalable et la formelle ap* prdMtion du Souverain Pontife ; c*est aussi ce qui explique, à part lesautres motifs, son empressement à introduire la liturgie romaine dans le diocèse de Digne (i), etc., etc.

Je reviens à Tarchevêché de Paris.

L'arrêté de présentation est du S juin dernier i rinstitution canonique du 11 septembre; la prise de possession (par procureur] (2) du 3 octobre ; sor quoi l'Ami de la Religion a dit : t L'office ca-

(1) De là une grande question pour Paris.

(2) M. Tabbé Sibour, représentant du peuple, vlcalre- Kteérel de Parts, professeur dliistoîre eodésiaitiqiie à la Facultâ de théologie d'Aiz, aaietir d^une très intéressante Me de lettres adressées à M. Poufoolat sur la translation de la relique de saint Augustin de Pa? ie à Hippooe, et cousin du nouvel archevêque. — Dés les premiers jours de la révolution de février, les habitants des Hautes-Alpes conçurent ridée d'envoyer Tévéqne de Digne à TAssemblée nationale ; il accepta, et 11 soutint d'abord sa candidature vigonreasmieBt démocratique ; mab en préMnoe des machinations et iAes scorrilités misérables d*an certain sous-corn» missaire, le dégoût lui vint, et les journaux publièrent «a lettre de déristfOKnt que j*ai sous les yeax (tS avriliSia).

nooial do soir étant termîoé^ AI. l'abbé Siboor, accompagné de deux chanoines titulaires, a été introduit dans le chœur et conduit par M. Tabbé Jaqoemet , premier vicaire-général-capitulaire , au pied de Fautel* où ils ont récité ensemble le Pater, Puis M. Jaquemet s'est assis un instant sur le trône pontifical, et y a fait asseoir engwte VL, Siboar. Revenu à sa stalle, il a entonné le Te Deum. Après cet hymne et les oraisons d'usage, l'un des cbanoinés , faisant les fonctions de théologal , a proclamé devant le peuple que Mgr. Sibour était présentement en possessioii de l'archevêché de Taris. • Y joini une notequi peut avoir sonintérêt : • Les bulles ont été expédiées, selon l'usage, en sept exemplaires : l<>à l'archevêque lui-même ; 2** au Chapitre; 5* aux évêques suffraganls; /i^^àtouslesévêques du monde catholique; 5* au clergé et aux fidèles du diocèse de Paris; 6*" au Nonce ; V*" à la République. »

Une demi-page me reste pour calmer une profonde inquiétude. Connaissant la perversité du diable, quelques persomies appréhendent que M. Sibour n'ait à subir, dans son travail de réforme, des oppositions violentes et des cajoleries mortelles.

Cette profonde inquiétude , que justifie malheureusement l'expérience générale, me paraît ici asçez mal fondée.

Quand un bomme atteial cinquante* six ans, la première partie de son existence donne assez communément la mesure de c^ que doit être la seconde, s'il a fait preuve surtout d'un caractère solide et suivi sans faillir la même voie. En sup^^osaàt^ ce qui est inadmissible , que la belle nature de Ri. Si*-* bour inclinât tout-à-coup vers une transforipation funeste, la vie qui lui reste à vivre ne sufiirait pas pour perdre une si longue habitude , et nos vœux toutefois retendent aussi loin que possible. Ce sont sdors des engagements éternels. Nous serons heureux parce que d'autres furent heureux. — Et d'aileurs, voici une protestation qui ne permet aucun doute. En publiant ses Institutions diocésaines, M. Sibour a dit :

« Nous le pensous et nous le disons hautement, bien qu'il « puisse arriver que des esprits disposés à abuser de tout, » abusent de nos paroles, car si la prudence a ses règles , la a vérité a ses droits, et, selon nous, c'est trop se préoccuper ■ de soi que de renfermer au fond de son âme un sentiment n dans la seule crainte de le voir odieusement défiguré et « travesti par les passions humaines (1). »

CONCLUSION. Un curé de Paris se trouvait la semaine dernière en société d'ecclésiastiques et de

(47 Inttit, diocés.

JaïqufS, lesqoek faisaient à qui mieux mieux l*ék)ge de M. Sibour; et le brave curé laissait dira Quand vint le moment de se quitter, alors seulement, mon curé mit la main en avant pour demander la parole, et : « A mon jeiu^articula-t-il, monseigneur Sibour ne veut jouer qu^un rôle : cebà de saint Vincent de PauL •

Je n'y vois pas d'inconvénient.

mu 11 I

PARIS* — IMP. DR A. APPBKT, PASSAO* DU CAIRI,S4.

^ÂoaxjLfiit du- LittcLt- CtfttlïHtpo-ïaïti- ,

Bi. a">f vîHiriii?.

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